Recherche:Imagine un monde

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Imagine un monde ! Appréhender la révolution numérique et la société globalisée au départ du mouvement Wikimédia

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Ce travail de recherche est une thèse de doctorat en sciences potlitiques et sociales

Université : Université catholique de Louvain (Laboratoire d'anthropologie prospective).

Doctorant : Lionel Scheepmans (parcours de vie détaillé).

Promoteur de thèse : Olivier Servais.

Membres du comité d’accompagnement : Pierre-Joseph Laurent, Christophe Lazaro, Emmanuel Wathelet.

Date d'admission : 2 juin 2017


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Remerciements[modifier | modifier le wikicode]

A venir ...

D'ors et déjà, merci à l'utilisateur Ortografe et tous les autres personnes qui m'ont déjà soutenue au niveau de ma dysorthographie ainsi que tous ceux et celles qui sont intervenu.e.s sur les pages de discussions portant sur le contenu rédactionnel de ma thèse publiée en temps réel sur le projet Wikiversité francophone.

Toujours au niveau de l'orthographe, je remercie aussi les développeurs de Grammalecte et LanguageTool deux logiciels libres de correction orthographique dont le premier est entièrement gratuit et fonctionne en extension de mon navigateur Internet et le seconde est seulement payant dans sa version pro et fonctionne via un plugin et un serveur distant.

Avant-propos[modifier | modifier le wikicode]

[ Réagir au contenu de ce chapitre ] Cette dernière conviction concorde parfaitement avec les travaux de Ken Wilber remarquablement vulgarisés dans son ouvrage intitulé Une brève histoire de tout[B 1]. Dans la préface de cet ouvrage Tony Schwartz affirme que Wilber reconnait quatre « formes de la vérité »[B 2] que je considère moi aussi complémentaires et indispensables pour atteindre ce que j'appellerai la « complétude étude » d'un objet scientifique. Ces quatre approches se répartissent selon deux axes opposant chacun deux catégories. Un premier axe oppose la catégorie « individuelle » à celle de « collective », tandis qu'un second opposera la catégorie « intérieure », que j'entends ici comme subjective, introspective, réflexive, interprétative ou herméneutique et à tendance qualitative, à la catégorie « extérieure », que j'entends cette fois comme objective, distanciée, structurelle et à tendance quantitative. Voici ci-dessous sous forme de tableau et de manière revisitée ces quatre approches ou formes de vérité originairement appelées « quadrants » par Ken Wilber[B 3].

Intérieure Extérieure  
Approche intentionnelle Approche psychologique Individuelle
Approche culturelle Approche sociale Collective

De manière utopique j'en suis parfaitement conscient, ces deux convictions m'auront donc guidé dans l'étude du mouvement Wikimédia et cette entreprise apparaitra d'autant plus impossible que j'ai aussi souhaité situer le mouvement Wikimédia au sein même d'une « révolution numérique » que Marcel Mauss n'aurait pas hésité de qualifié de « fait social total » tant celle-ci met « en branle la totalité de la société de ses institutions »[B 4].

En effet, dans l'absolu, une telle étude devrait donc porter son attention sur près de 16 milliards d'accès mensuels[W 1], à près de 400 millions de pages web hébergées sur un peu plus de 900 sites web[W 2] actifs dans plus de 300 langues distinctes. Elle devrait ensuite étudier ce gigantesque espace numérique en s'intéressant à des dizaines de milliers d'actions humaines journalières[W 3] dont l'archivage presque complet est libre d’accès et d'utilisation dans le cadre qui nous préoccupe. Au niveau de la sphère hors ligne du mouvement, elle devrait enfin s'intéresser aux centaines de groupes humains regroupant des milliers de personnes actives au sein de centaines d'évènements hors ligne distribués dans le monde entier.

Suite à cette description, l'étude du mouvement Wikimédia apparaît donc comme un travail sans fin alors que a contrario, une thèse de doctorat doit forcément se clôturer un jour. Toute la difficulté dans le rendu de celle-ci sera donc de faire la synthèse d'une étude voulue globale, mais donc fatalement incomplète. Son défi consistera donc à fournir au lecteur une image réduite, mais fidèle, de l'ensemble du mouvement Wikimédia en la faisant reposer autant que possible sur les quatre approches méthodologiques présentées précédemment illustrées de façon suffisamment précise et détaillée.

Pour façonner cette entreprise à taille humaine, des choix ont donc dû être fait. Le premier choix aura été de limiter l'état de l'art sur la littérature internationale portant sur le mouvement Wikimédia, relativement pauvre disons le tout de suite, à la sphère francophone et anglophone tout en renonçant à vouloir y intégrer la totalité des très nombreux textes et travaux d'étude consacrés uniquement au projet Wikipédia. Un second choix, liés ici à des contraintes de temps au niveau de la recherche, de budget pour les déplacements et de connaissances linguistiques dans aux interactions, consistera à concentrer principalement la recherche sur la sphère francophone du mouvement. Toute fois, et afin de rester fidèle au désir d'une approche holistique, l'étude portera aussi sur la sphère internationale du mouvement dès lors que celle-ci rentrera en interaction avec la sphère francophone.

Il n'aura pas non plus été possible durant mes recherches d'étudier en détail les centaines de sites web soutenus par le mouvement Wikimédia. Trois d'entre eux auront cependant fait l'objet d'une observation et d'une participante assidue. Il s'agit en premier lieu bien sûr du projet Wikipédia bien connus de tous[W 4] et frère ainé de tous les projets soutenus par la fondation Wikimédia. Viendra ensuite en second lieu le projet Wikiversité[W 5], le dernier-né de la fratrie, peu connus bien que très important au niveau épistémique puisqu'il se dédie à la publication de matériaux pédagogique et de travaux de recherche. Et finalement en troisième et dernier lieu, prendra place le projet Méta-Wiki[W 6] qui représente le principal espace numérique de coordination et de gouvernance du mouvement Wikimédia.

En dehors de l'espace Internet, il ne me fut pas non plus possible d'être présent partout où j'aurais voulu être. D'une part pour des raisons de temps, de déplacement et d'argent déjà évoqués, mais aussi parce que je n'ai pas été autorisé à me rendre partout ou j'aurais voulu être. Le rejet de ma candidature au conseil d'administration de l'association Wikimédia France par exemple[W 7], m'aura empêché de découvrir cette association aussi bien que l'association belge dont je fus l'un des membres fondateurs[W 8] et membre du conseil d'administration pendant plus de deux ans[W 9]. Il ne m'aura pas non plus été possible malgré certaines insistances[W 10], de participer à l'une des « Wikimedia Conference »[W 11] organisées chaque année à Berlin. La dernière en date, celle de 2020 fut par ailleurs été annulée suite à la pandémie de maladie à coronavirus. Au niveau de l'espace numérique enfin et faut d'avoir été élu par la communauté, je n'aurai pas non plus réussi à expérimenter le statut d'administrateur global sur l'ensemble des projets[W 12] alors qu'il me fût possible de le faire projet Wikiversité francophone[W 13]. Il me fut enfin possible de rejoindre le comité d'édition du WikiJournal of Humanities au sein du projet anglophone[W 14] mais malheureusement pas l'ensemble des nombreux comités existant au sein du mouvement.

Rassurons-nous cependant, mes observations et ma participation au mouvement Wikimédia, entièrement recensée sur ma page d'utilisateur des projets Wikimédia[W 15][N 1], auront largement suffi à nourrir un ouvrage dont le volume ne peu de toute façon dépasser les standards accordés à une thèse de doctorat en socio-anthropologie. Il faut savoir ensuite que cette thèse aura été construite et publiée au fur et à mesure de son avancement sur le site Wikiversité avant d'être imprimée dans une version papier officiel dans le but d'être soumise à évaluation[W 16].

Étant donné que Wikiversité, au même titre que Wikipédia, est un projet collaboratif où chacun peut reprendre et poursuivre les travaux entamés par d'autres, cet ouvrage, ne constituera donc finalement que le début d'un travail de recherche qui ne demande qu'à être poursuivi. Grâce à cette perspective, les convictions et souhaits présentés en début de cet avant-propos n'apparaissent plus dès lors comme de simples utopies mais bien comme une invitation à poursuivre un travail entamé. Cette thèse de doctorat ne représentera donc que le début d'un entreprise sans fin, une de celles qui s'accorde parfaitement à la vision du monde portée par le Mouvement Wikimédia : « Imaginer un monde dans lequel chaque être humain puisse partager librement la somme de toutes les connaissances »[W 17]


Notes

  1. Une fois enregistré, chaque utilisateur des projets Wikimédia dispose d'une page qu'il peut à loisir éditer comme bon lui semble tant que son contenu est en lien avec le mouvement Wikimédia. Pour les versions imprimées de cet ouvrage, une copie de cette page sera disponible parmi les annexes.


Introduction encyclopédique au mouvement Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

[ Réagir au contenu de ce chapitre ]

Avant d'entrer dans des considérations plus spécifiques au sujet du mouvement Wikimédia dans le cadre de ma thèse de doctorat, il me semblait important de fournir aux lecteurs une première introduction au mouvement pour qu'ils puissent s'en faire une première vision globale. Une présentation encyclopédique du mouvement m'est alors apparue comme contenu idéal pour cette première étape de lecture. Voici donc à titre d'introduction et sans aucune correction apportée à son contenu[N 1], une copie de l'article intitulé « Mouvement Wikimédia » Wikipédia 20 février 2020 :

Le mouvement Wikimédia est un mouvement social, international et inter-communautaire, qui a pour mission d'apporter un contenu éducatif gratuit à l'ensemble du monde et dont le projet le plus connu est Wikipédia. Le mot « Wikimedia » est le nom de marque de la Wikimedia Foundation, qui chapeaute le mouvement de façon institutionnelle. Cette fondation a pour mission d'inciter les gens du monde entier à collecter et développer des contenus éducatifs sous licence libre ou dans le domaine public, et à les diffuser efficacement et mondialement. De façon globale, le mouvement Wikimédia partage la vision d'un monde dans lequel chaque être humain peut puiser et partager librement la somme de toutes les connaissances.

L'histoire du mouvement wikimédia est étroitement liée à l'histoire de Wikipédia et celle de la fondation Wikimedia et se voit parsemée de nombreux épisodes marquants dont certains se prêtent à la polémique. Sa géographie s'articule autour d'une sphère d'activités en ligne et d'une sphère d'activités hors ligne. La sphère en ligne se compose de plus de mille sites web, listes de diffusion et canaux IRC. Une partie des site web, à l'image de Wikipédia, est destinée à la diffusion des connaissances, une autre partie se consacre à la gestion interne du mouvement, une troisième enfin est essentiellement dédiée au développement technique des infrastructures informatiques. La sphère hors ligne quant à elle, comprend plusieurs dizaines d'associations locales, des centaines de groupes d'utilisateurs et, en janvier 2020, deux organisations thématiques.

La communauté Wikimédia se reconnait au travers des acteurs bénévoles statutairement dissociables des employés actifs au sein du mouvement. Elle est fortement attachée aux principes éthiques et idéologiques propres aux libertés numériques et composées de personnes majoritairement du genre masculin ayant suivit des études supérieures et dont la moyenne d'âge varie en fonction des activités et les origines géographiques. Le mouvement dans son ensemble se finance uniquement par des millions de dons provenant de particuliers qui s’élèvent en moyenne à une quinzaine d'euros. Le succès des campagnes de donation et son extrême décentralisation offre au mouvement une grande indépendance institutionnelle ainsi qu'une marge d'exploitation très saine.

Histoire du mouvement[modifier | modifier le wikicode]

Étymologie du terme Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

Le terme « Wikimedia » est inventé en mars 2003, par l'écrivain américain Sheldon Rampton, lors d'une discussion concernant la déclinaison possible de Wikipédia en d'autres types de projets éditoriaux participatifs[W 18].

« Wikimedia » est un mot-valise dont le composant « wiki » vient du logiciel d'édition collaborative de pages web WikiWikiWeb. Ce dernier nom est lui-même inspiré de l'expression hawaïenne « wikiwiki », que l'on peut traduire en français par « vite-vite »[W 19]. Quant au suffixe « média », qui désigne l'ensemble des moyens d'informations, il a pour objectif de marquer la variété des médias produits et des médias mobilisés sur les plateformes wiki (w:encyclopédie, site d'actualités, musiques, viféos, etc.)[W 18].

Il est à noter que le mot « wiki » est utilisé par plus de 20 000 projets qui ne font aucunement partie du mouvement Wikimédia et qui n'ont aucun lien avec la fondation Wikimedia[W 20]. C'est le cas, par exemple, des projets WikiLeaks, Wikia, et WikiHow, ou encore du projet WikiTribune, bien qu'il ait été lancé par Jimmy Wales, cofondateur de Wikipédia et fondateur de la fondation Wikimedia[B 5].

Naissance du mouvement[modifier | modifier le wikicode]

L'histoire du mouvement Wikimédia est étroitement liée à l'histoire de Wikipédia, qui en est à l'origine. Elle prend naissance en même temps que la Wikimedia Foundation, qui est créée le 20 juin 2003 pour en assurer la gestion administrative au niveau mondial suite à la décision de Jimmy Wales d'abandonner un projet d'encyclopédie commerciale, initialement appelée Nupédia, lancé par sa firme Bomis. La fondation Wikimedia hérite donc des noms de domaine et Wikipédia du passage en w:copyleft des copyright de la société commerciale. Ce choix est notamment motivé par la création de l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un fork de la version linguistique espagnole de Wikipédia le 26 février 2002 contestant principalement la censure, l'existence d'une ligne éditoriale[W 21] et surtout l'idée d'inclure des publicités sur le site Wikipédia par la firme Bomis[B 6].

L'expression « mouvement Wikimédia » n'apparaît cependant pas dès la naissance de la fondation, mais seulement après la proposition faite par Florence Devouard en juin 2008, de modifier le site Wikimedia.org pour en faire la vitrine du « mouvement Wikimedia » selon ces principes :

« Le mouvement Wikimédia, comme je l'entends est
  • une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d'expression, connaissance pour tous, partage communautaire etc...)
  • un ensemble d'activités (conférences, ateliers, wikiacadémies etc...)
  • un ensemble d'organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan etc...), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires »[W 22],[N 2]

En 2020, le site web en question affiche le message suivant :

«Wikimedia est un mouvement mondial dont la mission est d'apporter au monde des contenus éducatifs gratuits. Grâce à divers projets, chapitres et la structure de soutien de la Wikimedia Foundation, une organisation à but non lucratif, Wikimedia s'efforce de créer un monde dans lequel chaque être humain peut partager librement la somme de toutes les connaissances. »[W 23],[N 3]

Quant à l'expression « communauté » qui aurait pu être utilisée dans une expression telle que « la communauté Wikimédia » en substitution de l'expression « mouvement Wikimédia »[B 7], elle se réserve au final aux groupes de personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. On parlera donc de communautés d'éditeurs, d'utilisateurs ou de volontaires alors que l'expression « communauté Wikimédia », quant à elle, sera utilisée pour désigner tous les rédacteurs des projets Wikimedia, souvent peu intéressés par la participation aux activités hors ligne, mais développant un fort sentiment d'appropriation, de pouvoir décisionnel au sein du mouvement[B 8].

Épisodes marquants et anecdotes dans l'histoire du mouvement Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

Vidéo 1.1 : Enseigner Wikipédia par les anecdotes est une série d'histoires racontées en vidéo pour comprendre le fonctionnement de Wikipédia. (Alexandre Hocquet, 2017)[V 1].

Dès 2005, les problèmes de conflits d'intérêt sur Wikipédia apparaissent au sein du mouvement lorsque Jimmy Wales, cofondateur de Wikipédia, modifie en son point de vue l'article encyclopédique traitant de sa propre personne[B 9]. Par la suite et dès 2012, des règles concernant la gestion des conflits d'intérêts, variables d'un projet linguistique à l'autre, voient le jour[W 24]. Par après, en 2014, d'autres règles, variables selon les versions linguistiques de l'encyclopédie apparaissent au sujet des contributions rémunérées[W 25], en complément de conditions d'utilisation appliquées sur l'ensemble des projets[W 26]. Cette nouvelle réglementation s'inscrit dans une « chasse au sorcières »[B 10], réagissant entre autre à l'apparition d'entreprises de type Wiki-PR, spécialisées dans l'édition payante des articles de Wikipédia. Autre fait marquant de cette époque : une employée de la fondation Wikimedia est licenciée pour avoir pratiqué ce genre d'éditions rémunérées[B 11].

Dans le cadre des critiques que l'on peut porter à l'encontre de Wikipédia, une polémique éclate en 2005 entre la revue scientifique Nature et l'Encyclopædia Britannica après la publication d'un article comparant Wikipédia et l'encyclopédie sur 42 entrées portant sur des thèmes scientifiques. Selon cette étude, « Wikipédia contenait environ quatre inexactitudes ; Britannica, environ trois » (Giles, 2005)[B 12],[N 4].

Concernant les censures des projets Wikimédia dans plusieurs pays du monde, c'est en 2006, en Arabie saoudite, qu'a lieu le premier blocage définitif des projets Wikimédia. Un autre blocage aléatoirement partiel est fait en Chine la même année. Par la suite, d'autres blocages temporaires voient le jour comme le blocage de Wikipédia en Turquie entre le 29/04/2017 et le 15/01/2020, levé suite à une plainte déposée à la cour européenne des droits de l'homme par la fondation Wikimedia[B 13].

En 2007, dans le cadre de l'affaire Essjay rapportée dans le quatrième chapitre du livre La Révolution Wikipédia[B 14], un contributeur anglophone actif sur le projet Wikipédia anglophone dès 2005 est accusé de fausse déclaration relative à ses titres académiques et ses compétences professionnelles. La réelle identité et les réelles qualifications sont dévoilés à la communauté d'éditeurs suite à son engagement au sein de la firme FANDOM anciennement appelée Wikia. Choquée par ce véritable scandale, la communauté Wikimédia choisit cependant de faire confiance à des règles de conduite précises et appropriées, élaborées de manière participative, plutôt qu'à une confiance plus interpersonnelle ou à des systèmes précis d'accréditation et de contrôle général[B 15].

Vidéo 1.2 : Enseigner Wikipédia par les anecdotes : Le Selfie du Macaque (Alexandre Hocquet, 2017)[V 2]

En 2008, un autoportrait fait par un macaque nègre avec l'appareil du photographe animalier David Slater et téléchargé sur le site Wikimédia Commons, fait l'objet d'une plainte du photographe, adressée à la fondation Wikimedia. De cet épisode découle une déclaration du bureau du Copyright des États-Unis selon laquelle les travaux créés par des non-humains ne sont pas sujets au droit d'auteur[B 16].

En septembre 2008, le journaliste Vincent Glad découvre que le roman La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq incorpore des extraits de Wikipédia en français sans mention de la source ni de la licence, en violation de la licence Creative Commons « avec attribution et partage dans les mêmes conditions » (CC-BY-SA) sous laquelle le contenu de l'encyclopédie est diffusé. Cet événement amènera l'association Wikimédia France à prendre position en précisant que seules « les personnes qui pourraient s’estimer lésées par l’utilisation que M. Houellebecq a fait de leurs contributions ... peuvent se retourner contre lui et/ou son éditeur par le biais d’un recours en justice.[B 17].

Vidéo 1.3 : Vidéo pédagogique Enseigner Wikipédia par les anecdotes proposant de revisiter l'article consacré à Alain Marleix (Alexandre Hocquet, 2017)[V 3]

En 2009, l'effacement d'un paragraphe déplaisant de l'article concernant Alain Marlaix par une adresse IP en provenance du ministère de l'intérieur français fait un buzz médiatique en France alors que, dans un autre contexte moins médiatisé, les pages Wikipédia relatives à la « loi anti-piratage française et l'amendement 138 » sont elles aussi modifiées par une adresse IP relevant du ministère de la culture[B 18].

Le 6/10/2011, le site Wikipédia en italien fera l'objet d'un « black-out » décidé par la communauté de contributeurs sans même qu'en soit informée la fondation Wikimedia[B 8]. D'autres blocages temporaires ont lieu comme celui du 18/01/2012 orchestré par la fondation, cette fois en manifestation contre deux législatures proposées aux Congrès américain[B 19] ou plus récemment encore contre une directive européenne concernant le copyright[B 20].

En novembre 2011, sur le site Wikipédia en allemand se discutait une scission avec le mouvement Wikimédia en raison d'une promotion faite par la fondation Wikimédia en faveur d'un filtre pour image indécentes, dangereuses, et culturellement inacceptables[B 21]. Cette crise fut initiée par l'accusations de Larry Sanger selon laquelle Wikimédia Commons hébergait de la pornographie infantile. En réaction à cette accusation, Jimmy Wales s'était lancé dans une campagne de suppression d'images sans concertation de la communauté d'éditeurs. Dans ses actions, il en vint à supprimer de nombreuses images dont des images artistiques telles celle de Thérèse d'Avila dessinée par le peintre belge Félicien Rops. Son comportement provoqua une réaction très vive de la communauté qui poussera le cofondateur de l’encyclopédie, en date du 9 mai 2010, se retiré lui même ses droits d'administration sur l'ensemble des site Wikimedia[B 22].

Dans le courant de l'année 2012, Lsjbot, un programme de création automatique d'articles sur Wikipédia, est reconnu comme l'auteur le plus prolifique de l'encyclopédie en doublant pratiquement le nombre d'articles de l'encyclopédie suédoise[B 23].

Le 20/08/2012, débute une nouvelle affaire au sujet de l'article anglophone consacré au roman intitulé La Tache écrit par Philip Roth qui fait l'objet d'un effacement effectué par le biographe de l'auteur, et qui est restauré peu de temps après. Dans une lettre ouverte publiée dans le magazine The New Yorker, Philip Roth s'adresse à la communauté Wikipédia pour demander de rectifier ce qu'il considère être une erreur dans l'article, mais la communauté demande à l'auteur d'apporter les sources vérifiables et dignes de foi qui justifient sa demande. L'affaire est ensuite médiatisée au travers de divers articles publiés dans des quotidiens anglophones[B 24].

En mars 2013, a lieu l'affaire de la station militaire de Pierre-sur-Haute dans laquelle la Direction centrale du Renseignement intérieur français (DCRI) entre en conflit avec le mouvement suite au refus de supprimer l'article de Wikipédia concernant la station[B 25].

À propos des biais de genre sur Wikipédia, une campagne Art+Feminism est lancée au sein du mouvement Wikimédia dans le but d'ajouter du contenu sur Wikipédia à propos d'artistes féminines. En février 2015, une étude linguistique computationnelle relance la polémique en démontrant que les articles de Wikipédia sont biaisés à l'encontre des femmes[B 26]. De nouvelles campagnes d'édition visant à réduire les biais de genre au sein des projets Wikimédia voient ensuite le jour notamment au travers du projet Women in Red.

En décembre 2015, James Heilman, élu par la communauté Wikimédia au sein du conseil d'administration de la fondation Wikipédia, est écarté par les autres administrateurs en raison d'un manque de confiance[N 5]. Cet épisode est annonciateur d'une importante crise au sein de la fondation Wikimédia durant laquelle la directrice Lila Tretikov démissionne de son poste au même titre que plusieurs salariés et membres du conseil d'administration. L'origine de cette crise est le projet secret de création d'un moteur de recherche intitulé Knowledge Engine estimé à 2,5 millions de dollars américains et qui doit être en partie financé par la fondation Knight. À ce problème, s'ajoute la cooptation par le conseil d'administration de la fondation Wikimedia de Arnnon Geshuri, ancien dirigeant des ressources humaines chez Google qui fait suite à une forte opposition de la communauté wikimédienne[B 27].

Dans le courant de l'année 2017, c'est au tour de l'association Wikimédia France de vivre une crise de gouvernance, entraînant une restriction budgétaire en provenance de la Fondation, de nombreux départs parmi le membres et administrateurs et une plainte en justice déposée par la directrice démissionnaire[B 28]. Cette crise met en évidence un « fossé » entre les valeurs et les pratiques du monde du travail et ceux du mouvement Wikimédia en matière de transparence de gouvernance et de gestion des conflits interpersonnels[B 29] et est à l'origine d'une assemblée générale extraordinaire durant laquelle la recherche d'une gouvernance plus horizontale au sein de l'association est débattue[W 27].

Toujours en 2017, un essai intitulé Wikipedia has cancer (Wikipédia a le cancer) de Guy Macon, contributeur anglophone depuis 2005, soulève des questions au sein du mouvement au sujet des dépenses de la fondation Wikimedia. La métaphore n'inquiète pas pour autant le journal Quartz qui voit au niveau de la fondation Wikimedia une marge d'exploitation saine qui fait « honte » à ses concurrents en gardant constamment ses dépenses en dessous de ses revenus[B 30]. Il est vrai cependant qu'en 2015 le message distribué durant la collecte de fond était abusivement alarmant[B 31].

Plans stratégiques, vision et mission du mouvement[modifier | modifier le wikicode]

Plan stratégique du Mouvement Wikimedia, format imprimable.
Fig 1.2 : Plan stratégique 2015 du Mouvement Wikimedia, format pdf (Wikimedia Foundation, 2011).

Dès 2004 et suite à la création de la Wikimedia Foundation, le mouvement Wikimédia fait l'objet de divers plans stratégiques. Ces plans sont tout d'abord élaborés au niveau des premiers conseils d'administration pour ensuite être construits au travers des processus collaboratifs. Le premier de ces processus complexes est lancé en 2011 en recourant à la participation de milliers de volontaires dispersés dans le monde[B 32]. Il débouche sur un plan couvrant la période de 2010 à 2015 (voir fig. 2. ci-dessous). Ce processus fait appel à l'intelligence collective et au soutien du personnel de Wikimedia pour identifier, affiner et relever les défis stratégiques fondamentaux tout en reposant sur un principe de transparence, de collaboration et de participation répondant aux attentes des parties prenantes[B 33]. Un nouveau plan stratégique est en cours d'élaboration pour l'horizon 2030 avec cette vision d'avenir : « Wikimédia deviendra la principale infrastructure de l’écosystème de la connaissance libre, et quiconque partageant notre vision aura la possibilité de nous rejoindre »[W 28].

D'autres plans stratégiques sont aussi développés dans d'autres organisations et associations Wikimédia régionales ou thématiques, comme Wikimedia Deutschland qui est par ailleurs l'association pionnière dans cette démarche[W 29]. Tous ces plans stratégiques sont au final les prolongations d'une vision commune du mouvement, discutée sur le projet Méta-Wiki[W 30] et inspirée d'une réponse de Jimmy Wales à une interview postée le 28 juillet 2004 par Robin Miller sur le site Slashdot[B 34] : « Imaginer un monde dans lequel chaque personne sur la planète a librement accès à la somme de toutes les connaissances humaines. »[W 31],[B 35],[N 6], ceci en collaboration avec la fondation Wikimédia dont le but est de « donner la possibilité aux personnes du monde entier de collecter et développer du contenu éducatif sous licence libre ou se trouvant dans le domaine public, et de distribuer ce contenu efficacement et globalement »[W 32] en mettant met à disposition « l’infrastructure technique et la structure organisationnelle nécessaires afin de soutenir et de développer des projets wiki multilingues et toute autre initiative au service de cette mission. »[W 33].

Au delà des discours officiels, il existent des tensions entre les besoins stratégiques et les normes établies par une communauté de volontaires qui se voit trop sollicitée[B 36] mais aussi incluse et exclue du processus de façon ambivalent sinon arbitraire[B 37]. D'autre part, une dérive de la mission (Greer, 2015)[B 38] est possible au sein du mouvement. Il existe en effet un réel risque de voir le développement des institutions prendre la priorité sur la mission du mouvement mais aussi que l'activisme local se professionnalise jusqu'à produire un clash culturelle entre les associations locales soutenant le mouvement et la Wikimedia Foundation[B 39].

Géographie en ligne de la communauté des contributeurs bénévoles[modifier | modifier le wikicode]

En début d'année 2020, outre le projet Wikipédia disponible en plus de 300 versions linguistiques[W 34], la Wikimedia Foundation héberge aussi plusieurs centaines de projets frères de l'encyclopédie libre[W 35] dont le nombre d'utilisateurs peut varier de 148 pour le dictionnaire en Chaoui à 38 205 495 pour le projet Wikipédia en anglais[W 36]. Au total, près de 900 sites web sont hébergés au sein du mouvement pour diffuser un total 364 millions de pages Web[W 37]. Chacun de ces sites fonctionne sur un système de gestion de contenu différent et avec des règles d'utilisation potentiellement distinctes produites par des communautés de contributeurs autonomes[B 40] pour au final produire des articles dont 74% n'existeront que dans une seule des 74 versions linguistiques existantes en 2010[B 41]. Au niveau des règles, le projet Wikipédia germanophone par exemple, possède des règles beaucoup plus strictes que le projet francophone : le fair use n'y est pas d'application, les ébauches d'article ne sont pas conservées, le bannissement d'utilisateur nécessite un vote public à la majorité des deux tiers, etc[N 7]. Parmi tous ces projets, il est possible de distinguer les projets de contenu, les projets de sensibilisation et d'administration et enfin les projets de développement technique[W 38].

Les projets de contenu axés sur le partage des connaissances[modifier | modifier le wikicode]

Il existe donc à côté de Wikipédia tout un ensemble de projet destinés au partage de connaissances. On trouve parmi ceux-ci certains projets multilingues comme le projet Wikispecies. D'autres projet en plus d'être multilingues seront aussi centralisateurs de contenus en vue de les intégrés, en cas de besoins et sans les dupliqués, au niveau des autres projets Wikimédia. Dans ce dernier cas de figure, on trouve le projet Wikimedia commons chargé de centraliser les fichiers image, audio, vidéo, etc[V 4] et aussi le projet Wikidata axé sur le traitement d'informations factuelles récoltées et redistribuées sous forme d'une base de données au niveau des projets Wikimédia[B 42]. Les projets Wikimedia Incubator et Beta-Wikiversity aussi multilingues, sont quand à eux destiné à la création, au test et au lancement de nouvelles versions linguistiques des projets éditoriaux déjà existants[B 43].

En dehors de nouvelles versions linguistiques, de nouveaux projets éditoraux sont aussi susceptibles de voir le jour. Le projet WikiJournal sur wikiversité, récompensé d'un prix de l'édition ouverte 2019 dans la catégorie open édition,[W 39] est actuellement (février 2020) dans l'attente d'une réponse du conseil d'administration Wikimédia par rapport à une demande de création d'une nouvelle plate-forme web indépendante[W 40]. Tous ces projets de partages de contenu repris sous le tableau ci-dessous[N 8] sont libres, collaboratifs, indépendant dans leurs gestions, principalement soumis à la licence CC.BY.SA et reposent toujours sur des logiciels MediaWiki séparés au niveau de l'infrastructure informatique[B 21].

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Les projets d'aide, de coordination, de gestion et d'information interne au mouvement[modifier | modifier le wikicode]

Au delà des projets de partage de contenu, il existe aussi tout un ensemble d'espaces numériques destinés à organiser les activités internes au mouvement Wikimédia. La plate-forme Meta-Wiki par exemple, représente l'espace de gestion de tout ce qui est commun à l'ensemble des projets éditoriaux, mais aussi un lieu de traitement des questions administratives et politiques relative à l'ensemble du mouvement Wikimédia[B 44]. Ce site est souvent l'espace où prendra naissance d'autres projets numériques internes au mouvement[B 21].

Parmi les projets actifs, le site wikimania.wikimedia.org a pour fonction de préparer les conférences internationales annuelles dédiées au mouvement Wikimédia[B 21], le site Wikimedia Outereach[W 41],[B 21] se focalise sur la promotion des projets Wikimédia au niveau de l'éducation, des GLAM tout en permettant l'échange de bonnes pratiques et réussites au sein. Le site Wikimedia strategy planning, utilisé pour élaborer la stratégie du mouvement pour la période 2010-2020 est quand à lui inactif suite à la fin du processus et ce bien qu'il soit toujours accessible en tant qu'archive[B 21]. Le site Wikimedia Usability fut lui aussi abandonné dès la fin de son financement par la Stanton Foundation[W 42]

Il existe aussi au sein de l'espace numérique Wikimédia différents projets qui ne bénéficient pas d'un site et w:nom de domaine propre à leurs activités mais qui se développent et se coordonnent au niveau d'autres projets plus larges tel que w:Wikipédia. Au niveau de la sphère francophone, figurent parmi ce type de projets internes, le Wikimag et l'infolettre Regard sur l'actualité de la Wikimedia (RAW), deux périodiques publiés par la communauté Wikimédia et pour la communauté Wikimédia au sein du projet Wikipédia, le projet WikiMooc un cours en ligne gratuit et ouvert à tous pour apprendre à contribuer à Wikipédia, mais aussi tout un ensemble de projets thématiques souvent impliqués dans la maintenance des portails de Wikipédia. Au sein du mouvement Wikimédia sont hébergées enfin des centaines de listes de diffusion privées ou publiques et des centaines de salons de conversation (IRC)[W 43] qui permettent à chaque groupe créé au sein du mouvement de communiquer sur les sujets qui lui tiennent à cœur.

Plus récemment enfin, en septembre 2019, une nouvelle plate-forme basée sur WordPress et Discourse intitulée « Wikimédia Space » a aussi vu le jour comme espace de bloging, d'échanges d'informations et de conversations pour les personnes actives au sein mouvement Wikimédia[B 45], elle fut cependant rapidement fermée fin février 2020 pour perdurer seulement en tant que blog dédié à la communauté[B 46]. Afin de synthétiser l'information, tous les espaces numériques internes au mouvement Wikimédia sont repris sous le tableau ci-dessous[N 9].

Accueil de Meta-Wiki
w:Méta-Wiki est un site de gestion et de coordination générale du mouvement Wikimédia (accès au site).
Le site Wikimania.Wikimania.org est dédié à la préparation des cycles de conférences annuelles w:Wikimania dédiées au mouvement Wikimédia (accès au site).
Wikimedia Outreach est un site Web destiné à coordonner la promotion des projets Wikimédia et les partenariats au sein du mouvement (accès au site).
Wikimedia Space est une plateforme d'information, de collaboration et de support comprenant un blog et un forum, destinés aux acteurs du mouvement Wikimédia (accès au site).
Wikimedia Community Logo-Mailservices 2.svg
Wikimedia Mailservices est la page d'accueil de toutes les listes de diffusion gérées par la fondation Wikimedia (acccès au site).
Nuvola mimetypes log.svg
Wikimedia Statistics sont des plates-formes d'informations statistiques au sujet de tous les projets wikimédia gérés par la fondation Wikimedia (accès au site Wikistat 1 & Wikistat 2).
Wikipedia Usability Initiative Logo.png
Wikimedia Usability (archivé) est un espace de travail dédié à l’amélioration de la convivialité de Wikipédia pour les nouveaux contributeurs. (accès au site).
Logo du site Wikimédia strategy
Wikimedia strategic planning (archivé) fut le site utilisé de 2009 à 2010 pour l'élaboration le plan stratégique 2010-2015. (accès au site).

Les projets de gestion technique[modifier | modifier le wikicode]

Afin de gérer ses aspects techniques et informatiques le mouvement Wikimédia possède aussi un ensemble de sites dédiés. Le site Wikimédia Phabricator, lancé en septembre 2014 et reposant sur un logiciel libre répondant au même nom, est utilisé pour traiter les bugs et autres tâches au sein du mouvement Wikmédia qui ne doivent pas forcément être techniques[B 47]. Le site MediaWiki est une autre plateforme multilingue dédiée au développement collaboratif et à la documentation concernant le logiciel w:MediaWiki, utilisé sur tous les projets éditoriaux Wikimédia, mais aussi par de nombreux autres parties prenantes, qui se rassemblent régulièrement lors de conférences spécifiquement dédiées au logiciel[B 48]. Le site Wikitech, quant à lui, est une plateforme d'information et d'orientation technique au sujet du Wikimedia Cloud Services (WMCS)[W 44] utilisé en janvier 2020 par plus de 16000 personnes[W 45], donnant accès aux dumps et systèmes de gestion de bases de données des projets Wikimédia[W 46]. Le projet w:Kiwix, enfin, offre un logiciel qui permet d'avoir accès à Wikipédia, ses projets frères et bien d'autres ressources éducatives sans avoir de connexion Internet dans tous les pays du monde[B 49] et même en prison[B 50]. Les projet de gestion technique sont repris de manière synthétique dans le tableau ci-dessous[N 9].

Accueil de Phabricator
Wikimedia Phabricator est une plateforme de collaboration ouverte à tous les contributeurs de Wikimedia utilisée pour gérer le travail lié aux logiciels mais des initiatives non techniques sont les bienvenues (accès au site).
Le site MediaWiki est une plate-forme de développement et de documentation au sujet du logiciel w:MediaWiki, utilisé par tous les projets éditoriaux Wikimédia (accès au site).
Wikitech est une plate-forme destinée à documenter les projets et infrastructures informatiques d'aide au mouvement Wikimédia, hébergés sur le w:cloud par la fondation Wikimedia (accès au site).
Accueil de « Test Wiki »
Test Wiki est un site Wikimédia utilisé par les développeurs du logiciel afin de tester leurs codes avant de les appliquer à d'autres sites (accès au site).
Toolforge (anciennement toolserver), est le lieu de gestion du cloud computing Wikimédia dédié à l'hébergement de projets assistés par la communauté (accès à la page du projet).
Wikimedia Cloud Services logo.svg
Wikimedia Cloud VPS est l'espace de gestion du cloud computing Wikimédia destiner à l'hébergement de projets autonomes (accès à la page du projet).
Logo de Kiwix
w:Kiwix, est un logiciel informatique pour lire les projets Wikimédia hors ligne (accès au site).

Espaces d'informations publiques[modifier | modifier le wikicode]

Dans le but de communiquer avec le grand public, la fondation Wikimedia possède un site d'information au sujet de sa gouvernance[W 47] et un w:site vitrine[W 48] intégrant un espace blog[N 10]. De manière similaire, les associations Wikimédia France[W 49] et Suisse[W 50] possèdent aussi leur propre site web auto-hébergé alors que d'autres chapitres tels que l'association belge[W 51] et canadienne[W 52] utilisent un wiki hébergé par la fondation. Parfois inclus dans son site comme l'association française[W 53], de nombreux blogs sont aussi présents sur le Net comme celui de Wikimédia Belgique[W 54] ou encore celui de l'espace Wikimedia Space[W 55]. D'autres blogs encore peuvent être tenus par des contributeurs ou ex-contributeurs singuliers. Il existe, enfin, sur les réseaux sociaux, d’innombrables comptes gérés par les associations, groupes d'utilisateurs, et utilisateurs actifs au sein du mouvement Wikimédia.

Géographie hors ligne des organisations et associations actives au sein du mouvement[modifier | modifier le wikicode]

La fondation Wikimedia[modifier | modifier le wikicode]

La Wikimedia Foundation Inc (WMF) a son siège dans la ville de San Francisco, non loin de la Silicon valley. Elle possède les noms de domaine des projets Wikimédia, les marques déposées et est responsable de la majeure partie des collectes de fonds effectuées au sein du mouvement[B 8]. Cette organisation sans but lucratif, catégorisée ONG par l'Union européenne[W 56], est supervisée par un conseil d'administration reconnu comme organe décisionnel le plus élevé du mouvement. Il supervise officiellement la Fondation et définit sa stratégie[B 8]. Ce conseil d'administration est composé de Jimmy Wales en tant que membre fondateur, d'un.e président.e et de 9 sièges dont 4 sont cooptés, 2 élus par les organismes affiliés (chapitres et groupes d'utilisateurs) et 3 par la communauté des contributeurs des projets éditoriaux en ligne[W 57]. Ce conseil d'administration est soutenu dans son autorité suprême par : une équipe volontairement cosmopolite[W 58] de plus de 350 salariés[W 59] répartis dans 9 départements[W 60] supervisé par une directrice exécutive[W 61], un conseil consultatif composé jusqu'au 30|06|2018 de 16 membres invités par le conseil[W 62], une commission de médiation composée de membres volontaires désignés par le conseil d'administration[W 63] et un comité électoral composé de volontaires supervisés par un membre du conseil d'administration et conseillé par quatre membres du personnel[W 64].

Les comités[modifier | modifier le wikicode]

Le mouvement Wikimédia comprend un ensemble de 8 comités[W 65]. Parmi les comités actifs, trois d'entre eux sont composés uniquement de membres du conseil d'administration de la fondation Wikimedia soutenus par des conseillers non votant et la présence d'un intermédiaire avec l'équipe de salariés. Le comité de gouvernance du conseil, qui s'assure que le Conseil s'acquitte efficacement de ses responsabilités[W 66], le comité d'audit, qui assure la surveillance des questions financières et comptables[W 67] et le comité des ressources humaines, qui supervise les politiques et les pratiques en matière de rémunération et de personnel[W 68].

Quatre autres comités décisionnels indépendants sont formés de personnes issues de différentes parties du mouvement dans le respect d'une certaine diversité géographique, linguistique et culturelle. Ces comités sont souvent assistés par du personnel de la fondation et surveillé par certains membre du conseil d'administration de la fondation Wikimedia. Parmi ces comités il y a celui de la distribution des fonds (CDF)[W 69], des langues[W 70], des affiliations (AffCom)[W 71] et une commission de médiation[W 72].

Un dernier est enfin consacré aux relations publiques de la fondation et géré par les membres du staff de salariés aidés par des bénévoles et du personnel des associations affiliées[W 73].

Les associations locales[modifier | modifier le wikicode]

Carte de répartion des chapitres Wikimédia en 2019
Fig. 1.3 : Les chapters Wikimedia en janvier (Bastique et al., 2019).
  •      Chapters existants
  •      Chapters approuvés, mais pas encore fondés
  •      Chapters dont la création est planifiée
  •      Chapters en discussion

On trouve au sein du mouvement Wikimédia une quarantaine d'associations appelées chapitres (de la traduction littérale du terme anglais chapter) qui représentent autant de satélites nationaux de la Wikimedia Foundation, administrativement indépendants, mais autorisés à utiliser les marques déposées pour la collecte de fonds propres et l'organisation d'évènements[B 8]. L'objectif de ces partenaires locaux de la fondation est d'assurer un support local aux communautés d'éditeurs, tout en assurant la promotion et un certain lobbying au sein des autres institutions locales[B 51]. Les chapitres assurent aussi le recrutement local de nouveaux contributeurs, lors de réunions hors ligne rassemblant de nouveaux contributeurs et/ou des contributeurs très actifs[B 52]. En Suède par exemple, un partenariat entre le mouvement Wikimédia, l'UNESCO et l'association Cultural Heritage without Borders (héritage culturel sans frontières) permet de mettre sous licence libre des informations concernant certaines formes d'héritages culturels en péril[B 53].

Toutes à but non lucratif, ces associations sont cependant très différentes au niveau de leurs tailles, de leurs financements, de leur nombre de bénévoles ou d'employés, d'infrastructures, etc. Certaines profiteront d'un financement d'état comme c'est le cas de l'association polonaise et italienne[W 74] ; d'autres comme les associations suisse et allemande (la première ayant vu le jour seulement un an après la création de la fondation[B 54]) pourront gérer de façon indépendante les dons en provenance de leur pays récoltés lors des campagnes de donations organisées par la fondation[réf. nécessaire] ; d'autres encore ne seront financées que par des dons directs fiscalement déductibles ou non, et/ou par un financement de leurs programmes par la fondation Wikimedia après un processus rigoureux de demande de financement et de rapport d'activités[W 75]. À titre d'exemple, la plus grosse de ces associations est actuellement le chapitre allemand Wikimedia Deutchland qui emploie en luin 2019 plus de 130 salariés et comprend plus de 50 000 membres[W 76].

Les chapitres dont la filiation est active ou perdue en janvier 2019[W 77] sont repris dans le tableau ci-dessous[N 9] :

Pays Titre officiel Présence sur le web Date de reconnaissance Affiliation Membres
Icons-flag-za.png Afrique du Sud Wikimedia South Africa wikimedia.org.za 2017-02-05 Active 18
Icons-flag-de.png Allemagne Wikimedia Deutschland wikimedia.de 13/06/2004 Active 50000 +
Icons-flag-am.png Arménie Wikimedia Armenia www.wikimedia.am 2013-05-14 (2013-03-26) Active 16
Icons-flag-ar.png Argentine Wikimedia Argentina wikimedia.org.ar 01/09/2007 Active 65~
Icons-flag-au.png Australie Wikimedia Australia wikimedia.org.au 01/03/2008 Active 150~
Icons-flag-at.png Autriche Wikimedia Österreich wikimedia.at 26/02/2008 Active 47
Icons-flag-bd.png Bangladesh Wikimedia Bangladesh wikimedia.org.bd 2011-05-24 Active 41
Icons-flag-be.png Belgique Wikimedia Belgium be.wikimedia.org 08/10/2014 Active 90+
Icons-flag-ca.png Canada Wikimedia Canada ca.wikimedia.org 24/05/2011 Active 60~
Icons-flag-co.png Colombie Wikimedia Colombia wikimediacolombia.org 2019-06-28 Active -
Icons-flag-cl.png Chili Wikimedia Chile wikimediachile.cl 16/07/2011 Active 486
Icons-flag-kr.png Corée Wikimedia Korea wikimedia.kr 2015-11-10 Active 35~
Icons-flag-dk.png Danemark Wikimedia Danmark wikimedia.dk 03/07/2009 Active 20
Icons-flag-es.png Espagne Wikimedia España wikimedia.org.es 07/02/2011 Active 110~
Icons-flag-et.png Estonie Wikimedia Eesti et.wikimedia.org 31/08/2010 Active 45
Icons-flag-fi.png Finlande Wikimedia Suomi fi.wikimedia.org 21/09/2009 Active 21
Icons-flag-fr.png France Wikimédia France wikimedia.fr 23/10/2004 Active 250
Icons-flag-hk.png Hong Kong 香港維基媒體協會 wikimedia.hk 01/03/2008 - 2017-02-01 Perdu -
Icons-flag-hu.png Hongrie Wikimédia Magyarország wiki.media.hu 27/09/2008 Active 40~
Icons-flag-in.png Inde Wikimedia India wikimedia.in 03/01/2011 - 2019-09-14 Perdue -
Icons-flag-id.png Indonésie Wikimedia Indonesia wikimedia.or.id 07/10/2008 Active 46
Icons-flag-il.png Israël Wikimedia Israel wikimedia.org.il 26/06/2007 Active 35~
Icons-flag-it.png Italie Wikimedia Italia wikimedia.it 17/06/2005 Active 410~
Icons-flag-ke.png Kenya Wikimedia Kenya - sans - 2013 Absente -
Icons-flag-mo.png Macao Wikimedia Macau - 2009-04-09 - 2017-08-01 Perdue -
Icons-flag-mk.png Macédoine du Nord Викимедија Македонија mk.wikimedia.org 01/02/2010 Perdue -
Icons-flag-mx.png Mexique Wikimedia Mexico mk.wikimedia.org 03/08/2011 Active 15
Flag of New York City.svg New York Wikimedia New York City nyc.wikimedia.org 12/01/2009 35
Icons-flag-no.png Norvège Wikimedia Norge no.wikimedia.org 23/06/2007 Active 108
Icons-flag-nl.png Pays-Bas Wikimedia Nederland nl.wikimedia.org 27/03/2006 Active 200
Icons-flag-ph.png Philippines Wikimedia Philippines - 12/04/2010 - 2017-02-28 Perdue -
Icons-flag-pl.png Pologne Wikimedia Polska pl.wikimedia.org 18/11/2005 Active 130
Icons-flag-pt.png Portugal Wikimedia Portugal wikimedia.pt 03/07/2009 Active 40~
Icons-flag-cz.png République tchèque Wikimedia Česká republika wikimedia.cz 06/03/2008 Active 64
Icons-flag-uk.png Royaume-Uni Wikimedia UK uk.wikimedia.org 12/01/2009 Active 360~
Icons-flag-ru.png Russie Wikimedia РУ wikimedia.ru 24/05/2008 Active 17
Icons-flag-rs.png Serbie Wikimedia Србије rs.wikimedia.org 03/12/2005 Active 80~
Icons-flag-se.png Suède Wikimedia Sverige se.wikimedia.org 11/12/2007 Active 629
Icons-flag-ch.png Suisse Wikimedia CH wikimedia.ch 14/05/2006 Active 486
Icons-flag-th.png Thailande Wikimedia Thailand - 2019-06-28 Active -
Icons-flag-tw.png Taïwan 中華民國維基媒體協會 wikimedia.tw 04/07/2007 Active 30
Icons-flag-ua.png Ukraine Wikimedia Україна ua.wikimedia.org 03/07/2009 + 17/05/2017 Active 360~
Icons-flag-uy.png Urugay Wikimedia Uruguay wikimedia.uy 2017-03-12 Active 18
Icons-flag-ve.png Venezuela Wikimedia Venezuela wikimedia.org.ve 2016-01-14 Active 15~

Les groupes d'utilisateurs[modifier | modifier le wikicode]

Carte de répartition géographique du mouvement Wikimédia. En bleu les chapitres, en vert les groupes utilisateurs à thématiques régionales
Fig. 1.4 : Répartition géographique du mouvement Wikimédia. En bleu les chapitres, en vert les groupes utilisateurs à thématiques régionales (Effeietsanders et al. , 2019).

Un groupe d’utilisateurs de Wikimédia est une possibilité d’affiliation simple et flexible à la fondation Wikimedia qui demande moins de prérequis qu’un chapitre ou qu’une organisation thématique. Les groupes d'utilisateurs peuvent s'organiser autour de problématiques régionales ou culturelles, de projets éditoriaux Wikimédia ou d'autres thématiques liées à des secteurs d'activité ou des enjeux identitaires. En juin 2019 ces groupes étaient au nombre de 112[W 78].

Les organisations thématiques[modifier | modifier le wikicode]

Les organisations thématiques regroupent des « organisations indépendantes à but non lucratif créées pour soutenir et promouvoir les projets Wikimédia dans un domaine prioritaire spécifié »[W 79]. Il existe actuellement deux organisations thématiques au sein du mouvement. La première est intitulée Amicale Wikimedia (CAT) la seconde Wikimedia Medecine (WPM)[W 79].

La première s'intéresse à la langue et la culture catalane avec pour mission première de « faire en sorte que l’ensemble du savoir humain soit aussi disponible en catalan et que le savoir sur la culture catalane soit aussi disponible dans chaque langue »[W 80] et est lauréate du prix national de la culture délivré par le Conseil de la Culture et des Arts (CoNCA)[W 81]. La seconde a pour vision un monde dans lequel « chacun aurait un accès libre à la totalité des connaissances biomédicales »[W 82] et se voit chapeautée par la Wiki Med Foundation Inc[W 83] qui travaille en étroite collaboration avec l'association Traducteurs sans frontières dans un réseau international intitulé Healthcare Information For All[B 55].

Les projets transversaux[modifier | modifier le wikicode]

Il existe au sein du mouvement Wikimédia des projets transversaux ne bénéficiant pas de structure juridique, ni de site Web propre, mais qui se développent sur des projets en ligne préexistants tel que Méta-Wiki ou Wikipédia et qui ont pour but de coordonner les actions de plusieurs entités affiliées tout en incluant autant que possible la communauté de contributeurs Wikimédia. Au niveau de la sphère francophone, il existe par exemple le projet Wikifranca, axé sur la francophonie[W 84], l'ancien projet Afripedia[B 56] et l'actuel projet WikiAfrica[B 57] axé sur le continent africain, le projet international Wikpédia Zéro[B 58] abandonné en 2018 depuis , et bien d'autres projets spécifiques à l'encyclopédie Wikipédia francophone. De manière synthétique, le tableau ci-dessous reprend les différents projets transversaux[N 9].

Logo de WikiFranca
WikiFranca est un projet de collaboration entre les entités francophones du mouvement Wikimédia.
Logo projet Wikiafrica
WikiAfrica est un projet qui a pour but de rendre le continent africain plus présent au sein des projets Wikimédia grâce à divers programme et outils techniques.
Logo Afripédia
Afripédia (archivé) fut un projet dont l'objectif était de fournir un accès hors-ligne au projets Wikimédia dans les pays africains.
Logo du projet Wikipedia Zero
Wikipedia Zéro (archivé) fut un projet visant à fournir un accès gratuit au projet Wikimedia sur téléphone portable pour les populations ne pouvant financer un accès à Internet.

Les wikimédiens en résidence[modifier | modifier le wikicode]

Parmi les personnes actives au sein du mouvement wikimédia, certaines deviennent wikimédiens ou wikimédiennes en résidence, c'est-à-dire engagées par une institution, souvent de type GLAM ou impliquée dans le domaine de l'éducation dans le but de faciliter la création d'entrées sur les projets Wikimedia, d'encourager et aider à la publication de documents sous licences libres, ou encore de développer les relations entre l'institution et le mouvement Wikimédia. De par le monde, environ 170 cas de résidence sont recensés, pour des contrats de quelques heures par semaine ou beaucoup plus[B 59].

Les partenaires du mouvement Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

Outre les institutions accueillant des wikimédiens en résidence, d'autres organisations non lucratives, souvent impliquées dans le mouvement du logiciel libre, sont reconnues partenaires du mouvement Wikimédia. C'est le cas par exemple du projet OpenStreetMap[B 60],[B 61], de la free software foundation, de l'Open Knowledge Foundation, ou encore de l’association Creative Commons en tant que fournisseurs de services[W 85].

Dans une autre mesure et un autre contexte, certaines entreprises commerciales peuvent devenir partenaires du mouvement Wikimédia en tant que mécène ou prestataire de service. Des partenariats existent avec des producteurs de hardware[W 85], des entreprises du Web et des opérateurs de télécommunication[B 62] dans le cadre par exemple du projet Wikipédia Zéro clôturé durant l'année 2018 qui vise à offrir un accès gratuit à Wikipédia par téléphone portable aux populations ne pouvant financer un accès à Internet.

La communauté Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

La communauté du mouvement Wikmédia, salariés des institutions mis à part, représente pour certains « l'ensemble des personnes bénévoles et amateures composant la communauté la plus prospère de l'ère numérique »[B 63]. Composée de bénévoles, elle se caractérise par un activisme, une éthique et idéologie très forte et une grande sensibilité à tout ce qui est en décalage avec la philosophie du mouvement, telles la censure et l'entrave à la liberté numérique[B 64]. Le manque de reconnaissance, voir un certain mépris de la hiérarchie traditionnelle et des titres académiques, fait aussi partie intégrante de la philosophie du mouvement[B 65].

Dès 2009, une étude menée par la fondation Wikimedia, mettra en évidence une grande disparité de genre parmi les éditeurs de Wikipédia où les femmes n'apparaissaient qu'à un ratio de 10 %. Cette études fera apparaître aussi aussi que la communauté Wikimédia de l'époque et majoritairement constituée de personnes célibataires et sans enfant dont les trois quarts avait un âge inférieure à 30 ans et un peu plus de 50 % bénéficiaient d'une formation d'enseignement supérieur[B 66] (voir figure 5 ci-dessous). Concernant le genre, une étude datant de 2011 relève quant à elle 9 % de contributrices[B 67], une autre de 2013, 22% [B 68], celle de 2014, plus axée sur les pays du Sud, 20 %[B 69], une autre de 2016 portant sur le public germanophone 10 %[B 70]. Finalement une études de 2018 rend compte d'un pourcentage variable de 5 à 13.6 % en fonction des origines et mettra à jour le degré d'éducation de la communauté Wikimédia avec cette fois-ci près de 85 % des personnes diplômées de l'enseignement supérieure dont 34 % au niveau bachelier, 26 % au niveau master et 12% au niveau doctorat[B 71] (voir figure 6 et 7 ci-dessous).

Une autre fracture au sein de la communauté Wikimédia réside dans le fait que seulement 20% des contributeurs proviennent des pays du Sud[B 72] et que près de 50 % des contributeurs sont d'origine européenne[B 71] (voir figures x.1 & x.2 ci-dessous). Ce fossé culturel fut l'une des préoccupations premières du rassemblement Wikimania de 2018 à Cape Town[B 73], un cycle de conférences traitant de sujets portés à cœur par le mouvement Wikimédia est sans aucun doute le plus grand rassemblement annuel de la communauté. Il peut compter jusqu'à 1 200 participants d'un age allant de trois mois à 72 ans et provenant de 70 nations différentes[B 74]. Quand à la moyenne d'âge des membres de la communauté, elle varie selon l'étude de 2018 en fonction de leurs activités et de leurs origines[B 71] (voir figure 9 ci-dessous). La tranche d'age de 18 à 34 ans se réparti sur un ratio de 29 à 60 %, celle de 35 à 44 ans sur un ratio de 12 à 31 % et celle de 45-84 ans sur un ratio de 20 à 54 %.

Gestion financière du mouvement[modifier | modifier le wikicode]

Le financement du mouvement Wikimédia se fait sans aucune rentrée publicitaire et repose essentiellement sur des campagnes publiques de dons organisées par la fondation Wikimedia[B 75]. Celle de 2018-2019, constituée de plus 7 millions de dons provenant d’une trentaine de pays et d’une moyenne de 15,61 dollars US, permet de récolter au total 112,9 millions de dollars US[W 86]. Le compte-rendu de cette campagne indique qu'une grande majorité de ces dons proviennent de pays occidentaux (voir figure 10 ci-dessous) et que 39 % d’entre-eux sont initiés par des bannières affichées sur les sites Wikimédia (voir figure 11 ci-dessous). À l’exception des dons transmis depuis la Suisse et l'Allemagne qui sont directement gérés par les associations locales respectives après avoir transmis un pourcentage de ce montant à la fondation Wikimedia, la totalité des dons est gérée par cette dernière[W 87].

Au delà de cette source de financement, le mouvement Wikimédia peut aussi recevoir des dons au niveau des instances locales tels que les chapitres, projets thématiques, groupes d’utilisateurs, etc. Certaines rentrées financières peuvent en effet provenir de campagnes de soutien orchestrées localement[V 5], dont certaines peuvent donner accès à une déduction fiscale[W 88]. Certaines associations locales telles que Wikimédia Italie[W 74] et Wikimédia Pologne[W 89] bénéficient aussi d'un soutien financier étatique provenant directement d'une partie d’impôts communautaires que les citoyens sont libres d'attribuer à des organismes d'intérêt public. Un fond de dotation réunissant la somme de 43 millions de dollars américains en juillet 2019 fut créé en mai 2016 dans le but de générer des revenus pour soutenir les opérations et les activités des projets Wikimédia à perpétuité[W 90].

Au niveau des dépenses, la fondation Wikimedia distribue ses ressources financières dans différents secteurs avec plus de 50 % des fonds attribués au bénéfice des ressources humaines engagées au sein de son institution (voir figure 12 ci-dessous). Ces dépenses annuelles n’atteignent cependant jamais le niveau des rentrées budgétaires et permettent donc à la fondation de faire croître chaque année une réserve de liquidités (voir figure 13 ci-dessous). Il en résulte qu'en comparaison à d'autres organisations du secteur, la fondation Wikimedia se distingue par une marge d'exploitation très saine[B 30], qui est sans doute liée au nombre très restreint de salariés par rapport à la taille et à la complexité du budget, mais aussi à la taille du mouvement international de volontaires, qu'elle se doit de gérer[B 72].

Une partie du budget de la fondation Wikimedia est aussi transmise aux associations locales par l'intermédiaire d'un comité des fonds[B 75]. En 2013-2014, ce comité, aidé par un logiciel d'aide à la prise de décision, a accordé des financements à des individus, groupes et associations dans plus de 60 pays du monde, et 30 communautés linguistiques et thématiques[B 72]. Il est cependant reprochable au système de distribution de subventions d'être difficile d'accès pour les personnes n'ayant pas d'expérience spécifique dans ce type de demande ce qui rend donc la situation profitable à des organismes spécialisés extérieurs au mouvement[B 76].

Question de plagiat[modifier | modifier le wikicode]

Suite à cette énorme citation, on est en droit de se demander comment il fut possible qu'un article de Wikipédia face l'objet d'un copié collé intégral dans une thèse de doctorat ? Cette pratique inédite n'est-elle pas en effet un plagiat d'autant plus regrettable qu'il provient d'une source peu reconnue dans le monde académique ? Cette question trouvera tout fois réponse dans la figure 3.1 ci-dessous où l'on y voit un graphique qui stipule qu'approximativement 93,6 % du texte de l'article de Wikipédia dans sa version historique recopiée ci-dessus[W 91] fut rédigé par moi-même auteur de sa reproduction. Ce qui apparaissait donc de premier abord comme un vulgaire plagiat, n'est donc en dernier ressort que la récupération d'un travail fourni dans un autre espace éditorial.

Graphique illustrant la répartition par contributeurs du nombre d'éditions et de la quantité de texte apporté à l'article « Mouvement Wikipédia » en date du 19/02/2020
Figure 2.x : Graphique illustrant la répartition par contributeurs du nombre d'éditions et de la quantité de texte apporté à l'article « Mouvement Wikipédia » en date du 20/02/2020 (Scheepmans, 2020)[W 92].

Une telle procédure pourrait se voir disqualifiée par l'usage du terme oxymorique d'auto-plagiat utilisé dans certains milieux académiques qui condamnent la récupération de ses propres écrits dans le but de les reproduire dans un autre contexte d'édition. Cependant, si cette pratique discutable permet à certains d'augmenter à peu de frais le nombre de publications qu'ils pourront faire valoir dans le contexte d'une quelconque candidature, signalons tout de suite que la procédure qui nous préoccupe à l'instant ne pourrait en aucun cas être assimilée à un acte opportuniste. Au contraire, rédiger l'introduction au mouvement Wikimédia sur Wikipédia aura demandé un double travail sans aucune garantie de reconnaissance. Le premier travail fut une mise en page nécessaire pour respecter les standards éditoriaux de l'encyclopédie alors que le deuxième à rectifier le wikicode[N 11] afin de pouvoir bénéficier sur Wikiversité du même rendu que sur Wikipédia.

Cette expérience ne fut pas non plus un acte gratuit. D'un côté elle aura contribué à l'amélioration du contenu de Wikipédia sur un sujet en partie méconnu et pourtant de grande importance pour sa communauté de contributeurs. De l'autre, elle permettra par la suite d'illustrer certains aspects sociaux, culturels et socio-techniques propres à l'espace numérique Wikimédia. Le premier de ces aspects est déjà apparu sous nos yeux au niveau du graphique présenté ci-dessus. Comment se fait-il en effet que dans un projet éditorial collaboratif libre et ouvert à tous, le contenu d'un article portant sur un sujet bien connu par la communauté d'éditeurs en arrive à être écrit à plus de 93 % par un seul d'entre eux ? La réponse à cette nouvelle question ainsi qu'à bien d'autres se trouvera dans le prochain chapitre.


Notes

  1. Les erreurs orthographiques détectées par mon correcteur automatique ont été conservées dans la copie en vue d'un travail d'analyse ultérieur.
  2. Le texte original, en anglais, est : « The Wikimedia Movement, as I understand it, is a collection of values shared by individuals (freedom of speech, knowledge for everyone, community sharing etc...) a collection of activities (conferences, workshops, wikiacademies etc...) a collection of organizations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Germany, Wikimedia Taiwan etc...), as well as some free electrons (individuals without chapters) and similar-minded organizations ».
  3. Le texte original en anglais est : « Wikimedia is a global movement whose mission is to bring free educational content to the world. Through various projects, chapters, and the support structure of the non-profit Wikimedia Foundation, Wikimedia strives to bring about a world in which every single human being can freely share in the sum of all knowledge. ».
  4. Texte original en anglais : « Wikipedia contained around four inaccuracies; Britannica, about three ».
  5. . Il fut réélu par la communauté au courant de l'année 2017.
  6. Texte original en anglais : « Imagine a world in which every single person on the planet is given free access to the sum of all human knowledge ».
  7. Voir à ce sujet la section « caractéristique » de l'article consacré à Wikipédia en allemand.
  8. Ce tableau est susceptible d'évoluer avec le temps et son contenu actuel est donc sujet à vérification. Les mises à jour de son contenu peuvent être faites notamment au départ de ce tableau officiel automatiquement mis à jour.
  9. 9,0 9,1 9,2 et 9,3 Ce tableau est susceptible d'évoluer avec le temps et son contenu actuel est donc sujet à vérification. Une mises à jour est possible au départ des sources précitées.
  10. Depuis 2019 un nouveau blog de la fondation est publié au départ de son le site vitrine et fait suite à un ancien blog toujours accessible.
  11. On appelle wikicode le langage de balisage utilisé sur les projets éditoriaux Wikimédia qui permet une mise en page web parfois impossible au départ de l'éditeur visuel. La participation éditoriale aux projets Wikimédia est donc possible sous deux modes distincts : un premier visuel et simplifié accessible sur la page au départ de l'onglet « Modifier » et un deuxième expert ou avancé accessible au départ de l'onglet « Modifier le code ».


Compléments monographiques et auto ethnographiques au sujet du mouvement Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

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Une ethnographie complète du mouvement Wikimédia est une oeuvre insurmontable dans le cadre d'un simple ouvrage, mais rien n'empèche cependant de s'en approcher autant que possible dans le temps imparti à la réalisation d'une thèse de doctorat. Dix ans de participation et 4 ans de recherche permettent en effet de sélectionner bon nombre de matériaux numériques faciles à inclure dans un corps de texte et de rapporter de nombreuses expériences de terrain, hors ligne et en ligne, issue d'une observation participante de longue durée. A ceci, et dans le but de mettre en contexte le savoir à transmettre, son écriture se voudra teintée d'une composante autoethnographique et réflexive propre à au pratique socio-anthropologies.

Géographie du mouvement Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

Le mouvement Wikimédia est un mouvement global et mondial englobant actuellement une communauté de plusieurs milliards d’utilisateurs, plusieurs millions de contributeurs et plus d’un million de page Web, plus d’un millier de projets Internet dans plus de 300 langues et soutenus par des centaines de groupes et associations dont plus d’une quarantaines sont reconnues comme chapitre de l’unique Wikimédia foundation située au états--Unis, en californie, dans la ville de San Francisco non loin de la silicone vallée.

Un tel tableau semble difficile voir impossible à dépendre dans sa totalite. Fort heureusement, le mouvement Wikimédia fait l’objet d’un nombre impressionnant d’observation statistique souvent commendité par la fondation wikimédia et desquelles résulte un ensemble de cartes et de données permettant d’offrir une certaine vue synthétique sur la géographie du mouvement. Pour simplifier et organiser cette information, une division du globe terrestre en deux parties, appelées respectivement par les anglo-saxons : « Global North - Global South » et que l’on traduira ici par pays du Nord et pays du Sud, semble d’autant pertinente dans le sens qu’elle reflète, tant dans le mouvement qu’au niveau de l’usage internet en général, des différences relativement bien marquées.

Figure 1.3 Division global north - global south[W 93]
Pourcentage d'internautes par pays (par rapport au nombre d'habitants du pays)
Figure 3.1 Pourcentage d'internautes par pays (par rapport au nombre d'habitants du pays)[1].
Version linguistique la plus populaire de Wikipédia par pays
Figure Version linguistique la plus populaire de Wikipédia par pays[2]
Figure [3]

Wikipédia:Cartographie de la communauté — Wikipédia

Pays du Sud[modifier | modifier le wikicode]

Lors de mes terrains exploratoires dans ce que les appellent le global south (voir fig, 1.3 ci-contre), en Inde, au Cap Vert, au Ghana et en Tunisie, j'ai rencontré en dehors du mouvement Wikimédia et du milieu de l'éducation, très peu de gens qui connaissaient Wikipédia. Cette observation anecdotique au premier abord fut par la suite recoupée par d'autres informations provenant de pays du Sud que je n'avais pas visités. Il s'agissait de témoignages divers récoltés lors de rencontres hors lignes avec des ressortissants des pays du sud, mais la découverte de plusieurs vidéos promotionnelles produites au Cameroun, au Nigeria et en Inde. Chacune d'elle me permettait en effet de renforcer cette idée que dans les pays du sud et respectivement dans les pays ou ces vidéos ont été produites, la méconnaissance de Wikipédia au sein de la population en justifiait sa promotion (voir galerie vidéo 1.1 à 1.5 ci-dessous).

J'ai ensuite remarqué lors de mes voyages dans les pays du Sud que toutes les personnes équipées d'un smart-phone connaissent Google, et que le nom de la compagnie californienne été parfois utilisé en substitution du mot Internet. En utilisant le moteur de recherche Google, il ne doit pas être rare que les utilisateurs en question en vienne à consulter l'encyclopédie sans même s'en rendre compte soit en cliquent sur les premiers résultats de recherches soit encore en lisant directement le introductif d'un article de Wikipédia présenté sur les pages de Google research. Cette fréquentation est par ailleurs observable dans une série de cartes illustrant la fréquentation par pays de diverses versions linguistique de Wikipédia (voir fig. 1.4 à 1.10)[N 1]. Ces observations portent donc à croire que le fonctionnement de l'espace Web dans lequel on « surfe » d'un site Web à un autre, n'est pas pleinement conscientisé au sein des pays du sud.

Figure 1.11 Carte de distribution mondiale des éditions de Wikipédia en anglais le 17 mai 2011[W 101].

Cette méconnaissance du projet Wikipédia dans les pays du Sud suscitera certaines préocupations au sein de la fondation Wikimédia. Celles-ci seront sans doutes renforcées après 17 mai 2011 lors de la mise en ligne d'une carte animée où apparaît distinctement selon les versions linguistiques et de façon chronologique, les endroits du monde où se situaient les éditeurs de Wikipédia[W 102] (Voir fig. 1.11 ci-contre pour une carte au sujet de l'encyclopédie de langue anglaise). Ces éditeurs étant très majoritairement situés dans les pays du Nord, et sachant que Wikipédia est très prisé dans les pays du Sud, le projet encylopédique en ligne peut en effet être perçu comme une nouvelle forme de « colonisation culturelle occidentale » (Scheepmans, 2016)[B 77].

Probablement suite à cette prise de conscience, le premier plan stratégique d'envergure de la fondation Wikimedia visant l'horizon 2015, comprendra parmi ses objectifs une augmentation de 37 % des rédacteurs de Wikipédia en provenance des pays du Sud (Fondation Wikimédia, 2011, p. 20)[W 79] et fixera à une prévision de 100 le nombre de versions linguistiques de Wikipédia contenant 120 000 articles significatifs (Lovink et al., 2012, p.286)[B 78]. En début d'année 2020, ce dernier objectif ne sera toute fois pas atteint. Soixante versions linguistiques de Wikipédia seulement dépasseront la barre des 120 000 articles[W 103] et 70 celle des 100 000[W 104]. Dans la suite de ces préocupations sans doute, un observatoire de la diversité culturelle de Wikipédia (WCDO) verra aussi le jour en novembre 2018 et aura pour but de fournir « des données à valeur stratégique et des ressources pour organiser et lutter pour plus de diversité culturelle au sein de Wikipedia »[W 105], une mission qui sera assurée par un ensemble de 7 axes d'activités (Voir fig 1.4 ci-dessous).

Figure 1.11 Activités développées par le WCDO[W 106]

À son stade actuel de développement[W 107], cette observatoire nous permet déjà de savoir beaucoup de choses au sujet de la diversité culturelle au travers les différents projets linguistique de Wikipédia et malheureusement seulement Wikipédia. Toute ses informations son disponibles au départ de la page du projet et les recopier ici dans leur intégralité n'aura aucun sens. Voici par contre en résumé de celles qui m'ont semblé les plus significatives sur la question du développement du mouvement Wikimédia dans le monde :

  • que sur près de 300 versions linguistique de Wikipédia x sont des langues exclusivement utilisée dans le Sud et que parmis celles-ci
  • 150 langues, leur contenu de contexte culturel est inférieur à 10% du contenu, ce qui indique qu'il est probablement sous-représenté; seules 48 éditions de langue Wikipédia sont des langues qui ne coexistent pas avec d'autres langues sur un territoir .

Pays du Nord[modifier | modifier le wikicode]

Au niveau de l'hémisphère nord à présent, en Belgique et dans d'autres parties d'Europe où j'ai eu l'occasion de parler de Wikipédia avec différentes personnes lors de conversations tout à fait informelles, le projet Wikipédia semble connu par tous. Cependant, cette connaissance se limite aux pages encyclopédiques qui ne représentent, redirections comprises, qu'un cinquième de la totalité des pages de l'encyclopédie et plus ou moins la moitié du volume d'information en terme de octets[W 108]. La connaissance du contenu non encyclopédique hébergé sur les sites Wikipédia (pages de discussions, de prises de décisions, de coordinations, d'aides, de soutiens techniques, etc.) semblent donc réservées à un public restreint d'initiés. Les projets frères de Wikipédia sont aussi méconnus par la plupart des ressortissants européens, et dès que l'on évoque le terme Wikimédia », c'est souvent l'ignorance ou la confusion complète. Cette observation faite lors de mes entretiens se voit confirmée par le contenu d'un débat portant sur le remplacement du terme Wikimédia au profit de celui de Wikipédia pour amélioré la visibilité du mouvement au près du grand public :

« le chapitre [Wikmédia France] reçoit des lettres d'avocats demandant de supprimer régulièrement le contenu X de l'article Y [...] Lorsque les gens contactent un affilié Wikimedia, ils s'attendent en réalité à obtenir une réponse de Wikipédia. Quand j'ai essayé de faire un don à un chapitre Wikimedia, la banque a essayé d'envoyer mon don à un chapitre Wikipédia [...] Faire en sorte que les gens comprennent la différence (que ce soit dans OTRS ou dans la vie réelle) entre WMF et Wikipedia est difficile [...] Depuis de nombreuses années, les gens se demandent quelle est la différence entre Wikimedia et Wikipedia [etc] »[W 109]

Reste enfin à considérer la connaissance du mouvement Wikimédia au sein même des communautés de contributeurs actifs au sein des projets éditoriaux. Il n'est pas rare en effet qu'un contributeur très engagé, en tant qu'administrateur d'un projet par exemple, soit partiellement, voir complètement, ignorant de ce qui se passe dans les autres versions linguistiques, ou encore dans la gestion globale du mouvement Wikimédia principalement orchestrée sur le site Meta-Wiki. Comme indice de cette état de fait, il a déjà été dit que l'article encyclopédie anglophone et francophone traitant du mouvement Wikimédia étaient peu développés et même inexistant en ce qui concerne le site Meta-Wiki. Autre indice, une recherche dans l'espace de nom « Wikipédia » dans lequel se trouve le forum central de l'encyclopédie francophone au départ de l'expression "wikimédia mouvement" ne donnera aucun résultat alors qu'un seul résultat apparaîtra au départ de l'expression "wikimedia mouvement" pointant une seule discussion de laquelle on peut extraire certaines séquences à nouveau révélatrices des confusions qui peu avoir entre ce qui englobe le terme Wikipédia et Wikimédia :

« Attention je parle de WikiMedia pas de Wikipedia. C'est ce que je précise, la discussion ne porte pas sur le contenu qui lui doit absolument être neutre mais sur le mouvement. [...] Bref, bien séparer les fonctions d'hébergeur des projets, de porte-parole du mouvement... C'est difficile de ne pas faire d'amalgame [...] Wikimédia est surtout et largement connu pour (à cause de) Wikipédia [...] Bah en fait je ne dissocie réellement jamais les deux parce que dans les faits les gens ne le font pas réellement. [...] Il n'y a que les employés des différentes associations liés à la WMF qui utilisent deux comptes différents. C'est tout l'avantage de notre mode de fonctionnement - on ne demande pas aux "pontes" des assos [administrateurs bénévoles] de se dissocier de leur compte de contributeur. »[W 110]

Au départ de ces observations empiriques, l'une de mes premières motivations dans la réalisation de ce travail est donc de sortir de l'ombre le mouvement Wikimédia afin de le rendre visible et compréhensible par les personnes qui s'y intéressent ou qui y sont impliquées. Je pense ici aux acteurs du mouvement, et en particulier ceux qui ne pratiquent pas l'anglais. Je pense ensuite à la presse mais aussi au monde académique qui a parfois des difficultés de faire la part des choses entre ce qui se passe dans localement dans une communauté de contributeurs sur Wikipédia et globalement dans mouvement Wikipédia. Au niveau de la francophonie et même le monde anglophone dans une moindre mesure, l'intérêt scientifique s'est principalement focalisé sur Wikipédia et très peux sur le mouvement Wikimédia comme en témoigne le nombres de résultats dans les moteurs de recherche spécialisés.

L'impossibilité d'une immersion locale[modifier | modifier le wikicode]

Au dépôt de mon dossier d'admission, ma thèse portait pour titre : « La révolution numérique vécue par le Sud, focus sur l’incidence culturelle du mouvement Wikimédia et Open Street Map au sein du peuple X ». J'avais pour idée de mener ma recherche au sein d'un peuple situé dans l’hémisphère Sud de notre planète pour y étudier le mouvement Wikimédia à un niveau local, chez les Kunas plus précisément. Depuis, j'ai eu la chance de m'investir dans une vie de père et puis comme déjà le mouvement Wikimédia est peu connu et donc peu actif au niveau des pays du sud. Au bout du compte, même en Belgique, étudier le mouvement de manière localisée n'avait pas beaucoup de sens. L'association Wikimédia Belgique, aura rassemblé hors ligne une douzaine de membre à l'occasion de sa première assemblées général annuelles de 2015 à une époque où l'association ne regroupait que 40 membres[B 79]. Mais depuis, la participation hors ligne n'a fait que diminuer et près de 5 ans plus tard, le conseil d'administration dont je fais partie depuis bientôt deux ans se préoccupe toujours de trouver des participants pour ses activités.

Wikimédia est en fait un mouvement très diffus et principalement actif dans son espace numérique. Et je me suis donc rapidement rendu compte que ma situation était proche d'un autre terrain « multi-situé » (Marcus, 1986, p.171)[B 80] décrit par Christophe Lazaro (2008, p.10) dans son ethnographie des pratiques d'échange et de coopération au sein de la communauté Debian :

« paysage réticulaire au multiples dimensions, sa propension à la délocalisation rend illusoire toute observation strictement locale ; l'hétérogénéité des acteurs empêche d'appréhender dans son ensemble la portée de certains événements ; [...] la multiplicité des canaux de communication et des flux qui les parcourent finit par créer des enchevêtrement subtils qu'il s'avère difficile de démêler »[B 81].

Depuis la fin d'année 2019, il est possible de visualiser les activités du mouvement sur la plateforme Wikimedia space soit sur une mappemonde, soit dans un agenda (voir fig. 2.x et 2.x ci-dessous). On y découvrir beaucoup de rencontres sporadiques et quelque activités régulières. Les rencontres sporadiques sont relativement bien peuplées quand il s'agit de conférences pour lesquelles des bourses de participation sont octroyées. Mais sans incitation financière, la fréquentation des rencontres hors ligne est très limitée et il n'est pas rare que personne ne se présente à l'évènement en dehors des organisateurs[réf. nécessaire].

Carte de répartition des activités au sein du mouvement Wikimédia le 2 décembre 2019
Fig. 2.x Carte de répartition des activités au sein du mouvement Wikimédia le 2 décembre 2019
Agenda des activités du mouvement Wikimédia au mois de décembre 2019
Fig. 2.x Agenda des activités du mouvement Wikimédia au mois de décembre 2019

En plus de nombreuses atelier organiser en Belgique et exceptionnellement en Inde et au Cap vert, j'ai donc aussi participer aux rencontres internationales dès que je pouvais bénéficier d'un financement en provenance du mouvement. A deux reprise, il m'a aussi été possible de rassembler les fonds propres nécessaires[N 2] pour me rendre au Ghana et en Tunisie. Toutes ces expériences auront été riches d'enseignements, mais insuffisantes pour couvrir un thèse de doctorat portant sur le mouvement dans son ensemble. Heureusement, il restait la présence du big data informationnel dont il a déjà été question et puis surtout d Cependant, même au niveau de l'espace numérique le mouvement Wikimédia représente toujours un

Face à l'impasse du terrain multi-situé, ma stratégie sera donc d'articuler mon travail ethnographiques au départ cette espace singulier que représente la plateforme communautaire centrale au mouvement Meta-Wik. Elle représente en effet à mes yeux, comme aussi aux yeux de nombreux Wikimédiens, l'espace numérique central au mouvement Wikimédia. Ce sera donc autour de l'architecture de ce projets que je tenterai de donner sens à toutes mes données de terrains qu'elle soient issues d'observation en ligne ou hors ligne.

Je considérerai l'espace numérique Méta-Wiki comme partie intégrante de l'humanité (Heather, 2013, p.15)[B 82] qui compose le mouvement Wikimédia. Mais contrairement à ma précédente étude ethnographique portant sur la communauté francophone active au sein du projet Wikipédia (Scheepmans, 2011)[B 83] où j'avais opter pour une observation « immersive » (id. p.120)[B 82] au sein de l'espace numérique, j'ai choisi cette fois, de mener aussi des observations dans les espaces hors ligne du mouvement, et ce partout où j'ai l'occasion de m'y rendre[N 3].

De ce fait, je n'hésiterai pas par exemple à décrire les incidences que peuvent avoir des décisions prises dans l'espace numérique Meta-Wiki sur les activités hors ligne du mouvement, ou réciproquement de marquer l'influence des activités hors ligne sur ce qui se passe au sein de l'espace numérique. Bien sûr, il se passe plein de choses hors ligne qui sont susceptible d'influencer ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. Mais c'est choses sont d'une part souvent surestimées par l'imaginaire complotiste et d'autre part ne sont pas nécessaire à l'analyse des enjeux lié au mouvements, et ce au même titre que la méconnaissance de la vie sexuel et privée des acteurs publiques n'a jamais rendu impossible la mise en œuvre de processus politique ni de leurs analyses.

Géographie numérique du mouvement Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

« métaphore heuristique ». Cette technique qualifiée de « redescription heuristique de la réalité » par Guy Bouchard (1987)[B 84] a aussi inspirée Paul Ricœur dans son ouvrage « La métaphore vive » de (2002)[B 85]. Le but du procédé en ce qui me concerne, sera de décrire l'espace numérique Wikimédia et l'espace Web dont il fait partie, avec des mots compréhensibles par tous.

Méthaphore de Mcluhan "global village"

L'espace Web peut être vu sous la métaphore heuristique d'une une ville électromagnétique, avec cette particularité que tout se trouve à deux pas, ou deux clics de là où l'on se situe. En ce sens, la métaphore de la ville appliquée à l'espace numérique a tout son sens puisque et particulièrement dans l'espace Web, car sur la toile, tout se trouve aussi à deux clique de là où l'on se situe. Un premier clique vers un moteur de recherche, un deuxième clique vers ce que l'on cherche. Dans cette vision des choses, le moteur de recherche, présent à chaque entrée de la ville électronumérique planétaire s'apparente aux jeunes natifs que j'ai pu rencontrer dans mes voyages, se tenant toujours à disposition du nouvel arrivant ou de l'expatrié pour lui donner l'information dont il a besoin. Sorte de guide touristique pouvant dépasser le cadre du tourisme, tout ces jeunes rencontrés me donnaient l'impression, au même titre qu'un moteur de recherche dans l'espace numérique, de tout connaître sur le village. En réalité, tout comme les moteurs de recherche, ils ne connaissent pas tout puisqu'il existe toujours des choses cachées au sein d'un village, et parmi ce qu'ils connaissent, ils feront toujours un choisi intéressé, en me guidant par exemple vers un lieu de vente qui leur donnera une commission à chaque fois qu'il apporte un nouveau client.

La communication au village peut se faire par voix orale ou par voix écrite. Si l'on utilise la voix écrite, on se trouve devant deux options similaires à ce qui existe dans l'espace numérique. Soit on envoie une carte postale qui pourra être lue et même photographiée par toutes les personnes qui la manipuleront tel que les agents de la poste par exemple, soit on envoie une lettre sous plis postal[B 86]. Dans l'espace numérique la carte postale correspond au message que l'on envoi via sa boite de courriel (e-mail), sur les réseaux sociaux et autres plate-formes permettant l'envoi de messages instantanés, tandis que la lettre sous enveloppe correspond aux messages cryptés que l'on ne peut déchiffrer qu'avec une clef de déchiffrage. Il s'agit ici de courriels ou de messages envoyés par des services garantissant le cryptage de l'information (Fournir exemple...)

Réticence dans la connexion de l'espace numérique à l'espace analogie suite l'échec des Google glass.

Wikiversité[modifier | modifier le wikicode]

Préhistoire du mouvement Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

Alors que l'apparition de l'écriture détermine la séparation entre l'histoire et la préhistoire de l'humanité, nous choisirons ici la création de de la fondation Wikimédia en date du 3 juin 2003 comme moment charnière entre l'histoire et de la préhistoire du mouvement Wikimédia. La connaissance préhistorique du mouvement au même titre que celle de l'humanité apparait comme un élément indispensable pour contextualiser et comprendre la situation et les enjeux contemporains. L’histoire du mouvement s'inscrit effectivement dans le prolongement de l'histoire d'une révolution numérique dans laquelle nous allons passer en revue certains évènements ponctuels et marquants sans lesquels le mouvement Wikimédia n'aurait jamais vu le jour.

Sans pour autant faire partie des digital native, pour peu qu'ils existent vraiment, ma vie numérique n'a bien sûr pas commencé avec Wikipédia. Pour la petite histoire, je suis né en janvier 1969, un peu plus de 9 mois avant le tout premier message transmis sur Arpanet[B 87]. C'était l'époque où le transistor était abandonné au profit du circuit intégré dans la construction des ordinateurs. A l'age de deux ans, j'aurais pu assister à la première émission en couleur de la RTBf diffusée dans un épisode du « jardin extraordinaire ». Mais l'arrivée de la télévision couleur arriva plus tard dans notre famille et ce fut l'occasion de recycler notre télévision noir et blanc en jeux d'arcade vidéo. Mon père y avait installé un jeu Ping Pong électronique qui nous enchantait. De mon enfance, je me souviens aussi du plaisir que j'éprouvais lors des ducasses d'été où je dépensais l'argent reçu par ma famille entre les auto-scooter et le Luna Parck. J'avais des amis chez qui je pouvais jouer à pack-man. Leur père s'intéressait à l’informatique et avait fait la possession d'un commodore 64 réputé pour être l'ordinateur ayant été le plus vendu au monde jusqu'à ce jour avec plus de 17 millions d'exemplaire et dont le premier fut fabriqué en 1982. C'était le plein essore de l'ordinateur personnel avec la sortie en 1981 de l'IBM Personal computer et la vente de million d'exemplaires dont l'architecture ouverte fut à l'origine de tous les ordinateurs produite aujourd'hui.

L'arrivée des ordinateurs personnels sonna le glas d'une coopération transparente au sein des informaticiens. De ce nouveau marché découla l'apparition de nombreux brevets et copyrights sur les codes informatiques qui rapidement obligèrent les programmeur à garder secret les codes indispensables au bon fonctionnement des machine. Le hold-up planétaire[B 88] dont profita Bill Gate et sa compagnie Microsoft profitant de la négligence de la société IBM lors de la signature d'un contrat assurant les droits exclusifs sur le système d'exploitation équipant les

Au niveau de Wikimédia, tout a commencé le 11 juin 2008 à 22 h 24 (UTC) très exactement. Ce fut le moment précis où je cliquais pour la première fois sur le bouton « Créer votre compte » affiché sur une des millions de pages que comporte le projet Wikipédia francophone[B 89]. Si je me souviens si précisément du moment de la création de ce compte, ce n'est pas grâce à ma mémoire, ni à un carnet de notes quelconque, mais bien parce que depuis ce moment, chacune de mes actions au sein du projet furent enregistrées et datée sur les serveurs informatiques de la fondation Wikimedia. Il me suffisait donc de retourner voir l'historique de la totalité de mes actions au sein du site pour revenir à la première action effectuée et noté la moment précis enregistré par le système informatique. Ce que j'ai fait pour connaître le moment exacte de la création de mon compte, je peux aussi le faire pour chaque autre action effectuée au sein du site. Pour se faire, il me suffit de voyagé dans mon historique de contribution et d'utiliser les différents menus de navigation.

À l'époque de mon inscription, je ne savais bien sûr pas que toute les modifications faite sur l'un des projet hébergé par la fondation Wikimédia était attribué à un utilisateur ou une adresse IP avec un horodatage si précis. Je ne savais pas non plus que l'on pouvait consulter ces informations de façon publique. Pour tout dire, j'étais comme la plupart des Internautes qui consultent l'encyclopédie, ignorant de la puissance informatique que pouvait cacher le réseau Internet en général et les sites hébergés par la fondation Wikimédia en particulier. Je n'étais qu'un nouveau venu dans la communauté, un péon comme le disent les Wikipédiens. J'étais somme toute inconscient d'une révolution numérique qui prenait cours sous mes yeux et à laquelle je participais sans même m'en rendre compte. C'était donc le 11 juin 2008, plus de dix ans avant que je sois considéré, à tord ou à raison, comme geek au sein de mon laboratoire d'anthropologie prospective et spécialiste, voir professionnel de Wikipédia comme le dira un jour Pierre-Joseph Laurent lors de notre séminaire qu'il coprésidait. Être reconnu comme professionnel me faisait sourire puisque durant toutes ces années de pratiques et d’apprentissage, il n'a jamais été question de contrat ni de rémunération. Toute mes activités en ligne au sein du mouvement Wikimédia ont toujours été faite bénévolement. Quand à mes activités hors ligne elles ont été dans le meilleurs des cas simplement défrayées au niveau des déplacements et du logement.

Calculatrice Texas Instrument, programmation d'un jeux de mémoire en 1986

How the Web was Born: The Story of the World Wide Web - James M. Gillies, James Gillies, James and Cailliau Robert Gillies, R. Cailliau - Google Livres

L’histoire du mouvement Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

Progression des termes 'Wikimedia movement'
Fig. 3.x. Progression des termes « Wikimedia movement » (Scheepmans, 2019).


La première élection de Steward[W 111] a eu lieu en avril 2004 [W 112]

La communauté Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

La communauté Wikimédia est quelque part la communauté humaine dans son acceptation le plus large du terme. Dans une communauté d'internaute, aucun membre ne peut se prétendre indigène ou natif car tous on rejoint celle-ci par enculturation (Czarniawska, 1992)[6].

Communications/Wikimedia Foundation messaging strategy/2014-16 audit — Meta

Communications — Meta

Lieux de rencontres

Wikipédia:Rencontres — Wikipédia

Jules (@JulesWP) | Twitter

Lieux d'information et de communication

Lieux de prises de décisions

Une autre action nécessaire fut celle de créer l'article encyclopédique traitant du site Méta-Wiki, un espace Web dédié à la gestion du mouvement Wikimédia qui fera l'objet d'une présentation de type monographique dans l'un des prochains chapitres de cette ouvrage. De nouveau, tant dans la version linguistique francophone[W 113] que anglophone[W 114], les page encyclopédique traitant de l'espace numérique Meta-Wiki possédaient toutes deux une redirection vers l'article consacré à la Wikimedia Foundation. J'ai donc décidé dans la version francophone et anglophone de supprimer cette redirection pour créer l'ébauche d'un article indépendant [W 115][W 116].

Groupes et acteurs

Gouvernance et motivation

« Imagine a world in which every single human being can freely share in the sum of all knowledge. »[B 91]

Démocratie élection et votes

L'imaginaire Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

Peut-on faire confiance au discourt de nos interlocuteurs et informateurs de terrain pour rendre compte de la réalité ? Et si non, comment traiter l'imaginaire des acteurs en rapport aux réalités de terrains. L'histoire de la socio-anthropologie nous a déjà appris que l'ethnographie en tant que méthode d'observation de la réalité pouvait atteindre certaines limites, voir même dans certains cas les plus extrêmes, produire des omissions ou des erreurs flagrantes.

Parmi les exemples les plus connus figurent les travaux de Marcel Griaule en pays Dogon, et notamment son ouvrage intitulé Dieu d'eau : entretiens avec Ogotemmeli (Griaule 1948)[B 92] contesté par Wouter Eildert Albert van Beek (1991)[B 93]. Un autre exemple, dans la sphère anglophone cette fois, constituera les travaux de Margaret Mead et son ouvrage intitulé Coming of age in Samoa : a psychological study of primitive youth for western civilisation (Mead, 1928)[B 94], critiqué lui aussi à maintes reprises et finalement remis en cause lors d'une enquête menée par Serve Tcherkésoff. Dans celle-ci, on y apprend par exemple que la chercheuse « habitait au poste américain de l’île et conduisait des entretiens, par interprètes, avec une cinquantaine de jeunes filles » (Tcherkésoff 1997, p.3)[B 95]. Si l'on se limite à cette information sur sa méthode, nous voyons que chercheuses n'aurait pas pris le soin de vérifier le contenu de ses entretiens avec une observation participante ou tout autres méthodes permettant de recouper des informations qui se sont avérées fausses par la suite ou du moins mal interprétée selon les écrit de Derek Freeman (1983)[B 96].

Ces deux leçons d'histoire proviennent de terrains ethnographiques que l'on pourrait qualifier de classiques et qui se déroulèrent bien avant l'arrivée des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Les choses ont bien changé depuis et certainement pour les socio-anthropologues amenés à travailler dans, sur, ou avec des espaces et outils numériques. Elle ont changé certes au niveau de la diversité des terrains, mais sans pour autant rendre obsolète les leçons d'histoire concernant les question de méthodologie en socio-anthropologie.

Prenons par exemple connaissance de l'article de Thierry Boissière dans lequel il nous fait part de sa « socio-anthropologie à distance » avec des « informateurs skype » (Boissière, 2015, p.124)[B 97] dont les propos sont parfois difficiles à vérifier ou recouper. Une situation non choisie cette fois, mais qui nous fera penser à celles de Marcel Griaule et Margaret Mead. Voyons à présent ma propre expérience de recherche au sein du mouvement Wikimédia où il est loisible d'observer librement, en temps réel ou asynchrone, clique par clique, l'historique complet de presque tous ce qui se passe sur la partie numérique de mon terrain d'observation. D'un coté donc, un chercheur qui n'y a d'autre choix que d'accorder une certaine confiance aux informateurs et de composer avec les risques liés au « syndrome narratif » (Farrugia, 2009)[B 98] produisant un « reflet déformé du réel » (Kaufmann, 2011, p.63)[B 99], de l'autre, un terrain que l'on pourrait qualifié d'holoptique ( ou l'on pourrait se demander si s'entretenir de façon individuel avec les acteurs fait sens tant leur vies et leur opinions peuvent être observables, comme il a été vu de manière précise, exhaustive, facile et libre d'accès, au départ d'un simple ordinateur connecté à Internet.

Voici donc deux cadres de recherches diamétralement opposés, mais pas complètement, car dans un cas comme dans l’autre ces deux travaux doivent répondre à des attentes liées au travail de production scientifique. Dans le cadre d'une socio-anthropologie à distance, et comme le préconise l'auteur, il ira de soi par exemple que les informations récoltées par Skype soient recoupées par d'autres informations provenant d'autres sources tels que les communiqué de presse ou autre informations transmises sur les réseaux sociaux. Dans le cadre de mon travail, j'envisage bien évidement aussi d'établir des entretiens avec les acteurs et actrices de terrain, non pas pour décrire ce que je peux observer moi-même, mais bien pour accéder à leurs intériorités et leurs imaginaires. En effet, au delà d'une réalité tangible, je tiens à ce que mes travaux décrivent aussi de manière précise « La construction sociale de la réalité » (Berger, 1996)[B 100], produite un « imaginaire comme tel » (Castoriadis, 2008)[B 101] emplis de toutes les dissonances cognitives (Festinger, 1957)[B 102] inhérentes à la nature humaine.

Voir et comprendre les différences entre imaginaire et réalité me semble donc être une démarche incontournable pour comprendre objectivement mais aussi sereinement ce qui se passe sur un terrain d'étude socio-anthropologique. Car dans les sociétés humaines, l'imaginaire prend souvent le pas sur la réalité. comme l'illustre parfaitement. Le « mythe anthropologique » (Freeman, 1983)[B 96] sur la sexualité à Samoa promu par les écris de Margaret Mead, l'étude la plus citée depuis 1928 dès qu'il s'agit de parler d'éducation, de sexualité et d'adolescence en est un parfait exemple qui fera l'objet d'un examen approfondit par Serge Tcherkésoff (2001, p. 157)[B 95].

D'ailleurs, en 1938 déjà, William Isaac Thomas n'écrivait-il pas : « si l'homme définit les situations comme réelles, elles seront réelles dans leurs conséquences »[N 4] (Thomas, 1938, p.572)[B 103]. Cette phrase devenue célèbre, Robert King Merton en fit le théorème de Thomas et s'en inspirera pour produire le concept de prophétie autoréalisatrice (Merton, 1948)[B 104] avec pour classique exemple celui d'une banque que l'on fait croire en faillite et qui le deviendra vraiment quand tous ses clients se précipiteront pour récupérer leur argent. En 1962, John Langshaw Austin, s’intéressera aussi à la construction du future au départ du présent en produisant le concept de performativité qui apparaîtra au sein de son ouvrage Things with Words[N 5] (Austin, 1970)[B 105]. Dans celui-ci, l'auteur explique en effet que la parole peu aller bien au-delà d'une simple description du réel et devenir un acte d’auto-réalisation comme dans cette phrase qu'il choisit pour exemple : « je vous déclare uni par les liens du mariage ».

Grâce à un traitement informatisé de corpus textuels issus d'un terrain ethnographique en ligne, il devient dès lors possible de comparer et de confronter le discours des acteurs ou actrices entre eux mais aussi par rapport à leur propres dires récolté hors ligne ou en ligne dans des endroits distribués. A un niveau plus avancé enfin, un chercheur autre que moi plus spécialisé en anthropologie linguistique par exemple, pourrait aussi se lancer dans un travail d'analyse du discourt.

Resources


Notes

  1. Les sources statistiques utilisées pour la production de ces cartes sont disponibles et archivées sur le site https://stats.wikimedia.org/ dont le remplacement est prévu en janvier 2020 par un nouveau site plus fonctionnel.
  2. Il est à noté que je réalise ma thèse de doctorat sous fond propre.
  3. Dans le but de donner un aperçu complet sur mon observation participante, mon parcours wikipmédien est retracé de façon exhaustive au niveau de ma page d'utilisateur sur le site Meta-Wiki.
  4. Texte original en anglais : If men define situations as real, they are real in their consequences »
  5. L'ouvrage fut traduit sous le titre Quand dire, c'est faire.
  1. Jeff Ogden, English: A world map colored to show the level of Internet penetration (number of Internet users as a percentage of a country's population)., 2012-04-24 [lire en ligne] 
  2. BlankMap: Frank Bennett, English: Data from: Wikipedia Page Views Per Country, 2013 Q4., 2015-11-22 [lire en ligne] 
  3. RENDER Project, Wikimedia Deutschland, English: Geotagged articles in english Wikipedia, 2012-10-26 [lire en ligne] 
  4. Jörg Sydow, Elke Schüssler et Gordon Müller-Seitz, Managing inter-organizational relations: debates and cases, 2016, 298 p. (ISBN 978-1-137-37002-0) (OCLC 1061274553) [lire en ligne] 
  5. Noam Cohen, « Success may be Wikipedia’s biggest challenge », Boston.com, 2010-07-12 [texte intégral (page consultée le 2020-01-10)]
  6. Barbara Czarniawska-Joerges, Exploring complex organizations: a cultural perspective, Sage Publications, 1992 (OCLC 764532895) [lire en ligne] 
  7. Jörg Sydow, Elke Schüssler et Gordon Müller-Seitz, Managing inter-organizational relations: debates and cases, 2016 (ISBN 978-1-137-37002-0) (OCLC 1061274553) [lire en ligne], p. 298 

Quand un terrain d'étude questionne le comment faire science[modifier | modifier le wikicode]

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Cette étude a ceci de particulier qu'elle porte sur une communauté épistémique (le mouvement Wikimédia) tout en étant réalisée au sein d'une autre communauté épistémique (l'Université catholique de Louvain). En rejoignant cette idée d'exploiter l'aspect dynamique de la notion de communauté épistémique[B 106], il m'est apparu intéressant de montrer à quel point l'enchevêtrement de ces deux communautés aura influencé ma façon de voir les choses, de les traiter et d'en rendre compte. Voici donc un ensemble de réflexions et positionnements méthodologiques, épistémologiques et déontologiques, issus de cette rencontre.

À propos de l'influence du terrain et du cadre institutionnel[modifier | modifier le wikicode]

Alain Testart disait : « La méthode, en tant que moyen, ne peut être que subordonnée à une finalité : l'étude d'un objet scientifique. L'objet justifie la méthode. C'est donc par lui qu'il faut commencer lorsque nous nous demandons : comment définir l'anthropologie sociale ? »[B 107]. Jean-Paul Colleyn à son tour, affirma qu'« il y a aujourd’hui autant d’anthropologies qu’il y a d’objets d’études (anthropologie de l’art, de la musique, de la religion, de la santé ou de la perception) [...] »[B 108]. Michael Singleton conclura ensuite en disant que « l'anthropologie ça n’existe pas, [...] ce qui existe réellement, ce sont des anthropologues »[B 109].

Dans le prolongement de ces affirmations, et selon ma propre expérience, j'aurais à mon tour envie de dire qu'au-delà des objets d'études et de la personnalité des chercheurs, il y a finalement aussi autant d'anthropologies possibles qu'il y a de terrains de recherche et d'environnements institutionnels. En effet, tout au long de mon observation participante au sein du mouvement Wikimédia et de mon intégration au sein du laboratoire d'anthropologie prospective de l'Université de Louvain, s'est installée petit à petit ce que Pierre-Joseph Laurent appellera sans doute une double « familiarité informée »[B 110]. De cette double adaptation découlera un changement dans ma façon de voir la science. Ce changement est ici illustré par différentes postures dont la première répondra au besoin de vouloir situer mon travail parmi les nombreuses disciplines scientifiques coexistantes et souvent partisanes regroupées au sein du domaine des sciences humaines et sociales.

Opter pour une science à l'écart du corporatisme[modifier | modifier le wikicode]

En avril 2011, J'ai eu pour idée d'écrire mon mémoire de fin de Master intitulé : Culture FR Wikipédia, Monographie ethnographique de la communauté des contributeurs actifs sur l'espace francophone de Wikipédia[B 111] au sein même de Wikipédia. J'avais ainsi pour souhait de faire d'une pierre deux coups en écrivant mon ethnographie au sein même de mon terrain d'observation participante dans une sorte de processus récursif. Malheureusement, il s'est avéré que cela n'était pas possible en raison du premier des cinq « principes fondateurs »[W 117] du projet encyclopédique stipulant que : « Wikipédia est une encyclopédie »[W 118]. Une affirmation triviale de premier abord, mais qui permet au final de se mettre d'accord sur tout « ce que Wikipédia n'est pas »[W 119]. À la lecture de ce contenu, j’apprenais donc à mes dépens que : « Les essais personnels et travaux inédits (TI)[N 1] n'ont pas leur place sur Wikipédia. »[W 118].

Logos du mouvement Wikimédia entouré de celui de Wikipédia et de ses principaux projets frères
Figure 2.1 : Logos du mouvement Wikimédia entouré de celui de Wikipédia et de ses principaux projets frères (VIGNERON, 2019).

On me redirigea dès lors vers un autre projet intitulé Wikiversité que je ne connaissais pas à l'époque bien qu'il faisait partie de plus d'une dizaine d'autres projets collaboratifs appelés « projets frères de Wikipédia »[W 120] (voir figure 2.1 ci-contre) que nous découvrirons plus en détails par la suite. Je me rendis donc sur la page d'accueil du site Wikiversité et j'y découvris avec grand intérêt que ce projet était un lieu dédié au « partage de contenus pédagogiques et à la rédaction de travaux de recherche »[W 121].

Après avoir annoncé mon arrivée au sein du projet par un message déposé sur la page d'une sorte de forum général intitulé « la salle café »[W 122], j'ai ensuite cherché l'endroit dans lequel je pouvais situer mon travail. Au cours de cette recherche, Crochet.david[W 123], un enseignant en électrotechnique[W 124] administrateur[W 125] [N 2] du projet Wikiversité qui avait déjà répondu de manière sympathique[W 122] à mon message d'arrivée, me proposait sur son espace de discussion utilisateur[N 3], de placer mon travail parmi les « travaux de recherche en sociologie »[W 126]. J'en resterai très surpris jusqu'à la découverte de l'organigramme du projet Wikiversité dans lequel l'anthropologie apparaissait comme départements de la faculté de sociologie[W 127].

Cette situation m’apparut extrêmement compliquée, car non seulement je devais demander l'accord de mon promoteur pour écrire mon mémoire en ligne et en temps réel sur un site internet, mais en plus, je devais à présent lui dire que ce mémoire réalisé dans le cadre d'un master en anthropologique, serait publié dans une faculté de sociologie. Connaissant la scission très claire au sein de mon université entre sociologues et anthropologues, je me suis senti quelque peu désarmé face à cette situation.

J'ai alors tenté de placer mon travail au niveau du département d'anthropologie de la Wikiversité sans faire mention de la faculté de sociologie. Mais David Crochet, de son vrai nom, est alors revenu vers moi pour me dire que « les projets sont associés aux facultés et non aux départements. »[W 128]. S'entame alors un débat qui fut transféré[W 129] dans la salle café qu'il soit accessible aux autres membres de la communauté. Au terme des discussions, nous sommes finalement arrivés à la conclusion qu'il fallait que je lance une prise de décision[N 4] pour renommer la faculté de sociologie.

Lors de cette prise de décision[W 130], JackPotte[W 131], un ingénieur en informatique[W 132] et autre administrateur du site, avait déposé un message pour nous tenir informés de la classification décimale universelle[W 133]. Dans cette version de la CDU[N 5], le terme anthropologie y apparaissait plusieurs fois, une fois dans le champ des sciences sociales (anthropologie culturelle) et une autre fois dans le champ de la biologie (anthropologie physique). Une telle information m'encouragea d'autant plus à renommer la faculté de sociologie en faculté de socio-anthropologie de telle sorte à pouvoir, avec un seul mot et de façon explicite, de regrouper la sociologie et l'anthropologie au sein d'une même faculté, tout en y excluant de celle-ci l'anthropologie physique.

L'acceptation de ma proposition à l'unanimité, fut pour moi une double satisfaction. D'une part celle de pouvoir présenter mon projet de mémoire dans de bonnes conditions, d'autre part, celle d'avoir lancé et participé pour la première fois à une prise de décision au sein du mouvement Wikimédia. Cependant, cette expérience suscita chez moi un certain questionnement. Comment en effet une séparation entre la sociologie et l'anthropologie a-t-elle pu voir le jour et comment a-t-elle pu persister jusqu'à nos jours ?

Coïncidence ou presque, j'ai trouvé réponse à cette question dans une revue intitulée « socio-anthropologie »[N 6], fondée en 1997 par Pierre Bouvier, avec pour ambition d'aborder « les déstructurations et les recompositions qui sont au cœur du monde contemporain »[W 134]. Dans le premier numéro de cette revue, on y cite Yves Grafmeyer[B 112] qui se remémore qu'à une certaine époque « l’anthropologie, la science de l’homme, s’est consacrée principalement à l'étude des peuples primitifs »[B 113]. On y découvre par la suite l'idée selon laquelle « l’anthropologie incombe à l’étude des sociétés sans écriture où se révèlent des cultures exotiques tandis que reviennent de droit à la sociologie les sociétés avancées dans l’urbanisation et l’industrialisation. »[B 114].

Voici donc qui répondait à ma question sur l'origine du clivage entre anthropologie et sociologie. Mais il ne s'agit là que d'une explication sur les origines, car aujourd'hui, l'expression « peuples primitifs » a disparu et la notion d'exotisme, a perdu tout son sens dès lors qu'un laboratoire d'anthropologie situé en Belgique peut rassembler des chercheurs originaires des quatre coins d'un monde[W 135]. Quant aux sociétés dites « avancées » dans l'urbanisation et l'industrialisation, il y a bien longtemps qu'elles ont dépassé les frontières de l'occident.

D'autre part, et ce dès la fin du vingtième siècle, l'anthropologie s'est intéressée de plus en plus au monde occidental et contemporain. Parmi les premiers travaux attestant ce changement, on retrouvera par exemple les travaux d'observations participantes réalisés dans le monde du travail par Pierre Bouvier[B 115] déjà cité précédemment. Il fut avec Marc Augé[B 116] par ailleurs, l'un des premiers anthropologues francophones à parler d'une « Socio-anthropologie du contemporain »[B 117]. Mobiliser de nos jours la question d'exotisme et d'un prétendu stade d'avancement des sociétés pour dissocier l'anthropologie de la sociologie n'a donc plus aucun sens.

Reste alors la possibilité de distinguer la sociologie et l'anthropologie de par leurs méthodes. Mais, là aussi, les choses se discutent. Car suite à l'arrivée du courant interactionniste au sein de l'école de Chicago, les pratiques anthropologiques, telles que l'ethnographie et l'observation participante adoptées par la sociologie. Harold Garfinkel professeur de sociologie à Harvard, n'hésitera d'ailleurs pas en 1967 a mobilisé l'expression « ethnométhodologie »[B 118] pour situer sa méthode de travail. De tels changements de paradigmes feront apparaitre « les conflits des méthodes en sociologie »[B 119] dont l’existence rendra caduque l'argument de la méthode pour spécifiquement distinguer l'anthropologique de la sociologique.

En vérité, on est en droit de se demander aujourd'hui quels sont encore les sociologues qui pourraient se voir interdire la pratique de l'ethnographie, de l'étude de cas, ou autre démarche inductive ? Et réciproquement, quels anthropologues pourraient encore dire de nos jours que l'analyse quantitative des données de terrain et que la formulation de questions de départ seraient à proscrire de toute démarche anthropologique ?

Au terme de ce raisonnement, je suis donc tenté de croire que ce qui sépare l'anthropologie de la sociologie de nos jours, n'est rien d'autre que le maintien qu'un certain « corporatisme »[B 120] présent au sein de nos universités. De celui-ci sera né certainement cette réputation de « panier de crabes » attribuée au milieu académique par celui du politique[N 7]. Un constat bien triste finalement puisque que toute attitude sectaire nuira toujours à l'ouverture d'esprit et à l'échange entre chercheurs et donc in fine au progrès et au développement des connaissances et de la science en général.

Rappelons-nous enfin de ce concept de « complétude étude » introduit dans l'avant-propos de ce présent travail et directement inspiré des travaux de Ken Wilber. Ne se met-il pas ici tout à propos, pour penser à briser les barrières qui séparent l'anthropologie de la sociologie ? Ne nous invite-t-il pas aussi à briser toutes autres barrières qui sépareraient les chercheurs de toutes disciplines confondues dans le but de les rassembler autour d'une même cause universelle ? Celle d'une complétude étude quadridimensionnelle (culturelle, sociale, psychique et intentionnelle) de tout objet scientifique ?

Par chance et comme le dira Rémi Bachelet, maître de conférences à l'École Centrale de Lille[W 136] et contributeur du projet depuis septembre 2009[W 137], sur Wikiversité, « on est loin des guerres de disciplines ! »[W 138] Une raison pour laquelle sans doute, je m'y suis senti libre d'y concevoir le concept de « complétude étude » et d'intégrer au sein d'une étude qui se voulait au départ purement ethnographique, des données quantitatives et statistiques issues du terrain et aussi incontournables que problématiques de par leurs surabondances.

Intégrer l'analyse d'un Big Data statistique et textuel dans une étude ethnographique[modifier | modifier le wikicode]

Suite à cette première expérience de terrain, viendra une autre remise en question portant cette fois sur la manière d'intégrer au sein d'un travail ethnographique typiquement considéré comme étude qualitative, une multitude de données quantitatives ou statistiques et de textes de discussions librement accessibles sur mon terrain d’études.

Pour clarifier les choses, il est peut-être bon de se rappeler qu'une donnée quantitative, au contraire d'une donnée qualitative, se caractérise par quelque chose de mesurable. Comme exemple trivial, nous avons cette citation de Rosie Stephenson-Goodknight au sujet des éditeurs de Wikipédia : « You can imagine probably 90 percent being men »[W 139], l'information « 90 % » sera d'ordre quantitatif tandis que l'information « homme » sera d'ordre qualitatif. Mais, encore faut-il garder à l'esprit qu'une donnée quantitative peut devenir la source d'une donnée qualitative et vice versa. Les 29 entailles présentes sur l'os de Lebombo, le plus ancien bâton de comptage connu à ce jour, en est un très bel exemple. Ces marques attestent en effet d'une part, que les premières manifestations scripturales humaines étaient d'ordre quantitatif, mais elles nous permettent aussi de supposer d'autre part, en référence à leur nombre (donnée quantitative), qu'elles furent réalisées par une femme africaine (donnée qualitative) en référence à son cycle menstruel (Darling 2004)[B 121].

Il est donc important de souligner ici qu'une étude dite qualitative, ne pourrait se permettre d'ignorer, ou même de négliger, des données quantitatives quand elles se présentent sur le terrain. Et comme dit précédemment, il se fait que l'espace en ligne du mouvement Wikimédia regorge d'une quantité insondable de données quantitatives, tantôt à l'état brut, tantôt sous forme de tableaux statistiques et d'illustrations libres d'accès et d'utilisation.

Pour comprendre cette situation, il faut savoir que la grande majorité des sites Web contenant les projets Wikimédia sont gérés par un programme informatique appelé MediaWiki et que ce programme enregistre instantanément et automatiquement la totalité des actions faites par les contributeurs et les programmes informatiques qu'ils y mettent en œuvre, et ce dès la création du site. Toutes ces données sont par la suite archivées et rendues accessibles, à quelques exceptions près[N 8], à tout internaute via un classement chronologique et paramétrable d'hyperliens listés dans des pages de journaux ou des pages d'historiques de contributions (voir figures 2.2 et 2.3 ci-dessous).

Figure 2.2 : Copie d'écran des journaux du projet Wikiversité francophone.
Figure 2.3 : Copie d'écran de la page affichant l'historique des contributions d'un utilisateur sur le projet Wikiversité francophone.

En plus de leurs archivages et de leurs facilités d’accès, toutes ces informations sont publiées sous licence creative commons CC.BY.SA. Selon les termes de cette licence, les données contenues sur ces pages sont donc libres d'exploitation et de republication, tel quel, ou dans des travaux dérivés. Seules deux conditions encadre cette liberté : il faut premièrement, « créditer l'Œuvre, intégrer un lien vers la licence et indiquer si des modifications ont été effectuées à l'œuvre », deuxièmement, « diffuser l'œuvre modifiée dans les même [sic] conditions, c'est à dire [sic] avec la même licence avec laquelle l'œuvre originale a été diffusée »[W 140].

Cette licence creative commons représente donc une véritable aubaine pour les chercheurs et surtout pour les statisticiens comme pourra en attester l’existence d'une multitude de sites web présentant des analyses effectuées parfois en temps réel au départ de données récoltées sur les sites Wikimédia via une interface de programmation d’application (API). À leurs tours, licence oblige, ces analyses statistiques sont publiées sous licence CC.BY.SA et reviennent donc disponibles pour les chercheurs sous les conditions que celles évoquées précédemment.

Au-delà de cette profusion de données quantitatives et statistiques, le mouvement Wikimédia est aussi producteur d'une quantité insondable d'informations textuelles susceptibles de constituer des corpus de tailles considérables. Toute cette information est disponible sur de nombreux lieux de discussions disséminés au sein des projets, des listes de diffusions de courriels[W 141] et plus récemment sur l'espace communautaire Wikimedia space[W 142] actif du 25 juin 2019[W 143] au 18 février 2020 comme espace de discussion et maintenu par la suite comme simple espace blog[W 144].

Cette surabondance d'informations textuelles n'est pas propre à l'environnement Wikimédia, et semblerait plutôt liée au contexte numérique. Olivier Servais, ethnographe au sein de l'univers virtuel World of Warcraft en témoigne lorsqu'il se pose des questions similaires aux miennes : « Comment dès lors concilier cette gestion de données massives avec cette ambition qualitative ? Comment faire du big data textuel qualitatif dans ce contexte numérique ? »[B 122]

Face à cette question, je me suis donc retrouvé probablement au même titre que mon promoteur à devoir me situer entre deux positions extrêmes : soit faire l'impasse sur un traitement exhaustif des données statistiques et textuelles au risque d'offrir une vision partielle et potentiellement fausse de la réalité, soit se lancer dans un traitement informatisé des données quantitatives et des corpus linguistiques au risque cette fois de manquer de compétence, de temps d'investigation et de puissance informatique.

À force de pratique, et après plusieurs années de tâtonnement il faut bien le dire, j'en suis finalement arrivé à établir une sorte de processus d'aller-retour entre ces deux extrêmes. D'un côté, je me suis attelé par moment à un traitement informatique et statistique des données de terrain, alors que d'un autre côté et à d'autres moments, j'ai poursuivi un travail ethnographique plus classique d'observation participante durant lequel le classique entretien semi-directif laissait place à la discussion informelle au sein de l'espace numérique Wikimédia.

Pendant que le traitement informatisé m'apportait des informations utiles à l’accomplissement de mon travail ethnographique, celles apportées par mon observation participante et mes discussions me permettaient en retour, d'orienter mes choix dans le traitement informatique d'autres donnée, et ainsi de suite. En fin de compte, cet aller-retour constituera ainsi une belle façon de soulager un travail de recherche au sein d'un espace numérique qui pourrait s'avérer très éprouvant si l'on ne prend garde de combler en matière d'activité intellectuelle, un manque de variation au niveau de l'activité physique.

Comme exemple de traitement des données quantitatives, voici comme cas de figure une analyse statistique[N 9] faite au départ des rapports financiers publiés sur le site de la fondation Wikimedia[W 145]. Cette analyse aura abouti à la production d'un histogramme (figure 2.4 ci-dessous) très parlant concernant les dépenses de la fondation qui m'aura permis en date du 26 juin 2018 de mettre à jour l'article du projet Wikipédia francophone consacré à la fondation Wikimédia. Sur base d'une source qui datait de 2009, on pouvait y lire en effet que « près de la moitié des ressources financières [de la fondation] sont utilisées pour acheter de nouveaux serveurs et payer l'hébergement »[W 146]. À la vue du tableau, cette information apparaissait pourtant déjà erronée en 2009 où l'on pouvait déjà deviner qu'une partie croissante du budget de la fondation serait alloué au paiement des salaires de ses employés. Le coût d'hébergement des projets éditoriaux quant à lui, restera relativement et contre intuitivement stable à partir de 2012.

Figure 2.4 : Histogramme illustrant l'évolution des dépenses de la fondation Wikimédia de 2004 à 2018.

Il apparait donc ici clairement qu'un travail comptable et statistique, aussi rébarbatif qu'il puisse paraître pour un chercheur habitué aux études qualitatives, fut nécessaire pour rectifier des informations fournies par un simple travail d'observation ethnographique. Il aurait de fait été possible de se fier par exemple au contenu erroné et probablement récupérée de l'article Wikipédia contenue dans une vidéo du WikiMOOC de 2017 dans laquelle on pouvait entendre : « D'où viennent les fonds de la Wikimedia foundation ? Car fournir l'infrastructure technique, les serveurs pour le cinquième site Web le plus visité au monde, ce n'est pas gratuit. »[B 123].

Prenons à présent un autre exemple qui concernera cette fois le traitement des données textuelles[N 10]. Il s'agit dans cet exemple d'exploiter l'une des 300 listes de diffusion réparties par projets et sphères linguistiques au sein du mouvement Wikimédia. Tous ces échanges de courriels sont de fait archivés mois par mois, historicisés et rendus librement disponibles sous licence CC.BY.SA au niveau d'un site hébergé par la fondation Wikimédia[W 141]. Au départ des archives de la liste de diffusion intitulée « Wikimedia-l »[W 147], réputée être un espace de discussion pour la communauté wikimédienne au sens large[W 148], il est possible de constituer rapidement des corpus textuels et les soumettre à un logiciel de traitement automatique du langage naturel.

Le logiciel choisi fut TXM, un programme informatique développé par deux universités françaises. Ce programme me permit par exemple de découvrir au départ d'une simple requête lexicale, et en référence au mot « the » apparaissant à une fréquence de 1 869 554 fois, que le signe « @ » apparaissait dans le corpus 879 105 fois, tout de suite suivi du mot « gmail » apparaissant lui 877 346 fois. Une simple requête au départ de laquelle on peut donc conclure que les utilisateurs de cette liste de diffusion communiquent en toute grande majorité au départ d'un compte Google.

On y verra ensuite que les premiers noms/prénoms apparaissant dans la liste seront « Gerard » (27 888), suivit de « Erik » (21 924) et de David (20 624). Une analyse des occurrences dans le texte permettra ensuite de voir que les prénoms « Gérard » sont associés à la personne de « Gerard Meijssen » (11 096) faisant l'objet d'un article sur Wikidata[W 149] mais aussi de « David Gerard » (12 717) dont on peut retrouver la page utilisateur détaillée sur Wikipédia[W 150] et que le prénom « Erik » est principalement associé à la personne d'« Erik Moeller » (8 616) présentée dans un article de Wikipédia[W 151].

Grâce à ce nouvel exercice, il nous est enfin permis de remarquer d'une part, qu'il existe une grande corrélation entre la participation à la liste de diffusion et la possession d'un compte gmail, mais aussi d'autre part, qui devient possible de repérer les personnes très actives au sein de la liste et même de connaitre leur adresse de courrier électronique. Ces informations apporteront de toute évidence une aide utile au travail ethnographique puisque elles permettront de connaitre et de contacter des interlocuteurs privilégiés susceptibles de narrer de façon globale et historique ce qui se passe dans ce lieu de discussions.

Dans des analyses et fonctions plus poussées, TXM permettra aussi de faire apparaître des illustrations graphiques permettant par exemple de visualiser l'évolution de la fréquence d'un mot au sein des conversations. L'exemple ici sera repris du mot « harassement » (harcèlement en français) que l'on voit évoluer en fonction de son nombre d'apparitions au sein de la liste de diffusion (voir fig 2.5 ci-dessous).

Progression du mot « harassment » dans les archives de la liste de diffusion Wikimédia.
Figure 2.5 : Progressions du mot « harassment » dans les archives de la liste de diffusion Wikimédia.

Ce graphique m'aura permis de constater que la question du harcèlement rencontrée au niveau de mes observations ethnographiques n'est pas un épiphénomène à la communauté des éditeurs du projet Wikipédia francophone et qu'il est apparu relativement tôt et par vagues successives dans l'histoire du mouvement Wikimédia [N 11]. En retour à cette analyse, il apparait donc utile de reparler du phénomène durant les conversations de terrain et de maintenir un certaine vigilance quant à son observation. Pour gagner du temps et éviter de trop solliciter les acteurs de terrains, un retour vers le corpus textuel et TXM permettra aussi une analyse en plein texte. Dans la figure 2.6 ci-dessous nous pouvons voir comment au départ du contenu de la liste de diffusion Wikimedia-l, l'outil de recherche de concordance de TXM permet d'afficher la liste des extraits de textes contenant le mot harassment en les centrant sur ce dernier.

Graphique illustrant la recherche en plein texte par concordance du mot harassment dans le corpus tiré de la liste de diffusion archivewikimediaL.
Figure 2.6 : Graphique illustrant la recherche en plein texte par concordance du mot « harassment » dans le corpus tiré de la liste de diffusion archivewikimediaL.

À partir du moment où le sujet du harcèlement apparait donc comme un thème central au sein du mouvement Wikimédia, il devient alors intéressant d'en faire une éventuelle étude de cas afin de pouvoir illustrer au mieux le phénomène. Pour ce faire il serait par exemple intéressant de repartir de son propre vécu ou de repartir d'un témoignage comme celui très documenté sur l'une des pages utilisatrice d'une contributrice répondant au nom d'utilisatrice « Idéalité »[W 152].

Après avoir reconsidéré les choses en détails, il sera par la suite de nouveau possible de repartir vers une analyse textométrique plus poussée encore[N 12], basé cette fois sur de nouveaux corpus formés au départ des espaces de discussion sélectionné en fonction de l'apparition du terme « Idéalité » dans l'idée cette fois de retirer de nouvelles informations qui pourrait contrebalancer le discourt d'idéalités et par la même occasion s'octroyer un accès rapide et localisé aux propos qu'elle aura échangés avec d'autres contributeurs[N 13].

Nous l'aurons donc compris, la méthode proposée ici repose sur un aller-retour entre différentes approches précédemment présentée au travers du concept de « complétude étude ». Et voyons à présent quelle posture adopter pour référencer les informations extraites des archives numériques, dans le but de les rendre consultables et vérifiables par les lecteurs. Grâce à ce nouvel engagement méthodologique, ils auront en effet le loisir, au départ de ces sources, de se faire une opinion propre et éventuellement divergente de ce qui leur sera transmis dans cet ouvrage.

Produire une « webographie » au service de la vérifiabilité[modifier | modifier le wikicode]

La « vérifiabilité » dans l'univers Wikimédia, peut être vue comme une déclinaison particulière de la réfutabilité empirique et théorique introduite par Karl Popper[B 124] dans sa démarcation entre science et non-science. Alors que Karl Popper demande aux scientifiques d'offrir à leurs pairs un maximum d'informations utiles à la corroboration d'une théorie pour en déterminer sa scientificité au départ d'un ratio réfutabilité/falsifiabilité[B 125], les wikipédiens quant à eux, établiront une règle de vérifiabilité selon laquelle « une information ne peut être mentionnée que si les lecteurs peuvent la vérifier »[W 153].

Ce qui apparait donc indispensable aux yeux des wikipédiens francophones, « c'est que toutes les informations susceptibles d'être contestées, ainsi que toutes les théories, opinions, revendications ou arguments, soient attribués à une source identifiable et vérifiable ». En résumé, il en résulte donc qu'au sein de ce projet encyclopédique que « toute affirmation contestée ou susceptible de l'être doit être explicitement attribuée à une publication de qualité. On peut supprimer une affirmation invérifiable. En cas de contestation, c'est à celui qui veut insérer une information qu'il revient d'en mentionner la source »[W 153].

Ainsi, le point commun entre la proposition de Karl Popper et la règle wikipédienne sera une certaine recherche de réfutabilité au travers d'une expérimentation différée. Au niveau de la différence, la méthode de Popper concernera donc les théories, alors que la règle de Wikipédia concerne les informations. De la règle de vérifiabilité wikipédienne, découlera non plus la nécessité d'apporter un maximum d'informations utiles à la corroboration mais simplement de citer ses sources, entendu que « tout contenu, mis en doute ou susceptible d'être mis en doute, doit être étayé par une annotation menant à une ou plusieurs références qui s'appuient sur des sources fiables et clairement identifiées »[W 154]

La position de Karl Popper fut toute fois critiquée par Jean-Claude Passeron qui dira que de telles attentes épistémologiques sont incompatibles avec « la pertinence empirique des énoncés sociologiques [qui] ne peuvent être définie que dans une situation de prélèvement de l’information sur le monde qui est celle de l’observation historique, jamais celle de l’expérimentation. »[B 126]. Il est vrai, que le lecteur d'un ouvrage scientifique en science sociale sera toujours dans l'incapacité de revivre au même instant et donc dans des circonstances identiques, l'expérience ou l'observation d'un phénomène décrit par un auteur. C'est d'ailleurs pour cette raison que Jean-Claude Passeron introduira le terme « historicité » afin d'offrir aux sciences, historiques par nature, un régime de vérité différent des sciences dites de la nature[B 127].

À cette impasse épistémologique d'ordre temporel peut s'ajouter une autre impasse d'ordre spatial dans le cas de travaux ethnographiques réalisés sur des terrains éloignés ou difficilement accessible pour le lecteur. En socio-anthropologie certains auteurs parlent d'ailleurs d'un « pacte ethnographique »[B 128] grâce auquel « seuls les ethnologues se sentent libérés d'expliquer comment ils ont su tirer d'une expérience unique un ensemble de connaissances dont ils demandent à tous d'accepter la validité. »[B 129].

À ce sujet, l'une des polémiques les plus connues concerne les écris de Carlos Castañeda. Traduis en 17 langues et vendus à 8 millions d'exemplaires, les 15 livres de Castañeda[W 155] sont considérés aujourd'hui comme une œuvre autobiographie productrice de faux[B 130]. Dans ses ouvrages Castañeda décrit un enseignement reçu par un mystérieux chaman répondant au nom de Don Juan Matus, dont personne n'a jamais réussi à retrouver la trace. Robert Marshall retrace en quelques lignes l'histoire de cette polémique :

« Le statut des livres en tant qu'anthropologie sérieuse n'a pratiquement pas été remis en question pendant cinq ans. Le scepticisme a augmenté en 1972 après que Joyce Carol Oates, dans une lettre au New York Times, ait exprimé son étonnement qu'un critique ait accepté les livres de Castañeda comme non fiction. L'année suivante, le New York Times publia un article de couverture révélant que Castañeda avait beaucoup menti sur son passé. Au cours de la décennie suivante, plusieurs chercheurs, notamment Richard de Mille, fils du légendaire réalisateur, ont travaillé sans relâche pour démontrer que le travail de Castañeda était un canular. »[B 131].

Un tel épisode soulèvera donc la question de savoir où se place la limite entre l'ethnographie et la fiction ?[B 132]. À cette question Karl Popper répondra qu'il faut expérimenter à nouveau le vécu de l'ethnographe en retournant sur le terrain alors que Jean-Claude Passeron l'impossibilité de le faire. D'ailleurs, les informateurs seront-ils toujours vivants ? N'auront-ils pas changé d'avis ou de point de vue ? Quel sera aussi le lecteur qui pourra partir à la recherche Don Juan Matus le shaman de Castañeda ? Voici donc toutes les impasses qui pousseront le lecteur à adhérer au pacte ethnographique, ou le cas échéant, à considérer sa lecture comme une potentielle œuvre de fiction.

Cependant avec le nouveau cadre informationnel apporté par la révolution numérique, ces impasses peuvent s'atténuer petit à petit et même complètement disparaître dans le cas d'une étude uniquement basée sur une observation du Web. Ce dernier cas de figure est d'autant plus vrai dans le cadre de cette étude faite au sein d'un espace numérique totalement transparent et archivée tel que nous l'avons déjà partiellement décrit. Grâce au logiciel MediaWiki qui sauvegarde tous l'historique des activités en ligne pour le rendre librement accessible à tous[N 14], il devient en effet possible d'offrir aux lecteurs un accès à l’information telle qu'elle aura été découverte par le chercheur. De plus, dans ce contexte bien précis, la contrainte d'historicité soulevé par Passeron disparaît totalement étant donné que l'information archivée sera par définition figée dans le temps et ne subira donc aucune altération entre le moment de sa récolte et celui de sa redécouverte par le lecteur.

Concrètement parlant, il suffit pour cela de fournir des hyperliens ou plus précisément des permaliens qui redirigeront les lecteurs vers des pages Internet qui resteront dans l'état ou elles auront été examinées par le chercheur. Dans l'interface de MediaWiki, ces permaliens sont accessibles via l’item « Lien permanent » situé dans la colonne de gauche apparaissant sur toutes les pages des projets. De manière plus précise encore, il est aussi possible de fournir un lien vers une page qui affichera les « différences entre versions » aussi appelées « diffs » dans le jargon wikipédien. Ces pages « diff » dans lesquelles apparaît surligné dans un cadre de gauche ce qui a été supprimé et en gras dans un cadre de droite ce qui a été ajouté, sont toutes accessibles au départ des historiques des pages de contenus et permettent de visualiser directement l'état de ces dernières avant et après une modification (voir figure 2.7). L'avantage principal de cette méthode par rapport aux permaliens, est que le nom de l'auteur la modification et le moment exact où elle a été faite sera directement visible sans aucune autre manipulation.

Capture d'écran de la page de Wikipédia « Science ouverte » affichant les différences apportées par ma modification de la phrase d'introduction
Figure 2.7 : Capture d'écran de la page de Wikipédia affichant les différences apportées par ma modification faite à l'article « Science ouverte » .

Sur Wikipédia, produire les hyperliens pointant vers des pages « diffs » représente d'ailleurs une procédure courante dans le cadre d'une protestation adressée à la communauté. Dans le cadre d'une contestation du statut d'administrateur[W 156], il est par ailleurs clairement stipulé qu'« une contestation doit être expliquée et étayée par des diffs ou entrées de journal, sinon elle n'est pas valide ». Ces pages « diffs » ou du journal des activités permettent ainsi à chacun de valider ou de « réfuter » les accusations portées à l'encontre d'un administrateur du site. Typiquement, on y retrouvera des liens pointant vers des propos ou des actes contraires aux règles et recommandations en vigueurs au sein des projets.

À nouveau donc, nous voyons que l'univers épistémique Wikimédia aura servi d’inspiration sur la manière d'organiser mon travail ethnographique. De manière concrète, voici donc les résolutions sur la manière dont je citerai les source utilisée dans ce présent travail dès lors qu'elles seront en provenance du Web : Chaque fois qu’apparaîtra une information en provenance d'une page Web, celle-ci serra systématiquement suivie d'un appel de note sous forme d'un chiffre en exposé précédé de la lettre W majuscule. Ces appels de notes permettront ainsi aux lecteurs de trouver les permaliens qui lui permettront de retrouver les sources de toutes ces informations dans un état identique à celui de mes observations.

Quand l'information proviendra d'une page MediaWiki, deux cas de figure sont possibles. S'il s'agit d'une information issue d'une page organisationnelle, la référence pointera vers le lien permanent de la page dans sa version consultée. S'il s'agit d'une information au sujet des dires ou des faits d'un acteur de terrain, la référence pointera alors vers la page « diff » présentant les différences entre la version pré et post écriture ou le journal des actions utilisateurs. Enfin, si la page n'est pas issue d'un site MediaWiki, la référence pointera dans ce cas vers une version archivée de la page conservée et visualisable sur le site du projet Internet Archive[W 157]. L'aboutissement d'un tel processus sera donc la mise en place d'une section webographie qui trouvera sa place au côté de la traditionnelle section bibliographie de tout ouvrage scientifique et permettra de la sorte de distinguer aisément au sein de ce travail ce qui aura été produit au départ de sources primaires de ce qui aura été produit au départ de sources secondaires.

Malheureusement, ce qu'il est possible d'offrir à tout lecteur internaute au niveau des sources webographiques primaires, sera malheureusement impossible au niveau des sources bibliographiques secondaires. En effet, depuis longtemps déjà, ces sources font l'objet d'une dramatique marchandisation rendant leurs accès, y compris numérique, payant et donc limité. Aux yeux de certains, cette situation est le résultat d'un « oligopole d’éditeurs qui tire un profit maximum du fait que laboratoires scientifiques et chercheurs sont évalués en fonction des revues ou des maisons d’édition où ils publient leurs résultats »[W 158].

Dans un tel contexte et suite à ce que nous avons déjà débattu en début de cette section, aux « questions d'éthique concernent la publication scientifique »[B 133] s’ajoute désormais d'autres questions épistémiques cette fois, liées à une possible réfutabilité ou vérifiabilité des sources secondaires citées dans un ouvrage. Elles sont supposées exister bien sûr, mais sans y avoir accès, c'est alors là un nouveau pacte que l'on demande aux lecteurs de signer. Un pacte qui regroupera cette fois un ensemble de trois acceptations : une première sur l’existence des sources, une deuxième sur le fait qu'elles ont été pleinement exploitées sans être détournées, soit par déformations des propos, soit par omission du contexte dans lequel elles furent initialement exposées, et une troisième enfin sur le fait que la vérifiabilité de ces sources soit soumise à une marchandisation et donc fatalement une exclusion des personnes les plus démunies financièrement.

Un tel pacte, et surtout sa troisième acceptation, n'est-il pas finalement plus problématique que le pacte ethnographique dont nous parlions précédemment ? Doit-on en effet accepter que la pratique de la science ainsi que la réfutation de ses propos soit l’apanage d'une franche limitée de notre communauté humaine ? N'est-il pas temps enfin de penser à une science où toute information serait inconditionnellement accessible à tous et dans le respect de tous ?

Aspirer à une science ouverte et transparente[modifier | modifier le wikicode]

Comme nous allons le voir, les questions d'ouverture, de transparence ne sont pas nouvelles dans le secteur de la recherche scientifique. Depuis longtemps déjà, un mouvement s'est créé autour de l'expression « Open Science » avec l'apparition en 1999 du site www.openscience.org dédié à l'écriture et à la diffusion de logiciels scientifiques libres et open source[W 159]. L'expression anglaise se verra traduite en français par celle de « science ouverte » qu'il ne faut pas confondre avec l'expression « Science libre » qui désigne le nom d'un magazine publié sous copyright[W 160].

Le mouvement des sciences ouvertes peut être considéré comme l'héritier de celui du logiciel libre lancé par Richard Stallman dans les années 80. En lançant son projet de système d'exploitation intitulé GNU le 27 septembre 1983 sur la newsletter net.unix-wirards via Arpanet, Stallman faisait appel à la règle d'or pour promouvoir son projet. Il la reformulera et la contextualisera en ces termes : « si j'aime un programme, je dois le partager avec d'autres »[W 161]. Un extrait de l'ouvrage intitulé : « Richard Stallman et la révolution du logiciel libre » nous permettra de découvrir les origines et les enjeux du mouvement du logiciel libre :

« Stallman propose de classer les œuvres soumises au copyright en trois catégories.

La première, fonctionnelle, comprend les logiciels informatiques, les dictionnaires, les manuels.

La deuxième comprend les œuvres ayant rôle de témoignage — par exemple des documents scientifiques ou historiques. Leur fonction pourrait être mise à mal si les auteurs comme les lecteurs étaient libres de les modifier à volonté. Cette catégorie inclut aussi les œuvres d’expression personnelle — journaux intimes, autobiographies ... — dont la modification reviendrait à falsifier les souvenirs d’une personne ou ses opinions, ce que Stallman considère comme injustifiable d’un point de vue éthique.

Enfin, la troisième catégorie concerne les travaux artistiques et de divertissement. Les droits accordés aux utilisateurs de chaque œuvre doivent, pour Stallman, être adaptés au type d’œuvre. Ainsi pour la première catégorie des œuvres fonctionnelles, les utilisateurs devraient-ils se voir conférer le droit illimité d’en faire des versions modifiées.

Pour les deuxième et troisième catégories, les droits de l’utilisateur devraient être modulés selon le souhait de l’auteur. Cependant, Stallman insiste sur le fait que, quelle que soit la catégorie de l’œuvre, la liberté de copier et de redistribuer de manière non commerciale devrait s’appliquer intégralement et en tout temps. Si cela signifie de laisser les internautes imprimer une centaine de copies d’un article, d’une image, d’une chanson ou d’un livre et ensuite d’en distribuer par courriel les copies à une centaine d’étrangers, alors qu’il en soit ainsi »[B 134].

Voici à présent à présent un autre extrait d'ouvrage intitulé cette fois : « Science ouverte, le défi de la transparence » qui nous permettra de saisir comment le mouvement des sciences ouverte se sera approprié l'héritage de Stalleman :

« Bien au-delà de l'accès ouvert, la science ouverte s'étend sur un champ très vaste et prend en compte, dans un effort de rénovation et de modernisation, l'ensemble des problématiques de la recherche et de ses conséquences, telles que l'ouverture et la gestion des données de recherche, l'ouverture et l'inter-opérabilité des logiciels, la transparence des évaluations, l'encouragement de la participation citoyenne à la recherche et la liberté d'accès aux matières d'enseignement. »[B 135]

Sur base de cette dernière citation, nous pouvons déjà réaliser à quel point le mouvement Wikimédia répond intrinsèquement aux attentes de la science ouverte. D'un côté, son projet de libre partage des connaissances humaines repose sur le logiciel libre MediaWiki qui offre à la fois l'ouverture et l'interopérabilité voulue. De l'autre, le dispositif d'archivage automatisé de MediaWiki tel qu'il fut déjà présenté offre à l'environnement numérique Wikimédia un degré de transparence inégalé.

De façon concrète cette transparence est assurée au travers de chaque page historique associée à chaque page web produite par le logiciel MediaWiki. Dans la figure 2.8 présente ci-dessous représentant une copie d'écran de la page historique de l'article Wikipédia intitulé « science ouverte », on y voit s'afficher de manière chronologique une liste de lignes reprenant de manière respective :

  • un lien « actu » pointant vers la page de contenu tel qu'il se présente actuellement ;
  • un lien « diff » pointant vers une page de différence entre versions dans laquelle apparaît en gras (texte ajouté) et en surligné (texte retiré) les modifications faites au contenu ;
  • la date et l'heure exacte de la modification sous forme d'un lien pointant vers la version de la page archivée juste après la modification ;
  • le nom d'utilisateur de l'auteur de la modification suivit entre parenthèse d'un lien « discuter » pointant vers sa page de discussion et d'un lien « contributions » pointant vers une page listant chronologiquement toutes ses modifications au sein du projet. Par défaut de compte utilisateur, s'affichera alors l'adresse IP de la connexion Internet utilisée par l'éditeur sous forme de lien pointant pareillement vers une page listant toutes les modifications faites par cette adresse au sein du projet. S'affichera ensuite entre parenthèses un lien « discuter » pointant vers une page de discussion consacrée aux échanges avec le titulaire du compte utilisateur ou l'utilisateur d'une adresse IP fixe ou les utilisateurs en cas d'adresse IP dynamique ;
  • en cas de modification mineure la lettre « m » en caractère gras ;
  • la taille de la page suite à la modification et celle de la modification exprimée en octets ;
  • entre parenthèse, un résumé des modifications éventuellement apporté par l'auteur ou le titre de la section automatiquement fourni par le système ;
  • et finalement entre parenthèse un lien annuler permettant d'enregistrer la version de la page antérieure à la modification et un lien « remercier » permettant d'adresse une notification de remerciement à l'auteur.

En haut des pages historiques du projet Wikipédia francophone on verra aussi apparaitre toujours comme le montre le figure 8 ci-dessous un ensemble de liens pointant vers des outils d'analyses statistiques externes. Dans l'ordre de leurs apparitions respectives, ces outils permettront :

  • de filtrer les informations historiques affichées sur la page ;
  • d'afficher des statistiques sur les éditions et les auteurs ;
  • de retrouver l'auteur d'un passage écrit produit sur la page ;
  • de voir les statistiques de consultation de la page ;
  • de connaître le nombre de contributeurs ayant la page dans leur liste de suivi ;
  • d'afficher toutes les modifications de cette page faite par un seul contributeur.
Page historique de l'article « Science ouverte »
Figure 2.8 : Copie d'écran de l'historique des modifications faite à l'article Wikipédia : « Science ouverte ».

Ces pages d'historiques, permettront ainsi au final de visualiser l' édition d'une page et son évolution au fil du temps comme le démontre de manière explicite la vidéo 2.1 ci-dessous.

Vidéo 2.1 : Évolution de l'article Pomme sur le projet Wikipédia francophone, du 20 novembre 2002 date de création au 26 janvier 2012.

Tout ceci montre donc à quel point le souci de transparence peut être garanti au niveau des projets d'édition soutenus par le mouvement Wikimédia. Les nombreuses fonctionnalités du logiciel MediWiki que certains pourraient qualifier de « fantasme de la technologie »[B 136] apparaissent ainsi, dans le contexte bien précis d'une science ouverte, comme solution au « défi de la transparence »[B 135], J'y vois aussi pour ma part une occasion unique, libre et gratuite de rédiger mes travaux scientifiques dans un espace totalement respectueux des revendications faites par le mouvement des sciences ouvertes, et ce sans aucun effort.

Il est même possible de pousser les choses encore plus loin en créant par exemple un laboratoire d'étude tel que le Laboratoire d'étude du mouvement Wikimédia[W 162], dans lequel j'invite tout un chacun, à s'investir dans l'étude du mouvement Wikimédia. Un tel espace permet ainsi de partager publiquement tout un ensemble de ressources découvertes ou produites lors de travaux de recherche, et qui ne peuvent être publiés en raison d'un manque de place un niveau d'un standard éditorial quelconque.

Respecter la vie privée des acteurs de terrain[modifier | modifier le wikicode]

On est en droit de se demander si un tel niveau de transparence au sein des projets Wikimédia ne risquerait pas de poser problème au niveau du respect de la vie privée. Pour répondre à cette inquiétude il suffit de cliquer sur l'hyperlien intitulé « condition d'utilisation »[W 163] présent en bas chaque page des projets Wikimédia. Ce lien permet effectivement d'accéder à une page d'informations générales dans laquelle se trouve un nouveau lien qui pointera cette fois vers une page consacrée à la politique de confidentialité adoptée par la fondation Wikimédia[W 164].

En Italie[B 137] comme dans de nombreux autres pays du monde, la responsabilité juridique de la fondation Wikimédia par rapport aux projets éditoriaux qu'elle supporte se limite à son statut d'hébergeur et en aucun cas à celui d'éditeur. En revanche, la fondation et le mouvement Wikimédia par extension se sent très concernée par la protection de la vie privée des utilisateurs des projets qu'elle héberge ainsi que de leurs données à caractères personnels.

Il existe par exemple sur le projet Wikipédia francophone une page titrée Wikipédia:droit de disparaître[W 165] anticipait depuis longtemps l'apparition du droit à l'oubli ou plus précisément du « droit à l'effacement » apparu en 2016 dans l'article 17 du règlement no 2016/679 édité par la commission Européenne, aussi appelé règlement général sur la protection des données (RGPD). D'une manière quelque peu inattendue, l'arrivée de cette réglementation aura cependant été publiquement condamnée par la Fondation Wikimédia. Appliquée au niveau du contenu de ses projets rédactionnels, la fondation voit en effet dans ce règlement une porte ouverte à la manipulation des informations présentes sur le net[B 138].[B 139]. Il en résultera donc qu'une demande de suppression d’informations liées à compte utilisateur sera accordée, alors que celle d'informations contenues dans un article traitant de ce même utilisateur sera refusée.

En matière de protection de la vie privée, plusieurs autres options s'offrent aux utilisateurs de l'espace numérique Wikimédia dans lequel, signalons-le déjà, il n'est pas nécessaire pas de fournir une adresse courriel pour ouvrir un compte utilisateur. La première protection, et la plus populaire, consiste à créer un compte utilisateur avec pseudonyme de telle sorte à ce que les modifications et actions faites ne soient pas attribuées à son identité propre. La seconde option plus fréquente parmi les utilisateurs moins actifs, est celle de contribuer aux projets sans se connecter. Dans ce cas de figure, en lieu et place du pseudonyme utilisateur, apparaîtra l'adresse IP de la connexion Internet utilisée par l'utilisateur.

Cette deuxième option est cependant moins respectueuse de la vie privée d'un utilisateur, car au départ d'une simple adresse IP, un internaute peut toujours connaitre soit l'organisation qui l'utilise si cette information est publique, soit la ville la plus proche d'une connexion Internet privée et les coordonnées de l'entreprise qui l'aura fournie lors de son utilisation. Au départ de l'adresse IPv4 : 130.104.34.155 par exemple, le site whatismyipaddress.com indiquera qu'elle est utilisée par l'Université Catholique de Louvain[W 166] alors qu'en utilisant l'adresse 176.164.50.155 sur le site fr.geoipview.com on y verra s'afficher une carte sur laquelle sera désigné la ville de Blois en France[W 167].

Plus fréquemment utilisées par les connexions mobiles, les adresses IPv6 sont moins facilement géo-localisables. Mais quelle que soit la situation, il sera toujours possible pour une personne mandatée de contacter le fournisseur d'accès Internet (FAI) d'une adresse IP pour connaitre l'identité du client qui l'aura utilisé à un moment bien précis et donc par exemple à l'heure d'enregistrement d'une modification faite sur un site Wikimédia. En France, mais cela peu varier selon la législation en vigueurs dans les différents états du monde, les informations permettant de faire le lien entre adresses IP et clients doivent être gardées au minimum un an[W 168]. Dans le système informatique du mouvement Wikimédia par contre, les adresses IP des comptes utilisateurs qui ne sont visibles que par des personnes mandatées par la fondation sont définitivement effacées au bout de trois mois seulement[W 169].

Une dernière option possible enfin pour ceux qui ne désirent pas forcément contribuer sous anonymat sera de créer un compte utilisateur à son propre nom. Ce choix personnel doit alors être assumé puisqu'une partie de sa vie s'expose dès lors aux yeux du monde connecté et de façon potentiellement irréversible. Il ne faut en effet jamais oublier que sur le Web toute information divulguée peut toujours être sauvegardée par quelqu'un sur son ordinateur pour un jour réapparaître quelque part sur la toile malgré son effacement. Les vidéos interdites de diffusion sur le Net, qui disparaissent et apparaissent sans cesse en est un bon exemple.

Afficher sa réelle identité au niveau de ses contributions au projet Wikimédia n'a cependant pas que des inconvénients. Cela offre aussi l'avantage d'assurer la paternité de ses écrits et donc de les protéger d'un risque de plagiat tout en les publiant dans la plupart des cas[N 15] sous une licence CC.BY.SA qui les protégera d'une éventuelle récupération et mise sous copyright. Un tel choix enfin, peut aussi répondre à des obligations d'ordre déontologique liés au cadre d'une recherche scientifique par exemple.

Pour finir donc, toutes ces options et dispositions garantiront une gestion « à la carte » du respect de la vie privée des acteurs wikimédiens et de leurs données à caractère personnel. Elles permettront aussi à certains utilisateurs situés dans des pays sujets à la censure et à la répression de se connecter à des réseaux privés virtuels sans risquer de dévoiler, ni leur identité, ni l'adresse de la connexion étrangère qu'ils utiliseront pour se connecter aux sites. Dernière chose enfin, toutes ces dispositions offrent un climat propice à la liberté d'expression, et au dialogue qui somme toute représente un nouvel avantage pour les chercheurs.

Rédiger sa recherche dans un processus dialogique[modifier | modifier le wikicode]

L'écriture dialogique en socio-anthropologie n'est pas un concept nouveau. Un anthropologue tel que Mondher Kilani en parlait déjà dans les années nonante en citant pour exemple les écrits de Philippe Descola[B 140], de Jeanne Favret-Saada[B 141] et les siens[B 142]. Il décrit sa propre expérience comme telle :

« Mon texte n'est pas l'évocation d'une expérience subjective irréductible. Il est autant le produit d'une "vérité" négociée avec les oasiens qu'une construction explicitement adressée à un public lointain pour lequel je reconstruis les différents contextes de cette négociation. »[B 143]

Plus récemment, Frédéric Laugrand, mettra au point un système d'atelier de transmission intergénérationnelle des savoirs (ATIS) visant à une coconstruction des savoirs entre des chercheurs et acteurs participants dans une dynamique de transmission à destination des jeunes par le « faire comme si ». Ce processus aura pour but final de produire des documents sous forme de verbatims ultimement validés par les participants[B 144].

Dans le cas de ce présent travail, il ne sera pas tant question d'une telle production collective du savoir, mais bien d'une négociation similaire à celle exprimée par Kilani. De la sorte, la coconstruction des idées sera clairement dissociée de l'écriture du texte qui en résulte, ceci même si des retouches au niveau orthographique ou syntaxique seront toujours les bienvenues. Il fut donc bien question comme l'explicitait avant moi Kilani d'« une écriture dialogique plaçant le témoignage personnel et la voix des autres au centre du récit anthropologique »[B 145] mais sans pour autant donner l'occasion aux autres de participer à l'écriture de ce récit. Ici encore, le dispositif socio-technique mis en œuvre au sein des projets Wikimédia me fut d'un grand secours.

Tous les sites éditoriaux soutenus par le mouvement Wikimédia sont en effet des espaces collaboratifs au sein desquels, le partage du savoir finit par s'établir au travers des gestes anodins d'édition et de surveillance réciproque. En consultant l'article « Science ouverte » sur Wikipédia dans le cadre de l'écriture de ce texte, je n'ai pas hésité par exemple à reformuler la phrase d'introduction avec comme résumé pour ma modification : « Reformulation de la première phrase en vue d'une meilleure compréhension. »[W 170] Cette modification une fois accomplie devient alors visible sur cette page « diff » dont nous avons déjà parlé précédemment et dont la copie d'écran, pour rappel, se situe au niveau de la figure 2.7.

Dès la sauvegarde de la modification, cette page « diff » en question aura été notifiée à tous les utilisateurs enregistrés qui auront choisi un jour de l'ajouter dans leur liste de suivi en cliquant sur la petite étoile située entre l'onglet « Voir l'historique » et le cadre « Rechercher dans Wikipédia ». Cette liste de suivi en question (voir figure 2.9 ci-dessous) ressemble fortement à une page historique d'un article à la différence près qu'on y trouvera ici toutes les modifications faites aux articles dont on veut suivre l'évolution. En outre, les utilisateurs qui auront configuré adéquatement leur système de notification dans leurs préférences personnelles recevront aussi l'information et un lien vers la page « diff » directement dans leur boite à courriel.

Capture d'écran de la page de suivit utilisateur Wikipédia.
Figure 2.9 : Capture d'écran de la page de suivi utilisateur Wikipédia.

Un tel dispositif technique, renforce donc la dimension dialogique entre les éditeurs des projets Wikimédia dès lors qu'il y aura divergences d'opinions sur la modification faite sur une page. En cas de désaccord, la meilleure pratique consiste alors de cliquer sur l'onglet « Discussion » présent en haut de toutes les pages des projets Wikimédia pour entamer les débats sur une page de discussion associée à la page d'édition.

Dans le cadre de ma thèse de doctorat en temps réel sur le projet Wikiversité, j'ai donc pensé à profiter de ce dispositif pour susciter le dialogues au sujet des comptes rendus de recherches. Mon idée était d'inviter les acteurs du mouvement Wikimédia à s'exprimer ce contenu soit sur espace de discussion principal[W 171] lorsqu'il s'agit de l'ensemble de ma thèse, avec un système de discussions structurées permettant de simplifier la vie des personnes non initiées à l'usage du wikicode, soit sur d'autres pages de discussions associées aux chapitres de mon ouvrage. Afin de rendre ces pages visibles au maximum, j'ai pris soin d'ajouter en dessous du titre de chaque chapitre la mention : « [ Réagir au contenu de ce chapitre ] ».

Par la suite, j'ai même incité les acteurs du mouvement à entrer en dialogue au sujet de ma recherche, en postant régulièrement des messages d'invitations sur les principaux espaces de type forum disponible au sein du mouvement Wikimédia. Voici pour information le contenu de la discussion qui suivit mon premier message titré « Avis de travail en cours »[W 172] déposé dans le bistro de Wikipédia[N 16] le 31 mai 2019 :

Bonjour,
J'ai entamé la rédaction d'une thèse de doctorat publiée sur Wikiversité et portant sur le mouvement Wikimédia. Le premier chapitre de ce travail consacré à la méthodologie est actuellement prêt à être relu par les personnes actives au sein du mouvement. La mise en forme du texte n'est pas terminée et l'orthographe doit y être déplorable, mais j'aimerai le soumettre à réaction avant un prochain rendez-vous avec mon comité d'accompagnement dans le cadre d'une épreuve de confirmation. J'invite donc toutes les personnes intéressées a réagir librement sur la page de discussion consacré au chapitre. Si le cœur vous en dit, vous pouvez aussi corriger l'une ou l'autre faute d'orthographe durant votre lecture. Je vous en serais très reconnaissant. En vous remerciant d'avance et vous souhaitant une belle journée à tous. Bien cordialement, Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 31 mai 2019 à 01:43 (CEST)

Intéressant, mais, à part l'orthographe, qui écrit la thèse, le doctorant ou la communauté Wikipédia ? - Siren - (discuter) 31 mai 2019 à 14:12 (CEST)
Bonjour Siren, Pour répondre à la question : Au niveau de des mots et des phrases, c'est le doctorant. Au niveau de la connaissance et des idées, c'est le doctorant et la communauté, celle de Wikipédia mais aussi celles de tous les projets soutenu par la fondation. Si la question est posée, c'est sans doute que les choses ne sont pas assez claire. Je vais donc tenter de reformuler les choses de façon plus explicite. D'ailleurs cette présente interaction entre nous illustre déjà en partie l'idée d'une construction dialogique de la connaissance. Dans le cadre de mon doctorat, elle ne peut malheureusement pas être similaire à ce qui se passe sur Wikipédia. Ce travail débouche sur un diplôme, et dans le monde académique qui m'entoure, pour se voir attribuer le titre de docteur, il faut défendre seul une thèse réalisé en solo. Ceci dit Jimbo Wales a reçu de mon université le titre de docteur honoris causa, sans avoir écrit aucune thèse. Donc voilà, il y a bien d'autres personnes encore qui en savent bien plus que moi sur le mouvement Wikimédia et ce serait donc idiot et présomptueux de ma part de ne pas les inviter à entrer en dialogue autour de l'écriture de ma thèse. Déjà un grand merci pour les corrections orthographique et une belle fin de journée ! Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 31 mai 2019 à 23:45 (CEST)
Ouaaah, je vais faire un tour par désoeuvrement sur cette page, et chtonk ! scotch. Absolument passionnant, ce truc, je recommande fortement la lecture ! Alors, évidemment, comme toutes les thèses dans un domaine pas mien, c'est tellement concentré que pour mon pauvre esprit va falloir un tit moment pour tout absorber, mais déjà des réflexions fusent.
Par exemple j'adore l'idée de base que l'objet de recherche, ancré dans la vraie de vraie réalité, met en forme les méthodologies et pas le contraire, ce qui est pourtant normalement ce qu'on nous enseigne. Je suis bien d'accord pourtant, nos tendances à déterminer des cadres stricts, bien léchés, universels etc. ça vient d'une époque (disons depuis le XVIIIème) où on va favoriser la création de catégories avant même de mettre des objets dedans, une volonté de tout régenter, en quelque sorte, de tout classer et universaliser, de produire des cadres vides. Très Newtonien. Peut-être lié à l'ensemble des représentations du temps (le milieu temporel), chais pas.
J'aime aussi, intuitivement, la réflexion sur l'imaginaire et sa force de construction ! Un dernier point sur le premier chapitre (je vois qu'il y a eu plein d'ajouts), il est dit que les sciences sociales ne prétendent pas à définir un ensemble de paramètres absolus qui rendent les expériences reproductibles, contrairement aux sciences autres, dites dures. Mais à mon avis, dans les autres sciences non plus. On y prétend, on prétend faire reproductible, mais c'est juste un outil utile. Les paramètres y sont soumis aux mêmes différences, simplement les sciences dures tendent aussi à des applications et donc veulent être opérationnelles. Un peu comme si on faisait un raisonnement en coupant le chemin à faire en petites étapes (comme Descartes) pour atteindre le but, mais qu'on est bien conscient que le chemin en tant que tel n'existe pas, c'est nous qui l'avons créé pour résoudre le problème.--Dil (discuter) 31 mai 2019 à 23:57 (CEST)
Merci pour ce retour encourageant Dil ! Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 2 juin 2019 à 01:42 (CEST)»

En plus des forums de discussion, j'ai aussi utilisé le système de notification Echo mis en place au sein de l'espace numérique Wikimédia. Ce système permet de notifier un utilisateur enregistré au départ de n'importe quelle page des sites Wikimédia. Cette notification apparaitra en haut de toutes les pages des projets Wikimédia une fois qu'il sera connecté et de nouveau, en fonction des préférences utilisateur, dans la boite de réception de son courrier électronique.

Concrètement, il me suffit par exemple au sein de ce présent texte produit sur Wikiversité de créer l'hyperlien : « Psychoslave » pour que l'utilisateur répondant au pseudonyme « Psychoslave » soit averti que je le mentionne ici. Il saura alors que je désire attirer son attention sur cette page, pour dans ce cas-ci, le remercier de l'intérêt qu'il porte sur mes travaux. Pour ne pas attirer son attention, j'aurai pu écrire son nom d'utilisateur sans créer d'hyperlien. Dans ce cas de figure, Psychoslave devra alors faire une recherche laborieuse à l'aide d'un moteur de recherche interne ou externe à Wikiversité pour trouver cet endroit où je parle de lui.

Il restait enfin pour faire fonctionner le dispositif dialogique d'être capable de maîtriser un minimum le langage de mes interlocuteurs. Joseph-Marie de Gérando, l'un des précurseurs de l'anthropologie moderne, n'écrivait-il pas dans le journal de la société des observateurs de l'homme : « Le premier moyen pour bien connaître les Sauvages [expression commune à cette époque], est de devenir en quelque sorte comme l'un d'entre eux ; et c'est en apprenant leur langue qu'on deviendra leur concitoyen. »[B 146]

Avec plus de 300 versions linguistiques de Wikipédia, le mouvement Wikimédia apparaît tel un espace de rencontre extrêmement polyglotte. Heureusement comme toujours dans ce type de communauté cosmopolite, l'anglais viendra au secours de chacun pour faire office de lingua franca. Mais il apparait cependant que dans l'espace numérique Wikimédia, la connaissance du langage naturel ne suffit pas toujours. Comme nous l'avons vu déjà vu, la pratique du wikicode peut s’avérer parfois nécessaire pour participer aux discussions ayant cours dans les nombreux espaces numériques gérés par le logiciel MediaWiki. Et heureusement de nouveau que la compréhension du wikicode ne représente pas un obstacle insurmontable dès sa première expérience.

Cependant, pour comprendre pleinement les enjeux du numérique, mais aussi pour pouvoir dialoguer confortablement au sujet de l'environnement sociotechnique du mouvement Wikimédia avec les acteurs impliqués dans sa gestion la connaissance du Wikicode s'avérera souvent insuffisante. Ces discussions feront de fait souvent appel à une connaissance minimum du vocabulaire et de la grammaire de langage informatique divers[N 17]. Une connaissance pour le moins passive de ces derniers devient dès lors un atout d'autant plus indispensable si l'on ne veut pas faire l'impasse des avertissements de Lawrence Lessig, publié dans son célèbre article intitulé : « Code is law »[B 147] :

« Ce code, ou cette architecture, définit la manière dont nous vivons le cyberespace. Il détermine s’il est facile ou non de protéger sa vie privée, ou de censurer la parole. Il détermine si l’accès à l’information est global ou sectorisé. Il a un impact sur qui peut voir quoi, ou sur ce qui est surveillé. Lorsqu’on commence à comprendre la nature de ce code, on se rend compte que, d’une myriade de manières, le code du cyberespace régule.»[B 148]

De manière un peu similaire à Tom Boellstorf, cette anthropologue dans Second Life qui organisait des groupes de discussion au sein de sa maison virtuelle baptisée « Ethnographia »[B 149], les efforts investis pour la mise en place d'une construction dialogique de ma thèse de doctorat auront été fructueux. Ils auront été une précieuse occasion de confronter ma propre vision du mouvement au point de vue « émique »[B 150] des acteurs de terrain, tout en leur permettant de réagir en cas de problème. Ce processus qui n'aura finalement pas abouti à un nombre exceptionnel d'échanges mais aura par contre suscité un grand nombre de consultations de mes travaux, soit près de 1 150 fois entre le 15 octobre 2019 et le 15 mars 2020[W 173]. Un ensemble de chiffres rassurant pour peu que l'on adhère à cet adage bien connu : « Qui ne dit mot, consent ».

L'ultime avantage enfin lié à l'environnement numérique Wikimédia, c'est que tous ces échanges, au même titre que l'ensemble du contenu des projets éditoriaux, est librement exploitable dans une étude sans qu'aucune demande d'autorisation préalable ne soit nécessaire. La seule obligation sine qua non pour pouvoir profiter de cette liberté, sera de publier son travail aussi sous licence CC.BY.SA afin de respecter la condition de partage dans les mêmes conditions imposées par celle-ci[W 174]. Cette condition appelée aussi « copyleft » est de première importance, car elle garantit à elle seule que tout contenu libre reste libre après réutilisation.

Malheureusement, la plupart des études portant sur Wikipédia sont publiées au sein de revues ou d'ouvrages publiés sous copyright. Le cas le plus emblématique sans doute, sera celui de l'ouvrage : « Commons Knowlege An ethnography of Wikipedia »[B 151] qui comprend une quantité importante de citations en provenance de Wikipédia et qui pourtant fut publié sous copyright en 2015 par la maison d'édition Stanford University Press. Cette entorse à la licence creative commons est d'autant plus surprenante que Dariusz Jemielniak, auteur de cet ouvrage, sera élu membre du conseil d'administration de la fondation Wikimédia durant l'année de publication de son ouvrage[W 175] et sera même réélu par la suite en 2017[W 176]. Selon l'avis d'un utilisateur expérimenté du projet Wikimédia Commons, Jemielniak et la Stanford University Press, s'exposent cependant au risque de se voir un jour inquiétés par une plainte en provenance d'un ou de plusieurs utilisateurs lésés par cet abus[W 177].

Lancer un appel à la contribution scientifique[modifier | modifier le wikicode]

Au terme de cette présentation, et pour peu que l'on dépasse la posture d'opposition d'une certaine élite intellectuelle[B 152], l'environnement sociotechnique si particulier des projets Wikimédia peut donc apparaitre comme l'allié d'une évolution des pratiques de la science universitaire et de sa communauté épistémique. Peut-être même que le mot révolution serait plus adéquat si l'on se mettait vraiment à rêver d'une science non corporative, multi-paradigmatique, vérifiable par chacun, ouverte, libre d'accès, transparente, dialogique, participative et respectueuse de tous.

Malheureusement, et jusqu'à ce jour, le milieu académique semble peu enclin à s'impliquer dans la production de nouveaux savoirs au sein même de l'univers Wikimédia. Il est vrai que le mouvement s'est principalement concentré sur le développement de l'encyclopédique Wikipédia et par conséquent, sur la récolte, la synthèse et la diffusion d'un savoir préexistant. Plus récemment, le projet Wikidata aura attiré beaucoup d'attention et de moyens institutionnels et financier pour porter son ambition de développer le web sémantique[B 153]. Pour les 8 autres projets Wikimédia, une consultation des souhaits de la communauté wikimédia en 2020, exceptionnellement limitée aux « projets hors contenus wikipédiens »[W 178], peut servir d'indicateur de classement en fonction de la distributions du nombre de souhaits par projets.

Sur 72 souhaits formulés, le projet Wikisource arrive en tête avec 28 propositions récoltées. Il est suivi du Wiktionnaire qui récolte 20 propositions, lui-même suivi du projet Wikiversité qui rassemble quant à lui 11 propositions. Malheureusement pour eux, les 5 autres projets restant ne dépasseront pas les 5 propositions. Si l'on ajoute Wikipédia et Wikidata à ces 8 projets, cela nous indique donc que Wikiversité, le seul projet réellement dédier à la production de nouveau savoir, n'apparait qu'en cinquième place en matière d'intérêt porté par la communauté Wikimédienne.

Les choses évoluent cependant évoluer avec la naissance au sein du projet Wikiversité anglophone d'un journal scientifique nomé WikiJournal déjà primé par l'Open publishing awards dans la catégorie « modèles de publication ouverts »[W 179]. Un projet de relocalisation du Wikijournal dans nouveau site Wikimédia séparé de Wikiversité a même été soumis au conseil d'administration de la fondation Wikimédia[W 180].

N'est-ce pas là une belle occasion pour les universitaires de passer du stade utilisateurs passifs et parfois méprisant à celui de contributeurs actifs au sein du mouvement Wikimédia ? Ne serait-ce pas non plus une nouvelle opportunité offerte à tout un chacun de produire du contenu scientifique sans pour autant s'inscrire ou adhérer à une institution Universitaire ? Le projet étant à ces débuts et actuellement réservé au monde anglophone avec une initiative francophone restée au simple stade d'acceptation par la communauté[W 181], une réponse à ces questions serait à la fois prématurée et hors sujet dans le cadre de ce travail dédier à la sphère francophone du mouvement Wikimédia.


Note

  1. Bien que cette formulation soit ambiguë, on parle souvent de « travaux inédits » sur Wikipédia en référence à ce que la communauté anglophone nome de façon plus appropriée : « original research » que je traduirais pas l'expression travail de recherche original.
  2. Sur les projets éditoriaux Wikimédia, les administrateurs (aussi nommés sysop) sont des utilisateurs nommés par la communauté pour assurer la maintenance du site grâce à des outils techniques qui leur sont réservés et qui leur permettent de suspendre la publication de pages ou d'en empêcher l'édition aux autres utilisateurs, ou encore de bloquer un utilisateur malveillant, etc.
  3. Dans l'espace numérique des projets éditoriaux Wikimédia, chacune des pages des sites web possède une page de discussion associée qui permet aux lecteurs ou éditeurs de la page de dialoguer sur le contenu de la page. D'autre part, chaque utilisateur enregistré au sein des projets bénéficie aussi d'une page de présentation et donc d'une page de discussion associée à cette page de présentation. Cette page de discussion représente dès lors un lieu où l'on peut déposer un message public à l'intention de l'utilisateur. C'est seul un moyen en fait d'écrire à un utilisateur quand on ne possède pas son adresse e-mail et que la fonction « envoyer un courriel » n'a pas été activée par ce dernier au niveau de ses préférences personnelles.
  4. Selon les projets éditoriaux Wikimédia et leurs versions linguistiques, il existe différentes façons de prendre des décisions collectives sur des changements majeurs qui pourraient toucher toute la communauté. Dans le cas précis du projet Wikiversité francophone, les prises de décisions sont faites sur des pages créées à cet effet, et dans lesquelles les membres de la communauté discutent en vue d'obtenir un consensus. Si nécessaire, et c'est souvent le cas, un vote sera organisé et les propositions seront acceptées dès lors qu'il y a plus de 75% des votes en sa faveur. Pour pouvoir voter, il faut répondre à certains critères d'éligibilités des votants essentiellement déterminés sur base d'une certaine ancienneté et un minimum de participation au sein du projet.
  5. La classification décimale universelle a connu plusieurs éditions depuis sa création en 1905 par les deux juristes belges Paul Otlet et Henri La Fontaine fondateurs de l’Institut international de bibliographie.
  6. La revue Socio-anthropologie est disponible en accès ouvert sur le portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales OpenEdition.org.
  7. Cette expression m'est venue d'une observation participante au sein d'un cabinet ministériel en 2010 dans le cadre d'un cours portant sur les lieux de médiation.
  8. Certaines informations récoltées par le logiciel MediaWiki sont en effet masquées pour des raisons juridiques liées par exemple au copyright ou au respect de la vie privée.
  9. Pour plus de détails au sujet de cette analyse voir annexe 3 : Statistical analysis of Wikimedia Foundation financial reports - Wikiversity
  10. Cet exemple sera développé pour sa part dans l'annexe 4 de ce travail sous l'intitulé : « Utilité du logiciel de textométrie TXM dans le cadre d'une recherche ethnographique en ligne »
  11. À noter que interprétation de ce graphique doit se faire en tenant compte que la courbe illustre l'addition du nombre d'apparition. Une position verticale signifie donc une grande apparition du mot tandis qu'une courbe parfaitement plate signifie que le mot n’apparaît pas durant cette période.
  12. Pour ne pas alourdir cette section, une présentation plus approfondie des requêtes syntaxiques, notamment type SQL, rendue plus puissante grâce à une lemmatisation des corpus sera détaillée en annexe.
  13. La question du harcèlement sera abordé plus en détail dans la suite de cet ouvrage.
  14. L'information pourrait cependant ne plus être accessible au lecteur si entre temps elle a été masquée pour des raisons légales ou, chose peu probable, si le site a été victime d'actions malveillantes au niveau des serveurs. Sachons enfin que le choix de la fondation d'ouvrir de nouveaux espaces en ligne reposant sur d'autres logiciels que MediaWiki fait disparaître la possibilité de consulter des pages d'historiques. C'est notamment le cas depuis la migration du site de la fondation Wikimedia depuis l'adresse foundation.wikimedia.orgvers l'adresse wikimediafoundation.org mais aussi depuis la création du Wikimedia space. Un archivage de ces deux sites reste cependant disponible sur le site https://archive.org/ du projet Internet Archive, mais représentera toujours une source d'information bien plus limitée que ce que peut offrir le logiciel MediaWiki.
  15. Dans certains cas comme sur le site Wikidata et plus récemment sur celui de Wikimédia commons, certaines contributions sont publiées sous licence CC0.
  16. Le bistro Wikipédia est une sorte de forum centrale au projet utiliser pour partager des informations d'ordre général ou pour notifier des discussions en cours sur d'autres espaces de discussion plus spécialisés.
  17. Dans le cadre du mouvement Wikimédia, les langages informatiques principalement utilisés sont l'HTML, le CSS, le JavaScript, le PHP et Lua,



Limites éditoriales et paradoxes épistémiques au sein du mouvement Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

[ Réagir au contenu de ce chapitre ]

W21-1a.svg

Lionel Scheepmans (lui écrire) est en ce moment même en train de travailler en profondeur sur cette page ou section de page. Merci de ne pas modifier celle-ci afin de limiter les risques de conflit de versions jusqu’à disparition de cet avertissement .


Enlevez ce modèle dès que le travail est fini ; si le travail doit être continué, utilisez le modèle : {{Pas fini}}.

Plutôt que de la rédiger directement dans ma thèse publiée sur Wikiversité, j'ai trouvé plus intéressant de l'écrire en premier lieu sur Wikipédia en repartant de l'article sur l'encyclopédie en langue française intitulé « Mouvement Wikimédia ».

L'intérêt de cette démarche était d'une part, d'ajouter une nouvelle observation participante dans mes recherches mais aussi d'autre part, de mettre en place un nouveau processus d'écriture dialogique par lequel mes écrits au sujet du mouvement Wikimédia seraient soumis à la relecture de ses membres, ou pour le moins, ceux qui sont actifs sur le projet Wikipédia. Pour aller au bout de cette démarche, j'ai aussi proposé l'article au label de bon article[W 182] dans le cadre d'un processus d'évaluation basé sur un ensemble de critères précis portant à la fois sur le fond et la forme de l'article[N 1].

Ce processus aura duré 15 jours (du 6 au 20 février 2020) et prendra lieu sur une page de discussion associée à l'article et réservée à la demande de labellisation dans laquelle les participants ont pu justifier leurs votes et partager leurs avis au travers une dizaine d'échange [W 183]. À l'heure de la clôture le label ne fut pas attribué étant donnée que seulement 4 des 9 personnes votantes furent favorables à la labellisation de l'article alors que la labellisation requière 66% de votes favorables et au moins 5 votes positifs[W 184].

La démarche aura cependant donné lieu à une dizaine d'échanges entre les contributeurs et moi-même qui pourrons servir de base à un ensemble de réflexions. La première de celles-ci se basera sur l'information fournie par le graphique fourni dans la figure

remarquons tout d'abord grâce au graphique affiché en début de section précédente que le taux de participation d'un éditeur à un article de Wikipédia peut varier selon qu'on regarde le nombre d'éditions ou la quantité de texte ou de contenu ajouté.

Les limites de l'édition collaborative[modifier | modifier le wikicode]

Avant de répondre à cette question élargissons tout d'abord nos observations afin de voir si le graphique issu de notre expérience ne représenterait pas un cas isolé. Pour se faire commençons par étendre l'analyse du taux de participation à l'ensemble des 27 pages que j'ai créées dans le projet Wikipédia francophone avant le 2 mars 2020[W 185]. Voyons pour ce faire les résultats de nos calculs basés sur des chiffres obtenus au départ de la page https://xtools.wmflabs.org/articleinfo/fr.wikipedia.org et illustré par le tableau 2.1 présenté ci-dessous.

Tableau 3.1 : Pourcentage de participation en nombre d'éditions et texte ajouté sur l'ensemble de mes articles créés sur fr.Wikipédia
Nom de l'article Éditeurs Éditions Mots Mon % éditions % éditions suivant Mon % texte % texte suivant
Anthropologie clinique 4 6 53 60 20 97,2 2
Anthropologie fondamentale 14 34 378 62,1 6,9 73,9 15,6
Anthropologie Globale 6 13 206 77,8 11,1 98 1
Anthropologie prospective 7 20 366 72,2 5,6 100 0
Anthropophages (redirection supprimée) - - - - - - -
Auto-ethnographie 2 11 114 90,9 9,1 100 0
Auto-plagiat 2 6 156 83,3 16,7 100 0
Belgian American Educational Foundation 10 10 174 14,3 14,3 81,7 5,9
Carlos Frederico Marés de Souza Filho 5 11 45 60 20 96 2,1
Cumuleo 5 14 104 71,4 7,1 94,7 5,3
Dérive de la mission 8 19 31 40 40 91,6 3,2
José de Souza Martins 5 8 504 60 20 98,9 1,1
Joseph Louis Bonmarriage 5 12 78 63,6 18,2 94,8 3,1
Kayoux 11 33 503 75 10,7 93,5 4,4
Kuilappalayam 8 19 116 55,6 11,1 71,1 23,9
Laboratoire d'anthropologie prospective 7 19 442 75 6,2 99,4 0,3
Louvain Coopération 23 121 1 354 60,7 12,1 62 33,8
Marché politique 5 10 66 66,7 11,1 94,1 3
Méta-Wiki 6 17 46 85,7 7,1 99,8 7,1
Mike Singleton

(page de redirection vers homonymes)

3 7 4 80 20 96 3,8
Mike Singleton (anthropologue) 19 31 160 54,5 9,1 80,8 6,5
Mondher Kilani 7 28 449 46,2 26,9 11,4 85,5
Ouïe 8 14 37 14,3 28,6 62 23,1
Pierre-Joseph Laurent

(page de redirection vers homonymes)

3 3 4 33,3 33,3 12,4 87,3
Richard Mervyn Hare 9 12 135 31 10 66,8 31
Sociologisme 6 13 56 41,7 25 89,1 8,2
TXM 10 30 164 41,4 34,5 65,9 31
Totaux 198 521 5745 1516,7 434,7 s-o s-o
Moyennes par article soit total/26 7,61 20,03 220,96 58,33 16,71 81,96 13

Il apparait donc qu'au niveau de l'ensemble des articles que j'ai créés sur le projet Wikipédia francophone et rien que ceux-ci, le pourcentage moyen de mes contributions par article est de 58,33 % au niveau du nombre d'éditions et de pratiquement 82 % au niveau du contenu textuel. Utiliser ces résultats pour se faire une idée serait cependant une erreur, car il s'avère être biaisé.

Il s'avère en effet au niveau de l'article intitulé « Louvain Coopération », que je fus également la personne qui aura utilisé compte contributeur « Utilisateur:Louvain Coopération » en deuxième place des comptes les plus actifs au sein de l'article. J'avais créé ce compte à une époque où je travaillais au sein de l'ONG sur laquelle portait l'article. Mon but à l'époque était de respecter au mieux la transparence demandée au niveau conditions d'utilisation des projets Wikimédia en matière de « Contributions rémunérées »[W 186]. Il en a donc résulté que de façons alternées et en fonction de ma présence sur mon lieu de travail, j'ai édité l'article avec deux comptes utilisateur séparés pour atteindre un tau de 78% d'éditions et 95,8 % de texte et non 60,7% et 62% comme on pourrait le crois sans connaitre l'information. Après rectification, je serai donc en moyenne l'auteur de 83,2% du contenu des articles que j'ai créés sur fr.Wikipédia.

De ce premier exercice, on retiendra donc d'une part, que les nombres d'éditions apportées à un article ou un ensemble d'articles n'a qu'une corrélation très limitée avec la quantité de texte produit au sein de ce même article ou un ensemble d'articles, d'autre part, que la répartition en pourcentage du texte produit par les contributeurs d'un article risquera toujours d'être biaisée dès lors qu'une même personne utilisera plusieurs comptes utilisateurs ou si dans un second cas de figure elle venait à modifier l'article sans se connecter à son compte utilisateur. Gardons à l'esprit enfin qu'une personne qui révoquera des modifications faites par un autre contributeurs (pratique très courante au sein de l'encyclopédie), aura pour effet de varier d'autant plus la corrélation pourcentage d'édition et pourcentage de contenu.

D’innombrables calculs et analyses analogue à ce qui vient d'être fait et qui gagneraient à être automatisés, pourraient voir le jour au départ d'articles sélectionnés de manière aléatoire sur l'ensemble des projets Wikimédia afin d'en extraire de nouvelles statistiques et probabilités. Afin de répondre à la question préalablement posée en début de cette section, nous nous limiterons pour notre part à une analyse faite au départ de 100 pages tirées au sort dans l'espace l'encyclopédique Wikipédia francophone au départ de l'hyper lien « Article au hasard » présent dans la colonne de gauche de toutes les pages de l'encyclopédie[N 2]. Les résultats de ce travail, à savoir un pourcentage de X % en matière d'édition et de Y % en matière de contenu pour les éditeurs les plus actifs sur les articles sélectionner et de respectivement X% et Y% pour les suivants, permet donc de nuancer certaines affirmations produites au sein de précédents travaux.

Cependant quelque soit le résultat de ces calculs, il sera à mon sens, toujours important de tenir compte du phénomène d'autocontrôle déjà présenté. Dans ce sens, il ne faut donc pas seulement tenir compte de la répartition du contenu entre contributeurs, mais aussi aussi de la fréquentation de la page, pour en déterminer sa neutralité. Nous l'avons vu, les contributeurs ne se font pas de cadeaux entre eux et une absences de contestation dans un article très fréquenté peut donc apparaitre un gage de fiabilité et de neutralité

Statistiques de participation dans l'espace numérique[modifier | modifier le wikicode]

Selon les chiffres approximatifs recueillis sur les pages de l'outil d'analyses statistiques stats.wikimedia.org et durant la période du 6 au 20 février 2020 inclus, l'encyclopédie francophone aura été visitée 458 millions de fois par des personnes qui se seront connectée plus ou moins 50 % via un accès internet mobile et 50 % via un accès internet fixe (voir fig 1.a ci-dessous)[W 187]. Parmi toutes ces visites, 8 millions 500 mille seulement proviendront d'appareils distincts qui auront été deux fois plus souvent connecté via le réseau mobile (voir fig. 1.b ci-dessous)[W 188]. En moyenne et pour cette période bien précise, nous pouvons donc en déduire que 425 mille visiteurs journaliers auront consulté en moyenne environ 2,7 fois par jour le projet wikipédia francophone en remarquant sur base du graphique présenté dans la figure 1.b que l'accès au départ d'un appareil mobile deux fois plus élevé que via un ordinateur de bureau sera plus courant durant les périodes de week-end.

Au niveau de l'activité éditoriale du projet Wikipédia francophone, d'autres analyses statistiques produites par ce même site stats.wikimedia.org nous informent que le site fut modifié en moyenne 862,5 fois par jour par des contributeurs qui auront fait une ou plusieurs modifications avec environ 7 fois moins d'éditions faite sans connexion à un compte utilisateur (voir fig. 1.c ci-dessous)[W 189]. Un autre graphique produit et indiquant cette fois-ci 981,6 contributeurs journaliers[N 3] nous informe que environ 1/3 de leurs contributions aura été faite dans l'espace non encyclopédique[N 4] du site web (voir fig 1.d ci-dessous)[W 190].

Graphique illustrant le nombre de contributeurs journaliers sur sur le projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février 2020 inclus avec distinction entre l'espace encyclopédique et non encyclopédique.
Figure 1.x : Graphique illustrant le nombre de contributeurs journaliers sur sur le projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février 2020 inclus avec distinction entre l'espace encyclopédique et non encyclopédique (Scheepmans, 2020).

Selon d'autres chiffres approximatifs fournis cette fois par l'outil d'analyse tools.wmflabs.org et toujours sur ce même laps de temps, l'article « Mouvement Wikimédia » quant à lui aura été consultée 1134 fois dont 424 le 6 février 2020 avec une moyenne de 76 fois par jour tandis que la page page de discussion consacrée à sa labellisation aura été consultée par 687 personnes dont 214 le 6 février 2020 avec une moyenne de 46 personnes par jour (voir fig 1.e ci-dessous)[W 191]. Au final, parmi ces 687 visiteurs de la page de labellisation, 16 se seront donc manifesté par écrit et 9 auront participé au vote.

Histogramme illustrant le nombre de visite de l'article « Mouvement Wikimédia » durant la période du 6 au 20 février 2020 inclus
Figure 1.x : Histogramme illustrant le nombre de visite de l'article « Mouvement Wikimédia » durant la période du 6 au 20 février 2020 inclus. (Scheepmans, 2020)

Voilà donc un ensemble de relevés statistiques qui nous permettent de voir par ordre de grandeur, les activités humaines pouvant avoir lieu dans l'espace numérique mouvement Wikimédia au départ d'un exemple basée sur une période d'observation de 15 jour au sein du projet Wikipédia francophone. En résumé, nous pouvons donc dire que ... (POURSUIVRE !

Graphique illustrant la répartition des visites du projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février inclus et selon l'accès au site par appareil mobile ou ordinateur de bureau.
Fig. 1.b Graphique illustrant la répartition des visites du projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février inclus et selon l'accès au site par appareil mobile ou ordinateur de bureau. (soure stats.wikimedia.org )
Graphique illustrant distinctement selon le type de connection le nombre de pages vues sur le sites Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février 2020 inclu
Fig. 1.a Graphique illustrant distinctement selon le type de connection le nombre de pages vues sur le sites Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février 2020 inclu (Scheepmans, 2020).

Les vertus d'une surveillance réciproque[modifier | modifier le wikicode]

Au sein des projets éditoriaux Wikimédia, un phénomène de surveillance mutuel fut déjà notifié par bon nombre d'observateurs, et finalement, de découvrir[pas clair] parmi 160 projets techniques hébergés par la fondation Wikimédia[W 192], trois des nombreux outils d'analyses statistiques reconnus utiles pour la communauté Wikipédia au départ d'une page dédiée à ce sujet sur le site Méta-Wiki[W 193].

La présentation complète et exhaustive de tous les outils d'observation ne pourra prendre place dans le cadre de ce travail. À titre indicatif, sachons toute fois que grâce ces outils, il est possible de contrôler et de visualiser de façon asynchrone et parfois synchrone (LiveRC[W 194]), l'activité des contributeurs enregistrés ou non, de manière ponctuelle ou évolutive, dans un article, un projet linguistique ou l'ensemble des projets Wikimédia (tools[W 195], Xtools[W 92], Wikiscan[W 196], CentralAuth[W 197], etc.), de contrôler et visualiser la fréquentation d'un projet linguistique ou de tous les projets Wikimédia par pays et selon le matériel informatique utilisé, de connaitre les pages les plus fréquentées, les images, vidéos ou autres fichiers les plus utilisés au sein des projets (Wikiscan, Wikimedia statistics[W 198], ) et de savoir quel utilisateur fut l'auteur d'une phrase dans un article et à quel jour et quelle heure il l'a écrite (Wikiblame[W 199]).

Avant cette procédure de labellisation, il y eu tout un travail d'édition de l'article « Mouvement Wikimédia » qui aura commencé le 21 janvier 2019, soit près d'un an avant sa candidature au label de qualité. À cette époque, je me suis tout de suite étonné du faible stade d'avancement[W 200] de l'article et ce malgré ses 12 ans d’existence[W 201]. Une visite sur le projet Wikipedia anglophone réputée plus abouti en raison du plus grand nombres de locuteurs, et donc fatalement, de contributeurs, me permit de constater que l'article n'y était pas beaucoup plus développé[W 202]. Quant à la vingtaines[W 203] d'autres articles répartis sur les près de 300 projets linguistiques Wikipédia, ils m'ont semblé encore moins aboutis que la version francophone.

Autre fait marquant, le 8 avril 2019, j'ai du prendre l'initiative d'inverser une redirection automatique qui partait de l'article « Mouvement Wikimédia » vers l'article « Wikimédia ». Ma modification était justifiée par le résumé suivant[N 5] : « Le contenu de la page correspond plus au mouvement qu'à la marque »[N 6][W 204].

Dès le début de cette observation participante donc, et sans pour autant en identifier les raisons, je découvrais ainsi que les articles encyclopédiques consacrés au mouvement Wikimédia étaient relativement délaissés par les éditeurs de Wikipédia qui pourtant, sont membres de ce mouvement à part entière.

L'expérience m'a ensuite rappelé rapidement qu'un article délaissé au niveau de son aboutissement, ne l'était par forcément au niveau de sa surveillance. Effectivement, le 9 mars 2019, l'une de mes modifications a été annulée par un utilisateur répondant au pseudonyme de (:Julien:). C'était plus de deux mois après ma première modification. Entre temps, une correction orthographique et un reformulation avait déjà été faites par des utilisateurs bienveillants. Trois autres modifications malveillantes cette fois, avaient aussi été supprimées moins d'une minute après leur apparition au cours de la journée du 21 février 2019[W 205]. En raison de ce qui fut considéré comme un « passages en force sous adresse IP » un administrateur du projet pris l'initiative de protéger l'article durant un mois de tel sorte à ce qu'il soit modifiable uniquement par les utilisateurs autoconfirmés[W 206][N 7].

L'auteur des modifications malveillantes n'avait en effet pas de compte utilisateur. En cliquant son l'adresse IP présente sous forme d'hyperlien dans la page historique de l'article en question[N 8], je suis arrivé sur une page dans laquelle apparaît la liste de toutes les actions faites au départ de cette adresse[W 207]. Au nombre de 11, la totalité de ces modifications dataient du 21 février entre 12h44 et 12h51 heure belge et consistait à ajouter à plusieurs reprise une phrase identique sur les articles concernant Adrienne Charmet, Rémi Mathis, Wikimédia France et le Mouvement Wikimédia.

Sous forme d'hyperlien, cette phrase était la suivante : «  Observons Wikipedia : le blog de Pierrot le Chroniqueur». Elle fut donc probablement écrite par un supporter de ce blog chroniqueur de Wikipédia et des autres projet Wikimédia, ou peut-être l'auteur du blog en question. Sur la simple base d'une adresse IP, il est impossible d'en savoir plus, à l'exception du nom et de l'adresse de son fournisseur d'accès à internet grâce à un site d'informations de type Whois. Dans ce cas précis, l'adresse IP fut fournie par la société Free basée à Paris qui devra, sachons le, fournir l'identité du client utilisateur de l'adresse IP si la justice française en faisait la demande.

Suite à ces informations concernant les éditions de l'encyclopédie sans y être connecté, voyons a présent ce qu'il en est de l'utilisateur « (:julien:) » qui avait annulé l'une de mes modification à l'article Mouvement Wikimédia. Je l'avais identifié au début comme était un jeune contributeur en raison de son franc parlé argotique. Mais neuf mois plus tard, en écrivant ce paragraphe, je découvre avec surprise que cette utilisateur qui maitrise apparemment parfaitement la langue anglaise[W 208] était un ancien membre du premier Comité d'arbitrage de Wikipédia[N 9] pendant la période du 22 mars 2005 au 22 septembre 2005[W 209]. J'en concluais donc à nouveau qu'au sein de l'espace numérique Wikimédia, si on ne prend pas la peine de faire quelques recherches, ou si jamais les informations devaient à manquer, on peut facilement se tromper sur l'identité des personnes avec qui on dialogue.

Voici mieux comprendre la situation, un bref historique de ce qui s'était passé. Julien avait justifié son annulation par le résumé suivant : « § n'a plus aucun sens, mieux vaut rester à la formulation précédente »[W 210]. Comme il avait raison, j'ai alors essayé de reformuler mes propos pour les rendre plus sensés en laissant comme résumé : « Bonjour Julien, peut-on discuter avant que tu supprimes mon travail ? Bien à toi. »[W 211]. Suite à cela, Julien décida d'ouvrir une nouvelle section intitulée « formulation », sur la page de discussion[N 10] réservée à l'article « Mouvement Wikimédia »[W 212]. En voici son contenu :

Bonjour @Lionel Scheepmans,

D'abord non, je ne vais pas discuter avant de reverter tes modifs. Le paragraphe que tu as modifié était truffé de fautes d'ortho et ne voulait plus rien dire. Donc dans ce cas, ce n'est pas comme un débat à avoir sur la pertinence de tel truc ou la formulation de tel autre, c'est juste imbittable donc je dégage.
Ton paragraphe est encore maladroit : la version précédente parlait du nom des projets, toi tu dis que WMF est « Composés d'un [[w:mot-valise|]] ([[w:wiki|]]) ». D'une part ce n'est pas la WMF qui est composée mais son nom, d'autre part le mot-valise n'est pas une composante du nom, mais le nom lui-même. Et il reste des fautes d'orth, c'est pour ça que le paragraphe précédent, à la fois clair et en français correct (même si à la relecture, il y avait aussi des fautes :s) me semble mieux. Cordialement, (:Julien:) 11 mars 2019 à 10:09 (CET)

Merci (:Julien:) d'entamer la discussion. Tu as parfaitement raison sur le fait que ma modification comportait des fautes d'orthographes. si il en reste, je t'invite à les corriger. C'est vrai aussi que j'avais oublier un verbe et que le sens de la phrase posait problème. C'est vrai enfin que le mot valise ne concerne pas la fondation elle même. Mais ne crois tu pas qu'il est mieux d'améliorer les choses que tu qualifies d'imbittable (Si tu pouvais m’expliquer ce néologisme, je t'en serais reconnaissant) plutôt que de les dégager (J'apprécierais que tu utilises d'autres termes, mon travail n'est pas un ballon de football).
Je viens de modifier le paragraphe en fonction de tes recommandations. N'hésite pas à l'améliorer. N'hésite pas non plus à mettre un peu de courtoisie dans tes actions et réactions. On est tous bénévoles ici, autant rendre l'atmosphère de travail agréable tu ne cois pas ? J'envisage aussi de scindé l'article en deux avec un article dédié séparément au [[w:Mouvement Wikimédia|]]. Si le projet t’intéresse, dis le moi on peut travailler ensemble. Tu sembles en effet avoir des compétences qui peuvent combler certains de mes handicapes. Bien à toi. Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 11 mars 2019 à 10:55 (CET)
Salut Lionel,
« Imbitable », ça s’écrit avec un seul T, ça dérive de biter, littéralement « foutre sa bite dans le truc », c’est-à-dire le comprendre — parce qu’on ne pénètrerait pas quelqu’un sans l’avoir cerné/maitrisé, probablement. Voyons, n’as-tu pas songé au Wiktionnaire pour t’aider à biter un mot que tu ne connais pas ! C’est vrai qu’il existe bitter avec deux T, mais ça doit être moins courant… En tout cas y a pas de bittable qui tienne.
Je suis amusé d’assister à une difficulté sociale à laquelle tu fais face en raison de ton trouble !
Néanmoins, je crois avoir à contredire @(:Julien:) sur quelques éléments. Je ne comprends pas vraiment cette histoire de « WMF est composé du mot-valise wiki »… Mais d’une part je sais que l’on peut dire « A est composé de B, de C et de D » pour dire qu’A est composé uniquement de B, C et D et donc qu’il se confond à la combinaison (ou plutôt à une certaine combinaison) de B, C et D. Si on dit que « A est composé de B », ça veut donc dire que A et B se confondent. C’est relativement correct, même si je reconnais que c’est bizarre comme formulation. Ensuite, peut-être que je me trompe, mais dans « Wikimedia Foundation », il n’y a pas que « wiki », il y a aussi « media » et « Foundation » ! Et depuis quand « wiki » est un mot-valise ? Moi, j’aurais plutôt écrit : « Le nom Wikimedia Foundation contient le mot-valise wiki »… C’est Wikimédia qui est un mot-valise ! On ne parle pas de la fondation mais du mouvement ici. Que vient faire un « WMF » à cet endroit ? Va-t’en, intrus !
Quant à la courtoisie… Boh, je reconnais qu’on peut faire sans ! Moi, j’aime bien insulter les gens, de temps en temps !
Frigory (discuter) 18 avril 2019 à 18:41 (CEST)
Non, on ne peut pas contribuer sans courtoisie. C'est précisément ce qui fait que nos wikis sont invivables. Il n'est pas acceptable de lire cela (même « pour rire »). Trizek bla 18 avril 2019 à 19:48 (CEST)
La courtoisie... Un mot clef pour l'avenir de nos projets. Concernant l'histoire du mot valise Frigory, elle n'est pas de ma plume et j'ai tenté de garder le propos sans trop le déformer et dans le respect de l'auteur. Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 18 avril 2019 à 20:38 (CEST)
À vrai dire j’ai pas trop l’expérience, sur Wikipédia j’ai très peu discuté et sur la Wikiversité j’ai toujours trouvé que les discussions se passaient bien. En tout cas, je suis d’accord que le propos de Julien était inapproprié, j’ai l’impression qu’il s’adresse à Lionel comme s’il avait vandalisé la page ! Ce qui signifie aussi qu’il ne faudrait pas être trop poli avec les vandales… Mais la meilleure stratégie reste de profiter de la situation défavorable dans laquelle ils se sont mis pour leur faire la promo de la contribution à Wikimédia. Frigory (discuter) 19 avril 2019 à 16:53 (CEST)
Fig. 1.1. Photographie intérieure d'une des prisons de Presidio Modelo inspirée de l'architecture panoptique de Bentham, Isla de la Juventud, Cuba. (Friman, 2005)

Ce petit échange entre contributeurs, nous permet déjà de voir à quel point le contenu des projets éditoriaux Wikimédia peuvent faire l'objet de discussions pointilleuses et parfois complexes[N 11]. Mais la chose la plus importante à retenir de cette expérience, c'est qu'au sein du projet Wikipédia au même titre que tous les autres projets Wikimédia qui seront présentés dans la prochaine section, un dialogue entamé entre deux personnes sur la page de discussion d'un article sera suivi au même titre que l'article par tous les comptes utilisateurs qui auront placer cette page dans leur liste de suivit. A titre d'exemple, la page de discussion et l'article Mouvement Wikimédia sur Wikipédia était suivit en mars 2020 par 90 contributeurs[W 213].

En date du premier mars 2020 et selon une page d'information au sujet de l'article en question[W 201], il étaient 91 à suivre l'évolution de l'article Mouvement Wikimédia. Certain d'entre eux auront d'ailleurs configuré leurs préférences utilisateur de tel sorte à recevoir un courriel dès qu'une nouvelle modification sera faite au niveau de l'article et ou de sa page de discussion. Le message transmis par voie électronique comprendra un lien qui pointera directement vers une page une page de Wikipédia où apparaîtra en gras ce qui a été ajouté, et en surligné ce qui a été retiré.

Ce qui s'est passé pour l'article Mouvement Wikipédia peut donc très bien se produire au niveau d'autres pages d'égale importance au sein l'ensemble des projets éditoriaux Wikimédia. Et d'ailleurs, le paragraphe de cette thèse de doctorat que vous être présentement en train de lire, et qui aura été initialement écrit sur le projet Wikiversité fera lui aussi l'objet d'une potentiellement surveillance et relecture de la communauté Wikimédia dont nous reparlerons plus tard.

Conscient d'un tel phénomène de surveillance réciproque, Sylvain Firer-Blaess n'hésite pas à qualifier Wikipédia de : « modèle pour une société hyperpanoptique » (Firer-Blaess, 2007)[B 154]. Cette idée lui fut inspirée par Nancy Fraser qui avait imaginé avant lui 10 ans avant la création du premier Wiki, une « société disciplinaire parfaite [...] totalement 'panopticisée' [dans laquelle] tous se surveilleraient et se contrôleraient les uns les autres » (Fraser, 1985, p.178)[B 155]. La vision de Nancy Fraser avaient été inspirée à son tour des travaux de Michel Foucault et plus particulièrement de son travail sur l'univers carcéral (1975)[B 156]. Dans ceux-ci, l'auteur faisait référence au concept architectural de Jeremy Bentham (1791)[B 157] intitulé panopticon, traduit en français par le terme panoptique (voir figure 1.2 ci-contre).

En parlant d'un phénomène identique ou très similaire d'autocontrôle réciproque, d'autres auteurs mobiliseront aussi le terme d'« holoptisme » définit comme un « espace qui permet à tout participant de percevoir en temps réel les manifestations des autres membres du groupe » (Noubel, 2004, p.23)[B 158]. Dans le cadre enfin d'une étude portant spécifiquement sur la communauté Wikipédia un auteur tel que Dominique Cardon parlera aussi de « vigilance participative » (Cardon et al., 2009)[B 159]. Ce phénomène de contrôle réciproque apparait donc comme comme un sujet important dont il sera question tout au long de cette ouvrage, passons à présent à la présentation encyclopédique du mouvement Wikimédia.

Les limites de l'anonymat et de la méritocratie[modifier | modifier le wikicode]

A situer ...

Dans ce cadre de ce phénomène de surveillance réciproque entre utilisateurs, grace aux outils statistiques d'assistance à cette observation et en raison de l'anonymat que procure l'environnement MediaWiki, le nombre d'éditions d'un utilisateurs son encienneté et l'archivage de son comportement en ligne constituera son indentité au sein du projet.

Par exemple déterminera, de manière variable en fonction des projets linguistiques, si un compte utilisateur pourra voter lors de décisions prise pas communautés d'éditeurs. Parmi ces décisions figure notamment les « élections » d'administrateurs chargés de la maintenance du site grâce à l'obtention d'outils techniques privilégiés qui leurs permettront par exemple d'empêcher un compte utilisateur ou une adresse IP de modifier les pages du projet, de supprimer certaines page de l'espace visible par les utilisateurs ne bénéficiant pas de leurs droits, de bloquer une page au niveau de son édition comme nous l'avons déjà vu précédemment, etc.

Dans ces élections, le nombre d'éditions des candidats deviendra à nouveau un critère de recevabilité et de reconnaissance au regard de la communauté. Pour exemple, lors de ma candidature aux élections de stewards[N 12] sur le site Méta pour lesquelles toutes la communauté Wikimédia est invitée à voter et s'exprimer[W 214], un votant attendait d'un candidat d'avoir plus 20 000 contributions à mon actif[W 215]. Relever le caractère non fondé de cette remarque me permettra d'établir un ordre de grandeur puisque à l'époque de ma candidature, je devais atteindre un total proche des 22 000 éditions après 9 années d'activités plus ou moins assidues selon les projets. Le nombre d'éditions atteint ainsi une tel importance au yeux de certains utilisateur qu'il en est devenu un sujet d'autodérision au sein du projet Wikipédia francophone où l'on parle d'une grave maladie appelée la « compteurdédite »[W 216] souvent provoquée par une forme d’addiction intitulée « Wikipédiholisme »[W 217].

Mais ce qui porte à rire dans un certain contexte pourra faire l'objet dans d'autres de grandes polémiques comme celle qui secoua le projet Wikipédia francophone dans le courant du mois de novembre 2019. En février 2019, une utilisatrice répondant au pseudonyme de Celette avait lors d'une interview faite sur la plateforme de blog collectif Medium[B 160] déclaré qu'elle était une travailleuse indépendante de 30 ans, détentrice d'un diplôme bac+5 et qu'elle fut candidate au poste d'administratrice de Wikipédia à deux reprises. Cependant neuf mois plus tard, le 22 novembre 2019 et suite à des aveux publiés sur le forum principal de Wikipédia[W 218], la communauté apprendra que ce compte utilisateur était partagé par cinq amis (six au départ, trois filles et deux garçons restants dont un couple), qui au début de leur entreprise utilisaient le même ordinateur et le même appareil photo à tour de rôle.

Ce compte utilisateur était actif depuis juin 2008 et figurait en 8ème place de la liste des contributeurs les plus actifs du Wikipédia en matière de nombre d'éditions. Il bénéficiait donc d'un certain prestige tout en étant aussi très présent et donc très influent dans les discussions et prises de décisions de la communauté. Le compte Celette fut notamment nommé dans une plainte pour harcèlement déposée à la Trust & safety Team de la fondation Wikipédia chargée de la sécurité des utilisateurs[W 219] par l'utilisatrice Idéalités bannie du projet Wikipédia, reconnue comme victime harcèlement[W 220] de la part de plusieurs autres utilisateurs bannis par la suite. Les investigations furent close avant que l'implication de Celette et d'autres utilisateurs dans le harcèlement soit prouvée et le bannissement de l'utilisatrice Idéalités prit fin le premier mars 2020[W 221]. après une période probatoire de parrainage inédite au sein du projet Wikipédia francophone[W 222].

Au final, le partage du compte utilisateur Celette n'était pas une pratique formellement interdite par les règles de Wikipédia[réf. nécessaire][1], mais en raison de l'ancienneté du compte et précisément de son nombre d'éditions, sa révélation provoquera un choc au sein de la communauté et un climat de suspicion probablement sans précédent au cours de ma période d'observation. Le 30 novembre 2019, à l'issue de cette crise et suite à la consultation des administrateurs du projet, le compte Celette sera bloqué indéfiniment et quelque heures plus tard, cette discussion apparu dans le bistro de Wikipédia :

« Suite aux discussions de la semaine passée je me demande s'il ne serait pas judicieux de masquer le compteur d'édition et de supprimer la liste des top x contributeurs. C'est le paramètre qui a donné du poids aux décisions unilatérales celettiennes, mais nous voyons clairement que le nombre n'a rien à voir avec la qualité. L'indicateur ne représente pas ce qu'il laisse supposer - débarrassons nous de son expression publique. --Charlik (discuter) 30 novembre 2019 à 22:57 (CET)


C'est compliqué amha. Le problème n'est pas le compteur d'édit, en tant que tel, mais le prestige associé. Il suffirait qu'à tout argument du genre "Ah mais il a quand même XXX contribs" soit répondu "mon bot aussi." ou "a coup de micro-éditions, Celette faisait ça dans la journée, ça ne veut rien dire". Car 1000 edits de patrouille ne sont pas la même chose que 1000 désébauchage. Je porte plus d'estime à celui qui passe 100 modifs, sur plusieurs semaines, à travailler un article pour un concours ou un label... Portez la bonne parole, l'éditcount ne veut rien dire. Cordialement, --JoKerozen (discuter) 1 décembre 2019 à 01:28 (CET)

À Bruxelles, il y a quelques années, afin de lutter contre la mendicité, le bourgmestre à fait supprimer les bancs publics… Cela n'a pas fonctionné Boulet. — Madel (... le 22 à Asnières ?) 1 décembre 2019 à 09:33 (CET)

Ah ca, « l'expression publique », c'est terrrrible ! mais que fait la police ?? Mort de rire. --JPC des questions ? 1 décembre 2019 à 11:51 (CET)



La "réputation" est plus importante, même dans le cas de Celette(s), que le nombre de contributions pour "donner du poids aux décisions unilatérales", et on ne peut masquer la réputation. --Jean-Christophe BENOIST (discuter) 1 décembre 2019 à 11:57 (CET) »

Le lien entre nombre d'éditions prestige et réputation qui n'était pas partagé par tous les éditeurs de la même manière aura donc certainement été ébranlé durant cette épisode. D'autre part, comme le soulignera l'utilisateur Kropotkine 113 en résumant la situation, le problème du cas Celette résidait aussi dans l'endurance de ce compte qui lui permettait d'épuiser ses contradicteurs, de les pousser à la faute ou au départ par lassitude[W 223]. Cela étant dit, il restera encore à savoir si l'utilisation de cinq comptes de manière concertée n'aurait pas au final été plus efficace en matière d'épuisement des contradicteurs. Une chose est sûr cependant, c'est qu'en matière de gouvernance, ce compte multi-utilisateur aura eu l'effet inverse des comptes multiples, les faux-nez comme disent le wikipédiens[W 224], parfois créé par une seul personne sans toujours être détecté par la communauté dans le but de pouvoir voter plusieurs fois dans les prises de décision.

Au terme de cette section nous venons donc de voir que l'analyse des activités et le manque de transparence au sujet des comptes utilisateurs peuvent apparaitre comme une première limite au processus éditorial Wikipédia de laquelle pourrait découler certaines position d'influence et de pouvoir abusif (celette, faux-nez) ou au contraire la perte de ceux-ci (harcèlement, bannissement).

Maintenant, avoir un compte sous identité propre ou même sous pseudonyme n’empêchera jamais la création et le maintient d'un ou de plusieurs autres comptes anonymes. Mais cette pratique identifier par la communauté Wikipédienne francophone comme l'utilisation d'un faux-nez est cependant réglementée afin d'éviter l'utilisation de plusieurs comptes pour tromper les autres éditeurs sans certaines situation de conflit ou encore pour voter plusieurs fois lors d'une prise de décision ou contourner un blocage de compte utilisateur[W 225]. On parle aussi sur Wikipédia de compte à objet unique (répondant à l'acronyme CAOU dans le jargon Wikipédien)[W 226] lorsque ce dernier est utiliser uniquement lors d'une intervention limitée et uniquement sur un sujet ou une cause unique.

Autre possibilité encore, il est toujours possible aussi d'éditer les projets Wikimédia en prenant le soin de se déconnecter de telle sorte à ne pas être identifié, ni de son vrai nom, ni de son pseudo par les autres utilisateurs. Pour l'avoir fait à une occasion ou l'autre, et souvent même de façon distraite en oubliant de me connecter, j'imagine que la pratique ne doit pas être rare et qu'elle peut permettre de porter rapidement un acte sans que ce dernier soient lié à son compte utilisateur.

Sachons ensuite qu'une personne qui supprimera du texte ou du contenu à un article augmentera son nombre d'éditions d'une unité à chaque intervention.

Les limites du sourçage préférentiel secondaire et tertiaire[modifier | modifier le wikicode]

Vidéo 2.1 Explications au sujet des sources primaires et secondaires destinée au éditeurs francophone de Wikipédia et produite dans le cadre d'un MOOC[B 161].

Cette distinction entre sources primaires et secondaires fera de nouveau écho à mon expérience de terrain. à un autre principe bien connu au sein des projets Wikimédia. Comme présenté précédemment dans la section « Choisir le terme socio-anthropologie et se tenir à l'écart du corporatisme » de ce chapitre, sur l'encyclopédique Wikipédia au contraire du projet Wikiversité, les contributeurs sont invités autant que possible à mobiliser des sources secondaires voir tertiaires dans la rédaction des articles et le moins possible de sources primaires[N 13] (Voir à ce titre la vidéo 1.1 ci-contre). Dans le cas contraire, un travail contenant trop de source primaire, risquerait d'être perçu comme un travail de recherche original dit « travail inédit » en jargon wikimédien et sera candidat soit à une suppression, soit à un transfère vers Wikiversité ou un autre projet Wikimédia plus adéquat. Pour exemple concret, les données issues d'un courrier postal ne sont pas acceptables sur Wikipédia[B 162], alors que ces mêmes données issues d'un article de presse le seront.

Remarquons enfin que le projet Wikipédia s'inscrit dans une rhétorique similaire à celle de Karl Popper lorsqu'elle demande à ses éditeurs de Citez ses sources[W 227] dans une recommandation résumée en ces termes :

« tout contenu, mis en doute ou susceptible d'être mis en doute, doit être étayé par une annotation menant à une ou plusieurs références qui s'appuient sur des sources fiables et clairement identifiées. Cette page explique comment réclamer ou trouver des sources de qualité. »

Il s'agit donc bien de fournir aux lecteurs et contributeurs de l'encyclopédie la possibilité de réfuter les informations reprises dans un article grâce à la possibilité d'un retour à la source. Cette vérification permettra aussi au lecteur de Wikipédia, tout comme au lecteur de cet ouvrage, de découvrir des informations périphériques qui leur apporteront d'éventuels compléments d'informations. De la sorte, les références webographies offrent donc aux lecteurs la possibilité de reconsidérer la sélection des informations et la manière de les structurer.

Inexpertise, vérifiabilité, notoriété, neutralité, conflits d'intérêts, et autres sources de tensions épistémiques au sein de Wikipédia[modifier | modifier le wikicode]

Graphique montrant le nombre d'articles Citizendium depuis le lancement du projet.
Fig. 2.x Graphique montrant le nombre d'articles Citizendium depuis le lancement du projet (Rwxrwxrwx et al., 2016).

Dès son lancement par la firme Bomis en janvier 2001, Wikipédia, l'encyclopédie que chacun peu éditer, s'est rapidement distinguée du projet encyclopédique Nupédia précédemment développér par la firme selon un protocole tout à fait traditionnel avec un comité éditorial aidé par de rares experts bénévoles et supervisé par un rédacteur en chef nommé Larry Sanger. Le projet Wikipédia, qui pourtant avait été lancé plus tard, atteignit rapidement des centaines d'articles alors que Nupédia, en raison sa lenteur procédural, n'aboutira qu'à la production de 24 articles finalisés avant d'être abandonné (Devouard et Paumier, 2009)[B 163].

Évolution dans le temps du nombre d'articles sur en.wikipedia.org
Fig. 2.x Évolution dans le temps du nombre d'articles sur fr.wikipedia.org (HenkvD, 2017).

C'était l'époque de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et des restriction budgétaires qui suivit le Krach boursier. Larry Sanger en perdit son salaire et quitta le projet Nupédia et son poste d'organisateur en chef de Wikipédia. L’encyclopédie libre quant à elle continua son développement nourrie par une communauté de contributeurs dont l'enregistrement sous pseudonyme ne demandera aucune adresse email ni déclaration d'expertise[N 14]. En décembre 2005, ce mode de fonctionnement fit ses preuve suite à une enquête réalisée par la revue Nature. En comparant Wikipédia à la célèbre encyclopédie Britannica, le prestigieux journal scientifique déclarait que : « sur 42 entrées testées, la différence de précision n'était pas particulièrement grande : l'entrée scientifique moyenne dans Wikipédia contenait environ quatre inexactitudes ; Britannica, environ trois. » (Giles, 2005)[B 164][N 15].

En septembre 2006 pourtant, l'ancien employé de Bomis lança à ses propre frais Citizendium, une nouvelle encyclopédie anglophone dans laquelle les contributeurs sont enregistrés sous leur noms réel pour rédiger les articles sous l'égide d'experts. Mais dans le courant de l'année 2010, le nombre d'article produit par Citizendium plafonna au alentours de 25.000 alors que la communauté d'éditeurs ne cessa de diminuer dès 2008 (voir fig. 2.x) alors que la Wikipédia anglophone dépassait les 3 millions d'articles (voir fig. 2.x). Il en résulte que tant au niveau de la qualité que de la productivité, le modèle éditorial Wikipédia faisant l'impasse de l'expertise mettra à rude épreuves les autre modèle encyclopédiques qui finiront tous par décliner[réf. nécessaire]. Son modèle épistémique quant à lui sera sujet à une évolution constante qui suscitera de nombreuses tensions au sein de la communauté d'éditeurs.

Dès 2007 déjà, et non sans une certaine résistance de la part d'une frange de la communauté d'éditeurs, le projet Wikipédia dut se positionner autour de l’émergence d'un lobby en faveur du référencement des informations. Le référencement ou « sourçage des articles » en terme d'actuelles recommandations Wikipédiennes[W 228], fut quelque peu plébiscité par le fondateur de l'encyclopédie, et permit au final « de résoudre les problèmes de confiance épistémique interne (arbitrage des conflits entre contributeurs) et externe (prise en compte d'un impératif de crédibilité) » (Sahut, 2014)[B 8]. Suite à l'aboutissement de cette transformation épistémique « Tout texte présent dans un article Wikipédia doit pouvoir être justifié par une source de qualité »[W 229] et comme le précisait déjà la vidéo 2.1. les sources secondaires et tertiaires seront valorisées par rapport aux sources primaires, ce qui renforcera d'autant plus cette règle selon laquelle Wikipédia n'est pas un lieu de production de travaux de recherche originale, mais bien de compilation d'un savoir déjà existant et déjà publié par des organismes reconnus. Et comme en témoignait un contributeur créateur de plus de 400 articles et auteur de plus de 86 000 modifications[W 230] lors d'une conversation, cette évolution épistémique ne s'est pas faite sans frais au niveau du travail d'édition :

« tout le travail que suppose le sourçage (recherche de sources (pas seulement sur le net), compréhension du contenu et appréciation de sa qualité, évaluation des référent(e)s de compétence associé(e)s, confrontation des sources, synthèse, etc.) n'apparaît pas dans les historiques de WP. Or, ajouter quelques phrases dans un article de WP prend quelques secondes. Les rédiger est l'affaire de plusieurs minutes (voire moins : copié-collé, bricolage de citations, etc.). Les sourcer convenablement peut prendre des heures. Je comprends dès lors que, ne serait-ce que sur le plan quantitatif, l'exigence du sourçage peut paraître exorbitante à certain(e)s bénévoles. --ContributorQ(✍) 2 décembre 2019 à 20:01 (CET) »[W 231]

La pratique et la valorisation du référencement provoquera aussi une inévitable « délégitimé » voir le « rejet du savoir issu de l'expérience personnelle » (Sahut, 2014)[B 8] et donc dans l'absolu, la reproduction du colonialisme épistémique dénoncé depuis le début des subaltern studies qu'au sein du peuple Inuit par exemple qui « n'accordent peu de valeurs aux généralisations [... et où] l'idée d'un savoir vrai visant un objectif particulier n'intéresse personne [... et où le] savoir est très personnel, lié à un nom et enraciné dans la pratique [...] bien que les blancs, eux, ne croient que ce qui est écrit » (Laugrand, à paraitre, p. 164 et 169)[B 35]. Cette fracture épistémique apparaîtra d'autant plus grande, lorsque l'on sait qu'une fois confronté à l'alphabétisation, une personne vivant précédemment dans une complète oralité viendra à se poser cette question : « quelle part de moi-même suis-je forcé de délégitimer quand j’accepte de reconnaître la légitimité de l’écriture ? » (Rougier, 2016)[B 165][N 16].

Le sourçage et la vérifiabilité peuvent parfois aboutir à des situations absurdes dans lesquelles une erreur produite dans une publication notable qui aura trouvé place au sein de l'encyclopédie ne pourra être corrigée que par une nouvelle source notable qui dénoncera spécifiquement cette erreur (Jemielniak, 2014, p.21-22).

Au final, une observation plus systématique des tensions épistémiques internes au projet Wikipédia francophone permet d’aboutir à une typologie de celles-ci que l'on peut articuler autour de quatre régimes épistémiques. Poursuivre... (Carbou, Sahut, 2019)[B 166]

Faux départ, limites et difficultés d'accueil au sein du projet Wikiversité.[modifier | modifier le wikicode]

Le projet Wikiversité, qui se présente lui même dans sa version francophone comme une « communauté pédagogique libre à laquelle chacun peut prendre part »[W 232], pris naissance dans Wikibooks (Wikilivres en français), un autre projet éditorial wikimédia qui se définit quant à lui comme : « La bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer »[W 233]

Dès ses début, en mai 2004, le projet Wikiversité faisait déjà mention d'une recherche collaborative libre (« free collaborative research »[W 234] ). Cependant, l'idée de créer un lieu d'apprentissage et de recherche au sein d'une bibliothèque déclencha, le 12 août 2005, une longue discussion dans laquelle il sera question de supprimer le projet Wikiversité et/ou de transférer son contenu vers le projet Meta-Wiki[W 235] qui pour rappel est « le site communautaire global des projets de la Fondation Wikimédia et du mouvement Wikimédia en général »[W 236].

Par la suite, les discussion se sont donc déplacées sur le site Meta-Wiki où l'idée de faire de Wikiversité un projet indépendant mûrit jusqu'en date du 22 août 2006[W 237] date d'ouverture d'un vote qui devait « recueillir une majorité qualifiée de deux tiers pour être transmise au Conseil d'Administration de la Fondation Wikimedia (CA) en vue du commencement d'une période d'essai »[W 238]. Le 13 novembre 2005, la proposition fut rejetée par les cinq membres du conseil d'administration en demandant au projet d' « exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne et clarifier le concept de plate-forme de elearning »[W 239][N 17].

Près de neuf mois plus tard, en date du 31 juillet 2006 un projet Wikiversité version béta sera finalement accepté par le special projects commitee[W 240] grâce aux amendements fait au projet de départ[B 167]. Un transfert du contenu en provenance de Wikilivres avec l'octroi d'un délais de « six mois, au cours desquels seront élaborées des lignes directrices pour d'autres utilisations potentielles du site, y compris la recherche collaborative »[N 18]. Au final le projet fut ainsi réduit à l'hébergement d'une gamme de matériaux pédagogique et un possible espace de recherche collaborative. Au fil du temps les projets linguistiques pouvant recencer au moins 10 participants actifs au sein du projet beta auront pris leur envole sur des sites Web indépendant. Les activités de recherche y seront les bienvenues et feront même dans le cas de la version francophone l'objet d'un espace de nom dédié suite à une décision communautaire prise le 16 mai 2011[W 241].

Par la suite, dans le courant de mars 2010, suite à un discussion sur le projet anglophone portant sur les éditions d'un auteurs expliquant comment perturber le fonctionnement de Wikipédia, jimmy Wales interviendra de façon autoritaire en supprimant la page en question, bloquant l'auteur et déstituant un administrateur de Wikiversité s'opposant à ses actes. Dans un commentaire le cofondateur de Wikipédia signalera : « Je discute actuellement de la fermeture de Wikiversity avec le conseil d'administration. C'est un résultat peu probable, mais je le mentionne parce que je veux vraiment insister sur le fait que le champ d'application de Wikiversity doit être limité à une ressources éducatives libres »[W 242]

Cette petite histoire rétrospective du projet Wikiveristé fait donc apparaitre un acte manqué au sein du mouvement Wikimédia face au projet visionnaire d'exploiter le savoir-faire Wikimédien au sein d'une Web 2.0 en plein expansion dans le but de développer le prometteur concept « eLearning »[B 168]. Il fallut par la suite attendre 2013 pour que l'Europe s'y intéresse ouvertement [W 243], et 2015 pour que les cours en ligne faits par des organisations sans but lucratif dépassent en nombre d'étudiants, ceux des organismes commerciaux[B 169].

A développer

Méfiance et incompréhension réciproque entre le mouvement Wikimédia et le monde universitaire[modifier | modifier le wikicode]

Illustrations sur le thème de WIkipédia et la science
Fig. 2.x Illustrations sur le thème de WIkipédia et la science (Lamiot G, 2013)Erreur de référence : La balise ouvrante <ref> est mal formée ou a un mauvais nom.

De l'autre côté, au sein des article scientifiques, Wikipédia apparaît tantôt comme un « trouble-fête de l'édition scientifique » qui référencent de plus en plus de productions scientifiques (Barbe, 2010) [B 170], ou comme un « objet scientifique non identifié » pour lequel la posture d’opposition est stérile et risquée (Allagui, Barbe, Beaude et Broudoux, 2015)[B 171], restant toute fois un « objet frontières » dans lequel on identifie facilement certains biais liés aux inégalités de genre, à la culture populaire, aux pressions défendant les intérêts de personnes ou d'organisation, etc. (Gauthier et Sawchuk, 2018).

Cette dernière tension épistémique, il me semble a été en grande partie illustrée dans les précédentes sectiosn de ce chapitre que l'on peut résumé ainsi : (1) corporatisme académique et sentiment de liberté et d'isolement au sein de Wikiversité (section 2) ; terrain d'étude localisé et big data (section 3) ; pacte ethnographique et vérifiabilité (section 5) ; élitisme compétitif soumis au copyright de maisons d'éditions et anonymat collaboratif soumis aux licences libres de publication en ligne (section 6) , rédaction monologique et rédaction dialogique (section 7) vision prospective réflexive et vision à court terme compulsive (section !)

Sources à traiter


Notes

  1. Sur le fond, il est attendu d'un bon article de Wikipédia qu'il soit compréhensible, utile et intéressant aux lecteurs qui n'auraient aucune connaissance préalable du sujet. Il doit aussi adopter une présentation neutre et bien structuré offrant la possibilité de vérifier les informations présentées. Au niveau de la forme, il doit être ni trop long, ni trop court, rédigé dans le style du registre courant et un français irréprochable, avec une traduction des citations en langue étrangère. Il devra ensuite être catégorisé, mis en lien avec les autres articles de l'encyclopédie et sujet à diverses améliorations technique rendue possible grâce au logiciel informatique supportant le projet Wikipédia.
  2. Pour ne pas encombrer cette section, les détails de ce travail sont exposés en annexe de cette ouvrage.
  3. Cette contradiction entre deux chiffres produit par l'outil statistique Wikimédia illustre bien que les données sont très aproximative et qu'elles peuvent varier d'une analyse à l'autre portant pourtant sur un situation identique à d
  4. Il est entendu ici comme pages organisationnelles du projets celles qui sont dédiées aux gestions techniques, à l'aide au utilisateur, à la catégorisation des articles, à la réglementation, aux portails et projets maintenus par des groupes d'éditeurs rassemblés autour de thématiques distinctes, à toutes discussions pouvant voir le jour au sein du projet, etc.
  5. À chaque modification d'une page sur les sites maintenu par le mouvement Wikimédia et supporté par le logiciel MediaWiki, il est possible de justifier son action en laissant un résumé destiné à informer succinctement les autres utilisateurs de ce qui vient d'être fait.
  6. Avant la naissance de l'expression « Mouvement Wikimédia », le terme Wikimédia désignait principalement le nom de marque de la Wikimedia Foundation. Aujourd'hui Wikimédia est considéré par certain comme un raccourci synonyme de l'expression « mouvement Wikimédia ».
  7. Les utilisateurs autoconfirmés sont ceux qui bénéficie d'un compte créé depuis au moins quatre jours.
  8. Lorsqu'une modification est fait par un utilisateur non connecté à un compte utilisateur, c'est alors l'adresse IP de sa connexion internet qui prend la place du nom d'utilisateur dans l'historique des pages wikipédia où l'on voit apparaitre avec de nombreux hyperline, la liste de toute les versions antérieures de l'article.
  9. Le comité d'arbitrage est un groupe d'utilisateurs élus par la communauté pour trancher les cas de litige entre utilisateurs en conflit. À l'issue des débats, les arbitres peuvent notamment ordonner aux administrateurs du site un blocage en écriture d'un utilisateur. Les administrateurs constituent un autre groupe d'utilisateurs élus par la communauté qui disposent à eux seuls d'outils de blocage, de protection, de suppression, et autres, spécifiques à la maintenance du site.
  10. Sur les sites maintenus par le mouvement Wikimédia et supportés par le logiciel MediaWiki, il est possible de discuter du contenu d'une page éditoriale dans une page de discussion qui lui est dédiée.
  11. La discussion suivante sur la page en question concernera la pertinence de mettre l'accent sur le mot Wikimédia en fonction de son contexte grammatical.
  12. Les Stewards sont des utilisateurs disposant d'un accès complet aux outils administrateurs et de tout autres outils techniques du logiciel MediWiki disponibles via l'interface web utilisateur sur l'ensemble des projets éditoriaux du mouvement wikimédia.
  13. La question des sources à une telle importance pour la communauté wikipédienne qu'elle en fait l'objet d'une page d'aide spécifique dans laquelle figure une vidéos explicative tirée d'un WikiMOOC dispensé sur plateforme FUN-MOOC.
  14. Un historique plus complet du mouvement Wikimédia sera abordé dans le prochain chapitre de cette ouvrage.
  15. Texte originale en anglais : « Wikipedia contained around four inaccuracies; Britannica, about three ».
  16. Nous reparlerons de ce sujet plus en détailles dans une section du chapitre IV consacrée à l'avenir des cultures orales au sein du mouvement Wikimédia.
  17. En anglais dans le texte original : « exclude credentials, exclude online-courses and clarify the concept of elearning platform »
  18. En anglais dans le texte original : « six months, during which guidelines for further potential uses of the site, including collaborative research, will be be developed ». Plus d'information sur l'historique de la naissance du projet Wikiversité peuvent être trouvées sur les pages https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=No_to_Wikiversity&oldid=5436519 et https://en.wikiversity.org/w/index.php?title=User:JWSchmidt/history&oldid=602770.
  1. Wikipédia:Nom d'utilisateur#Spécificités d'un compte

Volontariat serviable ou servitude volontaire ?[modifier | modifier le wikicode]

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La servitude volontaire, 500 ans déjà[modifier | modifier le wikicode]

Ressources

  • Discours de la servitude volontaire (de la Boétie, 1574)[B 172] - Texte audio[B 173]
  • L’Énigme de la "servitude volontaire" (Lablénie, 1930)[B 174]
  • La servitude volontaire (Testar, 2004)[B 175]
  • La question du consentement au travail : de la servitude volontaire à l'implication contrainte (Durant, Le floch, 2006)[B 176]
  • De la servitude moderne (Brient, 2007 )[B 177] - Vidéo[B 178]
  • La servitude volontaire aujourd'hui : esclavages et modernité (Chaignot, 2012)[B 179]
  • La chaîne invisible : travailler aujourd'hui, flux tendu et servitude volontaire (Durant, 2012)[B 180]
  • Penser "la servitude volontaire": une anthropologie de notre présent, Gérard Althabe (Traimond, 2012)[B 181]
  • Du refus de la servitude volontaire (Bernard, 2015)[B 182]
  • La nouvelle servitude volontaire : enquête sur le projet politique de la Slicon valley (Vion-Dury, 2016)[B 183]
  • Principe de Pareto loi des 80-20

Dons et contre-dons au sein du mouvement Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

(Mauss, 2007, p.241)[B 184].

Vidéo 4.1 Clip de Jimmy Wales dans le cadre de la campagne de récolte de fond de 2007.

La question du don placée dans le contexte du mouvement Wikimédia illustre bien cette idée de fait social total. Elle dépasse largement le cadre d'une manifestation individuel, rappelons à ce propos que les projets éditoriaux Wikimédia qui représentent des dons en soi puisqu'il sont gratuit d'accès et sans publicité, font le bonheur de plus de X visiteur par jour[réf. nécessaire], qu'il sont produit par plus de X bénévoles faisant don de leur temps et compétences[réf. nécessaire] et que ces tous ces projets sont propriété de la fondation Wikimédia qui se voit financée par une campagne de don monétaire dont la dernière en date a récolté plus de 100 millions de dollars en provenance de x donateurs à hauteur moyenne de 15 €[réf. nécessaire]. Dans cette perspective, la question du don au sein du mouvement wikimédia apparaît donc effectivement comme un phénomène d'ampleur planétaire, touchant probablement au niveau des bénéficiaires une énorme partie de l'humanité connectée.

Le don dans le mouvement Wikimédia apparaît aussi dans une dimension totale et même planétaire. Pour cerner la question du don au sein du mouvement Wikimédia, il faut en effet s'intéresser à de nombreuses institutions internationales :

La première est bien sûr la fondation Wikimédia dont on ne reparlera pas ici. Mais qui rappelons le a vu le jour suite à la pression des volontaire travaillant sur le projet Wikipédia et désireux de maintenir ce projet au sein de ce que l'économie du don[réf. nécessaire].

La deuxième est du domaine informatique. C'est le Word Wide Web, un consortium international répondant au sigle W3C. Réputé organisme à but non lucratif - nous restons donc toujours dans le paradigme du don - le W3C à pour devise : « Un seul web partout et pour tous »[W 244]. Cette devise dévoilera aux yeux inconscients de la plupart de ses utilisateurs que le Web aussi est un don. Il semble tout naturel en effet que cette outils de partage d'informations reposant sur l'architecture Internet soit gratuit alors que pourtant, il aurait très bien pu devenir payant en faisant l'objet par exemple, d'un nouveau hold-up planétaire (Di Cosmo et al., 1998)[B 185] orchestré par la firme Microsoft.

Sans la présence d'esprit de François Flückiger, qui assumait la responsabilité du logiciel pionnier WorlWideWeb[N 1] au sein du CERN (Gille et Caillau, 2007, p.283 )[B 186] suite au départ de son créateur Tim Berners-Lee, ce logiciel déposé dans le domaine public par Robert Cailliau le 30 avril 1993, aurait en effet très bien pu être « embrasser » par la firme américaine pour réponde à ses « besoin de normes » (Jardon, 2019, p.154)[B 187]. Afin d'éviter ce drame, en octobre 1994 François Flûckiger se rendra à l'Institut fédéral de la propriété intellectuelle suisse pour retirer du domaine public le code du premier logiciel Web et le placer sous licence open source (id., p.156)[B 187] de telle sorte à ce que la clause copyleft de la licence empêche toute récupération et mise sous copyright suite à la moindre transformation.

Cette petite incursion dans le domaine juridique, nous dirige vers une troisième institution mondial qu'est la licence libre et qui a comme ambassadeur une nouvelle organisation internationale et non lucrative appelée Creative Commons dont le but est de permettre « le partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits »[W 245].

Comme quatrième institution figurera la science et la connaissance au sens large dont il a déjà été question dans un chapitre précédent.

Le cinquième institution humaine sera en toute logique l'économie qui prend de plus en plus le pas sur la politique autre institution humaine intemporel et incontournable. Ces deux aspects seront discuter plus en profondeur dans le chapitre Wikimédia, une exception dans l'hypercentralisation du web.

A poursuivre avec sources suivantes


En 2011 déjà dans une interview de Nathaniel Tkacz[1], Edgar Enyedy raconte que « 

« Wales always replied that a foundation was very difficult to set up. I told him it was an easy deal: you are contributing to the project with the servers, we are giving our time and effort in an altruistic way, but no one is going to make money from the project unless it is proven that the money goes to people who really need it – and that doesn’t include staff members.

When I asked Wales through private emails to set up something – to set up the Basque Wikipedia, for example – he always replied: ‘I’m not a wealthy man’. I heard that many times. A couple of years back he said in an interview ‘I don’t care about money’[1]. When I think about this position and those exchanges, it makes me laugh. Wikipedia has created a large foundation of wage earners, and each year he has to ask for ever-increasing amounts of money. This is what I didn’t want to happen: a large, money-centred organisation made possible by the free work of the community. »

resources

De l'importance du copyleft dans le paradigme du don[modifier | modifier le wikicode]

Polémique apparue dans le monde des hackers et du mouvement du logiciel libre ayant opposé les partisans du concept de logiciel libre à ceux du concept de logiciel open source.

D'un côté, il y avait les adepte de Richard Stalleman, le créateur de la première licence libre à laquelle succédera tant d'autres popularisées aujourd'hui par l'association creative commons (voir schéma illustratif ci-contre), fervent défenseur du copyleft[N 2] et des quatre libertés fondamentales[W 246][N 3] que se dernier protège. De l'autre côté, se situait les partisants d'Éric Raymond auteur de La Cathédrale et le Bazar[B 188] qui mobilisera et popularisera le terme open source dans le but de mettre de côté les enjeux éthiques et politiques liés aux licences libres afin de se concentrer principalement sur l'accès en lecture au code source des logiciels informatiques. A l'issue de ce conflit idéologique, naîtra finalement l'expression anglaise inclusive de « Free/Libre Open Source Software » abrégé FLOSS reprise comme tel en langue française.

Le copyleft, c'est la garantie qu'un travail produit au bénéfice de la communauté ne soit pas récupéré par un acteurs pour en faire un produit dérivé non libre et non ouvert dans le but par exemple d'en assurer le monopole d'une utilisation commerciale. Au sein des licence libre le copyleft se manifeste au niveau de la condition « share alike » (CC.SA) traduite en français par « partage dans les même conditions ». Concrètement, cette condition s'exprime en ces termes :

Dans le cas où vous effectuez un remix, que vous transformez, ou créez à partir du matériel composant l'Oeuvre originale, vous devez diffuser l'Oeuvre modifiée dans les même conditions, c'est à dire avec la même licence avec laquelle l'Oeuvre originale a été diffusée.[B 189]

Dans le cadre d'un travail volontaire au service de la communauté, cette condition apparaît donc comme un élément crucial. Elle permettra par exemple dans le cadre du mouvement Wikimédia d'assurer que les services rendus à la communauté soient porteurs de nouveaux services librement accessibles à cette même communauté. Prenons un exemple :

Si la communauté Wikimédienne produit du contenu informationnel sous condition share alike, la description d'une photographie par exemple, aucune entreprise par la suite ne pourra au départ de ce travail bénévole produire un moteur de recherche d'image sous copyright fonctionnant grâce à un code informatique non ouvert et dans le but de répondre à aux intérêts propres et limités d'investisseurs financiers. Ce cas de figure me semble tout à fait possible à partir du moment ou la condition share alike disparait dans le cas de l'adoption par exemple d'un licence moins restrictive tel que la CC.0 qui s'apparente au domaine public.

Sources à consulter

Volontariat serviable ou servitude volontaire ?[modifier | modifier le wikicode]

« Welcome, new slaves! » (Jemielniak, 2014, p.46)

Motivation, occuper son temps, une ligne sur le cv, valorisation sociabilisation...

Daniel Dumont : comment atteindre le revenu de base en renforcant la sécurité socialeEdwine doctorat sur perception du volontariat, consulter sa thèse

Idées

L'expérience Wikipédia nous oblige à reprendre le débat sur le don au sein des sciences sociales et plus particulièrement au sujet de qu'il est convenu d'appeler le « don pur » selon la formule de Malinowski ou « don aux inconnus » selon la formule de Godbout.

Une chute dans la croissance de nouveaux contributeurs s'est clairement manifestée en 2007. Elle s'explique par plusieurs hypothèses :

  • l'établissement de règle par une communauté de départ qui repousse les nouveaux arrivants.
  • la difficulté de contribuer en raison d'article de plus en plus complets et exhaustif.
  • la migration de l'utilisateur Internet de l'ordinateur vers le smart-phone.

Il existe une quatrième piste qui n'est pas encore exploitée :

  • le démarrage de campagne de récolte de dons : la gratitude des utilisateurs de l'encyclopédie (contre don) anciennement présente au travers de la participation à l'édition est remplacée par le don d'argent plus propice au développement de la fondation qu'au développement de l'encyclopédie.

Source à traiter


Notes

  1. Il ne faut pas confondre le Worl Wide Web qui désigne aujourd'hui un espace numérique avec le WorlWideWeb qui désigne le premier éditeur HTML et donc navigateur web.
  2. Le copyleft est un jeux de mot anglophone illustrant l'une des clauses des licences libre destinée à protéger un travail d'une réappropriation placée sous copyright. Plus précisément, cette clause interdit de placer un travail issu de la transformation d'un travail préexistant placé sous copyleft, sous une autre licence que le travail préexistant. La question du copyleft sera abordée plus en profondeur sous le titre : « Servitude volontaire ou volontariat serviable ? »
  3. Ces quatre libertés sont : « la liberté de faire fonctionner le programme comme vous voulez, pour n'importe quel usage (liberté 0) ; la liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier pour qu'il effectue vos tâches informatiques comme vous le souhaitez (liberté 1) ; l'accès au code source est une condition nécessaire ; la liberté de redistribuer des copies, donc d'aider les autres (liberté 2) ; la liberté de distribuer aux autres des copies de vos versions modifiées (liberté 3) ; en faisant cela, vous donnez à toute la communauté une possibilité de profiter de vos changements ; l'accès au code source est une condition nécessaire. »
  1. « CPOV | ‘Good luck with your WikiPAIDia’: Reflections on the 2002 Fork of the Spanish Wikipedia », sur networkcultures.org (consulté le 23 décembre 2019)

Wikimédia, une exception dans l'hypercentralisation du Web ?[modifier | modifier le wikicode]

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Les enjeux de l'hypercentralisation du Web[modifier | modifier le wikicode]

L'hypercentralisation du World Wide Web, dénoncé par son inventeur de 2014[B 191] à 2018[B 192], semble rester l'un des enjeux majeurs dans la gestion de l'Internet. Si l'on s'en tient à une traduction littérale de l'anglais, le Web représente un vaste réseau mondial qu'il ne faut pas confondre avec l'Internet. Le mot Internet désigne l'aspect physique du réseau composé de produits informatiques interconnectés à l'aide de protocoles divers : ordinateurs, téléphones, moyens de transport, installations électriques, bracelet électroniques, sex toys, etc. D'où est tirée d'ailleurs l'expression d'Internet des objets.

En dehors des points d'échanges, sortes de nœuds au sein du réseau rationalisant la circulation des informations entre les fournisseurs d'accès, il est donc quelque part absurde de parler de centralisation lorsque l'on parle de l'Internet alors que la question d'hypercentralisation s'applique parfaitement au niveau du Web où l'on voit apparaître toute une série d'acteurs économiques qui gèrent de façon monopolistique toute une série d'applications.

Statistiques d'utilisation des navigateurs Web de 2009 à 2017.

Pour expliquer les choses simplement et sans entrer dans les détails[N 1], l'espace Web, inventée par Tim Berners-Lee plusieurs années après la création de l'Internet, pourrait se résumer à tout ce qui est accessible au départ d'un navigateur Web pouvant être installé sur un ordinateur, un smartphone, une tablette, une montre, etc. Plus concrètement, le Web se compose d'un ensemble de pages au contenu audiovisuel qui la plupart du temps propose des liens hypertextes pointant vers d'autres pages de même type. Surfer sur la Toile, c'est donc passer d'une page à l'autre en cliquant sur ces liens.

Pour comprendre à présent le phénomène d'hypercentralisation du Web, il faut observer comment s'est développé le marché économique et politique dans cet espace. L'espace Web est actuellement dominé par ce que l'on appelle les géants du Web. Parmi ceux-ci figure du poles. L'un du coté américain, avec cinq firmes réunies sous l'acronyme GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) ayant toutes leur siège social en Californie dans la Silicone Valley, à l’exception de Microsoft et Amazon situées dans l'état de Washington, l'autre du côté chinois avec quatre firmes réunies sou l'acronyme BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaom). Parmi les firmes américaine, la plus connue est sans doute la plate-forme de réseau social Facebook. Celle-ci revendiquait en juin 2017 plus de deux milliards d'utilisateurs[B 193], soit plus d'un quart de la population mondiale. Son directeur général est son jeune fondateur de 34 ans devenu cinquième homme le plus riche au monde en moins de 15 ans.

Le succès de Facebook semble en partie lié au concept de technologie de rupture qui fut établi au départ d'une analyse pionnière menée par Clayton M. Christensen, dans son ouvrage intitulé The innovator's Dilemma[B 194]. Ce concept, aussi adopté par Google[B 195], propose l'innovation comme leitmotiv dans la lutte pour l'acquisition de parts de marché. À ce principe d'innovation s'ajouteront d'autres effets favorables tels qu'une communauté de départ valorisante issue du milieu universitaire, une couverture médiatique croissante et finalement un effet de réseau irréversible qui se produit lorsqu'une communauté d'utilisateurs dépassant de loin celle des autres communautés similaires et attire donc vers elle les membres des autres communautés pour des raison évidentes d'efficacité de rencontre[B 196].

Quant aux bénéfices financiers, il faut comprendre que ce que vendent les géants du Net est, d'une part, un droit à la publicité au sein de leurs site Web et, d'autre part, un accès à un ensemble de données fournies par leurs utilisateurs devenant, sans le savoir, les réels producteurs du travail numérique (digital labour) vendu par ces entreprises, les. Appelées « le nouvel or noir »[B 197], toutes les données et méta-données informatiques produites par les utilisateurs (identités, coordonnées, comportements sociaux, réseaux d'amitiés, etc) sont d'une très grande valeur étant donné qu'elle peuvent être directement traitées par des ordinateurs pour établir des analyses statistiques rapides – parfois en temps réel – au départ d'une quantité colossale de données que certain appelleront Big Data. Réalisées à l'aide d'algorithmes divers, ces analyses offrent des indications précises pour la mise en place d'un marketing particulièrement ciblé ou pour établir des stratégies de communication extrêmement efficaces et pouvant être paramétrées à une dimension planétaire. Il en résulte que ce marché est extrêmement prisé par les personnes et sociétés les plus riches de la planète, soucieuses de poursuivre efficacement leurs buts lucratifs ou d'accumulation de pouvoir politique.

Signature de la loi USA PATRIOT Act par le président George W. Bush.

Toutes situés au États-Unis, ces sociétés monopolistiques sont aussi soumises à des pressions politiques, juridiques voire financières en provenance de l'État ou d'organismes étatiques. Par exemple, la loi USA PATRIOT Act votée le 26 octobre 2011 à la suite des attentats du 11 septembre 2001, permet aux autorités américaines d'accéder aux données informatiques détenues par les particuliers et les entreprises, sans autorisation préalable et sans en informer les utilisateurs[B 198].

Au final, l'accaparement de l'espace Web par un nombre restreint d'acteurs commerciaux basés aux États-Unis posera donc les problème suivants :

  • un renforcement de l'influence des plus riches (personnes ou sociétés) sur le reste du monde ;
  • une concentration des capitaux et d'actions dans un seul état du monde ;
  • le renforcement d'une puissance étatique en matière de contrôle des activités humaines.

Gardons enfin à l'esprit, mais sans entrer dans les détails pour ne pas nous éloigner du sujet qui nous intéresse, qu'au niveau de l'informatique le phénomène d'hypercentralisation n'est pas propre au Web. En effet, la société Microsoft, déjà accusée en 1998 de hold-up planétaire[B 199] au travers l'établissement d'un monopole, reste en janvier 2018 propriétaire du système d'exploitation appelé Windows installé sur plus de 80% des ordinateurs de bureaux[B 200].

Au final, donc, la question d'hypercentralisation liée au développement de l'informatique et des nouvelles technologies de communication peut aller au delà de l'intérêt que l'on porte aux GAFAM. Le projet d'encyclopédie libre en ligne Wikipédia par exemple, bien qu'il ne réponde pas à un but lucratif institué, se situe en cinquième place au niveau de la fréquentation du Web et bénéficiant de près de 70% du trafic en provenance des moteurs de recherche[W 247]. À ce titre, ce projet peut légitimement être repris parmi la liste des géants du Web qui ont réussi à établir un certain monopole sur le réseau. Bien sûr, au niveau des enjeux économiques et politiques, Wikipédia ne doit pas être comparé aux GAFAM. Gardons bien à l'esprit qu'il est issu d'un travail bénévole et que de ce projet ne découle aucune vente d'espace publicitaire ou de données produites par ses utilisateurs. Cependant, il n'en reste pas moins vrai que ce monopole est source de revenus financiers provenant d'un ensemble de dons s'élevant à un montant 100 000 000 de dollars américains lors de la dernière récolte 2017-2018[W 248]. Il est vrai aussi que cette somme d'argent est gérée au niveau d'un ensemble d'acteurs limités gravitant autour de la fondation Wikimédia et que cela peut poser question. Il est tout aussi vrai qu'au delà de l'aspect financier on peut dénoncer au sein de l'encyclopédie, bien qu'elle soit éditée de façon bénévole par un nombre d'acteurs important, une certaine centralisation culturelle liée aux origines ethniques de ses nombreux contributeurs et contributrices.

L'une des fins d'Internet[B 201]

Wikipédia soleil d'ombre de la galaxie Wikimédia et[modifier | modifier le wikicode]

Considération historique[modifier | modifier le wikicode]

Avant la création de la Wikimedia Foundation, le projet encyclopédique a bien risqué de devenir une entreprise commecial comparable au autre GAFAM. Edgar Enyedy, l'un des organisateur du fork espagnol écrivait en effet suite à cette épisode dans une lettre traduite sur l'une des page de Wikipédia traduite le 5 octobre 2002 qu'il n'a jamais eu de mal entendu sur ce sujet et qu'il pouvait apporter les preuves au départ « de textes du wikipedia anglo-saxon et de nombreux courriers privés »[W 249].

Près de 10 ans plus tard en 2011 dans une interview de Nathaniel Tkacz, Edgar Enyedy partage l'avis que « Wikipedia has led us to a verbatim information Internet. There used to be a lot of different sources, but nowadays the info you get is carbon copy all over the net. There aren’t enough filters. A lot of pages are just circulating Wikipedia texts, including its rights and wrongs, but without its disclaimers. »[W 250]

Centralisation possible des contributions sur fr.wikipedia

Graphique de répartition des 10 premiers utilisateurs en fonction de la taille du texte ajouté à l'article « Église catholique » sur fr.wikipedia

Une analyse statistique étayée par une observation ethnographique révèle que les articles traitant de la religion catholique sont édités, surveillés et protégés par un nombres restreint d'utilisateurs membres ou présupposés membres de la communauté. Il en ressort ainsi un fait marquant, c'est qu'en date du 5 février 2018, l'article intitulé « Histoire de l'Église catholique »[W 251] n'apporte aucune information ni liens sur la question des abus sexuels au sein de cette église. [W 252].

Graphique de répartition des 10 premiers utilisateurs en fonction de la taille du texte ajouté à l'article « Histoire de l'église catholique » sur fr.wikipedia.

Une analyse statistique accessible en ligne[W 253] de la page Église catholique faite par le laboratoire Wikimedia Toolforge illustre au travers d'un ensemble de diagrammes que près de la moitié du texte de l'article a été ajoutée par un utilisateur, près des trois quarts par deux utilisateurs et plus de 85% par trois utilisateurs. Une autre page d'analyse statistique[W 254] nous informe que, au niveau de l'article « Histoire de l'Église catholique », 87,4% du texte a été ajouté par un seul utilisateur.

« 5 % environ des contributeurs sont à l'origine de 90 % du contenu » et « la genèse de la plupart des articles de l'encyclopédie en ligne est donc due à quelques centaines de Wikipédiens » (Barbe, 2006, 2010)[B 202].

Principe de neutralité de point de vue

Il semblerait toutefois que « l’aspiration à un processus de rédaction convivial et serein soit mise de facto au-dessus de l’examen critique de la présentation pluraliste des points de vue. »[B 203]

Faire référence à l'article Krisna, eglise catholique. pédagogie Steiner dans différente langue.


Source à traiter

Le Thé — Wikipédia

Qu'est-ce que Wikipédia ? Par Wikimédia - YouTube

Wikipedia:Hat collecting - Wikipedia

Celette

You can now use Google Translate to translate articles on Wikipedia – Wikimedia Foundation

Google and Wikimedia Foundation partner to increase knowledge equity online – Wikimedia Foundation
Expanding knowledge access with the Wikimedia Foundation

How much of your history does Wikipedia track? | The Daily Dot

Wikimédia, ONG ?[modifier | modifier le wikicode]

Dérive de la mission[modifier | modifier le wikicode]

Quel destin pour la culture orale dans le mouvement Wikimédia et l'espace Web ?[modifier | modifier le wikicode]

L'épisode Wikipédia Zéro[modifier | modifier le wikicode]


Idées et documentation à parcourir

Info depuis le formulaire d'inscription conf berlin :

  • Asia Meet-up, CEE Meeting IberoCoop India Conference WikiArabia WikiCon Francophone WikiIndaba Wikimedia Conference North America WikiWomen’s Camp.
  • Sharing best practices (e.g., leading Lightning Talk sessions, facilitating Creative Problem Solving sessions or “Fail fest”)
  • Teaching basics of conflict mediation
  • Anti-harassment tools and protecting Friendly Space
  • Project planning & support (facilitating the pilot project workshop, teaching grant proposal best practices)
  • Measuring and evaluating impact (leading a logic model session, tools demonstrations or rotation)
  • Communications skills (facilitation, presentation, teaching the ABCDs of storytelling)
  • Designing Wikimedia programs and events (e.g., facilitating the Making It Count workshop, sharing program toolkits, designing workshops, teaching others to lead successful events)

Notes

  1. Une compréhension plus juste et plus fine du réseau est possible mais dépasserait l'exercice de ce travail. Pour les lecteurs désireux d'en savoir plus, je leur conseille la lecture de l'article Web des objets sur Wikipédia.


Imaginer un monde[modifier | modifier le wikicode]

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L'imaginaire fécond et imaginaire néfaste au sein des hommes[modifier | modifier le wikicode]

La complexité du monde ne réside pas dans les processus basiques relativement simples quand on les obtiens par décomposition des processus plus globaux mais bien les combinaisons parfois extrême de ceux-ci. Cette complexité est étroitement liée aux capacités de l'esprit humain limité dans le traitement d'information et de processus de façon simultanée. La mémoire à court terme, sorte de mémoire vive du cerveaux humain est en effet limitée et oblige ce dernier à appréhender les choses de manière simplifiée et structurées pour les rendre intelligible. L'opposition, la bipolarisation, la catégorisation, la classification, la taxonomie, etc. sont autant d'artifices inventés par l'homme pour lui faciliter la compréhension d'un monde qu'un se voit incapable appréhender en un tout mais seulement partiellement sous forme de représentations imaginaires.

Ces imaginaires vienne donc à la rescousse de la complexité ou à l'absence de réponse et ils peuvent être à mon sens plus ou moins féconds, ou plus ou moins néfastes. Croire en une hiérarchie statutaire et morale entre les êtres humain m’apparaît par exemple comme un imaginaire néfaste dont l'une des expressions les plus dramatique dans l’historie de l'humanité fut certainement la foi en l'eugénisme et la croyance en une « race supérieur et des races inférieurs d'êtres humain » pouvant dans le pire des cas justifier des actes ou projets génocidaires. Imaginer par contre, comme le fait le mouvement Wikimédia, un monde dans lequel chaque être humain peut librement partager et contribuer à la somme de tous les savoirs[P 1][C 1], m'apparaît être un imaginaire fécond susceptible de mobiliser l'énergie humaine dans la construction d'un monde meilleurs pour tous.

S'inscrire dans une démarche prospective[modifier | modifier le wikicode]

L'expression écrite « anthropologie prospective » semble être apparue pour la première fois en 1888 dans un cours de George Vacher de Lapouge[B 206], mais le concept à proprement parlé d'« anthropologie prospective » fut créés par Gaston Berger[B 207]. « Dès 1955, il trace les contours d'une méthode nouvelle [la prospective] qui réconcilie savoir et pouvoir, finalités et moyens, en donnant à l'homme politique la possibilité de transformer sa vision de l'avenir en actions, ses rêves en projets. » (Durance, 2008, p.13)[B 208]. Au sein d'une humanité encore inconsciente d'un réchauffement climatique naissant, Gaston Berger observait déjà une dangereuse accélération :

« L'homme est devenu capable d'actes irréversibles (Berger, 1960a)[B 209]. Par ailleurs, cette accélération n'affecte pas tout, ni tout le monde, de la même façon ; des " décalages ", des tensions, apparaissent un peu partout, qui renforcent encore ce sentiment de transformation du monde[B 210]. » (Id.).

Définie par son auteur comme science de « l'homme à venir »[B 211] [B 212], l'anthropologie prospective aura donc pour objet d' « élaborer de nouvelles formes d'études prospectives, qui auraient comme sujet les différentes situations dans lesquelles l'homme pourrait se trouver dans l'avenir [...] Ces études devront s'attacher à dégager les structures profondes des phénomènes, puis faire jouer l'imagination pour esquisser les premier schémas des situation à venir » (Id.). Dans l'esprit de Gaston Berger, « Cette " mission " devra être confiée à des spécialistes de divers horizons (psychologie, sociologie, économiste, pédagogue, ingénieurs, médecin, statisticien, démographe, etc.). » (Id.).

Afin de rassembler toutes ces disciplines un « Centre International de la prospective » fut créé en mai 1957, trois ans avant le décès de Gaston Berger qui en fut le premier président[B 213]. D'autre centres naîtront ensuite sous la même impulsion, tel que le Centre d'études prospectives (Association Gaston-Berger)[B 214] ou encore le le centre d'anthropologie prospective de Rouen qui produira en 1973, une première et dernière publication[W 255] contenant les actes d'un premier colloque axé sur le thème « La psychanalyse d'aujourd'hui »[B 215] dans lesquels l'anthropologie prospective restera présenté comme un « projet d'unification et de synthèse » (Clancier, 1974, p.15)[B 216]. Pour la suite, Gaston Berger restera cité dans la littérature mais de moins en moins durant les vingt ans qui suivront son décès[W 256]. Le concept de « prospective » aura cependant marqué les esprits et lancé une mouvance qui se concrétisera notamment par la naissance club de Rome connu pour son rapport sur Les limites à la croissance (Meadows, 1972)[B 217], et ses préoccupation concernant une crise planétaire naissante.

Quant à l'anthropologie prospective, on n'en parlait déjà plus en 1979 dans un titre de la collection Que sais-je pourtant intitulé « La prospective »[B 218]. Cependant, le concept réapparu soudainement en 2001, dans le titre de la revue Recherche Scociologique de l'Université Catholique de Louvain. Sous la direction de Mike Singleton [B 219], cette revue marquera les débuts d'un laboratoire d'anthropologie prospective (LAAP) dont je suis actuellement membre actif et quelque part héritier. L'anthropologie prospective, venait donc d'être réinventée quarante-cinq ans plus tard et de façon « inédite » (ibid., p.3), comme le croyaient ses nouveaux fondateurs, ignorant à l'époque l’existence des travaux de Gaston Berger tombés dans l'oubli au cours des années 70. Un fait quelque peu amusant, puisqu'il s'agissait pour ces créateurs d'un acte de « réincarnation » (ibid., p.2), non pas de l'anthropologie de Gaston Berger, mais bien d'une anthropologie dont « on prédisait sa mort imminente »[B 220].

En faisant renaître l'anthropologie prospective, les créateurs de ce laboratoire ont aussi opté pour une transdisciplinarité (ibid., p.4), et non plus un projet interdisciplinaire telle qu'elle avait été conçue par Gaston Berger lorsqu'il rassembla au sein de son projet différentes disciplines scientifiques. A contrario, la stratégie du laboratoire d'anthropologie fut de rassembler au sein d'une anthropologie comme unique discipline, des personnes originaires d'horizons scientifiques différents (droit, agronomie, histoire, économie, communication, astrophysique, etc.). Une deuxième stratégie consista ensuite à retrancher le fait anthropologique derrière un « fait d'anthropologues » (ibid., p.3) ou autrement dit, d'accorder plus d'importance et de reconnaissance aux travaux singuliers d'anthropologues qu'à l'anthropologie elle-même qui n'est dès lors plus perçue comme une pratique monolithique mais comme une posture commune.

Tant pour le LAAP[B 221] que pour le centre de Gaston Berger[B 222], faire de l'anthropologie prospective, c'est aussi adopter une posture à la fois réflexive et engagée. J'assumerai pour ma part le côté réflexif en adoptant par moment un style d'écriture auto-ethnographique[B 223], qui permettra aux lecteurs de se situer par rapport à mon vécu au sein du mouvement Wikimédia et donc aussi par rapport aux biais d’interprétation que ce vécu pourrait engendrer. Au niveau de l'engagement, il sera aussi très présent dans mon style d'écriture autant qu'il a été lors de mon observation participante où je n'ai pas hésité à me présenter à plusieurs reprise comme candidat dans divers conseil d'administration. Au niveau du style d'écriture, j'utiliserai donc la première personne du singulier pour exprimer mes propres propos et le discours direct pour les paroles prononcée par les acteurs.

Selon Mike Singleton enfin, « on ne fait pas de l'anthropologie prospective pour satisfaire sa curiosité théorique [...] mais pour activer l'énergie humaine »[B 224]. Je suivrai donc aussi ce dernier enseignement en me remémorant la lecture d'une ethnographie de Wikipédia dans laquelle la dernière citation reportait le fait que : « le problème avec Wikipédia, c'est que cela fonctionne seulement en pratique, en théorie cela ne fonctionne pas »[B 225] [N 1]. Pour mieux cerner ce paradoxe qui pourrait s'appliquer in fine à l'ensemble du mouvement Wikimédia, et pas seulement à son projet Wikipédia, passons à présent à une approche ethnographique plus approfondie de notre sujet d'étude.

Un monde public transparent, une vie privée secrète[modifier | modifier le wikicode]

À venir...

La Wikigouvernance comme premier exemple de démocratie universelle[modifier | modifier le wikicode]

À venir...

Donner et redonner pour donner sens à l'humanité[modifier | modifier le wikicode]

À venir...


Notes

  1. Texte original : The problem with Wikipedia is that it only works in practice. In theory, it can never work.
  1. « Wikimedia Foundation Vision », sur Wikimedia Foundation, (consulté le 15 mai 2019)
  1. Traduit par moi depuis : Imagine a world in which every single human being can freely share in the sum of all knowledge.


Annexes[modifier | modifier le wikicode]

Sources webographiques[modifier | modifier le wikicode]

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  3. « Wikistats - Statistics For Wikimedia Projects », sur stats.wikimedia.org (consulté le 13 mars 2020)
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