Recherche:Imagine un monde/Partie 2

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IMAGINE UN MONDE
Quand le mouvement Wikimédia témoigne des forces et dérives d'une société globale et numérique

Analyses et projections
(Deuxième partie)
De Lionel Scheepmans

Accès première partie

Résumé de l'ouvrage
Dans l'ombre du projet Wikipédia qui a fêté son vingtième anniversaire en début d'année 2021 tout en restant l'unique sites web du top 50 des fréquentations sans but lucratif, s'est développé un mouvement social pratiquement inconnu du grand public que l'on nomme « Le mouvement Wikimédia » et qui au cœur de sa mission, imagine un monde dans lequel chaque être humain peut partager librement la somme de toutes les connaissances. Très peu médiatisé, tant par la presse que par la littérature scientifique, ce mouvement social s'occupe pourtant de la gestion de près d'un millier de sites web et regroupe à lui seul, plusieurs centaines d'associations humaines actives dans plus de 70 nations du monde. En tant qu'héritier direct des valeurs et pratiques développées par le mouvement du logiciel libre, Wikimédia apparait donc comme l'expression mondiale et contemporaine d'une contre-culture opposée au capitalisme marchand et défiante d'un système socio-politique profondément élitiste.

Dans le but premier de rendre ce mouvement visible et compréhensible par tous, ce travail de recherche socio-anthropologique repose sur une observation participante de 10 ans dont le rendu fait référence à d'innombrables archives numériques issues de l'espace web. Fort de cette matière première empirique et ethnographique, cette étude qui s'inscrit dans le courant d'une anthropologie prospective a pour seconde ambition d'analyser le développement d'une société globale et numérique dont le mouvement Wikimédia illustre remarquablement bien les tensions et les enjeux.

Dans une première partie de l'ouvrage consacrée à la découverte du mouvement et à ses enjeux cachés, il est question dans un premier temps de découvrir un reflet de l’hypercomplexité de la société globale et numérique au travers de cette galaxie Wikimédia que nous cache la trop imposante planète Wikipédia. Fort de cette découverte, vient ensuite l'occasion de percevoir au sein des projets wikimédia une source d'inspiration épistémologique qui permet de plaider en faveur d'une évolution de la science. Par la suite et avant de conclure cette première partie, c'est au départ des origines du mouvement que l'on apprend à mieux comprendre l'espace numérique de par sa création, tout en faisant resurgir ce perpétuel combat qui oppose une part de l'humanité en quête de liberté, d'autonomie et d'égalité à une seconde part toujours désireuse d'accroitre ses richesses économiques et son contrôle politique.

La deuxième partie de l'ouvrage, consacrée cette fois aux analyses et projections, est alors l'occasion de contextualiser cette lutte entre autonomie et pouvoir au sein de l'histoire du mouvement dans le but d'y découvrir une certaine dérive de la mission Wikimédia originairement dédiée au libre partage, mais peu à peu pervertie par mimétisme d'un monde économique et politique environnant. Par la suite, et au travers d'une présentation des différents acteurs Wikimédia, des mécanismes de perversions du partage par le don et par la mise en place insidieuse d'une servitude involontaire sont ensuite analysés. La découverte d'une culture Wikimédia au sein d'un environnement numérique très particulier, permet ensuite de découvrir d'un certain dualisme entre acteurs en ligne et hors ligne, mais aussi et surtout entre bénévoles fidèles aux pratiques et principes hérités de la culture libre et salariées empêtrés dans les logiques du marché du travail. Avant de conclure, et départ d'une prise de conscience de l'importance et du pouvoir de l'imagination chez l'être humains, vient alors un dernier chapitre où il est question d'imaginer le monde de demain, à l'image du mouvement Wikimédia bien sûr, mais aussi et ce grâce aux enseignements apportés par cette étude, au niveau de notre société humaine globale et numérique.

Introduction

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Lionel Scheepmans (lui écrire) est en ce moment même en train de travailler en profondeur sur cette page ou section de page. Merci de ne pas modifier celle-ci afin de limiter les risques de conflit de versions jusqu’à disparition de cet avertissement .


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[N]otes

L'histoire Wikimédia comme illustration des forces et dérives d'une société globale et numérique

En rejoignant le mouvement Wikimédia en début d'année 2011, je n'aurai malheureusement pas assisté à tout son développement, alors que même si j'avais pu commencer mes observations dès sa naissance, son étendue organisationnel est telle qu’il m'aurait été impossible d'être présent partout à la fois. Fort heureusement, il existe au sein de l'espace numérique Wikimédia d’innombrables archives accessibles au départ d'une simple connexion Internet et dont j'aurai pris le soin d'en faire une présentation dès la première section de ce chapitre.

Dans le but d'offrir une meilleure compréhension de l'histoire du mouvement et de mieux cerner ce que les pionniers du numérique ont transmis au mouvement, j'ai choisi d'aborder les choses de manière thématique. Pour ce faire et après avoir cité mes sources, ce chapitre commence donc par une présentation de l'origine du terme Wikimédia pour aborder ensuite la naissance du mouvement à proprement parler. L'histoire du mouvement se poursuit ensuite en se concentrant tout d'abord sur son aspect économique, puis technique et politique, pour conclure enfin avec un ensemble de dérives auxquelles le mouvement me semble être exposé.

Ce voyage thématique dans l'histoire m'aura ainsi permis de rassembler ici les fais qui m'ont semblé les plus importants, mais aussi les plus utiles pour comprendre le mouvement Wikimédia. Cette sélection est donc à la fois limitée et subjective, mais les nombreuses références tout comme les nombreux liens qui permettent d’accéder aux archives offre aux lecteurs désireux de faire leurs propres recherches pour le cas échéant, juger de la pertinence de ma sélection et de l'argumentation qui en découle.

Les archives du mouvement

Le logiciel MediaWiki sur lequel fonctionne la presque totalité des projets wikimédia[N 1] est un fabuleux instrument d'archivage. En jargon informatique on appelle ce logiciel un système de gestion de contenu et il a comme particularité d'être muni d'un système de gestion de versions qui enregistre chaque version d'une page avant et après chaque modification. Il est donc en pratique tout à fait possible d'explorer l'historique de chacune des pages créé au sein des projets Wikimédia comme le démontre en image cette vidéo ci-dessous qui reprend pas à pas l'évolution de l'article « Pomme » sur le projet Wikipédia en français.

Vidéo 4.1 : Évolution de l'article Pomme sur le projet Wikipédia francophone, du 20 novembre 2002 date de création au 26 janvier 2012.

Nous n'allons bien entendu pas nous intéresser ici à l'historique des articles à proprement parler, mais bien à celui du mouvement dans de manière générale. Cependant, il est bon de savoir qu'une information historique trouvée sur la page d'un projet peut disparaître d'un instant à l'autre de la page affichée lors d'une consultation ultérieure, mais qu'elle sera dès lors retrouvable dans la version antérieure qui aura été consultée dans le cadre de mes observations. Ce principe est d'ailleurs valable pour toute autre page web et notamment les articles de presse sont souvent mis à jour une ou plusieurs fois après leur première publication.

Dans un autre cas de figure, une page web peut aussi tout simplement disparaître par sa suppression au niveau du serveur Internet qui l'héberge ou sa mise à l'écart de ce qui est visible par les internautes comme c'est le cas sur les projets Wikimédia. C'est donc pour cette raison que j'ai fait ce choix méthodologique de sauvegarder toutes les pages qui auront servi de source historique dans ce travail de recherche sur Internet archive pour en fournir ensuite le lien et la date de consultation.

Toutes ces pages web y comprise trouvée en dehors de l'espace numérique Wikimédia, je les ai ainsi trouvés tout d'abord trouvées au départ de nombreux hyperliens recensés sur des pages de Wikipédia en français[N 2] qui ont pour objet de traiter de l'histoire de Wikipédia en général[W 1] ou de ses versions linguistiques[W 2], des articles de presse généralisés[W 3] ou localisées[W 4], ainsi que des critiques portées à son encontre[W 5].

Pour aborder les choses de manière plus large au niveau du mouvement, je me suis ensuite tourné vers le site Méta-Wiki où se trouve tout un ensemble de pages très utiles d'un point de vue historique que je liste ci-dessous :

La naissance des projets frères de Wikipédia

Alors que le chapitre précédent permettait de découvrir la naissance de Wikipédia, voyons à présent comment les projets frères de l'encyclopédie, se seront petit à petit créé au sein de sa galaxie Wikimédia, et ce avant même que l'on ne commence à parler de mouvement Wikimédia. Pour en suivre l'ordre chronologique, il existe une ligne du temps (fig.4.1 ci-dessous) qui fut réalisée par Guillaume Paumier à l'occasion du dixième anniversaire de Wikipédia et dans le cadre d'une présentation faite au Capitole du libre de 2011[V 1]. Un an plus tard, ce projet de poster fit l'objet d'une relecture et d'une édition collaborative à l'occasion de la rencontre Wikimania 2012[W 18]. La ligne libellée sister projects de cette ligne du temps, nous permet ainsi de voir que le tout premier projet à voir le jour après Wikipédia fut le projet Meta-Wiki, dont le but était de réponde à au besoin d'un espace central et multilingue destiner à traiter des questions générales qui concernent l'ensemble des versions linguistiques de Wikipédia et des projets projets frères qui naitront par la suite.

Chronologie des événements depuis la création de Wikipédia en 2001 jusqu'en 2012
Fig. 4.1. Chronologie des événements depuis la création de Wikipédia en 2001 jusqu'en 2012 (source:https://w.wiki/34N2)

Pendant que des nouvelles versions linguistiques de Wikipédia ne cessent d’apparaître suite à la naissance du premier projet anglophone, l'arrivée de 7 autres projets de partage de la connaissance déclinables à leurs tour en plusieurs version linguistique firent eux aussi peu à peu leur apparition. Ceux-ci furent toujours lancés au départ d'un petit groupe d'utilisateurs actifs sein d'un projet préexistant. Les version linguistiques des projets wiktionnaires par exemple se sont en général créé au départ des projet encyclopédie de même langue dans le but de développer un projet indépendant. Apparu ainsi le 12 décembre 2002 le premier projet Wiktionary en anglais, tandis que sa version francophone n’apparut elle que le 22 mars 2004 et non pas au départ du projet anglophone, mais bien au départ du projet Wikipédia en français[W 19]. Sa création fit d'ailleurs l'objet de discussions, dont un extrait figure ci-dessous, entre une poignée de contributeurs sur Wikipédia qui se seront entretenu sur la nécessité de créé un projet indépendant hors de l'encyclopédie pour permettre une gestion spécifique du partage des ressources lexicales.

En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c'est que alors qu'on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tache bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C'est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissance devraient elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions nous ??? "Wikipédia n'est pas un dictionnaire" n'est pas un argument a mon avis... si vraiment c'etait pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d'article. Je ne comprend vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n'est "qu'une définition".", Aoineko, 3 janvier 2003


Pour moi ce qu'est Wiktionary, c'est une partie de Wikipédia s'intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipedia et sa partie dite encyclopédique, c'est que la partie dictionnaire s'intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s'attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d'avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu'à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu'une encyclopédie. Ceci entraine beaucoup de problème et entre autre le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire. luna~frwuju[W 20]

Il apparait donc dans le cas de figure du projet Wiktionnaire en français, que le départ de Wikipédia était motivée entre autre par des besoin technique lié à un désir d'autonomie sur la manière de concevoir et de présenter différemment le contenu d'un outil de ressource lexicale. Mais ce désir n'était pas pour autant partagé de tous en raison notamment d'une fatale obligation de « disperser les énergies » lors de la création d'un projet distinct. Créer un nouveau projet, c'est effectivement créer un nouveau site web qui devra faire l'objet d'une nouvelle gestion tant au niveau des serveurs de la fondation qu'au niveau de la communauté nouvelle qui doit reconstruire tout un environnement à partir de rien. Pour ce faire, il est bien sûr possible d'importer des pages de contenu en provenance de Wikipédia ou d'autres projets frères et même d'autres version linguistiques, mais chaque duplication augmente alors d'une part, les besoins et le prix du stockage sur les serveurs Wikimédia, tout en multipliant d'autre part, la maintenance et la mise à jour des contenus dupliqués par des communautés qui comme on le verra plus tard prochain chapitre, resteront toujours plus modestes que celles des projets Wikipédia.

Comme autre exemple explicite de la dynamique de scission au sein des projets Wikimédia apparait ensuite le projet Wikibook créé le 10 juin 2003 en anglais sous l'impultion de Karl Wick et par la suite le 22 juillet 2004 en français sous l'appellation Wikilivres. Ce projet est une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer »[W 21] qui hérita à ce titre aura par exemple hérité de toutes les recettes de cuisines contenue sur Wikipédia suite à une prise de décision clôturée en juin 2007 sur Wikipédia[W 22]. Au sein de Wikilivre, apparu en 2004 un sous projet intitulé Wikijunior qui vit le jour dans le cadre d'un financement de la Feck Foundation dont le but initial était de rassembler de la littérature pour des enfants de 8 à 11 ans[W 23] et qui à ce jour et au niveau de la version francophone s'est élargit à du « contenus appropriés pour les enfants de zéro à douze ans »[W 24].

Apparu ensuite dans Wikilivre en dans un espace de noms séparé tout comme Wikijunior, un sous projet d'apprentissage et de recherche qui fut appelé Wikiversity suite à quelques débats[W 25]. Mais ce projet déclencha, le 12 août 2005, une longue discussion dans laquelle il sera question de le supprimer le projet ou de transférer son contenu vers le projet Meta-Wiki[W 26].

Une fois déplacée sur Meta-Wiki, des discussion égerma l'idée de faire de Wikiversité un projet indépendant mûrit jusqu'au 22 août 2006[W 27] date d'ouverture d'un vote qui devait « recueillir une majorité qualifiée de deux tiers pour être transmise au Conseil d'Administration de la Fondation Wikimedia qui accorda une période d'essai au projet »[W 28]. Mais le 13 novembre 2005, la proposition fut rejetée par cinq membres du conseil d'administration qui demandaient au projet d'« exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne et clarifier le concept de plate-forme elearning »[W 29][N 3]. Et si l'on se fie à l'avis d'un commentateur de la communauté, la position du conseil d'administration aura peut être été motivé par certaines craintes evers un enthousiasme débordant.

La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimedia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre. Le même problème s'applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu'ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation Carnegie-Mellon également) à former de toutes pièces plutôt qu'un simple centre d'éducation pour adultes avec quelques classes. Si plus de réflexion est faite sur la façon de "démarrer" ce projet entier, peut-être que quelques pensées sur la façon de convaincre le conseil de la Fondation de laisser un wiki séparé être lâché pour laisser ce projet essayer de se développer par lui-même peuvent être faites.--Rob Horning 11:21, 14 août 2005 (UTC)[W 26][N 4]

Quoi qu'il en soit, il fallut attendre le 31 juillet 2006, soit près de neuf mois supplémentaires pour que les amendements fait au projet de départ[B 1] soient finalement acceptés par le special projects commitee[W 30] afin de permettre le lancement du site Beta-Wikiversity. Un transfert du contenu en provenance de Wikilivres fut donc entamé et un délai de « six mois, au cours desquels seront élaborées des lignes directrices pour d'autres utilisations potentielles du site, y compris la recherche collaborative » fut octroyé au projet[N 5]. « communauté pédagogique libre à laquelle chacun peut prendre part »[W 31],

Sur le site Beta-Wikiversity lorsqu'un nouveau projet linguistique de Wikiversité rassemble au moins 3 participants avec plus de 10 modifications par mois, il peut alors bénéficier d'un site Web indépendant. Ce fut ainsi le cas pour les 17 projets linguistiques actifs en février 2021 dans les versions linguistiques suivantes : anglais (07/06), allemand (08/06), espagnole (11/06), français (12/06), italien (05/07), Greck (01/08), Japonais (05/08), tcheque (05/08), Portuguais (05/08), Finlandais (04/09), Russe (11/09), Swedish (11/10), Arabic (07/11), Slovene(03/12), Korean (02/13), Hindi (08/17) et chinois (08/18)[W 32]. Toute celle-ci ont ensuite évolué séparément en fonction des prises de décisions établies au sein de leurs communautés.

La création des projets Wikiversité fait donc exception aux autres projets d'édition collaborative du mouvement puisqu'il est le seul avec le projet Wikisource et son site wikisource.org[W 33], dont les nouvelles versions linguistiques de projets se développent en dehors du projet Wikimedia Incubator[W 34]. La proposition de transférer des activités de Wikivesity Beta vers Incubator fut proposée et discuté à plusieurs reprises en 2008[W 35], 2013-2015[W 36] et 2017[W 37], mais toujours sans succès. Les raisons du refus furent essentiellement, la quantité de travail que nécessaire, la présence d'activités spécifique à Wikiversité tel que la la production de travaux inédit (recherche originale) ou les pages d'exercices et surtout le manque d'enthousiasme de la communauté.

Dans le courant de mars 2010, ce fut carrément l’existence même du projet Wikiversité dont il fut question. Le projet anglophone avait effectivement vu apparaitre une page intitulée Ethical Breaching Experiments (Expériences de violation de l'éthique) dont le but était de tester le système de protection de Wikipédia contre le vandalisme et l'ajout de faux contenus. Cependant, dès qu'il en eu connaissance, Jimmy Wales supprima de façon autoritaire la page de ce projet pour ensuite bloquer l'auteur et destituer un administrateur de Wikiversité qui s'opposait à ses actes[W 38]. Dans un commentaire posté par la suite sur l'espace community review de Wikiversity, le cofondateur de Wikipédia s'exprima ensuite de la sorte :

« Je discute actuellement de la fermeture de Wikiversity avec le conseil d'administration. C'est un résultat peu probable, mais je le mentionne parce que je veux vraiment insister sur le fait que le champ d'application de Wikiversity doit être limité à une ressources éducatives libres. Je pense que mes actions ici soutiennent fortement la véritable communauté qui veut faire cela, en lui faisant comprendre qu'elle est très fortement favorable à la réalisation de cet objectif. Certains peuvent penser que Wikiversity devrait être un lieu d'expérimentation stupide et juvénile. Si les gens veulent discuter de ce genre de choses, il y a tout un Internet qui leur est ouvert - ils ne devraient pas détourner Wikiversity à ces fins. »[N 6][W 39]

Alors que le comportement de Jimmy Wales nourrit un appel à commentaire (RFC) demandant le retrait de sa fonction d'administrateur au sein des projets éditoriaux, il illustre en outre une certaine aversion au niveau de la fondation quant à l'idée de dispenser des cours et de délivrer des titres que qualification au sein du mouvement. Une posture regrettable me semble-t-il, puisque le concept d'« eLearning » apparu en 2004[B 2] et proposé dès 2005 au sein d'un Wiki aurait pu être une opportunité fantastique pour le mouvement. Et cela aurai par ailleurs été une action avant-gardiste puisqu'il fallu attendre 2013 pour que l'Europe s'y intéresse ouvertement à ce concept[W 40], et puis 2015 pour que les cours en ligne faits par des organisations sans but lucratif, réussissent enfin à dépasser au niveau du nombre d'étudiants, ceux organisés par des firmes commerciales[B 3].

Les origines du terme Wikimédia

D'où vient le nom « Wikimédia » ? Et est-ce que tout ce qui est Wiki a quelque chose à voir avec Wikimédia ? La réponse à cette dernière question est négative et est à la base de confusions fréquentes entre les projets développés au sein du mouvement Wikimédia et presque 20 000 projets wiki[W 41] qui souvent eux aussi utilisent le terme wiki dans leur appellation, mais qui pourtant n'ont aucun lien, ni avec la fondation Wikimedia, ni avec mouvement Wikimédia. Parmi ceux-ci figurent WikiLeaks, WikiHow et Wikimini qui doivent très certainement les plus connus d'entre eux.

WikiLeaks par exemple fut créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes et n'est d’ailleurs pas un Wiki a proprement puisque le site n'est pas collaboratif. WikiHow par contre est bien un Wiki, mais il est tellement différent des projets Wikimédia en apparence qu'il est facile de comprendre qu'il ne fait pas partie du mouvement. Wikimini enfin est une encyclopédie destinée aux enfants et partiellement édité par eux. Son fondateur Laurent Jauquier que j'ai rencontré un jour, m'a confié qu'il aurait aimé que son projet rejoigne le mouvement Wikimédia. Mais malheureusement pour lui cela n'a jamais abouti et en raison selon lui d'une frilosité de la fondation envers le contenu destiné au jeune public selon lui.

Il y a ensuite des projets tel que WikiTribune et Wikia bien moins connus, mais dont la confusion avec le mouvement Wikimédia est due cette fois par le fait qu'ils furent aussi lancés par Jimmy Wales le fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimedia[W 42]. Pour le reste, des milliers d'autres projets « wiki » et d'autres encore qui verront certainement le jour, sont donc extérieurs au mouvement Wikimedia et ne sont en aucun cas soutenus par la fondation ou toute autre organisme affiliée au mouvement.

D'un point de vue étymologique à présent, il faut savoir que le terme « Wikimédia » se présente comme un mot-valise dont la composante « wiki » fut inspirée du mot hawaïen « wikiwiki » que l'on peut traduire en français par « vite, vite »[W 43]. La transmission du terme wiki au mouvement Wikimédia est due au premier logiciel d'édition collaborative de pages web appelé WikiWikiWeb et par la suite au logiciel intitulé UseModWiki qui en fut inspiré. Celui-ci fut choisi par la firme Bomis dans le but de lancer l'encyclopédie Wikipédia. Par la suite, tous les autres projets d'édition collaborative nés au sein du mouvement adopteront eux aussi le préfixe wiki.

Le mot Wikimédia quant à lui n'est apparu que le 16 mars 2003 lors d'une discussion concernant la déclinaison possible de l'encyclopédie en d'autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l'écrivain américain Sheldon Rampton eu l'idée d'associer au terme wiki celui de « média » afin de mettre en évidence la variété des médias produits et mobilisés sur toutes les plates-formes wiki (encyclopédie, site d'actualités, musiques, vidéos, etc.)[W 44].

Quelques mois plus tard seulement, le terme Wikimedia fut ensuite adopté lors de la création de la Wikimedia Foundation lorsque Jimmy Wales décida d'y transférer les avoirs de sa firme Bomis tels que les noms de domaine Wikipédia et la reconversion en copyleft des copyrights de la société commerciale[W 45]. Il fallut encore attendre cinq années pour qu'en juin 2008 le mot Wikimédia désigne enfin un mouvement social conceptualisé par Florence Devouard présidente de la fondation à cette époque.

La naissance du mouvement Wikimédia

Il m'est toujours apparu difficile de déterminer le moment exact où serait apparu un mouvement social. On peut en déterminer plus ou moins facilement ses origines, mais il me semble souvent impossible de faire plus. Le cas du mouvement des logiciels libres par exemple, est quelque peu particulier, puisqu'il se construit au départ d'un appel posté sur une liste de diffusion par Richard Stallman le fondateur. Doit-on pour autant considéré cette date comme celle de la création du mouvement ? Un tel choix est en effet discutable dès lors que l'on sait que le logiciel libre en tant qu'idée et en tant que code informatique est forcément apparu avant l'appel à contribution lancé par Stallman.

Une question similaire peut donc aussi se poser au sujet du mouvement Wikimédia. L'histoire du mouvement Wikimédia est effectivement étroitement liée à l'histoire de Wikipédia, qui en est à l'origine et dans cette première perspective, on peut donc dire que la naissance du mouvement coïncide avec celle du projet encyclopédique lancé le 15 janvier 2001[W 46]. Selon un autre point de vue toute fois, la naissance du mouvement peut aussi être associé à celle de la Wikimedia Foundation créée le 20 juin 2003[W 47] qui en a assumé la gestion jusqu’à ce jour. Dans une dernière perspective enfin, la naissance du mouvement peut encore être associé à sa conceptualisation par Florence Devouard qui en fit la première description en juin 2008, peu de temps avant de quitter son poste de présidente de la fondation Wikimédia[W 48]. En proposant de modifier le site Wikimedia.org pour en faire la vitrine du « mouvement Wikimedia » elle définissait le mouvement de la sorte :

« Le mouvement Wikimédia, comme je l'entends est
  • une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d'expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
  • un ensemble d'activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
  • un ensemble d'organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires »[W 49],[N 7]

Pour continuer ici la découverte et la compréhension du mouvement Wikimédia de manière chronologique et continue par rapport au chapitre précédent, je choisis donc pour ma part de repartir de la création du projet Wikipédia pour poursuivre mon chemin. Dans cet optique, l'ensemble des personnes actives au sein de projets Wikimédia avant que l'idée de mouvement prenne naissance constituaient donc un « quasi-goupe »[B 4] que Ralf Dahrendorf définit comme un ensemble d'individus ayant un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d'une prise de conscience de leur position commune dans la relation d'autorité[B 5].

L'histoire économique du mouvement

Suite à la naissance du projet Wikipédia, l'un des premiers évènements historique marquant fut sans aucun doute l'apparition du projet Enciclopedia Libre Universal en Español, un fork de la même version linguistique de Wikipédia. Crée le 26 février 2002, soit un peu plus d'un an après la création de Wikipédia, cette encyclopédie fut supportée par un mouvement diaspora dont Edgar Enyedy apparaissait tel le principal représentant. Ce contributeur hispanophone avait en effet quitté le projet Wikipédia alors qu'il était question de placer de la publicité au sein de l'encyclopédie dans le but d'apporter un profit financier à la firme Bomis[B 6]. Dans une lettre adressée à la communauté, Enyedy manifestait aussi d'autre part un doute quant à la création d'une « fondation, que l'on promit de créer tant de fois, pour chapeauter Nupedia et Wikipédia ». Durant ses conversations avec les responsables de la firme Bromis, il avait enfin pour sentiment que le "malentendu" entretenu par ceux-ci faisait partie de la désinformation[W 50].

Peu avant le lancement du fork espagnol, Edgar Enyedy avait réagi à un commentaire de Larry Sanger qui justifiait quant à lui l'arrivée d'annonces publicitaires dans Wikipédia dans le but de maintenir son salaire. La réponse de Enyedy à Sanger fut celle-ci :

« Personne ne va gagner un seul dollar en plaçant des annonces sur mon travail, qui est clairement destiné à la communauté. De plus, je diffuse mon travail en termes de liberté, dans les deux sens du terme, moi et [sic] voulons le rester. Personne ne va utiliser mes efforts pour payer des salaires et/ou maintenir des salaires. Et je ne suis pas le seul à ressentir cela. J'ai quitté le projet. […] Bonne chance avec votre wikiPAIDia »[B 7][N 8]

Cette première crise fut donc à l'origine d'un tournant décisif au sein du mouvement Wikimédia naissant puisque c'est suite à celle-ci que Jimmy Wales décida de renoncer aux revenus publicitaires et de créer la fondation Wikimédia. Suite à l'apparition en octobre 2001 d'un autre projet encyclopédique concurrent au projet Wikipédia en suédois intitulé Susning.nu, le refus de la publicité fut par ailleurs tout à fait déterminant, puisqu'il permit au projet Wikipédia de subsister, alors que le projet Susnig ferma ses portes en août 2009[W 51].

Dans un premier temps, la popularité acquise par l'encyclopédie Susning, qui pourtant avait été lancé cinq mois après Wikipédia, avait en effet fortement ralenti le développement du projet Wikipédia en Suède. Mais à partir du 21 novembre 2002 et suite à l'apparition de bannières publicitaires et d'une absence de gestion claire au niveau des droits d'auteurs, les éditeurs de Susning finirent par migrer en masse vers le projet Wikipédia en emportant avec eu leurs écrits[W 52]. Selon un article de Wikipédia en anglais[W 51], l'encyclopédie Susning qui était soumise à de récurrentes attaques de spammeurs prit ainsi fin à la mi-août 2009, alors qu'à cette même époque, le projet Wikipédia en suédois continuait son développement pour devenir en ce début d'année 2021 la troisième version linguistique Wikipédia au niveau du nombre d'articles[W 53].

L'absence de publicité semble donc être une bonne chose pour les projets Wikimédia, mais obligea dès lors la fondation Wikimedia à se tourner vers d'autres solutions pour financer la maintenance et le développement des serveurs informatiques. À ces frais faudra-t-il encore ajouter, à partir de 2007, les salaires des employés et notamment celui d'une directrice générale, d'un directeur technique et quelques développeurs[B 8]. Étant donné que les rentrées financières issues de la vente de produits dérivés et des services rendus à des entreprises étaient insuffisantes pour couvrir ces frais[B 9], la récolte de dons est donc apparue comme solution viable. Et comme le démontre l'analyse[W 54] des rapports financiers de la fondation Wikimedia[W 55], ces campagnes ne cesseront par ailleurs de maintenir en hausse les rentrées financières au sein du mouvement.

Alors que les gains financiers de la fondation étaient de 80.129 USD en 2004, ils passèrent ensuite à 379.088 USD en 2005, puis à 1.508.039 USD en 2006[W 56], pour atteindre enfin 2.734.909 USD en juin 2007[W 57] et ne cesser par la suite d’augmenter considérablement comme l'indique le graphique ci-dessous. Mais la campagne de récolte de dons de 2007 fut cependant particulière à plus d'un titre. Premièrement, elle fut organisée pour la première fois en jumelage avec Virgin Unite. Deuxièmement, elle fut la première à afficher en tête de chaque page des projets éditoriaux Wikimedia un message d'appel aux dons[W 58]. Et troisièmement, elle fut le début d'un accroissement considérable du montant des récoltes qui allait se poursuivre par la suite[B 8].

Graphique illustrant l'évolution de l'actif net, des recettes et des dépenses de la fondation Wikimedia en dollars américains.
Fig. 4.2. Graphique illustrant l'évolution de l'actif net, des recettes et des dépenses de la fondation Wikimedia en dollars américains (source:L.S.).

Cependant, l'utilisation de bannières de récoltes de fond dans les sites éditoriaux fit apparaitre des contestations au sein du mouvement. Celles-ci concernaient la référence et le lien pointant vers le site Virgin Unite dans le message d'appel aux dons considéré par certains comme un acte « publicitaire » (Advertising) ou un « spam de donneur » (donor Spam)[W 59]. Suite à ces commentaires et alors que certains membres de la communauté menaçaient déjà de suspendre leurs activités, ce lien fut donc retiré en début de campagne[W 60]. Par la suite et jusqu'à ce jour, la récolte de dons au niveau des projets s'est limitée à la présence d'un lien vers une page de donation situé sur chaque page des sites web ainsi que d'une bannière en haut de celles-ci apparaissant pour une durée d'un mois environ.

Depuis 2007, on s’aperçoit donc que les inquiétudes d'Edgar Enyedy concernant l'utilisation des efforts d'une communauté bénévole pour payer des salaires étaient bel et bien fondées. En effet entre l'année 2007 et 2008, le budget dédié au salarié de la fondation, qui par ailleurs avait déjà dépassé celui dédié aux frais d'hébergement des projets depuis l'année 2007, fera plus que doubler en passant de 415.006 à 1.147.679 dollars US (voir tableau 5.1 ci-dessous). De plus, et contrairement aux frais d'hébergement des sites web du mouvement, qui progresseront lentement et seront même en régression en 2014 et 2015, les frais liés à la rétribution des employés de la fondation Wikimédia ne feront qu’augmenter de manière importante et régulière par la suite (voir tableau et figure 4.1 ci-dessous).

Tab. 4.1 Évolutions des dépenses de la fondation Wikimedia par rubriques
Années Salaires et traitement Prix et subventions Frais de fonctionnement Frais de service professionnels Traitement des dons Amortissement et dépréciations Voyages et conférences Hébergement Internet Frais de service en nature Évènements spéciaux
2004[W 56] - 495 - - 10.641 293 8.958 -
2005[W 56] 1.693 - 18.067 - - 41.018 27.798 40.273 22.493 -
2006[W 56] 107.122 - 47.777 - - 143.394 76.545 189.631 114.589 -
2007[W 57] 415.006 - 310.334 - - 34.939 264.361 389.417 316.723 -
2008[W 61] 1.147.679 - 952.019 - - 233.314 307.679 537.204 333.125 -
2009[W 62] 2.257.621 - 1.259.161 - - 419.947 223.193 822.405 578.279 -
2010[W 63] 3.508.336 208.662 3.846.420 - - 524.341 476.663 1.056.703 502.558 70.407
2011[W 64] 7.312.120 47.106 5.761.273 - - 1.000.400 1.159.200 1.799.943 349.516 36.282
2012[W 65] 11.749.500 2.106.752 9.198.892 - - 1.888.856 1.533.150 2.486.903 296.599 -
2013[W 66] 15.983.542 2.791.378 10.017.121 - - 2.706.841 1.395.013 2.549.992 260.909 -
2014[W 67] 19.979.908 5.704.791 3.861.708 7.117.519 1.505.654 2.722.007 1.965.854 2.529.483 370.602 143.219
2015[W 68] 26.049.224 4.522.689 4.449.764 7.645.105 2.484.765 2.656.103 2.289.489 1.997.521 23.557 266.552
2016[W 69] 31.713.961 11.354.612 4.777.203 6.033.172 3.604.682 2.720.835 2.296.592 2.069.572 1.065.523 311.313
2017[W 70] 33.731.089 11.214.959 6.307.987 6.972.048 3.809.286 2.762.175 1.954.772 2.169.861 214.581 -
2018[W 71] 38.597.407 13.555.339 7.033.513 7.059.832 4.512.139 2.903.910 2.389.279 2.342.130 2.781.234 267.482
2019[W 72] 46.146.897 12.653.284 9.005.744 8.998.261 4.977.583 2.856.901 2.867.774 2.335.918 1.361.958 20.969
2020[W 73] 55.634.912 22.893.806 10.047.127 11.670.125 4.857.199 1.951.405 2.309.068 2.400.286 407.711 317.758
Graphique illustrant l'évolution des dépenses de la fondation par rubrique et en dollars américains
Fig. 4.3. Graphique illustrant l'évolution des dépenses de la fondation par rubrique et en dollars américains (source:L.S.).

Dans une autre représentation graphique des dépenses de la fondation, il est aussi possible de mettre en évidence que les frais administratifs de la fondation Wikimédia, qui sont toujours restés très proches de ceux dédiés à la récolte de fonds, ont évolué nettement plus lentement que ceux destinés aux programmes et aux projets (voir figure 5.3 ci-dessous).

Évolution de la répartition des dépenses de la fondation Wikimedia en dollars américains
Fig. 4.4. Graphique illustrant l'évolution de la répartition des dépenses de la fondation Wikimedia en dollars américains (source:L.S.).

Suite à ces observations, il apparait donc clairement que les dons offerts à Wikipédia et au mouvement Wikimédia sont utilisés en grande partie pour payer les salaires des travailleurs engagés par la fondation Wikimedia. Une analyse qu'Edgar Enyedy avait déjà faite pour sa part en 2011 puisque lors d'une interview, il considérait déjà que :

Wikipédia a créé une grande base de salariés, et chaque année, elle doit demander des sommes toujours plus importantes. C'est ce que je ne voulais pas : une grande organisation centrée sur l'argent rendu possible grâce au travail gratuit de la communauté.[B 10][N 9]

Avec un premier audit financier en novembre 2006[B 11], et un nouveau type de campagne de récolte de dons en décembre 2006 janvier 2007 la fondation Wikimédia débutait donc un développement important tant au niveau financier qu'au niveau de son personnel. Mais alors que la fondation et les finances ne cesseront de croître, en mars 2007[W 74], soit peu de temps après ce qu'il vient d'être dit, un déclin de participation apparu au sein des projets Wikimédia. Vu la proximité dans le temps de tout ces évènements, je me suis donc demandé un jour s’il n'existerait pas une corrélation entre ces deux évènements.[W 75]

Car de fait, l'observation graphique du déclin démontrent que pour une certaine tranche des contributeurs actifs sur le projet Wikipédia anglophone la baisse de participation fut brutale et ne pouvait donc à mes yeux être déclenché que par un évènement ponctuel (voir figure 5.4). De plus et comme en témoignent les multiples graphiques visibles dans la figure 5.5 ci-dessous d'autres projets et surtout autres versions linguistiques de Wikipédia auront aussi été sujettes à un déclin similaire et à la même période[W 76].

Graphique des éditeurs actifs inscrits sur la Wikipédia anglaise au fil du temps.
Fig. 4.5. Graphique illustrant le nombre des éditeurs actifs inscrits sur la Wikipédia anglaise au fil du temps (source : https://w.wiki/34o4).
Capture d'écran de la page d'accueil de Wikiscan un site d'analyse statistique du nombre de contributions effectuée sur les projets Wikipédia dans le temps.
Fig. 4.6. Capture d'écran de la page d'accueil de Wikiscan un site d'analyse statistique du nombre de contributions effectuée sur les projets Wikipédia dans le temps (source : copie d'écran de la page http://wikiscan.org le 12/12/2020).

Cette hypothèse de recherche fut dans tous les cas retenue[W 77] lors d'un sommet organisé à Stockholm le 19 août 2019 par l'organisme de recherche The Citizens and Technology (CAT) Lab[W 78]. Elle repose en outre sur une étude qui analysa les résultats d'une enquête canadienne réalisée précisément en 2007 pour trouver réponse tout aussi précisément à des questions liées du don en temps et au don en argent[B 12]. En parcourant cette étude qui semble corroborer mon hypothèse, on y découvre en effet qu' « une probabilité relativement élevée (0.354) est observée pour que la personne de référence soit un donateur mais pas un bénévole ».

Comme troisième indicateur en faveur de mon hypothèse apparait ensuite le texte contenu dans la première bannière francophone de récoltes de fond : « Participez à la libre-diffusion de la connaissance en faisant un don à Wikipédia ! »[W 79]. De manière implicite, ce texte offrait effectivement une alternative alternative inexistante au par avant que fut celle d'échanger sa participation en écriture au sein des projets par une participation financière. Une traduction littérale du message diffusé en anglais repris ci-dessous[W 58] confirme que le message était similaire en anglais : « Vous pouvez faire le don de connaissance en donnant à la fondation Wikimédia ».

Dans le courant de l'année 2015 apparu ensuite une étude statistique qui se pencha plus précisément sur la date d'arrivée et de départ des éditeurs actifs au sein des projets[W 80]. Celle-ci aura produit différent graphiques[N 10] qui permettent de constater que le déclin de participation du début 2007 concernerait essentiellement les nouveaux arrivants. On y observe aussi que le déclin se réduit au fur et à mesure que l'ancienneté des éditeurs augmente. Si l'hypothèse de l'effet négatif des bannières se confirme, ces dernières observations démontrent donc que celui-ci aurait donc touché de manière plus significative les nouveaux arrivants et que cela aurait donc favorisé la création d'un noyau dur d'anciens contributeurs au sein des projets.

Graphique illustrant le pourcentage d'éditeurs actifs dans les mois qui ont suivi leur arrivée.
Fig. 4.7. Graphique illustrant le pourcentage d'éditeurs actifs sur Wikipédia en anglais dans les mois qui ont suivi leur arrivée. La ligne diagonale indique la date d'arrivée d'un groupe d'éditeurs, les premiers arrivés se trouvant dans le coin supérieur gauche. Le prolongement horizontal indique le taux d'édition de chaque groupe. (source : https://w.wiki/34o5)

Avant cette étude statistique de 2015, la fondation Wikimedia inquiétée par ce phénomène de déclin avait déjà ordonné une précédente étude[B 13] qui se déroula dans le courant de l'année 2013 et qui concerna le site Wikipédia anglophone uniquement. Celle-ci avait pour but de définir les causes de ce phénomène alarmant de déclin et médiatisé entre autres pas les représentations graphiques affichées ci-dessous (fig. 4.8 et 4.9 ci-dessous).

Fig. 4.8. Taux de rétention vs. éditeurs actifs sur le projet Wikipédia en anglais de 2004 à 2009 * Les éditeurs actifs (en bleu) correspondent au nombre de comptes d'utilisateurs effectuant au moins 5 modifications au cours du mois * Le taux de rétention (rouge) fait référence au pourcentage d'éditeurs qui ont effectué leur première édition au cours du mois spécifié et qui ont également effectué des éditions 12 mois plus tard. (source :https://w.wiki/$fE)
Taux de rétention après une année et nombre d'éditeurs actifs sur la Wikipédia en français
Fig 4.9. Taux de rétention après une année et nombre d'éditeurs actifs sur la Wikipédia en français (source :https://w.wiki/$fF).

Les conclusions de cette étude furent les suivantes[N 11] :

  • Cette baisse représente un changement dans le taux de rétention des nouveaux arrivants désirables et de bonne foi.
    • La proportion de nouveaux arrivants de bonne foi qui rejoignent Wikipédia n'a pas changé depuis 2006.
    • Ces nouveaux arrivants de bonne foi sont plus susceptibles de voir leur travail rejeté.
    • Ce rejet permet de prédire la baisse de rétention observée.
  • Les outils semi-autonomes (comme en:WP:HUGGLE) sont partiellement en cause.
    • Il est de plus en plus probable que les outils de retour en arrière fassent revenir le travail des nouveaux arrivants de bonne foi.
    • Ces réversions automatisées exacerbent les effets négatifs du rejet sur la rétention.
    • Les utilisateurs de Huggle ont tendance à ne pas s'engager dans les meilleures pratiques pour discuter des retours.
  • Les nouveaux utilisateurs sont écartés de l'articulation des politiques.
    • Le processus formalisé d'approbation des nouvelles politiques et des changements de politiques garantit que les changements des nouveaux venus ne survivent pas.
    • Les nouveaux venus et les autres éditeurs se dirigent de plus en plus vers des espaces moins formels.[W 81][N 12]

Bien qu'elle ne prenne pas en compte l'hypothèse d'une influence négative des messages des récoltes de fonds, cette étude met par contre en évidence au niveau de l'encyclopédie anglophone pour le moins, une composante multifactorielle dans l'origine du déclin de participation. On y tient compte en effet de l'arrivée de nouveaux sites éditoriaux et d'expression publique (espaces moins formels) tel que Facebook et Tweeter qui monopoliseront progressivement les capacités d'écriture et de partage offertes par l'espace Web ainsi que de changement de politique éditorial au sein des projets jumelés à l'arrivée de programmes automatiques de maintenance.

Du reste, il est surprenant finalement de constater que les discussions du déclin de participation furent tardives et n'eurent lieu qu'environ 5 ans après son apparition. Au niveau du grand public sa révélation fut faite par Jimmy Wales lors de la 7ᵉ rencontre Wikimania de 2011[W 82] et ce sera deux ans plus tard seulement, en 2013, qu'une première publication scientifique traita du sujet. Celle-ci dénoncera pour sa part au sein d'une communauté composée à 90 % masculine « une bureaucratie écrasante avec une atmosphère souvent abrasive qui dissuade les nouveaux arrivants »[B 14][N 13].

Ces années furent certainement une époque réjouissante pour les détracteurs de l'encyclopédie libre, mais sur un ton mitigé toute fois, car de manière très paradoxale, la baisse de participation n'aura pas influencé de manière significative la production de nouveaux articles au sein des encyclopédies comme le démontre le graphique ci-dessous.

Utilisateurs actifs et nouveaux articles par mois sur Wikipédia en français
Fig. 4.10. Utilisateurs actifs et nouveaux articles par mois sur Wikipédia en français (source :https://w.wiki/$f9)

D'autres analyses statistiques mettent par ailleurs en évidence que les projets Wikimédia, dont la population d'éditeurs apparait souvent relativement stable, réussissent à maintenir le taux de production de nouveaux articles. Selon les versions linguistiques de Wikipédia, des systèmes de création de contenu automatisés auront plus ou moins contribué à ce maintien. Dans certain cas, ces systèmes peuvent même être à l'origine de spectaculaire croissance comme ce fut le cas le projet Wikipédia Suédois grâce au programme Lsjbot créé Sverker Johansson(voir figure 5.7. ci-dessous). Un tel type de programme est en effet capable de produire 10 000 articles par jour dans le but selon son auteur, de lutter contre les biais de représentativités linguistique, géographique et de genre[W 83].

Graphique illustrant la croissance régulière du nombre d'articles pour les plus importantes versions linguistiques du projet Wikipédia.
Fig. 4.11. Graphique illustrant la croissance du nombre d'articles pour les plus importantes versions linguistiques du projet Wikipédia (source : https://w.wiki/34o6)

La progression des pages encyclopédiques s'accompagne aussi de procédures de labellisation catégorisant et mettant en évidence des articles de qualités et les bons articles au sein de l'encyclopédie. Inspiré du projet anglophone et lancée respectivement fin 2005[W 84] et début 2006[W 85], ces initiatives auront certainement apporté une plus-value en matière de fiabilité. Une fiabilité qui par ailleurs avait déjà fait l'objet de tout un débat en décembre 2005, lorsqu'une étude portant sur le projet anglophone et publié dans la revue scientifique Nature affirmait qu'en moyenne et pour chacun des 42 articles de thématiques scientifiques repris par l'étude[B 15], « Wikipédia contenait environ quatre inexactitudes ; Britannica, environ trois » [B 16],[N 14]. La vive réaction de l'Encyclopædia Britannica à l'égard de cette étude mit ainsi clairement en évidence la concurrence économique que représentait l'arrivée de Wikipédia dans le secteur des encyclopédies.

Graphique illustrant l'augmentation des articles de haute qualité sur le projet Wikipédia en anglais et en allemand
Fig. 4.12. Graphique illustrant l'augmentation des bons articles sur le projet Wikipédia en anglais (vert), allemand (rouge), et des articles de haute qualité en anglais (jaune) et en allemand (bleue) (source : https://w.wiki/34oC)

Dès 2008, cette concurrence fit d'ailleurs naître des inquiétudes chez des personnes tel que Pierre Assouline qui se posa la question « les encyclopédies vont-elles mourir »[B 17]. Au niveau des encyclopédies papier, la réponse à cette question fut oui, mais la raison principale n'en fut probablement pas l’existence de Wikipédia étant donné que développement de la micro-informatique eu une grande part de responsabilité dans cette disparition. Avec l'arrivée des ordinateurs portables, tablettes, smartphones qui offrent un accès à l'information rapide et surtout très peu encombrant, l'intérêt de posséder chez soi des étagères de tomes encyclopédiques se perdit en effet rapidement[W 86].

L'arrivée de Wikipédia aura eu par contre un impact évident sur le marché des encyclopédies en ligne. Comme premier fait notoire figurera certainement la fermeture de l'encyclopédie Encarta produite par Microsoft le 31 octobre 2009[W 87] alors qu'en janvier de la même année Wikipédia drainait 97 % des visites sur Internet parmi les cinq premiers sites de référence[W 88].

Viendra ensuite la fermeture de l'encyclopédie Knol lancée en 2007 par Google, un deuxième géant du domaine informatique, et abandonné en mai 2012 suite à ce qui fut considéré comme un échec commercial[W 89]. Dans l'ombre de Wikipédia, ne persisteront que quelques rares projets d'encyclopédies généralistes se distinguant par l'expertise des auteurs ou examinateurs. Les deux exemples les plus connus tous deux en anglais uniquement et lancés au courant de l'année 2006 sont le projet Citizendium lancé par Larry Sanger en septembre 2006 et le projet Scholarpedia. Cependant, le 13 décembre 2020, le premier projet ne comprenait 76 090 articles[W 90], le deuxième 1812[W 91], alors que Wikipédia en compte plusieurs millions dans plusieurs versions linguistiques[W 53].

Au niveau francophone, il fut aussi un temps où un comité d'experts groupé autour d'une encyclopédie canadienne intitulée :Encyclopédie de l'Agora se réjouissait d'être « toujours les premiers dans Google »[W 92]. Fondée en 1998 par le philosophe Jacques Dufresne, cette encyclopédie perdit cependant rapidement son privilège suite à l'apparition de Wikipédia. Ce fut au regret de son fondateur qui, sans aucune forme de rancœur selon lui, verra dans cet évènement une forme de « domination culturelle »[W 93] et de « soft power » [W 94]. Plus tard et toujours au niveau francophone, viendra ensuite en 2015, le sauvetage in extrémise de la célèbre Encyclopædia Universalis suite à un redressement judiciaire qui mettait en péril la poursuite de ses activités[W 95].

Toutefois, si les encyclopédies généralistes ont souffert de l'arrivée de Wikipédia, d'autres encyclopédies qui se distinguent par leur approche thématique du savoir, poursuivent leurs développements. Parmi les plus connues trouvées au sein d'une liste de plus de 80 encyclopédies en ligne disponible sur Wikipédia[W 96], je me limiterai ici à citer le projet MusicBrainz, une base de données musicale collaborative et universelle, Ékopédia, une encyclopédie dédiée à l'écologie au quotidien. Dans cette liste figure aussi deux autres projets issues du milieu universitaire cette fois que sont la The Stanford Encyclopedia of Philosophy et Anthropen un dictionnaire spécialisé dans le domaine de l'anthropologie.

L'histoire économique du mouvement Wikimédia ne se limite évidemment pas à celle de son l'encyclopédie comme en témoigne aussi la concurrence économique apportée par l'arrivée du Wiktionnaire dans cet autre secteur de la publication[B 18]. En 2005 déjà, le projet Wikiquote en français, qui pour rappel est un recueil de citations, fut en effet inquiété par une plainte adressée à Wikimédia France et relayée sur Meta-Wiki accusant le projet wikimédien de récupérer de manière illicite le contenu d'une base de donnée protégée par un droit d'auteur[W 97]. Bien que l'idée de clôture du projet n'ait pas été retenue, il aura cependant fait l'objet d'un redémarrage complet avec la mise en place d'une politique de traçabilité des citations plus exigeante[W 98].

Dans un autre cas de figure datant juillet 2015, ce fut aussi le projet Wikitionnaire qui fut inquiété à son tour par une plainte adressée par courriel à l'un de ses administrateurs par l'entreprise 3M qui se plaignit pour sa part de la présence des noms de marque post-it et scotch au sein du dictionnaire libre. Une plainte laissée sans suite étant donné qu'une fois passé dans le langage courant les noms de marques trouvent tout naturellement le place au sein des dictionnaires. L'entreprise en question dans un réflexe typiquement conservateur n'aura donc sans doute pas compris que lorsqu'un nom de marque apparait dans un dictionnaire c'est à la fois une preuve de réussite commerciale une publicité gratuite.

Le projet Wikimedia commons à son tour, fut aussi marqué par une affaire économique d'importance en 2011. Celle-ci prit naissance suite au téléchargement sur le site d'autoportraits produits par des macaques nègres avec le matériel photographique de David Slater, un photographe animalier. Alexandre Hocquet décrit en détail cette histoire dans l'une des vidéos produites au sein d'un projet dédié à enseigner Wikipédia par les anecdotes[V 2]. On y découvre que les demandes de suppression des clichés et du paiement de droit d'auteur du photographe furent refusées par la fondation Wikimédia. Celle-ci rejoint en effet l'avis de sa communauté de contributeurs considérant les œuvres produites par des êtres non humains et donc non reconnus comme personnes physique ou morales, ne peuvent faire l'objet d'un droit d'auteur. Une opinion partagée ensuite par le bureau américain du droit d'auteur qui tranchera juridiquement la situation en faveur du mouvement Wikimédia[W 99],

Vidéo 4.13. Vidéo : Enseigner Wikipédia par les anecdotes :Le Selfie du Macaque (source : https://w.wiki/34oD)[V 3]

Un autre exemple en 2019 concerne cette fois le Wiktionnaire en français, réputé comme deuxième projet francophone le plus actif après Wikipédia[W 53]. Sa communauté d'éditeurs, l'association Wikimédia France et les éditions Garnier s'associèrent en effet pour produit le Dico, un dictionnaire broché qui reprendra les définitions des 40 000 mots de la langue française les plus recherchés en 2018 selon des statistiques produites au départ de 11 millions de recherches faite au sein du Wiktionnaire[W 100]. Une preuve donc que le mouvement Wikimédia peut aussi connaître des situations collaboratives avec des organisations sans but lucratif et même commerciales au-delà des conflits précédemment recensés.

D'ailleurs, l'un des premiers partenariats du genre apparut déjà en 2005 lorsque la fondation établit avec l'entreprise Yahoo un accord très médiatisé dans le but d'héberger le contenu des projets Wikimédia diffusé en Asie[W 101]. Avant Yahoo, Google avait déjà offert des services d'hébergement sans qu'il y eût de suite[B 19]. Un refus sans conséquence semble-t-il, puisqu'il n’empêcha pas pour autant l'entreprise de garder contact avec la fondation et même de devenir un mécène important bien devant Facebook Amazone avec un premier versement de 2 millions de dollars américain en 2010[W 102]

Un autre partenariat, controversé pour l'heure et toujours en raison de la présence de publicité[W 103], fut un premier du genre établit en 2009 avec la firme Orange pour permettre à l'entreprise de bénéficier d'un accès aux contenus Wikimedia sur ses portails web et mobile dans certains pays[W 104]. Comme autre exemple apparait aussi en 2018 une convention dans laquelle Google offrira une aide technique et financière à un projet intitulé projet Tiger[W 105] consacré au développement des langues minoritaires indiennes au sein de l'encyclopédie libre[B 20].

Il ne faudrait pas s'imaginer ensuite que les projets collaboratifs Wikimédia n'auront jamais développé en interne des relations économique entre ses contributeurs À une époque, apparu en effet au sein de certain projet un système de rétribution symbolique des éditeurs par de la WikiMoney gérée au sein d'une WikiBanque. Le principe reposait sur une sorte de crédit mutuel basé sur une devise virtuelle frappée du sigle ψ et comptabilisé entre les éditeurs désireux d'en faire usage sur une page faisant office de banque. Mis en place au courant de l'année 2003 sur différents projets francophones anglophones et nipponophones, il disparut cependant en février 2007 après une période d'inactivité de huit mois sur le projet francophone[W 106] et quelques mois plus tard sur Wikiversité[W 107].

Sur Wikipédia en français, cette disparition fut très certainement influencée par la présence d'un groupe d'une centaine d'éditeurs qui se sont opposés à la WikiMonnaie de manière quelque peu humoristique. Surnommés les « WikiSchtroumpfs » ils ont véritablement construit leur activisme en prenant pour référence l'album Le Schtroumpf financier dans lequel on voit apparaitre des conséquences désastreuses au sein du village de petits homme bleues suite à l'introduction de l'argent dans un monde qui avait toujours vécu sans[W 108].

Si les questions d'argent ont disparu des sites éditoriaux Wikimédia depuis 2007, elles restent cependant très présentes dans d'autres espaces web hébergés par le mouvement. Tout d'abord sur le site de la fondation où l'on trouve des rapports financiers ainsi que sur le site Wikimedia endowment comme cela a été vu, mais aussi sur la page donate.wikimedia.org destinée à accueillir les personnes désireuses d'offrir un soutien financier au mouvement. Un lien présent sur tous les projets éditoriaux Wikimédia redirige de fait les donateurs vers cette espace dont les plus anciennes archives de 2004[W 109][W 110] indiquent qu'on y faisait référence à l'ensemble des projets, alors qu'en 2021 la référence aux projets se limite à Wikipédia seulement.

En poursuivant cette première observation par la comparaison de la version en français[W 109] et en anglais[W 110] de 2004 et celles du 5 février 2021 [W 111][W 112] affichées près de quinze ans plus tard, on s’aperçoit aussi que la version anglaise de 2021, est nettement plus direct et culpabilisant que la version francophone, par ailleurs très proche de la version portugaise[W 113]. De plus, il apparait dans les versions récentes que le texte explicatif sur l'utilisation des dons, très semblable d'une version linguistique à l'autre, aborde en premier lieu les frais d'infrastructure pour parler seulement ensuite des frais de personnel en indiquant un nombre d'employés qui divergent d'une version linguistique à l'autre, tout en restant obsolètes au niveau des trois langues observées.

Toutes ces observations mettent ainsi en évidence une volonté d'efficacité dans la récolte de fonds dont il faut savoir que l'organisation est guidée par des tests d'efficacité pouvant aller jusqu'à des choix typographiques tel l'utilisation de caractères gras[W 114]. Derrière tous ces choix, nous avons vu dans le deuxième chapitre de ce travail qu'il existe au sein de la fondation une équipe qui rassemble en 2020, trente et un salariés dont l’objectif principal est d'assurer une augmentation constante des recettes par le biais de campagnes de donations[W 115]. Depuis 2014, un ratio relativement stable de 3,03 % à 4,63 % est d'ailleurs maintenu entre le coût des campagnes et le total des dons récolté[W 116]. Grâce aux rapports annuels produit par cette équipe[W 117] et selon le graphique repris ci-dessous (figure 4.9), on peut ainsi observer que depuis 2015, le montant moyen des dons se sera stabilisé autour de 15 USD.

Taille moyenne des dons au mouvement Wikimédia pour les années fiscales allant de 2012 à 2020
Fig. 4.14. Taille moyenne des dons au mouvement Wikimédia pour les années fiscales allant de 2012 à 2020 (source : https://w.wiki/34oF)

Toujours depuis des observations menées depuis 2014, le tableau 4.2 produit ci-dessous nous informe aussi au sujet d'une relative stabilité proportionnelle de l'argent reçu en fonction des méthodes de collectes. Comme seule une évolution concernant les dons récoltés sur les projets éditoriaux apparait la diminution de ceux offerts au départ d'un ordinateur de bureau expliquée sans doute par l'accroissement des dons fait au départ d'appareils mobiles et par domiciliations bancaires.

Tab. 4.2. Évolution des dons en US Dollars à Wikimédia selon leurs origines et par années
Années 2014/15[W 118] 2015/16[W 119] 2016/17[W 120] 2017/18[W 121] 2018/19[W 122] 2019/20[W 123]
Bureaux 35 900 000 28 800 000 29 200 000 26 885 173 24 812 000 23 566 298
Courriels 8 300 000 16 900 000 23 500 000 24 465 793 29 224 326 30 774 715
Mobiles 7 600 000 6 300 000 8 200 000 13 562 575 19 194 528 21 942 428
Grands dons 10 700 000 9 500 000 10 200 000 11 595 033 14 130 163 14 879 276
Chapitres 6 600 000 6 600 000 8 200 000 11 238 929 9 454 198 10 186 345
Domiciliations 4 400 000 5 200 000 5 524 673 8 599 002 12 684 393
Autres 6 200 000 4 700 000 6 500 000 5 524 673 7 575 655 10 097 593
Totaux 75 300 000 77 200 000 91 000 000 98 796 849 112 989 872 124 131 048
Tab. 4.3. Évolution des dons à Wikimédia en pourcentage, selon leurs origines et par années
Années 2014/15 2015/16 2016/17 2017/18 2018/19 2019/20
Ordinateurs 48 % 37 % 32 % 27 % 22 % 19 %
Courriels 11 % 22 % 26 % 24 % 26 % 25 %
Mobiles 10 % 8 % 9 % 14 % 17 % 18 %
Grands dons 14 % 12 % 11 % 11 % 12 % 12 %
Chapitres 9 % 9 % 9 % 12 % 8 % 8 %
Virements 6 % 6 % 7 % 8 % 10 %
Autres 8 % 6 % 7 % 5 % 7 % 8 %

Pour clôturer cette section sur l'histoire économique du mouvement il reste enfin à partager un récent épisode de 2019-2020 qui aura rassemblé la communauté des contributeurs et divers responsables d'associations locales[W 124] pour s’opposer au désir de la fondation de rentabiliser la popularité du nom de marque Wikipédia pour des raisons de marketing non dissimulées. Organisée sur sur le site Meta-Wiki, un appel à commentaire concernant les mesures de rebranding aura attiré l'attention de milliers de personnes pour rassembler au total plus de 500 signatures d'opposition contre moins d'une cinquantaine de votes favorables au changement d’appellation[W 125]. L'ampleur de cette opposition contraindra finalement le conseil d'administration de la fondation à suspendre la procédure de changement d'image de marque[W 126].

Une première leçon d'histoire

À la suite de cette revue historique de l'économie Wikimédia, il apparait donc clairement que la communauté des éditeurs se sera toujours opposée à la diffusion de toute forme de publicité au sein de ses projets tout et refusera la plupart des cas de se plier aux intimidations des acteurs économiques (selfie du macaque, plainte à l'encontre de Wikiquote et Wiktionnaire). Par contre et de façon paradoxale au premier regard, elle ne s'oppose dans l'absolu à l'établissement de partenariats commerciaux ni même à la récupération commerciale des produits Wikimédia par ailleurs diffusés sous une licence libre qui en donne l'autorisation (CC.BY.SA).

Ce paradoxe disparaît cependant dès que l'on sait que la clause de partage à l'identique (SA pour Share Alike) baptisée copyleft oblige les commerciaux issus du contenu Wikimédia à être soumis à la même licence que celle utilisée par le mouvement. Cela signifie par exemple que le contenu récupérer sur un projet peut constituer peut-être vendu sous forme de livre tel que le fait déjà la une firme commerciale PediaPress[W 127]. Mais cela signifie aussi que les livres seront à leurs tours libres d'usages et de reproductions pour peu que l'on continue à créditer les auteurs et à maintenir la licence originale produite par le mouvement Wikimédia. C'est ainsi le propre de la condition de partage à l'identique (share alike ou SA) qui empêche donc à une entreprise commerciale de s’approprier le travail des éditeurs pour le mettre à son nom et en imposer via un copyright, un usage restrictif ou conditionnel.

Ce positionnement par rapport à l'usage des produits Wikimédia est en outre tout à fait cohérent avec la mission du mouvement vouée au partage des connaissances humaines. Car en interdisant l'usage commercial des contenus Wikimédia, on interdirait aussi par exemple la vente de manuels scolaires ou autres livres pédagogiques produits au départ de ces contenus wikimédia et dont le prix d'impression ne pourrait pourtant pas être nul. Par contre, à côté de cette plasticité concernant l'usage commercial de ses produits, la communauté Wikimédia apparait tout à fait réfractaire à l'utilisation de méthodes commerciales au sein même de son mouvement. Les vives réactions par rapport au jumelage Virgine Unite, au partenariat avec Orange et de la tentative de rebranding planifiée par la fondation sont trois exemples parmi d'autres.

Fort de ce modèle économique original basé sur la gratuité et la participation volontaire d'éditeur bénévoles, l'encyclopédie Wikipédia réussit ainsi à bouleverser complètement le marché économique dans lequel elle prit naissance, tout en empêchant par la suite l'arrivée de toute nouvelle concurrence quand bien même que celle-ci fut financée par l'acteur le plus puissant du web. Les projets Wikimédia ont ensuite fait preuve d'une grande capacité de résilience suite à une baisse de participation due au départ de certains contributeurs, mais aussi et surtout au manque de rétention des nouveaux arrivants. Nous avons vu que les raisons de cette baisse d'activité étaient multi factorielle, mais que son arrivée brutale peut être expliquée par une méthode nouvelle et pour le moins maladroite à mes yeux, dans laquelle la récolte de dons invite implicitement les lecteurs à renoncer à l'édition des projets au bénéfice d'une participation financière au mouvement.

Contrairement à la sphère en ligne qui s'oppose à toute forme de publicité et se désintéresse de tout aspect financier (Wikistroumpfs), la sphère hors ligne du mouvement et la fondation Wikimédia en particulier qui en a la charge, accorde par contre une grande attention sur les rentrées financières du mouvement. Avec une équipe qui représente environ 6 % de son personnel et qui utilise près de 4 % de son budget annuel, la fondation Wikimédia assure les revenus financiers du mouvement au départ de campagnes de donations annuelles[N 15]. Celles-ci diffusent un message dont l'efficacité repose sur des recherches pointues, et dans lequel la justification première au don est la nécessité de maintien d'une infrastructure et la seconde d'assurer les frais de personnel dont l'efficacité se voit vantée[W 111][N 16].

La constante augmentation du budget récolté aura ainsi permis une impressionnante croissance de la fondation et des frais liés à son fonctionnement dont rien que les salaires représentent depuis 2015 environ 50% de son budget total. Si on ajoute à ceux-ci les frais liés au fonctionnement professionnel de voyage et de service en nature et toujours au niveau de ces cinq années, on en arrive alors à près de 75% de la totalité du budget de la fondation consacré à maintien de son personnel dont moins de la moitié est investie dans le maintien et le développement de l'infrastructure[N 17]. Ceci alors qu'en contrepartie, les frais d'hébergement Internet toujours en baisse au niveau de leur pourcentage par rapport aux dépenses globales du mouvement seront passés de 4 à 2%.

Évolution des dépenses de la fondation Wikimédia par rubriques et en pourcentage de ses dépenses totales
Fig, 4.15. Évolution des dépenses de la fondation Wikimédia par rubriques et en pourcentage de ses dépenses totales

Face à une telle croissance de besoin financier Guy Macon, un contributeur actif sur le projet Wikipédia anglophone depuis 2005 aura publié un billet intitulé Wikipedia has cancer (Wikipédia a le cancer). Sans reprendre ici toutes les critiques portés à la fondation contenue dans ce texte, cette métaphore avait pour but principal de soulever des inquiétudes concernant la pérennité du fonctionnement de la fondation en proposant comme solution la création d'un fonds d'investissement pour palier à ce risque. Katherine Maher, directrice de la fondation à cette époque rassura toute fois l'auteur en lui signalant qu'un fond de dotation Wikimedia (Wikimedia Endowment)[W 128] existait déjà depuis 2016 avec pour but d'atteindre 100 millions de dollars américain en 2026 alors qu'il a déjà engrangé en janvier 2020 la somme de 58 millions[W 129].

Pour un observateur extérieur au mouvement tel le journal Quartz, la fondation Wikimedia n'est sujette à aucun risque financier étant donné que ses dépenses restent constamment au-dessous de ses revenus. Au contraire, elle affiche une marge d'exploitation saine qui fait bien mieux que ses concurrents[W 130]. Du reste, deux ans avant ce commentaire, le Washington Post se demandait déjà pourquoi il faudrait donner son argent à une organisation qui en a déjà « une tonne », tout en remarquant au passage que dans une telle situation, les messages de récoltes de fonds étaient abusivement alarmants[W 131].

Qu'un journaliste compare la fondation reconnue comme organisme sans but lucratif et non gouvernemental à des firmes commerciales me pose ainsi question. Contrairement à la plupart des sites .com dont le but est de rapporter le plus d'argent aux propriétaires et investisseurs, les sites du mouvement Wikimédia sont en effet là pour répondre à une mission de partage du savoir humain et normalement rien d'autre. Cette comparaison entre des organismes aux missions si différentes apparait donc à mes yeux comme un premier indicateur d'une dérive qui sera débattue à la fin de ce chapitre.

Au terme de cette section, j'aimerais enfin attirer l'attention sur le fait que l'utilisation quasi exclusive de l'espace web comme support de partage de la connaissance au sein du mouvement wikimédia demande effectivement de sérieux investissements financiers. Nous avons vu qu'en matière d'infrastructure matérielle et surtout en matière de main d’œuvre hautement qualifiée, le maintien et le le développement de l'infrastructure wikimédia justifie actuellement environs la moitié de l'argent dépensé au sein du mouvement. Afin de rendre plus visible et compréhensible toute cette activité, abordons à présent l'histoire du développement technologique au sein du mouvement Wikimédia.

Introduction à la technologie Wikimédia

Dix ans de participation active au sein des espaces éditoriaux Wikimédia m'auront donné l'occasion d'assisté à toute une série de changements techniques qui auront littéralement transformé mon expérience utilisateur. À partir de 2010, la fondation commença effectivement à s'investir plus sérieusement dans l'amélioration de l'expérience utilisateur[W 132] et dès l'année 2013 les innovations au niveau des fonctionnalités n'ont faite que se succéder. Ce choix de la fondation fut pour moi une démarche réellement salvatrice pour la rédaction en ligne de cette présente thèse de doctorat. Durant l'été 2011, lorsque je rédigeais mon mémoire de fin de master sur Wikiversité, je n'avais d'autre choix que de rédiger son entièreté au départ d'une syntaxe HTML simplifiée appelée WikiCode. C'était deux ans avant qu'apparaissent les fonctionnalités de type Ajax ou WISIWIG déjà en vogue sur les réseaux sociaux pour permettre d'éditer les pages avec une interface proche d'un traitement de texte simplifié et donc sans voir apparaitre aucun code informatique.

À l'époque de mon travail de fin d'étude de master, il n'y avait pas non plus de système de notification des messages adressés aux autres utilisateurs en dehors d'un avertissement lorsque l'on était contacté sur sa propre page de discussion utilisateur. Pour facilité mes échanges durant mon travail de master, j'avais d'ailleurs improvisé la création de sous pages de discussions dans le but d'établir des dialogues avec les membres de la communauté[W 133]. Sans ces deux changements majeurs concernant l'édition et la communication au sein des projets Wikimédia, la réalisation de cette thèse aurait donc demandé beaucoup plus de travail pour sa rédaction alors que certains dispositifs dialogiques auraient été certainement moins efficaces.

Voici pour se faire une idée de la relative complexité du wikicode, un contenu relativement simple contenant une phrase avec une référence, un hyperlien, une image, et un simple tableau à quatre entrées, dont le wikicode sera affiché par la suite[N 18].


Image tirée de l'ouvrage Jupes troussées[B 21] trouvé sur Wikisource avec cette note fictive et un simple tableau.

Image démo
Fig. 4.16. Image démo (source:https://w.wiki/32hj)
Tab. Fictif
A B
a 1 2
b 3 4

---- Image tirée de l'ouvrage ''Jupes troussées''<ref group="B">{{Ouvrage|prénom1=E.|nom1=D|titre=Jupes troussées|éditeur=Imprimerie de la société cosmopolite|date=1889|lire en ligne=https://fr.wikisource.org/wiki/Jupes_trouss%C3%A9es|consulté le=2021-02-26}}</ref> trouvé sur [[w:fr:Wikisource|Wikisource]] avec cette note fictive<ref group="N">Note fictive pour démonstration du WikiCode</ref> et un simple tableau. [[Fichier:Jupes troussées-Bandeau-8.jpg|alt=Image démo|gauche|vignette|Image démo (source:https://w.wiki/32hj)]] {| class="wikitable sortable"|+Tab. Fictif !!A!B|-|a|1|2|-|b|3|4|}{{Clear}} ----


Il faut enfin rappeler que la mise en place des nouvelles fonctionnalités sur Wikiversité comme sur les autres projets doit toujours faire l'objet d'une prise de décisions au sein de la communauté selon un processus aussi rébarbatif qu'incontournable. Comme exemple parlant, je cite ici une prise de décision organisée sur Wikipédia de 2012 dans le but supprimer les crochets entourant les renvois vers les notes et références, (exemple[1] - exemple1). La décision ne fut prise qu'après 22 jours de discussion et 27 jours de votes durant lesquels auront participé 174 utilisateurs[W 134]...

Cette modification de l'apparence des indices de renvoi vers les références aura pu être faite par un contributeur bénévole disposant de statuts et d'outils techniques expresse accordé par la communauté suite à un vote[N 19]. Mais d'autres modifications sont impossibles à réaliser au départ d'un simple navigateur web. Dans ce cas de figure, la communauté d'éditeurs doit alors se rendre sur le site Wikimedia Phabricator[W 135] pour faire la demande de changement à un groupe de développeurs qui disposent d'un accès direct et privilégié aux serveurs informatiques.

Composé de salariés de la fondation et de bénévoles accrédités, ce groupe d'informaticiens effectue ainsi tous les mois des milliers de modifications de code[B 22] sur demandes de la fondation ou selon les souhaits de la communauté d'éditeurs[W 136]. Lorsque les souhaits et les volontés de la fondation s'opposent à ceux de la communauté d'éditeurs, cela peut alors parfois aboutir à des situations conflictuelles comme cela va être illustré par quelques moments-clefs récupérés au sein des archives du mouvement précédemment citées et auxquelles s'ajouteront cette fois le journal d'actualité technique du logiciel MediaWiki[W 137] et le journal des étapes importantes des projets Wikimédia[W 138],

L'histoire technologique du mouvement

Au niveau francophone, l'évolution technique Wikimédia débutera le 11 mai 2001 avec la création du site french.wikipedia.com un peu moins de quatre mois après la création de Wikipédia en anglais[W 139]. Les projets frères de Wikipédia apparaîtront par la suite avec en premier lieu le Wiktionnaire, lancé en décembre 2002 dans sa version anglophone[W 140] et un an et demi plus tard pour sa version francophone. Viendront ensuite tour à tour les autres projets éditoriaux dont Wikidata sera le dernier en date a nécessité d'une nouvelle installation de logiciel MediaWiki sur les serveurs Wikimédia en 2012.

Suite à la création de Wikipédia, il ne fallut ensuite attendre pas plus tard qu'octobre 2002 pour qu'apparaisse au sein de Wikipédia en anglais un premier bot intitulé Rambot. De manière comparable à Lsjbot dont il fut déjà question dans ce chapitre, ce premier bot avait pour mission de créer automatiquement 33,832 articles concernant une liste des villes américaines fournie par le bureau du recensement des États-Unis[B 23]. Tout comme Lsjbot, Rambot fut à l'origine de critiques virulentes sans qu'il soit toujours possible de savoir si elles s'adressaient au robot ou à son créateur[V 4]. De ces discussions, aura vu le jour une nouvelle politique au sein du projet afin de distinguer l'humain de l'automate au niveau des comptes utilisateurs[B 24]. En octobre 2020, alors qu'il y a 82 robots actifs sur Wikipédia[W 141] et 9 sur Wikiversité[W 142], leur mise en fonction doit être soumise à l'approbation de la communauté avec au moins 75% de votes favorables.

À côté de ses programmes d'édition automatique, apparaîtront aussi de nombreux programmes voués à la protection des projets face aux utilisateurs malveillants tel que les spammeurs ou vandales de tout type. Certains de ces algorithmes sont aussi des bots qui fonctionnent au départ d'un compte utilisateur, alors que d'autres apparaissent sous forme d'extensions du logiciel MediaWiki tel que le système AbuseFilter qui bloque l'ajout de certains liens externes non désiré au sein des projets[W 143]. D'autres programmes fonctionnant en JavaScript cette fois peuvent aussi être activés individuellement au départ d'un compte utilisateur pour offrir de nouveaux outils de contrôle au départ d'une interface graphique. C'est par exemple le cas du programme LiveRC qui permet de voir défiler en temps réel toutes les nouvelles modifications faite au site tout en étant muni d'une panoplie d'outils de communication et d'intervention (voir figure 4.12. ci-dessous).

Copie d'écran de l’interface de LiveRC en 2014
Fig. 4.17. Copie d'écran de l'interface de LiveRC en 2014 (source : https://w.wiki/34oJ)

En septembre 2004 apparu la plate-forme Wikimedia Commons grâce à laquelle il fut désormais possible de centraliser en un seul lieu presque tous les fichiers utilisés sur l'ensemble projets de manière à pouvoir supprimer les doublons et donc réduire les besoins du mouvement en espace de stockage informatique. Sur ce site, d'autres innovations faciliteront ensuite la recherche, la consultation et le visionnage des fichiers hébergés.

L'année 2004 vit aussi apparaitre au sein des projets un nouvel espace de noms intitulé modèle dont le but cette fois est de centraliser sur une seule page un travail qui autrement aurait dû être effectué de manière récurrente sur de nombreuses pages. Ce système a aussi pour avantage d'homogénéiser l'apparence des projets tout en offrant la possibilité d'un changement qui sera effectif sur de multiple pages en une seule action. Cet espace de nom tout comme de nombreux autres destinés à la catégorisation, aux discussions, à l'entraide, à l'organisation et la gouvernance des projets sont peu visibles par rapport aux pages destinées aux lecteurs de contenus. Les pages situées dans ces espaces de nom représentent ainsi la face cachée de l'iceberg des activités d'écriture au sein des projets. Elles sont par exemple dans le projet Wikipédia en français, quatre fois plus nombreux que les pages encyclopédiques[W 141] et deux fois plus nombreuses sur la Wikiversité francophone par rapport aux pages dédiées à l'enseignement et la recherche[W 142].

Au début du mois d'août 2005 et lors de la première rencontre Wikimania à Francfort[W 144], les administrateurs de Wikipédia qui réfléchissaient à une meilleure protection de leur encyclopédie et se mirent d'accord sur le fait qu'il n'était « pas question de geler des pages entières en attente de validation. »[B 25]. Une décision importante et courageuse dès lors qu'on la replace à une époque où l'édition de Wikipédia était entièrement ouverte et que les seuls outils pour protéger les modifications malveillantes étaient le blocage de compte ou d'adresse IP et la protection de pages qui devenaient dès lors uniquement modifiables par les administrateurs du site.

Sans le savoir, cette réunion anticipait un premier grand scandale apparu le 5 décembre 2005 suite à la découverte de propos diffamatoires au sein de l'encyclopédie anglophone affirmant que le journaliste John Seigenthaler était impliqué dans l'assassinat de John F. Kennedy. Suite à cette affaire qui eu un très grand retentissement médiatique, Jimmy Wales décida d'obliger les contributeurs de Wikipédia en anglais à créer un compte utilisateur avant de pouvoir créer de nouveau article[B 26]. Ce choix ne sera cependant pas mis en place sur les autres projets wikimédia et versions linguistiques de Wikipédia.

Par contre, une nouvelle fonction fut pour sa part généralisée dans le but d’interdire aux utilisateurs non enregistrés et aux comptes nouvellement créés d'éditer les pages « semi-protégées » par les administrateurs. Dans la même foulée, des nouveaux statuts de surveillance et de contrôle furent mis en place pour permettre à certains utilisateurs de confiance de contrôler l'adresse IP d'un compte enregistré (statut de Vérificateur d’utilisateur[W 145]) ou de rendre invisible une page ou certaines de ces modifications invisible aux utilisateurs qui ne bénéficient pas du même privilège (statut de masqueur de modification[W 146]).

Ce sera ensuite en 2006 qu'apparu le projet Incubator comme lieu de maturation de nouvelles versions linguistiques des projets déjà existants[W 147] à l’exception du projet Wikisource qui bénéficie d'une plateforme indépendante hébergée à l'adresse wikisource.org[W 148] et du projet Wikiversité bêta apparu peu de temps après Incubator sur site un séparé bien qu'il soit similaire en matière d'activités. L'année 2007 quant à elle fut marquée par l'arrivée de 56 nouveaux serveurs et de nouveaux équipements réseau ainsi que l'apparition de la fonctionnalité FlaggedRevs qui permet aux relecteurs et contributeurs d'évaluer les révisions des articles et de choisir celles qui seront affichées par défaut aux yeux des visiteurs[W 149]. Alors que cette fonctionnalité est utilisée par défaut sur la quasi totalité des articles sur Wikipédia en allemand, elle n'aura pas le même succès au sein de tous les projets puisque sur le projet anglophone par exemple, elle n'est utilisée que sur 0.05 % des articles[W 150]. 2007 fut aussi pour les communautés de Wikipédia l'arrivée de ce que la communauté de Usenet avait appeler le septembre éternel pour illustrer le fait que l’afflux de nouvel utilisateur ne se concentrait plus au mois de septembre à la rentrée des étudiants, mais bien toute l'année[V 1].

Alors que l'année 2008 fut marquée par l'apparition d'une interface de programmation qui offrira au logiciel MediaWiki la possibilité d'échanger des informations ou autres types de services avec d'autres logiciels distants, celle de 2009 le fut par le développement du projet usability et de son site wiki dédié à une augmentation mesurable de la convivialité de Wikipédia envers les nouveaux contributeurs et selon des modifications faites au logiciel MediaWiki basées sur des études comportementales réalisée parmi les utilisateurs dans le but de réduire les obstacles à la participation[W 151].

C'est par la suite durant l'année 2010 qu'apparut une crise important au sein du mouvement au départ d'une accusation portée par Larry Sanger selon laquelle Wikimédia Commons hébergeait de la pornographie infantile. Cette information reprise par les médias avait poussé Jimmy Wales à supprimer tout un lot d'images sans concertation de la communauté d'éditeurs. Certaines d'entre elles étaient des images artistiques telles celle de Thérèse d'Avila dessinée par le peintre belge Félicien Rops. Le comportement de Jimmy Wales provoqua une réaction si vive au sein de la communauté qu'elle poussera le cofondateur de l'encyclopédie à se destituer lui-même de ses droits d'administration sur l'ensemble des sites Wikimedia le 9 mai 2010[W 152]. Cette crise se poursuivit en novembre de la même année lorsque le projet d'installation d'un filtre pour images indécentes, dangereuses, et culturellement inacceptables aux yeux de la fondation, provoqua au sein du projet Wikipédia en allemand des discussions au sujet d'une possible scission avec le mouvement Wikimédia[B 27] qui finalement empochèrent au projet de filtrage de voir le jour.

Durant l'année 2011 apparurent comme nouveautés technologiques, le protocole sécurisé HTTPS sur l'ensemble des sites, la possibilité de spécificité son genre sur les comptes utilisateurs et le démarrage du projet Wikimedia Labs comme un environnement utilisant des machines virtuelles pour effectuer des tests, essais et l'expérimentation diverse avant leur application réelle au sein de projets[W 153]. Ce projet fut par la suite remplacé en 2017 par le Wikimedia Cloud Services qui fournit actuellement des outils, des services et un soutien aux collaborateurs techniques qui souhaitent contribuer aux projets de logiciels Wikimedia[W 154].

Suite à l'apparition de l'Internet mobile et une consultation de plus en plus grande des projets Wikimédia au départ d'appareils mobiles, le mouvement commença dès lors à s'intéresser de plus en plus à ce nouveau type d'utilisateur en produisant dès 2011 les premières applications mobiles Wikimedia[W 155]. Apparues jusqu'en 2013 pour être améliorées ensuite, ces premières applications répondaient ainsi à un marché en plein expansion[W 156]. Parmi celles-ci figurent une application qui permet aujourd’hui de consulter et modifier les page de Wikipédia mais aussi une autre dédiée à Wikimedia Commons pour faciliter la consultation des fichiers présents dans la médiathèque et le téléchargement ou le transfère de nouveau contenu situé sur l'appareil mobile.

Peu de temps après en 2012 et toujours dans une optique orientée Internet mobile, le Wikipedia zero[W 157] qui imitera les actions de marketing direct du projet Facebook zero lancé deux ans au par avant et qui permit à la compagnie de conquérir le marché africain à une époque ou 99% de l'accès à Internet se faisait au départ d'appareils mobiles[B 28]. Suite à une baisse d'intérêt des utilisateurs selon les dires de la fondation[B 29], mais sans doute aussi en raison des critiques liées à la neutralité du net[B 30], le programme Wikipédia Zéro dans lequel était associés 97 opérateurs de téléphonie mobile dans 72 pays[W 158] prit fin en 2018,

Le système « Internet zero » s'est par ailleurs montré particulièrement problématique dès lors que des sondages firent apparaitre que des personnes signalant en même temps ne pas utiliser Internet mais régulièrement Facebook[B 31]. L'accès gratuit aux sites en Angola et au Bangladesh par exemple devinrent d'autant plus problématiques pour Wikimédia que certaines personnes utilisaient le service d'hébergement de fichier Wikimédia Commons pour stocker des photos personnelles ou partager de manière illicite des films sous copyright[B 32], De par ma propre expérience, je peux aussi affirmer qu'il me fut impossible d'utiliser les services Wikipedia Zero en Inde alors qu'au Ghana la fonctionnalité n'était pas gratuit contrairement à ce qui était indiqué sur la page de connexion.

Le 30 octobre de cette même année 2012 fut présenté le projet Wikidata qui concrétisa l'entrée du web sémantique au sein de l'écosystème Wikimédia. En reposant lui aussi sur le logiciel Meta-Wiki, mais avec une nouvelle extension intitulée Wikibase, ce projet permet la création de pages non plus au départ du langage naturel, mais en faisant référence à un nombre de telle sorte à ce que les entités signifiées dans Wikidata puissent être réutilisées avec des signifiants divers dans les nombreuses langues actives au sein des projets. Cette nouvelle fonctionnalité technique déclencha à nouveau de nombreuses discussions et prise de décision au sein des projets pour en modérer son utilisation comme en témoigne une procédure sur Wikipédia en français qui commença le 9 octobre 2015 pour se clôturer un an plus tard seulement le 28 octobre 2016[W 159].

Alors que le multilinguisme fut mis en avant grâce au sélecteur universel de langues[W 160], une autre nouveauté technique importante de l'année 2012 fut aussi la création d'une nouvelle équipe intitulée « Growth » (croissance en français). L'une des premières actions de celle-ci fut de fournir aux éditeurs Wikimédia un outil permettant de remercier d'autre contributeur en deux cliques seulement. Cette fonctionnalité basique dans sa forme représenta pourtant une nouveauté majeure par le fait qu'elle concrétisait pour la première fois au sein des projets une fonctionnalité visant à apporter un commentaire positif à la modification d'autrui. Une étude d'incidence en 2019 semble par ailleurs confirmer l'effet d'encouragement tant des éditeurs expérimentés vers les plus novices que l'inverse[B 33].

L'année 2013 apparu décisive dans l'évolution technique du mouvement et ce en raison peut-être d'une réputation de retardataire issue d'un article du MIT Technology Review affirmant que les projets Wikimédia ont « peu changé en une décennie » et que « rarement de nouvelles choses dans l'espoir d'attirer les visiteurs »[B 14][N 20]. L'arrivée de l'éditeur visuel durant cette même années, marqua donc une des évolutions technique majeur au sein du mouvement. Proche en apparente à un traitement de texte, son acceptation par la communauté des anciens éditeurs ne fut pas pour autant des plus aisées[B 14]. Sa mise en place ne put en outre se faire que suite à des prises de décisions au sein des différents projets similaire à celle que j'ai pour ma part lancée sur Wikiversité en février 2014[W 161].

2013 fut aussi l'année d'introduction de nouveaux systèmes de notification echo qui permet d'attirer l'attention d'un utilisateur enregistré au départ de n'importe quelle page d'un des sites Wikimédia en y créant simplement un hyperlien pointant vers sa page et en signant le message[W 162]. Les notifications engendrées par ce système apparaissent en haut des pages des projets Wikimédia dès que l'on s'y connecte et peuvent aussi faire l'objet d'un courrier électronique selon les préférences utilisateurs individuelles.

Toujours durant l'année 2013 apparu un journal semestriel destiné à l'ensemble de la communauté pour lui faire part de l'actualité technique au sein du mouvement. Dès sa première édition en date du 20 mai 2013[W 163] il devint ainsi possible de consulter en 21 langues et semaine pas semaine, l'archivage de tous les annonces techniques adressée au mouvement. Celle-ci sont répertoriées par rubriques qui regroupe les changements récents, changements à venir, problèmes, erratum et réunions auxquelles tous les contributeurs wikimédiens sont invités à participer pour présenter certaine anomalie. Dans cette chronique on sera informé par exemple de la naissance de nouveaux projets ou versions linguistiques, des modifications et mises à jour du logiciel MediaWiki, de ses nouvelles extensions, des offres d'emploi au sein de l'équipe technique, de certaines décisions politique ayant une incidence sur la technique, etc.

Apparu enfin au cours de cette année 2013 la fonctionnalité Flow qui permet d'utiliser plus facilement les espaces de discussions au sein des projets grâce à un éditeur visuel qui permet de se passer du Wikicode[W 164]. Cette extension ne reçut cependant pas un accueil chaleureux au sein de la communauté des contributeurs et fut même interdite d'utilisation sur le projet Meta-Wiki qui en dénonce le risque de perte des informations au sein des conversations lors des archivages qui deviennent dès lors plus difficilement réalisables[W 165].

2014 pour sa part fut l'année d'apparition de la plateforme Phabricator en remplacement de Bugzilla[W 166]. Cette année sera aussi marquée par un épisode important pour la communauté Wikimédia qui concerna à la fois l'aspect technique et politique du mouvement. Il s'agit d'un conflit entre la communauté d'éditeurs bénévoles au sein des projets et la fondation Wikimédia suite à l'arrivée d'une visionneuse de médias et d'un nouveau statut de protection des pages accordés à ces salariés. Le déroulement de cette nouvelle crise aboutit dans un premier temps à une lettre ouverte adressée le 19 août 2014 à la Wikimedia Foundation et signée par 982 éditeurs aux origines linguistiques diverses. En voici un extrait :

« Le statut de « superprotection » qui a été lancé pour garder active la fonctionnalité Visionneuse de Médias est encore plus extrême :pour la première fois, un outil logiciel a été conçu pour « réduire la capacité » des communautés Wikimedia à « éditer les pages », en donnant cette capacité exclusivement à des membres non-élus de l'équipe Wikimedia. »[W 167]

Afin d'outre passé les décisions prises par la communauté germanophone de Wikipédia qui considérait prématurée l'arrivée du nouvel outil de visionnage, le statut super-protection offrait donc aux employés de la fondation la possibilité de bloquer les actions des administrateurs bénévoles élus par leur communauté. Suite à ce qui s'était passé sur le projet allemand, la communauté bénévole internationale toute entière se mobilisa sur le site Meta-Wiki en ouvrant un appel à commentaire pour demander le retrait du statut super-protection accordé aux salariés[W 168]. Le conflit se calma ensuite et la fondation Wikimédia finit par supprimer la fonctionnalité de super-protection en novembre 2015 alors qu'il n'avait jamais plus été utilisé[W 169]. Dans son aboutissement, cet épisode aura finalement conscientisé la fondation sur la nécessité de mise en place d'un d'un processus de développement de produit incluant dès le départ la communauté d'éditeurs bénévoles[W 169].

L'année 2015 vit aussi naître son lot de nouveauté avec un outil de traduction de page d'une version linguistique à une autre[B 34], la généralisation d'un système de compte global actif sur tous les projets[W 170], la possibilité de compiler des articles d'un projet pour en composer un livre, l'arrivée de l'application I-phone, la mise en place de Citoid qui permet la création automatique d'une référence bibliographique au départ d'une simple adresse URL, un test de sécurité[B 35], la possibilité de publier des graphiques avec l'éditeur visuel et surtout la création d'un service d'évaluation objective pour des révisions faites aux modifications des projets reposant sur une intelligence artificielle (ORES)[W 171].

Un autre évènement de 2015 sur lequel il me semble important d'attirer l'attention fut aussi le lancement de la première consultation des souhaits de la communauté qui concrétisera un réel rapprochement entre la communauté d'éditeur et les développeurs techniques[W 172]. Au départ d'une page du site de Meta-Wiki et suite à un appel généralisé, chaque contributeur est ainsi invité à exprimer un souhait par rapport à un problème ou une nécessité technique rencontrée dans le cadre de son travail bénévole. Après un tri et un classement en fonction du nombre des personnes qui auront appuyé tel ou tel proposition, l'équipe technique détermine alors les propositions retenues qui feront l'objet d'un développement dans le courant de l'année. Ce projet fut très certainement inspiré par le bisannuel Technical Wishes Project lancé en 2013, 2015, 2017, 2019 et 2020[W 173] sur Wikipédia en allemand dont le but aussi d'identifier et hiérarchiser les exigences techniques des divers utilisateurs de manière collaborative sur base d'enquêtes et d'ateliers[W 174].

L'année 2016 sera le théâtre d'une nouvelle crise concernant cette foi un manque de transparence au sujet de la création d'un moteur de recherche[W 175] intitulé Knowledge Engine[W 176] au sein du département Wikimédia Discovery dédié à l'amélioration de l'expérience Wikimédia[B 36]. Cet épisode plongea le mouvement dans un tel désarroi que cela abouti à la démission de la directrice exécutive de la fondation dans le courant de la semaine du 21 février 2016[W 177] alors que plusieurs salariés et membres du conseil d'administration quitteront le leur leur en raison de leur indignation[B 37].

Knowledge Engine avait sans doute pour origine un vieux rêve de Jimmy Wales évoqué en 2006 déjà dans le cadre des activités de sa société Wikia[N 21] lorsqu'il fit la présentation d'un moteur de recherche baptisé Wikiasari. 10 ans plus tard, il devait ainsi être financé à concurrence de 2.5 millions de dollars américains offert en partie par la fondation Knight. Mais la fuite d'un document et finalement sa publication officielle du 11 février 2016 qui permis à la communauté Wikimédia et la presse de découvrir le projet gardé secret qui aura peut-être motivé la cooptation au conseil d'administration de la fondation Wikimedia de Arnnon Geshuri, un ancien dirigeant des ressources humaines de Google impliqué dans un procès antitrust touchant des employés high-tech. Ce dernier finit cependant par démissionner de son post suite un nouvel appel à commentaire lancé par la communauté[W 178].

Selon la contributrice Molly White qui en fit une ligne du temps accessible sur le net :

Durant la période 2014-2016, la Wikimedia Foundation aurait ainsi souffert d'un manque de communication avec la communauté des rédacteurs, d'un manque de transparence et de la perte soudaine de nombreux membres du personnel. Certains de ces problèmes étaient liés aux efforts de Wikimedia Discovery, d'autres semblaient provenir de la haute direction. L'agitation et le mécontentement étaient visibles tant au sein de la communauté des rédacteurs que de la Wikimedia Foundation elle-même[W 179].

Suite à ce bouleversement au sein du mouvement, l'année 2016 sera riche en amélioration des systèmes déjà existant avec par exemple une meilleure intégration des données géographiques en provenance d'Open Street Map. Elle fut aussi l'année de lancement d'un nouveau bulletin d'information mensuel produit par l'équipe Globale collaboration en charge des services de notifications, de discussions structurées et de révision des contributions. Le premier exemplaire de ce bulletin traduit en six langues fut diffusé en octobre[W 180] et son dernier en 14 langues en mars 2018.

2017 marqua pour sa part le renforcement des outils de contrôle des projets et des pages que l'on y crée grâce à une refonte du site d'analyse statistique des projets Wikimédia stats.wikimedia.org, et aussi l'arrivée de nouveau outils de protections des projets tel-que un système de blocage par cookie empêchant une personne utilisant un même ordinateur de contourner un blocage en changeant de compte utilisateur ou d'adresse IP[W 181] et de Nouveaux filtres pour la révision des contributions[W 182] et les pages de modification récente[W 183]. Ces innovations qui apportent une aide au contrôle des modifications d’autrui seront toute fois modérée par un système obligeant les administrateurs à laisser un message lorsqu'il bloque un utilisateur, supprime une page ou bloque les modifications.

C'est aussi durant l'année 2017 que sera lancé une initiative de santé Communautaire visant à « aider la communauté des bénévoles de Wikimedia à réduire le niveau de harcèlement et de comportement perturbateur »[W 184]. Soutenu par des employés de la fondation cette initiative aura permis en 2017 de mettre en place de nouvelle configuration donnant la possibilité pour les comptes utilisateurs de créer une liste noire d'utilisateur pour bloquer les notifications[W 185] ou l'envoi de courriel[W 186].

De manière continue durant cette année, d'autres initiatives techniques ont aussi amélioré l'expérience des contributeurs au sein des projets, d'une part en aidant les nouveaux arrivant une extension GuidedTour pour accompagner leur découverte[W 187], un nouveau système de citation automatique possible au départ de l'ISBN d'un ouvrage avec Citoid[W 188] et une extension Interface de conflit de modification basé sur les paragraphes qui permet plus facilement de résoudre le problème qui arrive lorsque quelqu'un à changer une page entre le début et la fin d'une de vos modifications[W 189]. Quant aux simples lecteurs, ils auront aussi profité de l'arriver d'une améliorations des résultats de la recherche inter-wikis grâce la possibilité de poursuivre une recherche identique au départ d'un projet sur les autres projets.

L'année 2018 encadrera le renforcement des innovations antécédentes tel que l'éditeur visuel les applications smartphone la gestion des conflits d'éditions, l'extension Citenotice et autre fonctionnalité des Wikis en général. Les préférences globales communes au sein de tous les projets au départ d'une page unique[B 38] verront aussi le jour, un nouvel outil de recherche appelé Ereka[B 39], de précieux outil de sauvegarde automatique dans l'éditeur visuel[W 190], la création d'un nouveau statut d'administrateurs d'interface[W 191], la venue d'une nouvelle politique de Politique de sécurité du contenu et le lancement du projet croissance[W 192]. Tout ceci alors que les réunions avec l'équipe Édition sont par contre supprimées en raison d'une trop faible participation[W 193]. Autre fait marquant pour cette année, les administrateurs ne peuvent plus se débloquer eux-mêmes mais pourront bloquer uniquement la personne qui les aura bloqués[W 194].

En consultant les archives sur l'actualité technique de 2019 on y découvre l'intégration de Google translate dans outils de traduction, la possibilité de bloquer partiellement l'édition d'une page ou d'un espace de nom[W 195], de contribuer sur Wikidata au départ d'un appareil mobile[W 196], un réducteur d'URL[W 197], de nouvelles fonctionnalités visant à enrichir les données structurées[W 198] des fichiers commons, un lecteur de fichier midi intégré et un nouveau lecteur vidéo. Relevée par la presse cette fois, ce sera une importante cyberattaque[B 40] qui aura marqué les titres au sujet de Wikimédia. Bien que l'attaque ne fut apparemment pas politiquement motivée, elle aura permis toute mit en évidence le fait que par rapport à d'autres, l'infrastructure Wikimédia est « plus facile à atteindre sans utiliser des moyens démesurés »[B 41]

L'historique de l'année 2019 fut aussi une belle occasion de mettre en évidence les différentes implications de la communauté au sein des projets éditoriaux grâce à une consultation des souhaits de la communauté spécialement dédiée aux autres projets que Wikipédia« projets hors contenus wikipédiens »[W 199]. Un tel choix sous entend bien entendu l'importance que la communauté apporte au projet encyclopédique même si plus récemment, le projet Wikidata aura aussi attiré beaucoup d'attention et de moyens financier pour répondre à cette ambition de développer un web sémantique[B 42].

En classant les 72 souhaits formulés au profit des « petits projets » il est ainsi possible d’opérer un classement indicatif dans lequel apparait en tête le projet Wikisource avec 28 propositions récoltées, suivi du Wiktionnaire qui en récolte 20, lui-même suivi du projet Wikiversité qui en bénéficie de 11, alors que les 5 autres projets restant ne dépasseront pas les 5 propositions.[W 199]. A terme, cette consultation fut à l'origine des Small wiki toolkits dédié à la maintenance des petits projets.

L'année 2020, dernière à être passé en revue dans cette section aura vu le coup d’envoi d'un nouvel outil de discussion[W 200] et de sa fonctionnalité Replying[W 201], d'une traduction de contenu en développement depuis 2019 pour bénéficier du service de traduction automatique de Google[B 43], de nouvelles fonctionnalités de gestion des IP visant à une amélioration de la confidentialité et limitation des abus[W 202] et d'un nouveau statut d'administrateur de l'outil abuse filter[W 203].

À cela s'ajoute ensuite le projet Abstract Wikipedia (nom provisoire) comme dernier évènement majeur de l'évolution technique Wikimédia qui permettra à terme de créer de nouvelle version linguistique de Wikipédia au départ des données structurées du projet Wikidata au sein duquel il s'intègre. Pour ce faire, Abstract Wikipédia utilisera un nouveau type de code appelé Wikifonctions qui permettra de traiter les données structurées de Wikidata pour répondre à des questions dans toutes les langues[W 204]. Pour les projets Wikipédia déjà existants Abstract donnera la possibilité de faire des mises à jour automatique d'informations factuelles et standards grâce à l'intégration de fonctions au sein de l'éditeur de texte[B 44].

Au niveau de l'avenir cette fois, le mouvement Wikimédia pourrait enfin apparaitre comme un espace privilégier dans le traitement des questions éthiques posées par le développement de l'intelligence artificiel. Selon Jonathan T. Morgan, la transparence, les mécanismes de conceptions et de prise de décisions qui reposent sur des valeurs et le consensus, semblent en effet rassembler les composantes nécessaires pour prévenir les dérives néfastes et dommageable dans le développement des technologies de l'intelligence artificielle[W 205].

Une seconde leçon d'histoire

Après cette longue et quelque peu rébarbative revue de l’évolution technique du mouvement Wikimédia qui est loin d'être exhaustive, il devient plus facile de comprendre à quel point le maintient d'une infrastructure technique dédiée au support des activités numériques d'une communauté d'éditeurs peut être à la fois laborieuse, complexe et onéreuse. Face à ce constat, les besoins financiers du mouvement et en particulier ceux de la fondation qui a en charge le support, la maintenance et l'amélioration de l’infrastructure technique et donc l'engagement d'une main d’œuvre hautement qualifiée, apparaissent de manière beaucoup plus explicite.

Ce petit voyage dans l'histoire nous permit aussi de nous rendre compte à quel point et même sous quelle forme l'héritage de la contre-culture hacker a pris place au sein du mouvement Wikimédia. Au sein de sa communauté semble en effet exister de nombreux lanceurs d’alertes qui ont gardé comme pratique l'usage des appels à commentaires dans le traitement des polémiques et controverses qui ébranle le mouvement. Appelé Request For Comments ou RFC en anglais, l'appel à commentaire est effectivement une pratique de concertation ouverte, coopérative et égalitaire pouvant apparaitre comme l'idéal d'une communauté scientifique[B 45] qui fut mise au point en avril 1969 par Steve Crocker dans le cadre de ses activités de création d'ARPANET au sein du Network Working Group[B 46].

Au delà de l'esprit contestataire à l'encontre de toute forme de hiérarchie statutaire ou élitiste, du refus des valeurs marchandes, c'est donc aussi tout un ensemble de pratiques dont le mouvement Wikimédia se voit l’hérité de sa préhistoire numérique. Parmi celles-ci figurent la recherche de consensus, mais aussi et comme l'aura démontré l'épisode de Knowledge Engine, une grande intransigeance sur les questions de transparences, elle aussi reconnue comme héritage de la philosophie de la contre-culture américaine des années 60[B 47].

Face à cette situation, la fondation Wikimédia et les organisations affiliées au mouvement paraissent éprouver beaucoup de difficultés pour assimiler toutes ces valeurs, principes et pratiques qui semblent finalement toujours prendre le dessus sur ce qui est décidé au sein du mouvement. Comme explication partielle à ce phénomène pourrait bien apparaitre l'interdiction pour le personnel de s’investir en tant qu'éditeur au sein des projets et donc quelque part de se familiariser avec la culture des éditeurs bénévoles. Ceci alors qu'à contrario et comme cela a été vu dans le deuxième chapitre de ce travail, les éditeurs bénévoles pour leurs parts bénéficient d'un accès ouvert à une très grande partie des activités propres aux organisations.

L'histoire technologique du mouvement nous a aussi permis de voir à quel point et pour quelles raisons le moindre changement technique mis en place au sein des projets apparait aux yeux des communautés d'éditeurs comme un choix politiques, ou pour le moins managérial, qui doit faire l'objet d'un débat et d'un consensus au sein de la communauté. En ce sens, la communauté Wikimedia apparait diamétralement opposée aux jeunes utilisateurs de réseaux sociaux, et parfois moins jeunes, insouciants des incidences et influences de l’environnement numérique auquel ils confient parfois des choses les plus intimes de leur vie privée.

Les contributeurs Wikimédia apparaissent donc comme un public particulièrement avisé sur le potentiel du traitement informatique caché derrière leurs écrans. Loin d'être exhaustive, la liste des bots, programmes et algorithmes cité précédemment ne représente en outre qu'une petite partie de de tout l'arsenal possible et imaginable que les géants du web peuvent mettre en œuvre pour servir leurs propres intérêts sans forcément se soucier de ceux des utilisateurs de leurs services. Car il est fort probable en effet que la seule limite à l'instrumentalisation des clients des grandes firmes commerciales qui s'accaparent l'espace web est celle d’augmenter et de maintenir autant que possible la fréquentation de leurs services.

Du reste, ce désir de rétention pose aussi question au sein du mouvement Wikimédia puisqu'on y observe aussi que la fondation Wikimédia met en place diverses pratiques de marketing tel que Wikipedia zero, la diffusion de clips publicitaires en partenariat avec Orange[N 22] et la mise en place de programme de rétention, dans le but d’accroître et de maintenir l'utilisation de Wikipédia. Ces démarches que l'on pourrait qualifier de commerciales sont ensuite d'autant plus problématiques qu'elles sont toujours axées sur le projet encyclopédique uniquement au même titre semble-t-il que le développement des applications mobiles. Nous reparlerons de ce sujet en fin de chapitre dans une section dédiée aux dérives de la mission que l'on peut observer au sein du mouvement, mais avant cela, abordons à présent l'histoire politique du mouvement Wikimédia.

L'histoire politique du mouvement

De par sa taille, son cosmopolitisme et aussi sans doute en raison de son héritage culturel, le mouvement Wikimédia apparait tel un acteur politique important concernant les questions liées au numérique et à l'information. Seront ainsi repris dans cette section de chapitres quelques épisodes marquants qui permettront d'illustrer les diverses implications politiques du mouvement dans des contextes aussi bien nationaux qu’internationaux. Qu'il s’agisse de pressions politiques et juridiques exercées par les états ou de simples personnalités ou encore de réaction du mouvement envers certaines lois, depuis l'année 2004, le mouvement Wikimédia est ainsi sujet à de régulier événement repris au sein de l’actualité.

C'est en Chine et dans le cadre du 15ème anniversaire des manifestation de la place Tian'anmen qu'apparu en 2004 les premières censures des projets Wikimédia et un premier refus de la fondation Wikimédia de se plier aux exigences des autorités chinoises dans une posture qui pour certains fera office de « leçon à Google et consorts »[B 48]. Avec un blocage généralisé à toutes les versions linguistiques de l'encyclopédie en 2019[B 49] et son refus d'admission de Wikimédia comme observateur à l'organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) en raison de l’existence d'une association nationale Wikimédia Taïwan au sein du mouvement[B 50], les relations entre la Chine et le mouvement restent donc tendues jusqu'à ce jour.

Par la suite et malgré une amélioration due à la généralisation du protocole HTTPS de 2011[B 51], ce sera pas moins d'une dizaine d'états qui bien souvent en raison d'un contenu déplaisant sur Wikipédia, établiront une censure totale ou partielle de certains ou de tous les projets Wikimédia[W 206]. Une des dernières en date survenue en Turquie en 2017 suite au refus de la fondation de supprimer deux articles établissant un lien entre Ankara et des organisations extrémistes, fut cependant levée par voie de justice suite à une plainte déposée à la cour constitutionnelle du pays qui fut rendue valide et fondée en raison la liberté d'expression[B 52].

Les conflits entre un état et le mouvement Wikimédia ne débouchent toutefois pas toujours sur une censure. En mars 2013, dans une nouvelle affaire francophone concernant la station militaire de Pierre-sur-Haute, la Direction centrale du Renseignement intérieur français (DCRI) entra en conflit avec le mouvement suite au refus de supprimer l'article de Wikipédia concernant la station pour des raisons de secret défense[B 53]. Dans cette nouvelle affaire, la fondation sera de nouveau restée intransigeante sur le principe de liberté d'édition en couvrant l'acte d'un administrateur suisse qui avait restauré l'article supprimé par Rémi Mathis, président à l'époque de l'association Wikimédia France suite à son inculpation par les autorités de son pays[W 207]. Cette affaire aura d'ailleurs valu la remise du titre de Wikimédien de l'année à Rémi Mathis en raison du rôle qu'il aura mené dans cette controverse.

À côté du recours en justice, d'autres stratégies peuvent être mises en œuvre pour servir de moyen de pression à l'encontre du mouvement Wikimédia. La Russie qui bloquait déjà de manière sélective le contenu des projets[B 54], se lança par exemple dans la création d'un clone de Wikipédia comportant "des informations fiables"[B 55]. Une décision étatique qui contraste donc fortement avec les commentaires du journal Fast Company qui publie en mars 2020 un article qui rend hommage aux bénévoles de Wikipédia en matière de lutte contre la désinformation[B 56].

Suite à ces quelques anecdotes sur l'histoire politique du mouvement, on pourrait croire que la fondation qui tient son siège en Amérique dans la ville de San Francisco se sentirait plus à l'aise dans les conflits politique opposant le mouvement Wikimédia à un autre état que celui des États-Unis. Mais une plainte déposée par la fondation Wikimédia le 10 mars 2015 contre la National Security Agency (NSA) suite aux révélations faites par Edward Snowden suffit à démontrer le contraire[B 57]. Après cette plainte et plusieurs rejets de la justice américaines, les avocats de la fondation feront d'ailleurs preuve d’une certaine opiniâtreté en poursuivant les démarches avec un appel déposé en février 2020 au niveau de la cour d'appel des États-Unis pour le quatrième circuit[B 58].

Vidéo 4.2. Vidéo pédagogique Enseigner Wikipédia par les anecdotes proposant de revisiter l'article consacré à Alain Marleix[V 5] (source : https://w.wiki/34oP)

Il est aussi intéressant de voir que des conflits entre le mouvement Wikimédia et des instances étatiques peuvent aussi se gérer directement au niveau des projets éditoriaux sans nécessairement impliquer la fondation ou même une association nationale. En 2009 dans un exemple détaillé au sein d'une vidéo ci-jointe (Vidéo 4.2) produite par Alexandre Hocquet, l'effacement d'un paragraphe déplaisant de l'article concernant Alain Marlaix et restauré par la communauté d'éditeur qui avait découvert que l'adresse IP qui avait fait le retrait provenait du ministère de l'intérieur français fit un buzz médiatique en France. Dans un autre exemple moins médiatisé, les pages Wikipédia relatives à la « loi anti-piratage française et l'amendement 138 » furent elles aussi modifiées par une adresse IP relevant du ministère de la culture et restaurée par la suite[B 59].

Dans un autre type d'affaires opposant cette fois en 2012 la communauté Wikipédia en anglais à une personnalité du monde littéraire, un article de Wikipédia en anglais consacré au roman intitulé La Tache de Philip Roth, des informations furent rapidement restaurées après avoir été modifiées par le biographe de l'auteur. Philip Roth s'adressa alors à la communauté Wikipédia dans une lettre ouverte publiée dans le magazine The New Yorker, pour demander de rectifier ce qu'il considère être une erreur. Mais la communauté lui demanda alors de produire des sources vérifiables et dignes de foi pour justifier sa demande[B 60]. Alors que l'affaire deviendra fortement médiatisée les propos de Philip Roth furent ensuite contredits par sa propre fille dans un post de Facebook repris par le journal Salon[B 61] et finalement intégré dans l'article encyclopédique.

Cette affaire fera donc suite à celle de John Seigenthaler décrite dans la huitième section de ce chapitre et probablement de nombreux autres modifications fausses sur les articles portant sur des personnes vivantes, mais qui n'auront pas eu de retentissement médiatique, comme par exemple cette modification[W 208] fait au départ d'une connexion dans la région de Clermont-Ferrand[W 209], qui aura déclaré la mort de Philippe Manœuvre de son vivant et qui aura été annulée par Céréales Killer, un contributeur de Wikipédia qui aura pris le soin de contacter par téléphone le célèbre rédacteur en chef du magazine Rock & Folk suite au courriel adressé au service OTRS du mouvement Wikimédia[W 210]. Mieux vaut donc vérifier plutôt deux fois qu'une les information de Wikipédia concernant les personnes vivantes pour prendre une décision si l'on ne veut pas se faire avoir comme ce club de football lituanien qui aura en 2018 un nouveau joueur sur base de fausse information[W 211].

Ce genre d’évènement qui n'a rien d’exceptionnel au niveau de l'encyclopédie avait fait l'objet de nouvelles régles d'édition au sein du projet en anglais peu de temps après l'affaire Seigenthale. Celles-ci concernaient les article traitant de la biographie de personnes vivantes et furent par la suite adoptée par d'autres versions linguistiques tel que la version francophone. À la lecture de celles-ci on y découvre par exemple un principe de blanchiment de courtoisie qui consiste à retirer une information d'un article sans pour autant la retirer sa consultation dans les versions antérieures, et l'on y apprend aussi que le règlement générale sur la protection des données en raison du paragraphe 3 de son article 17 qui stipule de le droit à l'oubli « ne s'appliquent pas dans la mesure où ce traitement est nécessaire:a) à l'exercice du droit à la liberté d'expression et d'information »[W 212]

Comme autre exemple d'action politique menée par la communauté d'éditeurs apparait aussi le premier black-out organisé par la communauté Italienne au sein de sa version linguistique de Wikipédia en octobre 2011 en protestation d'un projet de loi du gouvernement Berlusconi, visant notamment à contraindre les sites internet à rectifier tout contenu publié sur simple demande d'une personne qui se sentirait lésée[B 62]. Cette action fut par la suite supportée par la Fondation Wikimédia bien qu'elle provoqua un choc de surprise au sein du personnel qui ne fut prévenu que 24h avant le lancement de l'action[B 63].

Version anglaise de Wikipédia pendant le black-out du 18 Jan 2012
Fig. 4.18. Version anglaise de Wikipédia pendant le black-out du 18 Janvier 2012 (source : https://w.wiki/35Vi)

Cet épisode du mouvement inspira par la suite d'autres actions de même type orchestrées cette fois avec l'aide de la fondation tel que le black-out du projet Wikipédia en anglais du 18 janvier 2012 signe dans le cadre des nombreuses manifestations contre le Stop Online Privacy Act et le Project IP Act ainsi que celui de Wikipédia en russe le 10 juillet de la même année pour réagir contre une nouvelle loi sur les restrictions d'Internet proposées par le parlement russe[B 64].

En juin 2015, ce fut cette fois un sondage qui aboutit à un accord au sein de la communauté pour afficher un bandeau en faveur d'une la liberté de panorama dans le cadre d'une réforme du copyright au parlement européen[W 213]. 65,9 % des voix récoltées furent ainsi en faveur de l'affichage[W 214]. Cependant et suite aux tensions déjà perceptibles lors du sondage, l'utilisation du bandeau provoqua le départ d'un contributeur de longue date et administrateur au sein du projet[W 215]. Voici un extrait d'un échange ayant pris cours lors du sondage pour illustrer l’opposition de point de vue apparue au sein de la communauté :

Comment peut-on (contributeurs ET lecteurs) sérieusement croire en ce principe fondateur [Neutralité de point de vue] avec la présence d'un tel bandeau militant ? Floflo62 (d) 27 juin 2015 à 16:17 (CEST)

On le peut parce que la neutralité de point de vue concerne le contenu des articles, pas le projet, lequel a une position bien affirmée et nullement neutre, loin de là, en ce qui concerne la diffusion libre et gratuite du savoir. >O~M~H< 27 juin 2015 à 19:41 (CEST)

Nul doute que le lectorat, peu au fait et intéressé par des échanges wikipédiens se fiche éperdument des différences entre meta et main. Pas de neutralité du fait du bandeau = encyclopédie partisane, voilà ce qu'il va constater. Floflo62 (d) 28 juin 2015 à 17:50 (CEST)[W 214]

Toutes ces affaires politiques parmi bien d'autres démontrent ainsi à quel point le mouvement Wikimédia semble insensible à tout type d'autorité peu importe qu'elle soit d'ordre étatique, intellectuelle ou autre. Une telle position est sans aucun doute liée à l'indépendance financière du mouvement qui pour rappel subvient à ses besoins au départ de très nombreuses donations en provenances de citoyens du monde entier dont le montant moyen tourne autour des 15 US dollars. Au niveau des projets, cette indépendance repose aussi sur l’anonymat des éditeurs qui par ailleurs est tout à fait assumé et préservé par la fondation Wikimédia. Comme les contributeurs au projet wikimédia sont situés dans différents états du monde ils sont donc aussi d'autant moins exposés à des mesures de répression venant d'un état étranger.

Fort de cette indépendance, la fondation Wikimédia tout comme les éditeurs, n'hésitent donc pas à intervenir sur le débat public dans le but de protéger les intérêts du mouvement. En 2015 par exemple, la fondation attirait déjà l'attention les Copyfraud pratiquée par certains musées[B 65], alors qu'en 2017[B 66], elle n'hésita pas à adresser des messages publics au parlement européen concernant un texte de loi voté le 12 septembre 2018 dans le but refondre la réglementation concernant le droit d'auteur[B 67]. Au niveau européen enfin, peu de gens savent aussi que le mouvement Wikimédia emploie deux personnes au sein d'un Free Knowledge Advocacy Group EU basé à Bruxelles et dont l'objectif est de surveiller et d'influencer les politiques européennes tout en informant et coordonnant les différentes organisations nationales du mouvement à ce sujet[W 216].

Une dérive de la mission première

Suite à cette lecture de l’histoire du mouvement Wikimédia, il me semble à présent important d'attirer l'attention sur les différentes composantes d'une dérive de la mission auxquels le mouvement semble exposé. Très peu mobilisé au niveau francophone à l’exception du milieu de la microfinance[W 217], le concept de dérive de la mission, qui peut s'appliquer à tout type d'organisation y compris commerciales[B 68], fut rendu populaire en milieu anglophone grâce aux travaux de Burton Weisbrod. Son ouvrage principal en la matière sera certainement celui publié en 1998 sous le titre To Profit or Not to Profit: The Commercial Transformation of the Nonprofit Sector[B 69] dont voici l'extrait d'un résumé fait par l'auteur :

Les organisations sans but lucratif ressemblent de plus en plus à des entreprises privées. Cette transformation entraîne un déplacement de la dépendance financière des dons de charité vers une activité de vente commerciale, avec des conséquences peu reconnues. To Profit or Not to Profit est un ensemble coordonné d'études sur les raisons pour lesquelles la collecte de fonds pour les organisations à but non lucratif imite celle des entreprises privées. et quelles en sont les conséquences. Les frais d'utilisation et les revenus provenant d'activités "auxiliaires" - à savoir celles qui ne contribuent pas directement à la mission de l'organisation, à l'exception des bénéfices générés - se multiplient, chacune ayant des effets secondaires importants. Les frais liés aux activités auxiliaires peuvent exclure une partie du groupe cible d'en profiter alors que ces mêmes activités peuvent détourner l'organisme sans but lucratif de sa mission centrale.[B 69][N 23]

Alors que le mouvement Wikimédia semble très peu concerné par la Resource dependence theory[B 70] en raison de la très grande décentralisation des dons qu'il reçoit, il est toute fois intéressant de constater que certaines de ses activités pourraient être qualifiées d'« auxiliaires » selon le terme utilisé par Weisbrod. Pour le dire autrement, il semble exister au sein du mouvement, des activités qui s'éloignent de la mission de « donner les moyens aux personnes du monde entier de collecter et de développer des contenus éducatifs sous licence libre ou dans le domaine public et de les diffuser efficacement et mondialement »[W 218].

En plus des nombreuses opérations de marketing (Wikipedia zero, publicité, changement de nom de marque, etc.), est en effet apparu au sein de la fondation des équipes et secteurs d'activités qui me semble typiquement lié aux organismes commerciaux tel que la gestion marketing de la marque ou la politique de produit que l'on a l'impression de retrouver dans les équipes de la fondation responsable de la marque (7 personnes) de l'analyse des produits (9 personnes), leurs conceptions (21 personnes) et de leur gestion au niveau des contributeurs (8 personnes). À moins qu'il ne s'agisse que d'une erreur de dénomination ou de traduction, ces services qui représentent ainsi près d'un dixième du personnel de la fondation qui semblent donc confirmer les propos de Weisbrod selon lesquels « les organisations sans but lucratif ressemblent de plus en plus à des entreprises privées ».

Ceci alors que du reste, nous avons aussi vu que des activités d'ordre commercial peuvent aussi avoir des « effets secondaires » indésirables au sein du mouvement. Comme ce fut le cas par exemple durant la controverse qui ébranla le mouvement autour de la tentative de changement de nom de marque de la fondation. Une tentative avortée finalement qui entraîna la perte de tout le travail fait en amont. Dans un autre contexte nous avons aussi vu qu'il est permis de croire que la publicité faite en faveur des récoltes de dons au sein des projets aura contribué à une baisse de contribution que l'on peut qualifier de nouvel « effet secondaire » indésirable.

Comme autre activité « auxiliaires » préjudiciables au mouvement apparait aussi la stratégie de gratuité développée par le projet Wikipedia zero qui aura exposé le mouvement à des critiques extérieures concernant la neutralité du net. Nous avons aussi remarqué la focalisation de l'attention des donateurs sur le projet Wikipédia dans les messages d'appel aux dons. Bien que cette démarche répond certainement à un souci d'efficacité, elle contribue aussi de toute évidence à la perte de visibilité des autres projets actifs au sein du mouvement alors qu'ils sont tout aussi nécessaires dans l'accomplissement de sa mission.

En résumé donc, il apparait que la fondation parfois tendance à négliger la mission du mouvement pour répondre à d'autres missions « auxiliaires » comme celle d'avoir un nom de marque plus connu, de pousser à la consommation des produits numériques édité par sa communauté, ou encore d’accroître ses rentrées financières pour garantir son développement. Un développement pour mémoire, est jugé excessif par certains, et qui n'est qu'à moitié utile au maintien et au développement de l'infrastructure de partage des contenus éducatifs et en aucun cas impliqué dans l'édition proprement dite de ces contenus. Sous ce prisme de la dérive de la mission, il peut donc être reproché à la fondation d'avoir une vision à la fois trop technophile, trop commerciale, voir même trop hégémonique lorsqu'on découvre qu'elle prétend au niveau de sa stratégie de devenir garante en 2030 de « l'infrastructure essentielle de l'écosystème de l'information libre [en précisant que] Quiconque partage notre vision pourra se joindre à nous »[W 219].

Heureusement, face à toutes ses dérives et tout gardant à l'esprit que la fondation Wikimédia n'est pas la seule organisation à développer une infrastructure propice au partage des connaissances, la communauté Wikimédia, ses lanceurs d’alertes et tous les membres qui se mobilisent en nombre lors des appels à commentaire, apparaissent comme autant de garde-fou aux dérives dont les sources peuvent être multiples[B 71] et qui poussent la fondation à adopter des valeurs et pratiques en provenance du secteur commercial[B 69]. Et il est par ailleurs tout à fait intéressant de constater que Tommaso Ramus et Antonino Vaccar dans une étude portant sur deux entreprises sociales italiennes arrivent à une conclusion similaire :

Notre étude a souligné l'importance de l'engagement des parties prenantes pour contrebalancer le positionnement stratégique d'une entreprise sociale. Cependant, la dérive de la mission peut délégitimer les entreprises sociales auprès des parties prenantes externes, sapant ainsi leur volonté de collaborer avec l'entreprise. Des recherches supplémentaires pourraient étudier les stratégies adoptées par les entreprises sociales délégitimées pour capter l'attention des parties prenantes externes. Enfin, des recherches supplémentaires pourraient étudier comment les variations culturelles affectent l'efficacité de l'engagement des parties prenantes. [B 72][N 24]

Comme principale « partie prenante » du mouvement Wikimédia apparait donc sa communauté d'éditeurs bénévoles qui aura réussi d'un côté à maintenir l’absence de publicité au sein des projets, alors que de l'autre côté, elle aura été tolérante par rapport aux campagnes annuelles de récoltes de dons effectuées au sein même des projets éditoriaux. Pour reprendre les termes utilisés par Ramus et Vaccar, la récolte de dons au sein des projets est ainsi une première dérive de la mission qui aura eu pour conséquence de « délégitimer » le mouvement Wikimédia auprès des parties prenantes et de « saper » les volontés de participation. À cela peut-on encore ajouter le départ de contributeurs actifs et le non-retour de ceux qui étaient déjà partis pour des raisons similaires.

Une veille concernant les dérives au sein du mouvement Wikimédia semble donc nécessaire au maintien de sa mission. Dans le but de rectifier les erreurs commises, il pourrait aussi être décidé de la substituer la récolte de dons au sein des projets par des campagnes de récolte de temps de contribution. Au lieu de solliciter les lecteurs pour le prix d'une tasse de café, il est en effet tout à fait possible de les solliciter le temps nécessaire pour la boire pour le mettre au profit d'un projet Wikimédia. Cela pourrait se faire au niveau des ordinateurs de bureaux qui sont le plus enclins à éditer et dont le taux de récolte décroissant n'est plus que de 20 % en 2020 (voir tableau 4.3). Une telle campagne pourrait de plus être une belle occasion pour sensibiliser les lecteurs des projets Wikimédia sur la mission portée par le mouvement.

Voici donc un premier avis en ce qui concerne les dérives de type commerciale apparues au sein du mouvement. Cependant, l'histoire du mouvement a aussi mis en évidence des évènements liés cette fois à des enjeux technologiques et politiques qui peuvent à leur tour faire l'objet d'une dérive. Au niveau technologique par exemple, nous avons vu que la communauté Wikimédia a de nouveau assumé pleinement son rôle de garde-fou par rapport à une possible dérive vers le contrôle des activités des projets par les employés de la fondation (droits superprotect) mais aussi par rapport à des négligences par rapport aux activités de la fondation (Knowledge Engine).

Mais ce garde-fou ne semble toute fois pas avoir été suffisant pour empêcher le mouvement de tomber dans une fâcheuse dépendance au support informatique au niveau de la manière de réaliser sa mission de partage des connaissances. Comme exemple marquant par rapport à cette dérive que je qualifierais de technophile, apparait le retrait d'implication des services technique de la fondation par rapport à l’outil de création de livres qui pourtant s'avérait très pratique pour rassembler dans un seul document une compilation de contenus en provenance d'un projet.

Malheureusement en ce début d'année 2021, où le générateur de PDF qui ne permet l'exportation que d'une seule page n'est plus en mode de développements et que la version d'une page dédiée à l'impression indique que « La version imprimable n’est plus prise en charge et peut comporter des erreurs de génération. Veuillez mettre à jour les signets de votre navigateur et utiliser à la place la fonction d’impression par défaut de celui-ci. »[W 220], il est impossible aujourd'hui de créer un livre sur un projet Wikimédia bien que la page de l'outil existe toujours ainsi que le lien pointant vers elle sur toutes les pages des projets.

De manière plus détaillée, en date du 12 mars 2021, la page destinée à l’exportation d'un livre affichait en effet ce message : « Le créateur de livres est en cours de modification. Du fait de graves problèmes avec notre système actuel, le Créateur de livres ne prendra désormais plus en charge l’enregistrement d'un livre en PDF. »[W 221]. Ceci alors que la page du projet MediaWiki dédiée à l'impression des contenus indiquait qu' « en ce qui concerne les livres, nous avons laissé le sujet entre les mains de développeurs volontaires et de PediaPress. Nous serons heureux de leur faire parvenir vos questions mais nous n'envisageons pas d'évolution dans le sens technique. »[W 222]

En se délestant de l'outil de création de livre pour le remettre entre les mains d'une entreprise commerciale et à des hasardeux contributeurs bénévoles tout en suspendant le développement d'outils de téléchargement et d'impression, la fondation Wikimédia semble donc confirmer son désintérêt envers le partage de la connaissance en dehors de son propre espace numérique. Cette position apparait ainsi à mes yeux comme une nouvelle dérive technologique et même égocentrique tout à fait regrettable que l'on peut concevoir en pensant simplement aux nombreuses familles dans le monde qui se voient incapables d'acheter ne fusse qu'un smart-phone bon marché et le crédit nécessaire pour pouvoir accéder au réseau Internet mobile.

Parmi ces familles, il est évident toute fois que certaines personnes de manière collective par exemple, peuvent fournir le prix nécessaire à une impression en noir et blanc d'un certain contenu en provenance des sites Wikimédia qui pourra ensuite être emporté au village pour en faire profiter toute la communauté. Dans un tel cas de figure, le créateur de livre apparait donc comme outil idéal pour produire au format PDF et même en format ouvert ODF, une compilation de certaines pages de Wikipédia dans le but d'en faire un ouvrage thématique, un dictionnaire personnalisé au départ du Wiktionnaire, ou encore un manuel scolaire tiré d'un ensemble de page de Wikiversité.

Au niveau politique enfin, la question d'une probable dérive du mouvement fut aussi illustrée par les nombreuses actions et positionnements politiques qui furent prisent au sein du mouvement. Alors que ces actions ne posèrent aucun problème dans le cadre des activités de la fondation en tant qu'organe central du mouvement, elles auront toute fois posé question au sein de la communauté des contributeurs. Nous avons vu effectivement que des tensions sont apparues au sein du projet Wikipédia francophone lors du sondage concernant la décision d'afficher un bandeau en faveur de la liberté de panorama. Comme en témoigne à nouveau ces commentaires issus des discussions, la communauté apparut ainsi divisée sur la nécessité de mettre en œuvre une action politique au sein du projet :

Je défends la liberté de panorama, mais dans ma qualité de citoyen français et non de wikipédien. La Fondation Wikimédia et les associations nationales ont de plus en plus tendance à oublier que nous, les wikipédiens, écrivons une encyclopédie, ce que eux ne font pas, préférant l’activisme politique et le prosélytisme législatif. Je revendique une Wikipédia neutre, et cela commence dès la page d’accueil. --Consulnico (discuter) 27 juin 2015 à 16:23 (CEST)

Je me suis inscrit formellement au projet d'élaboration d'une encyclopédie parce que j'adhère avec enthousiasme à l'idée de diffuser la connaissance. Ce projet, un des plus grands chantiers intellectuel que l'humanité ait connu, a des principes fondateurs. Il n'est pas neutre. La rédaction de l'encyclopédie doit être neutre, mais le projet ne l'est pas. C'est une lutte contre l'ignorance. « Wikipédia a une vocation universelle, et doit présenter une synthèse raisonnée de l'ensemble du savoir humain établi. » (cf Wikipédia:Wikipédia est une encyclopédie). En conscience, je ne peux que désapprouver l'entreprise d’appropriation du paysage par les cliques ultra-libérales, laquelle est un obstacle à notre projet. Par conséquent j'approuve l'apposition de ce bandeau. -- Jean-Rémi l. (discuter) 27 juin 2015 à 17:15 (CEST) [W 214]

Dans ce cas de figure, il semble donc que c'est à présent du côté de la communauté qu’apparaît un risque de dérive. Il est en effet discutable qu'un espace dédier au partage du savoir et qui se veut neutre par rapport à son contenu, devienne le théâtre de revendications politiques, tout comme il est aussi discutable, alors la question posée lors du sondage est restée sans réponse[W 223], que 65,9% des voix favorables puisse être considéré comme un consensus. Tout ceci en sachant qu'il existe au sein du mouvement le site Meta-Wiki spécialement dédié aux questions de gouvernance au sein du mouvement et qui apparait donc tout à fait indiqué pour mener des activités de militantismes au sein du mouvement. D'ailleurs, certains groupes utilisateurs accès sur des revendications politiques et identitaires y sont déjà actifs et pourrait même à yeux se limiter à cette espace pour organiser leurs actions dans le but de ne pas perturber celles qui ont pour but de produire du contenu éducatif[N 25].

Face aux troubles et aux départs de contributeurs que peuvent créer l'organisation d'action politique au sein des projets éditoriaux, ne serait-il pas dès lors préférable d'établir au sein du mouvement une distinction plus claire entre les lieux d'activités éditoriales et lieu d'activités politiques ? En scindant ces lieux d'activité tout en les laissant ouverts à la participation de tous, la fondation et les associations nationales affiliées au mouvement qui ne sont nullement actives dans les projets éditoriaux, pourrait dans ce contexte apparaitre à leurs tours comme garde-fou de probables dérives politique au au sein du mouvement. Ceci aurait en plus pour avantage de délester la communauté bénévole de toute responsabilité politique au sein du mouvement au profit d'un climat plus neutre au sein des projets évitant ainsi des confrontations pouvant entraîner le départ de contributeurs.

Toujours dans le chef de la communauté de pratique que représente l'ensemble des contributeurs au sein des projets, apparait enfin une certaine position réfractaire au changement. Alors qu'il ne s'agit plus ici d'une dérive mais plutôt d'une résistance au changement, j'aurai pour ma part rencontré cette tendance à plusieurs reprises au niveau du projet Wikiversité. Cette résistance fut parfois bénéfique comme dans le cas du refus de la fonctionnalité de discussion structurée intitulé Flow qui s'avéra par la suite être problématique[W 224], mais aussi problématique à mes yeux lorsqu'il fut question de voter en faveur d'une nouvelle règle qui proposait qu' « En l'absence de règle, la coutume remplace les règles inexistantes »[W 225]. Alors que le consensus n'aura pas été atteint, cette prise décision indique toute fois que 8 participants contre 3 était en faveur d'un certain conservatisme.

La résistance au changement est un phénomène connu au sein des communautés de pratique en raison d'une double difficulté liée à des tensions spécifiquement liées au contexte de changement mais aussi à l'exacerbation des tensions courantes due au manque de temps disponible[B 73]. Ce manque de temps est aussi caractéristique au travail bénévole si j'en juge de ma propre expérience et de nombreux commentaires reçus. Je dirais même que l'envie de terminer une tâche au plus vite est d'autant plus forte que l'on est pas rémunéré pour la faire. On se crée donc soi-même la pression avec l'envie de passer à d'autres activités que l'on considère aussi importantes voir plus agréables. Il semble donc que la gestion du temps et le stress qui en découle par rapport au changement doit être aussi pris au sérieux dans le cadre d'activité bénévole. La question du burn-out est d'ailleurs présente lorsque l'on parle de volontariat au sein du mouvement[W 226].

Ce chapitre, nous permit ainsi de réaliser à quel point le mouvement Wikimédia et sa communauté d'éditeurs bénévoles en particulier, perpétue un mouvement révolutionnaire qui comme nous l'avons vu, tire ses origines au sein de la contre-culture des années 60. De cet héritage découle certain conflit dans les relations économiques et politiques entre le mouvement et les acteurs externes au mouvement mais aussi au cœur même du fonctionnement Wikimédia où les volontés de la fondation Wikimédia furent à plusieurs reprises modérées par communauté d'éditeurs bénévoles qui semble se porter garant de certaines dérives. Nous allons à présent découvrir plus en détails qui sont les acteurs et parties prenantes du mouvement Wikimédia, les stakeolders comme disent les anglophones, afin de mettre en évidence leur extrême diversité et produire de nouvelles analyses.

[N]otes

  1. Le site Phabricator est une exception parmi d'autres.
  2. À noter que dans le menu contextuel situé en bas de la colonne de gauche présente sur chacune de ces pages de Wikipédia citées, il est aussi possible de trouver d'autres versions linguistiques autres que les trois que j'ai choisies en fonction de mes compétences.
  3. En anglais dans le texte original :« exclude credentials, exclude online-courses and clarify the concept of elearning platform »
  4. Texte original avant traduction via Deepl.com version gratuite : « The main reason why the Wikimedia Foundation doesn't want to "turn it loose" is pure bureaucratic BS and a fear that it will turn into another Wikispecies. Wikispecies is a cool idea, but the "founders" of the project got cold feet part-way into putting in content and decided to do a major revision that took more time than anybody was willing to put into it. The same issue applies to Wikiversity so far as the Foundation is concerned, because the goals and purposes of this project are not clearly defined, and it seems like the participants are trying to bite off more than they can chew by proposing an entire multi-college research university (with Carnegie-Mellon research status and accreditation as well) to be formed out of whole cloth rather than a simple adult education center with a few classes. If more more thought is done on how to "bootstrap" this whole project, perhaps some thoughts on how to convince the Foundation board to let a separate wiki be kicked loose to let this project try to develop on its own can be made.--Rob Horning 11:21, 14 August 2005 (UTC) »
  5. En anglais dans le texte original :« six months, during which guidelines for further potential uses of the site, including collaborative research, will be be developed ». Plus d'information sur l'historique de la naissance du projet Wikiversité peuvent être trouvées sur les pages https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=No_to_Wikiversity&oldid=5436519 et https://en.wikiversity.org/w/index.php?title=User:JWSchmidt/history&oldid=602770.
  6. Texte original avant d'être traduit avec l'aide de www.DeepL.com/Translator (version gratuite) : « I am currently discussing the closure of Wikiversity with the board. That is an unlikely outcome, but I mention it because I really want to press the point that the scope of Wikiversity has to be restricted to genuine OER. I think that my actions here are strongly supportive of the genuine community who want to do that, making it clear to them that they have very strong support for making it happen. Some may feel that Wikiversity should be a place for silly and juvenile experimentation. If people want to discuss such things, there is an entire Internet open to them - they should not hijack Wikiversity for these purposes. »
  7. Texte original en anglais avant traduction avec deepl.com (version gratuite) :« The Wikimedia Movement, as I understand it, is a collection of values shared by individuals (freedom of speech, knowledge for everyone, community sharing, etc.) a collection of activities (conferences, workshops, wikiacademies, etc.) a collection of organizations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Germany, Wikimedia Taiwan, etc.), as well as some free electrons (individuals without chapters) and similar-minded organizations ».
  8. Texte original en anglais avant traduction de Deepl version gratuite :« Nobody is going to make even a simple buck placing ads on my work, which is clearly intended for community, moreover, I release my work in terms of free, both word senses, I and [sic] want to remain that way. Nobody is going to use my efforts to pay wages and or maintain severs. And I'm not the only one who feels this way. I've left the project. […] Good luck with your wikiPAIDia »
  9. Texte original en anglais traduit avec l'aide de Deepl.com verson gratuite :« Wikipedia has created a large foundation of wage earners, and each year he has to ask for ever-increasing amounts of money. This is what I didn't want to happen:a large, money-centred organisation made possible by the free work of the community. »
  10. L'ensemble de ces graphiques sont consultables au départ de la page https://cosmiclattes.github.io/wikigraphs/data/wikis.html
  11. Il est important de signaler que les résultats de cette étude ne portent que sur le projet Wikipédia en anglais, et ne sont donc valable que pour cette version linguistique puisque chaque autre projet, le rappel est ici important, est indépendant au niveau de sa gestion et développera donc sa propre histoire dans son fonctionnement interne.
  12. Texte original en anglais traduit avec www. DeepL.com/Translator (version gratuite) :« The decline represents a change in the rate of retention of desirable, good-faith newcomers. The proportion of good-faith newcomers who join Wikipedia has not changed since 2006. These good-faith newcomers are more likely to have their work rejected. This rejection predicts the observed decline in retention. Semi-autonomous tools (like en:WP:HUGGLE) are partially at fault. Reverting tools are increasingly likely to revert the work of good-faith newcomers. These automated reverts exacerbate the negative effects of rejection on retention. Users of Huggle tend to not engage in the best practices for discussing reverts. New users are being pushed out of policy articulation. The formalized process for vetting new policies and changes to policies ensures that newcomers' changes do not survive. Newcomers and other editors are moving increasingly toward less formal spaces. »
  13. Texte original en anglais avant traduction : « a crushing bureaucracy with an often abrasive atmosphere that deters newcomers ».
  14. Texte original en anglais :« Wikipedia contained around four inaccuracies; Britannica, about three ».
  15. Voir tableau 4.1 et la section 8 du chapitre 2.
  16. Pour plus de précisions, voici le texte contenu sur la page de donation concernant la question de savoir « Où va votre don : Infrastructure : serveurs, bande passante, maintenance, développement ; Wikipédia est l’un des sites internet les plus visités au monde et il fonctionne avec une infime fraction de ce que dépensent d’autres grands sites web. Personnel : les 10 principaux sites web emploient des milliers de salariés ; nous en avons environ 400, ce qui fait de votre don un très bon investissement dans une organisation non lucrative hautement efficace. »
  17. Voir département public et technologie dans la section « La fondation Wikimedia » du deuxième chapitre.
  18. Pour mieux se rendre compte encore de la complexité du wikicode dans le cadre de la réaction de ce travail de recherche, il est aussi possible de cliquer sur l'onglet « Modifier le code » en haut d'un chapitre situé sur Wikiversité ou encore de se rendre directement à l'adresse : https://fr.wikiversity.org/w/index.php?title=Recherche:Imagine_un_monde/Histoire&action=edit .
  19. Une description complète de ces statuts et outils est disponible dans une section de mon travail de fin de master intitulé Culture fr Wikipédia.
  20. Texte original en anglais : « rarely tries new things in the hope of luring visitors ».
  21. Cette société fut renommée pour répondre aujourd'hui au nom de Fandom.
  22. Ces vidéos sont disponibles dans la première section du cinquième et prochain chapitre consacré aux acteurs du mouvement.
  23. Texte original en angalis avant sa tradcution à l'aide de deepl.com (version gratuite) : « Nonprofit organizations are becoming increasingly like private firms. The transformation is bringing a shift in financial dependence from charitable donations to commercial sales activity, with little-recognized consequences. To Profit or Not to Profit is a coordinated set of studies of why fundraising for nonprofits is mimicking that of private firms and what consequences it is having. User fees and revenue from "ancillary" activities - those not contributing directly to the organization mission except for the profit generated - are mushrooming, with each having important side effects. User fees may price out of the market some of the nonprofit's target group. Ancillary activities may distract the nonprofit from its central mission. »
  24. Texte original avant sa traduction avec l'aide de DeepL.com/Translator (version gratuite) : « our study has pointed out the importance ofstakeholder engagement to counterbalance the strategicpositioning of a social enterprise. However, mission driftmay delegitimize social enterprises with external stake-holders (Dacin et al. 2011), thus undermining their will-ingness to collaborate with the venture. Further researchcould investigate strategies adopted by delegitimized socialenterprises to capture the attention of external stakeholders.Finally, further research pould investigate how culturalvariations affect the effectiveness of stakeholder engagement. »
  25. Voir à ce sujet la section 13 consacrée aux groupes d'utilisateurs au sein du chapitre 2 consacré à l'organisation du mouvement.

Les acteurs Wikimédia et la perversion du partage par le don et la servitude

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En participant aux activités du mouvement Wikimédia, j'ai eu l'occasion de fréquenter un public d'acteurs extrêmement diversifié tant au niveau de la personnalité que de la culture d'origine. Femmes, hommes, non-binaires ou transidentitaire, sexiste ou homosexuel, adolescents ou retraités, fervents pratiquants religieux, agnostiques, athées, militants pour des causes diverses, geeks ou non geeks, défenseurs du libre ou capitaliste de la première heure, philomathe ou néophyte, professeurs d'université ou étudiant de secondaire, arriviste ou altruiste, opportuniste ou dévoué, spécialiste ou touche à tout, personnes à mobilités réduites, aveugles, autistes, dyslexiques, et même défunts, après dix ans d'activité, il m'est aujourd'hui possible de mettre sur chacune de ces caractéristiques personnelles le visage d'au moins une personne de j'aurai rencontré dans le cadre de mes activités hors ligne au sein du mouvement.

Photo de groupe lors de la Wikiconvention francophone de 2017 à Strasbourg
Fig 5.1. Photo de groupe lors de la Wikiconvention francophone de 2017 à Strasbourg (source : https://w.wiki/3DJQ)

Bien entendu, au niveau de mes activités en ligne, je n'aurai pas pu me faire une idée aussi précise des personnes que j'aurai côtoyées, à l’exception bien sûr de celles que j'aurai rencontré hors ligne au par avant. Comme nous le verrons plus en détail dans le prochain chapitre, la coutume d'utiliser un pseudonyme lors de la création d'un compte et la possibilité de divulguer de fausses informations sur sa page de présentation[N 1] ou même en dehors de Wikimédia débouche parfois sur de grosses surprises lorsque l’identité réelle du contributeur vient à être dévoilée. Cependant, ce manque d'assurance n'empêche pas pour autant d'évaluer la personnalité d'un éditeur, tout anonyme qu'il soit, en fonction de ses actes et commentaires au sein de projet. De plus et comme cela va être démontré à l'instant, l'environnement numérique Wikimédia est extrêmement fourni en contenus analytiques sur la diversité et les particularités des contributeurs de façon à la fois globale et statistique.

Une première manière de le faire est par exemple de consulter certaines pages au sein des projets qui regroupent par catégorie les noms des utilisateurs qui auront choisi de placer sur leur page de profil une ou plusieurs « boites utilisateur ». Comme on peut le voir au départ de l'exemple restitué ci-dessous, celles-ci se constituent de petits encadrés, souvent configurés par d'autres sous forme de modèles que l'on installe sur sa page de profil et qui permettent d'exprimer son appartenance ou son affinité envers tout un ensemble de choses très diverses. Sur le site Wikipédia en français, il en existe plusieurs milliers[W 227], et chacune de ces boites permet de lister ses utilisateurs sur des pages de l'espace de nom catégorie.

Doctorant
Doctorant

Sur Wikiversité, la boite Modèle:Utilisateur Doctorant que j'ai affichée ci-dessus en ajoutant le WikiCode {{Utilisateur Doctorant}}, permet grâce au petit triangle bleue situé en haut à droite, de se rendre sur la page Catégorie:Utilisateurs Doctorant[W 228] ou apparaîtra la liste de tous les utilisateurs qui utilisent cette boite. Le 5 décembre 2020, ils étaient au nombre de 10 à s'être ainsi autoproclamé un jour doctorant. Mais si l'on regarde de plus près l'activité de ces contributeurs, on découvre toute fois que sept d'entre eux n'ont plus édité le projet depuis 2010 et que l'édition la plus récente sur l'ensemble du groupe date du cinq décembre 2019. Il est donc tout à fait probable que la majorité de ces anciens contributeurs auront terminé ou abandonné leur thèse en décembre 2020, tout comme il est certain que cette liste ne peut être exhaustive, puisque je n'utilise pas cette boite alors que je suis moi-même doctorant. La seule indication offerte par cette page de catégorie est donc qu'il y a eu depuis la création du projet Wikiversité probablement plus de dix doctorants qui auront participé au projet.

De manière similaire, la page Catégorie:Utilisateurs par pays[W 229] indique que depuis la création de Wikiversité, au moins 184 personnes qui habitent ou habitaient en France ont contribué au projet, ainsi que 13 du Canada, 9 de Belgique (sans moi à nouveau), 7 de suisse, 4 du Maroc, 3 d'Australie, une de Monaco et une d'Italie. Cette nouvelle observation permet donc de supposer que le projet Wikiversité francophone est très majoritairement édité par des personnes vivant en France. Au niveau du projet Wikipédia, il existe en complément des boites utilisateurs la page Wikipédia:Cartographie de la communauté[W 230] qui elle aussi est éditée de manière facultative par les contributeurs dans le but de situer leur lieu de résidence sur une mappemonde dont voici deux copies ci-dessous[N 2].

Copie d'écran de la carte de Wikimédiens francophones en date du 22 mars 2021.
Fig. 5.2. Copie d'écran d'une carte situant les lieux de vie de certains contributeurs aux projets Wikimédia francophones en date du 22 mars 2021 (source : L.S.).
Zoom sur copie d'écran de la carte des wikimediens francophones en date du 22 mars 2021
Fig. 5.3. Zoom sur copie d'écran d'une carte qui situe les lieux de vie de certains contributeurs aux projets Wikimédia francophones en date du 22 mars 2021 (source : L.S.)

Cette nouvelle observation semble donc renforcer l'hypothèse que les projets francophones sont principalement édités au départ de la France et ce avec une forte concentration au niveau de l’agglomération parisienne comme on peut le constater grâce au changement d'échelle. Une observation peu étonnante somme toute, quand on sait que l'unité urbaine de Paris accueillait en 2017 une population de 10 785 092 personnes[W 231], soit près d'un sixième de la population Française et plus que tous les canadiens francophones recensés en 2011[W 232]. Mais un chiffre qu'il faut aussi relativiser en regard de toute la francophonie mondiale estimée en 2020 à 300 millions de personnes[W 233]. Au niveau des données statistique produite au sein des projets Wikimédia et comme en témoigne ce graphique ci-dessous reprenant l'évolution du nombre de contributeurs actifs par pays, la France apparait cependant bien au-dessus du lot en nombre de contributeurs actifs alors que la catégorie « reste du monde » qui reprend touts les éditeurs situés en dehors de la France, du Canada, de la Suisse, de la Belgique et de l'Algérie, arrive en second lieu.

Fig. 5.4. Graphique indiquant l'évolution du nombre de contributeurs actifs par pays au niveau du projet Wikipédia en français entre janvier 2018 et novembre 2019 (source : https://w.wiki/FEM).

Cette première analyse permet donc dors et déjà de penser que la population d'éditeur des projets francophones est diversifiée tout en étant inégalitairement répartie au niveau des provenances géographiques et culturels. Cette disparité peut être liée à des questions de démographie comme cela vient d'être vu, mais aussi comme on le verra bientôt à certaines fractures, de type socio-économique particulièrement visibles au niveau des pays Sud. Pour illustrer ceci je mobiliserai de nombreuses analyses statistiques produites au sein du mouvement trouvées d'une part, dans des enquêtes réalisées ou commanditées par la fondation, et d'autre part, sur de nombreux sites Web automatiquement maintenu par des programmes informatiques qui mesurent, parfois en temps réel, les activités au sein des projets pour en offrir une d'observation statistique complète, variée et paramétrable.

En plus de mon observation participante au sein du mouvement, toutes ces informations référencées sur le site Meta-Wiki sur des pages tel que : Survey Support Desk, Category: Surveys, Research:Index, Editor Survey, Statistics, Category:Statistics, etc. serviront donc a nourri l'écriture de ce présent chapitre. A l'intention des lecteurs qui désireraient profiter des sites web d'analyses statistiques automatisées pour poursuivre leurs propres observations, voici ci-dessous la liste de ceux qui auront principalement retenu mon attention:

  • Toolforge Pageviews Analysis : analyse de la consultation des pages Wikimédia avec une possible comparaison graphique.
  • Petscan : puissant outil de requête de type SPARQL.
  • Wikimedia Statistics : analyse des consultations et activités par projets avec cartes et graphiques modulables.
  • XTools : panoplie d'outils de recherche et d'analyses.
  • Wikiscan : illustrations graphiques des activités par projet et par utilisateur.
  • Wikistats 2.2 : Tableaux comparatifs des sites web développés par le mouvement Wikimédia.

Un lectorat de plus en plus mobile, mais toujours mal réparti

Étant donné que le contenu des projets Wikimédia est principalement diffusé au travers du réseau Internet, son lectorat est donc fatalement composé de personnes qui bénéficient d'un accès à ce réseau grâce à un ordinateur de bureau, mais aussi et de manière de plus en plus fréquente grâce au web mobile. C'est en tout cas ce que nous enseigne la consultation du site Wikistats, et de cette copie d'écran affichée ci-dessous dans laquelle on peut voir qu'au niveau mondial et sur l'ensemble des projets, la consultation des projets Wikimédia au départ d'appareils mobiles à dépasser celle des ordinateurs de bureau au cours de l'année 2018. Ceci alors que dans un second graphique, on observe que le taux de consultation au départ des ordinateurs et au niveau du projet Wikipédia en français seulement[N 3] augmente les jours de la semaine et diminue le week-end tandis que de manière proportionnellement inverse, la consultation via le web mobile augmente les week-ends et diminuer en semaine. Ceci nous laisse donc supposer que le projet Wikipédia en français est consulté de manière relativement constante mais plus fréquemment au départ d'un ordinateur durant les périodes de travail et au départ du Web mobile pendant les fins de semaines.

Graphique illustrant l'évolution du total des pages vue sur l'ensemble des sites Wikimédia entre 2016 et
Fig. 5.5. Graphique illustrant l'évolution du total des pages vue sur l'ensemble des sites Wikimédia entre 2016 et 2021 (source:L.S.)
Graphique illustrant la répartition des visites du projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février inclus et selon l'accès au site par appareil mobile ou ordinateur de bureau.
Fig. 5.6. Graphique illustrant la répartition des visites du projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février inclus et selon l'accès au site par appareil mobile ou ordinateur de bureau. (source stats.wikimedia.org )

Bien que le développement de l'Internet mobile favorise une meilleure répartition des internautes sur l'ensemble du globe, la carte 5.4 comparée à la carte 5.5 ci-dessous, nous indique cependant qu'il réside de fortes inégalités entre les pays dits du sud (Global South) et les pays dits du Nord (Global North).

Pourcentage d'internautes par pays (par rapport au nombre d'habitants du pays)
Figure 5.7. Carte du monde produite illustrant le pourcentage d'internautes à la vue du nombre total d'habitants par pays mise à jour par les éditeurs Wikimédia (source : https://w.wiki/37au).
Division du monde avec pays dits du Nord en bleu et pays dits du Sud en rouge
Figure 5.8. Division du monde avec pays dits du Nord en bleu et pays dits du Sud en rouge (source : https://w.wiki/37aj)

En comparant ensuite ci-dessous la carte mondiale de la répartition du lectorat des projets Wikimédia à celle de la répartition du nombre d'internautes, on s'aperçoit ensuite et sans grande surprise, que ces deux répartitions sont très semblables à l’exception notoire de la Chine, pays très peuplée, mais où la consultation des projets Wikimédia fait l'objet d'une censure déjà présentée en neuvième section du quatrième chapitre de ce travail.

Carte de monde illustrant par pays le nombre de pages vues sur l'ensemble des projets Wikimédia en début d'année 2021
Fig. 5.9. Copie d'écran de la carte de monde illustrant par pays le nombre de pages vues sur l'ensemble des projets Wikimédia en début d'année 2021 (source : L.S.)
Carte du monde illustrant le nombre d'utilisateurs d'Internet par pays
Fig. 5.10. Carte du monde illustrant le nombre d'utilisateurs d'Internet par pays mise à jour par les éditeurs Wikimédia (source : https://w.wiki/37$p)

Ces précédentes analyses cartographiques, m'auront ainsi permis de confirmer certaines de mes observations de terrain en Inde (2014), au Cap Vert (2015), au Ghana (2017) et en Tunisie (2018), durant lesquels j'avais remarqué que très peu de gens connaissaient Wikipédia en dehors des lieux dédiés à l'enseignement supérieur. D'autres témoignages de ressortissants de pays du Sud que je n'avais pas eu l'occasion de visiter, avaient aussi renforcé cette impression. Par contre, la majorité des personnes équipées d'un smart-phone semblaient connaître le mot « Google », un mot qui parfois d'ailleurs était utilisé en substitution du mot Internet. On peut dès lors raisonnablement supposer qu'en utilisant le moteur de recherche, bon nombre de ces internautes consultent l'encyclopédie libre sans le savoir, soit en cliquant sur les premiers résultats de recherches comme cela arrive bien souvent, soit encore en lisant directement le résumé d'introduction d'un article de Wikipédia dans le Knowledge Graph de Google.

Mes observations faites dans les pays visités me permettent enfin de croire que ce n'est pas tellement un manque de connectivité qui empêche les habitants des pays du Sud d'utiliser les projets Wikimédia. Au niveau des zones habitées des quatre pays que j'aurais visités, je n'ai par exemple été que très rarement coupé du réseau de téléphone mobile. Au cap vert et dans la ville de Mindelo, il me fut d'ailleurs possible de trouver un signal Wifi gratuit a plusieurs reprises ainsi qu'en Tunisie où les prix de la téléphonie mobile me sont apparu nettement meilleurs marché qu'en Belgique même en tenant compte de la différence en matière de pouvoir d'achat entre les deux pays.

En Inde et au Ghana par contre, je n'aurai jamais réussi à me connecter efficacement au service Wikipedia Zero et ce malgré les promotions faites par les fournisseurs d'accès. J'ai par contre découvert au Ghana du matériel informatique de bureau inutilisé à trois reprises, deux fois chez des particuliers où il était fonctionnel et stocké en attente de pouvoir bénéficier d'un local, et une fois dans une classe de lycée (fig 5.), où ils étaient en attente d'être réparés pour pouvoir servir aux étudiants. Dans ce pays réputé à l'époque de ma visite pour être l'un des lieux de transfère des déchets d'équipements électriques et électroniques, le matériel informatique de bureau de récupération ne m'est donc pas apparu comme denrée rare, bien que la gestion de son usage comme nous avons pu le voir peut poser problème.

Dans tous les lieux visités enfin, et ce y compris dans les villages, il fut toujours possible avec un peu d'argent de trouver un endroit pour pouvoir utiliser un ordinateur afin de se connecter à Internet. En dehors des villes les personnes qui viennent pour imprimer des documents administratifs ou scolaires sont plus nombreuses, j'ai pu observé que les cybercafés étaient majoritairement fréquenté par des jeunes qui s'intéressent avant tout et selon les âges, aux jeux, aux vidéos et aux réseaux sociaux, mais jamais durant ma présence à du contenu textuel et didactique. Ces observations m'incitent donc à croire qu'en dehors des universités et des écoles secondaires, l'intérêt porté sur l'usage de contenus pédagogiques textuels disponibles sur le Web reste très limité.

Comme anecdote significative à ce sujet, je me souviens d'avoir présenté un article de Wikipédia en Twi à un instituteur ghanéen qui manifesta un grand étonnement suite à cette découverte. Mais celui-ci éprouva cependant beaucoup de difficulté pour lire à voix haute son contenu, en raison du fait sans doute que dès l'école primaire, et comme en attestait le manuel Information & Communications Technology de première année[B 74], les manuels d'enseignement ghanéen sont édité en anglais. Une situation que je peux donc tout à fait comprendre puisque si en retour à ma demande, cette instituteur m'avait proposé de lire un article de Wikipédia en Wallon, j'aurai alors éprouvé les mêmes difficulté que lui bien que je parle aisément ce dialecte qui me fut transmis par mes grands parents.

Développer des versions linguistiques des projets Wikimédia dans des langues qui ne sont pas ou plus enseignées à l'école, mais seulement transmises oralement soulève donc un ensemble de questions quand à une réelle utilité pédagogique. Cependant, dans le contexte précis des projets Wikimédia en Wallon par exemple (encyclopédie mais aussi dictionnaire), leurs utilités selon mon point de vue de locuteur, ne fait aucun doute. Ces projets apparaissent effectivement à mes yeux comme autant de lieu de conservation d'une culture qui me tient à cœur, mais aussi un moyen très efficace de constituer des corpus utiles aux recherches linguistiques.

Quoi qu'il en soit, et comme en témoignent plusieurs vidéos promotionnelles produite par la fondation Wikimédia en 2014 destinées aux habitants du Cameroun, du Nigeria et de l'Inde (vidéo 5.1 à 5.5 ci-dessous), le désir d’étendre le lectorat des projets Wikimédia à l'ensemble des populations mondial est bien présent au sein du mouvement, jusqu'à devenir l'un des principaux objectifs du dernier plan stratégique qui sera porté jusqu'en 2030. Malheureusement, ces flashs publicitaires tel qu'il ont été conçus par la fondation, font apparaitre selon moi, un nouvel indicateurs permettant de confirmer une certain dérive de la mission du mouvement déjà observée dans la dixième et dernière section du chapitre précédent. Tout d'abord, le partenariat et la promotion des services de l'entreprise commerciale Orange dans les vidéos destinées aux Camerounais fait apparaitre un nouvel exemple de promiscuité entre organisme à but lucratif et non lucratif. Ensuite, la promotion se limite uniquement au projet Wikipédia et passe sous silences tous les autres projets Wikimédia alors que grâce au tableau 5.1 produit ci-dessous on découvre clairement que Wikipédia apparait comme le site Wikimédia de loin le plus visité et qu'il ne souffre par conséquent beaucoup moins d'un manque de visibilité que les autres projets Wikimédia.

Tab. 5.1. Moyennes approximatives des pages vues quotidiennement au départ d'appareils uniques sur les différentes versions linguistiques des projets Wikimédia entre le 1er janvier 2019 et le 31 décembre inclus[W 54]
Langues Wikipédia Wiktionnaire Wiklivres Wikisource Wikiversité Wikiquote Wikivoyage Wikinews
Toutes 150 000 000 3 000 000 1 000 000 1 000 000 679 000 914 000 114 000 584 000
Anglais 71 000 000 1 000 000 181 000 67 000 38 000 150 000 38 000 8 000
Français 8 000 000 301 000 23 000 44 000 26 000 7 000 6 000 2 000
Portugais 5 000 000 39 000 24 000 8 000 6 000 5 000 767 892

Si la mission Wikimédia est bien de « donner les moyens aux individus du monde entier de collecter et de développer des contenus éducatifs sous licence libre, et de les diffuser efficacement et mondialement », pourquoi dès lors attirer l'attention uniquement sur le projet encyclopédique ? Cela ne contribue en aucun cas au développement des autres projets qui me semble pourtant avoir des rôles clef au niveau pédagogique puisqu'il ne s'agit rien d'autre qu'un dictionnaire, un recueil d'ouvrage pédagogique, une bibliothèque sous licences libres, un répertoire des espèces vivantes, des cours en ligne, un espace de production et de diffusion de travaux de recherches, etc. Ces vidéos promotionnelles apparaissent donc à mes yeux comme une nouvelle dérive de la mission dont la seule explication plausible m’apparaît être à nouveau une sorte de mimétisme des pratiques commerciales qui dans ce cas concret consiste en une action de marketing visant à augmenté encore la visibilité d'un produit phare[W 234].

Et pourquoi pas d'ailleurs ne pas faire la promotion des projets Wikimédia au niveau des pays du Nord où je me suis souvent rendu compte que seul le projet Wikipédia était connu de tous ? Une connaissance très passive toute fois puisqu'elle se limite en général à l'espace encyclopédique, alors que sur le projet francophone, celui-ci ne représente qu'un cinquième de la totalité des pages du site Web et environ la moitié du volume d'information en termes de octets[W 235]. Le contenu non encyclopédique tel que les pages de discussions, de prises de décisions, de coordinations, d'aides, de soutiens techniques, etc. manque lui aussi de visibilité au même titre que l'ensemble des autres projets éditoriaux comme on peut encore le constater dans le tableau 5.2 ci-dessous en s'intéressant cette fois au reste des projets multilingues.

Tab. 5.2. Moyennes des pages vues quotidiennement au départ d'appareils uniques sur les projets Wikimédia multilingues Wikimédia entre le premier janvier 2019 et le 31 décembre inclus[W 54]
Commons Wikidata MetaWiki Fondation MediaWiki Wikispecies Incubator ßwikiversity Wikitech Outreach
1 000 000 78 000 42 000 38 000 25 000 12 000 7 000 5 000 3 000 632

Dans une telle situation, ne serait-il donc pas souhaitable de présenter les projets Wikimédia comme une suite de projets pédagogiques, comme le fait très bien le projet libre office qui regroupe au sein d'une seul étiquette à la fois un traitement de texte, un tableur, un outil de production graphique, de présentation, etc ? De plus et comme cela a été vu dans la première section du premier chapitre de ce travail, le terme « Wikimédia » semble lui aussi souffrir d'une grande méconnaissance ou d'une grande confusion au niveau du public. Regrouper l'ensemble des projets derrière le terme Wikimédia plutôt que de focaliser l'attention sur Wikipédia me semblerait donc plus propice à cette mission de partage de contenu pédagogique portée par le mouvement.

Revenir sur cette question de dérive de la mission nous incite enfin à tenter de comprendre comment et pourquoi la fondation Wikimédia en arrive à adopter toute ces pratiques mercatiques impropre à un mouvement sans but lucratif. Pour répondre à cette question, trois hypothèses mériteraient peut-être d'être étudiées. La première sur laquelle on reviendra dans dernier chapitre de ce travail, serait celle d'une dérive de la société entière au sein d'un système économique englobant qui selon la thèse de Karl Polanyi, se serait désencastré du politique et du social pour former un cadre indépendant qui régit les activités humaines[B 75]. La seconde qui demanderait à être vérifiée par des données empiriques serait qu'une partie importante des employés de la fondation seraient issus du secteur commercial et qu'ils auraient transmit au mouvement certaines habitudes et habitude en provenance de ce secteur. La dernière, serait un besoin de répondre à des besoins financiers grandissants et liés à une masse salariale et plein expansion en choisissant d'optimiser les récoltes de dons par des techniques commerciales estimées efficaces et rentables.

Des donateurs issus des pays économiquement riches

Personnellement, je n'ai jamais donné d'argent au mouvement Wikimédia, et je ne pense pas que cela m'arrivera un jour en raison du temps que j'y ai déjà consacré. Je pense aussi que l'argent n'est pas la priorité absolue du mouvement et que ce dernier a bien plus besoin d'éditeurs que de donateurs, dans une conjoncture où comme cela a été vu, l'argent ne profite qu'en partie à la mission du mouvement. Il m'est par contre arrivé de payer de ma poche la location d'une sale pour organiser un atelier de présentation suivi d'une séance d'édition[W 236] à Charleroi, ainsi que d'en annulé une autre rencontre cinq ans plus tard[W 237], suite au refus d'une demande de financement adressée à la fondation[W 238]. Comme un autre bénévole qui aura créé cette boite utilisateur reprise ci-dessous[W 239], je pense aussi que si tout le temps d'activité bénévole que j'avais consacré au mouvement était converti en équivalent monétaire, cela représenterait une somme d'argent considérable.

SMIC (2016)
SMIC (2016)

D'ailleurs, quand quelqu'un me demande s’il faut « donner de l'argent à Wikipédia » lors des campagnes de récoltes de fonds, je réponds après avoir décrit sommairement le mouvement qu'il est bien plus profitable d'offrir de son temps en éditant les projets. Cependant, comme le temps semble précisément être une chose rare pour un bon nombres de personnes engagées dans une vie professionnelle et familiale, je peux donc comprendre que le don d'argent, d'autant plus qu'il est sollicité chaque année, apparaisse comme seule contribution possible.

Grâce aux rapports du service fundraising de sa fondation et aux analyses statistiques qui en découlent[W 240], on peut en outre se rendre compte que ce n'est pas toute les régions du monde qui donne de l'argent au mouvement. En 2010, 80 % de ces dons provenait des États Unis (figure 5.8). En 2011, cette proportion se réduit ensuite à 60 % (figure 5.9) et même à 45,6 % si l'on observe les choses sur l'ensemble du mouvement et seulement au niveau des dons offerts à la fondation (figure 5.10). Par la suite et à partir de 2013, la répartition géographique des dons s'est stabilisée autour des 60 % pour le continents nord américain, 32 % pour celui de l'Europe, 3.5 % pour l'Australie et la Nouvelle-Zélande, 3.5 % encore pour l'Asie, 0.2 % pour l'Afrique et un taux beaucoup moins stable pour l'Amérique Latine qui varie entre 0.03 à 1.2 % (voir tableau 5.4 ci-dessous).

Donation au mouvement Wikimédia par pays en 2011
Fig. 5.8. Donation au mouvement Wikimédia par pays en 2010 (source :https://w.wiki/382w)
Graphique illustrant les donations par pays à l'ensemble des acteurs du mouvement en 2011
Fig. 5.10. Graphique illustrant les donations par pays à l'ensemble des acteurs du mouvement en 2011 (source:https://w.wiki/382y)
Donations à la fondation Wikimédia par pays en 2011
Fig. 5.9. Donations à la fondation Wikimédia par pays en 2011 (source:https://w.wiki/382x)
Tab. 5.3. Dons offerts à la fondation Wikimédia par exercice financier, continents, et en US Dollars
Années 2013/14[W 56] 2014/15[W 53] 2015/16[W 111] 2016/17[W 199] 2017/18[W 109] 2018/19[W 110] 2019/20[W 214]
Afrique 82 000 150 000 148 700 195 157 236 603 236 004 145 880
Amérique du Sud 180 000 50 000 865 700 485 931 712 238 667 970 39 586
Asie 1 500 000 2 700 000 2 600 000 3 600 000 3 600 000 2 900 000 4 600 000
Australie et Nouvelle Zélande 2 000 000 2 700 000 2 700 000 3 100 000 3 000 000 3 900 000 4 400 000
Europe 15 400 400 23 400 400 25 800 000 28 700 000 33 000 000 36 800 000 35 300 000
Amérique du Nord 31 000 000 45 300 000 43 000 000 55 000 000 58 200 000 68 500 000 73 000 000
Total des dons par colonnes 50 162 400 74 300 400 75 114 400 91 081 088 98 748 841 113 003 974 117 485 466
Totaux des dons reçus selon les rapports 52.600.000 75.500.000 77.200.000 91.000.000 100.000.000 112.900.000 124.131.048
Tab 5.4. Pourcentages des dons offert à la fondation Wikimédia par années fiscales, continents et en USD
Années 2013/14 2014/15 2015/16 2016/17 2017/18 2018/19 2019/20 Moyenne
Afrique 0.2 % 0.2 % 0.2 % 0.2 % 0.2 % 0.2 % 0.1 % 0.2 %
Amérique du Sud 0.4 % 0.07 % 1.2 % 0.5 % 0.7 % 0.6 % 0.03 % 0.5 %
Asie 3 % 3.6 % 3.5 % 3.9 % 3.6 % 2.6 % 3.7 % 3.4 %
Australie et Nouvelle Zélande 4 % 3.6 % 3.5 % 3.4 % 3 % 3.5 % 3.5 % 3.5 %
Europe 31 % 31.5 % 34 % 31.5 % 33.4 % 32.6 % 30 % 32 %
Amérique du Nord 62 % 61 % 57 % 60.4 % 60 % 60.7 % 62.1 % 60.5 %
Vidéo 4.1 Clip de Jimmy Wales dans le cadre de la campagne de récolte de fond de 2007.

Après avoir pris connaissance de ces statistiques, le mouvement Wikimédia avec sa fondation qui pour rappel est reconnue comme ONG par l'Union européenne[W 241], pourrait donc aussi être perçu comme une organisation d'aide au développement dans laquelle les pays du Nord apporte une aide au pays du sud en financent dans sa quasi totalité du support informatique au partage du contenu Wikimédia. Ceci sans oublier qu'ils existent aussi au sein du mouvement certains programmes d'assistance dans certaines régions du Sud tel que le projet Wiki In Africa ou WikiAfrica[N 4]. En tout cas, si le mouvement Wikimédia aujourd'hui n'affiche pas ouvertement son appartenance aux organismes d'aide au développement, la vidéo affichée ci-contre et produite dans le cadre de la récolte de dons de 2007, semblait tout fois y faire allusion à peine implicite. Et puis d'ailleurs, en août 2007, Jimmy Wales n'hésitera pas non plus à une époque où il bénéficiait encore d'un certain leadership au sein du mouvement d'exprimer le souhait de faire de Wikimédia « une croix-rouge de l'information »[B 76].

Près de dix an plus tard en 2016, et dans le cadre de la remise du grade de docteur honoris causa par mon université au cofondateur de Wikpédia[W 242], je me suis vu attribuer le rôle d'intervenant durant une rencontre avec Jimmy Wales face aux étudiants. À cette occasion, j'avais pu exprimer mes inquiétudes concernant un éventuel « soft power »[B 77] occidental entretenu par le mouvement Wikimédia, au même titre que ce qui s'observait déjà au niveau linguistique et culturel[B 78] dans les réseaux sociaux[B 79]. Face à mes craintes, Wales me répondit en disant qu'il s’agissait aussi d'un « soft gift » ou d'un « amazing gift for humanity » comme il le dira plus tard durant la cérémonie officielle[V 6]. Et il est vrai que cet «  incroyable cadeau » ne profite pas seulement au pays du Sud, mais aussi au pays du Nord et très certainement d'ailleurs au personnes qui décident d'offrir des dons à la fondation. Sue Gardner qui en était la première directrice en avait déjà parfaitement conscience en 2012 déjà, lorsqu'elle expliquait que « les gens se servent de Wikipédia et l'apprécient, ils donnent donc un peu d'argent pour qu'elle continue de se développer »[W 243].

Tableau illustrant les motivations des donateurs au mouvement Wikimédia.
Fig. 5.8. Tableau illustrant les motivations des donateurs au mouvement Wikimédia.

Par la suite, cette motivation perçue chez les donateurs au mouvement sera confirmée par des analyses publiées en février 2015, suite à une enquête menée aux États-Unis, au Canada, en Australie/Nouvelle-Zélande et en Angleterre par la société Lake Research Partners[B 80]. Sur la page 9 du rapport de l'enquête que l'on retrouve ci-contre, on découvre que ce qui motive en effet les donateurs dans une grande majorité des cas, est le fait qu'ils ont un usage fréquent de Wikipédia. Et face à cela, on y découvre aussi que l'idée d'une quelconque adhésion ou d'un quelconque support à l'idéologie du partage de la connaissance n'apparait que dans moins de 10 % des votes.

Il semblerait donc que l'héritage philosophique en provenance du mouvement des logiciels libres n'aura donc pas dépassé l'espace interne du mouvement. Au lieu de rejoindre cette philosophie de partage, les donateurs semble en effet perçoive le projet Wikipédia comme un don qui s'inscrirait dans que l'on appel couramment l'économie du don ou encore pour reprendre les termes choisis par Alain Caillé, le « paradigme du don »[B 81]. Cependant et selon ma propre perception des choses que je vais tenter d'expliciter à l'instant, l'apparition de ce paradigme du don pose problème puisqu'il pervertit la philosophie du libre dont le mouvement Wikimédia aura hérité pour la transposer de manière inappropriée dans un système économique dangereusement proche du système marchand.

Une perversion du partage par un contre-don asymétrique

En comparaison à un organisme tel que Médecins Sans Frontières, le financement du mouvement Wikimedia ne repose pas sur une attitude altruiste et désintéressé des donateurs. Lorsque l'on donne de l'argent à MSF, ce n'est effectivement pas parce que l'on a reçu quelque chose préalablement, ni parce que l'on va recevoir quelque chose en retour. Contrairement à ceci, nous voyons clairement que l'argent offert à la fondation est un geste de remerciement envers un accès gratuit et sans publicité à Wikipédia. Au travers d'une telle perspective, il est donc tentant de croire que les premiers donateurs au sein du mouvement seraient donc les contributeurs bénévoles au sein des projets, et que les personnes qui offrent de l'argent au mouvement seraient dès lors des seconds donateurs dans une sorte de « paiements et de repaiements, ou plutôt de dons et de contre-dons » comme l'exprimait Marcel Mauss dans son célèbre ouvrage intitulé:Essai sur le don[B 82].

Fig 5.9. Ta

Cependant, il se fait qu'à la lecture de la page 10 du rapport précédemment cité et présentée ci-contre, on découvre que seulement 1 à 4% des donateurs interrogés offrent leur argent pour supporter le travail de la communauté d'éditeurs bénévoles, alors que dans plus de 70 % des cas, l'argent vise à remercier et supporter le projet Wikipédia. L'argent offert au mouvement n'est donc visiblement pas un contre-don en réponse à un premier don offert pas la communauté d'éditeurs bénévoles. Une communauté qui par ailleurs ne bénéficie d'aucune visibilité au sein de l'espace encyclopédique et que les lecteurs doivent donc très certainement ignorer concrètement l’existence.

Il ressort donc de ces nouvelles observations que le mécanisme de don et de contre-don observé par Mauss apparait tout à fait inadapté à l'analyse du mouvement Wikimédia. Ceci d'une part parce que aucun lien n'existe entre les éditeurs, supposés donateurs de premier ordre, et les personnes qui offre de l'argent au mouvement. Mais aussi d'autre part, parce que le supposé premier don libre et désintéressé fait par les contributeurs actifs au sein des projets, n'est en fait pas un don mais tout simplement un partage. Mais un partage que la fondation transforme ensuite et comme cela a encore été prouvé dans la section précédente, en produit et en objet de marketing dans le but entre autre, de tirer les recettes nécessaires au fonctionnement du mouvement lors de campagnes qui sont explicitement présentée comme des récoltes de dons[N 5]. Dans une tel contexte, les lecteurs des projets Wikimédia se voient donc confronté à un mécanisme de réciprocité imposé et même étudié par la fondation[W 244] qui un statut de consommateur qui les invite donc à payer a posteriori un produit préalablement reçu gratuitement, ou encore à fournir a priori l'argent nécessaire pour maintenir le libre accès à ce produit.

Grâce à ce raisonnement nous pouvons donc comprendre d'autant mieux l'une des dérives du mouvement Wikimédia, déjà présentée en dixième et dernière section du précédent chapitre, qui consiste à adopter insidieusement des pratiques du secteur marchand avec pour conséquence fâcheuse un éloignent progressivement d'une sa mission première qui se base sur le partage et non sur l'offrande. De manière explicite la vision partagée au sein du mouvement est en effet celle de « partager librement [et non pas de donner ou de vendre] la somme de toutes les connaissances »[W 245]. Au niveau des projets Wikimédia, cela se traduit d'ailleurs par un premier partage qui est celui d'un ensemble d'opinions et de compétences mise en œuvre bénévolement. En ce sens, le mouvement Wikimédia ne s'inscrit pas, et gagnerait à ne pas s'inscrire d'ailleurs, dans le « paradigme du don » mais bien dans le « paradigme du partage ». Un autre paradigme donc que ceux longuement débattu dans la la revue Mauss, dont je partage l'avis d'Étienne Autant, sur le fait qu'il serait plus adapté à « comprendre la complexité de nos sociétés modernes, leur évolution, et éclairer ainsi les choix fondamentaux à faire »[B 8]. Comme le dit cette auteur,

au lieu d’opposer les trois grands paradigmes qui s’efforcent de rendre compte de la vie économique et sociale, ne serait-t-il pas préférable de reconnaître qu’ils peuvent se compléter ? Chacun des trois paradigmes n’éclaire vraiment qu’un domaine particulier:l’individualisme, le marché ; le holisme, les interventions de l’État ; le paradigme du don, les relations de personne à personne. Ne serait-t-il pas intéressant, alors, de situer ces trois paradigmes dans le cadre plus vaste de ce qui pourrait devenir un paradigme du partage, puisque le partage est leur point commun ?[B 8]

Pour sortir l'impasse du don agonistique et tout en restant dans le domaine de l'anthropologie, j'ai donc suivit la piste proposée par Autant, en me tournant cette fois vers les écrits d'Alain Testart, et en particulier vers sa dernière œuvre magistrale publiée de son vivant intitulée Avant l'histoire, L'évolution des sociétés, de Lascaux à Carnac[W 246]. Dans cette ouvrage et tout comme Marcel Mauss, l'auteur s'inspire de l'observation des peuples de chasseurs cueilleurs sur base de ressource ethnographiques mais aussi paléontologique et archéologique pour déduire certaines théories. Dans une relue et critique par Bruno Boulestin, on apprend que Testart considérait que

les sociétés néolithiques seraient des sociétés où la propriété de la terre est « usufondée », c’est-à-dire fondée sur l’usage et non sur la considération du fonds – cas de la propriété « fundiaire » –, ce qui n’en fait donc pas un enjeu majeur, voire pas même une source de revenus. L’origine de cette forme de propriété remonterait très probablement au temps des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, de sorte que l’auteur fait se succéder trois grands ensembles, ou « trois mondes »:« un “monde I” [de] sociétés sans richesse et tout au plus propriété usufondée ; “un monde II” [de] sociétés avec richesse et propriété usufondée ; un “monde III” [de] sociétés avec richesse et propriété fundiaire »[B 83]

Par la suite et après avoir illustré de grandes disparités de la localisation et de principe coutumier parmi les peuples de chasseurs-cueilleurs, Testart distingue deux types de structures sociales au sein de ce qu'il intitule le monde I. Se trouvent ainsi d'un côté, les peuplades de « type A », dont les seuls représentant contemporains sont les aborigènes d'Australie, où la conception usufondée des richesses naturelles empêche les chasseurs et les cueilleurs d'être propriétaire des biens qui collecte. Ils ne sont donc ni maitre du partage, ni maître dans le choix des bénéficiaires[N 6]. De l'autre côté et tout au contraire, dans les peuplades de « type B », les chasseurs et cueilleurs sont bel et bien propriétaire de la nourriture qu'ils trouvent et maître de leur usage. De ceci découle ainsi l'apparition du don en tant que pratique agonistique, mais aussi l'intérêt des peuples de type B à poursuivre l'évolution de techniques diverses dans le but d’accroître la production matérielle et donc la capacité de don et de prestige que cela apporte[B 84]

Si l'on applique à présente cette perspective offerte par Testar au mouvement Wikimédia, on peut donc attribuer sans hésiter les caractéristiques des communautés de type A à l'ensemble des contributeurs bénévoles actifs au sein des projets, et les caractéristiques de type B à l'ensemble des personnes qui offrent des dons au mouvement. Suite à l'héritage de la licence libre qui comme cela a été expliqué en cinquième section du chapitre 3, empêche d’établir une quelconque propriété sur un bien qui y serait soumis, la communauté d'éditeur Wikimédia se trouve en effet dans un contexte similaire peuple de type A tout en faisant preuve par ailleurs d'un manque d'intérêt relatif voir d'une résistance à toute évolution technique. Ceci alors que du côté de la fondation et de ses mécènes le paradigme du don refait surface y compris dans ses aspects agonistique lorsqu'il s'agit de mobiliser le produit phare Wikipédia dans des pratiques concurrentielles et ce malgré la dérive de la mission qui en découle.

Il faut se rappeler ensuite que la licence libre repose sur une règle d'or de partage introduite par Richard Stallman lorsqu'il écrivait:« si j'apprécie un programme, je dois le partager avec d'autres personne »[W 247]. Autour de cette règle du partage, les éditeurs Wikimédia se rassemble donc au sein d'une réciprocité sociale tout à fait comparable à ce que le biologiste Robert Trivers appel l'altruisme réciproque[B 85]. Mais cette réciprocité n'a cependant rien à voir avec ce Jacques Godbout décrit comme une « dette mutuelle positive », dans laquelle « les acteurs valorisent le plaisir dans le don »[B 86]. Croire cela n'aurait aucun sens puisque les contributeurs Wikimédia ne donnent pas, il partagent quelque chose dont ils ne sont pas propriétaire et qui se voit soumit à la maîtrise de la communauté toute entière selon des règles très sophistiquées qui seront abordée plus tard.

En résumé, nous voyons apparait donc d'un côté une groupe d'acteurs, les contributeurs, qui œuvrent dans le paradigme du partage en interdisant l'attribution de tout forme de propriété sur la connaissance. Ils partagent pour ce faire cette connaissance sous format numérique et sous licence libre de tel sorte à ce qu'elle puisse devenir un biens anti-rival par excellence. Ce qui veut dire qu'ils rendent l'usus de la connaissance reproductible, à peu de frais et sans conséquence sur la qualité et la quantité du bien d'origine avant et après partage. Tout le contraire donc des maisons d'édition qui transforme la connaissance en bien rival grâce à se publication sous copyright et avec un clause d’exclusivité signée par les auteurs.

Ceci alors que de l'autre côté, les lecteurs donateurs sont quant à eux, tenus à l'écart du mouvement et de son idéologie de partage en raison des dons qu'ils offrent et dans lequel Alain Caillé verrait sans doute une sorte de « péché originel puisqu’il crée cette séparation entre moi et autrui »[B 87]. Cependant, ces lecteurs usufruitiers légitime de toute connaissance au yeux des éditeurs, ne se voient projeté à l’extérieur du paradigme principalement en raison des campagnes de récoltes orchestrée par la fondation puisque c'est uniquement le sentiment d'entendement produit par ces campagnes qui suscite le don et en aucun cas les avis ou les attitudes des éditeurs avec lesquels ils n'ont d'ailleurs aucun contact.

Grâce à ces explications, nous pouvons donc à présent, mieux comprendre pourquoi les lecteurs qui donnent de l'argent au mouvement Wikimédia ne rejoigne pas la communauté d'éditeurs. Exprimé sous forme d'hypothèse en quatrième, cinquième et dixième section du précédent chapitre, nous avions en effet vu que le lancement de la récolte de dons au sein même des projets avait démarré peu de temps avant le déclin des nouveaux contributeurs. Ce que nous pouvons donc réaliser à présent, c'est que la récolte de dons au sein même des projets pousse les lecteurs donateurs à l'extérieur du paradigme du partage qui entoure la communauté d'éditeurs. En donnant de l'argent au mouvement pour profiter d'un partage inconditionnel transformé en produit marchand par les actions marketing de la fondation, on se sens ainsi libéré de « partager ce partage » en partageant de son temps. Comme conséquence à cette perversion d'un partage originel apparait donc un don de type nouveau que je baptiserais pour l'occasion:contre-don asymétrique puisqu'il ne peut ni être considéré comme un acte agonistique, ni être vu comme un geste de réciprocité envers un donateur premier, ni même être considéré comme créateur de lien entre les personnes qui partagent un bien et ceux qui donne une compensation en retour de leur profit.

Nous pouvons donc conclure en disant que ce qui sépare le don du partage, et de manière similaire, la connaissance d'un produit, n'est rien d'autre qu'une notion de propriété. Et il est au bout du compte tout à fait remarquable que cette propriété est tout aussi absente chez les aborigène d'Australie et autres peuplade de type A décrit par Alain Testart, que chez les acteurs du mouvement des logiciels libre par ailleurs sont en ouverte opposition à ce qu'ils appellent les logiciels propriétaires. Une tel notion de propriété nous renvoie ainsi vers la notion de communs ou res communis, très actuelle et qui a provoqué une foisonnement littéraire tel qu'il fit déjà l'objet d'un ouvrage de synthèse intitulé Dictionnaire des biens communs[B 88]. Alors que cet ouvrage apparait tout à fait approprié pour poursuivre le débat, je m'arrêterai ici pour ma part en disant que toute forme de connaissance, même nouvelle, est, et sera toujours le fruit d'un partage de connaissance antérieures. Transformer la connaissance en don en lui attribuant un titre de propriété, est un donc à mes yeux un acte pervers d'enclosure d'un bien qui me semble aussi précieux que l'air et dont chacun est en droit de recevoir et en devoir de partager.

J'éprouve par ailleurs la certitude que cette opinion est partagée, par la toute grande majorité des éditeurs Wikimédia si pas sa totalité, et dont j'invite tous les membres qui liront cette phrase à se manifesté dans le cas contraire sur la page de discussion associée à la page Web de ce présent chapitre. Dans l'attente de voir une possible réaction, je poursuis donc à présent ma description des acteurs du mouvement Wikimédia en abordant à présent le groupe des éditeurs que l'on peut identifier tel une communautés de pratiques[B 89] ou mieux encore, une communautés de partages, puisque ces termes rende plus explicite tout ce qui vient déjà d'être exposer à son sujet.

Une communauté et un mouvement

L'expression « communauté Wikimédia » est en générale utilisée au sein du mouvement pour désigner l’ensemble des personnes qui contribuent à l'amélioration des projets, soit en ligne soit hors ligne, mais toujours de façon bénévole. Une des particularités de cette communauté est qu'elle s’apparente à ce que Ralf Dahrendorf appel un « quasi-groupe »[B 90], ou autrement dit, des « individus ayant éventuellement un mode de vie semblable, une culture commune, mais ces points communs ne gravitent pas autour d'une prise de conscience de leur position commune dans la relation d'autorité »[B 91].

Cependant et comme on l'a vu dans le chapitre précédent, au sein de ce quasi-groupe Wikimédia, il est reste possible au sein de ce quasi-groupe, d'une part, que des personnes se mobilisent par centaines dans des appel à commentaire et précisément (RFC) et précisément dans une « relation d'autorité » pour s'opposer à certains projets de la fondation. Alors que d'autres part, il existe aussi au sein de la communauté des personnes qui contribuent très occasionnellement aux projets sans avoir aucune connaissance de ce qui se passe au niveau de Wikimédia et souvent même sans connaître l'existence d'un mouvement. Je peux citer comme exemple des connaissances que je sollicite pour corriger mes textes sur Wikiversité, mais on pourrait aussi certainement identifier bien d'autres profils qui n'interviennent que très sporadiquement en sans compte utilisateur. Toutes ces observations semblent relativement proche aussi de la notions de communauté chez Max Weber[B 92] qui selon l'analyse de Catherine Colliot-Thélène soulève des enjeux contemporains tout à fait présent au sein du mouvement :

Les éléments qui contribuent à la formation des communautés sont multiples et hétérogènes, certains sont objectifs (langue, religion, histoire politique partagée), d’autres ne sont que des « croyances subjectives ». L’importance qui revient à chacun de ces éléments dans les synergies communautaires est fonction de conjonctures toujours singulières. N’importe quel trait commun (Gemeinsamkeit) – « le premier qui s’offre », selon l’expression de Weber –, qu’il soit objectif ou imaginaire, peut servir de justification symbolique à la monopolisation de certaines catégories de chances par un groupe déterminé. Il est cependant essentiel d’insister sur le fait que ce n’est pas un caractère commun (Gemeinsamkeit), quel qu’il soit, qui fait communauté, mais l’activité partagée. Reconnaître l’importance du facteur économique de l’appropriation dans les processus communautaires n’interdit pas en effet de tenter de préserver certaines catégories de biens (les communs) de l’appropriation exclusive (et en particulier de la privatisation), ni d’œuvrer en faveur de l’assouplissement des conditions d’accès à des biens qui ne peuvent exister sans fermeture communautaire (par exemple les protections sociales garanties par un État).[B 93]

En outre, la notion de communauté tout comme celle de mouvement est relativement jeune au niveau du regroupement des projet Wikimédia et de ses utilisateurs. En 2009 encore se posait la question de savoir s'il fallait parler de mouvement ou de communauté lorsqu'on s'intéressait au projet Wikipédia sous l'aspect de ses contributeurs. Dans la conclusion de cette article de 2009, l’auteur invitait d’ailleurs la communauté à « donner naissance à un nouveau WikiProjet centré sur la culture libre et la vision de Wikipédia comme un mouvement social »[B 94][N 7]. Ce « WikiProjet » n'aura finalement jamais vu le jour, et cela n'aura pas empèché le mouvement interculturel imaginé par Florence Devouard en 2008 de se développer de manière considérable.

À ce stade de développement actuel de début d'année 2021, les projets Wikimédia sont en cours d'intégration dans les différentes communauté linguistique d'un code de conduite universel[W 248] comme on peut en visionner les discussions sur cette page de Wikipédia en français[W 249]. Ceci alors que dans un futur proche, ce sera un conseil mondial qui devrait voir le jour dans but de représenter les communautés de manière équitable représentative tant au niveau du rôle que de sa composition. Avant ce conseil un conseil mondial intérimaire sera d'abord mis en place dans le but de décrire au sein d'une charte les responsabilités précises du conseil sous sa forme définitive[W 250].

Premiers pas en tant qu'éditeur

Ma participation au mouvement Wikimédia aura débuté le 11 juin 2008 à 22 h 24 (UTC) à l'instant précis où j'aurai enregistré la page « Créer un compte » accessible grâce à un hyperlien situé en haut de chaque page des projets Wikimédia[W 251]. Je me souviens encore que mon adresse courriel était facultative dans le formulaire d'enregistrement et que cette garantie d'anonymat m'avait étonné en comparaison à la plupart des autres espace Web. Si je peux situer si précisément cet évènement dans le temps, ce n'est pas grâce à ma mémoire, ni à un carnet de notes quelconque, mais parce que depuis ce moment toutes mes actions au sein des projets Wikimédia ont été enregistrées et répertoriées à la minute près sur les serveurs informatiques de la fondation Wikimedia[W 252][N 8].

À l'époque de mon inscription, j'étais parfaitement ignorant de cette puissance informatique cachée dans les méandres d'Internet. Aux yeux des plus anciens membres de la communauté d'éditeurs actifs sur la Wikipédia francophone, je n'étais qu'un « péon », ou autrement dit un nouveau venu dépourvu d'outil technique et de connaissance du projet encyclopédique, bien incapable de savoir dans quel endroit il mettait les pieds[W 253]. Pour ma part, tout ce que je savais en gros, c'est que j'abandonnais mon statut d'« utilisateur sous IP » pour agir sous une identité fixe au sein de la communauté. Je mettais fin aussi de la sorte à l'enregistrement des différentes adresses IP utilisées lors de mes connexions sur le site[W 254].

Trois ans plus tard, en avril 2011, J'ai donc eu pour idée d'écrire mon mémoire de fin de Master consacré à Wikipédia et intitulé :Culture FR Wikipédia, Monographie ethnographique de la communauté des contributeurs actifs sur l'espace francophone de Wikipédia[B 95] au sein même de Wikipédia. J'avais ainsi pour souhait de faire d'une pierre deux coups en écrivant mon ethnographie au sein même de mon terrain d'observation participante dans une sorte de processus récursif. Malheureusement, il s'est avéré que cela n'était pas possible en raison du premier des cinq « principes fondateurs »[W 255] du projet encyclopédique stipulant que :« Wikipédia est une encyclopédie »[W 256]. Une affirmation triviale de premier abord, mais qui permet au final de se mettre d'accord sur tout « ce que Wikipédia n'est pas »[W 257]. À la lecture de ce contenu, j'apprenais donc à mes dépens que :« Les essais personnels et travaux inédits (TI)[N 9] n'ont pas leur place sur Wikipédia. »[W 256]. Dans un expérience similaire à celle d'un autre éditeur anglophone[W 258], on me redirigea dès lors vers un autre projet intitulé Wikiversité que je ne connaissais pas bien qu'il faisait partie de plus d'une dizaine d'autres projets collaboratifs appelés « projets frères de Wikipédia »[W 259]

Je me rendis donc sur la page d'accueil du site Wikiversité et j'y découvris avec grand intérêt que ce projet était un lieu dédié au « partage de contenus pédagogiques et à la rédaction de travaux de recherche »[W 260]. Après avoir annoncé mon arrivée au sein du projet par un message déposé sur la page d'une sorte de forum général intitulé « la salle café »[W 261], j'ai ensuite cherché l'endroit dans lequel je pouvais situer mon travail. Au cours de cette recherche, Crochet.david[W 262], un enseignant en électrotechnique[W 263] administrateur[W 264] [N 10] du projet Wikiversité qui avait déjà répondu de manière sympathique[W 261] à mon message d'arrivée, me proposait sur son espace de discussion utilisateur[N 11], de placer mon travail parmi les « travaux de recherche en sociologie »[W 265]. J'en resterai très surpris jusqu'à la découverte de l'organigramme du projet Wikiversité dans lequel l'anthropologie apparaissait comme départements de la faculté de sociologie[W 266].

Cette situation m'apparut extrêmement compliquée, car non seulement je devais demander l'accord de mon promoteur pour écrire mon mémoire en ligne et en temps réel sur un site internet, mais en plus, je devais à présent lui dire que ce mémoire réalisé dans le cadre d'un master en anthropologique, serait publié dans une faculté de sociologie. Connaissant la scission très claire au sein de mon université entre sociologues et anthropologues, je me suis senti quelque peu désarmé face à cette situation. J'ai alors tenté de placer mon travail au niveau du département d'anthropologie de la Wikiversité sans faire mention de la faculté de sociologie. Mais David Crochet, de son vrai nom, est alors revenu vers moi pour me dire que « les projets sont associés aux facultés et non aux départements. »[W 267]. S'entame alors un débat qui fut transféré[W 268] dans la salle café qu'il soit accessible aux autres membres de la communauté. Au terme des discussions, nous sommes finalement arrivés à la conclusion qu'il fallait que je lance une prise de décision[N 12] pour renommer la faculté de sociologie.

Lors de cette prise de décision[W 269], JackPotte[W 270], un ingénieur en informatique[W 271] et autre administrateur du site, avait déposé un message pour nous tenir informés de la classification décimale universelle[W 272]. Dans cette version de la CDU[N 13], le terme anthropologie y apparaissait plusieurs fois, une fois dans le champ des sciences sociales (anthropologie culturelle) et une autre fois dans le champ de la biologie (anthropologie physique). Une telle information m'encouragea d'autant plus à renommer la faculté de sociologie en faculté de socio-anthropologie de telle sorte à pouvoir, avec un seul mot et de façon explicite, de regrouper la sociologie et l'anthropologie au sein d'une même faculté, tout en y excluant de celle-ci l'anthropologie physique. L'acceptation de ma proposition à l'unanimité, fut pour moi une double satisfaction. D'une part celle de pouvoir présenter mon projet de mémoire dans de bonnes conditions, d'autre part, celle d'avoir lancé et participé pour la première fois à une prise de décision au sein du mouvement Wikimédia.

Voici donc pour se faire une idée et au départ de ma propre expérience autoethnographiée sur comment peut se passer une arrivée au sein de la communauté des éditeurs Wikimédia. On y voit notamment qu'au départ d'un projet, bien souvent Wikipédia comme ce fut le cas dans ma propre histoire, on peut se voir rediriger vers un autre projet éditorial géré par une autre communauté de contributeurs qui auront définit des règles de fonctionnement différentes des autres projets et souvent même, mais dans une moindre mesure au autres version linguistiques d'un même projet éditorial. Ce petit récit nous aura aussi permis de retenir qu'il y a deux manière d'éditer les projets Wikimédia. La première est de le faire sans s’enregistrer alors que la seconde sera de le faire après avoir créé un compte utilisateur. Deux façon de faire qui comme nous allons le voir débouche sur des conséquences importantes en matière de reconnaissance et de confiance accordée par le reste des contributeurs.

Les éditeurs des projets Wikimédia

On entend souvent dire que n'importe qui peut modifier les projets Wikimédia. C'est d'ailleurs un des principaux arguments avancé pour dénigrer le concept de l'édition collaborative ouverte tout en dévalorisant le contenu qu'elle produit. Pourtant ce n'est précisément pas n'importe quelle personne qui édite les projets Wikimédia. Dans l'absolut, c'est tout le monde, alors que dans les faits ce sont des gens qui en ont les moyens techniques et cognitifs ainsi que le temps libre nécessaire. Dans son premier communiqué de press de 2004, Jimmy Wales parlait d'une « une communauté très unie de contributeurs ouverts et responsables provenant du monde entier »[W 273].

Au niveau du nombres contributeurs actifs au sein de cette communauté et leur répartition au sein des projets, voici ci-dessous deux tableaux produits au départ de chiffres récupérés sur le site Wikistats.org qui illustrent clairement que la taille des communautés d'éditeurs varie fortement d'un projet à l'autre et du niveau d'implication des contributeurs. Ces chiffres permettent ainsi d'en relativisé d'autres qui font référence à plusieurs millions de comptes utilisateurs mais qui ne représente en rien le nombre réel des personnes vraiment actives au sein des projets. Parmi ces milliers de comptes créés une bonne part en effet sont inactifs aujourd'hui ou actif dans un projet seulement. bien à l'esprit qu'un certain nombre de contributeurs peuvent être actifs dans plusieurs projets,

Tab. 5.5. Moyennes approximative du nombre des rédacteurs actifs sur les projets Wikimédia en anglais, français et portugais entre le premier janvier 2019 et le 31 décembre 2021 inclus[W 274]
En français Wikipédia Wiktionnaire Wikisource Wikiversité Wiklivres Wikiquote Wikivoyage Wikinews
⩾ 1 éditions par mois 57 000 2 000 348 196 140 107 99 54
⩾ 5 éditions par mois 6 000 170 152 43 16 16 17 11
⩾ 1 édition par jour 4 000 114 70 16 9 7 8 6
⩾ 5 éditions par jour 729 32 48 5 2 1 2 1
En anglais Wikipédia Wiktionnaire Wikiquote Wiklivres Wikivoyage Wikiversité Wikisource Wikinews
⩾ 1 éditions par mois 417 000 5 000 2 000 1 000 992 565 509 146
⩾ 5 éditions par mois 39 000 596 133 163 155 141 180 32
⩾ 1 édition par jour 24 000 373 92 67 71 42 74 14
⩾ 5 éditions par jour 4 000 102 11 13 22 13 42 4
En portugais Wikipédia Wiktionnaire Wikiversité Wiklivres Wikisource Wikiquote Wikinews Wikivoyage
⩾ 1 éditions par mois 27 000 185 105 106 51 43 26 24
⩾ 5 éditions par mois 2 000 16 19 9 8 7 9 3
⩾ 1 édition par jour 1 000 12 6 5 4 3 5 1
⩾ 5 éditions par jour 192 3 1 0 1 0 2 0
Tab. 5.6. Moyennes approximative du nombre des rédacteurs actifs sur les projets Wikimédia multilingues entre le premier janvier 2019 et le 31 décembre 2021 inclus[W 275]
Wikidata Commons MetaWiki MediaWiki Incubator Wikispecies Outreach ßwikiversity Fondation
⩾ 1 éditions par mois 42 000 38 000 4 000 1 000 429 285 97 64 6
⩾ 5 éditions par mois 11 000 12 000 988 259 157 81 25 12 0
⩾ 1 édition par jour 4 000 3 000 300 85 43 39 5 4 2
⩾ 5 éditions par jour 1 000 1 000 61 18 16 20 1 1 0
Wikipedias active editors per million speakers.png
Carte de distribution mondiale des éditions de Wikipédia en anglais le 17 mai 2011
Figure 1.11 Carte de distribution mondiale des éditions de Wikipédia en anglais le 17 mai 2011[W 276].

Une autre représentation graphique des éditions faite sur les projets Wikipédia faite à partir du 17 mai 2011 fut celle d'une carte animée où apparaît de façon chronologique et distinctement selon les versions linguistiques du projet, les endroits du monde où furent réalisée les modifications des projets Wikipédia[W 277]. Ces éditeurs étant très majoritairement situés dans les pays du Nord

Vid. 5.. Visualisation interactive montrant la distribution mondiale des modifications pour les différentes éditions linguistiques de Wikipédia (source:https://w.wiki/3A$V).
Figure [1]

Global_South_User_Survey_2014_-_Full_Analysis_Report.pdf

Quand la Côte d’Ivoire imagine Wikimédia en 2030 : entretien avec Donatien Kangah Koffi - Wikimedia Space

Vis ma vie de Strategy Liaison francophone - Wikimedia Space

Un Salon Stratégique à Conakry pour l’avenir du mouvement Wikimédia - Wikimedia Space

Wikipedia for KaiOS[W 278]

Where Wikipedia’s Editors Are, Where They Aren’t, and Why - The Atlantic

Communications/Wikimedia Foundation messaging strategy/2014-16 audit — Meta

Communications — Meta

À son stade actuel de développement[W 279], cet observatoire nous permet déjà de savoir beaucoup de choses au sujet de la diversité culturelle au travers les différents projets linguistiques de Wikipédia et malheureusement seulement Wikipédia. Toutes ses informations sont disponibles au départ de la page du projet et les recopier ici dans leur intégralité n'aura aucun sens. Voici par contre en résumé de celles qui m'ont semblé les plus significatives sur la question du développement du mouvement Wikimédia dans le monde :

  • que sur près de 300 versions linguistique de Wikipédia x sont des langues exclusivement utilisées dans le Sud et que parmi celles-ci
  • 150 langues, leur contenu de contexte culturel est inférieur à 10 % du contenu, ce qui indique qu'il est probablement sous-représenté; seules 48 éditions de langue Wikipédia sont des langues qui ne coexistent pas avec d'autres langues sur un territoire.

Mon questionnement sur le soft power venait d'un travail d'étudiant intitulé Wikipédia, un média de collonisation culturelle occidentale ?[B 96] que j'avais précédemment dans le cadre d'un certificat en éthique économique et social. J'y avais en effet mis en évidence qu'au niveau sont ainsi en grande partie édité depuis les pays du Nord alors que leur gratuité d'accès entrainera une large diffusion au sein de population du Sud, qui pour des raisons économiques et culturelles évidentes auront beaucoup de mal à intégrer les communautés d'éditeurs au sein des projets.

Fichier:Capture d'écran visite fr.wikipédia févier 2020.png
Fig. 1.a Graphique illustrant distinctement selon le type de connexion le nombre de pages vues sur les sites Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février 2020 inclus (Scheepmans, 2020).

La communauté du mouvement Wikimédia, salariés des institutions mis à part, représente pour certains « l'ensemble des personnes bénévoles et amateures composant la communauté la plus prospère de l'ère numérique » [B 97]. Composée de bénévoles, elle se caractérise par un activisme, une éthique et idéologie très forte et une grande sensibilité à tout ce qui est en décalage avec la philosophie du mouvement, telles la censure et l'entrave à la liberté numérique[B 98]. Le manque de reconnaissance, voir un certain mépris de la hiérarchie traditionnelle et des titres académiques, fait aussi partie intégrante de la philosophie du mouvement[B 99].

Dès 2009, une étude menée par la fondation Wikimedia, mettra en évidence une grande disparité de genre parmi les éditeurs de Wikipédia où les femmes n'apparaissaient qu'à un ratio de 10 %. Cette étude fera apparaître aussi que la communauté Wikimédia de l'époque et majoritairement constituée de personnes célibataires et sans enfant dont les trois quarts avait un âge inférieur à 30 ans et un peu plus de 50 % bénéficiaient d'une formation d'enseignement supérieur[B 100] (voir figure 5 ci-dessous). Concernant le genre, une étude datant de 2011 relève quant à elle 9 % de contributrices[B 101], une autre de 2013, 22% [B 102], celle de 2014, plus axée sur les pays du Sud, 20 %[B 103], une autre de 2016 portant sur le public germanophone 10 %[B 104]. Finalement une étude de 2018 rend compte d'un pourcentage variable de 5 à 13.6 % en fonction des origines et mettra à jour le degré d'éducation de la communauté Wikimédia avec cette fois-ci près de 85 % des personnes diplômées de l'enseignement supérieur dont 34 % au niveau bachelier, 26 % au niveau master et 12% au niveau doctorat[B 105] (voir figure 6 et 7 ci-dessous).

Les rédacteurs des dictionnaires Oxford Dictionaries sont-ils sexistes ?

Une autre fracture au sein de la communauté Wikimédia réside dans le fait que seulement 20% des contributeurs proviennent des pays du Sud[B 106] et que près de 50 % des contributeurs sont d'origine européenne[B 105] (voir figures x.1 & x.2 ci-dessous). Ce fossé culturel fut l'une des préoccupations premières du rassemblement Wikimania de 2018 à Cape Town[B 107], un cycle de conférences traitant de sujets portés à cœur par le mouvement Wikimédia est sans aucun doute le plus grand rassemblement annuel de la communauté. Il peut compter jusqu'à 1 200 participants d'un âge allant de trois mois à 72 ans et provenant de 70 nations différentes[B 108]. Quant à la moyenne d'âge des membres de la communauté, elle varie selon l'étude de 2018 en fonction de leurs activités et de leurs origines[B 105] (voir figure 9 ci-dessous). La tranche d'age de 18 à 34 ans se réparti sur un ratio de 29 à 60 %, celle de 35 à 44 ans sur un ratio de 12 à 31 % et celle de 45-84 ans sur un ratio de 20 à 54 %.

J'ai peu en effet l'occasion à la fois de parcourir une quantité importante d'analyses statistique issues d'enquêtes le plus souvent commanditée par la fondation Wikimédia. De celles-ci seront extraites des cartes et autres données synthétique concernant la répartition géographie des personnes actives au sein mouvement.

Le scientifique wikipedien

Who are the organizers that grow Wikimedia’s communities? New research on actors that bring energy to the Wikimedia movement - Wikimedia Foundation

Women in the Wikimedia movement: Roles, culture and opportunities | by Maria Cruz | Medium

WiViVi - Wikipedia Views Visualized

Graphique de répartition des 10 premiers utilisateurs en fonction de la taille du texte ajouté à l'article « Église catholique » sur fr.wikipedia
Graphique de répartition des 10 premiers utilisateurs en fonction de la taille du texte ajouté à l'article « Église catholique » sur fr.wikipedia

Une analyse statistique étayée par une observation ethnographique révèle que les articles traitant de la religion catholique sont édités, surveillés et protégés par un nombres restreint d'utilisateurs membres ou présupposés membres de la communauté. Il en ressort ainsi un fait marquant, c'est qu'en date du 5 février 2018, l'article intitulé « Histoire de l'Église catholique »[W 280] n'apporte aucune information ni liens sur la question des abus sexuels au sein de cette église. [W 281].

Graphique de répartition des 10 premiers utilisateurs en fonction de la taille du texte ajouté à l'article « Histoire de l'église catholique » sur fr.wikipedia.
Graphique de répartition des 10 premiers utilisateurs en fonction de la taille du texte ajouté à l'article « Histoire de l'église catholique » sur fr.wikipedia.

Une analyse statistique accessible en ligne[W 282] de la page Église catholique faite par le laboratoire Wikimedia Toolforge illustre au travers d'un ensemble de diagrammes que près de la moitié du texte de l'article a été ajoutée par un utilisateur, près des trois quarts par deux utilisateurs et plus de 85% par trois utilisateurs. Une autre page d'analyse statistique[W 283] nous informe que, au niveau de l'article « Histoire de l'Église catholique », 87,4% du texte a été ajouté par un seul utilisateur.

« 5 % environ des contributeurs sont à l'origine de 90 % du contenu » et « la genèse de la plupart des articles de l'encyclopédie en ligne est donc due à quelques centaines de Wikipédiens » (Barbe, 2006, 2010)[B 109].

Les éditeurs sans compte utilisateur

Contribution d'IP:Amélioration de la confidentialité et limitation des abus/Nouvelles fonctionnalités[W 284]

substitution des adresses IP par un identifiant anonyme améliorant la détection des comptes faux-nez dans le cadre d'un projet d'amélioration de la confidentialité et limitation des abus[W 285] un nouveau débat en perspective.

Notre objectif pour ce projet est double :

  • en premier lieu, le but est de protéger nos projets contre le vandalisme, le harcèlement, les faux-nez, les campagnes de désinformation et autres attitudes disruptives ;
  • deuxièmement, de protéger les contributeurs non-enregistrés contre d'éventuels harcèlement, représailles et abus en ne rendant pas publique leur adresse IP.

Suite aux échanges sur la page de discussion du projet et ailleurs, nous avons pu noter différentes façons dont les adresses IP sont utilisées dans les projets Wikimédia :

  • les adresses IP sont utiles pour rechercher des contributeurs « proches » (qui contribuent à partir de la même plage IP ou d’une plage IP proche) ;
  • elles sont utilisées pour inspecter l’historique des contributions d’un contributeur non enregistré ;
  • les adresses IP sont utiles pour identifier des contributions faites sur plusieurs wikis ;
  • elles sont utiles pour déterminer si quelqu'un essaie de contribuer à partir d’un VPN ou d’un nœud Tor ;
  • elles sont utiles pour découvrir la position d'un contributeur ou de connaître certains détails tels que l’université, l’entreprise ou l’agence gouvernementale à partir de laquelle la personne contribue ;
  • les adresses IP sont utilisées pour tenter d’établir un lien entre une IP et un vandale ;
  • parfois, elles sont utilisées pour définir des filtres anti-abus spécifiques afin de contrer certains spams ;
  • les adresses IP sont importantes pour le blocage de plages complètes d’IP.

Notre objectif est de réduire notre dépendance vis-à-vis des adresses IP en mettant en place des outils qui s'appuient sur diverses sources d'information afin de détecter les contributeurs similaires. Afin de masquer les adresses IP sans impacter négativement nos projets, le processus doit être amélioré de sorte qu'afficher les IP publiquement devienne redondant. C'est également une opportunité de développer des outils plus puissants permettant d'identifier les vandales.

«L'encyclopédie que tout le monde peut modifier» devient "L'encyclopédie selon laquelle quiconque comprend les normes, se socialise, évite le mur impersonnel du rejet semi-automatisé et veut toujours apporter volontairement son temps et son énergie peut éditer."

«difficile», «perspicace» et «intellectuellement sûr de lui»[B 14]

Février 2014, À propos des biais de genre sur Wikipédia, une campagne Art+Feminism est lancée au sein du mouvement Wikimédia dans le but d'ajouter du contenu sur Wikipédia à propos d'artistes féminines. En février 2015, une étude linguistique computationnelle relance la polémique en démontrant que les articles de Wikipédia sont biaisés à l'encontre des femmes[B 110]. De nouvelles campagnes d'édition visant à réduire les biais de genre au sein des projets Wikimédia voient ensuite le jour notamment au travers du projet Women in Red.

25 mais 2019, Noircir Wikipédia, un collectif de wikipédiens souhaitant améliorer la visibilité des personnalités africaines et de la diaspora africaine sur Wikipédia, organise son premier atelier multilingue à Genève.

Suite à un vote entre motivé par une petite étude statistique qui démontra que près de 85 % des modifications annulées sur le projet Wikipédia en portugais étaient réalisées sans compte utilisateur[W 286], la communauté des contributeurs au sein de ce projet linguistique décida d'interdire l'édition du projet et la création de nouvelles page sans compte utilisateur. Cette décision fut prise en début du mois d'octobre 2020 suite à un mois de procédure décisionnel qui aura débouché sur la clôture d'un vote à 71% favorable au niveau de l'édition, 82.8 % au niveau de la création de nouvelle article, et la possibilité de modifier les pages d'aide et de discussion à été maintenue[W 287]. En étant les premiers a instaurer cette nouvelle règle, la communauté Wikipédia lusophone pourrait ainsi montrer l'exemple à d'autre communauté linguistique, mais avant cela une évaluation des effets reste à poursuivre[W 288] en exploitant par exemple les outils d'analyse disponibles au sein du mouvement dans le but des graphiques explicatif tel que celui repris ci-dessous.

Graphique comparant l'évolution du nombre d'éditions mensuelles, suite à l'obligation de créer un compte pour éditer le projet Wikipédia en portugais
Fig. 5.. Graphique comparant l'évolution du nombre d'éditions mensuelles, suite à l'obligation de créer un compte pour éditer le projet Wikipédia en portugais (source:https://w.wiki/3A4Q)

Les éditeurs sélectionnés pour des tâches spécifiques

Retrait des statuts admin pour les comptes inactif durant plus d'un ans.

Les bénévoles actifs hors ligne

À la fin d'année 2019, il est possible de visualiser les activités du mouvement sur la plateforme Wikimedia space soit sur une mappemonde, soit dans un agenda (voir fig. 2.x et 2.x ci-dessous). On y fait beaucoup de rencontres sporadiques et quelques activités régulières. Les rencontres sporadiques sont relativement bien peuplées quand il s'agit de conférences pour lesquelles des bourses de participation sont octroyées. Mais sans incitation financière, la fréquentation des rencontres hors ligne est très limitée et il n'est pas rare que personne ne se présente à l'évènement en dehors des organisateurs[réf. nécessaire].

Fig. 2.x Carte de répartition des activités au sein du mouvement Wikimédia le 2 décembre 2019
Fig. 2.x Agenda des activités du mouvement Wikimédia au mois de décembre 2019

Les travailleurs rémunérés

Wikimedia Foundation employee engagement surveys — Meta

Wikimédia France:quel avenir pour la fondation aux multiples visages ? (Interview)

Wiktionnaire:Wikidémie/janvier 2021 — Wiktionnaire

Les opportunistes et les passagers clandestins

Academic Wikipedia 05 2011.jpg

Dans son ouvrage Logique de l'action collective, Mancur Olson définit un « groupe latent » comme un groupe de grande taille dans lequel la contribution, ou absence de contribution, n'affecte pas suffisamment les membres pour les faire réagir[B 111]. Il indique ensuite que les groupe latent son des endroits propice à l'apparition de ce que l'on appelle en socio-économique des passagers clandestins (free rider), ou pour le dire de manière plus explicite de personnes qui bénéficies d'une ressource ou d'un service sans en payer la juste valeur. Dans un langage commun, le concept de passager clandestins peut donc être apparenté à celui de profiteur ou l'opportuniste.

Mobiliser ce concept dans le cadre du mouvement Wikimédia permet d'une part d'accentuer le caractère hétérogène et le manque d'appartenance et d'unité parmi l'ensemble des acteurs impliqué dans l'avenir du mouvement Wikimédia et d'autre part sa tolérance envers tout un ensemble d'acteurs qui profite du mouvement sans pour autant y contribuer.

Knowledge Graph — Wikipédia

Ajouter référence à la vidéo de remise docteur honoris causa.

Tentative de gain d'argent par voie judiciaire suite à une plainte de [W 289]

Catégorie:Utilisateur s'étant retiré de Wikipédia — Wikipédia

Wikimedia community are a digital age success and natural allies for academic communication and research engagement. | Impact of Social Sciences

Plateforme de Carte de Bibliothèque Wikipédia

Le volontariat serviable face à la servitude involontaire, volontaire et inconsciente

À tord ou à raison, je suis considéré comme geek au sein de mon laboratoire d'anthropologie et spécialiste, voir professionnel de Wikipédia comme le dira un jour Pierre-Joseph Laurent lors d'un séminaire qu'il coprésidait. Être reconnu comme professionnel me fit sourire intérieurement. Il n'y a pas de professionnel parmi les éditeurs des projets Wikimédia, nous sommes tous ici en principe tous bénévoles.

La rémunération d'un travail aux sein les projets éditoriaux wikimédia, qu'elles proviennent d'un tier ou d'une institution, est même plutôt mal vue par la communauté de contributeurs qui a choisi délibérément de nier toute rapport monétaire au sein des projets. Le mouvement Wikimédia illustre en ce sens une illustre une économie du don unique en son genre.

Le troisième type de digital labor repéré dans l’ouvrage a trait à ce que A. Casilli appelle le « travail en réseau » ou encore l’activité des « produsagers ». Pour le dire simplement, c’est ce que nous faisons tous lorsque nous participons à la production de contenus, à l’enrichissement de données ou à leur correction, via les médias sociaux (Instagram, Facebook, etc.) ou des sites spécialisés (de traduction, par exemple). Là encore, des contributions fragmentées, plus ou moins complexes, mais parfois fortement chronophages, sont mobilisées pour améliorer les performances des plateformes. Mais cette fois, le lien avec un « travail » paraît plus ténu puisque nombre de produsagers se satisferont de gratifications symboliques, réputationnelles, peut-être même simplement narcissiques. On retrouve ici le débat déjà ancien sur la compréhension de ce que l’on a pu désigner comme un « travail gratuit ». A. Casilli nous y replonge pour se prononcer sur les approches antithétiques en termes de « travail » ou de « loisir », « travailliste » ou « hédoniste » selon sa terminologie, et pour nous rappeler que des stratégies commerciales de la part des géants du Net sont à l’œuvre qui vont rendre indistinctes les contributions bénévoles des contributions commandées et rémunérées.[B 112]

Involuntary servitude

De la servitude involontaire au salariat : la subjectivité au travail contre l'esclavagisme | Cairn.info

Classiquement, le salariat peut se définir comme un échange contractuel marchand entre une personne, le salarié qui met à disposition sa force du travail, à une autre personne, l’employeur, en contrepartie d’une rémunération sous forme d’un salaire. Le rapport est inégal car, comme le souligne M. Weber, il faut qu’une « classe de non-possédants » soit « dans l’obligation de vendre sa capacité de travail », c’est-à-dire que cette classe ne peut vivre sans travailler (éd. 1991, p. 196.) Cette situation d’inégalité fait du capitalisme un « système absurde » qui exige une certaine part d’assujettissement volontaire pour beaucoup d’entre nous contemporains.

[...]

Le paradoxe pourrait s’exprimer ainsi : un salarié s’engagerait librement à soumettre sa volonté à celle d’un autre (l’employeur) en contrepartie du paiement d’une rémunération. Cette création juridique paradoxale ne peut pour autant se comprendre sans en référer à une situation de fait d’inégalité. C’est la contrainte de la nécessité de la survie, l’absence de moyens propres pour survenir à ses besoins, qui poussent à vendre sa force de travail. Même Max Weber avait conscience des limites de la liberté de travailler. Il soulignait ironiquement que, dans le capitalisme moderne, les travailleurs « s’offrent de leur plein gré » – du moins formellement – car, ils le font, « en fait, contraints par l’aiguillon de la faim » (Weber, éd. 1991, p. 298).[B 69]

Une autre dimension primordiale dans les relations collectives de travail est celle de la reconnaissance. S’investir dans une activité de travail implique beaucoup de compromis et d’efforts, et la rétribution matérielle ne peut constituer à elle seule la raison principale au fait de travailler. Le jugement des pairs sur notre travail est aussi sinon plus important, car il donne du sens à notre activité de travail. Il permet l’expression d’un sentiment d’appartenance à un collectif. Ce qui est reconnu dans le travail d’autrui c’est sa valeur au sens large, c’est?à-dire ce qui importe à la personne. La psychodynamique du travail distingue alors deux types de jugement qui contribuent à la reconnaissance du travail. Tout d’abord, le jugement d’utilité porte sur la contribution du travailleur sur le plan social, économique et technique. Il est le plus souvent le fait des autorités hiérarchiques. Ensuite, vient le jugement de beauté qui émane des pairs, « c’est un beau béton », « c’est un beau tableau électrique », « c’est une belle soudure », etc. La reconnaissance porte ainsi sur le travail accompli et non sur la personne en elle-même. Elle est primordiale dans le travail car elle « peut transformer la souffrance en plaisir ».[B 69]

De la servitude involontaire au salariat : la subjectivité au travail contre l'esclavagisme | Cairn.info

Tristan Harris:« Des millions d’heures sont juste volées à la vie des gens »

Travail numérique

Quand les travailleurs du clic refusent l'exploitation - Invisibles #4 - YouTube

Interview pour l’Institut Français (14 mai 2019) | Antonio A. Casilli

Humans as a service : the promise and perils of work in the gig economy[W 290]

Invisibles (série documentaire)

Antonio A. Casilli "En attendant les robots, enquête sur le travail du clic" @ musée Arts et Métiers - YouTube

Antonio A. Casilli, En attendant les robots, Enquête sur le travail du clic, Paris, Éditions du Seuil, Coll. La couleur des idées, 2019, 394 p.

En attendant les robots : enquête sur le travail du clic[B 113]

Unconsciousness by Design: Addictive Technologies and the Escape from Freedom - OCAD University Open Research Repository

Comment la conception centrée sur l'humain conduit-elle à la dépendance ? Ce projet de recherche normative explore la manière dont les concepteurs de technologies sont complices de la coproduction du comportement addictif des utilisateurs, en déplaçant inconsciemment la charge de la responsabilité en s'en remettant à la désirabilité de "ce que les gens veulent". Ces concepteurs inconscients sont eux-mêmes idéologiquement "accros" aux promesses de la solution technologique, créant des solutions de surface qui renforcent un statu quo qui banalise les utilisateurs de la technologie pour le profit. En mettant en avant l'intolérance technocratique à l'égard de l'incertitude et la nécessité d'une responsabilité existentielle, cette recherche propose que les concepteurs adoptent consciemment une position éthique dans leur pratique afin de créer des technologies autonomisantes et respectueuses de la condition humaine.[N 14]

« Sur Internet, nous travaillons tous, et la pénibilité de ce travail est invisible »

Antonio Casilli

« Welcome, new slaves! » (Jemielniak, 2014, p.46)

Motivation, occuper son temps, une ligne sur le cv, valorisation sociabilisation...

Daniel Dumont:comment atteindre le revenu de base en renforçant la sécurité socialeEdwine doctorat sur perception du volontariat, consulter sa thèse

Bénévalibre:libérez vos bénévoles de la #StartupNation – Framablog


  • présenter en pensant à cette conviction que j'aurai formulée un jour sur Wikipédia et qui fut reprise dans le journal Regard sur l'actualité de la Wikimedia le selon laquelle :

    Avec un peu de recul par rapport à ce système de production/consommation, on se rend compte rapidement que, quel que soit son investissement, on sera toujours gagnant puisqu'il est très improbable sur une expérience à long terme, que la quantité d'information que l'on produit sur l'encyclopédie durant ses contributions dépasse la quantité d'informations récoltées durant sa consultation.[W 291]

Idées

L'expérience Wikipédia nous oblige à reprendre le débat sur le don au sein des sciences sociales et plus particulièrement au sujet de qu'il est convenu d'appeler le « don pur » selon la formule de Malinowski ou « don aux inconnus » selon la formule de Godbout.

Une chute dans la croissance de nouveaux contributeurs s'est clairement manifestée en 2007. Elle s'explique par plusieurs hypothèses :

  • l'établissement de règle par une communauté de départ qui repousse les nouveaux arrivants.
  • la difficulté de contribuer en raison d'article de plus en plus complets et exhaustif.
  • la migration de l'utilisateur Internet de l'ordinateur vers le smart-phone.

Il existe une quatrième piste qui n'est pas encore exploitée :

  • le démarrage de campagne de récolte de dons:la gratitude des utilisateurs de l'encyclopédie (contre don) anciennement présente au travers de la participation à l'édition est remplacée par le don d'argent plus propice au développement de la fondation qu'au développement de l'encyclopédie.

Source à traiter

Ressources

De l'importance du copyleft dans le domaine de la servitude

Amazon se décide à faire un don à l'encyclopédie Wikipédia, qui lui est très utile

Wikipédia a demandé à Amazon de faire un geste et il a fait un don d'1 M$

Amazon offre 1 million $ à Wikipédia pour la bonne conscience d'Alexa

Apple et Amazon exploitent Wikipédia sans contribuer aux dons regrette Wikimedia Fondation

Recherche:L’émergence des banques de données posomégaliques: enjeux, et prospections pour le mouvement de la culture libre/Les licences conçues spécifiquement en réponse aux enjeux posomégaliques

Polémique apparue dans le monde des hackers et du mouvement du logiciel libre ayant opposé les partisans du concept de logiciel libre à ceux du concept de logiciel open source.

D'un côté, il y avait les adepte de Richard Stalleman, le créateur de la première licence libre à laquelle succédera tant d'autres popularisées aujourd'hui par l'association creative commons (voir schéma illustratif ci-contre), fervent défenseur du copyleft[N 15] et des quatre libertés fondamentales[W 292][N 16] que se dernier protège. De l'autre côté, se situait les partisans d'Éric Raymond auteur de La Cathédrale et le Bazar[B 127] qui mobilisera et popularisera le terme open source dans le but de mettre de côté les enjeux éthiques et politiques liés aux licences libres afin de se concentrer principalement sur l'accès en lecture au code source des logiciels informatiques. A l'issue de ce conflit idéologique, naîtra finalement l'expression anglaise inclusive de « Free/Libre Open Source Software » abrégé FLOSS reprise comme tel en langue française.

Le copyleft, c'est la garantie qu'un travail produit au bénéfice de la communauté ne soit pas récupéré par un acteurs pour en faire un produit dérivé non libre et non ouvert dans le but par exemple d'en assurer le monopole d'une utilisation commerciale. Au sein des licence libre le copyleft se manifeste au niveau de la condition « share alike » (CC.SA) traduite en français par « partage dans les même conditions ». Concrètement, cette condition s'exprime en ces termes :

Dans le cas où vous effectuez un remix, que vous transformez, ou créez à partir du matériel composant l’œuvre originale, vous devez diffuser l’œuvre modifiée dans les même conditions, c'est à dire avec la même licence avec laquelle l'Oeuvre originale a été diffusée.[B 128]

Dans le cadre d'un travail volontaire au service de la communauté, cette condition apparaît donc comme un élément crucial. Elle permettra par exemple dans le cadre du mouvement Wikimédia d'assurer que les services rendus à la communauté soient porteurs de nouveaux services librement accessibles à cette même communauté. Prenons un exemple :

Si la communauté Wikimédienne produit du contenu informationnel sous condition share alike, la description d'une photographie par exemple, aucune entreprise par la suite ne pourra au départ de ce travail bénévole produire un moteur de recherche d'image sous copyright fonctionnant grâce à un code informatique non ouvert et dans le but de répondre à aux intérêts propres et limités d'investisseurs financiers. Ce cas de figure me semble tout à fait possible à partir du moment ou la condition share alike disparait dans le cas de l'adoption par exemple d'un licence moins restrictive tel que la CC.0 qui s'apparente au domaine public.

[N]otes

  1. Pour rappel, la page utilisateur est une page web que l'on édite la plupart du temps pour faire une présentation de soi-même ou encore pour stoker des informations ou des liens utiles pour ses activités éditoriales. Comme toutes les autres pages existantes au sein du logiciel MediaWiki, cette page est associée à une page de discussion qui devient dès lors l'endroit destiner à transmettre un message à la personne qui possède le compte utilisateur en question.
  2. À noter encore une fois que dans le menu présent dans la colonne de gauche de cette page comme beaucoup d'autres pages des projets Wikimédia, se trouve un groupe de liens permettant de se rendre sur des pages au sujet similaire sur d'autre version linguistique du projet. Au même titre qu'un article encyclopédique, qui sera édité dans plusieurs langues sur plusieurs projets distincts, la carte de localisation des contributeurs aux projets Wikimédia existe aussi en plusieurs langues.
  3. Wikistats n'offre malheureusement pas la possibilité de consulter le nombre de connexions uniques et journalières sur l'ensemble des projets.
  4. Ces deux projets ont été sommairement présentés dans la quatorzième section du deuxième chapitre de ce travail de recherche.
  5. La promotion des projets Wikimédia peut aussi avoir pour but d'aider les internautes à trouver des ressources nécessaires à leur épanouissement ou émancipation, ce qui nous renvoie dès lors vers la question de soft power culturel ou de colonisation culturelle précédemment soulevée dans la section précédente.
  6. La fonction de partage et de distribution est en fait assurée par des conventions complexes qu'il serait trop long d'expliquer ici et pour lesquelles je redirige les personnes intéressées vers l'ouvrage en question.
  7. Texte original avant traduction par Deepl.com version gratuite:« give a rise to a new WikiProject centered around free culture and seeing Wikipedia as a social movement »
  8. Pour le chercheur que j'allais devenir, un tel dispositif représentait une magnifique aubaine apparentée à une sorte de carnet de terrain numérique automatisé. En plus d'un journal intime qui enregistre tout de mon vécu en ligne, ce dispositif permet aussi de manière libre et sans inscription aux internautes de consulter l'archivage des activités de l'ensemble des contributeurs Wikimédiens, à l'exception parfois de quelques rares contenus masqués pour raisons légales. Un dispositif qui par la suite eu une influence directe sur ma manière de rédiger ma thèse de doctorat au sujet du mouvement Wikimédia.
  9. Bien que cette formulation soit ambiguë, on parle souvent de « travaux inédits » sur Wikipédia en référence à ce que la communauté anglophone nome de façon plus appropriée :« original research » que je traduirais pas l'expression travail de recherche original.
  10. Sur les projets éditoriaux Wikimédia, les administrateurs (aussi nommés sysop) sont des utilisateurs nommés par la communauté pour assurer la maintenance du site grâce à des outils techniques qui leur sont réservés et qui leur permettent de suspendre la publication de pages ou d'en empêcher l'édition aux autres utilisateurs, ou encore de bloquer un utilisateur malveillant, etc.
  11. Dans l'espace numérique des projets éditoriaux Wikimédia, chacune des pages des sites web possède une page de discussion associée qui permet aux lecteurs ou éditeurs de la page de dialoguer sur le contenu de la page. D'autre part, chaque utilisateur enregistré au sein des projets bénéficie aussi d'une page de présentation et donc d'une page de discussion associée à cette page de présentation. Cette page de discussion représente dès lors un lieu où l'on peut déposer un message public à l'intention de l'utilisateur. C'est seul un moyen en fait d'écrire à un utilisateur quand on ne possède pas son adresse e-mail et que la fonction « envoyer un courriel » n'a pas été activée par ce dernier au niveau de ses préférences personnelles.
  12. Selon les projets éditoriaux Wikimédia et leurs versions linguistiques, il existe différentes façons de prendre des décisions collectives sur des changements majeurs qui pourraient toucher toute la communauté. Dans le cas précis du projet Wikiversité francophone, les prises de décisions sont faites sur des pages créées à cet effet, et dans lesquelles les membres de la communauté discutent en vue d'obtenir un consensus. Si nécessaire, et c'est souvent le cas, un vote sera organisé et les propositions seront acceptées dès lors qu'il y a plus de 75% des votes en sa faveur. Pour pouvoir voter, il faut répondre à certains critères d'éligibilités des votants essentiellement déterminés sur base d'une certaine ancienneté et un minimum de participation au sein du projet.
  13. La classification décimale universelle a connu plusieurs éditions depuis sa création en 1905 par les deux juristes belges Paul Otlet et Henri La Fontaine fondateurs de l'Institut international de bibliographie.
  14. How does human-centred design lead to addiction? This normative research project explores how designers of technology are complicit in the co-production of addictive user behaviour, unconsciously shifting the burden of responsibility by deferring to the desirability of “what people want.” These unconscious designers are themselves ideologically “addicted” to the promises of the technological fix, creating surface solutions that reinforce a status quo that commoditizes users of technology for profit. By foregrounding the technocratic intolerance of uncertainty and the need for existential responsibility, this research proposes how designers must consciously take an ethical stance to their practice in order to manifest empowering technologies that are respectful of the human condition.
  15. Le copyleft est un jeux de mot anglophone illustrant l'une des clauses des licences libre destinée à protéger un travail d'une réappropriation placée sous copyright. Plus précisément, cette clause interdit de placer un travail issu de la transformation d'un travail préexistant placé sous copyleft, sous une autre licence que le travail préexistant. La question du copyleft sera abordée plus en profondeur sous le titre:« Servitude volontaire ou volontariat serviable ? »
  16. Ces quatre libertés sont:« la liberté de faire fonctionner le programme comme vous voulez, pour n'importe quel usage (liberté 0) ; la liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier pour qu'il effectue vos tâches informatiques comme vous le souhaitez (liberté 1) ; l'accès au code source est une condition nécessaire ; la liberté de redistribuer des copies, donc d'aider les autres (liberté 2) ; la liberté de distribuer aux autres des copies de vos versions modifiées (liberté 3) ; en faisant cela, vous donnez à toute la communauté une possibilité de profiter de vos changements ; l'accès au code source est une condition nécessaire. »

La culture Wikimédia comme siège de transformation du pouvoir au sein d'un espace numérique révolutionnaire

Le premier compte que j'avais créé répondait au pseudonyme de « Scapmouche », un surnom hérité d'un mouvement de jeunesse, et je ne l'ai utilisé que 44 fois en écriture au sein des projets Wikimédia[W 293] dont une seule fois dans le cadre de l'édition d'un article de Wikipédia. Il s'agissait d'une modification faite le 5 novembre 2008 au sein de l'article intitulé « Rainbow Gathering », sortes de rassemblements de hippies auxquels il me plait encore de participer[W 294].

Les modifications faites à l'article étaient basées sur mon expérience et furent supprimées une minute plus tard par l'utilisateur Ataraxie qui changeât par la suite nom d'utilisateur au bénéfice de celui de Kõan. C'était le créateur de l'article et il expliquait sa suppression directement sur ma mage de discussion utilisateur en laissant ce message :

Bonjour Scapmouche. Les ajouts sur un article de l'encyclopédie ne peuvent pas être faits de vos "impressions" personnelles sur un "rainbow gathering", mais doivent informer à partir de sources fiables existantes de ce qui se dit sur eux. Cordialement --A t a r a x i e--d 5 novembre 2008 à 15:07[W 295]

Une deuxième réponse à mon message apparu juste en dessous de celui-ci cette fois et fut écrite par Bech de son vrai prénom Bernard, un professeur d'informatique né en 1959 et originaire de Toulouse[W 296]. Dans ce message, ce contributeur me donne son avis sur le fait que mes modifications ne lui posaient pas de problème et qu'elles furent rapidement supprimées par « quelqu'un qui n'a pas l'air de connaître le sujet ». Comme de nombreux éditeurs potentiels de Wikipédia ayant renoncé dès la première expérience, cette suppression avant discussion et cette contradiction au niveau de deux réactions issues de la communauté des contributeurs auront eu raison de ma première motivation de contribuer au projet Wikipédia.

Il fallut alors attendre le 26 février 2011[W 297] date du début de mon observation participante dans le cadre de mon mémoire de fin de master en anthropologie intitulé Culture fr Wikipédia [B 129] pour que je me remette à éditer Wikipédia. À cette occasion, et pour des raisons déontologiques, j'ai créé un nouveau compte Utilisateur:Lionel Scheepmans affichant mon prénom et mon nom de famille. C'était une deuxième naissance au sein de la communauté sous mon identité réelle cette fois, ce qui n'est vraiment pas coutume au sein de celle-ci. J'aurai pu renommer mon ancien compte, mais je ne savais pas que c'était possible à l'époque. Par la suite, j'ai trouvé qu'il était bien pratique d'avoir deux comptes pour tester la communication entre deux éditeurs. J'ai indiqué par contre que ces deux comptes m'appartenait en respect d'une recommandation interdisant la création de faux-nez[W 298]. Cette recommandation, nous le verrons plus tard n'est pas respectée de tous…

En novembre 2020, à l'instant où j'écris ce texte, mon deuxième compte aura dépassé les 23 500 modifications au sein de l'espace numérique Wikimédia[W 299]. Cumulées avec plus de dix ans d'ancienneté, on peut dire que mon compte bénéficie déjà d'une certaine reconnaissance au sein de la communauté. Rien d'exceptionnel toute fois, puisque les plus anciens comptes sur site Wikipédia francophone, répondant au totem de « grands anciens » apparurent avant 2002[W 300]. Concernant le nombre d'éditions, il faut savoir aussi qu'un utilisateur répondant au pseudonyme de Polmars, arrivé en 2005[W 301], ainsi qu'un autre utilisateur appelé Vlaam, arrivé en 2007[W 302], ont déjà dépassé le million d'éditions en octobre 2020[W 303].

Différences culturelles en ligne et hors ligne

Jake Orlowitz at Learning Day, Wikimania 2014, London.JPG

Cette recherche est une réflexion au sujet de certains contrastes observés au sein des projets Wikimedia en fonction que leur organisation s'effectue en ligne ou hors ligne. Ce texte fut initialement rédigé sur le site Wikimédia CH (inaccessible pour les non membres) en tant que rapport de participation à Wikimania Londres 2014. J'ai ensuite pensé le publier sur Meta-Wiki à titre d’essai. Je vous souhaite une bonne lecture, et surtout n'hésitez pas à améliorer l'article d'une façon ou d'une autre, wikimedia a été conçu pour ça. Lionel Scheepmans Wiki ou eMail 19:13, 4 January 2015 (UTC)

Introduction

Le 5 mai 2014, quelque temps après avoir appris que ma demande de bourse pour Wikimania Londres n'avait pas abouti au niveau de la fondation, j'ai eu la surprise de recevoir un mail de Charles m’annonçant que Wikimedia CH m'accordait la possibilité de me rendre à la rencontre. Après un échange de quelques e-mails, nous avons convenu que je serai le bienvenu sur place dès la veille du hackathon jusqu'au lendemain de Wikimania. Ce premier Wikimania fut pour moi l'occasion de redécouvrir l'univers Wikimedia sous un tout autre aspect de ce que je connaissais de ma participation via Internet. De cette expérience j'en ai tiré cette brève analyse essentiellement fondée sur l'observation de différences entre mon expérience Wikimédia en ligne (Wikipédia, Wikiversité et quelques autres projets soutenus par la fondation) et cette expérience hors ligne (Wikimania 2014).

Des wikipédiens IRL, réservés et gentils

En ce qui me concerne, rencontrer les gens sans devoir passer par l'intermédiaire d'un ordinateur sur lequel je dois m'exprimer par écrit est un réel confort. D'une part, ma dyslexie et ma dysorthographie font de l'écriture une activité qui me demande beaucoup de concentration, même si, heureusement, j'ai fini par me perfectionner dans l'utilisation du clavier. Malgré cette maîtrise et une bonne concentration, on trouve dans mes écrits de nombreuses fautes d'orthographe et de syntaxe. Toutes ces fautes peuvent parfois me décrédibiliser quelque peu aux yeux de certain de mes interlocuteurs.

Wikimania 2014 Hackathon Day 1 (14734660540).jpg

D'autre part, je trouve que les mots gagnent à être accompagnés d'une expression du visage, d'un langage gestuel. Un air triste, orgueilleux, timide ou contrarié permet en effet de placer les mots dans un contexte extra verbal qui aide beaucoup à percevoir les sentiments de son interlocuteur. Quand on s'exprime en face-à-face, on n'a pas besoin d’émoticônes. Le sourire, la bouche de travers ou en accent circonflexe ajoute de façon instantanée les émotions liées aux mots. Tout cela rend la communication plus simple, plus spontanée, plus agréable.

Au plaisir de rencontrer les membres des projets Wikimédia en face-à-face s'est ajouté la surprise de rencontrer des gens plus réservés et plus gentils que lors de mes échanges sur Internet. Était-ce seulement une impression personnelle ? Et puis, était-ce les mêmes personnes ? Difficile à dire. De toutes les personnes que j'ai côtoyées en ligne dans mes activités au sein des Wikimédia, je ne pense pas avoir retrouvé une seule personne à Londres. Mais comment en être sûr puisque la culture du pseudonyme ne permet pas aux gens de se reconnaître facilement. Sur Wikipédia rares sont les utilisateurs qui se présentent sous leurs noms réels, les photos de profil sont très rares et contrairement à un site comme Facebook, il est impossible de s'aider des amis en commun pour pouvoir situer les personnes que l'on côtoie.

Ainsi une nouvelle question se pose : cette différence de comportement, ne serait-elle pas due à cet anonymat ?

Pas sûr non plus. Il m'est arrivé plus d'une fois d'avoir des altercations sur Facebook avec des personnes à « visage découvert ». Sur Internet, même sans la couverture de l'anonymat, certaines personnes peuvent donc faire preuve d'un manque de courtoisie. Avec cette différence toutefois entre Wikipédia et Facebook, c'est qu'il m'a été facile sur Facebook de couper tout contact avec les personnes désagréables dans leurs propos. Dans l'environnement wiki, c'est impossible. Ou alors, il faut quitter la communauté, solution la plus simple mais aussi le choix le plus préjudiciable pour l'encyclopédie. Une autre option est de bloquer l'accès au site de la personne que l'on ne désire plus voir ; mais cette dernière solution ne s'applique en général uniquement que pour les actes de vandalisme ou d'agressivité répétitifs, et ne peut être appliquée que suite à une décision collective et uniquement par un administrateur du site.

Wikimedia Hackathon 2013 - Flickr - Sebastiaan ter Burg (30).jpg

Sous cet aspect, l'environnement Wikipédia pourrait donc favoriser le manque de courtoisie ou de tact. Il n'existe en effet pas de réel moyen de recadrer ou d'ignorer un contributeur wikipédien « simplement » désagréable tant que celui-ci reste poli dans ses propos. L'exclusion par blocage du compte et/ou de l'adresse IP, qui ne s'applique qu'en cas de comportement antisocial avéré, est, de plus, une mesure extrêmement rare en proportion du nombre de contributeurs.

Cet ensemble de réflexions me pousse donc à croire que le comportement des wikipédiens est influencé selon que les échanges s'établissent dans un environnement en ligne ou hors ligne. Au même titre que l'on se comportera différemment durant une réunion officielle de travail ou lors d'une discussion dans la rue.

C'est une question à approfondir car je connais déjà plusieurs personnes qui ont abandonné l'idée de contribuer au sein des projets Wikimédia suite à un accueil désagréable de l'un ou l'autre utilisateur. Le phénomène existe aussi au niveau des contributeurs expérimentés dans un projet, désireux de s'investir dans un autre projet hébergé par la fondation. Personnellement, j'ai rapidement renoncé à l'idée de contribuer dans les projets Wikinews et Wikivoyage suite à un accueil que j'ai estimé très peu chaleureux et dans lesquels j'ai ressenti une relative fermeture d'esprit. Récemment encore, j'ai eu un échange avec une chercheuse québécoise en sociologie qui fut rapidement découragée dans sa participation à fr.wikiversité. Je ne suis donc pas le seul à avoir vécu ce genre d'expérience. Bien sûr, je n'affirme rien de statistiquement significatif avec ces deux exemples, juste un pressentiment et quelques témoignages, mais un atelier Wikimania intitulé Culture of Kindness, consacré à la recherche de solutions concernant le manque de courtoisie au sein de la communauté Wikimédia me fait croire que le problème est bien réel et que les solutions n'ont toujours pas été trouvées.

Un ensemble de projets, d'associations, de bénévoles et salariés œuvrant à l'ombre d'Internet

J'ai commencé à découvrir l'organisation en ligne de la communauté wikipédienne francophone le 26 février 2011, premier jour de terrain de mon travail de fin de master en anthropologie sociale et culturelle. Durant ce travail, j'ai observé durant près de six mois l'organisation de la communauté des contributeurs du projet francophone.

2006-06 wikimania day one (06).jpg

Suite à une Wiki pause jusqu'en 2012, j'ai commencé à découvrir la dimension hors ligne des activités liées à la fondation Wikimédia. Ce fut une visite d'un jour aux bureaux de Wikimédia France à Paris, des réunions concernant la création du chapitre belge, d'autres rencontres faites à l'occasion du mois de la contribution francophone de 2013, ma présence au stand du Fosdem 2013 et puis enfin Wikimania 2014. Ce dernier événement fut pour moi l'occasion de découvrir le projet Wikimédia dans toute son ampleur. La présence de tout ce grand réseau d'associations nationales Wikimédia et le nombre important d'administrateurs et d'employés au sein de ces associations comme au sein de la fondation elle-même m'ont beaucoup impressionné.

En rencontrant les employés de Wikimédia France nouvellement recrutés, j'ai aussi pensé qu'il ne devait pas être facile pour eux de s'y retrouver dans ce vaste champ organisationnel. La compréhension est d'autant plus difficile que l'organisation, les structures et le comportement en ligne apparaissent bien différentes lorsque les activités s'organisent en ligne (au sein des projets) et hors ligne (au sein du réseau bénévole et salarié).

Des différences d'organisation et d'éthique entre Wikipédia et Wikimania

Avant d'établir une comparaison entre Wikipédia et Wikimania, je vais tenter de résumer en quelques lignes ma vision sur l'organisation et les caractéristiques de la communauté des contributeurs de fr.wikipédia.

Wikipédia est un projet communautaire fonctionnant dans un environnement plus ou moins clos dans lequel les actions des utilisateurs sont enregistrées et consultables par le reste de la communauté. Dans cet environnement, tous les utilisateurs ont pratiquement les mêmes droits d'édition. Seul l'accès à certains outils de maintenance est réservé de façon statutaire à certains groupes d'utilisateurs élus voire cooptés, au sein de la communauté. Pour le dire d'une façon plus systématique, la communauté d'utilisateurs fr.wikipedia s'organise autour d'une éthique générale basée sur les valeurs et principes suivants :

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  • Un respect de la vie privée et de la volonté d’anonymat.
  • Une organisation sans relation contractuelle ni échange monétaire.
  • Une liberté d'expression et de participation dans les limites du respect de chacun.
  • Une absence de hiérarchie statutaire au niveau des décisions éditoriales et politiques pour l'ensemble des utilisateurs qui ont atteint un certain nombre de contributions.
  • La poursuite des principes et de l'éthique du mouvement du logiciel libre avec l'adoption de la licence libre et l'utilisation exclusive de logiciels et format libres.
  • Une transparence totale dans les actions de chacun, exceptées celles qui posent problème d'un point de vue juridique en relation avec les lois extérieures au projet.
  • Une volonté de poursuivre un projet altruiste dans la production d'un savoir productible et accessible à tout être humain.

Au départ de cet ensemble de principes et de valeurs, dont je ne prétends pas l’exhaustivité, il devient possible maintenant d'aborder les différences entre Wikipédia et Wikimania en termes d'organisation et d'éthique.

Un événement incompatible avec le désir d'anonymat et l'absence de relations monétaires ou contractuelles

Wikimania 2014 registration desk at 9am on Friday.jpg

Il est tout d'abord évident qu'une présence physique à un événement tel que Wikimania rend le souhait d'anonymat impossible en raison des obligations liées à l'inscription. Aussi, contrairement à Wikipédia, Wikimania ne se déroule pas dans un univers clos où tout peut être organisé et contrôlé par l'ensemble de la communauté. Au niveau de Wikimania, il faut se préoccuper des déplacements, de la nourriture, du logement, des structures d'accueil, des formalités administratives, etc. Tout ceci suscite forcément des échanges monétaires et un ensemble de relations contractuelles tant au niveau des organisateurs qu'au niveau des participants. Juste pour l'exemple, le simple fait de louer un vélo pour me rendre de mon hôtel jusqu'au Barbican Center, m’obligeait a effectué un échange monétaire pour établir un contrat de location avec la firme Barcley.

Une liberté d'expression et de participation moins grande

Dans le temple Wikimedia, mieux vaut comprendre la langue de Shakespeare pour cerner tout ce qui s'y passe. Contrairement aux différents projets linguistiques Wikipédia où chacun peut s'exprimer dans sa langue natale, Wikimania Londres s'organise principalement en anglais. Ce fut d'ailleurs je crois, la seule langue utilisée pour les rencontres publiées au sein du programme. Bien sûr, j'ai eu aussi l'occasion de communiquer dans ma langue natale autour d'une table dédiée aux participants francophones ou même en portugais lors de discussion en aparté. Mais pourquoi l'entièreté du programme devrait-elle être organisée en anglais ?

L'utilisation d'autres langues pourrait permettre aux participants non anglophones de se retrouver plus facilement. Cela leur donnerait ainsi l'occasion de s'exprimer plus librement dans leurs langues natales et de rendre ainsi l'expérience Wikimania plus agréable. En 2015, la rencontre Wikimania se déroulera au Mexique dans un pays non anglophone. J'imagine que certaines activités seront programmées en espagnol, mais pourquoi pas dans d'autres langues ?

Pour participer à Wikimania, il faut aussi être capable de se rendre sur place, soit en finançant soi-même les coûts de participation, soit en bénéficiant comme ce fut mon cas, d'une aide financière. En termes de liberté de participation, le projet Wikimania n'a donc rien de comparable à Wikipédia.

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D'autre part, une fois sur place, j'ai pu remarquer que la liberté d'expression et de participation peut être bien différente selon que l'on est simple visiteur ou que l'on occupe un poste statutaire dans l'organisation. Durant le hackathon, des discussions peuvent s'établir autour de tables rondes sur simple initiative d'un participant comme cela peut se faire sur Wikipédia. Mais au niveau du programme Wikimania proprement dit, tout est programmé à l'avance. Une sélection est en effet opérée par un comité restreint influencé, on le suppose, par l'intérêt suscité par la communauté au niveau des pages de soumission. Par la suite, les rencontres proprement dites sont plus ou moins participatives selon qu'elles se déroulent dans une salle de réunion ou dans un auditorium. Si les salles de réunion se prêtent à la discussion, les amphithéâtres, en revanche, limitent souvent l'intervention du public à une séance de questions réponses.

Voici un exemple. Durant la table ronde au sujet de la communauté virtuelle, un sujet qui m'intéresse beaucoup et sur lequel j'ai développé quelques connaissances, il ne m'a pas été possible de prendre la parole. La table ronde s'est déroulée dans le grand amphithéâtre du hall center où était aligné un groupe de personnes composé de quatre employés de la Wikimedia Foundation et trois invités extérieurs spécialistes de la question. La discussion s'est déroulée entre eux par l'intermédiaire de microphones. Vers la fin du temps imparti pour cette rencontre, les spectateurs ont été invités à formuler des questions auxquelles une des personnes présentes sur le podium répondait. Avant d'avoir eu l'occasion de prendre la parole, le temps était écoulé et il fallait laisser les lieux pour la suite du programme.

Boards workshop August 2014 (01).jpg

J'aurais pourtant voulu, d'une part, souligner le fait qu'il était maladroit d'utiliser le terme « virtual » dans l'intitulé du débat. Dans son acceptation commune, l'adjectif virtuel peut se traduire par les termes « en puissance » ou « imaginaire » en opposition aux termes « actuel » ou « effectif », ce qui ne correspond pas du tout à la description de la communauté Wikimédia. Il aurait donc été plus juste d'utiliser les termes « en ligne ». Cela éviterait ainsi de créer certaines confusions, au même titre que l'utilisation du terme « démocratie » pour définir l’oligarchie en place dans les états occidentaux rend le débat politique difficile. Lorsque un mot est utilisé à tort, il devient difficile ensuite de l'utiliser à raison. Et puis, d'autre part, j'aurais pu introduire le mot « environnement », qui me semble être un concept clef dans la compréhension des communautés en ligne. Ce mot n'a malheureusement jamais été prononcé durant la rencontre alors qu'il aurait pu rendre le débat beaucoup plus productif.

En termes de liberté d'expression et de participation, ce que j'ai donc observé durant ces cinq jours pouvait aller d'un extrême à l'autre. Un jour j'établissais un dialogue avec un étudiant en anthropologie ayant laissé en son absence sur l'une des tables du Conservatory Terrace un petit panneau ou il était écrit à la main « Digital anthropology ». L'autre jour j'assistais à cette table ronde à un sujet pour lequel je pouvais apporter quelques avis éclairés, mais où il me fut impossible de prendre la parole.

Une hiérarchie statutaire bien présente

Contrairement à Wikipédia, il existe dans le contexte Wikimania une certaine hiérarchie statutaire au niveau des prises de parole et de décision. Tout d'abord, au sein de la fondation elle-même, puisqu'il existe un organigramme relativement classique avec la présence de Directeurs, Chefs, Conseillers Généraux, etc. Mais aussi d'une façon plus discrète, au sein des chapitres, où l'on retrouve comme en Suisse ou en France, des termes comme Directeurs, Chef et Manager.

2014-08 wikimania day one (07).jpg

En termes de hiérarchie statutaire et en dehors du net, le monde Wikimédia n'a donc plus rien à voir avec le monde Wikipédia dans lequel un professeur d'université se retrouvera démuni de toute autorité liée à son titre académique. A contrario, dans le monde hors ligne de Wikimania, la hiérarchie statutaire influence clairement la capacité de se faire entendre et donc d'influencer la communauté. Certains moments de paroles sont spécialement distribués en fonction du statut hiérarchiques sans qu'une réaction au discours ne soit toujours possible. En prenant cette option, l'organisation Wikimédia s'expose donc à un risque de dérive liée à la recherche de pouvoir d'influence. Ce type d'organisation ouvre aussi la porte aux dérives liées au culte de la personnalité et au dogmatisme pouvant être entretenu par des leaders charismatiques. Heureusement, rien de ceci ne m'est apparu durant mon expérience Wikimania, mais un regard attentif sur la question me semble pertinent. Enfin, je me demande aussi pourquoi l'organisation Wikimedia hors ligne ne s'inspire pas des communautés en ligne ? Au départ du fonctionnement MediaWiki, certaines entreprises ont déjà adopté le concept de la Wikinomie. Pourquoi la fondation et les associations ne suivent-elles pas cet exemple d'organisation décentralisée et non hiérarchique, alors qu'elles fonctionnent au bénéfice de communautés Wiki ?

Une certaine dissonance cognitive concernant les valeurs de la culture libre

Dans un événement organisé par une association défendant le libre partage de la somme des connaissances, j'ai été très surpris de participer à des exposés de professeurs d'universités et de divers auteurs sans qu'un réel débat ne soit organisé.

Common Knowledge? An Ethnography of Wikipedia books at Wikimania 2014.jpg

Encore plus étonnant m'est apparu le fait qu'une organisation qui défend l'éthique et les principes de la culture libre au travers de l'utilisation de formats et de logiciels libres, ait accepté en son sein, la vente et la dédicace de livres édités sous copyright.

J'ai échangé quelques mots avec l'auteur du livre common knowledge suite à sa présentation à laquelle je n'ai malheureusement pas pu assister. À la question « Est-ce que votre livre est disponible en ligne ? », il me répondit que c'était impossible. Il a été « obligé » de publier son travail au sein d'une maison d'édition reconnue sans quoi il n'aurait pas été reconnu dans le monde académique...

Si le but de la fondation Wikimedia est de permettre aux gens de partager librement la connaissance humaine, comment la fondation a-t-elle pu accepter qu'un auteur, même talentueux ou très investi dans les projets de la fondation, puisse vendre et faire la promotion d'un livre payant et soumis au copyright au sein même de son plus gros rendez-vous annuel ? Si les formats libres et les logiciels libres sont les seuls autorisés au sein des projets de la fondation, pourquoi faire exception à la règle durant les rencontres Wikimania ?

Common Knowledge? An Ethnography of Wikipedia session at Wikimania 2014 01.jpg

Je pourrais comprendre qu'au sein de Wikimania, un conférencier puisse utiliser son Macbook comme support de présentation, mais qu'il vienne vendre des livres, édités sous copyright, aux membres du projet qui lui a fourni gratuitement le contenu du livre, cela me dépasse complètement.

Durant les rencontres Wikimania, les enseignants et auteurs devraient, en toute logique, partager et confronter leurs savoirs avec les personnes présentes dans l'assemblée tout en respectant les règles et l'éthique partagés au sein des projets de la fondation. À mes yeux, si cette règle n'est pas respectée, c'est toute la crédibilité du projet qui est remise en cause. Je me pose ensuite une question concernant la légalité de produire sous copyright un ouvrage dont le contenu est issu de Wikipédia. La licence CC BY-SA, appliquée à tous les projets, n'oblige-t-elle pas les œuvres dérivées à utiliser la même licence CC BY-SA ?

Des possibilités et des comportements différents en termes de transparence

La transparence offerte par le logiciel MediaWiki est bien sûr impossible au niveau de l'organisation d'un événement tel que Wikimania. Dans les projets Wikimédia, où toute action aboutit à l'écriture d'un code, tout ce que font les utilisateurs peut être facilement enregistré et accessible à tous. Comme le dit le proverbe, les paroles s'envolent, les écrits restent et cela reste valable pour le code informatique quand il est enregistré. Cela dit, il ne faut pas oublier non plus que, de nos jours, si les paroles s'envolent, elles peuvent aussi se capturer.

Barbican, London - 8 June 2014 - Andy Mabbett - 80.JPG

Je suis venu à Wikimania muni d'une caméra vidéo que j'ai utilisée les premiers jours seulement en raison de l'éloignement de mon hôtel et de la présence d'autres personnes bien mieux équipées que moi. Je me suis dit que cela ne valait pas la peine de transporter tout mon matériel puisqu'il y aura certainement tous les rushs nécessaires sur Wikimedia Commons pour monter un film si je le désirais. D'ailleurs, une grande partie des activités auxquelles je participais étaient en effet filmées, soit par des volontaires, soit par des participants. Malheureusement, jusqu'à ce jour, il n'existe que cinq vidéos sur Commons dans la catégorie Wikimania 2014 présentations et treize dans Wikimania 2014 videos. Où se trouve le contenu filmé par toutes ces personnes ? Sur Commons, sans que l'on puisse les retrouver par manque de catégorisation adéquate ? Sur d'autres sites ?

J'imagine que beaucoup de personnes aimeraient voir les rencontres Wikimania auxquelles elles n'ont pu participer. Ce serait tellement pratique d'avoir toutes ces vidéos sur Commons, indexées sur le site même de Wikimania et présentes sur la page de présentation de chaque activité. Cette idée fut réalisée dans les cas de certaines présentations pourquoi pas toutes ? Cela demande bien sûr une certaine organisation dans la production et la diffusion des vidéos, mais rien d'impossible, il me semble. Une idée donc à creuser peut-être pour l'année prochaine.

L'altruisme, valeur commune aux deux projets

Antinomique à l'égocentrisme, l'altruisme n'est pas pour autant opposé au terme individualiste. La différence entre l'égocentrisme et l'individualisme est subtile mais elle me semble importante pour comprendre la culture Wikipédia dans sa globalité.

Wikimania 2014 - London 11.jpg

En effet, le projet Wikipédia a ceci de particulier que chaque article de l'encyclopédie se crée, au départ, sur le fondement d'un ensemble d'actions à la fois individuelles et altruistes. Ceci explique sans doute le fait qu'il n'y a pas de conflit d'intérêt visible sur Wikipédia mais biens des conflits d'opinions. Ce que l'on appelle « guerre d'édition » n'est en fait que l'expression de la difficulté, pour certains contributeurs, d'abandonner leur point de vue individuel au bénéfice d'un point de vue collectif. Aussi, il est étonnant de remarquer que, durant toute mon expérience Wikimania, je n'ai assisté à aucun conflit ni de point de vue ni d'intérêt.

Au contraire, les personnes rencontrées ou entendues durant Wikimania, me sont apparues à la fois très peu égocentriques, très peu individualistes tout en débordant d'altruisme. À tel point, que l'altruisme m'est apparu comme valeur centrale des projets Wikimedia, ou même comme le ciment de la communauté, même un outil de ralliement et de résolutions de conflits.

Les enjeux d'une certaine disparité au sein des projets Wikimedia

Tout au long de ce compte rendu sont donc apparues de nombreuses disparités entre l'éthique et l'organisation en ligne du projet Wikipédia et hors ligne du projet Wikimania. Excepté la question de vente d'ouvrage sous copyright, cette diversité dans l'organisation et les valeurs me semble normale et même plutôt saine au sein d'un organisme international aussi vaste que Wikimedia. Cette diversité permet en effet aux membres de s'adapter aux différents environnements auxquels ils sont exposés. Cependant, une variabilité dans l'organisation, les valeurs et l'éthique, peut causer certains risques.

Discussing Fluid Lobbying at Wikimania 2014 - 14868580282.jpg

Parmi ces risques, celui de voir apparaître des distances, voir des incompréhensions entre les membres qui évoluent dans des environnements différents. Pour éviter cet écueil au sein du mouvement Wikimedia, je pense que des rencontres internationales telles que Wikimania sont essentielles pour permettre aux différents acteurs de se rencontrer pour échanger leurs expériences et points de vue. Je pense aussi que cette rencontre annuelle est bien insuffisante et qu'il faudrait organiser d'autres rencontres régulières au sein des différentes associations, à des niveaux plus régionaux encore. Durant ces rencontres, il est important que les employés de la fondation ou des diverses associations puissent rencontrer les contributeurs pour qu'ils échangent réciproquement des informations sur leur environnement de travail. Des rencontres peuvent aussi se faire en ligne au sein des différents projets avec une participation des employés en tant que contributeurs. Tout ceci ne pourra, à mon sens, renforcer la cohésion interne du projet et garantir sa pérennité. J'imagine que certaines choses existent déjà, mais pas au niveau de la Belgique malheureusement. Ce travail reste à faire dans l'organisation de notre récente association.

Une expérience motivante

Ainsi, ma participation à l’événement Wikimania 2014 se résume donc à une découverte très enrichissante que je souhaite à tous les contributeurs des projets de la fondation. Ce fut un lieu de rencontres agréables et l'occasion d'établir des liens d'amitié avec de nombreux acteurs du projet Wikimédia. De ces rencontres naîtront probablement diverses implications dans ce qui sera pour moi la découverte de projets hors ligne soutenus par la fondation, comme le projet Wikipédia Zéro et la création de l'Association Wikimédia Belgique. Une expérience que j'espère refaire en 2015 en proposant à nouveau ma candidature en tant qu'organisateur d'atelier. Le rendez-vous est donc fixé, on se retrouve à Mexico.

Crowd gathering for a group photo at Wikimania 2014.jpg
Organigramme décrivant le déroulement des actions du Wikimedia Foundation Trust and Safety Office
Organigramme décrivant le déroulement des actions du Wikimedia Foundation Trust and Safety Office

Wiki Masyarakat Adat: Compiling Data of Indonesian Regulations about Indigenous People in Wikimedia Projects – Diff

Les partenariats très GLAM de Wikimédia - Libération

Le monumental concours de Wikimédia - Libération

Versailles : portes ouvertes à Wikipedia - Par Gilles Klein | Arrêt sur images

Wikimedia CH se penche sur la rareté des femmes - Le Temps

Wikimédia France aux côtés du Temps des communs |

Wikimedia : nominations aux USA, conseil scientifique en France - ZDNet

Le Hackathon Wikimédia à Lyon : un rendez-vous européen pour 200 geeks

Sahara : La 4e réunion annuelle des Wikipédiens/Wikimédiens en avril à Tarfaya

Concours Wikimedia Commons : la photo de l'année a été prise dans la réserve Michelin au Brésil

Wikipedia hosts India conference amid expansion push - BBC News

Consultation sur les pages de discussion 2019/Rapport de la phase 2 — MediaWiki

Extension:WikiLove — MediaWiki

Programs & Events Dashboard - Find Programs

Wikiversité:Pages à supprimer/Recherche:Collaboration juive sous le nazisme — Wikiversité

Wikimedia technical documentation: Friends of the Docs — MediaWiki

Pres WikiConvention Harcèlement.pdf

de SciencePo Bruno บนทวิตเตอร์: "Incroyable ! A la sortie du restaurant Il y avait même #Oiseaudesbois peut-être cherchait t'il #EricMessel le monde est si petit cui cui https://t.co/bWFTfsQEF2 … https://t.co/Cn4FkHkWxy … https://t.co/S0w152rB6E https://t.co/FZum1WbE9N Mais qui photographie ? Trouve & gagne… https://t.co/HNF9yRR1bH"

Le côté obscur de Wikipédia | Arrêt sur Info

Harassment Survey 2015 - Results Report.pdf

Bureaucratie[B 130]

La recherche

Projet:Journal scientifique libre — Wikiversité

Wikimedia Education Greenhouse - Wikiversity

Wikiversité:Recherche originale — Wikiversity

Par ailleurs, en mai 2004, le projet Wikiversité faisait mention d'une recherche collaborative libre (« free collaborative research »[W 304] ).

Crédit de valeur universitaire et wikiversité sur Discussion utilisateur:Lionel Scheepmans/Archive retrait Flow

WikiJournal of Science/The aims and scope of WikiJournal of Science - Wikiversity

Activité Wikimédienne hors ligne

Les cycles de conférences et autres rencontres

Il existe au sein du mouvement Wikimédia plusieurs cycles de conférence annuel ou bisannuel qui s'adressant chacune à un public différent. La plus importante et sans nul doute la conférence Wikimania[W 305] centrée sur les projets Wikimédia et qui s'adresse à l'ensemble des personnes actives au sein du mouvement tout en étant accessible aux personnes extérieures. Elle est traditionnellement précédée par le Hackathon[W 306], un événement au cours duquel des programmeurs informatiques et d'autres personnes impliquées dans le développement de logiciels et de matériel, y compris des graphistes, des concepteurs d'interfaces et des chefs de projet, collaborent intensivement sur des projets logiciels.

De nombreux évènements[W 307] tel que conférences, hackathons, éditathons, concours, ateliers, et autres types de rencontres rencontre sont donc organisés au sein du mouvement et sont repris dans un agenda commun[W 308] sur le site Meta-Wiki. Certains de ces évènements peuvent être d'envergures nationales ou internationales s'organiser sur une simple journée ou étaler sur plusieurs jours comme les exemples repris ci-dessous[N 1].

En raison de la pandémie Covid-19[W 309], la fondation qui aura fermé ses bureaux dès le 15 mars 2020 pour privilégier le télétravail[B 131], a invité l'ensemble du mouvement à suspendre ses activités publiques hors ligne et renforcer son activité numériques au bénéfice notamment des étudiants[W 310]. Après un report d'un an et en raison de la continuation de la crise sanitaire, la décision fut prise d'organisé Wikimania 2021 en vidéo conférence[W 311]. La situation exceptionnelle créée par la pandémie aura aussi donné naissance aux conversations mondiales qui en vidéoconférences et de manière inclusives et participatives auront rassemblé une centaine de personnes pas session afin discuter de la transition[W 312] du mouvement dans le respect des principes[W 313] et recommandations[W 314] précédemment construites durant l'élaboration du plan stratégiques 2030[W 315].

Rencontres internationales

  1. Wikimania
  2. Wiki Indaba
  3. WikiArabia
  4. Celtic Knot
  5. Wikimedia Conference
  6. Wikipedia Academy
  7. Wikimedia Diversity Conference
  8. Wikimeet India 2021
  9. WikiConvention francophone
  10. WikiConference North America

Rencontres nationales

  1. Italie
  2. Hollande
  3. Israël
  4. Pologne
  5. Russie
  6. Serbie
  7. New York City
  8. Viêt Nam

Wikipédia

figure 1.1 les résultats d'une analyse statistique de la page web contenant l'article Wikipédia « Mouvement Wikimédia »[W 316]. Affichés sous forme de graphiques, on y voit apparaître qu'en date du 20/02/2020, approximativement 93,6 % du texte contenu dans cet article était rédigé par mes soins. Grâce à cette information donc, la récupération du contenu de Wikipédia ne peut plus apparaître comme un vulgaire plagiat, mais bien comme la récupération d'un travail effectué dans un autre espace éditorial.

Graphique illustrant la répartition par contributeurs du nombre d'éditions et de la quantité de texte apporté à l'article « Mouvement Wikipédia » en date du 19/02/2020
Fig. 1.2 Graphique illustrant la répartition par contributeurs du nombre d'éditions et de la quantité de texte apporté à l'article « Mouvement Wikipédia » (source : copie d'écran de la page https://xtools.wmflabs.org/articleinfo/fr.wikipedia.org/Mouvement%20Wikim%C3%A9dia le 20/02/2020).


Sur le fond, il est attendu d'un bon article de Wikipédia qu'il soit compréhensible, utile et intéressant aux lecteurs qui n'auraient aucune connaissance préalable du sujet. Il doit aussi adopter une présentation neutre et bien structuré offrant la possibilité de vérifier les informations présentées. Au niveau de la forme, il doit être ni trop long, ni trop court, rédigé dans le style du registre courant et un Français irréprochable, avec une traduction des citations en langue étrangère. Il devra ensuite être catégorisé, mis en lien avec les autres articles de l'encyclopédie et sujet à diverses améliorations techniques rendues possibles grâce au logiciel informatique supportant le projet Wikipédia.

remarquons tout d'abord grâce au graphique affiché en début de section précédente que le taux de participation d'un éditeur à un article de Wikipédia peut varier selon qu'on regarde le nombre d'éditions ou la quantité de texte ou de contenu ajouté.

Avant de répondre à cette question élargissons tout d'abord nos observations afin de voir si le graphique issu de notre expérience ne représenterait pas un cas isolé. Pour se faire commençons par étendre l'analyse du taux de participation à l'ensemble des 27 pages que j'ai créées dans le projet Wikipédia francophone avant le 2 mars 2020[W 317]. Voyons pour ce faire les résultats de nos calculs basés sur des chiffres obtenus au départ de la page https://xtools.wmflabs.org/articleinfo/fr.wikipedia.org et illustré par le tableau 2.1 présenté ci-dessous.

Tableau 3.1 : Pourcentage de participation en nombre d'éditions et texte ajouté sur l'ensemble de mes articles créés sur fr.Wikipédia
Nom de l'article Éditeurs Éditions Mots Mon % éditions % éditions suivant Mon % texte % texte suivant
Anthropologie clinique 4 6 53 60 20 97,2 2
Anthropologie fondamentale 14 34 378 62,1 6,9 73,9 15,6
Anthropologie Globale 6 13 206 77,8 11,1 98 1
Anthropologie prospective 7 20 366 72,2 5,6 100 0
Anthropophages (redirection supprimée) - - - - - - -
Auto-ethnographie 2 11 114 90,9 9,1 100 0
Auto-plagiat 2 6 156 83,3 16,7 100 0
Belgian American Educational Foundation 10 10 174 14,3 14,3 81,7 5,9
Carlos Frederico Marés de Souza Filho 5 11 45 60 20 96 2,1
Cumuleo 5 14 104 71,4 7,1 94,7 5,3
Dérive de la mission 8 19 31 40 40 91,6 3,2
José de Souza Martins 5 8 504 60 20 98,9 1,1
Joseph Louis Bonmarriage 5 12 78 63,6 18,2 94,8 3,1
Kayoux 11 33 503 75 10,7 93,5 4,4
Kuilappalayam 8 19 116 55,6 11,1 71,1 23,9
Laboratoire d'anthropologie prospective 7 19 442 75 6,2 99,4 0,3
Louvain Coopération 23 121 1 354 60,7 12,1 62 33,8
Marché politique 5 10 66 66,7 11,1 94,1 3
Méta-Wiki 6 17 46 85,7 7,1 99,8 7,1
Mike Singleton

(page de redirection vers homonymes)

3 7 4 80 20 96 3,8
Mike Singleton (anthropologue) 19 31 160 54,5 9,1 80,8 6,5
Mondher Kilani 7 28 449 46,2 26,9 11,4 85,5
Ouïe 8 14 37 14,3 28,6 62 23,1
Pierre-Joseph Laurent

(page de redirection vers homonymes)

3 3 4 33,3 33,3 12,4 87,3
Richard Mervyn Hare 9 12 135 31 10 66,8 31
Sociologisme 6 13 56 41,7 25 89,1 8,2
TXM 10 30 164 41,4 34,5 65,9 31
Totaux 198 521 5745 1516,7 434,7 s-o s-o
Moyennes par article soit total/26 7,61 20,03 220,96 58,33 16,71 81,96 13

Il apparait donc qu'au niveau de l'ensemble des articles que j'ai créés sur le projet Wikipédia francophone et rien que ceux-ci, le pourcentage moyen de mes contributions par article est de 58,33 % au niveau du nombre d'éditions et de pratiquement 82 % au niveau du contenu textuel. Utiliser ces résultats pour se faire une idée serait cependant une erreur, car il s'avère être biaisé.

Il s'avère en effet au niveau de l'article intitulé « Louvain Coopération », que je fus également la personne qui aura utilisé compte contributeur « Utilisateur:Louvain Coopération » en deuxième place des comptes les plus actifs au sein de l'article. J'avais créé ce compte à une époque où je travaillais au sein de l'ONG sur laquelle portait l'article. Mon but à l'époque était de respecter au mieux la transparence demandée au niveau conditions d'utilisation des projets Wikimédia en matière de « Contributions rémunérées »[W 318]. Il en a donc résulté que de façons alternées et en fonction de ma présence sur mon lieu de travail, j'ai édité l'article avec deux comptes utilisateur séparés pour atteindre un tau de 78% d'éditions et 95,8 % de texte et non 60,7% et 62% comme on pourrait le crois sans connaitre l'information. Après rectification, je serai donc en moyenne l'auteur de 83,2% du contenu des articles que j'ai créés sur fr.Wikipédia.

De ce premier exercice, on retiendra donc d'une part, que les nombres d'éditions apportées à un article ou un ensemble d'articles n'a qu'une corrélation très limitée avec la quantité de texte produit au sein de ce même article ou un ensemble d'articles, d'autre part, que la répartition en pourcentage du texte produit par les contributeurs d'un article risquera toujours d'être biaisée dès lors qu'une même personne utilisera plusieurs comptes utilisateurs ou si dans un second cas de figure elle venait à modifier l'article sans se connecter à son compte utilisateur. Gardons à l'esprit enfin qu'une personne qui révoquera des modifications faites par un autre contributeurs (pratique très courante au sein de l'encyclopédie), aura pour effet de varier d'autant plus la corrélation pourcentage d'édition et pourcentage de contenu.

D'innombrables calculs et analyses analogue à ce qui vient d'être fait et qui gagneraient à être automatisés, pourraient voir le jour au départ d'articles sélectionnés de manière aléatoire sur l'ensemble des projets Wikimédia afin d'en extraire de nouvelles statistiques et probabilités. Afin de répondre à la question préalablement posée en début de cette section, nous nous limiterons pour notre part à une analyse faite au départ de 100 pages tirées au sort dans l'espace l'encyclopédique Wikipédia francophone au départ de l'hyper lien « Article au hasard » présent dans la colonne de gauche de toutes les pages de l'encyclopédie[N 2]. Les résultats de ce travail, à savoir un pourcentage de X % en matière d'édition et de Y % en matière de contenu pour les éditeurs les plus actifs sur les articles sélectionner et de respectivement X% et Y% pour les suivants, permet donc de nuancer certaines affirmations produites au sein de précédents travaux.

Cependant quel que soit le résultat de ces calculs, il sera à mon sens, toujours important de tenir compte du phénomène d'autocontrôle déjà présenté. Dans ce sens, il ne faut donc pas seulement tenir compte de la répartition du contenu entre contributeurs, mais aussi aussi de la fréquentation de la page, pour en déterminer sa neutralité. Nous l'avons vu, les contributeurs ne se font pas de cadeaux entre eux et une absences de contestation dans un article très fréquenté peut donc apparaitre un gage de fiabilité et de neutralité.

Jargon

motivation et centre d'intérêt

File:The Importance of Indigenous Languages.webm - Wikimedia Commons

2019:Languages/The difficulties of Wikipedias in languages that are not taught in school — Wikimania

Research:User Engagemenet in Wikipedia: The Influence of Cultural Identity — Meta

Building for the future of Wikimedia with a new approach to partnerships – Wikimedia Blog

Activismo Digital de Lenguas Indígenas | Una Red de Activistas Digitales en América Latina

User:Tulsi Bhagat - Meta

Wikisource:Tenth Birthday/Interview/fr — Wikisource

qui qualifie l'édition de Wikipédia de « travail d'amour »[W 319]

Rencontres

Wikipédia:Rencontres — Wikipédia

Jules (@JulesWP) | Twitter

Toolinux - Parinux et Wikimédia France organisent une Wikipédia-Party

Wikipédia:Soirées Wiki en ligne - Wikipédia

Consultation statistics | Demographic insights about on-wiki discussions

Rencontre à Paris[W 320]

Meetup — Meta

Events — Meta

* 2030 Movement Strategy - Wikimedia Wikimedia Chat

Vie politique

Democracy — Meta

Request for WMF Internal audits and appeal procedures — Meta

Global Governance Body — future concept - Jovica Kuzmanoski - Medium

Wikipédia se dote d'un code de conduite universel - ZDNet

tel que par exemple l'interdiction du fair use sur le site Meta-Wiki[W 321]

Une forte interdépendance au sein du mouvement

Si le mouvement semble particulièrement indépendant financièrement et politiquement par rapport aux acteurs externes, il est aussi intéressant de voir à quel point la fondation est dépendante de sa communauté d'éditeurs bénévoles. D'une part, ce sont effectivement eux qui donne sens à sa mission puisque sans cette communauté à qui la fondation pourrait-elle bien donner ses services ? Mais aussi d'autre part, pour garantir ses rentrées financières qui reposent en grande partie, sur la gratitude des lecteurs des projets Wikimédia envers le contenu produit et fourni gratuitement par cette même communauté[réf. nécessaire]. Une sorte de contre don asymétrique pour ainsi dire.

Ceci alors que de l'autre côté et même si les moyens de productions actuels du mouvement (infrastructure, nom de domaine, nom de marque, etc) appartienne à la fondation, la communauté bénévole se trouve dans une position moins critique par rapport à cette dépendance. Il apparait en effet facile pour la communauté et même une partie de celle-ci comme la menace est apparue du côté espagnole et allemand, de se détacher de la fondation et de ses moyens de productions sous licence libre au niveau du contenu et des logiciel et donc réplicables librement et sans frais. De cette situation asymétrique découle donc sans doute l'autorité supérieure de la communauté envers celle de la fondation comme on a pu le constater à mainte reprises.

Prises de décisions

Une autre action nécessaire fut celle de créer l'article encyclopédique traitant du site Méta-Wiki, un espace Web dédié à la gestion du mouvement Wikimédia qui fera l'objet d'une présentation de type monographique dans l'un des prochains chapitres de cette ouvrage. De nouveau, tant dans la version linguistique francophone[W 322] que anglophone[W 323], les page encyclopédique traitant de l'espace numérique Meta-Wiki possédaient toutes deux une redirection vers l'article consacré à la Wikimedia Foundation. J'ai donc décidé dans la version francophone et anglophone de supprimer cette redirection pour créer l'ébauche d'un article indépendant [W 324][W 325].

Wikimédia adopta la licence libre CC.BY.SA en remplacement et doublement dans un premier temps de la licence GFDL produite par la Free Software Foundation pour la protection des logiciels libres et utilisée par le mouvement depuis la création de Wikipédia[W 326]. Avant le lancement de cette migration qui visait à adopté une licence plus adaptée aux projets d'édition collaborative Wikimédia, un comité fut mis en place regroupant de volontaires nommés par la fondation[W 327] dans le but d'établir un vote décisionnel au sein des communautés d'éditeurs rassemblant 17 462 participants dont 75,8 % furent en faveur du changement dont. Parmi ces participants on comptait 96.1 % de personnes actives sur Wikipédia et 43,1 % sur les projets anglophones, 17,8 % sur les germanophone et 5,5% sur le francophone[W 328].

Gouvernance

Tant en interne qu'en externe, le mouvement Wikimédia a connu de nombreux évènements lié à sa gouvernance et à son apparition en tant que nouvel acteur politique au sein des nations. Au niveau interne, l'épisode du fork espagnole, présenté dans la section précédente, apparait de nouveau comme premier fait marquant au niveau de la gouvernance du mouvement. Le risque de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia était l'une des motivations du mouvement diaspora mais pas la seule. L'une des pages du projet dissident dénonce en effet d'autres problèmes au sein du projet Wikipédia de l'époque tel que la présence d'une censure, l'existence d'une ligne éditoriale déplaisante et même d'une attitude arrogante de la part des fondateurs[W 329]. L'épisode espagnol fut aussi en ce sens un antécédent important concernant la gestion du projet Wikipédia, ainsi qu'un sérieux avertissement pour ses fondateurs.

Par la suite, les valeurs d'autonomie et de décentralisation hérité de la contre-culture numérique ne cesseront d'influencer la gestion politique interne du mouvement Wikimedia et ce, tant au niveau des projets linguistiques en ligne que des organisations locales hors ligne. Les cofondateurs quant à eux auront vu leur implication au sein du mouvement se réduire au fil du temps. Sanger démissionnera de son poste d'éditeur en chef et ne sera jamais remplacé. Il mettra sur pied 5 ans plus tard le projet Citizendium dont il fut déjà question et dans lequel il trouvera la liberté de mettre en place la ligne éditoriale qu'il aurait voulu mettre en œuvre au sein de Wikipédia.

Jimmy Wales pour sa part, fut tout d'abord considéré avec humour comme un dictateur bienveillant au sein de la communauté d'éditeur. Mais cette autorité se réduit petit à petit jusqu'à se limité à ce jour à une figure publique publique du mouvement membre permanent du conseil d'administration de la fondation ayant le privilège de désigner le ou la Wikimédien.ne de l'année lors d'un discourt de présentation lors des conférences internationales annuelles Wikimania.

Ses pouvoirs d'administrateur sur les projet Wikimédia furent déposés le 9 mai 2010[W 330] suite à un appel à commentaire réunissant 405 signatures sur 539 condamnant en faveur de cette action[W 331]. Celui-ci rassemblait divers grief fait à l'encontre du fondateur qui venait de supprimer sans concertation tout un lot d'image décrites comme pornographiques par la chaine de télévison Fox News Channel[B 132]. L'évolution de du « leadership » de Jimmy Wales et ses raisons sont présentées en détails dans l'ouvrage Common Knowledge dans son chapitre Leadership Transformes: The Pros and Cons of Benevolent Cictatorship dont voici un extrait :

Le leadership de Wales n'a cependant pas décliné mais a évolué. Comme nous l'avons déjà indiqué, la décision de cesser de gérer lui a permis de commencer à diriger. Les événements décrits dans ce chapitre et sa stratégie apparemment délibérée du retrait de sa participation active en synergie avec la limitation de sa micro-gestion, qui devenait incongrue avec le modèle de gouvernance démocratique, lui permit d'exercer un leadership sur une plus grande échelle et à un niveau plus élevé.[N 3]

D'un point de vue historique et anecdotique puisque tous les détails sont disponibles dans l'ouvrage précité, la remise en cause du leadership de Jimmy Wales aura débuté avec le premier conflit d'intérêt sur Wikipédia. Celui-ci apparu lorsque le cofondateur de l'encyclopédie modifia lui-même sa biographie dans l'article Wikipédia qui lui était consacré dans le but d'indiquer qu'il était l'unique fondateur[B 133]. Face à cette pratique fortement déconseillée, la réaction de la communauté fut très vive et largement commentée dans la presse.

L'arrêt progressif de gestion de Jimmy Wales au sein de l'encyclopédie aura permis ainsi de mettre en place de nouveaux organes compensateurs dont les principaux en matière d'autorité seront certainement les commités d'arbitrages chargés de gérer les conflits entre éditeurs. Ils apparurent tour à tour sur les différentes versions linguistiques de Wikipédia à partir de l'année 2003 avec au niveau du projet francophone une période de concertation de la communauté allant du 19 septembre au 24 octobre pour décider de sa mise en place qui sera suivie d'une nouvelle période de délibération pour en décider les règles[W 332]. Et comme toujours au niveau du mouvement Wikimédia, il faut garder à l'esprit que les choses se passeront différemment d'un projet et d'une communauté linguistique à l'autre. Il n'existe par exemple aucun commité d'arbitrage sur certains projets alors que ceux existant peuvent grandement varier au niveau de leur compétence et de leur fonctionnement.

Le règlement du comité francophone en décembre 2020 est proche de celui d'une juridiction classique, avec un domaine de compétence et toute une procédure de dépôts et de traitement des plaintes pour en déterminer leurs recevabilités et leur fondement avant délibération[W 333]. Toutes ces procédures bureaucratiques me sont toujours apparues extrêmement chronophage et même éprouvantes émotionnellement pour ces arbitres bénévoles élus par la communauté. Il en résulte que dans la version francophone du projet, ce commité a été inactif durant plusieurs périodes en raison du manque d'élu[W 334] et que durant lesquelles sa fonction fut assuré par le groupe des administrateurs constitué lui aussi de personne élues par l'ensemble de la communauté.

Le statut d'administrateur existe pour sa part depuis le lancement de Wikipédia en raison de la restriction d'accès à certains outils techniques dont la distribution à tout utilisateur apparait trop risquée. Les « admins » ou « sysop » comme il est dit parfois, sont les seuls en effet à pouvoir bloquer l'accès au site ou à certaines pages des utilisateurs et des adresses IP. Ils peuvent aussi rendre invisibles aux personnes extérieures de leur groupe des pages du projet ou les protéger en écriture et bien d'autres choses encore[N 4]. Leur présence est donc indispensable au bon fonctionnement d'un projet. Ce fut d'ailleurs la raison pour laquelle, la première élection de stewards eu lieu en avril 2004[W 335] dans le but de désigner des personnes qui après avoir acquis l'accès aux outils d'administrateur sur l'ensemble des projets Wikimédia pourront garantir la maintenance ou l'aide à la maintenance des plus petits d'entre eux.

La fonction d'administrateur n'est pas limitée dans le temps tant que le compte utilisateur qui en dispose reste actif mais se voit limité par contre à la gestion technique des projets. Cependant, des débordements ont toujours lieu lorsque certains administrateurs abusant de leur prestige ou de leurs outils techniques en arrive à produire des actions verbales ou techniques pour lesquelles ils ne sont pas mandatés. C'est la raison pour laquelle la communauté francophone d'éditeurs de Wikipédia a mis en place une procédure de contestation du statut d'administrateur accompagnée d'une destitution des droits qui pourra être prononcée par le commité d'arbitrage en fin de procédure. La mise en place de cette règle aura pris près de six ans avec deux premières prises de décisions en décembre 2005 et une dernière en novembre 2011[B 106]. La construction de cette règle fut analysée par Emanuel Wathelet dans le cadre de sa thèse de doctorat en science de l'information et communication[B 106]. Dans cet ouvrage que je conseille à tous ceux qui voudraient en savoir plus sur les questions d'autorité au sein de projet Wikimédia, il nous explique ceci :

À travers la construction des deux règles portant sur la contestation du statut d'administrateur, on peut faire une distinction entre l'autorité émergeant de ce qui est accompli par les 262 wikipédiens en négociations (leurs actions) et l'autorité émergeant de ce que les wikipédiens expriment (leur discours), en notant que ces phénomènes d'autorité ne portent pas sur les mêmes éléments. En effet, l'autorité dans l'action concerne la façon dont la procédure de décision est gérée tandis que l'autorité dans le discours porte sur des phénomènes extérieurs au processus lui-même (par exemple, la destitution des administrateurs qui est le sujet de la procédure mais non la procédure elle-même).

Les résultats montrent que l'autorité émergeant du discours des wikipédiens porte sur des actions particulièrement coercitives. Dans ce cas, les phénomènes d'autorité paraissent très décentralisés – ce qui est notamment visible à travers les nombreuses imbrications d'autorité qui intègrent, souvent, les statuts officiels (administrateurs ou bureaucrates), lesquels voient cependant leur pouvoir restreint ou dépendant de leur articulation à d'autres agents comme, par exemple, le vote de la communauté. A contrario, l'autorité émergeant des actions des wikimédiens en train de négocier s'appuie elle sur des leaders et des militants « locaux », sans statuts, correspondant à la définition d'auteurs organisationnels. Les actions dont ils se rendent responsables sont peu coercitives prises individuellement mais, agrégées, permettent à l'ensemble des processus de négociations d'aboutir. Les deux règles analysées illustrent la diversité de ces actions par rapport aux règles précédentes et, par conséquent, la complexification du rôle d'auteur : on note le rôle d'initiateur, d'agent, de vigie, de militant, de proposant, de synthétiseur, de délégation, de porte-parole ; celui consistant à publiciser son travail, à autoriser certaines actions, à se remettre en question voire à décider !

Cependant, l'échec relatif de la première règle et l'instabilité du leadership qui en est une des causes montrent combien le rôle d'auteur et, encore plus, celui de leader sont très relatifs : on ne peut compter a priori sur un leadership émergent dans la mesure où rien n'indique que celui-ci sera suffisamment fort pour mener à bout de bras la prise de décision. Il en résulte que le caractère éminemment contingent de l'auteurité et, par suite, de l'organisation, est réaffirmé avec force renvoyant aux risques que suppose une organisation reposant exclusivement sur ce type d'autorités dans les processus de négociations.[B 134]

Cette analyse permet donc de réaliser à quel point l'autorité au sein des projets Wikimédia peut être distribuée voire diluée dans l'ensemble de la communauté des contributeurs les plus actifs, en gardant à l'esprit toujours que les choses peuvent varier du tout au tout d'un projet ou une version linguistiques à l'autre, en fonction de leurs tailles, de leur ancienneté et de la culture communautaire qui s'y développe.

À cette époque James Heilman, fut destitué de son post d'administrateur au sein de la fondation par les autres membres, avant d'être réélu en 2017 toujours par la communauté. Il déclara plus tard avoir incité à plusieurs reprises pour rendre le projet public.


En 2017, ce fut au niveau de l'association Wikimédia France qu'apparu une crise de gouvernance une importante crise de gouvernance, qui aboutira cette fois à une restriction budgétaire de ces subsides reçu par la Fondation, aux départs de nombreuses membres et administrateurs et à une plainte déposée en justice par la directrice démissionnaire[B 135]. Cette crise mettait en évidence un « fossé » entre les valeurs et les pratiques du monde du travail et ceux du mouvement Wikimédia en matière de transparence, de gouvernance et de gestion des conflits interpersonnels[B 136]. Elle fut à l'origine d'une assemblée générale extraordinaire durant laquelle la recherche d'une gouvernance plus horizontale au sein de l'association aura été débattue[W 336] avant d'être mise en place.

Cette deux crises au sein du mouvement illustre donc très bien la capacité d'autonomie politique de la communauté des contributeurs et son pouvoir d'influence à l'encontre de la fondation et autres associations nationales affiliées. Dans un sens inverse par contre, la fondation Wikimedia n'a que très peu d'influence sur les décisions prise au sein des communautés. L'exemple du « black-out » décidé le 6 octobre par la communauté de contributeurs du projet Wikipédia en italien en est un bel exemple. Celui-ci fut en effet décidé, sans aucune concertation avec la fondation Wikimedia[B 8]. D'autres blocages temporaires ont lieu comme celui du 18/01/2012 orchestré par la fondation, cette fois en manifestation contre deux législatures proposées aux Congrès des États-Unis[B 137] ou plus récemment encore contre une directive européenne concernant le copyright[B 138].

« Imagine a world in which every single human being can freely share in the sum of all knowledge. »[B 139]

Démocratie élection et votes

La vie politique au sein du mouvement Wikimédia

Un administrateur de Wikimédia se retire après une fronde des contributeurs

Wikimedia : la controverse sur un projet de moteur de recherche provoque une nouvelle démission

Décision n° 2017-687 QPC du 2 février 2018 | Conseil constitutionnel

L’Organisation mondiale de la Santé et la Fondation Wikimedia élargissent l’accès aux informations fiables sur la COVID-19 sur Wikipédia

We stand for racial justice. – Wikimedia Foundation

Code de conduite universel[W 337]

Code de conduite universel/Texte - Meta

Universal Code of Conduct – Wikimedia Foundation

Wikipedia Embraces First-of-Its Kind Universal Code of Conduct, Conceived For The New Internet Era – Wikimedia Foundation

Elevating Wikimedia: a Universal Code of Conduct for free knowledge – Wikimedia Foundation

Wikipédia se dote d'un code de conduite universel - ZDNet

(1) Wikipédia:Le Bistro/11 février 2021 — Wikipédia

Différences entre les versions de « Wikipédia:Le Bistro/8 février 2021 » — Wikipédia

Cancel culture

Méta:Politiques et recommandations — Meta

Conseil d'Administration de la Fondation Wikimédia/Appel à commentaires / idées : sélection des administrateurs communautaires au conseil — Meta

Governance Review — Meta

Stratégie/Mouvement Wikimedia/2018–20/Transition/Conseil global intérimaire — Meta

Movement Charter — Meta

des règles concernant la gestion des conflits d'intérêts, variables d'un projet linguistique à l'autre, voient le jour[W 338].

2014 d'autres règles, variables selon les versions linguistiques de l'encyclopédie apparaissent au sujet des contributions rémunérées[W 339], en complément de conditions d'utilisation appliquées sur l'ensemble des projets[W 340]. Cette nouvelle réglementation s'inscrit dans une « chasse aux sorcières »[B 140], réagissant entre autres à l'apparition d'entreprises de type Wiki-PR, spécialisées dans l'édition payante des articles de Wikipédia. Autre fait marquant de cette époque : une employée de la fondation Wikimedia est licenciée pour avoir pratiqué ce genre d'éditions rémunérées[B 141].

Wikipédia:Critique de Wikimédia France — Wikipédia

Vers une sortie de crise à Wikimédia France

Démissions, subvention amputée, gouvernance mise en cause : crise ouverte chez Wikimédia France

Gestion financière du mouvement

Le financement du mouvement Wikimédia se fait sans aucune rentrée publicitaire et repose essentiellement sur des campagnes publiques de dons organisées par la fondation Wikimedia[B 142]. Celle de 2018-2019, constituée de plus 7 millions de dons provenant d'une trentaine de pays et d'une moyenne de 15,61 dollars US, permet de récolter au total 112,9 millions de dollars US[W 341]. Le compte-rendu de cette campagne indique qu'une grande majorité de ces dons proviennent de pays occidentaux (voir figure 10 ci-dessous) et que 39 % d'entre-eux sont initiés par des bannières affichées sur les sites Wikimédia (voir figure 11 ci-dessous). À l'exception des dons transmis depuis la Suisse et l'Allemagne qui sont directement gérés par les associations locales respectives après avoir transmis un pourcentage de ce montant à la fondation Wikimedia, la totalité des dons est gérée par cette dernière[W 342].

Au delà de cette source de financement, le mouvement Wikimédia peut aussi recevoir des dons au niveau des instances locales tels que les chapitres, projets thématiques, groupes d'utilisateurs, etc. Certaines rentrées financières peuvent en effet provenir de campagnes de soutien orchestrées localement[V 7], dont certaines peuvent donner accès à une déduction fiscale[W 343]. Certaines associations locales telles que Wikimédia Italie[W 58] et Wikimédia Pologne[W 344] bénéficient aussi d'un soutien financier étatique provenant directement d'une partie d'impôts communautaires que les citoyens sont libres d'attribuer à des organismes d'intérêt public. Un fond de dotation réunissant la somme de 43 millions de dollars américains en juillet 2019 fut créé en mai 2016 dans le but de générer des revenus pour soutenir les opérations et les activités des projets Wikimédia à perpétuité[W 345].

Au niveau des dépenses, la fondation Wikimedia distribue ses ressources financières dans différents secteurs avec plus de 50 % des fonds attribués au bénéfice des ressources humaines engagées au sein de son institution (voir figure 12 ci-dessous). Ces dépenses annuelles n'atteignent cependant jamais le niveau des rentrées budgétaires et permettent donc à la fondation de faire croître chaque année une réserve de liquidités (voir figure 13 ci-dessous). Il en résulte qu'en comparaison à d'autres organisations du secteur, la fondation Wikimedia se distingue par une marge d'exploitation très saine[B 14], qui est sans doute liée au nombre très restreint de salariés par rapport à la taille et à la complexité du budget, mais aussi à la taille du mouvement international de volontaires, qu'elle se doit de gérer[B 106].


Une partie du budget de la fondation Wikimedia est aussi transmise aux associations locales par l'intermédiaire d'un comité des fonds[B 142]. En 2013-2014, ce comité, aidé par un logiciel d'aide à la prise de décision, a accordé des financements à des individus, groupes et associations dans plus de 60 pays du monde, et 30 communautés linguistiques et thématiques[B 106]. Il est cependant reprochable au système de distribution de subventions d'être difficile d'accès pour les personnes n'ayant pas d'expérience spécifique dans ce type de demande ce qui rend donc la situation profitable à des organismes spécialisés extérieurs au mouvement[B 143].

User:WJifar (WMF) – Meta

Funding Free Knowledge the Wiki Way - Wikimedia Foundation Participatory Grantmaking - Wikisource, the free online library

A quoi sert l'argent donné à Wikipédia ?

Chapter-wide Financial Trends Report 2013 - Meta

Valeurs

Carte du monde représentant le nombre de liens de Wikipédia français pointant vers un pays
Fig. Carte du monde représentant le nombre de liens de Wikipédia français pointant vers un pays. https://w.wiki/$qF

Gender gap/International Women's Day — Meta

https://phabricator.wikimedia.org/T236446 CCO et youtube

La neutralité

Il semblerait toutefois que « l'aspiration à un processus de rédaction convivial et serein soit mise de facto au-dessus de l'examen critique de la présentation pluraliste des points de vue. »[B 144]

Faire référence à l'article Krisna, eglise catholique. pédagogie Steiner dans différente langue.

Wikipédia discussion écriture inclusive mathématiciennes

L'anonymat et de la méritocratie

Affaire Essjay — Wikipédia

Celette

Février 2015, l'affaire Essjay éclate lorsqu'un contributeur anglophone actif sur le projet Wikipédia anglophone depuis 2005 est accusé de fausse déclaration relative à ses titres académiques et ses compétences professionnelles. La réelle identité et les réelles qualifications sont dévoilés à la communauté d'éditeurs suite à son engagement au sein de la firme FANDOM anciennement appelée Wikia. Choquée par ce véritable scandale, la communauté Wikimédia choisit cependant de faire confiance à des règles de conduite précises et appropriées, élaborées de manière participative, plutôt qu'à une confiance plus interpersonnelle ou à des systèmes précis d'accréditation et de contrôle général[B 147].

Dans ce cadre de ce phénomène de surveillance réciproque entre utilisateurs, grâce aux outils statistiques d'assistance à cette observation et en raison de l'anonymat que procure l'environnement MediaWiki, le nombre d'éditions d'un utilisateurs son ancienneté et l'archivage de son comportement en ligne constituera son identité au sein du projet.

Par exemple déterminera, de manière variable en fonction des projets linguistiques, si un compte utilisateur pourra voter lors de décisions prise pas communautés d'éditeurs. Parmi ces décisions figure notamment les « élections » d'administrateurs chargés de la maintenance du site grâce à l'obtention d'outils techniques privilégiés qui leurs permettront par exemple d'empêcher un compte utilisateur ou une adresse IP de modifier les pages du projet, de supprimer certaines page de l'espace visible par les utilisateurs ne bénéficiant pas de leurs droits, de bloquer une page au niveau de son édition comme nous l'avons déjà vu précédemment, etc.

Dans ces élections, le nombre d'éditions des candidats deviendra à nouveau un critère de recevabilité et de reconnaissance au regard de la communauté. Pour exemple, lors de ma candidature aux élections de stewards[N 5] sur le site Méta pour lesquelles toutes la communauté Wikimédia est invitée à voter et s'exprimer[W 346], un votant attendait d'un candidat d'avoir plus 20 000 contributions à mon actif[W 347]. Relever le caractère non fondé de cette remarque me permettra d'établir un ordre de grandeur puisque à l'époque de ma candidature, je devais atteindre un total proche des 22 000 éditions après 9 années d'activités plus ou moins assidues selon les projets. Le nombre d'éditions atteint ainsi une tel importance au yeux de certains utilisateur qu'il en est devenu un sujet d'autodérision au sein du projet Wikipédia francophone où l'on parle d'une grave maladie appelée la « compteurdédite »[W 348] souvent provoquée par une forme d'addiction intitulée « Wikipédiholisme »[W 349].

Mais ce qui porte à rire dans un certain contexte pourra faire l'objet dans d'autres de grandes polémiques.

L'une des plus importante d'entre elle débutat en février 2015, lorsqu'une liste d'adresse IP et de courriel fut transmise par le serveur d'OverBlog hébergeant le blog Wikirigolé déjà cité précédemment, permis par recoupement et selon les détails fournis par un billet écrit sur Wikipédia[W 350], d'en découvrir ses multiples auteurs dans lesquels se trouvait un trouble fait bien connu sous le nom de *SM*, mais aussi des administrateurs du site, des anciens membres du comité d'arbitrage et un vérificateur d'adresses IP. La réaction de la communauté fut vive et dépassera en équivalence 50 pages de commentaires[N 6] répartis principalement entre l'espace forum de la communauté intitulé le bistro[W 351] et la page dédiée au bulletin des administrateurs du projet[W 352].

Cette révélation ébranla la communauté des éditeurs et portera irrémediablement atteinte à la confiance et peut être au respect que les éditeurs se porte mutuellement. AJOUTER ICI PLUS D'INFOS, TÉMOIGNAGE, DÉPART, DÉMISSION ETC.

comme celle qui secoua le projet Wikipédia francophone dans le courant du mois de novembre 2019. En février 2019, une utilisatrice répondant au pseudonyme de Celette avait lors d'une interview faite sur la plateforme de blog collectif Medium[B 148] déclaré qu'elle était une travailleuse indépendante de 30 ans, détentrice d'un diplôme bac+5 et qu'elle fut candidate au poste d'administratrice de Wikipédia à deux reprises. Cependant neuf mois plus tard, le 22 novembre 2019 et suite à des aveux publiés sur le forum principal de Wikipédia[W 353], la communauté apprendra que ce compte utilisateur était partagé par cinq amis (six au départ, trois filles et deux garçons restants dont un couple), qui au début de leur entreprise utilisaient le même ordinateur et le même appareil photo à tour de rôle.

Ce compte utilisateur était actif depuis juin 2008 et figurait en 8ème place de la liste des contributeurs les plus actifs du Wikipédia en matière de nombre d'éditions. Il bénéficiait donc d'un certain prestige tout en étant aussi très présent et donc très influent dans les discussions et prises de décisions de la communauté. Le compte Celette fut notamment nommé dans une plainte pour harcèlement déposée à la Trust & safety Team de la fondation Wikipédia chargée de la sécurité des utilisateurs[W 354] par l'utilisatrice Idéalités bannie du projet Wikipédia, reconnue comme victime harcèlement[W 355] de la part de plusieurs autres utilisateurs bannis par la suite. Les investigations furent close avant que l'implication de Celette et d'autres utilisateurs dans le harcèlement soit prouvée et le bannissement de l'utilisatrice Idéalités prit fin le premier mars 2020[W 356]. après une période probatoire de parrainage inédite au sein du projet Wikipédia francophone[W 357].

Au final, le partage du compte utilisateur Celette n'était pas une pratique formellement interdite par les règles de Wikipédia[réf. nécessaire][3], mais en raison de l'ancienneté du compte et précisément de son nombre d'éditions, sa révélation provoquera un choc au sein de la communauté et un climat de suspicion probablement sans précédent au cours de ma période d'observation. Le 30 novembre 2019, à l'issue de cette crise et suite à la consultation des administrateurs du projet, le compte Celette sera bloqué indéfiniment et quelque heures plus tard, cette discussion apparu dans le bistro de Wikipédia :

« Suite aux discussions de la semaine passée je me demande s'il ne serait pas judicieux de masquer le compteur d'édition et de supprimer la liste des top x contributeurs. C'est le paramètre qui a donné du poids aux décisions unilatérales celettiennes, mais nous voyons clairement que le nombre n'a rien à voir avec la qualité. L'indicateur ne représente pas ce qu'il laisse supposer - débarrassons nous de son expression publique. --Charlik (discuter) 30 novembre 2019 à 22:57 (CET)


C'est compliqué amha. Le problème n'est pas le compteur d'édit, en tant que tel, mais le prestige associé. Il suffirait qu'à tout argument du genre "Ah mais il a quand même XXX contribs" soit répondu "mon bot aussi." ou "a coup de micro-éditions, Celette faisait ça dans la journée, ça ne veut rien dire". Car 1000 edits de patrouille ne sont pas la même chose que 1000 désébauchage. Je porte plus d'estime à celui qui passe 100 modifs, sur plusieurs semaines, à travailler un article pour un concours ou un label... Portez la bonne parole, l'éditcount ne veut rien dire. Cordialement, --JoKerozen (discuter) 1 décembre 2019 à 01:28 (CET)

À Bruxelles, il y a quelques années, afin de lutter contre la mendicité, le bourgmestre à fait supprimer les bancs publics… Cela n'a pas fonctionné Boulet. — Madel (... le 22 à Asnières ?) 1 décembre 2019 à 09:33 (CET)

Ah ca, « l'expression publique », c'est terrrrible ! mais que fait la police ?? Mort de rire. --JPC des questions ? 1 décembre 2019 à 11:51 (CET)




La "réputation" est plus importante, même dans le cas de Celette(s), que le nombre de contributions pour "donner du poids aux décisions unilatérales", et on ne peut masquer la réputation. --Jean-Christophe BENOIST (discuter) 1 décembre 2019 à 11:57 (CET) »

Le lien entre nombre d'éditions prestige et réputation qui n'était pas partagé par tous les éditeurs de la même manière aura donc certainement été ébranlé durant cette épisode. D'autre part, comme le soulignera l'utilisateur Kropotkine 113 en résumant la situation, le problème du cas Celette résidait aussi dans l'endurance de ce compte qui lui permettait d'épuiser ses contradicteurs, de les pousser à la faute ou au départ par lassitude[W 358]. Cela étant dit, il restera encore à savoir si l'utilisation de cinq comptes de manière concertée n'aurait pas au final été plus efficace en matière d'épuisement des contradicteurs. Une chose est sûr cependant, c'est qu'en matière de gouvernance, ce compte multi-utilisateur aura eu l'effet inverse des comptes multiples, les faux-nez comme disent le wikipédiens[W 359], parfois créé par une seul personne sans toujours être détecté par la communauté dans le but de pouvoir voter plusieurs fois dans les prises de décision.

Au terme de cette section nous venons donc de voir que l'analyse des activités et le manque de transparence au sujet des comptes utilisateurs peuvent apparaitre comme une première limite au processus éditorial Wikipédia de laquelle pourrait découler certaines position d'influence et de pouvoir abusif (celette, faux-nez) ou au contraire la perte de ceux-ci (harcèlement, bannissement).

Maintenant, avoir un compte sous identité propre ou même sous pseudonyme n'empêchera jamais la création et le maintient d'un ou de plusieurs autres comptes anonymes. Mais cette pratique identifier par la communauté Wikipédienne francophone comme l'utilisation d'un faux-nez est cependant réglementée afin d'éviter l'utilisation de plusieurs comptes pour tromper les autres éditeurs sans certaines situation de conflit ou encore pour voter plusieurs fois lors d'une prise de décision ou contourner un blocage de compte utilisateur[W 360]. On parle aussi sur Wikipédia de compte à objet unique (répondant à l'acronyme CAOU dans le jargon Wikipédien)[W 361] lorsque ce dernier est utiliser uniquement lors d'une intervention limitée et uniquement sur un sujet ou une cause unique.

Autre possibilité encore, il est toujours possible aussi d'éditer les projets Wikimédia en prenant le soin de se déconnecter de telle sorte à ne pas être identifié, ni de son vrai nom, ni de son pseudo par les autres utilisateurs. Pour l'avoir fait à une occasion ou l'autre, et souvent même de façon distraite en oubliant de me connecter, j'imagine que la pratique ne doit pas être rare et qu'elle peut permettre de porter rapidement un acte sans que ce dernier soient lié à son compte utilisateur.

Sachons ensuite qu'une personne qui supprimera du texte ou du contenu à un article augmentera son nombre d'éditions d'une unité à chaque intervention.

Transparence et surveillance

Transparency report – Wikimedia Foundation

La Fondation Wikimédia s'engage pour l'environnement – Wikimédia France

How much of your history does Wikipedia track? | The Daily Dot

Retrouver l'auteur d'un passage de texte wikibuster

De façon concrète cette transparence est assurée au travers de chaque page historique associée à chaque page web produite par le logiciel MediaWiki. Dans la figure 2.8 présente ci-dessous représentant une copie d'écran de la page historique de l'article Wikipédia intitulé « science ouverte », on y voit s'afficher de manière chronologique une liste de lignes reprenant de manière respective :

  • un lien « actu » pointant vers la page de contenu tel qu'il se présente actuellement ;
  • un lien « diff » pointant vers une page de différence entre versions dans laquelle apparaît en gras (texte ajouté) et en surligné (texte retiré) les modifications faites au contenu ;
  • la date et l'heure exacte de la modification sous forme d'un lien pointant vers la version de la page archivée juste après la modification ;
  • le nom d'utilisateur de l'auteur de la modification suivit entre parenthèse d'un lien « discuter » pointant vers sa page de discussion et d'un lien « contributions » pointant vers une page listant chronologiquement toutes ses modifications au sein du projet. Par défaut de compte utilisateur, s'affichera alors l'adresse IP de la connexion Internet utilisée par l'éditeur sous forme de lien pointant pareillement vers une page listant toutes les modifications faites par cette adresse au sein du projet. S'affichera ensuite entre parenthèses un lien « discuter » pointant vers une page de discussion consacrée aux échanges avec le titulaire du compte utilisateur ou l'utilisateur d'une adresse IP fixe ou les utilisateurs en cas d'adresse IP dynamique ;
  • en cas de modification mineure la lettre « m » en caractère gras ;
  • la taille de la page suite à la modification et celle de la modification exprimée en octets ;
  • entre parenthèse, un résumé des modifications éventuellement apporté par l'auteur ou le titre de la section automatiquement fourni par le système ;
  • et finalement entre parenthèse un lien annuler permettant d'enregistrer la version de la page antérieure à la modification et un lien « remercier » permettant d'adresse une notification de remerciement à l'auteur.

En haut des pages historiques du projet Wikipédia francophone on verra aussi apparaître toujours comme le montre le figure 8 ci-dessous un ensemble de liens pointant vers des outils d'analyses statistiques externes. Dans l'ordre de leurs apparitions respectives, ces outils permettront :

  • de filtrer les informations historiques affichées sur la page ;
  • d'afficher des statistiques sur les éditions et les auteurs ;
  • de retrouver l'auteur d'un passage écrit produit sur la page ;
  • de voir les statistiques de consultation de la page ;
  • de connaître le nombre de contributeurs ayant la page dans leur liste de suivi ;
  • d'afficher toutes les modifications de cette page faite par un seul contributeur.
Figure 2.8 :Copie d'écran de l'historique des modifications faite à l'article Wikipédia :« Science ouverte ».

Les vertus d'une surveillance réciproque

Au sein des projets éditoriaux Wikimédia, un phénomène de surveillance mutuel fut déjà notifié par bon nombre d'observateurs, et finalement, de découvrir[pas clair] parmi 160 projets techniques hébergés par la fondation Wikimédia[W 119], trois des nombreux outils d'analyses statistiques reconnus utiles pour la communauté Wikipédia au départ d'une page dédiée à ce sujet sur le site Méta-Wiki[W 362].

La présentation complète et exhaustive de tous les outils d'observation ne pourra prendre place dans le cadre de ce travail. À titre indicatif, sachons toute fois que grâce ces outils, il est possible de contrôler et de visualiser de façon asynchrone et parfois synchrone (LiveRC[W 363]), l'activité des contributeurs enregistrés ou non, de manière ponctuelle ou évolutive, dans un article, un projet linguistique ou l'ensemble des projets Wikimédia (tools[W 199], Xtools[W 110], Wikiscan[W 364], CentralAuth[W 365], etc.), de contrôler et visualiser la fréquentation d'un projet linguistique ou de tous les projets Wikimédia par pays et selon le matériel informatique utilisé, de connaitre les pages les plus fréquentées, les images, vidéos ou autres fichiers les plus utilisés au sein des projets (Wikiscan, Wikimedia statistics[W 109], ) et de savoir quel utilisateur fut l'auteur d'une phrase dans un article et à quel jour et quelle heure il l'a écrite (Wikiblame[W 366]).

Ma participation au projet Wikipédia

Selon les chiffres approximatifs recueillis sur les pages de l'outil d'analyses statistiques stats.wikimedia.org et durant la période du 6 au 20 février 2020 inclus, l'encyclopédie francophone aura été visitée 458 millions de fois par des personnes qui se seront connectée plus ou moins 50 % via un accès internet mobile et 50 % via un accès internet fixe (voir fig 1.a ci-dessous)[W 367]. Parmi toutes ces visites, 8 millions 500 mille seulement proviendront d'appareils distincts qui auront été deux fois plus souvent connecté via le réseau mobile (voir fig. 1.b ci-dessous)[W 368]. En moyenne et pour cette période bien précise, nous pouvons donc en déduire que 425 mille visiteurs journaliers auront consulté en moyenne environ 2,7 fois par jour le projet wikipédia francophone en remarquant sur base du graphique présenté dans la figure 1.b que l'accès au départ d'un appareil mobile deux fois plus élevé que via un ordinateur de bureau sera plus courant durant les périodes de week-end.

Au niveau de l'activité éditoriale du projet Wikipédia francophone, d'autres analyses statistiques produites par ce même site stats.wikimedia.org nous informent que le site fut modifié en moyenne 862,5 fois par jour par des contributeurs qui auront fait une ou plusieurs modifications avec environ 7 fois moins d'éditions faite sans connexion à un compte utilisateur (voir fig. 1.c ci-dessous)[W 369]. Un autre graphique produit et indiquant cette fois-ci 981,6 contributeurs journaliers[N 7] nous informe que environ 1/3 de leurs contributions aura été faite dans l'espace non encyclopédique[N 8] du site web (voir fig 1.d ci-dessous)[W 370].

Graphique illustrant le nombre de contributeurs journaliers sur sur le projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février 2020 inclus avec distinction entre l'espace encyclopédique et non encyclopédique.
Figure 1.x : Graphique illustrant le nombre de contributeurs journaliers sur sur le projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février 2020 inclus avec distinction entre l'espace encyclopédique et non encyclopédique (Scheepmans, 2020).
Graphique illustrant le nombre de contributeurs journéliés fr.wikipédia entre le 6 et le 20 février 2020 inclus en distinguant les éditions faites avec ou sans compte utilisateur
Graphique illustrant le nombre de contributeurs journéliés fr.wikipédia entre le 6 et le 20 février 2020 inclus en distinguant les éditions faites avec ou sans compte utilisateur

Selon d'autres chiffres approximatifs fournis cette fois par l'outil d'analyse tools.wmflabs.org et toujours sur ce même laps de temps, l'article « Mouvement Wikimédia » quant à lui aura été consultée 1134 fois dont 424 le 6 février 2020 avec une moyenne de 76 fois par jour tandis que la page page de discussion consacrée à sa labellisation aura été consultée par 687 personnes dont 214 le 6 février 2020 avec une moyenne de 46 personnes par jour (voir fig 1.e ci-dessous)[W 371]. Au final, parmi ces 687 visiteurs de la page de labellisation, 16 se seront donc manifesté par écrit et 9 auront participé au vote.

Histogramme illustrant le nombre de visite de l'article « Mouvement Wikimédia » durant la période du 6 au 20 février 2020 inclus
Figure 1.x : Histogramme illustrant le nombre de visite de l'article « Mouvement Wikimédia » durant la période du 6 au 20 février 2020 inclus. (Scheepmans, 2020)

Voilà donc un ensemble de relevés statistiques qui nous permettent de voir par ordre de grandeur, les activités humaines pouvant avoir lieu dans l'espace numérique mouvement Wikimédia au départ d'un exemple basée sur une période d'observation de 15 jour au sein du projet Wikipédia francophone.

Avant cette procédure de labellisation, il y eu tout un travail d'édition de l'article « Mouvement Wikimédia » qui aura commencé le 21 janvier 2019, soit près d'un an avant sa candidature au label de qualité. À cette époque, je me suis tout de suite étonné du faible stade d'avancement[W 372] de l'article et ce malgré ses 12 ans d'existence[W 53]. Une visite sur le projet Wikipedia anglophone réputée plus abouti en raison du plus grand nombres de locuteurs, et donc fatalement, de contributeurs, me permit de constater que l'article n'y était pas beaucoup plus développé[W 373]. Quant à la vingtaines[W 374] d'autres articles répartis sur les près de 300 projets linguistiques Wikipédia, ils m'ont semblé encore moins aboutis que la version francophone.

Autre fait marquant, le 8 avril 2019, j'ai du prendre l'initiative d'inverser une redirection automatique qui partait de l'article « Mouvement Wikimédia » vers l'article « Wikimédia ». Ma modification était justifiée par le résumé suivant[N 9] : « Le contenu de la page correspond plus au mouvement qu'à la marque »[N 10][W 375].

Dès le début de cette observation participante donc, et sans pour autant en identifier les raisons, je découvrais ainsi que les articles encyclopédiques consacrés au mouvement Wikimédia étaient relativement délaissés par les éditeurs de Wikipédia qui pourtant, sont membres de ce mouvement à part entière.

L'expérience m'a ensuite rappelé rapidement qu'un article délaissé au niveau de son aboutissement, ne l'était par forcément au niveau de sa surveillance. Effectivement, le 9 mars 2019, l'une de mes modifications a été annulée par un utilisateur répondant au pseudonyme de (:Julien:). C'était plus de deux mois après ma première modification. Entre temps, une correction orthographique et un reformulation avait déjà été faites par des utilisateurs bienveillants. Trois autres modifications malveillantes cette fois, avaient aussi été supprimées moins d'une minute après leur apparition au cours de la journée du 21 février 2019[W 376]. En raison de ce qui fut considéré comme un « passages en force sous adresse IP » un administrateur du projet pris l'initiative de protéger l'article durant un mois de tel sorte à ce qu'il soit modifiable uniquement par les utilisateurs autoconfirmés[W 377][N 11].

L'auteur des modifications malveillantes n'avait en effet pas de compte utilisateur. En cliquant son l'adresse IP présente sous forme d'hyperlien dans la page historique de l'article en question[N 12], je suis arrivé sur une page dans laquelle apparaît la liste de toutes les actions faites au départ de cette adresse[W 378]. Au nombre de 11, la totalité de ces modifications dataient du 21 février entre 12h44 et 12h51 heure belge et consistait à ajouter à plusieurs reprise une phrase identique sur les articles concernant Adrienne Charmet, Rémi Mathis, Wikimédia France et le Mouvement Wikimédia.

Sous forme d'hyperlien, cette phrase était la suivante : «  Observons Wikipedia : le blog de Pierrot le Chroniqueur». Elle fut donc probablement écrite par un supporter de ce blog chroniqueur de Wikipédia et des autres projet Wikimédia, ou peut-être l'auteur du blog en question. Sur la simple base d'une adresse IP, il est impossible d'en savoir plus, à l'exception du nom et de l'adresse de son fournisseur d'accès à internet grâce à un site d'informations de type Whois. Dans ce cas précis, l'adresse IP fut fournie par la société Free basée à Paris qui devra, sachons le, fournir l'identité du client utilisateur de l'adresse IP si la justice française en faisait la demande.

Suite à ces informations concernant les éditions de l'encyclopédie sans y être connecté, voyons a présent ce qu'il en est de l'utilisateur « (:julien:) » qui avait annulé l'une de mes modification à l'article Mouvement Wikimédia. Je l'avais identifié au début comme était un jeune contributeur en raison de son franc parlé argotique. Mais neuf mois plus tard, en écrivant ce paragraphe, je découvre avec surprise que cette utilisateur qui maitrise apparemment parfaitement la langue anglaise[W 379] était un ancien membre du premier Comité d'arbitrage de Wikipédia[N 13] pendant la période du 22 mars 2005 au 22 septembre 2005[W 380]. J'en concluais donc à nouveau qu'au sein de l'espace numérique Wikimédia, si on ne prend pas la peine de faire quelques recherches, ou si jamais les informations devaient à manquer, on peut facilement se tromper sur l'identité des personnes avec qui on dialogue.

Voici mieux comprendre la situation, un bref historique de ce qui s'était passé. Julien avait justifié son annulation par le résumé suivant : « § n'a plus aucun sens, mieux vaut rester à la formulation précédente »[W 381]. Comme il avait raison, j'ai alors essayé de reformuler mes propos pour les rendre plus sensés en laissant comme résumé : « Bonjour Julien, peut-on discuter avant que tu supprimes mon travail ? Bien à toi. »[W 382]. Suite à cela, Julien décida d'ouvrir une nouvelle section intitulée « formulation », sur la page de discussion[N 14] réservée à l'article « Mouvement Wikimédia »[W 383]. En voici son contenu :

Bonjour @Lionel Scheepmans,

D'abord non, je ne vais pas discuter avant de reverter tes modifs. Le paragraphe que tu as modifié était truffé de fautes d'ortho et ne voulait plus rien dire. Donc dans ce cas, ce n'est pas comme un débat à avoir sur la pertinence de tel truc ou la formulation de tel autre, c'est juste imbittable donc je dégage.
Ton paragraphe est encore maladroit : la version précédente parlait du nom des projets, toi tu dis que WMF est « Composés d'un [[w:mot-valise|]] ([[w:wiki|]]) ». D'une part ce n'est pas la WMF qui est composée mais son nom, d'autre part le mot-valise n'est pas une composante du nom, mais le nom lui-même. Et il reste des fautes d'orth, c'est pour ça que le paragraphe précédent, à la fois clair et en français correct (même si à la relecture, il y avait aussi des fautes :s) me semble mieux. Cordialement, (:Julien:) 11 mars 2019 à 10:09 (CET)

Merci (:Julien:) d'entamer la discussion. Tu as parfaitement raison sur le fait que ma modification comportait des fautes d'orthographes. si il en reste, je t'invite à les corriger. C'est vrai aussi que j'avais oublier un verbe et que le sens de la phrase posait problème. C'est vrai enfin que le mot valise ne concerne pas la fondation elle même. Mais ne crois tu pas qu'il est mieux d'améliorer les choses que tu qualifies d'imbittable (Si tu pouvais m'expliquer ce néologisme, je t'en serais reconnaissant) plutôt que de les dégager (J'apprécierais que tu utilises d'autres termes, mon travail n'est pas un ballon de football).
Je viens de modifier le paragraphe en fonction de tes recommandations. N'hésite pas à l'améliorer. N'hésite pas non plus à mettre un peu de courtoisie dans tes actions et réactions. On est tous bénévoles ici, autant rendre l'atmosphère de travail agréable tu ne cois pas ? J'envisage aussi de scindé l'article en deux avec un article dédié séparément au [[w:Mouvement Wikimédia|]]. Si le projet t'intéresse, dis le moi on peut travailler ensemble. Tu sembles en effet avoir des compétences qui peuvent combler certains de mes handicapes. Bien à toi. Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 11 mars 2019 à 10:55 (CET)
Salut Lionel,
« Imbitable », ça s'écrit avec un seul T, ça dérive de biter, littéralement « foutre sa bite dans le truc », c'est-à-dire le comprendre — parce qu'on ne pénètrerait pas quelqu'un sans l'avoir cerné/maitrisé, probablement. Voyons, n'as-tu pas songé au Wiktionnaire pour t'aider à biter un mot que tu ne connais pas ! C'est vrai qu'il existe bitter avec deux T, mais ça doit être moins courant… En tout cas y a pas de bittable qui tienne.
Je suis amusé d'assister à une difficulté sociale à laquelle tu fais face en raison de ton trouble !
Néanmoins, je crois avoir à contredire @(:Julien:) sur quelques éléments. Je ne comprends pas vraiment cette histoire de « WMF est composé du mot-valise wiki »… Mais d'une part je sais que l'on peut dire « A est composé de B, de C et de D » pour dire qu'A est composé uniquement de B, C et D et donc qu'il se confond à la combinaison (ou plutôt à une certaine combinaison) de B, C et D. Si on dit que « A est composé de B », ça veut donc dire que A et B se confondent. C'est relativement correct, même si je reconnais que c'est bizarre comme formulation. Ensuite, peut-être que je me trompe, mais dans « Wikimedia Foundation », il n'y a pas que « wiki », il y a aussi « media » et « Foundation » ! Et depuis quand « wiki » est un mot-valise ? Moi, j'aurais plutôt écrit : « Le nom Wikimedia Foundation contient le mot-valise wiki »… C'est Wikimédia qui est un mot-valise ! On ne parle pas de la fondation mais du mouvement ici. Que vient faire un « WMF » à cet endroit ? Va-t'en, intrus !
Quant à la courtoisie… Boh, je reconnais qu'on peut faire sans ! Moi, j'aime bien insulter les gens, de temps en temps !
Frigory (discuter) 18 avril 2019 à 18:41 (CEST)
Non, on ne peut pas contribuer sans courtoisie. C'est précisément ce qui fait que nos wikis sont invivables. Il n'est pas acceptable de lire cela (même « pour rire »). Trizek bla 18 avril 2019 à 19:48 (CEST)
La courtoisie... Un mot clef pour l'avenir de nos projets. Concernant l'histoire du mot valise Frigory, elle n'est pas de ma plume et j'ai tenté de garder le propos sans trop le déformer et dans le respect de l'auteur. Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 18 avril 2019 à 20:38 (CEST)
À vrai dire j'ai pas trop l'expérience, sur Wikipédia j'ai très peu discuté et sur la Wikiversité j'ai toujours trouvé que les discussions se passaient bien. En tout cas, je suis d'accord que le propos de Julien était inapproprié, j'ai l'impression qu'il s'adresse à Lionel comme s'il avait vandalisé la page ! Ce qui signifie aussi qu'il ne faudrait pas être trop poli avec les vandales… Mais la meilleure stratégie reste de profiter de la situation défavorable dans laquelle ils se sont mis pour leur faire la promo de la contribution à Wikimédia. Frigory (discuter) 19 avril 2019 à 16:53 (CEST)
Fig. 1.1. Photographie intérieure d'une des prisons de Presidio Modelo inspirée de l'architecture panoptique de Bentham, Isla de la Juventud, Cuba. (Friman, 2005)

Ce petit échange entre contributeurs, nous permet déjà de voir à quel point le contenu des projets éditoriaux Wikimédia peuvent faire l'objet de discussions pointilleuses et parfois complexes[N 15]. Mais la chose la plus importante à retenir de cette expérience, c'est qu'au sein du projet Wikipédia au même titre que tous les autres projets Wikimédia qui seront présentés dans la prochaine section, un dialogue entamé entre deux personnes sur la page de discussion d'un article sera suivi au même titre que l'article par tous les comptes utilisateurs qui auront placer cette page dans leur liste de suivit. A titre d'exemple, la page de discussion et l'article Mouvement Wikimédia sur Wikipédia était suivit en mars 2020 par 90 contributeurs[W 384].

En date du premier mars 2020 et selon une page d'information au sujet de l'article en question[W 53], il étaient 91 à suivre l'évolution de l'article Mouvement Wikimédia. Certain d'entre eux auront d'ailleurs configuré leurs préférences utilisateur de tel sorte à recevoir un courriel dès qu'une nouvelle modification sera faite au niveau de l'article et ou de sa page de discussion. Le message transmis par voie électronique comprendra un lien qui pointera directement vers une page une page de Wikipédia où apparaîtra en gras ce qui a été ajouté, et en surligné ce qui a été retiré.

Ce qui s'est passé pour l'article Mouvement Wikipédia peut donc très bien se produire au niveau d'autres pages d'égale importance au sein l'ensemble des projets éditoriaux Wikimédia. Et d'ailleurs, le paragraphe de cette thèse de doctorat que vous être présentement en train de lire, et qui aura été initialement écrit sur le projet Wikiversité fera lui aussi l'objet d'une potentiellement surveillance et relecture de la communauté Wikimédia dont nous reparlerons plus tard.

Conscient d'un tel phénomène de surveillance réciproque, Sylvain Firer-Blaess n'hésite pas à qualifier Wikipédia de : « modèle pour une société hyperpanoptique » (Firer-Blaess, 2007)[B 149]. Cette idée lui fut inspirée par Nancy Fraser qui avait imaginé avant lui 10 ans avant la création du premier Wiki, une « société disciplinaire parfaite [...] totalement 'panopticisée' [dans laquelle] tous se surveilleraient et se contrôleraient les uns les autres » (Fraser, 1985, p.178)[B 150]. La vision de Nancy Fraser avaient été inspirée à son tour des travaux de Michel Foucault et plus particulièrement de son travail sur l'univers carcéral (1975)[B 151]. Dans ceux-ci, l'auteur faisait référence au concept architectural de Jeremy Bentham (1791)[B 152] intitulé panopticon, traduit en français par le terme panoptique (voir figure 1.2 ci-contre).

En parlant d'un phénomène identique ou très similaire d'autocontrôle réciproque, d'autres auteurs mobiliseront aussi le terme d'« holoptisme » définit comme un « espace qui permet à tout participant de percevoir en temps réel les manifestations des autres membres du groupe » (Noubel, 2004, p.23)[B 153]. Dans le cadre enfin d'une étude portant spécifiquement sur la communauté Wikipédia un auteur tel que Dominique Cardon parlera aussi de « vigilance participative » (Cardon et al., 2009)[B 154]. Ce phénomène de contrôle réciproque apparait donc comme comme un sujet important dont il sera question tout au long de cette ouvrage, passons à présent à la présentation encyclopédique du mouvement Wikimédia.

Surveillance panoptique réciproque

Pour comprendre cette situation, il faut savoir que la grande majorité des sites Web contenant les projets Wikimédia sont gérés par un programme informatique appelé MediaWiki et que ce programme enregistre instantanément et automatiquement la totalité des actions faites par les contributeurs et les programmes informatiques qu'ils y mettent en œuvre, et ce dès le lancement du site. Il faut savoir ensuite que, à quelques exceptions près[N 16], toutes ces données sont archivées et rendues accessibles à tout internaute dans des pages de journaux ou des pages d'historiques de contributions où sont classé chronologiquement et souvent de manière paramètrable des listes d'hyperliens permettant l'accès à d'autres informations plus détaillées (voir figures 1.3. et 1.4. ci-dessous).

Fig. 1.2. Copie d'écran des journaux du projet Wikiversité francophone.
Fig. 1.3. Copie d'écran de la page affichant l'historique des contributions d'un utilisateur sur le projet Wikiversité francophone.

Tous les sites éditoriaux soutenus par le mouvement Wikimédia sont en effet des espaces collaboratifs au sein desquels, le partage du savoir finit par s'établir au travers des gestes anodins d'édition et de surveillance réciproque. En consultant l'article « Science ouverte » sur Wikipédia dans le cadre de l'écriture de ce texte, je n'ai pas hésité par exemple à reformuler la phrase d'introduction avec comme résumé pour ma modification : « Reformulation de la première phrase en vue d'une meilleure compréhension. »[W 385] Cette modification une fois accomplie devient alors visible sur cette page « diff » dont nous avons déjà parlé précédemment et dont la copie d'écran, pour rappel, se situe au niveau de la figure 2.7.

Dès la sauvegarde de la modification, cette page « diff » en question aura été notifiée à tous les utilisateurs enregistrés qui auront choisi un jour de l'ajouter dans leur liste de suivi en cliquant sur la petite étoile située entre l'onglet « Voir l'historique » et le cadre « Rechercher dans Wikipédia ». Cette liste de suivi en question (voir figure 2.9 ci-dessous) ressemble fortement à une page historique d'un article à la différence près qu'on y trouvera ici toutes les modifications faites aux articles dont on veut suivre l'évolution. En outre, les utilisateurs qui auront configuré adéquatement leur système de notification dans leurs préférences personnelles recevront aussi l'information et un lien vers la page « diff » directement dans leur boite à courriel.

Capture d'écran de la page de suivit utilisateur Wikipédia.
Figure 2.9 : Capture d'écran de la page de suivi utilisateur Wikipédia.

Un tel dispositif technique, renforce donc la surveillance entre les éditeurs des projets Wikimédia.

File:Praise versus Negative templates, English Wikipedia 2004-2011.png — Meta

il est aussi possible de fournir un lien vers une page qui affichera les « différences entre versions » aussi appelées « diffs » dans le jargon wikipédien. Ces pages « diff » dans lesquelles apparaît surligné dans un cadre de gauche ce qui a été supprimé et en gras dans un cadre de droite ce qui a été ajouté, sont toutes accessibles au départ des historiques des pages de contenus et permettent de visualiser directement l'état de ces dernières avant et après une modification (voir figure 2.7). L'avantage principal de cette méthode par rapport aux permaliens, est que le nom de l'auteur la modification et le moment exact où elle a été faite sera directement visible sans aucune autre manipulation.

Figure 2.7 :Capture d'écran de la page de Wikipédia affichant les différences apportées par ma modification faite à l'article « Science ouverte » .

Sur Wikipédia, produire les hyperliens pointant vers des pages « diffs » représente d'ailleurs une procédure courante dans le cadre d'une protestation adressée à la communauté. Dans le cadre d'une contestation du statut d'administrateur[W 386], il est par ailleurs clairement stipulé qu'« une contestation doit être expliquée et étayée par des diffs ou entrées de journal, sinon elle n'est pas valide ». Ces pages « diffs » ou du journal des activités permettent ainsi à chacun de valider ou de « réfuter » les accusations portées à l'encontre d'un administrateur du site. Typiquement, on y retrouvera des liens pointant vers des propos ou des actes contraires aux règles et recommandations en vigueurs au sein des projets.

Le respect de la vie privée

Comme première réponse à cette question, il nous est déjà possible de cliquer sur le l'hyperlien « condition d'utilisation »[W 387] présent en bas chaque page des projets Wikimédia. Celui-ci ouvrira une page d'informations générales dans laquelle se trouve un nouveau lien qui pointera cette fois vers une page consacrée à la politique de confidentialité adoptée par la fondation Wikimédia[W 388].

On y découvrira que'en Italie[B 155] comme dans de nombreux autres pays du monde, la responsabilité juridique de la fondation Wikimédia par rapport aux projets éditoriaux qu'elle supporte se limite à son statut d'hébergeur et en aucun cas à celui d'éditeur. En revanche, la fondation et le mouvement Wikimédia par extension se sent très concernée par la protection de la vie privée des utilisateurs des projets qu'elle héberge ainsi que de leurs données à caractères personnels.

Il existe par exemple sur le projet Wikipédia francophone une page titrée Wikipédia:droit de disparaître[W 389] anticipait depuis longtemps l'apparition du droit à l'oubli ou plus précisément du « droit à l'effacement » apparu en 2016 dans l'article 17 du règlement no 2016/679 édité par la commission Européenne, aussi appelé règlement général sur la protection des données (RGPD). D'une manière quelque peu inattendue, l'arrivée de cette réglementation aura cependant été publiquement condamnée par la Fondation Wikimédia. Appliquée au niveau du contenu de ses projets rédactionnels, la fondation voit en effet dans ce règlement une porte ouverte à la manipulation des informations présentes sur le net[B 156].[B 157]. Il en résultera donc qu'une demande de suppression d'informations liées à compte utilisateur sera accordée, alors que celle d'informations contenues dans un article traitant de ce même utilisateur sera refusée.

En matière de protection de la vie privée, plusieurs autres options s'offrent aux utilisateurs de l'espace numérique Wikimédia dans lequel, signalons-le déjà, il n'est pas nécessaire pas de fournir une adresse courriel pour ouvrir un compte utilisateur. La première protection, et la plus populaire, consiste à créer un compte utilisateur avec pseudonyme de telle sorte à ce que les modifications et actions faites ne soient pas attribuées à son identité propre. La seconde option plus fréquente parmi les utilisateurs moins actifs, est celle de contribuer aux projets sans se connecter. Dans ce cas de figure, en lieu et place du pseudonyme utilisateur, apparaîtra l'adresse IP de la connexion Internet utilisée par l'utilisateur.

Cette deuxième option est cependant moins respectueuse de la vie privée d'un utilisateur, car au départ d'une simple adresse IP, un internaute peut toujours connaitre soit l'organisation qui l'utilise si cette information est publique, soit la ville la plus proche d'une connexion Internet privée et les coordonnées de l'entreprise qui l'aura fournie lors de son utilisation. Au départ de l'adresse IPv4 : 130.104.34.155 par exemple, le site whatismyipaddress.com indiquera qu'elle est utilisée par l'Université Catholique de Louvain[W 390] alors qu'en utilisant l'adresse 176.164.50.155 sur le site fr.geoipview.com on y verra s'afficher une carte sur laquelle sera désigné la ville de Blois en France[W 391].

Plus fréquemment utilisées par les connexions mobiles, les adresses IPv6 sont moins facilement géo-localisables. Mais quelle que soit la situation, il sera toujours possible pour une personne mandatée de contacter le fournisseur d'accès Internet (FAI) d'une adresse IP pour connaitre l'identité du client qui l'aura utilisé à un moment bien précis et donc par exemple à l'heure d'enregistrement d'une modification faite sur un site Wikimédia. En France, mais cela peu varier selon la législation en vigueurs dans les différents états du monde, les informations permettant de faire le lien entre adresses IP et clients doivent être gardées au minimum un an[W 392]. Dans le système informatique du mouvement Wikimédia par contre, les adresses IP des comptes utilisateurs qui ne sont visibles que par des personnes mandatées par la fondation sont définitivement effacées au bout de trois mois seulement[W 393].

Une dernière option possible enfin pour ceux qui ne désirent pas forcément contribuer sous anonymat sera de créer un compte utilisateur à son propre nom. Ce choix personnel doit alors être assumé puisqu'une partie de sa vie s'expose dès lors aux yeux du monde connecté et de façon potentiellement irréversible. Il ne faut en effet jamais oublier que sur le Web toute information divulguée peut toujours être sauvegardée par quelqu'un sur son ordinateur pour un jour réapparaître quelque part sur la toile malgré son effacement. Les vidéos interdites de diffusion sur le Net, qui disparaissent et apparaissent sans cesse en est un bon exemple.

Afficher sa réelle identité au niveau de ses contributions au projet Wikimédia n'a cependant pas que des inconvénients. Cela offre aussi l'avantage d'assurer la paternité de ses écrits et donc de les protéger d'un risque de plagiat tout en les publiant dans la plupart des cas[N 17] sous une licence CC.BY.SA qui les protégera d'une éventuelle récupération et mise sous copyright. Un tel choix enfin, peut aussi répondre à des obligations d'ordre déontologique liés au cadre d'une recherche scientifique par exemple.

Pour finir donc, toutes ces options et dispositions garantiront une gestion « à la carte » du respect de la vie privée des acteurs wikimédiens et de leurs données à caractère personnel. Elles permettront aussi à certains utilisateurs situés dans des pays sujets à la censure et à la répression de se connecter à des réseaux privés virtuels sans risquer de dévoiler, ni leur identité, ni l'adresse de la connexion étrangère qu'ils utiliseront pour se connecter aux sites. Dernière chose enfin, toutes ces dispositions offrent un climat propice à la liberté d'expression, et au dialogue qui somme toute représente un nouvel avantage pour les chercheurs.

Requests for comment/Privacy violation by TBloemink and JurgenNL — Meta

Humour et fétichisme

Inusability Initiative Logo.png

Uncyclopedia

Uncyclopedia User Group — Meta

Wikipedia mascot — Meta

Methaphore du jeux

Benutzer:Southpark/Playing Wikipedia — Wikipedia

Conscience écologique

Initiative Durabilité — Meta

Press releases/Wikimedia Selects EvoSwitch June 2009 - Wikimedia Foundation Governance Wiki

Tensions épistémiques au sein de Wikipédia

Graphique montrant le nombre d'articles Citizendium depuis le lancement du projet.
Fig. 2.x Graphique montrant le nombre d'articles Citizendium depuis le lancement du projet (Rwxrwxrwx et al., 2016).

Dès son lancement par la firme Bomis en janvier 2001, Wikipédia, l'encyclopédie que chacun peu éditer, s'est rapidement distinguée du projet encyclopédique Nupédia précédemment développér par la firme selon un protocole tout à fait traditionnel avec un comité éditorial aidé par de rares experts bénévoles et supervisé par un rédacteur en chef nommé Larry Sanger. Le projet Wikipédia, qui pourtant avait été lancé plus tard, atteignit rapidement des centaines d'articles alors que Nupédia, en raison sa lenteur procédural, n'aboutira qu'à la production de 24 articles finalisés avant d'être abandonné (Devouard et Paumier, 2009)[B 158].

Évolution dans le temps du nombre d'articles sur en.wikipedia.org
Fig. 2.x Évolution dans le temps du nombre d'articles sur fr.wikipedia.org (HenkvD, 2017).

C'était l'époque de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et des restriction budgétaires qui suivit le Krach boursier. Larry Sanger en perdit son salaire et quitta le projet Nupédia et son poste d'organisateur en chef de Wikipédia. L'encyclopédie libre quant à elle continua son développement nourrie par une communauté de contributeurs dont l'enregistrement sous pseudonyme ne demandera aucune adresse email ni déclaration d'expertise[N 18]. En décembre 2005, ce mode de fonctionnement fit ses preuve suite à une enquête réalisée par la revue Nature. En comparant Wikipédia à la célèbre encyclopédie Britannica, le prestigieux journal scientifique déclarait que : « sur 42 entrées testées, la différence de précision n'était pas particulièrement grande : l'entrée scientifique moyenne dans Wikipédia contenait environ quatre inexactitudes ; Britannica, environ trois. » (Giles, 2005)[B 159][N 19].

En septembre 2006 pourtant, l'ancien employé de Bomis lança à ses propre frais Citizendium, une nouvelle encyclopédie anglophone dans laquelle les contributeurs sont enregistrés sous leur noms réel pour rédiger les articles sous l'égide d'experts. Mais dans le courant de l'année 2010, le nombre d'article produit par Citizendium plafonna au alentours de 25.000 alors que la communauté d'éditeurs ne cessa de diminuer dès 2008 (voir fig. 2.x) alors que la Wikipédia anglophone dépassait les 3 millions d'articles (voir fig. 2.x). Il en résulte que tant au niveau de la qualité que de la productivité, le modèle éditorial Wikipédia faisant l'impasse de l'expertise mettra à rude épreuves les autre modèle encyclopédiques qui finiront tous par décliner[réf. nécessaire]. Son modèle épistémique quant à lui sera sujet à une évolution constante qui suscitera de nombreuses tensions au sein de la communauté d'éditeurs.

Dès 2007 déjà, et non sans une certaine résistance de la part d'une frange de la communauté d'éditeurs, le projet Wikipédia dut se positionner autour de l'émergence d'un lobby en faveur du référencement des informations. Le référencement ou « sourçage des articles » en terme d'actuelles recommandations Wikipédiennes[W 394], fut quelque peu plébiscité par le fondateur de l'encyclopédie, et permit au final « de résoudre les problèmes de confiance épistémique interne (arbitrage des conflits entre contributeurs) et externe (prise en compte d'un impératif de crédibilité) » (Sahut, 2014)[B 8]. Suite à l'aboutissement de cette transformation épistémique « Tout texte présent dans un article Wikipédia doit pouvoir être justifié par une source de qualité »[W 395] et comme le précisait déjà la vidéo 2.1. les sources secondaires et tertiaires seront valorisées par rapport aux sources primaires, ce qui renforcera d'autant plus cette règle selon laquelle Wikipédia n'est pas un lieu de production de travaux de recherche originale, mais bien de compilation d'un savoir déjà existant et déjà publié par des organismes reconnus. Et comme en témoignait un contributeur créateur de plus de 400 articles et auteur de plus de 86 000 modifications[W 396] lors d'une conversation, cette évolution épistémique ne s'est pas faite sans frais au niveau du travail d'édition :

« tout le travail que suppose le sourçage (recherche de sources (pas seulement sur le net), compréhension du contenu et appréciation de sa qualité, évaluation des référent(e)s de compétence associé(e)s, confrontation des sources, synthèse, etc.) n'apparaît pas dans les historiques de WP. Or, ajouter quelques phrases dans un article de WP prend quelques secondes. Les rédiger est l'affaire de plusieurs minutes (voire moins : copié-collé, bricolage de citations, etc.). Les sourcer convenablement peut prendre des heures. Je comprends dès lors que, ne serait-ce que sur le plan quantitatif, l'exigence du sourçage peut paraître exorbitante à certain(e)s bénévoles. --ContributorQ(✍) 2 décembre 2019 à 20:01 (CET) »[W 397]

La pratique et la valorisation du référencement provoquera aussi une inévitable « délégitimé » voir le « rejet du savoir issu de l'expérience personnelle » (Sahut, 2014)[B 8] et donc dans l'absolu, la reproduction du colonialisme épistémique dénoncé depuis le début des subaltern studies qu'au sein du peuple Inuit par exemple qui « n'accordent peu de valeurs aux généralisations [... et où] l'idée d'un savoir vrai visant un objectif particulier n'intéresse personne [... et où le] savoir est très personnel, lié à un nom et enraciné dans la pratique [...] bien que les blancs, eux, ne croient que ce qui est écrit » (Laugrand, à paraitre, p. 164 et 169)[B 69]. Cette fracture épistémique apparaîtra d'autant plus grande, lorsque l'on sait qu'une fois confronté à l'alphabétisation, une personne vivant précédemment dans une complète oralité viendra à se poser cette question : « quelle part de moi-même suis-je forcé de délégitimer quand j'accepte de reconnaître la légitimité de l'écriture ? » (Rougier, 2016)[B 160][N 20].

Le sourçage et la vérifiabilité peuvent parfois aboutir à des situations absurdes dans lesquelles une erreur produite dans une publication notable qui aura trouvé place au sein de l'encyclopédie ne pourra être corrigée que par une nouvelle source notable qui dénoncera spécifiquement cette erreur (Jemielniak, 2014, p.21-22).

Au final, une observation plus systématique des tensions épistémiques internes au projet Wikipédia francophone permet d'aboutir à une typologie de celles-ci que l'on peut articuler autour de quatre régimes épistémiques. Poursuivre... (Carbou, Sahut, 2019)[B 161]

La culture orale dans le mouvement Wikimédia

Idées et documentation à parcourir



Suite à la pandémie Covid-19

Tant son organigramme que sont histoire fait apparaitre clairement au sein du mouvement Wikimédia l’existence deux mondes distincts. Le premier, la sphère en ligne du mouvement, regroupera toute les lieux et activités reposant sur le réseau Internet, le second, la sphère hors ligne regroupe quand à lui toute les instances géographiques et activités rassemblant les acteurs du mouvement en présentiel. Avec l'arrivée de la pandémie de Covid-19, ce deuxième monde fut par ailleurs frappé de plein fouet alors que son monde en ligne bénéficiait d'un regain d'activité. À mon niveau, ce fut même la totalité de mes activités d'observation hors ligne qui disparaîtront suite à la suppression de toutes les activités en présentiel au sein du mouvement.

Capture d'écran des participants à la rencontre mondiale organisée le 21 novembre 2020.
Fig. 2.1 Capture d'écran des participants à la rencontre mondiale organisée le 21 novembre 2020.

Sont ainsi apparus les réunions de conseils d'administration et assemblées générales en visioconférences, de nouveau workshops numériques, de nouvelles productions audiovisuelles de sensibilisation et de formation et bien d'autres connectées. Parmi toute celles-ci, l'exemple le plus significatif en taille et en nombre de participants sera certainement la première conversation mondiale tenue dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie du mouvement 2030[W 398]. Organisée lors d'un week-end de fin décembre et un autre début novembre par un groupe changé d'organiser la transition stratégique, ces rassemblements numériques furent portés par l'équipe de support de la fondation et InsightPact, une petite entreprise de communication thaïlandaise.

Les quatre demi-journées de rencontres se sont adressées à toutes les personnes impliquées dans le mouvement Wikimédia. Au total cet évènement aura rassemblé plus de 400 personnes actives au sein du mouvement Wikimédia au niveau son espace numérique, ou au sein de groupes, organisations, associations et institutions hors ligne[W 399].

Suite à la pandémie, la frontière théorique entre communauté en ligne et hors ligne est de plus poreuse que jamais puisque de plus en plus d'activité hors ligne se déroulent maintenant en ligne mais aussi parce qu'il y a toujours eux des membres de la communauté Wikimédia actif à la fois en ligne au sein de projet éditoriaux que hors ligne au sein des associations. Ma situation au sein du mouvement était d'ailleurs celle-là tout comme l'actuel président de l'association Wikimédia Belgique et je dirais qu'elle est à peu de chose près généralisable pour toute les personnes bénévoles au sein des groupes et association.

Groupes d’utilisateurs - Meta

Amid COVID-19, Wikimedia Foundation offers full pay for reduced hours, mobilizes all staff to work remote, and waives sick time – Wikimedia Foundation

L'imaginaire wikimédien

Vidéo 2.1 Explications au sujet des sources primaires et secondaires destinée au éditeurs francophone de Wikipédia et produite dans le cadre d'un MOOC[B 162].

Cette distinction entre sources primaires et secondaires fera de nouveau écho à mon expérience de terrain. à un autre principe bien connu au sein des projets Wikimédia. Sur l'encyclopédique Wikipédia au contraire du projet Wikiversité, les contributeurs sont invités autant que possible à mobiliser des sources secondaires voir tertiaires dans la rédaction des articles et le moins possible de sources primaires[N 21] (Voir à ce titre la vidéo 1.1 ci-contre). Dans le cas contraire, un travail contenant trop de source primaire, risquerait d'être perçu comme un travail de recherche original dit « travail inédit » en jargon wikimédien et sera candidat soit à une suppression, soit à un transfère vers Wikiversité ou un autre projet Wikimédia plus adéquat. Pour exemple concret, les données issues d'un courrier postal ne sont pas acceptables sur Wikipédia[B 163], alors que ces mêmes données issues d'un article de presse le seront.

https://fr.wiktionary.org/w/index.php?title=Discussion_utilisateur:Lyoko%C3%AF/archive7&oldid=29091172

[N]otes

  1. Les informations reprises dans ce tableau ou cette liste sont susceptibles d'évoluer avec le temps. Leur mise à jour est toute fois possible au départ des sources contenues dans le texte antérieur.
  2. Pour ne pas encombrer cette section, les détails de ce travail sont exposés en annexe de cette ouvrage.
  3. Texte original en anglais traduit avec l'aide de DeepL.com/Translator (version gratuite) : « Wales's leadership however, has not declined but evolved. As already noted, the decision to stop managing enabled him to start leading. The events described in this chapter and his seemingly deliberate strategy of withdrawing from active involvement worked synergistically to limit his micromanagement, which was becoming incongruous with the democratic governance model, and allow him to exercise leadership on a larger scale and on a higher level. »
  4. Pour une description détaillée et exhaustive des status et outils techniques existant sur le projet Wikipédia en français, je vous invite à consulter mon travail de fin de master en anthropologie intitulé Culture fr Wikipédia.
  5. Les Stewards sont des utilisateurs disposant d'un accès complet aux outils administrateurs et de tout autres outils techniques du logiciel MediWiki disponibles via l'interface web utilisateur sur l'ensemble des projets éditoriaux du mouvement wikimédia.
  6. Cette évaluation fut faite après avoir copié l'ensemble des commentaires dans un traitement de texte.
  7. Cette contradiction entre deux chiffres produit par l'outil statistique Wikimédia illustre bien que les données sont très aproximative et qu'elles peuvent varier d'une analyse à l'autre portant pourtant sur un situation identique à d
  8. Il est entendu ici comme pages organisationnelles du projets celles qui sont dédiées aux gestions techniques, à l'aide au utilisateur, à la catégorisation des articles, à la réglementation, aux portails et projets maintenus par des groupes d'éditeurs rassemblés autour de thématiques distinctes, à toutes discussions pouvant voir le jour au sein du projet, etc.
  9. À chaque modification d'une page sur les sites maintenu par le mouvement Wikimédia et supporté par le logiciel MediaWiki, il est possible de justifier son action en laissant un résumé destiné à informer succinctement les autres utilisateurs de ce qui vient d'être fait.
  10. Avant la naissance de l'expression « Mouvement Wikimédia », le terme Wikimédia désignait principalement le nom de marque de la Wikimedia Foundation. Aujourd'hui Wikimédia est considéré par certain comme un raccourci synonyme de l'expression « mouvement Wikimédia ».
  11. Les utilisateurs autoconfirmés sont ceux qui bénéficie d'un compte créé depuis au moins quatre jours.
  12. Lorsqu'une modification est fait par un utilisateur non connecté à un compte utilisateur, c'est alors l'adresse IP de sa connexion internet qui prend la place du nom d'utilisateur dans l'historique des pages wikipédia où l'on voit apparaitre avec de nombreux hyperline, la liste de toute les versions antérieures de l'article.
  13. Le comité d'arbitrage est un groupe d'utilisateurs élus par la communauté pour trancher les cas de litige entre utilisateurs en conflit. À l'issue des débats, les arbitres peuvent notamment ordonner aux administrateurs du site un blocage en écriture d'un utilisateur. Les administrateurs constituent un autre groupe d'utilisateurs élus par la communauté qui disposent à eux seuls d'outils de blocage, de protection, de suppression, et autres, spécifiques à la maintenance du site.
  14. Sur les sites maintenus par le mouvement Wikimédia et supportés par le logiciel MediaWiki, il est possible de discuter du contenu d'une page éditoriale dans une page de discussion qui lui est dédiée.
  15. La discussion suivante sur la page en question concernera la pertinence de mettre l'accent sur le mot Wikimédia en fonction de son contexte grammatical.
  16. Certaines informations récoltées par le logiciel MediaWiki sont en effet masquées pour des raisons juridiques liées par exemple au copyright ou au respect de la vie privée.
  17. Dans certains cas comme sur le site Wikidata et plus récemment sur celui de Wikimédia commons, certaines contributions sont publiées sous licence CC0.
  18. Un historique plus complet du mouvement Wikimédia sera abordé dans le prochain chapitre de cette ouvrage.
  19. Texte originale en anglais : « Wikipedia contained around four inaccuracies; Britannica, about three ».
  20. Nous reparlerons de ce sujet plus en détailles dans une section du chapitre IV consacrée à l'avenir des cultures orales au sein du mouvement Wikimédia.
  21. La question des sources à une telle importance pour la communauté wikipédienne qu'elle en fait l'objet d'une page d'aide spécifique dans laquelle figure une vidéos explicative tirée d'un WikiMOOC dispensé sur plateforme FUN-MOOC.

Imaginer le monde selon Wikimédia afin d'en tirer enseignement pour demain

Recherche:Imagine un monde/Imagine

Conclusion

Recherche:Wikimedia/Conclusion

Références

[B]ibliographiques

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  14. 14,0 14,1 14,2 14,3 et 14,4 Simonite T, « The decline of wikipedia », Technol Rev Technology Review, vol. 116, no  6, 2013, p. 50–56 (ISSN 1099-274X) [texte intégral] Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : le nom « :2 » est défini plusieurs fois avec des contenus différents.
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