Recherche:Imagine un monde/Partie 2

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IMAGINE UN MONDE
Quand le mouvement Wikimédia témoigne d'une société globale et numérique

(Deuxième partie imprimable)
De Lionel Scheepmans

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Les acteurs Wikimédia, statistiques et motivations

Photo d'un espace mémorial en l'honneur des défunts du mouvement Wikimédia lors de la rencontre Wikimania 2019
Fig.5.1. Photo d'un espace mémorial en l'honneur des défunts du mouvement Wikimédia lors de la rencontre Wikimania 2019 (source : https://w.wiki/3QjX).

En participant aux activités du mouvement Wikimédia, j'ai eu l'occasion de fréquenter un public d'acteurs extrêmement diversifié tant au niveau de la personnalité que de la culture d'origine. Femmes, hommes, non-binaires ou transidentitaire, sexiste ou homosexuel, adolescents ou retraités, fervents pratiquants religieux, agnostiques, athées, militants pour des causes diverses, geeks ou non geeks, défenseurs du libre ou capitaliste de la première heure, philomathe ou néophyte, professeurs d'université ou étudiant de secondaire, arriviste ou altruiste, opportuniste ou dévoué, spécialiste ou touche à tout, personnes à mobilités réduites, aveugles, autistes, dyslexiques, et même défunts, après dix ans d'activité, il m'est aujourd'hui possible de mettre sur chacune de ces caractéristiques personnelles le visage d'au moins une personne de j'aurai rencontré dans le cadre de mes activités hors ligne au sein du mouvement. Bien entendu, au niveau de mes activités en ligne, je n'aurai pas pu me faire une idée aussi précise des personnes que j'aurai côtoyées, à l’exception bien sûr de celles que j'aurai rencontré hors ligne au par avant. Comme nous le verrons plus en détail dans le prochain chapitre, la coutume d'utiliser un pseudonyme lors de la création d'un compte et la possibilité de divulguer de fausses informations sur sa page de présentation[N 1] ou même en dehors de Wikimédia débouche parfois sur de grosses surprises lorsque l’identité réelle du contributeur vient à être dévoilée. Cependant, ce manque d'assurance n'empêche pas pour autant d'évaluer la personnalité d'un éditeur, tout anonyme qu'il soit, en fonction de ses actes et commentaires au sein de projet. De plus et comme cela va être démontré à l'instant, l'environnement numérique Wikimédia est extrêmement fourni en contenus analytiques sur la diversité et les particularités des contributeurs de façon à la fois globale et statistique.

Une première manière de le faire est par exemple de consulter certaines pages au sein des projets qui regroupent par catégorie les noms des utilisateurs qui auront choisi de placer sur leur page de profil une ou plusieurs « boites utilisateur ». Comme on peut le voir au départ de l'exemple restitué ci-dessous, celles-ci se constituent de petits encadrés, souvent configurés par d'autres sous forme de modèles que l'on installe sur sa page de profil et qui permettent d'exprimer son appartenance ou son affinité envers tout un ensemble de choses très diverses. Sur le site Wikipédia en français, il en existe plusieurs milliers[W 1], et chacune de ces boites permet de lister ses utilisateurs sur des pages de l'espace de nom catégorie.

Doctorant
Doctorant

Sur Wikiversité, la boite Modèle:Utilisateur Doctorant que j'ai affichée ci-dessus en ajoutant le WikiCode {{Utilisateur Doctorant}}, permet grâce au petit triangle bleue situé en haut à droite, de se rendre sur la page Catégorie:Utilisateurs Doctorant[W 2] ou apparaîtra la liste de tous les utilisateurs qui utilisent cette boite. Le 5 décembre 2020, ils étaient au nombre de 10 à s'être ainsi autoproclamé un jour doctorant. Mais si l'on regarde de plus près l'activité de ces contributeurs, on découvre toute fois que sept d'entre eux n'ont plus édité le projet depuis 2010 et que l'édition la plus récente sur l'ensemble du groupe date du cinq décembre 2019. Il est donc tout à fait probable que la majorité de ces anciens contributeurs auront terminé ou abandonné leur thèse en décembre 2020, tout comme il est certain que cette liste ne peut être exhaustive, puisque je n'utilise pas cette boite alors que je suis moi-même doctorant. La seule indication offerte par cette page de catégorie est donc qu'il y a eu depuis la création du projet Wikiversité probablement plus de dix doctorants qui auront participé au projet.

De manière similaire, la page Catégorie:Utilisateurs par pays[W 3] indique que depuis la création de Wikiversité, au moins 184 personnes qui habitent ou habitaient en France ont contribué au projet, ainsi que 13 du Canada, 9 de Belgique (sans moi à nouveau), 7 de suisse, 4 du Maroc, 3 d'Australie, une de Monaco et une d'Italie. Cette nouvelle observation permet donc de supposer que le projet Wikiversité francophone est très majoritairement édité par des personnes vivant en France. Au niveau du projet Wikipédia, il existe en complément des boites utilisateurs la page Wikipédia:Cartographie de la communauté[W 4] qui elle aussi est éditée de manière facultative par les contributeurs dans le but de situer leur lieu de résidence sur une mappemonde dont voici deux copies ci-dessous[N 2].

Copie d'écran de la carte de Wikimédiens francophones en date du 22 mars 2021.
Fig. 5.2. Copie d'écran d'une carte situant les lieux de vie de certains contributeurs aux projets Wikimédia francophones en date du 22 mars 2021 (source : L.S.).
Zoom sur copie d'écran de la carte des wikimediens francophones en date du 22 mars 2021
Fig. 5.3. Zoom sur copie d'écran d'une carte qui situe les lieux de vie de certains contributeurs aux projets Wikimédia francophones en date du 22 mars 2021 (source : L.S.)

Cette nouvelle observation semble donc renforcer l'hypothèse que les projets francophones sont principalement édités au départ de la France et ce avec une forte concentration au niveau de l’agglomération parisienne comme on peut le constater grâce au changement d'échelle. Une observation peu étonnante somme toute, quand on sait que l'unité urbaine de Paris accueillait en 2017 une population de 10 785 092 personnes[W 5], soit près d'un sixième de la population Française et plus que tous les canadiens francophones recensés en 2011[W 6]. Mais un chiffre qu'il faut aussi relativiser en regard de toute la francophonie mondiale estimée en 2020 à 300 millions de personnes[W 7]. Au niveau des données statistique produite au sein des projets Wikimédia et comme en témoigne ce graphique ci-dessous reprenant l'évolution du nombre de contributeurs actifs par pays, la France apparait cependant bien au-dessus du lot en nombre de contributeurs actifs alors que la catégorie « reste du monde » qui reprend touts les éditeurs situés en dehors de la France, du Canada, de la Suisse, de la Belgique et de l'Algérie, arrive en second lieu.

Fig. 5.4. Graphique indiquant l'évolution du nombre de contributeurs actifs par pays au niveau du projet Wikipédia en français entre janvier 2018 et novembre 2019 (source : https://w.wiki/FEM).

Cette première analyse permet donc dors et déjà de penser que la population d'éditeur des projets francophones est diversifiée tout en étant inégalitairement répartie au niveau des provenances géographiques et culturels. Cette disparité peut être liée à des questions de démographie comme cela vient d'être vu, mais aussi comme on le verra bientôt à certaines fractures, de type socio-économique particulièrement visibles au niveau des pays Sud. Pour illustrer ceci je mobiliserai de nombreuses analyses statistiques produites au sein du mouvement trouvées d'une part, dans des enquêtes réalisées ou commanditées par la fondation, et d'autre part, sur de nombreux sites Web automatiquement maintenu par des programmes informatiques qui mesurent, parfois en temps réel, les activités au sein des projets pour en offrir une d'observation statistique complète, variée et paramétrable.

En plus de mon observation participante au sein du mouvement, toutes ces informations référencées sur le site Meta-Wiki sur des pages tel que : Survey Support Desk, Category: Surveys, Research:Index, Editor Survey, Statistics, Category:Statistics, etc. serviront donc a nourri l'écriture de ce présent chapitre. A l'intention des lecteurs qui désireraient profiter des sites web d'analyses statistiques automatisées pour poursuivre leurs propres observations, voici ci-dessous la liste de ceux qui auront principalement retenu mon attention:

  • Toolforge Pageviews Analysis : analyse de la consultation des pages Wikimédia avec une possible comparaison graphique.
  • Petscan : puissant outil de requête de type SPARQL.
  • Wikimedia Statistics : analyse des consultations et activités par projets avec cartes et graphiques modulables.
  • XTools : panoplie d'outils de recherche et d'analyses.
  • Wikiscan : illustrations graphiques des activités par projet et par utilisateur.
  • Wikistats 2.2 : Tableaux comparatifs des sites web développés par le mouvement Wikimédia.

Un lectorat de plus en plus mobile, mais toujours mal réparti

Étant donné que le contenu des projets Wikimédia est principalement diffusé au travers du réseau Internet, son lectorat est donc fatalement composé de personnes qui bénéficient d'un accès à ce réseau grâce à un ordinateur de bureau, mais aussi et de manière de plus en plus fréquente grâce au web mobile. C'est en tout cas ce que nous enseigne la consultation du site Wikistats, et de cette copie d'écran affichée ci-dessous dans laquelle on peut voir qu'au niveau mondial et sur l'ensemble des projets, la consultation des projets Wikimédia au départ d'appareils mobiles à dépasser celle des ordinateurs de bureau au cours de l'année 2018. Ceci alors que dans un second graphique, on observe que le taux de consultation au départ des ordinateurs et au niveau du projet Wikipédia en français seulement[N 3] augmente les jours de la semaine et diminue le week-end tandis que de manière proportionnellement inverse, la consultation via le web mobile augmente les week-ends et diminuer en semaine. Ceci nous laisse donc supposer que le projet Wikipédia en français est consulté de manière relativement constante mais plus fréquemment au départ d'un ordinateur durant les périodes de travail et au départ du Web mobile pendant les fins de semaines.

Graphique illustrant l'évolution du total des pages vue sur l'ensemble des sites Wikimédia entre 2016 et
Fig. 5.5. Graphique illustrant l'évolution du total des pages vue sur l'ensemble des sites Wikimédia entre 2016 et 2021 (source:L.S.)
Graphique illustrant la répartition des visites du projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février inclus et selon l'accès au site par appareil mobile ou ordinateur de bureau.
Fig. 5.6. Graphique illustrant la répartition des visites du projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février inclus et selon l'accès au site par appareil mobile ou ordinateur de bureau. (source stats.wikimedia.org )

Bien que le développement de l'Internet mobile favorise une meilleure répartition des internautes sur l'ensemble du globe, la carte 5.4 comparée à la carte 5.5 ci-dessous, nous indique cependant qu'il réside de fortes inégalités entre les pays dits du sud (Global South) et les pays dits du Nord (Global North).

Pourcentage d'internautes par pays (par rapport au nombre d'habitants du pays)
Figure 5.7. Carte du monde produite illustrant le pourcentage d'internautes à la vue du nombre total d'habitants par pays mise à jour par les éditeurs Wikimédia (source : https://w.wiki/37au).
Division du monde avec pays dits du Nord en bleu et pays dits du Sud en rouge
Figure 5.8. Division du monde avec pays dits du Nord en bleu et pays dits du Sud en rouge (source : https://w.wiki/37aj)

En comparant ensuite ci-dessous la carte mondiale de la répartition du lectorat des projets Wikimédia à celle de la répartition du nombre d'internautes, on s'aperçoit ensuite et sans grande surprise, que ces deux répartitions sont très semblables à l’exception notoire de la Chine, pays très peuplée, mais où la consultation des projets Wikimédia fait l'objet d'une censure déjà présentée en neuvième section du quatrième chapitre de ce travail.

Carte de monde illustrant par pays le nombre de pages vues sur l'ensemble des projets Wikimédia en début d'année 2021
Fig. 5.9. Copie d'écran de la carte de monde illustrant par pays le nombre de pages vues sur l'ensemble des projets Wikimédia en début d'année 2021 (source : L.S.)
Carte du monde illustrant le nombre d'utilisateurs d'Internet par pays
Fig. 5.10. Carte du monde illustrant le nombre d'utilisateurs d'Internet par pays mise à jour par les éditeurs Wikimédia (source : https://w.wiki/37$p)

Ces précédentes analyses cartographiques, m'auront ainsi permis de confirmer certaines de mes observations de terrain en Inde (2014), au Cap Vert (2015), au Ghana (2017) et en Tunisie (2018), durant lesquels j'avais remarqué que très peu de gens connaissaient Wikipédia en dehors des lieux dédiés à l'enseignement supérieur. D'autres témoignages de ressortissants de pays du Sud que je n'avais pas eu l'occasion de visiter, avaient aussi renforcé cette impression. Par contre, la majorité des personnes équipées d'un smart-phone semblaient connaître le mot « Google », un mot qui parfois d'ailleurs était utilisé en substitution du mot Internet. On peut dès lors raisonnablement supposer qu'en utilisant le moteur de recherche, bon nombre de ces internautes consultent l'encyclopédie libre sans le savoir, soit en cliquant sur les premiers résultats de recherches comme cela arrive bien souvent, soit encore en lisant directement le résumé d'introduction d'un article de Wikipédia dans le Knowledge Graph de Google.

Mes observations faites dans les pays visités me permettent enfin de croire que ce n'est pas tellement un manque de connectivité qui empêche les habitants des pays du Sud d'utiliser les projets Wikimédia. Au niveau des zones habitées des quatre pays que j'aurais visités, je n'ai par exemple été que très rarement coupé du réseau de téléphone mobile. Au cap vert et dans la ville de Mindelo, il me fut d'ailleurs possible de trouver un signal Wifi gratuit a plusieurs reprises ainsi qu'en Tunisie où les prix de la téléphonie mobile me sont apparu nettement meilleurs marché qu'en Belgique même en tenant compte de la différence en matière de pouvoir d'achat entre les deux pays.

En Inde et au Ghana par contre, je n'aurai jamais réussi à me connecter efficacement au service Wikipedia Zero et ce malgré les promotions faites par les fournisseurs d'accès. J'ai par contre découvert au Ghana du matériel informatique de bureau inutilisé à trois reprises, deux fois chez des particuliers où il était fonctionnel et stocké en attente de pouvoir bénéficier d'un local, et une fois dans une classe de lycée (fig 5.), où ils étaient en attente d'être réparés pour pouvoir servir aux étudiants. Dans ce pays réputé à l'époque de ma visite pour être l'un des lieux de transfère des déchets d'équipements électriques et électroniques, le matériel informatique de bureau de récupération ne m'est donc pas apparu comme denrée rare, bien que la gestion de son usage comme nous avons pu le voir peut poser problème.

Dans tous les lieux visités enfin, et ce y compris dans les villages, il fut toujours possible avec un peu d'argent de trouver un endroit pour pouvoir utiliser un ordinateur afin de se connecter à Internet. En dehors des villes les personnes qui viennent pour imprimer des documents administratifs ou scolaires sont plus nombreuses, j'ai pu observé que les cybercafés étaient majoritairement fréquenté par des jeunes qui s'intéressent avant tout et selon les âges, aux jeux, aux vidéos et aux réseaux sociaux, mais jamais durant ma présence à du contenu textuel et didactique. Ces observations m'incitent donc à croire qu'en dehors des universités et des écoles secondaires, l'intérêt porté sur l'usage de contenus pédagogiques textuels disponibles sur le Web reste très limité.

Comme anecdote significative à ce sujet, je me souviens d'avoir présenté un article de Wikipédia en Twi à un instituteur ghanéen qui manifesta un grand étonnement suite à cette découverte. Mais celui-ci éprouva cependant beaucoup de difficulté pour lire à voix haute son contenu, en raison du fait sans doute que dès l'école primaire, et comme en attestait le manuel Information & Communications Technology de première année[B 1], les manuels d'enseignement ghanéen sont édité en anglais. Une situation que je peux donc tout à fait comprendre puisque si en retour à ma demande, cette instituteur m'avait proposé de lire un article de Wikipédia en Wallon, j'aurai alors éprouvé les mêmes difficulté que lui bien que je parle aisément ce dialecte qui me fut transmis par mes grands parents.

Développer des versions linguistiques des projets Wikimédia dans des langues qui ne sont pas ou plus enseignées à l'école, mais seulement transmises oralement soulève donc un ensemble de questions quand à une réelle utilité pédagogique. Cependant, dans le contexte précis des projets Wikimédia en Wallon par exemple (encyclopédie mais aussi dictionnaire), leurs utilités selon mon point de vue de locuteur, ne fait aucun doute. Ces projets apparaissent effectivement à mes yeux comme autant de lieu de conservation d'une culture qui me tient à cœur, mais aussi un moyen très efficace de constituer des corpus utiles aux recherches linguistiques.

Quoi qu'il en soit, et comme en témoignent plusieurs vidéos promotionnelles produite par la fondation Wikimédia en 2014 destinées aux habitants du Cameroun, du Nigeria et de l'Inde (vidéo 5.1 à 5.5 ci-dessous), le désir d’étendre le lectorat des projets Wikimédia à l'ensemble des populations mondial est bien présent au sein du mouvement, jusqu'à devenir l'un des principaux objectifs du dernier plan stratégique qui sera porté jusqu'en 2030. Malheureusement, ces flashs publicitaires tel qu'il ont été conçus par la fondation, font apparaitre selon moi, un nouvel indicateurs permettant de confirmer une certain dérive de la mission du mouvement déjà observée dans la dixième et dernière section du chapitre précédent. Tout d'abord, le partenariat et la promotion des services de l'entreprise commerciale Orange dans les vidéos destinées aux Camerounais fait apparaitre un nouvel exemple de promiscuité entre organisme à but lucratif et non lucratif. Ensuite, la promotion se limite uniquement au projet Wikipédia et passe sous silences tous les autres projets Wikimédia alors que grâce au tableau 5.1 produit ci-dessous on découvre clairement que Wikipédia apparait comme le site Wikimédia de loin le plus visité et qu'il ne souffre par conséquent beaucoup moins d'un manque de visibilité que les autres projets Wikimédia.

Tab. 5.1. Moyennes approximatives des pages vues quotidiennement au départ d'appareils uniques sur les différentes versions linguistiques des projets Wikimédia entre le 1er janvier 2019 et le 31 décembre inclus[W 8]
Langues Wikipédia Wiktionnaire Wiklivres Wikisource Wikiversité Wikiquote Wikivoyage Wikinews
Toutes 150 000 000 3 000 000 1 000 000 1 000 000 679 000 914 000 114 000 584 000
Anglais 71 000 000 1 000 000 181 000 67 000 38 000 150 000 38 000 8 000
Français 8 000 000 301 000 23 000 44 000 26 000 7 000 6 000 2 000
Portugais 5 000 000 39 000 24 000 8 000 6 000 5 000 767 892

Si la mission Wikimédia est bien de « donner les moyens aux individus du monde entier de collecter et de développer des contenus éducatifs sous licence libre, et de les diffuser efficacement et mondialement », pourquoi dès lors attirer l'attention uniquement sur le projet encyclopédique ? Cela ne contribue en aucun cas au développement des autres projets qui me semble pourtant avoir des rôles clef au niveau pédagogique puisqu'il ne s'agit rien d'autre qu'un dictionnaire, un recueil d'ouvrage pédagogique, une bibliothèque sous licences libres, un répertoire des espèces vivantes, des cours en ligne, un espace de production et de diffusion de travaux de recherches, etc. Ces vidéos promotionnelles apparaissent donc à mes yeux comme une nouvelle dérive de la mission dont la seule explication plausible m’apparaît être à nouveau une sorte de mimétisme des pratiques commerciales qui dans ce cas concret consiste en une action de marketing visant à augmenté encore la visibilité d'un produit phare[W 9].

Et pourquoi pas d'ailleurs ne pas faire la promotion des projets Wikimédia au niveau des pays du Nord où je me suis souvent rendu compte que seul le projet Wikipédia était connu de tous ? Une connaissance très passive toute fois puisqu'elle se limite en général à l'espace encyclopédique, alors que sur le projet francophone, celui-ci ne représente qu'un cinquième de la totalité des pages du site Web et environ la moitié du volume d'information en termes de octets[W 10]. Le contenu non encyclopédique tel que les pages de discussions, de prises de décisions, de coordinations, d'aides, de soutiens techniques, etc. manque lui aussi de visibilité au même titre que l'ensemble des autres projets éditoriaux comme on peut encore le constater dans le tableau 5.2 ci-dessous en s'intéressant cette fois au reste des projets multilingues.

Tab. 5.2. Moyennes des pages vues quotidiennement au départ d'appareils uniques sur les projets Wikimédia multilingues Wikimédia entre le premier janvier 2019 et le 31 décembre inclus[W 8]
Commons Wikidata MetaWiki Fondation MediaWiki Wikispecies Incubator ßwikiversity Wikitech Outreach
1 000 000 78 000 42 000 38 000 25 000 12 000 7 000 5 000 3 000 632

Dans une telle situation, ne serait-il donc pas souhaitable de présenter les projets Wikimédia comme une suite de projets pédagogiques, comme le fait très bien le projet libre office qui regroupe au sein d'une seul étiquette à la fois un traitement de texte, un tableur, un outil de production graphique, de présentation, etc ? De plus et comme cela a été vu dans la première section du premier chapitre de ce travail, le terme « Wikimédia » semble lui aussi souffrir d'une grande méconnaissance ou d'une grande confusion au niveau du public. Regrouper l'ensemble des projets derrière le terme Wikimédia plutôt que de focaliser l'attention sur Wikipédia me semblerait donc plus propice à cette mission de partage de contenu pédagogique portée par le mouvement.

Revenir sur cette question de dérive de la mission nous incite enfin à tenter de comprendre comment et pourquoi la fondation Wikimédia en arrive à adopter toute ces pratiques mercatiques impropre à un mouvement sans but lucratif. Pour répondre à cette question, trois hypothèses mériteraient peut-être d'être étudiées. La première sur laquelle on reviendra dans dernier chapitre de ce travail, serait celle d'une dérive de la société entière au sein d'un système économique englobant qui selon la thèse de Karl Polanyi, se serait désencastré du politique et du social pour former un cadre indépendant qui régit les activités humaines[B 2]. La seconde qui demanderait à être vérifiée par des données empiriques serait qu'une partie importante des employés de la fondation seraient issus du secteur commercial et qu'ils auraient transmit au mouvement certaines habitudes et habitude en provenance de ce secteur. La dernière, serait un besoin de répondre à des besoins financiers grandissants et liés à une masse salariale et plein expansion en choisissant d'optimiser les récoltes de dons par des techniques commerciales estimées efficaces et rentables.

De la communauté au mouvement

L'expression « communauté Wikimédia » est en générale utilisée au sein du mouvement pour désigner l’ensemble des personnes qui contribuent à l'amélioration des projets, soit en ligne soit hors ligne, mais toujours de façon bénévole. Une des particularités de cette communauté est qu'elle s’apparente à ce que Ralf Dahrendorf appel un « quasi-groupe »[B 3], ou autrement dit, des « individus ayant éventuellement un mode de vie semblable, une culture commune, mais ces points communs ne gravitent pas autour d'une prise de conscience de leur position commune dans la relation d'autorité »[B 4].

Cependant, il est reste possible au sein de ce quasi-groupe, d'une part, que des personnes se mobilisent par centaines dans des appel à commentaire et précisément (RFC) et précisément dans une « relation d'autorité » pour s'opposer à certains projets de la fondation. Alors que d'autres part, il existe aussi au sein de la communauté des personnes qui contribuent très occasionnellement aux projets sans avoir aucune connaissance de ce qui se passe au niveau de Wikimédia et souvent même sans connaître l'existence d'un mouvement. Je peux citer comme exemple des connaissances que je sollicite pour corriger mes textes sur Wikiversité, mais on pourrait aussi certainement identifier bien d'autres profils qui n'interviennent que très sporadiquement en sans compte utilisateur. Toutes ces observations semblent relativement proche aussi de la notions de communauté chez Max Weber[B 5] qui selon l'analyse de Catherine Colliot-Thélène soulève des enjeux contemporains tout à fait présent au sein du mouvement :

Les éléments qui contribuent à la formation des communautés sont multiples et hétérogènes, certains sont objectifs (langue, religion, histoire politique partagée), d’autres ne sont que des « croyances subjectives ». L’importance qui revient à chacun de ces éléments dans les synergies communautaires est fonction de conjonctures toujours singulières. N’importe quel trait commun (Gemeinsamkeit) – « le premier qui s’offre », selon l’expression de Weber –, qu’il soit objectif ou imaginaire, peut servir de justification symbolique à la monopolisation de certaines catégories de chances par un groupe déterminé. Il est cependant essentiel d’insister sur le fait que ce n’est pas un caractère commun (Gemeinsamkeit), quel qu’il soit, qui fait communauté, mais l’activité partagée. Reconnaître l’importance du facteur économique de l’appropriation dans les processus communautaires n’interdit pas en effet de tenter de préserver certaines catégories de biens (les communs) de l’appropriation exclusive (et en particulier de la privatisation), ni d’œuvrer en faveur de l’assouplissement des conditions d’accès à des biens qui ne peuvent exister sans fermeture communautaire (par exemple les protections sociales garanties par un État).[B 6]

En outre, la notion de communauté tout comme celle de mouvement est relativement jeune au niveau du regroupement des projet Wikimédia et de ses utilisateurs. En 2009 encore un article posait la question de savoir s'il fallait parler de mouvement ou de communauté lorsqu'on s'intéressait au projet Wikipédia sous l'aspect de ses contributeurs. Dans la conclusion de celui-ci, l’auteur invitait par ailleurs la communauté à « donner naissance à un nouveau WikiProjet centré sur la culture libre et la vision de Wikipédia comme un mouvement social »[B 7][N 4]. Si ce « WikiProjet » n'a finalement jamais vu le jour, le mouvement interculturel imaginé par Florence Devouard en 2008 se sera toute fois développer au travers de ce que certain appelleront un ensemble de communautés de pratiques[B 8] qui, suite à ce qui a été dit dans la section précédente, pourraient tout aussi bien être qualifées de communautés de partages.

À son stade de développement actuel de ce début d'année 2021, les projets Wikimédia et leurs différentes communautés linguistiques sont en train d'intégrer un nouveau code de conduite universel[W 11] avec de première discussions apparaissant par exemple sur le projet Wikipédia en français[W 12]. Ensuite, dans un futur proche, ce sera il sera question de former un conseil mondial qui sera précédé d'un conseil mondial intérimaire dont le but sera de décrire une charte sur les responsabilités précises du prochain conseil sous sa forme définitive[W 13].

Les éditeurs des projets Wikimédia en chiffres et statistiques

On entend souvent dire que n'importe qui peut modifier les projets Wikimédia. C'est d'ailleurs un des principaux arguments avancé pour dénigrer le concept de l'édition collaborative ouverte tout en dévalorisant le contenu qu'elle produit. Pourtant ce n'est précisément pas n'importe quelle personne qui édite les projets Wikimédia. Dans l'absolut, c'est tout le monde, alors que dans les faits ce sont des gens qui en ont les moyens techniques et cognitifs ainsi que le temps libre nécessaire. Dans son premier communiqué de press de 2004, Jimmy Wales parlait d'une « une communauté très unie de contributeurs ouverts et responsables provenant du monde entier »[W 14].

Au niveau du nombres contributeurs actifs au sein de cette communauté et leur répartition au sein des projets, voici ci-dessous deux tableaux produits au départ de chiffres récupérés sur le site Wikistats.org qui illustrent clairement que la taille des communautés d'éditeurs varie fortement d'un projet à l'autre et du niveau d'implication des contributeurs. Ces chiffres permettent ainsi d'en relativisé d'autres qui font référence à plusieurs millions de comptes utilisateurs mais qui ne représente en rien le nombre réel des personnes vraiment actives au sein des projets. Parmi ces milliers de comptes créés une bonne part en effet sont inactifs aujourd'hui ou actif dans un projet seulement. bien à l'esprit qu'un certain nombre de contributeurs peuvent être actifs dans plusieurs projets,

Tab. 5.5. Moyennes approximative du nombre des rédacteurs actifs sur les projets Wikimédia en anglais, français et portugais entre le premier janvier 2019 et le 31 décembre 2021 inclus[W 15]
En français Wikipédia Wiktionnaire Wikisource Wikiversité Wiklivres Wikiquote Wikivoyage Wikinews
⩾ 1 éditions par mois 57 000 2 000 348 196 140 107 99 54
⩾ 5 éditions par mois 6 000 170 152 43 16 16 17 11
⩾ 1 édition par jour 4 000 114 70 16 9 7 8 6
⩾ 5 éditions par jour 729 32 48 5 2 1 2 1
En anglais Wikipédia Wiktionnaire Wikiquote Wiklivres Wikivoyage Wikiversité Wikisource Wikinews
⩾ 1 éditions par mois 417 000 5 000 2 000 1 000 992 565 509 146
⩾ 5 éditions par mois 39 000 596 133 163 155 141 180 32
⩾ 1 édition par jour 24 000 373 92 67 71 42 74 14
⩾ 5 éditions par jour 4 000 102 11 13 22 13 42 4
En portugais Wikipédia Wiktionnaire Wikiversité Wiklivres Wikisource Wikiquote Wikinews Wikivoyage
⩾ 1 éditions par mois 27 000 185 105 106 51 43 26 24
⩾ 5 éditions par mois 2 000 16 19 9 8 7 9 3
⩾ 1 édition par jour 1 000 12 6 5 4 3 5 1
⩾ 5 éditions par jour 192 3 1 0 1 0 2 0
Tab. 5.6. Moyennes approximative du nombre des rédacteurs actifs sur les projets Wikimédia multilingues entre le premier janvier 2019 et le 31 décembre 2021 inclus[W 16]
Wikidata Commons MetaWiki MediaWiki Incubator Wikispecies Outreach ßwikiversity Fondation
⩾ 1 éditions par mois 42 000 38 000 4 000 1 000 429 285 97 64 6
⩾ 5 éditions par mois 11 000 12 000 988 259 157 81 25 12 0
⩾ 1 édition par jour 4 000 3 000 300 85 43 39 5 4 2
⩾ 5 éditions par jour 1 000 1 000 61 18 16 20 1 1 0
Wikipedias active editors per million speakers.png
Carte de distribution mondiale des éditions de Wikipédia en anglais le 17 mai 2011
Figure 1.11 Carte de distribution mondiale des éditions de Wikipédia en anglais le 17 mai 2011[W 17].

Une autre représentation graphique des éditions faite sur les projets Wikipédia faite à partir du 17 mai 2011 fut celle d'une carte animée où apparaît de façon chronologique et distinctement selon les versions linguistiques du projet, les endroits du monde où furent réalisée les modifications des projets Wikipédia[W 18]. Ces éditeurs étant très majoritairement situés dans les pays du Nord

Vid. 5.. Visualisation interactive montrant la distribution mondiale des modifications pour les différentes éditions linguistiques de Wikipédia (source:https://w.wiki/3A$V).
Figure [1]

Global_South_User_Survey_2014_-_Full_Analysis_Report.pdf

Quand la Côte d’Ivoire imagine Wikimédia en 2030 : entretien avec Donatien Kangah Koffi - Wikimedia Space

Vis ma vie de Strategy Liaison francophone - Wikimedia Space

Un Salon Stratégique à Conakry pour l’avenir du mouvement Wikimédia - Wikimedia Space

Wikipedia for KaiOS[W 19]

Where Wikipedia’s Editors Are, Where They Aren’t, and Why - The Atlantic

Communications/Wikimedia Foundation messaging strategy/2014-16 audit — Meta

Communications — Meta

À son stade actuel de développement[W 20], cet observatoire nous permet déjà de savoir beaucoup de choses au sujet de la diversité culturelle au travers les différents projets linguistiques de Wikipédia et malheureusement seulement Wikipédia. Toutes ses informations sont disponibles au départ de la page du projet et les recopier ici dans leur intégralité n'aura aucun sens. Voici par contre en résumé de celles qui m'ont semblé les plus significatives sur la question du développement du mouvement Wikimédia dans le monde :

  • que sur près de 300 versions linguistique de Wikipédia x sont des langues exclusivement utilisées dans le Sud et que parmi celles-ci
  • 150 langues, leur contenu de contexte culturel est inférieur à 10 % du contenu, ce qui indique qu'il est probablement sous-représenté; seules 48 éditions de langue Wikipédia sont des langues qui ne coexistent pas avec d'autres langues sur un territoire.

Mon questionnement sur le soft power venait d'un travail d'étudiant intitulé Wikipédia, un média de collonisation culturelle occidentale ?[B 9] que j'avais précédemment dans le cadre d'un certificat en éthique économique et social. J'y avais en effet mis en évidence qu'au niveau sont ainsi en grande partie édité depuis les pays du Nord alors que leur gratuité d'accès entrainera une large diffusion au sein de population du Sud, qui pour des raisons économiques et culturelles évidentes auront beaucoup de mal à intégrer les communautés d'éditeurs au sein des projets.

Fichier:Capture d'écran visite fr.wikipédia févier 2020.png
Fig. 1.a Graphique illustrant distinctement selon le type de connexion le nombre de pages vues sur les sites Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février 2020 inclus (Scheepmans, 2020).

La communauté du mouvement Wikimédia, salariés des institutions mis à part, représente pour certains « l'ensemble des personnes bénévoles et amateures composant la communauté la plus prospère de l'ère numérique » [B 10]. Composée de bénévoles, elle se caractérise par un activisme, une éthique et idéologie très forte et une grande sensibilité à tout ce qui est en décalage avec la philosophie du mouvement, telles la censure et l'entrave à la liberté numérique[B 11]. Le manque de reconnaissance, voir un certain mépris de la hiérarchie traditionnelle et des titres académiques, fait aussi partie intégrante de la philosophie du mouvement[B 12].

Dès 2009, une étude menée par la fondation Wikimedia, mettra en évidence une grande disparité de genre parmi les éditeurs de Wikipédia où les femmes n'apparaissaient qu'à un ratio de 10 %. Cette étude fera apparaître aussi que la communauté Wikimédia de l'époque et majoritairement constituée de personnes célibataires et sans enfant dont les trois quarts avait un âge inférieur à 30 ans et un peu plus de 50 % bénéficiaient d'une formation d'enseignement supérieur[B 13] (voir figure 5 ci-dessous). Concernant le genre, une étude datant de 2011 relève quant à elle 9 % de contributrices[B 14], une autre de 2013, 22% [B 15], celle de 2014, plus axée sur les pays du Sud, 20 %[B 16], une autre de 2016 portant sur le public germanophone 10 %[B 17]. Finalement une étude de 2018 rend compte d'un pourcentage variable de 5 à 13.6 % en fonction des origines et mettra à jour le degré d'éducation de la communauté Wikimédia avec cette fois-ci près de 85 % des personnes diplômées de l'enseignement supérieur dont 34 % au niveau bachelier, 26 % au niveau master et 12% au niveau doctorat[B 18] (voir figure 6 et 7 ci-dessous).

Les rédacteurs des dictionnaires Oxford Dictionaries sont-ils sexistes ?

Wikipédia:Sondage/Écriture inclusive — Wikipédia

Wikipédia:Écriture épicène — Wikipédia

Une autre fracture au sein de la communauté Wikimédia réside dans le fait que seulement 20% des contributeurs proviennent des pays du Sud[B 19] et que près de 50 % des contributeurs sont d'origine européenne[B 18] (voir figures x.1 & x.2 ci-dessous). Ce fossé culturel fut l'une des préoccupations premières du rassemblement Wikimania de 2018 à Cape Town[B 20], un cycle de conférences traitant de sujets portés à cœur par le mouvement Wikimédia est sans aucun doute le plus grand rassemblement annuel de la communauté. Il peut compter jusqu'à 1 200 participants d'un âge allant de trois mois à 72 ans et provenant de 70 nations différentes[B 21]. Quant à la moyenne d'âge des membres de la communauté, elle varie selon l'étude de 2018 en fonction de leurs activités et de leurs origines[B 18] (voir figure 9 ci-dessous). La tranche d'age de 18 à 34 ans se réparti sur un ratio de 29 à 60 %, celle de 35 à 44 ans sur un ratio de 12 à 31 % et celle de 45-84 ans sur un ratio de 20 à 54 %.

Carte du monde représentant le nombre de liens de Wikipédia français pointant vers un pays
Fig. Carte du monde représentant le nombre de liens de Wikipédia français pointant vers un pays. https://w.wiki/$qF

J'ai peu en effet l'occasion à la fois de parcourir une quantité importante d'analyses statistique issues d'enquêtes le plus souvent commanditée par la fondation Wikimédia. De celles-ci seront extraites des cartes et autres données synthétique concernant la répartition géographie des personnes actives au sein mouvement.

Gender gap/International Women's Day — Meta

Wikimedia CH se penche sur la rareté des femmes - Le Temps

Premiers pas en tant qu'éditeur

Ma participation au mouvement Wikimédia aura débuté le 11 juin 2008 à 22 h 24 (UTC) à l'instant précis où j'aurai enregistré la page « Créer un compte » accessible grâce à un hyperlien situé en haut de chaque page des projets Wikimédia[W 21]. Je me souviens encore que mon adresse courriel était facultative dans le formulaire d'enregistrement et que cette garantie d'anonymat m'avait étonné en comparaison à la plupart des autres espace Web. Et si je peux situer si précisément cet évènement dans le temps, ce n'est pas grâce à ma mémoire, ni à un carnet de notes quelconque, mais parce que depuis ce moment toutes mes actions au sein des projets Wikimédia ont été enregistrées et répertoriées à la minute près sur les serveurs informatiques de la fondation Wikimedia[W 22][N 5].

Ce premier compte répondait au pseudonyme de « Scapmouche », un surnom hérité d'un mouvement de jeunesse que j'aurai utilisé finalement que que 44 fois en écriture au sein des projets Wikimédia[W 23] et une fois seulement pour éditer un article de Wikipédia. Il s'agissait d'une modification faite le 5 novembre 2008[W 24] au sein d'un article qui décrit des rassemblements hippies intitulés « Rainbow Gathering » auxquel j'aime participer. Les modifications faites à l'article étaient basées sur mon expérience et furent supprimées une minute après leurs enregistrement par l'utilisateur Ataraxie dont le nom d'utilisateur devin par la suite Kõan. C'était le créateur de l'article et il justifia la suppression de ma contribution sur ma mage de discussion utilisateur en laissant ce message :

Bonjour Scapmouche. Les ajouts sur un article de l'encyclopédie ne peuvent pas être faits de vos "impressions" personnelles sur un "rainbow gathering", mais doivent informer à partir de sources fiables existantes de ce qui se dit sur eux. Cordialement --A t a r a x i e--d 5 novembre 2008 à 15:07[W 25]

J'avais pourtant pris la peine de laisser ce message sur la page de discussion dédiée à l'article en question en précisant :

Bonjour,

Je me suis permis de faire quelques changements au texte d'origine car je trouvais que certaines formulations ne reflétaient pas ce que j'ai pu découvrir lors de mes expériences Rainbow ( avec un bon zoom on pourrait me voir sur la photo du Rainbow de Bosnie ;o)

Les Rainbow Gathering sont avant tout des lieux où l'on essaye de reconstruire un idéal de société durant un moi autour de la pleine lune.

Un idéal n'est jamais atteint, mais celui-ci est de vivre en harmonie avec la Nature, soi-même et les autres.

Chacun éprouve des difficultés pour vivre en accord avec cette idéal, mais de par mon expérience, les rainbow sont des lieux ou l'on découvre à coup sur, une meilleur façon de vivre.

Quand au problème de drogues, de chiens, et de vols, ils varient fortement d'un rassemblement à l'autre.

Enfin, il existe aussi des "restricted gathering", rassemblement où il est convenu dès le départ que le mode de vie idéal sera scrupuleusement respecté.

Lionel

Tes modif ne posaient pas problème pour moi. Mais elles ont été supprimé rapidement par quelqu'un qui n'a pas l'air de connaitre le sujet, en particulier pour la durée des rassemblements. Bech (d) 4 avril 2010 à 15:19 (CEST)[W 26]

La réponse de Bech de son vrai prénom Bernard, un professeur d'informatique né en 1959 et originaire de Toulouse[W 27] me confronta donc tout de suite aux dificultés de l'édition collaborative en me présentant un point de vue contradictoire à la suppression de ma première contribution au projet. Comme de nombreux éditeurs potentiels de Wikipédia, cette première expérience eu ainsi raison de ma motivation de contribuer au projet Wikipédia.

À l'époque de mon inscription, j'étais aussi parfaitement ignorant de la puissance informatique cachée dans les méandres d'Internet. Aux yeux des plus anciens membres de la communauté d'éditeurs actifs sur la Wikipédia francophone, je n'étais qu'un « péon », ou autrement dit un nouveau venu dépourvu d'outil technique et de connaissance du projet encyclopédique, bien incapable de savoir dans quel endroit il mettait les pieds[W 28]. Pour ma part, tout ce que je savais en gros, c'est que j'abandonnais mon statut d'« utilisateur sous IP » pour agir sous une identité fixe au sein de la communauté. Je mettais fin aussi de la sorte à l'enregistrement des différentes adresses IP utilisées lors de mes connexions sur le site[W 29].

Il fallut alors attendre le 26 février 2011[W 30] pour que je me remette à éditer Wikipédia, avec pour objectif d'y faire une observation participante dans le cadre de mon mémoire de fin de master en anthropologie intitulé Culture fr Wikipédia , Monographie ethnographique de la communauté des contributeurs actifs sur l'espace francophone de Wikipédia[B 22] À cette occasion, et pour des raisons déontologiques, j'avais créé un nouveau compte Utilisateur:Lionel Scheepmans. C'était une deuxième naissance au sein de la communauté mais avec ma réèl identité cette fois, ce qui n'est vraiment pas coutume au sein du projet. J'aurai pu renommer mon ancien compte, mais je ne savais pas que c'était possible à l'époque et puis par la suite, j'ai trouvé qu'il était bien pratique d'avoir deux comptes pour tester la communication entre deux éditeurs. J'ai indiqué par contre que ces deux comptes m'appartenait en respect d'une recommandation interdisant la création de « faux-nez »[W 31] dans le but d'utiliser plusieurs compte utilisateurs sans que cela se sache dans le but de voter plusieurs fois lors de prise de décision ou encore de faire pression lors de désaccord éditoriaux, on en reparlera bientôt.

En commençant mon étude ethnographique, j'avais l'idée de faire d'une pierre deux coups en rédigeant mon travail de fin d'étude de master au sein même de mon terrain d'observation participante dans une sorte de processus récursif déjà présenté au chapitre deux. Malheureusement, il s'est avéré que cela n'était pas possible en raison du premier des cinq « principes fondateurs »[W 32] du projet encyclopédique stipulant que :« Wikipédia est une encyclopédie »[W 33]. Une affirmation triviale de premier abord, mais qui permet au final de se mettre d'accord sur tout « ce que Wikipédia n'est pas »[W 34]. À la lecture de ce contenu, j'apprenais donc à mes dépens que :« Les essais personnels et travaux inédits (TI)[N 6] n'ont pas leur place sur Wikipédia. »[W 33]. Dans un expérience similaire à celle d'un autre éditeur anglophone[W 35], on me redirigea dès lors vers un autre projet intitulé Wikiversité que je ne connaissais pas bien qu'il faisait partie de plus d'une dizaine d'autres projets collaboratifs appelés « projets frères de Wikipédia »[W 36]

Je me rendis donc sur la page d'accueil du site Wikiversité et j'y découvris avec grand intérêt que ce projet était un lieu dédié au « partage de contenus pédagogiques et à la rédaction de travaux de recherche »[W 37]. Après avoir annoncé mon arrivée au sein du projet par un message déposé sur la page d'une sorte de forum général intitulé « la salle café »[W 38], j'ai ensuite cherché l'endroit dans lequel je pouvais situer mon travail. Au cours de cette recherche, Crochet.david[W 39], un enseignant en électrotechnique[W 40] administrateur[W 41] [N 7] du projet Wikiversité qui avait déjà répondu de manière sympathique[W 38] à mon message d'arrivée, me proposait sur son espace de discussion utilisateur[N 8], de placer mon travail parmi les « travaux de recherche en sociologie »[W 42]. J'en resterai très surpris jusqu'à la découverte de l'organigramme du projet Wikiversité dans lequel l'anthropologie apparaissait comme départements de la faculté de sociologie[W 43].

Cette situation m'apparut extrêmement compliquée, car non seulement je devais demander l'accord de mon promoteur pour écrire mon mémoire en ligne et en temps réel sur un site internet, mais en plus, je devais à présent lui dire que ce mémoire réalisé dans le cadre d'un master en anthropologique, serait publié dans une faculté de sociologie. Connaissant la scission très claire au sein de mon université entre sociologues et anthropologues, je me suis senti quelque peu désarmé face à cette situation. J'ai alors tenté de placer mon travail au niveau du département d'anthropologie de la Wikiversité sans faire mention de la faculté de sociologie. Mais David Crochet, de son vrai nom, est alors revenu vers moi pour me dire que « les projets sont associés aux facultés et non aux départements. »[W 44]. S'entame alors un débat qui fut transféré[W 45] dans la salle café qu'il soit accessible aux autres membres de la communauté. Au terme des discussions, nous sommes finalement arrivés à la conclusion qu'il fallait que je lance une prise de décision[N 9] pour renommer la faculté de sociologie.

Lors de cette prise de décision[W 46], JackPotte[W 47], un ingénieur en informatique[W 48] et autre administrateur du site, avait déposé un message pour nous tenir informés de la classification décimale universelle[W 49]. Dans cette version de la CDU[N 10], le terme anthropologie y apparaissait plusieurs fois, une fois dans le champ des sciences sociales (anthropologie culturelle) et une autre fois dans le champ de la biologie (anthropologie physique). Une telle information m'encouragea d'autant plus à renommer la faculté de sociologie en faculté de socio-anthropologie de telle sorte à pouvoir, avec un seul mot et de façon explicite, de regrouper la sociologie et l'anthropologie au sein d'une même faculté, tout en y excluant de celle-ci l'anthropologie physique. L'acceptation de ma proposition à l'unanimité, fut pour moi une double satisfaction. D'une part celle de pouvoir présenter mon projet de mémoire dans de bonnes conditions, d'autre part, celle d'avoir lancé et participé pour la première fois à une prise de décision au sein du mouvement Wikimédia.

En novembre 2020, à l'instant où j'écris ce texte, mon deuxième compte aura dépassé les 23 500 modifications au sein de l'espace numérique Wikimédia[W 50]. Cumulées avec plus de dix ans d'ancienneté, on peut dire que mon compte bénéficie déjà d'une certaine reconnaissance au sein de la communauté. Rien d'exceptionnel toute fois, puisque les plus anciens comptes sur site Wikipédia francophone, répondant au totem de « grands anciens » apparurent avant 2002[W 51]. Concernant le nombre d'éditions, il faut savoir aussi qu'un utilisateur répondant au pseudonyme de Polmars, arrivé en 2005[W 52], ainsi qu'un autre utilisateur appelé Vlaam, arrivé en 2007[W 53], ont déjà dépassé le million d'éditions en octobre 2020[W 54].

Au départ de cette petite présentation auto ethnographique, on peut donc se faire une idée, au départ d'un simple exemple parmi probablement autant d'expérience uniques qu'il y a de contributeurs sur les projet, de comment peut se passer une arrivée au sein de la communauté des éditeurs Wikimédia. On y voit aussi comment au départ d'un projet, bien souvent Wikipédia, on peut se voir rediriger vers d'autres projets éditoriaux plus adaptés à nos projets personnels de contribution. Ce petit récit nous permis enfin de voir qu'il y a deux manière d'éditer les projets Wikimédia. La première est de le faire sous le couvert d'une adresse IP sans s’enregistrer et la seconde sera de le faire après avoir créé un compte utilisateur. Deux façon de faire qui comme nous allons le voir débouche sur des conséquences importantes en matière de reconnaissance et de confiance accordée par le reste des contributeurs.

Les éditeurs sans compte utilisateur

Contribution d'IP:Amélioration de la confidentialité et limitation des abus/Nouvelles fonctionnalités[W 55]

substitution des adresses IP par un identifiant anonyme améliorant la détection des comptes faux-nez dans le cadre d'un projet d'amélioration de la confidentialité et limitation des abus[W 56] un nouveau débat en perspective.

Notre objectif pour ce projet est double :

  • en premier lieu, le but est de protéger nos projets contre le vandalisme, le harcèlement, les faux-nez, les campagnes de désinformation et autres attitudes disruptives ;
  • deuxièmement, de protéger les contributeurs non-enregistrés contre d'éventuels harcèlement, représailles et abus en ne rendant pas publique leur adresse IP.

Suite aux échanges sur la page de discussion du projet et ailleurs, nous avons pu noter différentes façons dont les adresses IP sont utilisées dans les projets Wikimédia :

  • les adresses IP sont utiles pour rechercher des contributeurs « proches » (qui contribuent à partir de la même plage IP ou d’une plage IP proche) ;
  • elles sont utilisées pour inspecter l’historique des contributions d’un contributeur non enregistré ;
  • les adresses IP sont utiles pour identifier des contributions faites sur plusieurs wikis ;
  • elles sont utiles pour déterminer si quelqu'un essaie de contribuer à partir d’un VPN ou d’un nœud Tor ;
  • elles sont utiles pour découvrir la position d'un contributeur ou de connaître certains détails tels que l’université, l’entreprise ou l’agence gouvernementale à partir de laquelle la personne contribue ;
  • les adresses IP sont utilisées pour tenter d’établir un lien entre une IP et un vandale ;
  • parfois, elles sont utilisées pour définir des filtres anti-abus spécifiques afin de contrer certains spams ;
  • les adresses IP sont importantes pour le blocage de plages complètes d’IP.

Notre objectif est de réduire notre dépendance vis-à-vis des adresses IP en mettant en place des outils qui s'appuient sur diverses sources d'information afin de détecter les contributeurs similaires. Afin de masquer les adresses IP sans impacter négativement nos projets, le processus doit être amélioré de sorte qu'afficher les IP publiquement devienne redondant. C'est également une opportunité de développer des outils plus puissants permettant d'identifier les vandales.

«L'encyclopédie que tout le monde peut modifier» devient "L'encyclopédie selon laquelle quiconque comprend les normes, se socialise, évite le mur impersonnel du rejet semi-automatisé et veut toujours apporter volontairement son temps et son énergie peut éditer."

«difficile», «perspicace» et «intellectuellement sûr de lui»[B 23]

Février 2014, À propos des biais de genre sur Wikipédia, une campagne Art+Feminism est lancée au sein du mouvement Wikimédia dans le but d'ajouter du contenu sur Wikipédia à propos d'artistes féminines. En février 2015, une étude linguistique computationnelle relance la polémique en démontrant que les articles de Wikipédia sont biaisés à l'encontre des femmes[B 24]. De nouvelles campagnes d'édition visant à réduire les biais de genre au sein des projets Wikimédia voient ensuite le jour notamment au travers du projet Women in Red.

25 mais 2019, Noircir Wikipédia, un collectif de wikipédiens souhaitant améliorer la visibilité des personnalités africaines et de la diaspora africaine sur Wikipédia, organise son premier atelier multilingue à Genève.

Suite à un vote entre motivé par une petite étude statistique qui démontra que près de 85 % des modifications annulées sur le projet Wikipédia en portugais étaient réalisées sans compte utilisateur[W 57], la communauté des contributeurs au sein de ce projet linguistique décida d'interdire l'édition du projet et la création de nouvelles page sans compte utilisateur. Cette décision fut prise en début du mois d'octobre 2020 suite à un mois de procédure décisionnel qui aura débouché sur la clôture d'un vote à 71% favorable au niveau de l'édition, 82.8 % au niveau de la création de nouvelle article, et la possibilité de modifier les pages d'aide et de discussion à été maintenue[W 58]. En étant les premiers a instaurer cette nouvelle règle, la communauté Wikipédia lusophone pourrait ainsi montrer l'exemple à d'autre communauté linguistique, mais avant cela une évaluation des effets reste à poursuivre[W 59] en exploitant par exemple les outils d'analyse disponibles au sein du mouvement dans le but des graphiques explicatif tel que celui repris ci-dessous.

Graphique comparant l'évolution du nombre d'éditions mensuelles, suite à l'obligation de créer un compte pour éditer le projet Wikipédia en portugais
Fig. 5.. Graphique comparant l'évolution du nombre d'éditions mensuelles, suite à l'obligation de créer un compte pour éditer le projet Wikipédia en portugais (source:https://w.wiki/3A4Q)

Les contributeurs enregistrés

Les contributeurs bénévoles Wikimédia ne sont pas dupes quand à la valeur du travail apporté au projets qu'ils éditent [W 60]. Un contributeurs francophone de Wikipédia aura même choisi un jour d'afficher sous forme de boite informative un salaire minimum calculé au départ de ses statistiques d'activités.

SMIC (2016)
SMIC (2016)

Category:The Impact of Wikipedia - Wikimedia Commons Voici ce que Monacore nous dit concernant Wikipédia lorsqu'elle s'adressa à un autre contributeur :

est-elle, ou devient-elle, le diffuseur du savoir en direction du grand public. Cela a dû vous arriver comme à moi : des gens IRL qui évoquent un sujet relativement pointu et qui ne font que réciter l'article wp correspondant. La situation devient encore plus savoureuse lorsqu'on est le principal contributeur de l'article ;-). D'où l'intérêt d'avoir un pseudo et de ne surtout pas le dévoiler IRL, d'ailleurs. D'où l'intérêt, aussi, de continuer, pour enrichir le projet mais aussi pour freiner les velléités de ceux qui l'utilisent à des fins de propagande. Un jour sans doute je m'en lasserai comme vous, mais pour l'instant je crois encore à l'utilité de contribuer. Et puis on y croise des personnalités fort intéressantes - comme cet ancien admin qui connaît si bien l'histoire du 20e siècle et de la Shoah, et qui sait faire preuve d'une telle efficacité devant les tentatives d'enfumage.[W 61]

Dans une autre conversation au sein du bistro, le principale forum de Wikipédia est écrira aussi :

l'une des motivations, pour les accro, est que wp réunit, de leur point de vue, deux éléments qui vont rarement de pair : l'utile et l'agréable. Contribuer, c'est utile, surtout pour les autres mais aussi un peu pour soi-même ; et c'est agréable pour soi-même - les autres passent alors au second plan, on est déjà tellement drogué à wp qu'on ne se pose même plus la question Malin. Et puis une drogue en chasse une autre : grâce à wp je me suis désintoxiquée des séries policières de la TV. Maintenant je suis normale Désespoir[W 62].

Âgé de 64 ans, retraité après une carrière de directeur de travaux, Kikuyu3 a plongé dans Wikipédia en 2008 grâce à sa passion pour l’astronomie et n’en est jamais sorti. « Je m’endors et je me réveille avec Wikipédia », sourit celui qui se demandait à l’époque ce qu’il allait faire de sa retraite. Une dizaine de milliers de contributions plus tard, la réponse est dans ce projet à l’ampleur inédite :

« Wikipédia est fait par des gens dans le monde entier, qui ne se connaissent pas, qui sont parfois totalement opposés sur le plan social, politique et religieux, et qui se mettent d’accord pour partager des connaissances. Personnellement, je n’ai pas le bac. J’ai vécu toute ma vie avec un complexe par rapport aux diplômés. Mais Wikipédia ne vous demande pas si vous avez un diplôme, les contributions des gens sont jugées sur la qualité de leurs arguments. »

Parmi les nombreuses anecdotes rapportées par ce grand lecteur, sa discussion, « d’égal à égal », avec un autre contributeur, le physicien Marcel Froissart, alors professeur honoraire au collège de France. « Je ne savais pas qui c’était, je l’ai appris après », raconte-t-il en louant son humilité lors de leurs échanges.

[B 25]

Autre témoignage d'une administratrice :

A 56 ans, cadre dans une grande entreprise industrielle, elle compte près de 500 000 contributions depuis son arrivée sur Wikipédia il y a six ans. « C’est une passion, ça me prend 5 à 6 heures par jour, c’est énorme ! » [...] « Je regarde, je corrige, j’annule, je retire le vandalisme. j’entretiens l’encyclopédie pour ne pas qu’elle se dégrade. » Mais son investissement dans Wikipédia ne se limite pas à l’écran, et déborde largement hors-ligne. Lors de ces Wikipermanences, bien sûr, qui « permettent de se voir entre nous et de nous faire une bouffe » mais aussi à l’occasion d’autres événements de la communauté[B 25].

Tsaag Valren jeune femme

Mon parcours de contributrice est étroitement lié à ce syndrome d’Asperger. J’ai commencé à contribuer sur Wikipédia fin 2007, alors que je sortais d’une période noire. Ecrire des” trucs” sur Wikipédia, ça me calmait. C’est un peu comme retrouver un espace familier où les paramètres vous sont connus, alors que” la vie de tous les jours” n’est qu’un chaos dont on ne comprend ni la finalité, ni les règles. (…) Wikipédia offre l’espace parfait pour quelqu’un comme moi : on peut apprendre et écrire sur ce qui nous passionne, on n’est pas obligés d’avoir des relations sociales, on peut être apprécié et même admiré pour nos compétences.[B 25]

Le scientifique wikipedien

Who are the organizers that grow Wikimedia’s communities? New research on actors that bring energy to the Wikimedia movement - Wikimedia Foundation

Groupes d’utilisateurs - Meta

WiViVi - Wikipedia Views Visualized

Répartition de l'activité éditorial sur les projets

figure 1.1 les résultats d'une analyse statistique de la page web contenant l'article Wikipédia « Mouvement Wikimédia »[W 63]. Affichés sous forme de graphiques, on y voit apparaître qu'en date du 20/02/2020, approximativement 93,6 % du texte contenu dans cet article était rédigé par mes soins. Grâce à cette information donc, la récupération du contenu de Wikipédia ne peut plus apparaître comme un vulgaire plagiat, mais bien comme la récupération d'un travail effectué dans un autre espace éditorial.

Graphique illustrant la répartition par contributeurs du nombre d'éditions et de la quantité de texte apporté à l'article « Mouvement Wikipédia » en date du 19/02/2020
Fig. 1.2 Graphique illustrant la répartition par contributeurs du nombre d'éditions et de la quantité de texte apporté à l'article « Mouvement Wikipédia » (source : copie d'écran de la page https://xtools.wmflabs.org/articleinfo/fr.wikipedia.org/Mouvement%20Wikim%C3%A9dia le 20/02/2020).


Sur le fond, il est attendu d'un bon article de Wikipédia qu'il soit compréhensible, utile et intéressant aux lecteurs qui n'auraient aucune connaissance préalable du sujet. Il doit aussi adopter une présentation neutre et bien structuré offrant la possibilité de vérifier les informations présentées. Au niveau de la forme, il doit être ni trop long, ni trop court, rédigé dans le style du registre courant et un Français irréprochable, avec une traduction des citations en langue étrangère. Il devra ensuite être catégorisé, mis en lien avec les autres articles de l'encyclopédie et sujet à diverses améliorations techniques rendues possibles grâce au logiciel informatique supportant le projet Wikipédia.

remarquons tout d'abord grâce au graphique affiché en début de section précédente que le taux de participation d'un éditeur à un article de Wikipédia peut varier selon qu'on regarde le nombre d'éditions ou la quantité de texte ou de contenu ajouté.

Avant de répondre à cette question élargissons tout d'abord nos observations afin de voir si le graphique issu de notre expérience ne représenterait pas un cas isolé. Pour se faire commençons par étendre l'analyse du taux de participation à l'ensemble des 27 pages que j'ai créées dans le projet Wikipédia francophone avant le 2 mars 2020[W 64]. Voyons pour ce faire les résultats de nos calculs basés sur des chiffres obtenus au départ de la page https://xtools.wmflabs.org/articleinfo/fr.wikipedia.org et illustré par le tableau 2.1 présenté ci-dessous.

Tableau 3.1 : Pourcentage de participation en nombre d'éditions et texte ajouté sur l'ensemble de mes articles créés sur fr.Wikipédia
Nom de l'article Éditeurs Éditions Mots Mon % éditions % éditions suivant Mon % texte % texte suivant
Anthropologie clinique 4 6 53 60 20 97,2 2
Anthropologie fondamentale 14 34 378 62,1 6,9 73,9 15,6
Anthropologie Globale 6 13 206 77,8 11,1 98 1
Anthropologie prospective 7 20 366 72,2 5,6 100 0
Anthropophages (redirection supprimée) - - - - - - -
Auto-ethnographie 2 11 114 90,9 9,1 100 0
Auto-plagiat 2 6 156 83,3 16,7 100 0
Belgian American Educational Foundation 10 10 174 14,3 14,3 81,7 5,9
Carlos Frederico Marés de Souza Filho 5 11 45 60 20 96 2,1
Cumuleo 5 14 104 71,4 7,1 94,7 5,3
Dérive de la mission 8 19 31 40 40 91,6 3,2
José de Souza Martins 5 8 504 60 20 98,9 1,1
Joseph Louis Bonmarriage 5 12 78 63,6 18,2 94,8 3,1
Kayoux 11 33 503 75 10,7 93,5 4,4
Kuilappalayam 8 19 116 55,6 11,1 71,1 23,9
Laboratoire d'anthropologie prospective 7 19 442 75 6,2 99,4 0,3
Louvain Coopération 23 121 1 354 60,7 12,1 62 33,8
Marché politique 5 10 66 66,7 11,1 94,1 3
Méta-Wiki 6 17 46 85,7 7,1 99,8 7,1
Mike Singleton

(page de redirection vers homonymes)

3 7 4 80 20 96 3,8
Mike Singleton (anthropologue) 19 31 160 54,5 9,1 80,8 6,5
Mondher Kilani 7 28 449 46,2 26,9 11,4 85,5
Ouïe 8 14 37 14,3 28,6 62 23,1
Pierre-Joseph Laurent

(page de redirection vers homonymes)

3 3 4 33,3 33,3 12,4 87,3
Richard Mervyn Hare 9 12 135 31 10 66,8 31
Sociologisme 6 13 56 41,7 25 89,1 8,2
TXM 10 30 164 41,4 34,5 65,9 31
Totaux 198 521 5745 1516,7 434,7 s-o s-o
Moyennes par article soit total/26 7,61 20,03 220,96 58,33 16,71 81,96 13

Il apparait donc qu'au niveau de l'ensemble des articles que j'ai créés sur le projet Wikipédia francophone et rien que ceux-ci, le pourcentage moyen de mes contributions par article est de 58,33 % au niveau du nombre d'éditions et de pratiquement 82 % au niveau du contenu textuel. Utiliser ces résultats pour se faire une idée serait cependant une erreur, car il s'avère être biaisé.

Il s'avère en effet au niveau de l'article intitulé « Louvain Coopération », que je fus également la personne qui aura utilisé compte contributeur « Utilisateur:Louvain Coopération » en deuxième place des comptes les plus actifs au sein de l'article. J'avais créé ce compte à une époque où je travaillais au sein de l'ONG sur laquelle portait l'article. Mon but à l'époque était de respecter au mieux la transparence demandée au niveau conditions d'utilisation des projets Wikimédia en matière de « Contributions rémunérées »[W 65]. Il en a donc résulté que de façons alternées et en fonction de ma présence sur mon lieu de travail, j'ai édité l'article avec deux comptes utilisateur séparés pour atteindre un tau de 78% d'éditions et 95,8 % de texte et non 60,7% et 62% comme on pourrait le crois sans connaitre l'information. Après rectification, je serai donc en moyenne l'auteur de 83,2% du contenu des articles que j'ai créés sur fr.Wikipédia.

De ce premier exercice, on retiendra donc d'une part, que les nombres d'éditions apportées à un article ou un ensemble d'articles n'a qu'une corrélation très limitée avec la quantité de texte produit au sein de ce même article ou un ensemble d'articles, d'autre part, que la répartition en pourcentage du texte produit par les contributeurs d'un article risquera toujours d'être biaisée dès lors qu'une même personne utilisera plusieurs comptes utilisateurs ou si dans un second cas de figure elle venait à modifier l'article sans se connecter à son compte utilisateur. Gardons à l'esprit enfin qu'une personne qui révoquera des modifications faites par un autre contributeurs (pratique très courante au sein de l'encyclopédie), aura pour effet de varier d'autant plus la corrélation pourcentage d'édition et pourcentage de contenu.

D'innombrables calculs et analyses analogue à ce qui vient d'être fait et qui gagneraient à être automatisés, pourraient voir le jour au départ d'articles sélectionnés de manière aléatoire sur l'ensemble des projets Wikimédia afin d'en extraire de nouvelles statistiques et probabilités. Afin de répondre à la question préalablement posée en début de cette section, nous nous limiterons pour notre part à une analyse faite au départ de 100 pages tirées au sort dans l'espace l'encyclopédique Wikipédia francophone au départ de l'hyper lien « Article au hasard » présent dans la colonne de gauche de toutes les pages de l'encyclopédie[N 11]. Les résultats de ce travail, à savoir un pourcentage de X % en matière d'édition et de Y % en matière de contenu pour les éditeurs les plus actifs sur les articles sélectionner et de respectivement X% et Y% pour les suivants, permet donc de nuancer certaines affirmations produites au sein de précédents travaux.

Cependant quel que soit le résultat de ces calculs, il sera à mon sens, toujours important de tenir compte du phénomène d'autocontrôle déjà présenté. Dans ce sens, il ne faut donc pas seulement tenir compte de la répartition du contenu entre contributeurs, mais aussi aussi de la fréquentation de la page, pour en déterminer sa neutralité. Nous l'avons vu, les contributeurs ne se font pas de cadeaux entre eux et une absences de contestation dans un article très fréquenté peut donc apparaitre un gage de fiabilité et de neutralité.

Graphique de répartition des 10 premiers utilisateurs en fonction de la taille du texte ajouté à l'article « Église catholique » sur fr.wikipedia
Graphique de répartition des 10 premiers utilisateurs en fonction de la taille du texte ajouté à l'article « Église catholique » sur fr.wikipedia

Une analyse statistique étayée par une observation ethnographique révèle que les articles traitant de la religion catholique sont édités, surveillés et protégés par un nombres restreint d'utilisateurs membres ou présupposés membres de la communauté. Il en ressort ainsi un fait marquant, c'est qu'en date du 5 février 2018, l'article intitulé « Histoire de l'Église catholique »[W 66] n'apporte aucune information ni liens sur la question des abus sexuels au sein de cette église. [W 67].

Graphique de répartition des 10 premiers utilisateurs en fonction de la taille du texte ajouté à l'article « Histoire de l'église catholique » sur fr.wikipedia.
Graphique de répartition des 10 premiers utilisateurs en fonction de la taille du texte ajouté à l'article « Histoire de l'église catholique » sur fr.wikipedia.

Une analyse statistique accessible en ligne[W 68] de la page Église catholique faite par le laboratoire Wikimedia Toolforge illustre au travers d'un ensemble de diagrammes que près de la moitié du texte de l'article a été ajoutée par un utilisateur, près des trois quarts par deux utilisateurs et plus de 85% par trois utilisateurs. Une autre page d'analyse statistique[W 69] nous informe que, au niveau de l'article « Histoire de l'Église catholique », 87,4% du texte a été ajouté par un seul utilisateur.

« 5 % environ des contributeurs sont à l'origine de 90 % du contenu » et « la genèse de la plupart des articles de l'encyclopédie en ligne est donc due à quelques centaines de

Selon les chiffres approximatifs recueillis sur les pages de l'outil d'analyses statistiques stats.wikimedia.org et durant la période du 6 au 20 février 2020 inclus, l'encyclopédie francophone aura été visitée 458 millions de fois par des personnes qui se seront connectée plus ou moins 50 % via un accès internet mobile et 50 % via un accès internet fixe (voir fig 1.a ci-dessous)[W 70]. Parmi toutes ces visites, 8 millions 500 mille seulement proviendront d'appareils distincts qui auront été deux fois plus souvent connecté via le réseau mobile (voir fig. 1.b ci-dessous)[W 71]. En moyenne et pour cette période bien précise, nous pouvons donc en déduire que 425 mille visiteurs journaliers auront consulté en moyenne environ 2,7 fois par jour le projet Wikipédia francophone en remarquant sur base du graphique présenté dans la figure 1.b que l'accès au départ d'un appareil mobile deux fois plus élevé que via un ordinateur de bureau sera plus courant durant les périodes de week-end.

Au niveau de l'activité éditoriale du projet Wikipédia francophone, d'autres analyses statistiques produites par ce même site stats.wikimedia.org nous informent que le site fut modifié en moyenne 862,5 fois par jour par des contributeurs qui auront fait une ou plusieurs modifications avec environ 7 fois moins d'éditions faite sans connexion à un compte utilisateur (voir fig. 1.c ci-dessous)[W 72]. Un autre graphique produit et indiquant cette fois-ci 981,6 contributeurs journaliers[N 12] nous informe que environ 1/3 de leurs contributions aura été faite dans l'espace non encyclopédique[N 13] du site web (voir fig 1.d ci-dessous)[W 73].

Graphique illustrant le nombre de contributeurs journaliers sur sur le projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février 2020 inclus avec distinction entre l'espace encyclopédique et non encyclopédique.
Figure 1.x : Graphique illustrant le nombre de contributeurs journaliers sur sur le projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février 2020 inclus avec distinction entre l'espace encyclopédique et non encyclopédique (Scheepmans, 2020).
Graphique illustrant le nombre de contributeurs journéliés fr.wikipédia entre le 6 et le 20 février 2020 inclus en distinguant les éditions faites avec ou sans compte utilisateur
Graphique illustrant le nombre de contributeurs journéliés fr.wikipédia entre le 6 et le 20 février 2020 inclus en distinguant les éditions faites avec ou sans compte utilisateur

Selon d'autres chiffres approximatifs fournis cette fois par l'outil d'analyse tools.wmflabs.org et toujours sur ce même laps de temps, l'article « Mouvement Wikimédia » quant à lui aura été consultée 1134 fois dont 424 le 6 février 2020 avec une moyenne de 76 fois par jour tandis que la page page de discussion consacrée à sa labellisation aura été consultée par 687 personnes dont 214 le 6 février 2020 avec une moyenne de 46 personnes par jour (voir fig 1.e ci-dessous)[W 74]. Au final, parmi ces 687 visiteurs de la page de labellisation, 16 se seront donc manifesté par écrit et 9 auront participé au vote.

Histogramme illustrant le nombre de visite de l'article « Mouvement Wikimédia » durant la période du 6 au 20 février 2020 inclus
Figure 1.x : Histogramme illustrant le nombre de visite de l'article « Mouvement Wikimédia » durant la période du 6 au 20 février 2020 inclus. (Scheepmans, 2020)

Voilà donc un ensemble de relevés statistiques qui nous permettent de voir par ordre de grandeur, les activités humaines pouvant avoir lieu dans l'espace numérique mouvement Wikimédia au départ d'un exemple basée sur une période d'observation de 15 jour au sein du projet Wikipédia francophone.

Avant cette procédure de labellisation, il y eu tout un travail d'édition de l'article « Mouvement Wikimédia » qui aura commencé le 21 janvier 2019, soit près d'un an avant sa candidature au label de qualité. À cette époque, je me suis tout de suite étonné du faible stade d'avancement[W 75] de l'article et ce malgré ses 12 ans d'existence[W 76]. Une visite sur le projet Wikipedia anglophone réputée plus abouti en raison du plus grand nombres de locuteurs, et donc fatalement, de contributeurs, me permit de constater que l'article n'y était pas beaucoup plus développé[W 77]. Quant à la vingtaines[W 78] d'autres articles répartis sur les près de 300 projets linguistiques Wikipédia, ils m'ont semblé encore moins aboutis que la version francophone.

Autre fait marquant, le 8 avril 2019, j'ai du prendre l'initiative d'inverser une redirection automatique qui partait de l'article « Mouvement Wikimédia » vers l'article « Wikimédia ». Ma modification était justifiée par le résumé suivant[N 14] : « Le contenu de la page correspond plus au mouvement qu'à la marque »[N 15][W 79].

Dès le début de cette observation participante donc, et sans pour autant en identifier les raisons, je découvrais ainsi que les articles encyclopédiques consacrés au mouvement Wikimédia étaient relativement délaissés par les éditeurs de Wikipédia qui pourtant, sont membres de ce mouvement à part entière.

L'expérience m'a ensuite rappelé rapidement qu'un article délaissé au niveau de son aboutissement, ne l'était par forcément au niveau de sa surveillance. Effectivement, le 9 mars 2019, l'une de mes modifications a été annulée par un utilisateur répondant au pseudonyme de (:Julien:). C'était plus de deux mois après ma première modification. Entre temps, une correction orthographique et un reformulation avait déjà été faites par des utilisateurs bienveillants. Trois autres modifications malveillantes cette fois, avaient aussi été supprimées moins d'une minute après leur apparition au cours de la journée du 21 février 2019[W 80]. En raison de ce qui fut considéré comme un « passages en force sous adresse IP » un administrateur du projet pris l'initiative de protéger l'article durant un mois de tel sorte à ce qu'il soit modifiable uniquement par les utilisateurs autoconfirmés[W 81][N 16].

L'auteur des modifications malveillantes n'avait en effet pas de compte utilisateur. En cliquant son l'adresse IP présente sous forme d'hyperlien dans la page historique de l'article en question[N 17], je suis arrivé sur une page dans laquelle apparaît la liste de toutes les actions faites au départ de cette adresse[W 82]. Au nombre de 11, la totalité de ces modifications dataient du 21 février entre 12h44 et 12h51 heure belge et consistait à ajouter à plusieurs reprise une phrase identique sur les articles concernant Adrienne Charmet, Rémi Mathis, Wikimédia France et le Mouvement Wikimédia.

Sous forme d'hyperlien, cette phrase était la suivante : «  Observons Wikipedia : le blog de Pierrot le Chroniqueur». Elle fut donc probablement écrite par un supporter de ce blog chroniqueur de Wikipédia et des autres projet Wikimédia, ou peut-être l'auteur du blog en question. Sur la simple base d'une adresse IP, il est impossible d'en savoir plus, à l'exception du nom et de l'adresse de son fournisseur d'accès à internet grâce à un site d'informations de type Whois. Dans ce cas précis, l'adresse IP fut fournie par la société Free basée à Paris qui devra, sachons le, fournir l'identité du client utilisateur de l'adresse IP si la justice française en faisait la demande.

Suite à ces informations concernant les éditions de l'encyclopédie sans y être connecté, voyons a présent ce qu'il en est de l'utilisateur « (:julien:) » qui avait annulé l'une de mes modification à l'article Mouvement Wikimédia. Je l'avais identifié au début comme était un jeune contributeur en raison de son franc parlé argotique. Mais neuf mois plus tard, en écrivant ce paragraphe, je découvre avec surprise que cette utilisateur qui maitrise apparemment parfaitement la langue anglaise[W 83] était un ancien membre du premier Comité d'arbitrage de Wikipédia[N 18] pendant la période du 22 mars 2005 au 22 septembre 2005[W 84]. J'en concluais donc à nouveau qu'au sein de l'espace numérique Wikimédia, si on ne prend pas la peine de faire quelques recherches, ou si jamais les informations devaient à manquer, on peut facilement se tromper sur l'identité des personnes avec qui on dialogue.

Voici mieux comprendre la situation, un bref historique de ce qui s'était passé. Julien avait justifié son annulation par le résumé suivant : « § n'a plus aucun sens, mieux vaut rester à la formulation précédente »[W 85]. Comme il avait raison, j'ai alors essayé de reformuler mes propos pour les rendre plus sensés en laissant comme résumé : « Bonjour Julien, peut-on discuter avant que tu supprimes mon travail ? Bien à toi. »[W 86]. Suite à cela, Julien décida d'ouvrir une nouvelle section intitulée « formulation », sur la page de discussion[N 19] réservée à l'article « Mouvement Wikimédia »[W 87]. En voici son contenu :


Bonjour @Lionel Scheepmans,

D'abord non, je ne vais pas discuter avant de reverter tes modifs. Le paragraphe que tu as modifié était truffé de fautes d'ortho et ne voulait plus rien dire. Donc dans ce cas, ce n'est pas comme un débat à avoir sur la pertinence de tel truc ou la formulation de tel autre, c'est juste imbittable donc je dégage.

Ton paragraphe est encore maladroit : la version précédente parlait du nom des projets, toi tu dis que WMF est « Composés d'un w:mot-valise (w:wiki) ». D'une part ce n'est pas la WMF qui est composée mais son nom, d'autre part le mot-valise n'est pas une composante du nom, mais le nom lui-même. Et il reste des fautes d'orth, c'est pour ça que le paragraphe précédent, à la fois clair et en français correct (même si à la relecture, il y avait aussi des fautes :s) me semble mieux. Cordialement, (:Julien:) 11 mars 2019 à 10:09 (CET)

Merci (:Julien:) d'entamer la discussion. Tu as parfaitement raison sur le fait que ma modification comportait des fautes d'orthographes. si il en reste, je t'invite à les corriger. C'est vrai aussi que j'avais oublier un verbe et que le sens de la phrase posait problème. C'est vrai enfin que le mot valise ne concerne pas la fondation elle même. Mais ne crois tu pas qu'il est mieux d'améliorer les choses que tu qualifies d'imbittable (Si tu pouvais m'expliquer ce néologisme, je t'en serais reconnaissant) plutôt que de les dégager (J'apprécierais que tu utilises d'autres termes, mon travail n'est pas un ballon de football).
Je viens de modifier le paragraphe en fonction de tes recommandations. N'hésite pas à l'améliorer. N'hésite pas non plus à mettre un peu de courtoisie dans tes actions et réactions. On est tous bénévoles ici, autant rendre l'atmosphère de travail agréable tu ne cois pas ? J'envisage aussi de scindé l'article en deux avec un article dédié séparément au w:Mouvement Wikimédia. Si le projet t'intéresse, dis le moi on peut travailler ensemble. Tu sembles en effet avoir des compétences qui peuvent combler certains de mes handicapes. Bien à toi. Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 11 mars 2019 à 10:55 (CET)
Salut Lionel,
« Imbitable », ça s'écrit avec un seul T, ça dérive de biter, littéralement « foutre sa bite dans le truc », c'est-à-dire le comprendre — parce qu'on ne pénètrerait pas quelqu'un sans l'avoir cerné/maitrisé, probablement. Voyons, n'as-tu pas songé au Wiktionnaire pour t'aider à biter un mot que tu ne connais pas ! C'est vrai qu'il existe bitter avec deux T, mais ça doit être moins courant… En tout cas y a pas de bittable qui tienne.
Je suis amusé d'assister à une difficulté sociale à laquelle tu fais face en raison de ton trouble !
Néanmoins, je crois avoir à contredire @(:Julien:) sur quelques éléments. Je ne comprends pas vraiment cette histoire de « WMF est composé du mot-valise wiki »… Mais d'une part je sais que l'on peut dire « A est composé de B, de C et de D » pour dire qu'A est composé uniquement de B, C et D et donc qu'il se confond à la combinaison (ou plutôt à une certaine combinaison) de B, C et D. Si on dit que « A est composé de B », ça veut donc dire que A et B se confondent. C'est relativement correct, même si je reconnais que c'est bizarre comme formulation. Ensuite, peut-être que je me trompe, mais dans « Wikimedia Foundation », il n'y a pas que « wiki », il y a aussi « media » et « Foundation » ! Et depuis quand « wiki » est un mot-valise ? Moi, j'aurais plutôt écrit : « Le nom Wikimedia Foundation contient le mot-valise wiki »… C'est Wikimédia qui est un mot-valise ! On ne parle pas de la fondation mais du mouvement ici. Que vient faire un « WMF » à cet endroit ? Va-t'en, intrus !
Quant à la courtoisie… Boh, je reconnais qu'on peut faire sans ! Moi, j'aime bien insulter les gens, de temps en temps !
Frigory (discuter) 18 avril 2019 à 18:41 (CEST)
Non, on ne peut pas contribuer sans courtoisie. C'est précisément ce qui fait que nos wikis sont invivables. Il n'est pas acceptable de lire cela (même « pour rire »). Trizek bla 18 avril 2019 à 19:48 (CEST)
La courtoisie... Un mot clef pour l'avenir de nos projets. Concernant l'histoire du mot valise Frigory, elle n'est pas de ma plume et j'ai tenté de garder le propos sans trop le déformer et dans le respect de l'auteur. Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 18 avril 2019 à 20:38 (CEST)
À vrai dire j'ai pas trop l'expérience, sur Wikipédia j'ai très peu discuté et sur la Wikiversité j'ai toujours trouvé que les discussions se passaient bien. En tout cas, je suis d'accord que le propos de Julien était inapproprié, j'ai l'impression qu'il s'adresse à Lionel comme s'il avait vandalisé la page ! Ce qui signifie aussi qu'il ne faudrait pas être trop poli avec les vandales… Mais la meilleure stratégie reste de profiter de la situation défavorable dans laquelle ils se sont mis pour leur faire la promo de la contribution à Wikimédia. Frigory (discuter) 19 avril 2019 à 16:53 (CEST)

Les bénévoles actifs hors ligne

À la fin d'année 2019, il est possible de visualiser les activités du mouvement sur la plateforme Wikimedia space soit sur une mappemonde, soit dans un agenda (voir fig. 2.x et 2.x ci-dessous). On y fait beaucoup de rencontres sporadiques et quelques activités régulières. Les rencontres sporadiques sont relativement bien peuplées quand il s'agit de conférences pour lesquelles des bourses de participation sont octroyées. Mais sans incitation financière, la fréquentation des rencontres hors ligne est très limitée et il n'est pas rare que personne ne se présente à l'évènement en dehors des organisateurs[réf. nécessaire].

Fig. 2.x Carte de répartition des activités au sein du mouvement Wikimédia le 2 décembre 2019
Fig. 2.x Agenda des activités du mouvement Wikimédia au mois de décembre 2019
Photo de groupe lors de la Wikiconvention francophone de 2017 à Strasbourg
Fig 5.1. Photo de groupe lors de la Wikiconvention francophone de 2017 à Strasbourg (source : https://w.wiki/3DJQ)

Les personnes rémunérées

En abordant cette section consacrée aux travailleurs rémunérés on atteint ici certaines limites de mon observation participante au sein du mouvement Wikimédia. Au niveau de la fondation qui rassemble près de 500 salariés, j'ai en effet postulé à plusieurs reprises mais sans succès à des offres d'empois. Un observation très limitée donc, mais qui me permis déjà d'apprendre que les employés de la fondation bénéficient de nombreux avantages lorsqu'ils sont prestataires aux États-Unis : couverture des frais médicaux et dentaires famille incluse, congé parental de sept semaines et cinq supplémentaires pour la grossesse, 1 800 $ de formation continue plus remboursement des cours, cotisation retraite jusqu'à 4 % du salaire annuel, 19 jours fériés par an, assurance vie et invalidité (2 x le salaire), portable, écran et allocation unique pour travail à domicile, massages et déjeuner mensuel et salle de sport, yoga et marché fermier hebdomadaire[W 88]. Lors de la fermeture des bureaux en raison de la pandémie Covid-19, une réduction des heures de travail à 20h semaine pour un plein salaire fut mis en place au sein d'une équipe de salariés dont 64 % travaillait déjà à distance[B 26].

Ensuite, et si je me limite ici volontairement aux association nationales francophones, nous pouvons voir que l'association Belge qui fut crée en août 2014 et dont le revenu annuel était de 18 073 € pour l'année 2020[W 89] fonctionne jusqu'à ce jour sans salarié, au même titre que l'association Wikimédia Canada, créée en novembre 2010 et qui bénéficiait elle, d'un revenu annuel de 166 207 dollars canadien en 2019[W 90]. L'association française crée en 2004, fonctionne en revanche avec 10 salariés d'un budget annuel de 1.2 million d'euros pour l’année 2020[B 27] et que l'association Wikimédia Suisse qui profite du même nombre d'employés[W 91] affiche un revenu d'exploitation d'un peu plus de 3 300 000 francs suisses pour l'année 2019[W 92]. Tout ceci en gardant à l'esprit encore une fois que les personnes rémunérées au sein du mouvement ne peuvent pas dans le cadre de leur travail participer à l'édition des contenus éditoriaux sur les projets mais doivent se limiter, comme cela fut expliqué dans le premier chapitre, à des interactions liées à leurs tâches spécifique de gestion, de coordination, de maintenance, etc. et en aucun cas à la modification du contenu des articles.

Comme en témoigne le licenciement d'une employée de la fondation[W 93], cette règle de mise à distance des employés du mouvement de la vie éditorial des projets est donc prise au sérieux, puisque c'est elle qui préserve la fondation et les associations affiliées de toute responsabilité envers le contenu des projets Wikimédia. En cas de litige par rapport à un contenu, il en résulte donc que c'est la fondation Wikimédia qui en assumera la responsabilité en tant qu'hébergeur seulement et jamais en tant qu'éditeur responsable, tel que cela s'est vu en France[W 94], en Italie[B 28] et certainement dans d'autres parties du monde. Dans ces conditions, l'astreinte juridique se limite donc au retrait d'un contenu litigieux présent sur les serveurs informatiques, mais sans devoir pour autant en assumer la responsabilité des éventuels préjudices. De cette situation découle alors le fait que les dons octroyés à la fondation ou aux associations locales, ne seront jamais, en principe, utilisés pour rémunérer directement le travail d'édition au sein des projets et par conséquent ne pourra jamais servir pour rémunérer les éditeurs qui y sont impliqués.

Les personnes payées pour éditer les articles des projets Wikimédia sont donc forcément des personnes extérieurs au mouvement et qui ne seront que très difficilement subsidiées par la fondation pour leur travail d'édition tant bien même que la contribution soit d'importance et qu'elle s'inscrive dans le cadre d'une autre organisations sans but lucratif tel qu'une ONG par exemple. J'aurai par ailleurs expérimenté ce dernier cas de figure et lorsque je fus employé de l'ONG Louvain Coopération. Durant mes heures de travail, il me fut effectivement facile de créer et développer l'article concernant l'organisation sur le projet Wikipédia en français et en anglais, dès lors que j'avais respecté les conditions générales d'utilisation des projets Wikimédia, adaptée sur Wikipédia en français[W 95] qui interdisent les « contributions rémunérées sans divulgation » [W 96]. Mais par contre, je ne serai jamais parvenu a obtenir un cofinancement de la fondation pour un projet de programme de Wikipémédien en résidence au sein de la coopération Belge.

Parmi ces personnes, je peux citer de mémoire une employée échevinale et deux personnes du secteur associatif qui avaient participé à l'un de mes ateliers d'édition organisé à Charleroi[W 97], alors que dans l'ensemble on retrouve parmi celles-ci les personnes employées dans des institutions publiques ou privées de type GLAM, mais aussi finalement beaucoup de personnes qui travailles dans les services de communication des entreprises ou institution qui bénéficie déjà d'un article sur Wikipédia, sans oubier d'ajouter à cela les agences de E réputation tel que celle qui contacta un jour une de mes collègues via le réseau Linkedin en postant ce texte : « WIKIPEDIA 1er site mondial est le témoin de votre notoriété professionnelle, business, associative ou politique. [url du site web] Tous travaux sur Wikipédia. Gestion, traduction ou création de page. backlink. Devis selon complexité. » suivis des informations de contact.

La diaspora

Tout le monde ne trouve pas sa place au sein du mouvement Wikimédia ni au sein de ses projets. Dans une section du précédent chapitre, nous avons déjà vu que des éditeurs ont quitté le projet Wikipédia naissant dès qu'il fut question de récolté d'argent alors que dans une section suivante ce fut le résulta d'un sondage concernant le placement d'une bannière à caractère politique qui déclencha le départ d'un administrateur de Wikipédia. De nombreux autres départs ou bannissement de Wikipédia[W 98], d'autres projets Wikimédia et même de la fondation, peuvent ainsi être répertoriés avec dans certains cas, un départ lié à des question éditoriales ou de non respect des règles de la communauté.

Ce qui s'est passé au niveau de l'article Collaboration juive sous le nazisme est un bon exemple de migration d'un contributeur mais aussi d'un contenu. La première version de cet article fut créé sur le projet Wikipédia en Russe en 2011 sous le titre « Collaboration juive pendant la Seconde Guerre mondiale »[N 20], où il reste disponible jusqu'à ce jour sans que cela ne face l'objet de commentaire[W 99]. L'article fut un jour traduit sur le projet francophone par un auteur dont je ne citerai pas le nom en respect de sa demande, mais une première demande de suppression de l'article vit le jour en janvier 2014 sans succès[W 100] suivit d'une deuxième demande rendue effective cette fois le 23 octobre 2016[W 101]. Cependant, l'article avait été recopié en novembre 2013 dans l'espace recherche de Wikiversité[W 102] où il fut à nouveau soumis à une procédure de demande de suppression très similaire à celle de Wikipédia, mais sans succès cette fois.

Claude Pirrar[W 103] fut un fervent opposant à la suppression de l'article sur Wikipédia et ses échanges avec la communauté aboutirent à son bannissement[W 104]. Restant alors actif sur le projet Wikiversité, il poursuivit alors le développement de l'article tout en apportant d'autres contenus à Wikiversité conformément à ce qu'il avait écrit sur sa page utilisateurs : « Je compte donc désormais apporter une collaboration sereine à Wikiversité dans ce que furent mes domaines de compétence universitaire et y mettre mon expérience personnelle au service de la défense de la liberté de la recherche faute d'avoir pu contribuer plus efficacement à celle de l'information sur Wikipédia »[W 105]. Comme autre exemple de contributeurs bannis du projet Wikipédia pour migrer ensuite sur Wikiversité fut EclairEnZ qui posta quant à lui ce message sur le forum principal du projet:

je suis content d'avoir découvert Wikiversité, avoir avoir donné tout ce que j'ai pu sur Wikipédia. Je n'hésite pas dire que Wikipédia a contribué à me construire (sincère). Mais pourquoi n'ai-je pas pensé plus tôt à venir ici ? Parce que : a) dans le contexte où je travaillais personne ne me l'a jamais suggéré (on me suggérait des sites où j'ai vu tout de suite que je me serais fait piéger par la pensée unique, une nouvelle fois ; b) Je m'étais certainement mis en tête que, ne connaissant pas l'existence d'un espace "Recherche" sur Wikiversité, dont je ne connaissais pratiquement que le nom, de la même famille que son grand frère Wikipédia, ne pourrait m'être utile en aucune façon (les idées qu'on se fait...). Comme quoi se vérifie encore que c'est toujours après un effort intense et pénible (parfois très, très long), que la très belle idée peut surgir (plus rarement c'est un gros hasard, ou même un simple - ou gros - incident).[W 106]

Tout en mettant à nouveau en évidence le manque de connaissance mutuelles entre les projets Wikimédia, ce message s'explique par le fait que Wikiversité est un espace d'édition beaucoup plus flexible que Wikipédia. Dans le cadre de la création de cours, les travaux personnels et Inédits sont en effet autorisés de la même manière que sur Wikinews, Wikibook et Wikivoyage et de plus, l'espace de recherche du projet offre encore une plus grande liberté d'expression et de subjectivité. Wikiversité ne doit en effet pas répondre aux même exigences que la création d'un encyclopédie qui se veut de regrouper en un seul espace et donc quelque part en un seul ouvrage des millions d'articles de façon cohérente.

Comparaison des critères d'admissibilité wikimonde-Wikipédia
Fig. 5.. Comparaison des critères d'admissibilité wikimonde-Wikipédia (source : )

Il existe ensuite d'autre migration de contenu et d'éditeur vers des espaces extérieurs au mouvement comme ce fut le cas lors de la création d'un fork de Wikipédia intitulé Wikimonde. En examinant la figure 5, on découvre que ce projet se distingue de Wikipédia par une plus grande tolérance au niveau de l’admissibilité des articles, sans pour autant accepter tout ce qui est supprimé sur Wikipédia puisque l'article « Collaboration juive sous le nazisme » y fut aussi supprimé[W 107].

Wikimonde, se charge donc de récupérer et de mettre à jour automatiquement les articles de Wikipédia en français, mais aussi de développer tout un ensemble d'articles inexistants sur Wikipédia, soit suite à un transfère avant suppression, comme ce fut le cas de l'article[W 108] « Musique de genre et de divertissement», soit parce que le créateur ou l'éditeur a choisi d'éditer l'article sur Wikimonde plutôt que Wikipédia. L'article consacré au village Bourron-Marlotte, est un exemple ce dernier cas concret puisque son principal rédacteur [W 109] découragé par « un "bavardage" de trois années »[W 110] qui finit par choisir Wikimonde pour poursuivre son travail. Ceci alors que par la suite, il est intéressant de constater que l'article de Wikimonde qui finalement sera bien plus développé sera référencé sur Wikipédia par des liens externes au niveau de certains articles sur Wikipédia[W 111].

Copie d'écran Andoid du site AgoraVox suite à la publication d'un article titré le sixième pouvoir..
Fig. 5.x. Copie d'écran Andoid du site AgoraVox suite à la publication d'un troisième article intitulé « Le sixième pouvoir »

Comme autre exemple d'espace éditorial propice à accueillir la diaspora des projet Wikiméda figure ensuite le projet AgoraVox qui se présente comme un média citoyen. À la suite à ma première publication d'article concernant la baisse de participation au sein des projets Wikimédia[B 29], sont apparus 40 commentaires. Le premier fait l’éloge de l'encyclopédie, un autre la complimente, deux autres font la part des choses entre ce qui est bon et ce qu'il l'est moins, et deux autres enfin critiquent le projet dans un premier cas suite à un blocage et dans l'autre, suite à un accueil très peu convivial qui aura eu pour effet de suspendre une participation au dons offert au mouvement.

Réciproquement, les contributeurs de l'encyclopédie commentèrent à leur tour mon article Agoravox, mais sur leur forum principale de Wikipédia appelé « bistro ». Dans cette discussion, Pline remarqua que « Dans l'article cité, Wikipédia est bien brocardé au niveau des commentaires » ce à quoi Jean-Christophe BENOIST répond : « C'est un peu normal, Agoravox étant le refuge des Pov pusher [promoteur de point de vue] et amateurs de TI [travaux inédits] éjectés de Wikipédia, dont des commentaires de Utilisateur:Lavau (je ne vais pas tracer le pentagramme pour l'invoquer) de pénible mémoire. »[W 112]

Il apparait donc selon ces commentaires qu' AgoraVox au même titre que Wikiversité et Wikimonde, représente bel et bien un lieu d’accueil pour les personnes qui ne trouvent par leur compte dans les limites éditoriales qu'impose l'écriture d'une encyclopédie et la commuanté des contributeurs de Wikipédia. Ce phénomène de division et de multiplication des projets d'édition prolonge donc ce qui avait déjà été observé au par avant au sein même du mouvement avec la bifurcation des nombreux projet frère au départ de Wikipédia. Ceci dit, et pour conclure cette section, il est aussi possible d'être actif dans les différents projets qu'il soit internes ou externe au mouvement à partir du moment où l'on respecte les attentes de chaque projets. J'en apporte d'ailleurs la preuve en réalisant ce travail de recherche puisque l'écriture de son premier chapitre débutât sur Wikipédia et que la dixième section du deuxième chapitre est comprend l'intégralité d'un troisième article que j'aurai publié sur AgoraVox et qui à ma grande surprise aura fait la Une du journal citoyen (voir figure 5.x).

Les passagers clandestins

Academic Wikipedia 05 2011.jpg

Dans son ouvrage Logique de l'action collective, Mancur Olson définit un « groupe latent » comme un groupe de grande taille dans lequel la contribution, ou absence de contribution, n'affecte pas suffisamment les membres pour les faire réagir[B 30]. Il indique ensuite que les groupe latent son des endroits propice à l'apparition de ce que l'on appelle en socio-économique des passagers clandestins (free rider), ou pour le dire de manière plus explicite de personnes qui bénéficies d'une ressource ou d'un service sans en payer la juste valeur. Dans un langage commun, le concept de passager clandestins peut donc être apparenté à celui de profiteur ou l'opportuniste.

Mobiliser ce concept dans le cadre du mouvement Wikimédia permet d'une part d'accentuer le caractère hétérogène et le manque d'appartenance et d'unité parmi l'ensemble des acteurs impliqué dans l'avenir du mouvement Wikimédia et d'autre part sa tolérance envers tout un ensemble d'acteurs qui profite du mouvement sans pour autant y contribuer.

Knowledge Graph — Wikipédia

Ajouter référence à la vidéo de remise docteur honoris causa.

Tentative de gain d'argent par voie judiciaire suite à une plainte de [W 113]

Catégorie:Utilisateur s'étant retiré de Wikipédia — Wikipédia

Wikimedia community are a digital age success and natural allies for academic communication and research engagement. | Impact of Social Sciences

Plateforme de Carte de Bibliothèque Wikipédia

https://phabricator.wikimedia.org/T236446 CCO et youtube

Les effets de la pandémie de Covid-19

Avec l'arrivée de la pandémie de Covid-19, toute la sphère hors ligne du mouvement Wikimédia fut par frappée de plein fouet alors que son monde en ligne bénéficia d'un regain d'activité. En tant qu'ethnographe au sein du mouvement, ce fut même la totalité de mes activités d'observation hors ligne qui disparurent suite à la suppression de des activités en présentiel au sein du mouvement. Sont alors apparus des réunions de conseils d'administration et assemblées générales en visioconférences, de nouveau workshops numériques, de nouvelles productions audiovisuelles de sensibilisation et de formation et bien d'autres activités connectées.

Capture d'écran des participants à la rencontre mondiale organisée le 21 novembre 2020.
Fig. 2.1 Capture d'écran des participants à la rencontre mondiale organisée le 21 novembre 2020.

Parmi toute celles-ci, l'exemple le plus significatif en taille et en nombre de participants fut certainement la première conversation mondiale tenue dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie du mouvement 2030[W 114]. Organisée lors d'un week-end de fin décembre et un autre début novembre par un groupe chargé d'organiser la transition stratégique, ces rassemblements numériques furent portés par l'équipe de support de la fondation et InsightPact, une petite entreprise de communication thaïlandaise.

Les quatre demi-journées de rencontres se sont adressées à toutes les personnes impliquées dans le mouvement Wikimédia. Au total cet évènement aura rassemblé plus de 400 personnes actives au sein du mouvement Wikimédia au niveau son espace numérique, ou au sein de groupes, organisations, associations et institutions hors ligne[W 115].

En fin de compte, la pandémie aura certainement permis à certaines personnes de participer à ce type de rencontres alors qu'elle n'auraient pu le faire si il leur aurait fallut faire un déplacement et consacrer dès lors, bien plus qu'un temps de discussion, qu'il faut inévitablement emprunté à une vie quotidienne ou professionnelle souvent déjà bien chargée. En participant à ces rencontres en visioconférence, c'était très impressionnant de rencontrer et de débattre par groupes et de visu, avec des centaines personnes situées au quatre coin du monde. En ce sens la vidéo conférence est un très bel outil pour créer du lien et trouver de la sympathie parmi les autres acteurs du mouvement. Lors des pauses entre les discussions, certaines personnes n'ont par exemple pas hésité à chanter ce qui eu pour conséquence d'améliorer encore le plaisir d'être ensemble. Suite à la dernière rencontre que j'avais du écourté pour aller chercher mon fils à l'école, un employée de l'association Wikimédia UK me recontacta par message pour me dire qu'elle avait trouvé mon intervention très intéressante.

Tout ceci m'a donc amené à écrire un retour d'expérience à la fois positif sur ces points mais aussi négatif par le fait que la vidéo conférence ne me semblait pas du tout adaptée à la prise de décision. Il y eu effectivement durant ces échanges un certain stress lié à la synchronicité des échanges, qui furent par ailleurs traduit d'une manière incroyable en plus de 5 langues au départ de l'anglais ou vers l'anglais, et du timing à respecté. D'autant plus que dans ce temps réparti devait s’insérer des moments de remerciement et d'encouragement, alors que dans certain groupe la parole se voyait parfois monopolisée par un participant ou même un coordinateur. Il en résulte donc que si ces visio-conférence sont très prolifique pour le mouvement, elles ne peuvent remplacer des procédures plus formelle et asynchrone tes que les appels à commentaires, préalablement présenté, ou il est possible d'avoir tout le temps nécessaire chez soi et au moment le plus adéquat de lire les avis d’autrui sans que certains ne soit censuré par manque de temps, d'y réfléchir, d'apporter ensuite son propre avis pour finalement partir à la recherche de décision par consensus si nécessaire ou par vote si le consensus ne peut être atteint.

Quoi qu'il en soit, la pandémie aura donc rendu plus poreuse que jamais cette frontière théorique qui se situe entre les acteurs en ligne et hors ligne des communautés et organisations Wikimédia. Ceci avec un double avantage qui mérite d'être souligné, c'est que d'une part, cela permet à plus de gens et des gens moins fortunés ou moins disponible de participer à des activités qui étaient autrefois organisée hors ligne, et que d'autre part cela réduit de manière considérable le coût de ces activités lié à la mise à disposition de locaux et d'hébergement, tout en diminuant drastiquement la pollution qui était engendrée par les déplacements des participant. C'est donc ainsi qu'après l'annulation en 2020 de la rencontre Wikimania initialement prévue à Bangkok, la décision fut prise de mettre en place en 2021 une première rencontre Wikimania Virtuelle ou autrement dit qui se déroule entièrement en ligne[W 116].

Notes et références

[N]otes

  1. Pour rappel, la page utilisateur est une page web que l'on édite la plupart du temps pour faire une présentation de soi-même ou encore pour stoker des informations ou des liens utiles pour ses activités éditoriales. Comme toutes les autres pages existantes au sein du logiciel MediaWiki, cette page est associée à une page de discussion qui devient dès lors l'endroit destiner à transmettre un message à la personne qui possède le compte utilisateur en question.
  2. À noter encore une fois que dans le menu présent dans la colonne de gauche de cette page comme beaucoup d'autres pages des projets Wikimédia, se trouve un groupe de liens permettant de se rendre sur des pages au sujet similaire sur d'autre version linguistique du projet. Au même titre qu'un article encyclopédique, qui sera édité dans plusieurs langues sur plusieurs projets distincts, la carte de localisation des contributeurs aux projets Wikimédia existe aussi en plusieurs langues.
  3. Wikistats n'offre malheureusement pas la possibilité de consulter le nombre de connexions uniques et journalières sur l'ensemble des projets.
  4. Texte original avant traduction par Deepl.com version gratuite:« give a rise to a new WikiProject centered around free culture and seeing Wikipedia as a social movement »
  5. Pour le chercheur que j'allais devenir, un tel dispositif représentait une magnifique aubaine apparentée à une sorte de carnet de terrain numérique automatisé. En plus d'un journal intime qui enregistre tout de mon vécu en ligne, ce dispositif permet aussi de manière libre et sans inscription aux internautes de consulter l'archivage des activités de l'ensemble des contributeurs Wikimédiens, à l'exception parfois de quelques rares contenus masqués pour raisons légales. Un dispositif qui par la suite eu une influence directe sur ma manière de rédiger ma thèse de doctorat au sujet du mouvement Wikimédia.
  6. Bien que cette formulation soit ambiguë, on parle souvent de « travaux inédits » sur Wikipédia en référence à ce que la communauté anglophone nome de façon plus appropriée :« original research » que je traduirais pas l'expression travail de recherche original.
  7. Sur les projets éditoriaux Wikimédia, les administrateurs (aussi nommés sysop) sont des utilisateurs nommés par la communauté pour assurer la maintenance du site grâce à des outils techniques qui leur sont réservés et qui leur permettent de suspendre la publication de pages ou d'en empêcher l'édition aux autres utilisateurs, ou encore de bloquer un utilisateur malveillant, etc.
  8. Dans l'espace numérique des projets éditoriaux Wikimédia, chacune des pages des sites web possède une page de discussion associée qui permet aux lecteurs ou éditeurs de la page de dialoguer sur le contenu de la page. D'autre part, chaque utilisateur enregistré au sein des projets bénéficie aussi d'une page de présentation et donc d'une page de discussion associée à cette page de présentation. Cette page de discussion représente dès lors un lieu où l'on peut déposer un message public à l'intention de l'utilisateur. C'est seul un moyen en fait d'écrire à un utilisateur quand on ne possède pas son adresse e-mail et que la fonction « envoyer un courriel » n'a pas été activée par ce dernier au niveau de ses préférences personnelles.
  9. Selon les projets éditoriaux Wikimédia et leurs versions linguistiques, il existe différentes façons de prendre des décisions collectives sur des changements majeurs qui pourraient toucher toute la communauté. Dans le cas précis du projet Wikiversité francophone, les prises de décisions sont faites sur des pages créées à cet effet, et dans lesquelles les membres de la communauté discutent en vue d'obtenir un consensus. Si nécessaire, et c'est souvent le cas, un vote sera organisé et les propositions seront acceptées dès lors qu'il y a plus de 75% des votes en sa faveur. Pour pouvoir voter, il faut répondre à certains critères d'éligibilités des votants essentiellement déterminés sur base d'une certaine ancienneté et un minimum de participation au sein du projet.
  10. La classification décimale universelle a connu plusieurs éditions depuis sa création en 1905 par les deux juristes belges Paul Otlet et Henri La Fontaine fondateurs de l'Institut international de bibliographie.
  11. Pour ne pas encombrer cette section, les détails de ce travail sont exposés en annexe de cette ouvrage.
  12. Cette contradiction entre deux chiffres produit par l'outil statistique Wikimédia illustre bien que les données sont très aproximative et qu'elles peuvent varier d'une analyse à l'autre portant pourtant sur un situation identique à d
  13. Il est entendu ici comme pages organisationnelles du projets celles qui sont dédiées aux gestions techniques, à l'aide au utilisateur, à la catégorisation des articles, à la réglementation, aux portails et projets maintenus par des groupes d'éditeurs rassemblés autour de thématiques distinctes, à toutes discussions pouvant voir le jour au sein du projet, etc.
  14. À chaque modification d'une page sur les sites maintenu par le mouvement Wikimédia et supporté par le logiciel MediaWiki, il est possible de justifier son action en laissant un résumé destiné à informer succinctement les autres utilisateurs de ce qui vient d'être fait.
  15. Avant la naissance de l'expression « Mouvement Wikimédia », le terme Wikimédia désignait principalement le nom de marque de la Wikimedia Foundation. Aujourd'hui Wikimédia est considéré par certain comme un raccourci synonyme de l'expression « mouvement Wikimédia ».
  16. Les utilisateurs autoconfirmés sont ceux qui bénéficie d'un compte créé depuis au moins quatre jours.
  17. Lorsqu'une modification est fait par un utilisateur non connecté à un compte utilisateur, c'est alors l'adresse IP de sa connexion internet qui prend la place du nom d'utilisateur dans l'historique des pages wikipédia où l'on voit apparaitre avec de nombreux hyperline, la liste de toute les versions antérieures de l'article.
  18. Le comité d'arbitrage est un groupe d'utilisateurs élus par la communauté pour trancher les cas de litige entre utilisateurs en conflit. À l'issue des débats, les arbitres peuvent notamment ordonner aux administrateurs du site un blocage en écriture d'un utilisateur. Les administrateurs constituent un autre groupe d'utilisateurs élus par la communauté qui disposent à eux seuls d'outils de blocage, de protection, de suppression, et autres, spécifiques à la maintenance du site.
  19. Sur les sites maintenus par le mouvement Wikimédia et supportés par le logiciel MediaWiki, il est possible de discuter du contenu d'une page éditoriale dans une page de discussion qui lui est dédiée.
  20. Titre originale avant sa traduction par deepl.com version gratuite : « Еврейский коллаборационизм во Второй мировой войне »

[B]ibliographiques

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[V]idéographiques

[W]ebographiques

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La culture Wikimédia et ses particularités sociopolitiques

L'organisation, les racines, l'histoire et la répartition des activités et acteurs

Les valeurs du mouvement déjà exprimée en 2008[W 1] et reformulé à ce jour sous forme de principes directeurs par la fondation[W 2]

Le respect de la vie privée

Pour en savoir plus à propos du respect de la vie privée au sein du mouvement Wikimédia, il est déjà possible de cliquer sur le l'hyperlien « condition d'utilisation »[W 3] présent en bas chaque page des projets Wikimédia. Celui-ci ouvrira une page d'informations générales dans laquelle se trouve un nouveau lien qui pointera cette fois vers une page consacrée à la politique de confidentialité adoptée par la fondation Wikimédia[W 4]. Pour le reste le mouvement Wikimédia semble très attentif à la protection de la vie privée des utilisateurs des projets qu'elle héberge ainsi que de leurs données à caractères personnels. D'ailleurs lorsqu'au sein du mouvement deux administrateurs du projet Wikipédie en néerlandais se seront amusées à retrouver le domicile d'un contributeur au départ de son identité réel préalablement effacée, mais toujours accessible grâce à leur statut, un appel à commentaire abouti au retrait du statut suite à une enquête réalisée par la commission de médiation de la fondation Wikimédia[W 5].

Heureusement, ce genre d'incident est extrêmement rare au sein du mouvement, étant donné qu'il existe de nombreuses manière de ne pas divulguer sa propre identité ou d'autres informations personnelles lorsque l'on contribue au projets Wikimédia, au sein desquels, signalons-le déjà, il n'est pas nécessaire pas de fournir une adresse courriel pour ouvrir un compte utilisateur. La première protection, et la plus populaire, consiste à créer un compte utilisateur avec pseudonyme de telle sorte à ce que les modifications et actions faites ne soient pas attribuées à son identité propre. La seconde option plus fréquente parmi les utilisateurs moins actifs, est de contribuer aux projets sans créer de compte ou sans se connecter. Dans ces deux cas de figure, en lieu et place du nom d'utilisateur, apparaîtra l'adresse IP du réseau privé ou intranet utilisé par l'ordinatuer lors des modifications.

Cette deuxième option est cependant moins respectueuse de la vie privée d'un utilisateur, car au départ d'une simple adresse IP, un internaute peut toujours connaitre soit l'organisation qui l'utilise si cette information est publique, soit la ville la plus proche d'une connexion Internet privée et les coordonnées de l'entreprise qui l'aura fournie lors de son utilisation. Au départ de l'adresse IPv4 : 130.104.34.155 par exemple, le site whatismyipaddress.com indiquera qu'elle est utilisée par l'Université Catholique de Louvain[W 6] alors qu'en utilisant l'adresse 176.164.50.155 sur le site fr.geoipview.com on y verra s'afficher une carte sur laquelle sera désigné la ville de Blois en France[W 7].

Plus fréquemment utilisées par les connexions mobiles, les adresses IPv6 sont moins facilement géo-localisables. Mais quelle que soit la situation, il sera toujours possible pour une personne mandatée de contacter le fournisseur d'accès Internet (FAI) d'une adresse IP pour connaitre l'identité du client qui l'aura utilisé à un moment bien précis et donc par exemple à l'heure d'enregistrement d'une modification faite sur un site Wikimédia. En France, mais cela peu varier selon la législation en vigueurs dans les différents états du monde, les informations permettant de faire le lien entre adresses IP et clients doivent être gardées au minimum un an[W 8]. Dans le système informatique du mouvement Wikimédia par contre, les adresses IP des comptes utilisateurs qui ne sont visibles que par des personnes de confiances mandatées par la fondation sont définitivement effacées au bout de trois mois seulement[W 9].

Une dernière option possible enfin pour ceux qui ne désirent pas forcément contribuer sous anonymat sera de créer un compte utilisateur à son propre nom. Ce choix personnel doit alors être assumé puisqu'une partie de sa vie s'expose dès lors aux yeux du monde connecté et de façon potentiellement irréversible. Il ne faut en effet jamais oublier que sur le Web toute information divulguée peut toujours être sauvegardée par quelqu'un sur son ordinateur pour un jour réapparaître quelque part sur la toile malgré son effacement. Les vidéos interdites de diffusion sur le Net, qui disparaissent et apparaissent sans cesse des services d'hébergement en est un bon exemple.

Afficher sa réelle identité au niveau de ses contributions au projet Wikimédia n'a cependant pas que des inconvénients. Cela offre aussi l'avantage d'assurer la paternité de ses écrits et donc de les protéger d'un risque de plagiat tout en les publiant dans la plupart des cas[N 1] sous une licence CC.BY.SA qui les protégera d'une éventuelle récupération et mise sous copyright. Un tel choix enfin, peut aussi répondre à des obligations d'ordre déontologique liés au cadre d'une recherche scientifique par exemple.

Toutes ces options et dispositions garantissent donc finalement une gestion « à la carte » du respect de la vie privée des acteurs wikimédiens et de leurs données à caractère personnel. Elles permettront aussi à certains utilisateurs situés dans des pays sujets à la censure et à la répression de se connecter à des réseaux privés virtuels sans risquer de dévoiler, ni leur identité, ni l'adresse de la connexion étrangère qu'ils utiliseront pour se connecter aux sites. Dernière chose enfin, toutes ces dispositions offrent un climat propice à la liberté d'expression, et au dialogue qui somme toute représente un nouvel avantage pour les chercheurs.

Il est ensuite intéressant de savoir que, sur 18 projets linguistique de Wikipédia dont le projet francophone, il existe une page intitulée « droit de disparaître »[W 10] qui anticipa l'apparition du droit à l'oubli ou plus précisément du « droit à l'effacement » apparu en 2016 dans l'article 17 du règlement no 2016/679 édité par la commission Européenne, aussi appelé règlement général sur la protection des données (RGPD) et ceci malgré que l'arrivée de cette réglementation fut publiquement condamnée par la Fondation Wikimédia. Appliquée au niveau du contenu de ses projets rédactionnels, la fondation y voit en effet une porte ouverte à la manipulation des informations présentes sur le net[B 1][B 2]. De cette double prise de position découle donc une situation qui peut apparaitre quelque peu paradoxale pour certains puisqu'une demande de suppression d'informations liées au compte utilisateur sera automatiquement accordée au regard de ce qui est possible techniquement, alors que le retrait d'informations contenues dans un article Wikipédia parlant de ce même utilisateur risque d'être refusé à partir du moment où la liberté d'information le jusifie.

Anonymat

La possibilité de participer de manière anonyme à l'édition des projets Wikimédia est une chose qui fut souvent critiquées par des personnes qui jouissent d'une autorité statutaire au sein de la société et qui dans tout les cas adhèrent à l'idée que la science et le l'information doit être produite par une élite. Mais cette vision n'est pas du tout partagée au sein du mouvement Wikipédie alors les critiques portées à Wikipédia et argumentée sur le fait que le projet n'assumerait pas la responsabilité et la transparence nécessaire à toute production d'information[W 11] ne sont en fait pas fondé[B 3]. Car pour peu que l'on ai participé un tant soi peu au projet, on s'apperçoit en fait assez rapidement que l'encyclopédie se limite à synthétiser des informations produites dans des lieux d'éditions externes au projet, là où les questions de transparence et de responsabilité doivent être posées.

Ces question pourraient par contre se poser de manière légitime par rapport à d'autre projet Wikimédia qui publient des travaux inédits tel que le projet Wikiversité, avec ses cours et travaux de recherche, le projet Wikinews avec ses articles de presse, mais aussi le projet Wikivoyage, Wikilivre, mais ne se pose ni à l'extérieur du mouvement, ni à l'intérieur. Il faut savoir ensuite que depuis la venue du projet Wikidata qui a ouvert la possibilité d'importer des informations au seind des projets grâce à l'intervention de robots informatiques, certaines information présente dans infoboxs présentes à guauche en début de certains articles Wikipédia peuvent donc apparaitre sans intervention humaine. Cette nouveauté aura d'ailleurs ouvert un long débat au sein de la communauté d'éditeurs francophone qui aura abouti à une prise de décision faisant apparaitre tout un ensemble de règles détaillées concernant les données non triviales en provenance de Wikidata, mais tout en acceptant que celles-ci ne soient pas soumises à la règle de vérifiabilité en application sur le projet[W 12].

Contrairement à ce qui se passe dans les instances hors ligne du mouvement et à l'exeption des bénévoles qui peuvent vérifier l'adresse IP des comptes enrgistrés qui doivent transmettre leur réèl identité à la fondation, l'anonymat apparait donc comme quelque chose de très naturel au sein des projets Wikimédia. Et c'est une chose qui peut surprendre lors que l'on prend connaissance de certains cas de comportement problèmatiques et amblèmatiques qui n'auraient pas pu voir le jour sans le couvert de l'anonymat. L'affaire Essjay fut la première en date. Elle se déroula au sein du projet Wikipédia en anglais en février 2015 et fut longement commentée au sein du projet[B 4]. Celle-ci éclate lorsqu'un contributeur actif depuis 2005 est reconnu avoir menti sur son titre de professeur d'université alors que sa réelle identité d'étudiant fut découverte suite à son engagement au sein de la firme Fandom gérée par Jimmy Wales. Bien que cette nouvelle fit scandale au sein de la communauté notamment en raison du fait que le titre usurpé avait de toute évidence aurgmenté l'influence de l'utilisateur dans certaines prises de décisions, la communauté Wikimédia choisit cependant de maintenir le principe d'anonymat tout en maintenant sa confiance envers les règles de conduite appliquées par l'ensemble de la communauté à l'ensemble de la communauté dans le but de mettre tout contributeur sur le même piédestal en matière d'autorité.

Une autre affaire d'importance d'importante au niveau du projet Wikipédia en français cette fois débutat en février 2015, lorsqu'une liste d'adresse IP et de courriel fut transmise accidentellement par le serveur d'OverBlog qui hébergait à l'époque un blog intitulé Wikirigolé et spécialisé dans le commentaire de ce qui se passe au sein de l'encyclopédie. Par recoupement et selon les détails fournis par un billet écrit sur Wikipédia[W 13], ces informations permirent de découvrir les multiples auteurs de ce blog dans lesquels se trouvait un trouble fait bien connu sous le nom de *SM*, mais aussi des administrateurs du site, des anciens membres du comité d'arbitrage et un vérificateur d'adresses IP. La réaction de la communauté fut vive et les débats répartis principalement entre l'espace forum de la communauté intitulé le bistro[W 14] et la page dédiée au bulletin des administrateurs du projet, dépassèrent l'équivalent de 50 pages A4[N 2] [W 15], mais sans toute fois affecté le principe d'anonymat au sein du projet.

Plur récement encore dans le courant du mois de novembre 2019 une autre affaire éclatat autour de l'utilisatrice Celette . Celle-ci avait lors d'une interview faite en février 2019 sur la plateforme de blog collectif Medium[B 5] déclaré qu'elle était une travailleuse indépendante de 30 ans, détentrice d'un diplôme bac+5 et qu'elle fut candidate au poste d'administratrice de Wikipédia à deux reprises. Mais quelle ne fut pas la surprise lorsque le 22 novembre 2019 et suite à des aveux publiés sur le forum principal de Wikipédia[W 16], la communauté apprendra que ce compte utilisateur était en fait partagé par cinq amis (six au départ, trois filles et deux garçons restants dont un couple), utilisant le même ordinateur et le même appareil photo à tour de rôle.

Ce compte utilisateur était actif depuis juin 2008 et figurait en 8ème place de la liste des contributeurs les plus actifs de Wikipédia au niveau du nombre d'éditions. Il bénéficiait donc d'un certain prestige tout en étant aussi très présent et donc très influent dans les discussions et prises de décisions de la communauté. Même si le partage d'un compte utilisateur par plusieurs personnes n'est pas une pratique formellement interdite par ce qui est recommandations sur Wikipédia[W 17], le cas de celette en raison de son ancienneté et du fait que cela n'a jamais été indiqué, provoqua une réaction vive au sein de la communauté qui abouti à un climat de suspicion sans précédent par rapport à mes observations. À l'issue de cette crise et suite à une concertation entre les administrateurs du projet, le compte Celette sera bloqué indéfiniment le 30 novembre 2019. Quelques heures plus tard, une discussion apparu dans le bistro de Wikipédia :

Suite aux discussions de la semaine passée je me demande s'il ne serait pas judicieux de masquer le compteur d'édition et de supprimer la liste des top x contributeurs. C'est le paramètre qui a donné du poids aux décisions unilatérales celettiennes, mais nous voyons clairement que le nombre n'a rien à voir avec la qualité. L'indicateur ne représente pas ce qu'il laisse supposer - débarrassons nous de son expression publique. --Charlik (discuter) 30 novembre 2019 à 22:57 (CET)

C'est compliqué amha. Le problème n'est pas le compteur d'édit, en tant que tel, mais le prestige associé. Il suffirait qu'à tout argument du genre "Ah mais il a quand même XXX contribs" soit répondu "mon bot aussi." ou "a coup de micro-éditions, Celette faisait ça dans la journée, ça ne veut rien dire". Car 1000 edits de patrouille ne sont pas la même chose que 1000 désébauchage. Je porte plus d'estime à celui qui passe 100 modifs, sur plusieurs semaines, à travailler un article pour un concours ou un label... Portez la bonne parole, l'éditcount ne veut rien dire. Cordialement, --JoKerozen (discuter) 1 décembre 2019 à 01:28 (CET)

À Bruxelles, il y a quelques années, afin de lutter contre la mendicité, le bourgmestre à fait supprimer les bancs publics… Cela n'a pas fonctionné Boulet. — Madel (... le 22 à Asnières ?) 1 décembre 2019 à 09:33 (CET)

Ah ca, « l'expression publique », c'est terrrrible ! mais que fait la police ?? Mort de rire. --JPC des questions ? 1 décembre 2019 à 11:51 (CET)

La "réputation" est plus importante, même dans le cas de Celette(s), que le nombre de contributions pour "donner du poids aux décisions unilatérales", et on ne peut masquer la réputation. --Jean-Christophe BENOIST (discuter) 1 décembre 2019 à 11:57 (CET) »

Ensuite, et comme le soulignera l'utilisateur Kropotkine 113 en résumant la situation, le problème du cas Celette résidait aussi dans l'endurance de ce compte qui lui permettait d'épuiser ses contradicteurs, de les pousser à la faute ou au départ par lassitude[W 18]. Ce à quoi on peut peut-être répondre que l'utilisation de cinq comptes de manière concertée est sans dout plus efficace en matière d'épuisement des contradicteurs. Cependant une chose est sûr, c'est qu'en matière de gouvernance, ce compte multi-utilisateur aura eu l'effet inverse des comptes multiples, les faux-nez comme disent le wikipédiens[W 19], créés par une seul personne dans le but de pouvoir voter plusieurs fois dans les prises de décision et qui font précisément l'objet de contrôle de la part des vérificateurs d'adresse IP dont il fut question récement[W 20].

Ceci étant dit, avoir un compte sous identité propre ou même sous pseudonyme n'empêchera jamais la création et le maintient d'un ou de plusieurs autres comptes anonymes dans le cadre de ses contributions au projet Wikimédia. Car même si cette pratique est réglementée et surveillée comme cela vient d'être vu ou encore pour faire suite à un blocage de son compte utilisateur[W 21], il existe aussi sur Wikipédia ce que l'on appel des compte à objet unique (répondant à l'acronyme CAOU dans le jargon Wikipédien)[W 22] qui se caractérise donc par des interventions limitées sur un seul article ou autre cause unique. Sans oublier encore la possibilité d'éditer les projets Wikimédia après s'être déconnecté de son compte de telle sorte à ne faire apparaitre que son adresse IP.

Le mérite et l'ancienneté

Dans ce cadre de ce phénomène de surveillance réciproque entre utilisateurs, grâce aux outils statistiques d'assistance à cette observation et en raison de l'anonymat que procure l'environnement MediaWiki, le nombre d'éditions d'un utilisateurs son ancienneté et l'archivage de son comportement en ligne constituera son identité au sein du projet. Sachons ensuite qu'une personne qui supprimera du texte ou du contenu à un article augmentera son nombre d'éditions d'une unité à chaque intervention.

Par exemple déterminera, de manière variable en fonction des projets linguistiques, si un compte utilisateur pourra voter lors de décisions prise pas communautés d'éditeurs. Parmi ces décisions figure notamment les « élections » d'administrateurs chargés de la maintenance du site grâce à l'obtention d'outils techniques privilégiés qui leurs permettront par exemple d'empêcher un compte utilisateur ou une adresse IP de modifier les pages du projet, de supprimer certaines page de l'espace visible par les utilisateurs ne bénéficiant pas de leurs droits, de bloquer une page au niveau de son édition comme nous l'avons déjà vu précédemment, etc.

Dans ces élections, le nombre d'éditions des candidats deviendra à nouveau un critère de recevabilité et de reconnaissance au regard de la communauté. Pour exemple, lors de ma candidature aux élections de stewards[N 3] sur le site Méta pour lesquelles toutes la communauté Wikimédia est invitée à voter et s'exprimer[W 23], un votant attendait d'un candidat d'avoir plus 20 000 contributions à mon actif[W 24]. Relever le caractère non fondé de cette remarque me permettra d'établir un ordre de grandeur puisque à l'époque de ma candidature, je devais atteindre un total proche des 22 000 éditions après 9 années d'activités plus ou moins assidues selon les projets. Le nombre d'éditions atteint ainsi une tel importance au yeux de certains utilisateur qu'il en est devenu un sujet d'autodérision au sein du projet Wikipédia francophone où l'on parle d'une grave maladie appelée la « compteurdédite »[W 25] souvent provoquée par une forme d'addiction intitulée « Wikipédiholisme »[W 26].

Transparence et surveillance

De nombreux mouvements tels que la CC, Wikimedia et les normes ouvertes sont désormais tellement ancrés dans les institutions contemporaines que les pratiques quotidiennes s'effondreraient sans eux. Il convient en outre de reconnaître que les acteurs qui lancent et poursuivent divers mouvements de transparence sont, dans une large mesure, mus par des idéaux élevés. Cela dit, tous les mouvements ont en commun d'être développés dans des contextes sociétaux où tous les acteurs ne sont pas disposés à utiliser les ressources mobilisées pour le bien commun. L'intention du mouvement de transparence émergent et conceptuellement inachevé peut être de renforcer ceux qui semblent défavorisés. Cependant, l'effet réel, une fois que les opportunités de diffusion des données apparaissent, peut souvent être de renforcer le pouvoir de ceux qui sont déjà favorisés.[2][3]

Transparency report – Wikimedia Foundation

La Fondation Wikimédia s'engage pour l'environnement – Wikimédia France

How much of your history does Wikipedia track? | The Daily Dot

Retrouver l'auteur d'un passage de texte wikibuster

De façon concrète cette transparence est assurée au travers de chaque page historique associée à chaque page web produite par le logiciel MediaWiki. Dans la figure 2.8 présente ci-dessous représentant une copie d'écran de la page historique de l'article Wikipédia intitulé « science ouverte », on y voit s'afficher de manière chronologique une liste de lignes reprenant de manière respective :

  • un lien « actu » pointant vers la page de contenu tel qu'il se présente actuellement ;
  • un lien « diff » pointant vers une page de différence entre versions dans laquelle apparaît en gras (texte ajouté) et en surligné (texte retiré) les modifications faites au contenu ;
  • la date et l'heure exacte de la modification sous forme d'un lien pointant vers la version de la page archivée juste après la modification ;
  • le nom d'utilisateur de l'auteur de la modification suivit entre parenthèse d'un lien « discuter » pointant vers sa page de discussion et d'un lien « contributions » pointant vers une page listant chronologiquement toutes ses modifications au sein du projet. Par défaut de compte utilisateur, s'affichera alors l'adresse IP de la connexion Internet utilisée par l'éditeur sous forme de lien pointant pareillement vers une page listant toutes les modifications faites par cette adresse au sein du projet. S'affichera ensuite entre parenthèses un lien « discuter » pointant vers une page de discussion consacrée aux échanges avec le titulaire du compte utilisateur ou l'utilisateur d'une adresse IP fixe ou les utilisateurs en cas d'adresse IP dynamique ;
  • en cas de modification mineure la lettre « m » en caractère gras ;
  • la taille de la page suite à la modification et celle de la modification exprimée en octets ;
  • entre parenthèse, un résumé des modifications éventuellement apporté par l'auteur ou le titre de la section automatiquement fourni par le système ;
  • et finalement entre parenthèse un lien annuler permettant d'enregistrer la version de la page antérieure à la modification et un lien « remercier » permettant d'adresse une notification de remerciement à l'auteur.

En haut des pages historiques du projet Wikipédia francophone on verra aussi apparaître toujours comme le montre le figure 8 ci-dessous un ensemble de liens pointant vers des outils d'analyses statistiques externes. Dans l'ordre de leurs apparitions respectives, ces outils permettront :

  • de filtrer les informations historiques affichées sur la page ;
  • d'afficher des statistiques sur les éditions et les auteurs ;
  • de retrouver l'auteur d'un passage écrit produit sur la page ;
  • de voir les statistiques de consultation de la page ;
  • de connaître le nombre de contributeurs ayant la page dans leur liste de suivi ;
  • d'afficher toutes les modifications de cette page faite par un seul contributeur.
Figure 2.8 :Copie d'écran de l'historique des modifications faite à l'article Wikipédia :« Science ouverte ».

Au sein des projets éditoriaux Wikimédia, un phénomène de surveillance mutuel fut déjà notifié par bon nombre d'observateurs, et finalement, de découvrir[pas clair] parmi 160 projets techniques hébergés par la fondation Wikimédia[W 27], trois des nombreux outils d'analyses statistiques reconnus utiles pour la communauté Wikipédia au départ d'une page dédiée à ce sujet sur le site Méta-Wiki[W 28].

La présentation complète et exhaustive de tous les outils d'observation ne pourra prendre place dans le cadre de ce travail. À titre indicatif, sachons toute fois que grâce ces outils, il est possible de contrôler et de visualiser de façon asynchrone et parfois synchrone (LiveRC[W 29]), l'activité des contributeurs enregistrés ou non, de manière ponctuelle ou évolutive, dans un article, un projet linguistique ou l'ensemble des projets Wikimédia (tools[W 30], Xtools[W 31], Wikiscan[W 32], CentralAuth[W 33], etc.), de contrôler et visualiser la fréquentation d'un projet linguistique ou de tous les projets Wikimédia par pays et selon le matériel informatique utilisé, de connaitre les pages les plus fréquentées, les images, vidéos ou autres fichiers les plus utilisés au sein des projets (Wikiscan, Wikimedia statistics[W 34], ) et de savoir quel utilisateur fut l'auteur d'une phrase dans un article et à quel jour et quelle heure il l'a écrite (Wikiblame[W 35]).

Fig. 1.1. Photographie intérieure d'une des prisons de Presidio Modelo inspirée de l'architecture panoptique de Bentham, Isla de la Juventud, Cuba. (Friman, 2005)

Ce petit échange entre contributeurs, nous permet déjà de voir à quel point le contenu des projets éditoriaux Wikimédia peuvent faire l'objet de discussions pointilleuses et parfois complexes[N 4]. Mais la chose la plus importante à retenir de cette expérience, c'est qu'au sein du projet Wikipédia au même titre que tous les autres projets Wikimédia qui seront présentés dans la prochaine section, un dialogue entamé entre deux personnes sur la page de discussion d'un article sera suivi au même titre que l'article par tous les comptes utilisateurs qui auront placer cette page dans leur liste de suivit. A titre d'exemple, la page de discussion et l'article Mouvement Wikimédia sur Wikipédia était suivit en mars 2020 par 90 contributeurs[W 36].

En date du premier mars 2020 et selon une page d'information au sujet de l'article en question[W 37], il étaient 91 à suivre l'évolution de l'article Mouvement Wikimédia. Certain d'entre eux auront d'ailleurs configuré leurs préférences utilisateur de tel sorte à recevoir un courriel dès qu'une nouvelle modification sera faite au niveau de l'article et ou de sa page de discussion. Le message transmis par voie électronique comprendra un lien qui pointera directement vers une page une page de Wikipédia où apparaîtra en gras ce qui a été ajouté, et en surligné ce qui a été retiré.

Ce qui s'est passé pour l'article Mouvement Wikipédia peut donc très bien se produire au niveau d'autres pages d'égale importance au sein l'ensemble des projets éditoriaux Wikimédia. Et d'ailleurs, le paragraphe de cette thèse de doctorat que vous être présentement en train de lire, et qui aura été initialement écrit sur le projet Wikiversité fera lui aussi l'objet d'une potentiellement surveillance et relecture de la communauté Wikimédia dont nous reparlerons plus tard.

Conscient d'un tel phénomène de surveillance réciproque, Sylvain Firer-Blaess n'hésite pas à qualifier Wikipédia de : « modèle pour une société hyperpanoptique » (Firer-Blaess, 2007)[B 6]. Cette idée lui fut inspirée par Nancy Fraser qui avait imaginé avant lui 10 ans avant la création du premier Wiki, une « société disciplinaire parfaite [...] totalement 'panopticisée' [dans laquelle] tous se surveilleraient et se contrôleraient les uns les autres » (Fraser, 1985, p.178)[B 7]. La vision de Nancy Fraser avaient été inspirée à son tour des travaux de Michel Foucault et plus particulièrement de son travail sur l'univers carcéral (1975)[B 8]. Dans ceux-ci, l'auteur faisait référence au concept architectural de Jeremy Bentham (1791)[B 9] intitulé panopticon, traduit en français par le terme panoptique (voir figure 1.2 ci-contre).

En parlant d'un phénomène identique ou très similaire d'autocontrôle réciproque, d'autres auteurs mobiliseront aussi le terme d'« holoptisme » définit comme un « espace qui permet à tout participant de percevoir en temps réel les manifestations des autres membres du groupe » (Noubel, 2004, p.23)[B 10]. Dans le cadre enfin d'une étude portant spécifiquement sur la communauté Wikipédia un auteur tel que Dominique Cardon parlera aussi de « vigilance participative » (Cardon et al., 2009)[B 11]. Ce phénomène de contrôle réciproque apparait donc comme comme un sujet important dont il sera question tout au long de cette ouvrage, passons à présent à la présentation encyclopédique du mouvement Wikimédia.

Pour comprendre cette situation, il faut savoir que la grande majorité des sites Web contenant les projets Wikimédia sont gérés par un programme informatique appelé MediaWiki et que ce programme enregistre instantanément et automatiquement la totalité des actions faites par les contributeurs et les programmes informatiques qu'ils y mettent en œuvre, et ce dès le lancement du site. Il faut savoir ensuite que, à quelques exceptions près[N 5], toutes ces données sont archivées et rendues accessibles à tout internaute dans des pages de journaux ou des pages d'historiques de contributions où sont classé chronologiquement et souvent de manière paramètrable des listes d'hyperliens permettant l'accès à d'autres informations plus détaillées (voir figures 1.3. et 1.4. ci-dessous).

Fig. 1.2. Copie d'écran des journaux du projet Wikiversité francophone.
Fig. 1.3. Copie d'écran de la page affichant l'historique des contributions d'un utilisateur sur le projet Wikiversité francophone.

Tous les sites éditoriaux soutenus par le mouvement Wikimédia sont en effet des espaces collaboratifs au sein desquels, le partage du savoir finit par s'établir au travers des gestes anodins d'édition et de surveillance réciproque. En consultant l'article « Science ouverte » sur Wikipédia dans le cadre de l'écriture de ce texte, je n'ai pas hésité par exemple à reformuler la phrase d'introduction avec comme résumé pour ma modification : « Reformulation de la première phrase en vue d'une meilleure compréhension. »[W 38] Cette modification une fois accomplie devient alors visible sur cette page « diff » dont nous avons déjà parlé précédemment et dont la copie d'écran, pour rappel, se situe au niveau de la figure 2.7.

Dès la sauvegarde de la modification, cette page « diff » en question aura été notifiée à tous les utilisateurs enregistrés qui auront choisi un jour de l'ajouter dans leur liste de suivi en cliquant sur la petite étoile située entre l'onglet « Voir l'historique » et le cadre « Rechercher dans Wikipédia ». Cette liste de suivi en question (voir figure 2.9 ci-dessous) ressemble fortement à une page historique d'un article à la différence près qu'on y trouvera ici toutes les modifications faites aux articles dont on veut suivre l'évolution. En outre, les utilisateurs qui auront configuré adéquatement leur système de notification dans leurs préférences personnelles recevront aussi l'information et un lien vers la page « diff » directement dans leur boite à courriel.

Capture d'écran de la page de suivit utilisateur Wikipédia.
Figure 2.9 : Capture d'écran de la page de suivi utilisateur Wikipédia.

Un tel dispositif technique, renforce donc la surveillance entre les éditeurs des projets Wikimédia.

File:Praise versus Negative templates, English Wikipedia 2004-2011.png — Meta

il est aussi possible de fournir un lien vers une page qui affichera les « différences entre versions » aussi appelées « diffs » dans le jargon wikipédien. Ces pages « diff » dans lesquelles apparaît surligné dans un cadre de gauche ce qui a été supprimé et en gras dans un cadre de droite ce qui a été ajouté, sont toutes accessibles au départ des historiques des pages de contenus et permettent de visualiser directement l'état de ces dernières avant et après une modification (voir figure 2.7). L'avantage principal de cette méthode par rapport aux permaliens, est que le nom de l'auteur la modification et le moment exact où elle a été faite sera directement visible sans aucune autre manipulation.

Figure 2.7 :Capture d'écran de la page de Wikipédia affichant les différences apportées par ma modification faite à l'article « Science ouverte » .

Sur Wikipédia, produire les hyperliens pointant vers des pages « diffs » représente d'ailleurs une procédure courante dans le cadre d'une protestation adressée à la communauté. Dans le cadre d'une contestation du statut d'administrateur[W 39], il est par ailleurs clairement stipulé qu'« une contestation doit être expliquée et étayée par des diffs ou entrées de journal, sinon elle n'est pas valide ». Ces pages « diffs » ou du journal des activités permettent ainsi à chacun de valider ou de « réfuter » les accusations portées à l'encontre d'un administrateur du site. Typiquement, on y retrouvera des liens pointant vers des propos ou des actes contraires aux règles et recommandations en vigueurs au sein des projets.

Rencontre à Paris[W 40]

de SciencePo Bruno บนทวิตเตอร์: "Incroyable ! A la sortie du restaurant Il y avait même #Oiseaudesbois peut-être cherchait t'il #EricMessel le monde est si petit cui cui https://t.co/bWFTfsQEF2 … https://t.co/Cn4FkHkWxy … https://t.co/S0w152rB6E https://t.co/FZum1WbE9N Mais qui photographie ? Trouve & gagne… https://t.co/HNF9yRR1bH"

Jules (@JulesWP) | Twitter

Écologie

Concours

Concours Wikimedia Commons : la photo de l'année a été prise dans la réserve Michelin au Brésil

Wikipedia hosts India conference amid expansion push - BBC News

Consultation sur les pages de discussion 2019/Rapport de la phase 2 — MediaWiki

Altruisme

Extension:WikiLove — MediaWiki

=== Bureaucratie[B 12]

Harcèlement

Le compte Celette dont il fut déjà question dans la section fut par exemple cité dans le cadre d'une plainte pour harcèlement déposée à la Trust & safety Team de la fondation Wikipédia chargée de la sécurité des utilisateurs[W 41]. La rédactrice de cette plainte était l'utilisatrice Idéalités qui s'était vue bannie du projet Wikipédia avant d'être reconnue victime d'harcèlement par la fondation[W 42]. prit fin le premier mars 2020[W 43]. après une période probatoire de parrainage inédite au sein du projet Wikipédia francophone[W 44]. Les investigations furent close avant que l'implication de Celette et d'autres utilisateurs dans le harcèlement soit prouvée et le bannissement de l'utilisatrice Idéalités

Pres WikiConvention Harcèlement.pdf
Harassment Survey 2015 - Results Report.pdf

Le côté obscur de Wikipédia | Arrêt sur Info

Wikimedia Education Greenhouse - Wikiversity

Cosmopolitisme

File:The Importance of Indigenous Languages.webm - Wikimedia Commons

2019:Languages/The difficulties of Wikipedias in languages that are not taught in school — Wikimania

Research:User Engagemenet in Wikipedia: The Influence of Cultural Identity — Meta

Building for the future of Wikimedia with a new approach to partnerships – Wikimedia Blog

Activismo Digital de Lenguas Indígenas | Una Red de Activistas Digitales en América Latina

User:Tulsi Bhagat - Meta

Wikisource:Tenth Birthday/Interview/fr — Wikisource

qui qualifie l'édition de Wikipédia de « travail d'amour »[W 45]

Wiki Masyarakat Adat: Compiling Data of Indonesian Regulations about Indigenous People in Wikimedia Projects – Diff

Recherche de consensus

Tant en interne qu'en externe, le mouvement Wikimédia a connu de nombreux évènements liés à sa gouvernance et à son apparition en tant que nouvel acteur politique au sein des nations. Au niveau interne, l'épisode du fork espagnole, présenté dans la section précédente, apparaît de nouveau comme premier fait marquant au niveau de la gouvernance du mouvement. Le risque de voir apparaître des publicités dans Wikipédia était l'une des motivations du mouvement diaspora mais pas la seule. L'une des pages du projet dissident dénonce en effet d'autres problèmes au sein du projet Wikipédia de l'époque tel que la présence d'une censure, l'existence d'une ligne éditoriale déplaisante et même d'une attitude arrogante de la part des fondateurs[W 46]. L'épisode espagnol fut aussi en ce sens un antécédent important concernant la gestion du projet Wikipédia, ainsi qu'un sérieux avertissement pour ses fondateurs.

Par la suite, les valeurs d'autonomie et de décentralisation hérité de la contre-culture numérique ne cesseront d'influencer la gestion politique interne du mouvement Wikimédia et ce, tant au niveau des projets linguistiques en ligne que des organisations locales hors ligne. Les cofondateurs quant à eux auront vu leur implication au sein du mouvement se réduire au fil du temps. Sanger démissionnera de son poste d'éditeur en chef et ne sera jamais remplacé. Il mettra sur pied 5 ans plus tard le projet Citizendium dont il fut déjà question et dans lequel il trouvera la liberté de mettre en place la ligne éditoriale qu'il aurait voulu mettre en œuvre au sein de Wikipédia.

Jimmy Wales pour sa part, fut tout d'abord considéré avec humour comme un dictateur bienveillant au sein de la communauté d'éditeur. Mais cette autorité se réduit petit à petit jusqu'à se limité à ce jour à une figure publique publique du mouvement membre permanent du conseil d'administration de la fondation ayant le privilège de désigner le ou la Wikimédien.ne de l'année lors d'un discourt de présentation lors des conférences internationales annuelles Wikimania.

Ses pouvoirs d'administrateur sur les projet Wikimédia furent déposés le 9 mai 2010[W 47] suite à un appel à commentaire réunissant 405 signatures sur 539 condamnant en faveur de cette action[W 48]. Celui-ci rassemblait divers grief fait à l'encontre du fondateur qui venait de supprimer sans concertation tout un lot d'image décrites comme pornographiques par la chaine de télévison Fox News Channel[B 13]. L'évolution de du « leadership » de Jimmy Wales et ses raisons sont présentées en détails dans l'ouvrage Common Knowledge dans son chapitre Leadership Transformed: The Pros and Cons of Benevolent Dictatorship dont voici un extrait :

Le leadership de Wales n'a cependant pas décliné mais a évolué. Comme nous l'avons déjà indiqué, la décision de cesser de gérer lui a permis de commencer à diriger. Les événements décrits dans ce chapitre et sa stratégie apparemment délibérée du retrait de sa participation active en synergie avec la limitation de sa micro-gestion, qui devenait incongrue avec le modèle de gouvernance démocratique, lui permit d'exercer un leadership sur une plus grande échelle et à un niveau plus élevé.[N 6]

D'un point de vue historique et anecdotique puisque tous les détails sont disponibles dans l'ouvrage précité, la remise en cause du leadership de Jimmy Wales aura débuté avec le premier conflit d'intérêt sur Wikipédia. Celui-ci apparu lorsque le cofondateur de l'encyclopédie modifia lui-même sa biographie dans l'article Wikipédia qui lui était consacré dans le but d'indiquer qu'il était l'unique fondateur[B 14]. Face à cette pratique fortement déconseillée, la réaction de la communauté fut très vive et largement commentée dans la presse.

L'arrêt progressif de gestion de Jimmy Wales au sein de l'encyclopédie aura permis ainsi de mettre en place de nouveaux organes compensateurs dont les principaux en matière d'autorité seront certainement les commités d'arbitrages chargés de gérer les conflits entre éditeurs. Ils apparurent tour à tour sur les différentes versions linguistiques de Wikipédia à partir de l'année 2003 avec au niveau du projet francophone une période de concertation de la communauté allant du 19 septembre au 24 octobre pour décider de sa mise en place qui sera suivie d'une nouvelle période de délibération pour en décider les règles[W 49]. Et comme toujours au niveau du mouvement Wikimédia, il faut garder à l'esprit que les choses se passeront différemment d'un projet et d'une communauté linguistique à l'autre. Il n'existe par exemple aucun commité d'arbitrage sur certains projets alors que ceux existant peuvent grandement varier au niveau de leur compétence et de leur fonctionnement.

Le règlement du comité francophone en décembre 2020 est proche de celui d'une juridiction classique, avec un domaine de compétence et toute une procédure de dépôts et de traitement des plaintes pour en déterminer leurs recevabilités et leur fondement avant délibération[W 50]. Toutes ces procédures bureaucratiques me sont toujours apparues extrêmement chronophage et même éprouvantes émotionnellement pour ces arbitres bénévoles élus par la communauté. Il en résulte que dans la version francophone du projet, ce commité a été inactif durant plusieurs périodes en raison du manque d'élu[W 51] et durant lesquelles sa fonction fut assuré par le groupe des administrateurs constitué lui aussi de personne élues par l'ensemble de la communauté.

Le statut d'administrateur existe pour sa part dès le lancement de Wikipédia en raison de la restriction d'accès à certains outils techniques dont la distribution à tout utilisateur apparaît trop risquée. Les « admins » ou « sysop » comme il est dit parfois, sont les seuls en effet à pouvoir bloquer l'accès au site ou à certaines pages des utilisateurs et des adresses IP. Ils peuvent aussi rendre invisibles aux personnes extérieures de leur groupe des pages du projet ou les protéger en écriture et bien d'autres choses encore[N 7]. Leur présence est donc indispensable au bon fonctionnement d'un projet. Ce fut d'ailleurs la raison pour laquelle, la première élection de stewards eu lieu en avril 2004[W 52] dans le but de désigner des personnes qui après avoir acquis l'accès aux outils d'administrateur sur l'ensemble des projets Wikimédia pourront garantir la maintenance ou l'aide à la maintenance des plus petits d'entre eux.

La fonction d'administrateur n'est pas limitée dans le temps tant que le compte utilisateur qui en dispose reste actif mais se voit limité par contre à la gestion technique des projets. Cependant, des débordements ont toujours lieu lorsque certains administrateurs abusant de leur prestige ou de leurs outils techniques en arrive à produire des actions verbales ou techniques pour lesquelles ils ne sont pas mandatés. C'est la raison pour laquelle la communauté francophone d'éditeurs de Wikipédia a mis en place une procédure de contestation du statut d'administrateur accompagnée d'une destitution des droits qui pourra être prononcée par le commité d'arbitrage en fin de procédure. La mise en place de cette règle aura pris près de six ans avec deux premières prises de décisions en décembre 2005 et une dernière en novembre 2011[B 15]. La construction de cette règle fut analysée par Emanuel Wathelet dans le cadre de sa thèse de doctorat en science de l'information et communication[B 15]. Dans cet ouvrage que je conseille à tous ceux qui voudraient en savoir plus sur les questions d'autorité au sein de projet Wikimédia, il nous explique ceci :

À travers la construction des deux règles portant sur la contestation du statut d'administrateur, on peut faire une distinction entre l'autorité émergeant de ce qui est accompli par les 262 wikipédiens en négociations (leurs actions) et l'autorité émergeant de ce que les wikipédiens expriment (leur discours), en notant que ces phénomènes d'autorité ne portent pas sur les mêmes éléments. En effet, l'autorité dans l'action concerne la façon dont la procédure de décision est gérée tandis que l'autorité dans le discours porte sur des phénomènes extérieurs au processus lui-même (par exemple, la destitution des administrateurs qui est le sujet de la procédure mais non la procédure elle-même).

Les résultats montrent que l'autorité émergeant du discours des wikipédiens porte sur des actions particulièrement coercitives. Dans ce cas, les phénomènes d'autorité paraissent très décentralisés – ce qui est notamment visible à travers les nombreuses imbrications d'autorité qui intègrent, souvent, les statuts officiels (administrateurs ou bureaucrates), lesquels voient cependant leur pouvoir restreint ou dépendant de leur articulation à d'autres agents comme, par exemple, le vote de la communauté. A contrario, l'autorité émergeant des actions des wikimédiens en train de négocier s'appuie elle sur des leaders et des militants « locaux », sans statuts, correspondant à la définition d'auteurs organisationnels. Les actions dont ils se rendent responsables sont peu coercitives prises individuellement mais, agrégées, permettent à l'ensemble des processus de négociations d'aboutir. Les deux règles analysées illustrent la diversité de ces actions par rapport aux règles précédentes et, par conséquent, la complexification du rôle d'auteur : on note le rôle d'initiateur, d'agent, de vigie, de militant, de proposant, de synthétiseur, de délégation, de porte-parole ; celui consistant à publiciser son travail, à autoriser certaines actions, à se remettre en question voire à décider !

Cependant, l'échec relatif de la première règle et l'instabilité du leadership qui en est une des causes montrent combien le rôle d'auteur et, encore plus, celui de leader sont très relatifs : on ne peut compter a priori sur un leadership émergent dans la mesure où rien n'indique que celui-ci sera suffisamment fort pour mener à bout de bras la prise de décision. Il en résulte que le caractère éminemment contingent de l'auteurité et, par suite, de l'organisation, est réaffirmé avec force renvoyant aux risques que suppose une organisation reposant exclusivement sur ce type d'autorités dans les processus de négociations.[B 16]

Cette analyse permet donc de réaliser à quel point l'autorité au sein des projets Wikimédia peut être distribuée voire diluée dans l'ensemble de la communauté des contributeurs les plus actifs, en gardant à l'esprit toujours que les choses peuvent varier du tout au tout d'un projet ou une version linguistiques à l'autre, en fonction de leurs tailles, de leur ancienneté et de la culture communautaire qui s'y développe.

À cette époque James Heilman, fut destitué de son post d'administrateur au sein de la fondation par les autres membres, avant d'être réélu en 2017 toujours par la communauté. Il déclara plus tard avoir incité à plusieurs reprises pour rendre le projet public.

En 2017, ce fut au niveau de l'association Wikimédia France qu'apparu une crise de gouvernance une importante crise de gouvernance, qui aboutira cette fois à une restriction budgétaire de ces subsides reçu par la Fondation, aux départs de nombreuses membres et administrateurs et à une plainte déposée en justice par la directrice démissionnaire[B 17]. Cette crise mettait en évidence un « fossé » entre les valeurs et les pratiques du monde du travail et ceux du mouvement Wikimédia en matière de transparence, de gouvernance et de gestion des conflits interpersonnels[B 18]. Elle fut à l'origine d'une assemblée générale extraordinaire durant laquelle la recherche d'une gouvernance plus horizontale au sein de l'association aura été débattue[W 53] avant d'être mise en place.

Ces deux crises au sein du mouvement illustre donc très bien la capacité d'autonomie politique de la communauté des contributeurs et son pouvoir d'influence à l'encontre de la fondation et autres associations nationales affiliées. Dans un sens inverse par contre, la fondation Wikimédia n'a que très peu d'influence sur les décisions prise au sein des communautés. L'exemple du « black-out » décidé le 6 octobre par la communauté de contributeurs du projet Wikipédia en italien en est un bel exemple. Celui-ci fut en effet décidé, sans aucune concertation avec la fondation Wikimédia[B 19]. D'autres blocages temporaires ont lieu comme celui du 18/01/2012 orchestré par la fondation, cette fois en manifestation contre deux législatures proposées aux Congrès des États-Unis[B 20] ou plus récemment encore contre une directive européenne concernant le copyright[B 21].


Une autre action nécessaire fut celle de créer l'article encyclopédique traitant du site Méta-Wiki, un espace Web dédié à la gestion du mouvement Wikimédia qui fera l'objet d'une présentation de type monographique dans l'un des prochains chapitres de cette ouvrage. De nouveau, tant dans la version linguistique francophone[W 54] que anglophone[W 55], les page encyclopédique traitant de l'espace numérique Meta-Wiki possédaient toutes deux une redirection vers l'article consacré à la Wikimedia Foundation. J'ai donc décidé dans la version francophone et anglophone de supprimer cette redirection pour créer l'ébauche d'un article indépendant [W 56][W 57].

Wikimédia adopta la licence libre CC.BY.SA en doublement de la licence GFDL produite par la Free Software Foundation pour la protection des logiciels libres et utilisée par le mouvement depuis la création de Wikipédia[W 58]. Avant le lancement de cette migration qui visait à adopté une licence plus adaptée aux projets d'édition collaborative Wikimédia, un comité fut mis en place regroupant de volontaires nommés par la fondation[W 59] dans le but d'établir un vote décisionnel au sein des communautés d'éditeurs rassemblant 17 462 participants dont 75,8 % furent en faveur du changement 10.5 % furent opposés et 13.7 % sans avis. Parmi ces participants on comptait 96.1 % de personnes actives sur Wikipédia et 43,1 % sur les projets anglophones, 17,8 % sur les germanophone et 5,5% sur le francophone[W 60].

« Imagine a world in which every single human being can freely share in the sum of all knowledge. »[B 22]

Democracy — Meta

Request for WMF Internal audits and appeal procedures — Meta

Global Governance Body — future concept - Jovica Kuzmanoski - Medium

Wikipédia se dote d'un code de conduite universel - ZDNet

tel que par exemple l'interdiction du fair use sur le site Meta-Wiki[W 61]

Décision n° 2017-687 QPC du 2 février 2018 | Conseil constitutionnel

L’Organisation mondiale de la Santé et la Fondation Wikimedia élargissent l’accès aux informations fiables sur la COVID-19 sur Wikipédia

We stand for racial justice. – Wikimedia Foundation

Code de conduite universel[W 62]

Code de conduite universel/Texte - Meta

Universal Code of Conduct – Wikimedia Foundation

Wikipedia Embraces First-of-Its Kind Universal Code of Conduct, Conceived For The New Internet Era – Wikimedia Foundation

Elevating Wikimedia: a Universal Code of Conduct for free knowledge – Wikimedia Foundation

Wikipédia se dote d'un code de conduite universel - ZDNet

(1) Wikipédia:Le Bistro/11 février 2021 — Wikipédia

Différences entre les versions de « Wikipédia:Le Bistro/8 février 2021 » — Wikipédia

Cancel culture

Méta:Politiques et recommandations — Meta

Conseil d'Administration de la Fondation Wikimédia/Appel à commentaires / idées : sélection des administrateurs communautaires au conseil — Meta

Governance Review — Meta

Stratégie/Mouvement Wikimedia/2018–20/Transition/Conseil global intérimaire — Meta

Movement Charter — Meta

des règles concernant la gestion des conflits d'intérêts, variables d'un projet linguistique à l'autre, voient le jour[W 63].

2014 d'autres règles, variables selon les versions linguistiques de l'encyclopédie apparaissent au sujet des contributions rémunérées[W 64], en complément de conditions d'utilisation appliquées sur l'ensemble des projets[W 65]. Cette nouvelle réglementation s'inscrit dans une « chasse aux sorcières »[B 23], réagissant entre autres à l'apparition d'entreprises de type Wiki-PR, spécialisées dans l'édition payante des articles de Wikipédia. Autre fait marquant de cette époque : une employée de la fondation Wikimedia est licenciée pour avoir pratiqué ce genre d'éditions rémunérées[B 24].

Wikipédia:Critique de Wikimédia France — Wikipédia

Vers une sortie de crise à Wikimédia France

Démissions, subvention amputée, gouvernance mise en cause : crise ouverte chez Wikimédia France

Neutralité

Il semblerait toutefois que « l'aspiration à un processus de rédaction convivial et serein soit mise de facto au-dessus de l'examen critique de la présentation pluraliste des points de vue. »[B 25]

Faire référence à l'article Krisna, eglise catholique. pédagogie Steiner dans différente langue.

Wikipédia discussion écriture inclusive mathématiciennes

Humour et fétichisme

Inusability Initiative Logo.png

Uncyclopedia

Uncyclopedia User Group — Meta

Wikipedia mascot — Meta

Methaphore du jeux

Benutzer:Southpark/Playing Wikipedia — Wikipedia

Un ancrage dans l'épistémè moderne

Graphique montrant le nombre d'articles Citizendium depuis le lancement du projet.
Fig. 2.x Graphique montrant le nombre d'articles Citizendium depuis le lancement du projet (Rwxrwxrwx et al., 2016).

Le mouvement Wikimédia me semble fortement encré dans l'épistémè moderne[B 28] en publiant de manière extrèmement paradoxale des livres sur un support audio-visuel.

Évolution dans le temps du nombre d'articles sur en.wikipedia.org
Fig. 2.x Évolution dans le temps du nombre d'articles sur fr.wikipedia.org (HenkvD, 2017).

C'était l'époque de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et des restriction budgétaires qui suivit le Krach boursier. Larry Sanger en perdit son salaire et quitta le projet Nupédia et son poste d'organisateur en chef de Wikipédia. L'encyclopédie libre quant à elle continua son développement nourrie par une communauté de contributeurs dont l'enregistrement sous pseudonyme ne demandera aucune adresse email ni déclaration d'expertise[N 8]. En décembre 2005, ce mode de fonctionnement fit ses preuve suite à une enquête réalisée par la revue Nature. En comparant Wikipédia à la célèbre encyclopédie Britannica, le prestigieux journal scientifique déclarait que : « sur 42 entrées testées, la différence de précision n'était pas particulièrement grande : l'entrée scientifique moyenne dans Wikipédia contenait environ quatre inexactitudes ; Britannica, environ trois. » (Giles, 2005)[B 29][N 9].

En septembre 2006 pourtant, l'ancien employé de Bomis lança à ses propre frais Citizendium, une nouvelle encyclopédie anglophone dans laquelle les contributeurs sont enregistrés sous leur noms réel pour rédiger les articles sous l'égide d'experts. Mais dans le courant de l'année 2010, le nombre d'article produit par Citizendium plafonna au alentours de 25.000 alors que la communauté d'éditeurs ne cessa de diminuer dès 2008 (voir fig. 2.x) alors que la Wikipédia anglophone dépassait les 3 millions d'articles (voir fig. 2.x). Il en résulte que tant au niveau de la qualité que de la productivité, le modèle éditorial Wikipédia faisant l'impasse de l'expertise mettra à rude épreuves les autre modèle encyclopédiques qui finiront tous par décliner[réf. nécessaire]. Son modèle épistémique quant à lui sera sujet à une évolution constante qui suscitera de nombreuses tensions au sein de la communauté d'éditeurs.

Dès 2007, et non sans une certaine résistance de la part d'une frange de la communauté d'éditeurs, le projet Wikipédia dut se positionner autour de l'émergence d'un lobby en faveur du référencement des informations. Le référencement ou « sourçage des articles » en terme d'actuelles recommandations Wikipédiennes[W 66], fut quelque peu plébiscité par le fondateur de l'encyclopédie, et permit au final « de résoudre les problèmes de confiance épistémique interne (arbitrage des conflits entre contributeurs) et externe (prise en compte d'un impératif de crédibilité) » (Sahut, 2014)[B 19]. Suite à l'aboutissement de cette transformation épistémique « Tout texte présent dans un article Wikipédia doit pouvoir être justifié par une source de qualité »[W 67] et comme le précisait déjà la vidéo 2.1. les sources secondaires et tertiaires seront valorisées par rapport aux sources primaires, ce qui renforcera d'autant plus cette règle selon laquelle Wikipédia n'est pas un lieu de production de travaux de recherche originale, mais bien de compilation d'un savoir déjà existant et déjà publié par des organismes reconnus. Et comme en témoignait un contributeur créateur de plus de 400 articles et auteur de plus de 86 000 modifications[W 68] lors d'une conversation, cette évolution épistémique ne s'est pas faite sans frais au niveau du travail d'édition :

tout le travail que suppose le sourçage (recherche de sources (pas seulement sur le net), compréhension du contenu et appréciation de sa qualité, évaluation des référent(e)s de compétence associé(e)s, confrontation des sources, synthèse, etc.) n'apparaît pas dans les historiques de WP. Or, ajouter quelques phrases dans un article de WP prend quelques secondes. Les rédiger est l'affaire de plusieurs minutes (voire moins : copié-collé, bricolage de citations, etc.). Les sourcer convenablement peut prendre des heures. Je comprends dès lors que, ne serait-ce que sur le plan quantitatif, l'exigence du sourçage peut paraître exorbitante à certain(e)s bénévoles. --ContributorQ(✍) 2 décembre 2019 à 20:01 (CET) »[W 69]

La pratique et la valorisation du référencement provoquera aussi une inévitable « délégitimé » voir le « rejet du savoir issu de l'expérience personnelle » (Sahut, 2014)[B 19] et donc dans l'absolu, la reproduction du colonialisme épistémique dénoncé depuis le début des subaltern studies qu'au sein du peuple Inuit par exemple qui « n'accordent peu de valeurs aux généralisations [... et où] l'idée d'un savoir vrai visant un objectif particulier n'intéresse personne [... et où le] savoir est très personnel, lié à un nom et enraciné dans la pratique [...] bien que les blancs, eux, ne croient que ce qui est écrit » (Laugrand, à paraitre, p. 164 et 169)[B 30]. Cette fracture épistémique apparaîtra d'autant plus grande, lorsque l'on sait qu'une fois confronté à l'alphabétisation, une personne vivant précédemment dans une complète oralité viendra à se poser cette question : « quelle part de moi-même suis-je forcé de délégitimer quand j'accepte de reconnaître la légitimité de l'écriture ? » (Rougier, 2016)[B 31][N 10].

Le sourçage et la vérifiabilité peuvent parfois aboutir à des situations absurdes dans lesquelles une erreur produite dans une publication notable qui aura trouvé place au sein de l'encyclopédie ne pourra être corrigée que par une nouvelle source notable qui dénoncera spécifiquement cette erreur (Jemielniak, 2014, p.21-22).

Au final, une observation plus systématique des tensions épistémiques internes au projet Wikipédia francophone permet d'aboutir à une typologie de celles-ci que l'on peut articuler autour de quatre régimes épistémiques. Poursuivre... (Carbou, Sahut, 2019)[B 32]

Des valeurs originelles et nouvelles

En tant qu'anthropologue intéressé par la littératures traitant des peuples qui vivent ou qui ont vécu en dehors des transformations liées à la révolution néolithique, je trouve extrêmement interpellant de découvrir au sein du mouvement Wikimédia tout un ensemble de valeurs et de pratiques similaire à ces peuples.

Une société contre l'état, néo-tibalisme, ...

[N]otes

  1. Dans certains cas comme sur le site Wikidata et plus récemment sur celui de Wikimédia commons, certaines contributions sont publiées sous licence CC0.
  2. Cette évaluation fut faite après avoir copié l'ensemble des commentaires dans un traitement de texte.
  3. Les Stewards sont des utilisateurs disposant d'un accès complet aux outils administrateurs et de tout autres outils techniques du logiciel MediWiki disponibles via l'interface web utilisateur sur l'ensemble des projets éditoriaux du mouvement wikimédia.
  4. La discussion suivante sur la page en question concernera la pertinence de mettre l'accent sur le mot Wikimédia en fonction de son contexte grammatical.
  5. Certaines informations récoltées par le logiciel MediaWiki sont en effet masquées pour des raisons juridiques liées par exemple au copyright ou au respect de la vie privée.
  6. Texte original en anglais traduit avec l'aide de DeepL.com/Translator (version gratuite) : « Wales's leadership however, has not declined but evolved. As already noted, the decision to stop managing enabled him to start leading. The events described in this chapter and his seemingly deliberate strategy of withdrawing from active involvement worked synergistically to limit his micromanagement, which was becoming incongruous with the democratic governance model, and allow him to exercise leadership on a larger scale and on a higher level. »
  7. Pour une description détaillée et exhaustive des status et outils techniques existant sur le projet Wikipédia en français, je vous invite à consulter mon travail de fin de master en anthropologie intitulé Culture fr Wikipédia.
  8. Un historique plus complet du mouvement Wikimédia sera abordé dans le prochain chapitre de cette ouvrage.
  9. Texte originale en anglais : « Wikipedia contained around four inaccuracies; Britannica, about three ».
  10. Nous reparlerons de ce sujet plus en détailles dans une section du chapitre IV consacrée à l'avenir des cultures orales au sein du mouvement Wikimédia.

[B]ibliographiques

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[V]idéographiques

[W]ebographiques

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  19. « Wikipédia:Faux-nez », dans Wikipédia, (lire en ligne)
  20. Plusieurs compte utilisateurs qui utiliserait la même ardresse IP lors d'un vote apparaissent en effet suspect et ne seront pas comptabilisé et bloqué en cas de fraude.
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  66. « Wikipédia:Citez vos sources », dans Wikipédia, (lire en ligne)
  67. « Aide:Présentez vos sources », dans Wikipédia, (lire en ligne)
  68. « ContributorQ - Statistiques utilisateur - Wikiscan », sur fr.wikiscan.org (consulté le 17 janvier 2020)
  69. « Wikipédia:Le Bistro/30 novembre 2019 », dans Wikipédia, (lire en ligne)

Wikimédia et l'imagination humaine

À l'ère de l'anthropocène et au cœur d'une révolution numérique que Marcel Mauss qualifierait de « fait social total » tant celle-ci met « en branle la totalité de la société de ses institutions »[B 1], il est devenu important de se pencher sur la responsabilité des sociétés humaines dont l'imagination colonisatrice ne cesse de faire et de défaire certaines formes d'aliénations entre les hommes mais aussi entre l'homme et la nature. Alors que le réseau Internet, l'espace web, et l'ensemble de leurs applications dont un infime partie seulement fut abordée dans le cadre de ce travail faisait à une époque miroité des promesses d'émancipation, voici déjà qu'apparaissent aujourd'hui des discourt de mise en garde face à ces nouveaux concepts troublants de capitalisme de surveillance[B 2] ou pire encore, de capitalisme cognitif[B 3].

L'espace Web dont l'utilisation s'est répandue dans l’entièreté du globe dans un laps de temps inférieur apparaît déjà, au regret de son inventeur Tim Berners-Lee, pris au piège d'une hyper centralisation[B 4] dans laquelle les projets Wikimédia représente en tant qu'espaces non commercial au milieu du top 50 des acteurs économiques qui domine le devant de la scène et qui sont facilement reconnaissable par leurs extension de domaine « .com ». Dans cette humanité où le relationnel se voit pris en charge par des robots[B 5] et l'affectif traité par des algorithmes[B 6], gardons donc bien à l'esprit que le code fait loi[B 7], et qu'il répondra toujours aux intérêts de ceux qui le produisent ou en commande sa production. Au delà d'un colonialisme épistémique « Uni-versaliste »qui fut déjà débattu[B 8], il s'agit donc à présent de se confronter à de nouvelles formes de colonisations et d’aliénation œuvrant cette fois directement sur nos affects et nos relations les plus intimes aux départ d'outils auxiliaires à la pensée, pour ne pas dire des prothèses mentales mobiles, transportées dans nos poches.

Le monde numérique enfin ne se résume pas à du simple code informatique, mais englobe aussi les composants physiques qui est le support. La fourniture de ces composants repose cette fois sur de nouvelles formes d'extractivismes (Prysthon, 2016)[B 9] et son écoulement sur de nouveaux enjeux écologiques (Khan et al., 2020)[B 10]. Penser l’enjeu et l'emprise du numérique dans la vie des hommes et ses conséquence sur un environnement naturel parait-il à bout de souffle apparait donc comme une responsabilité contemporaine des plus importante. Alors que machines et machineries informatiques se transforment en seigneur et maître de nos vies (Yang, Chan, Lizhi)[B 11] pour répondre discrètement aux attentes de nouvelles hégémonies mondiales, l'humanité doit se resaisir.

Pour y arrivé, je ne vois personnellement qu'une seule issue. Il faut déconstruire tout un imaginaire destructeur et aliénant produit par les sujets les plus dominants de l'espèce humaines afin de reconstruire un imaginaire fécond et profitable à tous, non pas à partir de zéro, mais bien à partir de ce qui existe déjà juste là devant nous et rendu invisible par de nombreuse forme de propagande et d'éducations. Produit par des êtres simples et généreux cet imaginaire à la fois collectifs et fécond existe en effet déjà, sans doute pensé par des esprits libres que d'autres et certainement pas auto aliéné par le désire de pouvoir et de propriété. C'est un imaginaire qui repose sur le partage et sur l'absence de propriété, et qui craint plus que tout la perversion par la vente ou le don qui enferment nos pensées au sein d'un paradigme économique autodestructeur. C'est en faisant l'effort de comprendre comme nous allons le faire l'importance centrale de l'imaginaire, des forces et faiblesses d'un imaginé humain toujours plus vaste, que l'on peut maitriser cette incroyable potentiel de l'être humain dans le perpétuer un monde dont le développement repose sur l'entraide et la diversité à l'inverse de la compétition et du monopole qui nous détruit en ce jour.

Toute l'importance de l'imaginaire

Gilbert Durand

Michel Maffesoli - La force de l’imaginaire. Contre les bien-pensants. - L'Incorrect

L'incroyable capacité humaine à remodeler le réel à l'image de son idéal ... Kundera Milan - Dico - Citations

Talk:Albert Einstein quote - Wikiversity

En effet, au-delà d'une réalité tangible, je tiens à ce que mes travaux décrivent aussi de manière précise « La construction sociale de la réalité » (Berger, 1996)[B 12], produite un « imaginaire comme tel » (Castoriadis, 2008)[B 13] emplis de toutes les dissonances cognitives (Festinger, 1957)[B 14] inhérentes à la nature humaine.

Voir et comprendre les différences entre imaginaire et réalité me semble donc être une démarche incontournable pour comprendre objectivement, mais aussi sereinement ce qui se passe sur un terrain d'étude socio-anthropologique. Car dans les sociétés humaines, l'imaginaire prend souvent le pas sur la réalité. Comme l'illustre parfaitement. Le « mythe anthropologique » (Freeman, 1983)[B 15] sur la sexualité à Samoa promu par les écris de Margaret Mead, l'étude la plus citée depuis 1928 dès qu'il s'agit de parler d'éducation, de sexualité et d'adolescence en est un parfait exemple qui fera l'objet d'un examen approfondit par Serge Tcherkésoff (2001, p. 157)[B 16].

D'ailleurs, en 1938 déjà, William Isaac Thomas n'écrivait-il pas : « si l'homme définit les situations comme réelles, elles seront réelles dans leurs conséquences »[N 1] (Thomas, 1938, p.572)[B 17]. Cette phrase devenue célèbre, Robert King Merton en fit le théorème de Thomas et s'en inspirera pour produire le concept de prophétie autoréalisatrice (Merton, 1948)[B 18] avec pour classique exemple celui d'une banque que l'on fait croire en faillite et qui le deviendra vraiment quand tous ses clients se précipiteront pour récupérer leur argent. En 1962, John Langshaw Austin, s'intéressera aussi à la construction du futur au départ du présent en produisant le concept de performativité qui apparaîtra au sein de son ouvrage Things with Words[N 2] (Austin, 1970)[B 19]. Dans celui-ci, l'auteur explique en effet que la parole peu aller bien au-delà d'une simple description du réel et devenir un acte d'auto-réalisation comme dans cette phrase qu'il choisit pour exemple : « je vous déclare uni par les liens du mariage ».

Grâce à un traitement informatisé de corpus textuels issus d'un terrain ethnographique en ligne, il devient dès lors possible de comparer et de confronter le discours des acteurs ou actrices entre eux mais aussi par rapport à leurs propres dires récolté hors ligne ou en ligne dans des endroits distribués. À un niveau plus avancé enfin, un chercheur autre que moi plus spécialisé en anthropologie linguistique par exemple, pourrait aussi se lancer dans un travail d'analyse du discours.

Internet n'a rien de virtuel en soi. Les ordinateurs qui le composent sont tous situés quelque part dans le monde même s'il n'est pas toujours aisé de les localiser au départ du réseau informatique et l'information qui s'y échange est tout aussi réel même si elle peut parfois décrire des choses virtuelles au même titre qu'un livre de science-fiction est imprimé sur du papier bien réel avec des lettres, des mots, des phrases et des images tout aussi réels.

Nous voyons donc apparaitre une première dichotomie au sein de l'espace numérique entre sa composante matérielle assurant un support de stockage et de partage électromagnétique et sa composante informationnelle composée d'information produites soit par les Internautes, soit par des ordinateurs, mais toujours, chose rassurante jusqu'à ce jour, selon la volonté des êtres humains.

Prendre conscience de cette dualité au sein du mouvement Wikimédia permet de comprendre l'interdépendance entre sa communauté de contributeurs producteurs d'informations et la fondation Wikimédia propriétaire de l'infrastructure informatique garantissant le stockage et le partage de celle-ci tout en assurant sa protection et la responsabilité de son stockage au niveau juridique.

D'un côté donc le travail des contributeurs serait impossible sans le support de la fondation, de l'autre, il serait impossible à la fondation de financer les salaires et l'infrastructure informatique sans les campagnes de récoltes de dons offerts en gratitude de l'information fournie par les contributeurs.

La complexité du monde ne réside pas dans les processus basiques relativement simples quand on les obtient par décomposition des processus plus globaux mais bien les combinaisons parfois extrêmes de ceux-ci. Cette complexité me semble étroitement liée aux capacités de l'esprit humain limité dans le traitement d'information et de processus de façon simultanée. La mémoire à court terme, sorte de mémoire vive du cerveau humain est en effet limitée et oblige ce dernier à appréhender les choses de manière simplifiée et structurées pour les rendre intelligibles. L'opposition, la bipolarisation, la catégorisation, la classification, la taxonomie, etc. sont autant d'artifices inventés pour faciliter la compréhension d'un monde que l'on ne peut appréhender en un tout, mais seulement parcelles par parcelles et souvent selon des représentations réduites et imaginaires.

Ces imaginaires vienne donc à la rescousse de la complexité ou à l'absence de réponse et ils peuvent être à mon sens plus ou moins féconds, ou plus ou moins néfastes. Croire en une hiérarchie statutaire et morale entre les êtres humains m'apparaît par exemple comme un imaginaire néfaste dont l'une des expressions les plus dramatiques dans l'historie de l'humanité fut certainement la foi en l'eugénisme et la croyance en une « race supérieure et des races inférieurs d'êtres humains » pouvant dans le pire des cas justifier des actes ou projets génocidaires. Imaginer par contre, comme le fait le mouvement Wikimédia, un monde dans lequel chaque être humain peut librement partager et contribuer à la somme de tous les savoirs[W 1][N 3], m'apparaît être un imaginaire fécond susceptible de mobiliser l'énergie humaine dans la construction d'un monde meilleur pour tous.

Imaginaire néfaste[5]

Rapport Big Corpo : Pour un encadrement de la pub dans le monde d’après – Résistance à l'Agression Publicitaire

C'est un héros des années 2010, car si l'internet a surtout empiré, il a continué à s'améliorer, nous rappelant que le web peut être une bonne chose, un endroit où nous avons un accès instantané à une information infinie, un véritable projet des biens communs à un moment politique où l'idée même du bien commun est attaquée.[W 2][N 4]

Le marché selon Karl Polanyi

le marché est un point fixe auto-extériorisé, une création institutionnelle imaginaire qui n’est pas sans poser un problème démocratique de par sa perception exogène. À partir de ce processus tendanciel de production endogène d’extériorité, l’enjeu d’une économie solidaire nous semble être de créer les conditions d’une réelle auto-organisation démocratique.[B 20]

Comme en témoigne par exemple le dictionnaire des Utopies[B 21], de nombreux hommes, plus rarement des femmes à moins que leurs pensées auraient été moins sujettes à diffusion, ont imaginer seul dans leur coin un monde meilleurs. Comme exemple contemporain je pourrais par exemple citer le projet Venus, Zeitgest, Moccica... Mais tous ces projets me semble problématique du fait qu'il apporte une solution clef sur porte au enjeux mondiaux, alors qu'il me semble tout à fait souhaitable que la solution émerge de manière collective et non pas en suivant un plan préétablit, mais bien en adoptant une nouvelle façon d'aborder le monde dans ce que j'aurai envie d'appeler un nouvelle art de vivre ou un nouvel imaginaire, basé sur des valeurs propices à l'entraide, au partage et à la diversité. Arjun Appadurai

Dans Modernity at Large, j'ai mis l'accent sur le rôle de l'imagination dans la vie sociale à l'ère de la mondialisation. En m'appuyant notamment sur une compréhension du fonctionnement global des médias, j'ai suggéré que l'imagination est désormais un élément essentiel de la vie collective, sociale et quotidienne et qu'elle est également une forme de travail. En d'autres termes, la vie sociale quotidienne des communautés du monde entier a créé de nouvelles ressources pour le travail de l'imagination à tous les niveaux de l'ordre social. S'exprimant le plus fortement dans les modèles de consommation, de style et de goût, l'imagination n'est plus une question de génie individuel, d'évasion de la vie ordinaire ou simplement une dimension de l'esthétique. C'est une faculté qui informe la vie quotidienne des gens ordinaires de multiples façons : c'est la faculté qui permet aux gens d'envisager la migration, de résister à la violence de l'État, de chercher des réparations sociales et de concevoir de nouvelles formes d'association et de collaboration civiques, souvent au-delà des frontières nationales. Cette dimension de ce que j'ai appelé "le travail de l'imagination" n'est pas entièrement séparée de l'imagination en tant que faculté créatrice, reflétée dans les questions de style, de mode, de désir et de recherche de la richesse. Mais elle est aussi un creuset pour le travail quotidien de survie et de reproduction. Prophéties autoréalisatrices est le lieu où se rencontrent les questions de richesse et de bien-être, de goût et de désir, de pouvoir et de résistance. Cette analyse du rôle de l'imaginaire comme fait populaire, social, collectif à l'ère de la mondialisation reconnaît son caractère partagé. D'une part, c'est dans et par l'imagination que les citoyens modernes sont disciplinés et contrôlés, par les États, les marchés et autres intérêts puissants. Mais c'est aussi la faculté par laquelle émergent des modèles collectifs de dissidence et de nouvelles conceptions de la vie collective.[B 22][N 5]

Je clôturerai donc cette première section en concluant à la manière de Rob Hopkins qui publia récemment un libre intitulé Et si... on libérait notre imagination pour créer le futur que nous voulons ? Dont les éditeurs reprendront la formulation en disant :

Et si… le pouvoir de changer le cours des choses en profondeur était entre nos mains ? Et si… en réalité, nous avions à disposition, sans en avoir vraiment conscience, un des outils les plus puissants qui existent ? Et si… en plus, on se mettait ensemble pour y arriver ? [B 23]

Une proposition que rejoindra les éditeurs de l'ouvrage Les Affranchis de l’an 2000 de Marie-Louise Duboin, qui poursuivrent la ritournelle en écrivant :

Et, si pour sortir de la crise, il fallait être capable d’innover au point de remettre en cause toutes nos habitudes économiques ? Si la survie de notre planète nous imposait une gestion commune mettant le profit au ban de la société  ? S’il fallait aller jusqu’à changer la nature de nos monnaies en même temps que nos systèmes de financement ? S’il fallait même abandonner le salariat ? C’est à cet effort d’imagination que l’auteur s’est attaqué, considérant que les illusions, les mirages sont aujourd’hui du côté de ceux qui n’osent pas voir la mutation qui s’impose. À qui ferait peur la société conviviale dont les contours économiques et sociaux sont esquissés dans cet essai écrit à la façon d’un roman ?[B 24]

Car bien sûr toute la question de l'avenir de notre humanité repose sur cette question : À qui le changement fait peur ? Et c'est une question qui fait date lorsque l'on sait qu'elle fut posée en 1996 à la sortie de l'ouvrage, il y a donc 25 ans déjà. Le temps d'une génération ...

De la nécessité d'une anthropologie prospective

Alors que l'expression « anthropologie prospective » serait apparue en 1888 dans un cours de George Vacher de Lapouge[B 25], son concept à proprement parler d'« anthropologie prospective » fut formulé par Gaston Berger[B 26] en 1955, lorsqu' « il trace les contours d'une méthode nouvelle [la prospective] qui réconcilie savoir et pouvoir, finalités et moyens, en donnant à l'homme politique la possibilité de transformer sa vision de l'avenir en actions, ses rêves en projets. » (Durance, 2008, p.13)[B 27]. Au sein d'une humanité encore inconsciente d'un réchauffement climatique naissant, Gaston Berger observait déjà en effet une dangereuse accélération :

« L'homme est devenu capable d'actes irréversibles (Berger, 1960a)[B 28]. Par ailleurs, cette accélération n'affecte pas tout, ni tout le monde, de la même façon ; des " décalages ", des tensions, apparaissent un peu partout, qui renforcent encore ce sentiment de transformation du monde[B 29]. » (Id.).

Définie par son auteur comme science de « l'homme à venir » [B 30],[B 31] l'anthropologie prospective a donc pour objet d'« élaborer de nouvelles formes d'études prospectives, qui auraient comme sujet les différentes situations dans lesquelles l'homme pourrait se trouver dans l'avenir […] Ces études devront s'attacher à dégager les structures profondes des phénomènes, puis faire jouer l'imagination pour esquisser les premiers schémas des situations à venir » (Id.). Dans l'esprit de Gaston Berger, « Cette " mission " devra être confiée à des spécialistes de divers horizons (psychologie, sociologie, économiste, pédagogue, ingénieurs, médecin, statisticien, démographe, etc.). » (Id.).

Dans le but de coordonner ces travaux interdisciplinaires, un « Centre International de la prospective » fut créé en mai 1957, trois ans avant le décès de Gaston Berger qui en était le premier président[B 32]. D'autre centres naîtront ensuite sous la même impulsion, tel que le Centre d'études prospectives (Association Gaston-Berger)[B 33] ou encore le centre d'anthropologie prospective de Rouen qui produira en 1973, une première et dernière publication[W 3] contenant les actes d'un premier colloque axé sur le thème « La psychanalyse d'aujourd'hui » [B 34] qui présente l'anthropologie prospective comme un « projet d'unification et de synthèse » (Clancier, 1974, p.15)[B 35]. Par la suite, Gaston Berger sera de moins en moins cité dans la littérature durant les vingt ans qui suivront son décès[W 4], mais le concept de « prospective » quant à lui poursuivra son chemin après avoir marqué les esprits et lancé une certaine mouvance intellectuelle qui se manifestera de manière concrète par exemple par la création du club de Rome rendu célèbre suite au rapport Meadows portant sur Les limites à la croissance (Meadows, 1972)[B 36], qui marquera le début des préoccupations au sujet d'une crise écologique et planétaire naissante qui fait débat toujours aujourd'hui et même plus que jamais.

Le concept d'anthropologie prospective quant à lui disparu de la littérature et on ne fit même plus l'objet d'une référence en 1979 dans un titre de la collection Que sais-je intitulé pourtant : « La prospective »[B 37]. Mais voici qu'en 2001, le concept réapparu soudain dans le titre de la revue Recherche Sociologique de l'Université Catholique de Louvain. Sous la direction de Mike Singleton [B 38], cette revue marquait en faite le lancement d'un laboratoire d'anthropologie prospective (LAAP) dont je suis actuellement membre actif et quelque part héritier du concept. Réinventée quarante-cinq ans plus tard et de façon « inédite » (ibid., p.3), comme le croyaient ses nouveaux fondateurs qui ignoraient les travaux de Gaston Berger tombés dans l'oubli, le concept d'anthropologie prospective fut donc soumis à une « réincarnation » (ibid., p.2), non pas de l'anthropologie de Gaston Berger, mais bien d'une anthropologie en tant que science dont « on prédisait sa mort imminente »[B 39].

Mais au contraire d'une interdisciplinarité telle que l'avait pensée Gaston Berger, le concept d'anthropologie prospective fut cette fois prétexte au lancement d'un lieu de transdisciplinarité (ibid., p.4). La stratégie du Laap repose en effet sur un rassemblement au sein de la discipline anthropologique, de personnes issues d'horizons scientifiques très différents (droit, agronomie, histoire, économie, communication, astrophysique, etc.) tout en basculant le fait anthropologique vers un « fait d'anthropologues » (ibid., p.3). De cette nouvelle stratégie découlait ainsi l'idée d'accorder plus d'importance aux travaux singuliers d'anthropologues préalablement formés dans divers disciplines dans le cadre de pratiques anthropologiques non plus enfermées dans un socle théorique monolithique mais plutôt dès lors reconnues comme sources d'une posture commune. Dans une autre formulation, Mike Singleton, acteur principale dans la création du laboratoire d'anthropologie prospective dirait à ce sujet qu' « on ne fait pas de l'anthropologie prospective pour satisfaire sa curiosité théorique […] mais pour activer l'énergie humaine » [B 40].

Tant pour le LAAP[B 41] que pour le centre de Gaston Berger[B 42], faire de l'anthropologie prospective est donc adopter cette posture très spécifique de anthropologue qui dans une coutume de réflexivité prend le soin d'inclure sa propre personnes au sein des ses analyses mais aussi par soucis d’honnêteté intellectuel n'hésitera pas à adopté une attitude engagée. C'est donc suite à la présentation du mouvement Wikimédia au départ de ma propre expérience, que je vais prendre à présent le soin de m'engager dans la déconstruction et la reconstruction d'un processus imaginaire dans le but de partager des convictions qui me sont propre sur ce que devrait être un chemin possible vers la réalisation d'un monde juste et sain.

Apadurai Après le colonialisme : les conséquences culturelles de la globalisation[B 43]

Liste des contributeurs du Think Tank | Think Tank prospective | Parlement européen

L'imaginaire Wikimédia

Dans le courant de mars 2010, ce fut carrément l’existence même du projet Wikiversité dont il fut question. Le projet anglophone avait effectivement vu apparaitre une page intitulée Ethical Breaching Experiments (Expériences de violation de l'éthique) dont le but était de tester le système de protection de Wikipédia contre le vandalisme et l'ajout de faux contenus. Cependant, dès qu'il en eu connaissance, Jimmy Wales supprima de façon autoritaire la page de ce projet pour ensuite bloquer l'auteur et destituer un administrateur de Wikiversité qui s'opposait à ses actes[W 5]. Dans un commentaire posté par la suite sur l'espace community review de Wikiversity, le cofondateur de Wikipédia s'exprima ensuite de la sorte :

« Je discute actuellement de la fermeture de Wikiversity avec le conseil d'administration. C'est un résultat peu probable, mais je le mentionne parce que je veux vraiment insister sur le fait que le champ d'application de Wikiversity doit être limité à une ressources éducatives libres. Je pense que mes actions ici soutiennent fortement la véritable communauté qui veut faire cela, en lui faisant comprendre qu'elle est très fortement favorable à la réalisation de cet objectif. Certains peuvent penser que Wikiversity devrait être un lieu d'expérimentation stupide et juvénile. Si les gens veulent discuter de ce genre de choses, il y a tout un Internet qui leur est ouvert - ils ne devraient pas détourner Wikiversity à ces fins. »[N 6][W 6]

Alors que le comportement de Jimmy Wales nourrit un appel à commentaire (RFC) demandant le retrait de sa fonction d'administrateur au sein des projets éditoriaux, il illustre en outre une certaine aversion au niveau de la fondation quant à l'idée de dispenser des cours et de délivrer des titres que qualification au sein du mouvement. Une posture regrettable me semble-t-il, puisque le concept d'« eLearning » apparu en 2004[B 44] et proposé dès 2005 au sein d'un Wiki aurait pu être une opportunité fantastique pour le mouvement. Et cela aurai par ailleurs été une action avant-gardiste puisqu'il fallu attendre 2013 pour que l'Europe s'y intéresse ouvertement à ce concept[W 7], et puis 2015 pour que les cours en ligne faits par des organisations sans but lucratif, réussissent enfin à dépasser au niveau du nombre d'étudiants, ceux organisés par des firmes commerciales[B 45].

Cette distinction entre sources primaires et secondaires fera de nouveau écho à mon expérience de terrain. à un autre principe bien connu au sein des projets Wikimédia. Sur l'encyclopédique Wikipédia au contraire du projet Wikiversité, les contributeurs sont invités autant que possible à mobiliser des sources secondaires voir tertiaires dans la rédaction des articles et le moins possible de sources primaires (Voir à ce titre la vidéo 1.1 ci-contre). Dans le cas contraire, un travail contenant trop de source primaire, risquerait d'être perçu comme un travail de recherche original dit « travail inédit » en jargon wikimédien et sera candidat soit à une suppression, soit à un transfère vers Wikiversité ou un autre projet Wikimédia plus adéquat. Pour exemple concret, les données issues d'un courrier postal ne sont pas acceptables sur Wikipédia, alors que ces mêmes données issues d'un article de presse le seront. https://fr.wiktionary.org/w/index.php?title=Discussion_utilisateur:Lyoko%C3%AF/archive7&oldid=29091172

[MATIÈRE À RÉFLEXION] Wikipédia, l’éléphant dans la pièce | Le Mag | Le Quotidien - Chicoutimi

Déclaration d'amour à une page Wikipédia liste des langues disparue[B 46]

Collection Pangloss | Pangloss | Accueil[W 8]

Référence à Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Julian Assange, Edward Snowden Chelsea Manning, Lanceur d'alerte

Approche holistique et décloisonnement

La première est que la somme de multiples études répondant séparément à des questions spécifiques et préétablies ne peut aboutir à la bonne compréhension d'un mouvement social dans son ensemble[N 7][W 9].

La seconde conviction est que l'étude d'un mouvement social dans son ensemble, ne pourra être que limitée, voire trompeuse, si l'on ne prend pas la peine d'aborder les choses en finesse et en détails au départ de différentes approches et points de vue.

Concernant cette dernière conviction Ken Wilber en apporte une description que je trouve des plus aboutie dans son ouvrage de vulgarisation intitulé Une brève histoire de tout[B 47].

Dans la préface de cet ouvrage Tony Schwartz affirme que Wilber reconnaît quatre « formes de la vérité »[B 48] complémentaires et indispensables pour atteindre ce que j'appellerai la « complétude étude » d'un objet d'étude.

Ces quatre approches se répartissent selon deux axes et dans chacun des axes deux catégories sont mises en opposition.

Un premier axe oppose l' « individuelle » au « collective », tandis que le second opposera l' « intérieure » à l' « extérieure ». Dans la catégorie intérieure, se retrouve la subjectivité, l'introspection, la réflexivité, l'herméneutique et autres approches de type qualitative, alors que la catégorie « extérieure », rassemble les approches objectives, distanciées, structurelles et autres de type quantitative.

Voici dans un tableau récapitulatif les quatre différentes formes de vérité que Ken Wilber nome « quadrants »[B 49].

Intérieure Extérieure
Approche intentionnelle Approche psychologique[N 8] Individuelle
Approche culturelle Approche sociale Collective


Les conceptions en matière de sécularisation de la science et de la société vont-elles ou non de pair ? Enquête réalisée en Belgique et au Maroc auprès d'élèves de terminale

Conception sécularisée ou non-sécularisée de la science chez des élèves de sept pays | Cairn.info

Wikimedia Saving Civilization - Wikiversity

Celle d'une complétude étude quadridimensionnelle (culturelle, sociale, psychique et intentionnelle) de tout objet scientifique ?

Ne jetons pas le Wiktionnaire avec l'oripeau du Web ! Études et réalisations fondées sur le dictionnaire collaboratif - HAL-SHS - Sciences de l'Homme et de la Société

La fabrique des imposteurs[B 50] Roland Gori - La Fabrique des Imposteurs -à partir de 34'

precariat - OECD

Société de termite de fourmis. Les sociétés fonctionnant sur des normes sont animal.

Prolétarisation de l'existence. Il n'y a plus de liberté, l'imagination, de créativité. La fin de l'artisanat

Les choses évoluent cependant évoluer avec la naissance au sein du projet Wikiversité anglophone d'un journal scientifique nomé Un projet de relocalisation du Wikijournal dans nouveau site Wikimédia séparé de Wikiversité a même été soumis au conseil d'administration de la fondation Wikimédia[W 10].

communauté[W 11], une réponse à ces questions serait à la fois prématurée et hors sujet dans le cadre de ce travail dédier à la sphère francophone du mouvement Wikimédia.

Sources à traiter

Imaginer le réencastrement de l'économie

L'histoire économique de Wikimédia abordé précédemment a permis de découvrir une certaine binarité au sein du mouvement? On y voit en effet d'un côté, une communauté bénévole désireuse de rester à l'écart du système marchand et monétaire et lutant contre toute forme de publicité au sein de projets qu'elle développe et de l'autre, une fondation et des organisations nationales ou locales impliquées dans la recherche de financements et l'engagement de personnels pour souten, De part et d'autre, apparait toute fois des économiques à part entière avec d'un côté la production de bien sous forme de resources pédagogiques en ligne ou hors ligne tel que Le Dico issu du Wiktionnaire ou d'autres support papier, DVD, mémoire flache, ou serveur locaux et de l'autre, la fondation et les associations nationale investie dans un flu monétaire rentrant sous forme de dons principalement et sortant sous forme d'inverstissement matériel, de salaires, et de subventions diverses.

Au départ de ce fonctionnement économique double, le mouvement Wikimédia apparait donc comme un acteur économique central dans la gestion des connaissances humaines sur l'espace web. Cependant et contrairement aux autres géants du Web au sein desquels se centralise le restant de l'économie du net, tel que les GAFAM, NATU, BATX, etc. , Wikimédia ne répond à aucun principe de base du capitalisme moderne. Son financement par des dons, la distribution libre et gratuite des biens et service produits, et le partage de ses moyens de production que constitue le logiciel MediWiki développé sous licences libres, maintient effectivement le mouvement Wikimédia à l'écart de toute recherche de profit basé sur la privatisation de moyens de production. Contrairement à son fondateur Jimmy Wales qui se revendique objectiviste[réf. nécessaire], le mouvement Wikimédia n'est donc pas un mouvement capitaliste au sens moderne du terme bien qu'il le soit au sens premier du terme[N 9] étant donné qu'il est en possetion d'un capital non négligeable regroupant plus de 191 millions dollars US de capitaux propres[W 12], un fonds de dotation de 62 millions de dollars en milieu d'année 2020[W 13], envirions 160 noms de domaines[W 14] et 16 noms de marques[W 15].

Au niveau du web

L'espace Web est actuellement dominé par ce que l'on appelle les géants du Web. Parmi ceux-ci figure du poles. L'un du coté américain, avec cinq firmes réunies sous l'acronyme GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) ayant toutes leur siège social en Californie dans la Silicone Valley, à l'exception de Microsoft et Amazon situées dans l'état de Washington, l'autre du côté chinois avec quatre firmes réunies sou l'acronyme BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaom). Parmi les firmes américaine, la plus connue est sans doute la plate-forme de réseau social Facebook. Celle-ci revendiquait en juin 2017 plus de deux milliards d'utilisateurs[B 52], soit plus d'un quart de la population mondiale. Son directeur général est son jeune fondateur de 34 ans devenu cinquième homme le plus riche au monde en moins de 15 ans.

Le succès de Facebook semble en partie lié au concept de technologie de rupture qui fut établi au départ d'une analyse pionnière menée par Clayton M. Christensen, dans son ouvrage intitulé The innovator's Dilemma[B 53]. Ce concept, aussi adopté par Google[B 54], propose l'innovation comme leitmotiv dans la lutte pour l'acquisition de parts de marché. À ce principe d'innovation s'ajouteront d'autres effets favorables tels qu'une communauté de départ valorisante issue du milieu universitaire, une couverture médiatique croissante et finalement un effet de réseau irréversible qui se produit lorsqu'une communauté d'utilisateurs dépassant de loin celle des autres communautés similaires et attire donc vers elle les membres des autres communautés pour des raison évidentes d'efficacité de rencontre[B 55].

Quant aux bénéfices financiers, il faut comprendre que ce que vendent les géants du Net est, d'une part, un droit à la publicité au sein de leurs site Web et, d'autre part, un accès à un ensemble de données fournies par leurs utilisateurs devenant, sans le savoir, les réels producteurs du travail numérique (digital labour) vendu par ces entreprises, les. Appelées « le nouvel or noir »[B 56], toutes les données et méta-données informatiques produites par les utilisateurs (identités, coordonnées, comportements sociaux, réseaux d'amitiés, etc) sont d'une très grande valeur étant donné qu'elle peuvent être directement traitées par des ordinateurs pour établir des analyses statistiques rapides – parfois en temps réel – au départ d'une quantité colossale de données que certain appelleront Big Data. Réalisées à l'aide d'algorithmes divers, ces analyses offrent des indications précises pour la mise en place d'un marketing particulièrement ciblé ou pour établir des stratégies de communication extrêmement efficaces et pouvant être paramétrées à une dimension planétaire. Il en résulte que ce marché est extrêmement prisé par les personnes et sociétés les plus riches de la planète, soucieuses de poursuivre efficacement leurs buts lucratifs ou d'accumulation de pouvoir politique.

Signature de la loi USA PATRIOT Act par le président George W. Bush.

Toutes situés au États-Unis, ces sociétés monopolistiques sont aussi soumises à des pressions politiques, juridiques voire financières en provenance de l'État ou d'organismes étatiques. Par exemple, la loi USA PATRIOT Act votée le 26 octobre 2011 à la suite des attentats du 11 septembre 2001, permet aux autorités américaines d'accéder aux données informatiques détenues par les particuliers et les entreprises, sans autorisation préalable et sans en informer les utilisateurs[B 57].

Au final, l'accaparement de l'espace Web par un nombre restreint d'acteurs commerciaux basés aux États-Unis posera donc les problème suivants :

  • un renforcement de l'influence des plus riches (personnes ou sociétés) sur le reste du monde ;
  • une concentration des capitaux et d'actions dans un seul état du monde ;
  • le renforcement d'une puissance étatique en matière de contrôle des activités humaines.

Aujourd'hui si l'on consulte les récentes statistiques d'octobre 2020, on y découvre que le systhème d'exploitation windows est présent à 36.27% sur le maché mondial des systèmes d'opération, devancé avec 38.51% par le système d'exploitation mobile Android[W 16] développé par Google sur base du noyau Linux, un autre logiciel libre dont le projet lancé en août 1991, venait complèter le système d'exploitation GNU.

On pourrait donc croire que le monopole Microsopht a pris fin. Cependant, si l'on regarde d'autres statistiques consacrée cette fois à la fréquentation du Web, il apparait qu'en août 2020 seulement 13.5% du trafic était assuré par des appareil mobile et que dès lors, 71.1% des ordinateurs de bureaux étaient équipées d'un des systèmes d'exploitation microsoft contre 10.3 % fourni par Apple et seulement 4.9% équipé en GNU-Linux[W 17]. Et il en résulte donc qu'au niveau des ordinateurs de bureau, la situation monopolistique de l'entreprise Microsoft semble bien perdurer.

Finalement donc, la question d'hypercentralisation liée au développement de l'informatique et des nouvelles technologies de communication peut aller au delà de l'intérêt que l'on porte aux GAFAM. Le projet d'encyclopédie libre en ligne Wikipédia par exemple, bien qu'il ne réponde pas à un but lucratif institué, se situe en cinquième place au niveau de la fréquentation du Web et bénéficiant de près de 70% du trafic en provenance des moteurs de recherche[W 18]. À ce titre, ce projet peut légitimement être repris parmi la liste des géants du Web qui ont réussi à établir un certain monopole sur le réseau. Bien sûr, au niveau des enjeux économiques et politiques, Wikipédia ne doit pas être comparé aux GAFAM. Gardons bien à l'esprit qu'il est issu d'un travail bénévole et que de ce projet ne découle aucune vente d'espace publicitaire ou de données produites par ses utilisateurs. Cependant, il n'en reste pas moins vrai que ce monopole est source de revenus financiers provenant d'un ensemble de dons s'élevant à un montant 100 000 000 de dollars américains lors de la dernière récolte 2017-2018[W 19]. Il est vrai aussi que cette somme d'argent est gérée au niveau d'un ensemble d'acteurs limités gravitant autour de la fondation Wikimédia et que cela peut poser question. Il est tout aussi vrai qu'au delà de l'aspect financier on peut dénoncer au sein de l'encyclopédie, bien qu'elle soit éditée de façon bénévole par un nombre d'acteurs important, une certaine centralisation culturelle liée aux origines ethniques de ses nombreux contributeurs et contributrices.

, auront progressivement envahis l'espace Web[B 58][B 59].

L'une des fins d'Internet[B 60]

Robert Cailliau : « Wikipédia n'est que la concrétistaion partielle de son idéal. « On serte tout le temps sur le même serveur, dans le même contexte. Il faudrait sortir de ce modèle et trouver le moyen de distribuer à travers tout Internet l'indexation des connaissances plutôt que de les centraliser. Mais ujourd'hui, rien de tout ça n'existe encore. » (Jardon, 2019)[B 61]

Près de 10 ans plus tard en 2011 dans une interview de Nathaniel Tkacz, Edgar Enyedy partage l'avis que «Wikipédia nous a conduit à un Internet d'information verbatim. Avant, il y avait beaucoup de sources différentes, mais aujourd'hui, l'information que vous obtenez est une copie carbone sur tout le net. Il n'y a pas assez de filtres. De nombreuses pages ne font que diffuser les textes de Wikipédia, y compris ses droits et ses torts, mais sans ses avertissements.»[W 20][N 10]

Au niveau des logiciels

Cyberattaque : comment un jeune Anglais est devenu un « héros accidentel » Faille dans Windows...

ransomware [B 62]

Piratage : incroyable attaque informatique mondiale - Capital.fr

Impôts : des milliers de comptes fiscaux piratés par des hackers - Capital.fr

Talk:Universal Code of Conduct — Meta

Talk:Annual Toolforge Survey - Wikitech

Wikimedia Forum — Meta

Drame du rachat de guiup par microsoft !

Le copyleft comme garant du réencastrement de l'économie

L'ultime avantage enfin lié à l'environnement numérique Wikimédia, c'est que tous ces échanges, au même titre que l'ensemble du contenu des projets éditoriaux, est librement exploitable dans une étude sans qu'aucune demande d'autorisation préalable ne soit nécessaire. La seule obligation sine qua non pour pouvoir profiter de cette liberté, sera de publier son travail aussi sous licence CC.BY.SA afin de respecter la condition de partage dans les mêmes conditions imposées par celle-ci[W 21]. Cette condition appelée aussi « copyleft » est de première importance, car elle garantit à elle seule que tout contenu libre reste libre après réutilisation.

Malheureusement, la plupart des études portant sur Wikipédia sont publiées au sein de revues ou d'ouvrages publiés sous copyright. Le cas le plus emblématique sans doute, sera celui de l'ouvrage :« Commons Knowlege An ethnography of Wikipedia »[B 63] qui comprend une quantité importante de citations en provenance de Wikipédia et qui pourtant fut publié sous copyright en 2015 par la maison d'édition Stanford University Press. Cette entorse à la licence creative commons est d'autant plus surprenante que Dariusz Jemielniak, auteur de cet ouvrage, sera élu membre du conseil d'administration de la fondation Wikimédia durant l'année de publication de son ouvrage[W 22] et sera même réélu par la suite en 2017[W 23]. Selon l'avis d'un utilisateur expérimenté du projet Wikimédia Commons, Jemielniak et la Stanford University Press, s'exposent cependant au risque de se voir un jour inquiétés par une plainte en provenance d'un ou de plusieurs utilisateurs lésés par cet abus[W 24].

Imaginer une première démocratie universelle et consensuelle

Toutes ces instances rassemblent des milliers de personnes de cultures et nationalités différentes, partageant chacune à leurs manières, la mission d'offrir au monde du contenu éducationnel libre et gratuit. Pour répondre à cette mission, les organisations affiliées au mouvement s'engagent tout d'abord à soutenir des millions d'éditeurs bénévoles œuvrant sur les projets éditoriaux, ensuite à chercher puis former de nouveaux contributeurs ou partenaires institutionnels, et enfin à défendre les valeurs du mouvement.

Dans un processus similaire se sera donc aussi l'observation d'un dualisme sociétal et organisationnel en ligne et hors ligne au sein du mouvement Wikimédia qui donneront réponse à ma question finale. Ce dualisme oppose en effet d'un côté, l'espace numérique Wikimédia composés de projets éditoriaux vierges de tout système économique et gérés de manière plus démocratique que ce qui peut être observé au sein des nations, de l'autre, les instances hors ligne du mouvement engluées dans un fonctionnement sociétal reposant sur l'argent et la hiérarchie statutaire.

basée d'une part, sur un système monétaire irrationnelle et une attribution du pouvoir à la propriété en tant que capital maintenu et développé au sein d'une économie immorale, et d'autre part, sur un système de gouvernance incohérent qui se dit démocratique bien qu'il repose sur un système électoral oligarchique et un fonctionnement arriviste.

Un Wiki pour l'Europe ? - AgoraVox le média citoyen

Pierre Clastres — Wikipédia

Tirage au sort, mandat unique, transparence publique, et une sphère privée intime

Référence au Rainbow Gathering

Bulle de filtres

DÉMOCRATIE ET NON-DÉMOCRATIE EN INDE (Article, 1985) [WorldCat.org]

Prendre des décisions par consensus ou consentement | Cairn.info

Wikipedia in the anti-SOPA protests as a case study of direct, deliberative democracy in cyberspace (Article, 2017) [WorldCat.org][B 64]

Adhocratic Governance in the Internet Age: A Case of Wikipedia (Article, 2010) [WorldCat.org][B 65]

Exploiter la notion de sous-politique[B 66]

Imaginer un monde juste et sain fait d'entraide de partage et de diversfiés

Figure 1.11 Activités développées par le WCDO[W 25]

My life as an autistic Wikipedian - Wikimedia Foundation

Qu'est-ce que Wikipédia ? Par Wikimédia - YouTube Christophe ex président fondation et David Crochet

Google and Wikimedia Foundation partner to increase knowledge equity online - Wikimedia Foundation

Expanding knowledge access with the Wikimedia Foundation projet tiger

Wikipedia Diversity Observatory


L'économique

Les langues

L’Unesco au secours de la diversité linguistique sur Internet - Culture Loisirs - News.fr

Utilisateurs mulitingues[B 67]

Archive ouverte HAL - Quelques aspects de la disparition du français dans la recherche scientifique

Recherche:Politiques linguistiques et idéal égalitaire — Wikiversité

Notes et références

[N]otes

  1. Texte original en anglais : If men define situations as real, they are real in their consequences »
  2. L'ouvrage fut traduit sous le titre Quand dire, c'est faire.
  3. Traduit par moi depuis : Imagine a world in which every single human being can freely share in the sum of all knowledge.
  4. Texte original avant traduction avec Deepl.com version gratuite : « It is a hero of the 2010s, because while the internet mostly got worse, it kept getting better, reminding us that the web can be a good thing, a place where we have instant access to endless information, a true project of the commons at a political moment when the very idea of the mutual good is under assault. »
  5. Texte original avant sa traduction parDeepL.com/Translator (version gratuite) : « In Modernity at Large I placed a special emphasis on the role of the imagination in social life in this era of globalization. Drawing particularly on an understanding of the global workings of media, I suggested that the imagination is now a critical part of collective, social, everyday life and is also a form of labor. That is, the everyday social life of communities throughout the world has created new resources for the workings of the imagination at all levels of the social order. Expressed most strongly in patterns of consumption, style and taste, the imagination is no longer a matter of individual genius, escapism from ordinary life or just a dimension of aesthetics. It is a faculty which informs the daily lives of ordinary people in myriad ways: it is the faculty which allows people to consider migration, to resist state violence, to seek social redress, and to design new forms of civic association and collaboration, often across national boundaries. This dimension of what I have called ‘the work of the imagination’ is not entirely divorced from the imagination as a creative faculty, reflected in matters of style, fashion, desire and striving for wealth. But it is also a crucible for the everyday work of survival and reproduction. It Prophecies autoréalisatrise is the place where matters of wealth and well-being, of taste and desire, of power and resistance come together. This analysis of the role of the imagination as a popular, social, collective fact in the era of globalization recognizes its split character. On the one hand, it is in and through the imagination that modern citizens are disciplined and controlled, by states, markets and other powerful interests. But it is also the faculty through which collective patterns of dissent and new designs for collective life emerge. »
  6. Texte original avant d'être traduit avec l'aide de www.DeepL.com/Translator (version gratuite) : « I am currently discussing the closure of Wikiversity with the board. That is an unlikely outcome, but I mention it because I really want to press the point that the scope of Wikiversity has to be restricted to genuine OER. I think that my actions here are strongly supportive of the genuine community who want to do that, making it clear to them that they have very strong support for making it happen. Some may feel that Wikiversity should be a place for silly and juvenile experimentation. If people want to discuss such things, there is an entire Internet open to them - they should not hijack Wikiversity for these purposes. »
  7. Cet énoncé axiomatique n'est évidemment pas une trouvaille, mais bien l'héritage historique de nombreuses réflexions et controverses méthodologiques et épistémologiques qui ne peuvent être abordées dans le cadre de cet avant-propos. Limitons-nous ici à nous remémorer cette célèbre citation d'Aristote selon laquelle : « la totalité est plus que la somme des parties ».
  8. Le terme original utilisé par Wilber est behavioral est traduit ici par le mot psychologique afin de ne pas induire le lecteur en erreur étant donné que le terme comportemental en français est fortement lié au courant béhaviorisme ou comportementalisme et donc à une approche bien spécifique en psychologie.
  9. Avant d'être repris par Louis Blanc, Pierre-Joseph Proudhon, Karl Marx et Friedrich Engels dans une acceptation plus moderne, le terme capitaliste désignait en effet toute entité possédant un capital.
  10. Texte original avant sa traduction via Deepl.com verion gratuite : « Wikipedia has led us to a verbatim information Internet. There used to be a lot of different sources, but nowadays, the info you get is carbon copy all over the net. There aren't enough filters. A lot of pages are just circulating Wikipedia texts, including its rights and wrongs, but without its disclaimers. »

[B]ibliographiques

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Quel enseignement tirer du mouvement Wikimédia ?

W21-1a.svg

Lionel Scheepmans (lui écrire) est en ce moment même en train de travailler en profondeur sur cette page ou section de page. Merci de ne pas modifier celle-ci afin de limiter les risques de conflit de versions jusqu’à disparition de cet avertissement .


Enlevez ce modèle dès que le travail est fini ; si le travail doit être continué, utilisez le modèle : {{Pas fini}}.

L'écoumène informatique

Mette en évidence les similitudes entre l'histoire de l'humanité et celle des écoumène numérique

Des chasseurs cueilleurs à la mondialisation d'un système marchand capitaliste

« naufrage des civilisations »[B 1]

Communs - propriété d'usage - propriété privée - propriété lucrative

linux-france.org/article/these/noosphere/homesteading-fr_monoblock.html

Comments on Homesteading the Noosphere

The Cathedral and the Bazaar partage - don - échange - marchandisation - capitalisme

Marc Abélès 2/5 : “Penser au-delà de l’Etat” Anthropologie de la Globalisation à l’UCL nov. 2015 on Vimeo

Subjectivation - Statut - contrat

Henry Sumner Maine H. Sumner Maine (trad. J.G. Courcelle-Seneuil), L'ancien droit considéré dans ses rapports avec l'histoire de la société primitive et avec les idées modernes [« Early law and custom »], A. Durand et Pedone Lauriel, 1861 (réimpr. 1874 pour la traduction en français) .

« l'unité de la société archaique la famille, celle de la société moderne est l'individu » « la grande innovation dans le monde moderne c'est la substitution de la relation contractuelle au lien statutaire qui prévalait dans les sociétés archaique. Le mouvement progressif des sociétés jusqu'à nos jour a été un mouvement du statut au contrat »

Mouvement théologique simple complexe,

Salins age de pierre age d'abondance

clastre

antioeudipe (sauvage barbare civilisé) système de contrainte totalitaire pourquoi les gens adhèrent ?

Despotisme asiatique état « appareil de capture » état originaire.

Fachisme est un état qui se crée dans la tête des gens. Société segmentaire spritchard Le passage du statut au contrat.

« socio-hiérarchique » d'un côté, « anarcho-grégaire » ou « anarcho-égalitaire » de l'autre Charles Macdonald

Servitude involontaire, volontaire ou inconsciente mais aussi volontariat serviable

Étant assimilée à la condition d'esclave, la servitude involontaire, n'est pas une chose à débattre en tant que telle au sein du mouvement Wikimédia. Mais avant de laisser cette idée de côté, rappelons toute fois que l'abolition de l'esclavage bien qu'il fut essentiel au niveau de la reconnaissance des droits civiques, n'aura pas abouti pour autant à l'abolition de la stigmatisation des personnes anciennement esclave, comme en témoigne par exemple l'attribution de nom de familles saugrenus, dégradants ou injurieux tel que « Passavoir - Crétinoir - trouabal » etc. répertorié par l'administration[B 2] ni l'abolition de leur exploitation. Comme l'explique remarquablement une vidéo humouristique[W 1] cette abolition ne fut dans bien des cas qu'un transfère de la condition d'esclave vers une nouvelle forme de servitude, non plus imposée par la violence corporelle et la mise à mort, mais bien par une violence structurelle fondée sur le contrat et la prison, dans ce que l'on pourrait concevoir comme un transfère des individus concernés depuis le marché des esclaves vers le marché de l'emploi qui dans les deux cas reste un marché du travail.


. En revanche, le concept de servitude volontaire débattu à maintes reprises au fils du temps et de la littérature apparait être une porte d'entrée très intéressantes pour débattre des enjeux que suscite les différents types d'activité au sein du mouvement.

j'ai décidé d'adhérer soit de mon plein gré soit par consentement. Car comme beaucoup de personnes, j'ai en effet accepté de signer tout une série de contrats qui me soumettent à des réglementations multiples produite par des organisations publiques ou privées. En essayant de ne pas en oublier, je pense ici par exemple à mes compagnies assurances privées et ma compagnie d'assurance sociale, à mes employeurs ou l'office national de l’emploi selon les époques avec le syndicat professionnel ou la caisse auxiliaire de paiement des allocations de chômage qui en découle, à mon Université où je suis à la fois souscripteur d'un contrat d'étudiant et d'un contrat de location et enfin des banques.

À tord ou à raison, je suis considéré comme geek au sein de mon laboratoire d'anthropologie et spécialiste, voir professionnel de Wikipédia comme le dira un jour Pierre-Joseph Laurent lors d'un séminaire qu'il coprésidait. Être reconnu comme professionnel me fit sourire intérieurement. Il n'y a pas de professionnel parmi les éditeurs des projets Wikimédia, nous sommes tous ici en principe tous bénévoles.


La rémunération d'un travail aux sein les projets éditoriaux wikimédia, qu'elles proviennent d'un tier ou d'une institution, est même plutôt mal vue par la communauté de contributeurs qui a choisi délibérément de nier toute rapport monétaire au sein des projets. Le mouvement Wikimédia illustre en ce sens une illustre une économie du don unique en son genre.

Le troisième type de digital labor repéré dans l’ouvrage a trait à ce que A. Casilli appelle le « travail en réseau » ou encore l’activité des « produsagers ». Pour le dire simplement, c’est ce que nous faisons tous lorsque nous participons à la production de contenus, à l’enrichissement de données ou à leur correction, via les médias sociaux (Instagram, Facebook, etc.) ou des sites spécialisés (de traduction, par exemple). Là encore, des contributions fragmentées, plus ou moins complexes, mais parfois fortement chronophages, sont mobilisées pour améliorer les performances des plateformes. Mais cette fois, le lien avec un « travail » paraît plus ténu puisque nombre de produsagers se satisferont de gratifications symboliques, réputationnelles, peut-être même simplement narcissiques. On retrouve ici le débat déjà ancien sur la compréhension de ce que l’on a pu désigner comme un « travail gratuit ». A. Casilli nous y replonge pour se prononcer sur les approches antithétiques en termes de « travail » ou de « loisir », « travailliste » ou « hédoniste » selon sa terminologie, et pour nous rappeler que des stratégies commerciales de la part des géants du Net sont à l’œuvre qui vont rendre indistinctes les contributions bénévoles des contributions commandées et rémunérées.[B 3]

Involuntary servitude De la servitude involontaire au salariat : la subjectivité au travail contre l'esclavagisme | Cairn.info

Classiquement, le salariat peut se définir comme un échange contractuel marchand entre une personne, le salarié qui met à disposition sa force du travail, à une autre personne, l’employeur, en contrepartie d’une rémunération sous forme d’un salaire. Le rapport est inégal car, comme le souligne M. Weber, il faut qu’une « classe de non-possédants » soit « dans l’obligation de vendre sa capacité de travail », c’est-à-dire que cette classe ne peut vivre sans travailler (éd. 1991, p. 196.) Cette situation d’inégalité fait du capitalisme un « système absurde » qui exige une certaine part d’assujettissement volontaire pour beaucoup d’entre nous contemporains.

[...]

Le paradoxe pourrait s’exprimer ainsi : un salarié s’engagerait librement à soumettre sa volonté à celle d’un autre (l’employeur) en contrepartie du paiement d’une rémunération. Cette création juridique paradoxale ne peut pour autant se comprendre sans en référer à une situation de fait d’inégalité. C’est la contrainte de la nécessité de la survie, l’absence de moyens propres pour survenir à ses besoins, qui poussent à vendre sa force de travail. Même Max Weber avait conscience des limites de la liberté de travailler. Il soulignait ironiquement que, dans le capitalisme moderne, les travailleurs « s’offrent de leur plein gré » – du moins formellement – car, ils le font, « en fait, contraints par l’aiguillon de la faim » (Weber, éd. 1991, p. 298).[B 4]

Une autre dimension primordiale dans les relations collectives de travail est celle de la reconnaissance. S’investir dans une activité de travail implique beaucoup de compromis et d’efforts, et la rétribution matérielle ne peut constituer à elle seule la raison principale au fait de travailler. Le jugement des pairs sur notre travail est aussi sinon plus important, car il donne du sens à notre activité de travail. Il permet l’expression d’un sentiment d’appartenance à un collectif. Ce qui est reconnu dans le travail d’autrui c’est sa valeur au sens large, c’est?à-dire ce qui importe à la personne. La psychodynamique du travail distingue alors deux types de jugement qui contribuent à la reconnaissance du travail. Tout d’abord, le jugement d’utilité porte sur la contribution du travailleur sur le plan social, économique et technique. Il est le plus souvent le fait des autorités hiérarchiques. Ensuite, vient le jugement de beauté qui émane des pairs, « c’est un beau béton », « c’est un beau tableau électrique », « c’est une belle soudure », etc. La reconnaissance porte ainsi sur le travail accompli et non sur la personne en elle-même. Elle est primordiale dans le travail car elle « peut transformer la souffrance en plaisir ».[B 4]

De la servitude involontaire au salariat : la subjectivité au travail contre l'esclavagisme | Cairn.info

Tristan Harris:« Des millions d’heures sont juste volées à la vie des gens »

Travail numérique

Quand les travailleurs du clic refusent l'exploitation - Invisibles #4 - YouTube

Interview pour l’Institut Français (14 mai 2019) | Antonio A. Casilli

Humans as a service : the promise and perils of work in the gig economy[W 2]

Invisibles (série documentaire)

Antonio A. Casilli "En attendant les robots, enquête sur le travail du clic" @ musée Arts et Métiers - YouTube

Antonio A. Casilli, En attendant les robots, Enquête sur le travail du clic, Paris, Éditions du Seuil, Coll. La couleur des idées, 2019, 394 p.

En attendant les robots : enquête sur le travail du clic[B 5]

Unconsciousness by Design: Addictive Technologies and the Escape from Freedom - OCAD University Open Research Repository

Comment la conception centrée sur l'humain conduit-elle à la dépendance ? Ce projet de recherche normative explore la manière dont les concepteurs de technologies sont complices de la coproduction du comportement addictif des utilisateurs, en déplaçant inconsciemment la charge de la responsabilité en s'en remettant à la désirabilité de "ce que les gens veulent". Ces concepteurs inconscients sont eux-mêmes idéologiquement "accros" aux promesses de la solution technologique, créant des solutions de surface qui renforcent un statu quo qui banalise les utilisateurs de la technologie pour le profit. En mettant en avant l'intolérance technocratique à l'égard de l'incertitude et la nécessité d'une responsabilité existentielle, cette recherche propose que les concepteurs adoptent consciemment une position éthique dans leur pratique afin de créer des technologies autonomisantes et respectueuses de la condition humaine.[N 1]

« Sur Internet, nous travaillons tous, et la pénibilité de ce travail est invisible »

Antonio Casilli

« Welcome, new slaves! » (Jemielniak, 2014, p.46)

Motivation, occuper son temps, une ligne sur le cv, valorisation sociabilisation...

Daniel Dumont:comment atteindre le revenu de base en renforçant la sécurité socialeEdwine doctorat sur perception du volontariat, consulter sa thèse

Bénévalibre:libérez vos bénévoles de la #StartupNation – Framablog

  • présenter en pensant à cette conviction que j'aurai formulée un jour sur Wikipédia et qui fut reprise dans le journal Regard sur l'actualité de la Wikimedia le selon laquelle :

    Avec un peu de recul par rapport à ce système de production/consommation, on se rend compte rapidement que, quel que soit son investissement, on sera toujours gagnant puisqu'il est très improbable sur une expérience à long terme, que la quantité d'information que l'on produit sur l'encyclopédie durant ses contributions dépasse la quantité d'informations récoltées durant sa consultation.[W 3]

Idées

L'expérience Wikipédia nous oblige à reprendre le débat sur le don au sein des sciences sociales et plus particulièrement au sujet de qu'il est convenu d'appeler le « don pur » selon la formule de Malinowski ou « don aux inconnus » selon la formule de Godbout.

Une chute dans la croissance de nouveaux contributeurs s'est clairement manifestée en 2007. Elle s'explique par plusieurs hypothèses :

  • l'établissement de règle par une communauté de départ qui repousse les nouveaux arrivants.
  • la difficulté de contribuer en raison d'article de plus en plus complets et exhaustif.
  • la migration de l'utilisateur Internet de l'ordinateur vers le smart-phone.

Il existe une quatrième piste qui n'est pas encore exploitée :

  • le démarrage de campagne de récolte de dons:la gratitude des utilisateurs de l'encyclopédie (contre don) anciennement présente au travers de la participation à l'édition est remplacée par le don d'argent plus propice au développement de la fondation qu'au développement de l'encyclopédie.

Source à traiter

Ressources

De l'importance du copyleft dans le domaine de la servitude

Amazon se décide à faire un don à l'encyclopédie Wikipédia, qui lui est très utile

Wikipédia a demandé à Amazon de faire un geste et il a fait un don d'1 M$

Amazon offre 1 million $ à Wikipédia pour la bonne conscience d'Alexa

Apple et Amazon exploitent Wikipédia sans contribuer aux dons regrette Wikimedia Fondation

Recherche:L’émergence des banques de données posomégaliques: enjeux, et prospections pour le mouvement de la culture libre/Les licences conçues spécifiquement en réponse aux enjeux posomégaliques

Polémique apparue dans le monde des hackers et du mouvement du logiciel libre ayant opposé les partisans du concept de logiciel libre à ceux du concept de logiciel open source.

D'un côté, il y avait les adepte de Richard Stalleman, le créateur de la première licence libre à laquelle succédera tant d'autres popularisées aujourd'hui par l'association creative commons (voir schéma illustratif ci-contre), fervent défenseur du copyleft[N 2] et des quatre libertés fondamentales[W 4][N 3] que se dernier protège. De l'autre côté, se situait les partisans d'Éric Raymond auteur de La Cathédrale et le Bazar[B 19] qui mobilisera et popularisera le terme open source dans le but de mettre de côté les enjeux éthiques et politiques liés aux licences libres afin de se concentrer principalement sur l'accès en lecture au code source des logiciels informatiques. A l'issue de ce conflit idéologique, naîtra finalement l'expression anglaise inclusive de « Free/Libre Open Source Software » abrégé FLOSS reprise comme tel en langue française.

Le copyleft, c'est la garantie qu'un travail produit au bénéfice de la communauté ne soit pas récupéré par un acteurs pour en faire un produit dérivé non libre et non ouvert dans le but par exemple d'en assurer le monopole d'une utilisation commerciale. Au sein des licence libre le copyleft se manifeste au niveau de la condition « share alike » (CC.SA) traduite en français par « partage dans les même conditions ». Concrètement, cette condition s'exprime en ces termes :

Dans le cas où vous effectuez un remix, que vous transformez, ou créez à partir du matériel composant l’œuvre originale, vous devez diffuser l’œuvre modifiée dans les même conditions, c'est à dire avec la même licence avec laquelle l'Oeuvre originale a été diffusée.[B 20]

Dans le cadre d'un travail volontaire au service de la communauté, cette condition apparaît donc comme un élément crucial. Elle permettra par exemple dans le cadre du mouvement Wikimédia d'assurer que les services rendus à la communauté soient porteurs de nouveaux services librement accessibles à cette même communauté. Prenons un exemple :

Si la communauté Wikimédienne produit du contenu informationnel sous condition share alike, la description d'une photographie par exemple, aucune entreprise par la suite ne pourra au départ de ce travail bénévole produire un moteur de recherche d'image sous copyright fonctionnant grâce à un code informatique non ouvert et dans le but de répondre à aux intérêts propres et limités d'investisseurs financiers. Ce cas de figure me semble tout à fait possible à partir du moment ou la condition share alike disparait dans le cas de l'adoption par exemple d'un licence moins restrictive tel que la CC.0 qui s'apparente au domaine public.

Vers une nouvelle philosophie sociale ?

Pour conclure cette monographie, quoi de mieux finalement que de repartir des conclusions de la dernière ethnographie en date pourtant sur le même sujet et dont je repends ci-dessous le dernier paragraphe :

L'utilisateur Raul654 a créé une collection de "Lois de Wikipédia", dans laquelle il rassemble à la fois ses propres morceaux de sagesse et ceux apportés par d'autres (voir User:Raul654/Raul's_laws). Le 21 mars 2006, il a ajouté "la loi zéro éth de Wikipédia", d'attribution inconnue. Il s'agit d'un bon résumé de cette communauté en constante évolution, étonnamment différente et étonnamment efficace, qui conclut ce livre : "Le problème de Wikipédia est qu'elle ne fonctionne qu'en pratique. En théorie, ça ne peut jamais fonctionner".[B 21][N 4]

Il est claire en effet, que ni le projet Wikipédia, ni le mouvement Wikimédia ne peut fonctionner en théorie et pour une simple raison finalement, c'est que ni l'un ni l'autre n'auront jamais été théorisé d'une manière globale mais toujours de manière parcellaire et sur base d'une myriades d'études portant toujours sur un aspect thématique du sujet et jamais en se basant sur une approche holistique. Je repart donc ici de ce constat pour tenter de formuler ici ce que le mouvement Wikimédia semble nous dire d'un point de vue théorique et sur base précisément de la synthèse de ce qui a déjà été dit et surtout conceptualisé au travers de ce travail de recherche holistique. Car une chose m'apparait très clairement déjà, c'est que le mouvement Wikimédia ne s'intègre pas dans une théorie déjà existante, il en appel la construction d'une nouvelle.

Trilogie pour un monde juste et sain[B 22] dans je me questionne sur les conditions d'émancipation des êtres humains au travers cette fois d'un travail personnel.

Recherche:Les réfugiés face à la pensée libérale et son principe de propriété — Wikiversité

Médiation — Wikipédia

Médiation culturelle — Wikipédia

Anti-wiki/fr - Meta

Wikipédia:Le Bistro/21 août 2011 — Wikipédia

kropotkine - loup et l'agneau

Bullshit jobs

Se positionner aujourd'hui

Heureusement pour moi, j'ai pris le temps, et il m'en fallut beaucoup, de savoir à quel type d'entreprise et à quels types de produits numériques je pouvais faire confiance en ayant dans le meilleurs des cas un droit de regard sur leur fonctionnement. C'est le cas des logiciels libres que j’utilise en tant que libriste et dont le code informatique est accessible pour ceux qui savent le lire. C'est ensuite le cas dans le cadre suite à mon adhésion à la coopérative NewB[W 5] qui me permet chaque année de participer à une assemblée général pour m'informer de ce qui s'y passe. Au niveau numérique, c'est alors vers la coopérative Nubo que je me suis tourné pour bénéficier d'un hébergement de boîte aux lettres électronique[W 6] par un organisme soumis à la juridiction de mon pays tout en répondant à mes critères d'exigences de transparence et de proximité. Grâce à mon statut de coopérateur, j'aurai de nouveau connaissance de ce qui s'y passe et je fus même autorisé à participer à la rédaction des CGU pour lesquelles j'aurai finalement proposé un protocole d'amendement démocratique ouvert à l'ensemble des coopérateurs.

Mais alors que le monde semble changer lentement vers une réappropriation du citoyens de ses conditions d'existence, il faut encore et malheureusement à de nombreux moments faire face à de nombreuses impasses. Pour exemple, dans l'université dans laquelle je réalise ce présent travail de recherche ne me laisse d'autre choix que d'utiliser les services de l'entreprise Microsoft dès le moment où je veux profiter d'une adresse courriel institutionnelle ou d'une rencontre en ligne organisée durant les récentes périodes de confinement au sein de mon laboratoire d'anthropologie. Il apparait donc clairement à présent que la complexité toute relative du mouvement Wikimédia que je pense avoir fait le tour en dix ans d'observation n'est rien à côté de la complexité du reste du monde qui m'entoure et dont il me semble impossible de faire le tour le temps de mon existence sur terre.

Je crois que le temps est venu pour que les êtres humains reprenne en main leurs conditions d'existence. Non pas par un retour en arrière, mais bien par un bon en avant qui ne sera ni technique, ni idéologique, ni même spirituel cette foi, mais bien mental. Et cette progression me semble faire appel à un nouvel art de vivre qui consistera a gérer son imagination de manière autonome de tel sorte à concevoir l'avenir de manière sereine et sans risque de régression ou de perpétuation de la guerre, de l'économique marchande et monétaire, d'idéologiques séparatrices et compétitives. Un nouvel art de vivre digne de ce que toute la sphère du vivant peut produire de mieux et que je conceptualise au travers de la paix, d'entraide, d'inclusion et la production de la richesse au sein de la différence et non au sein de l'accumulation.

Mocica Un monde sans argent est-ce possible ? - YouTube

Notes et références


[N]otes

  1. How does human-centred design lead to addiction? This normative research project explores how designers of technology are complicit in the co-production of addictive user behaviour, unconsciously shifting the burden of responsibility by deferring to the desirability of “what people want.” These unconscious designers are themselves ideologically “addicted” to the promises of the technological fix, creating surface solutions that reinforce a status quo that commoditizes users of technology for profit. By foregrounding the technocratic intolerance of uncertainty and the need for existential responsibility, this research proposes how designers must consciously take an ethical stance to their practice in order to manifest empowering technologies that are respectful of the human condition.
  2. Le copyleft est un jeux de mot anglophone illustrant l'une des clauses des licences libre destinée à protéger un travail d'une réappropriation placée sous copyright. Plus précisément, cette clause interdit de placer un travail issu de la transformation d'un travail préexistant placé sous copyleft, sous une autre licence que le travail préexistant. La question du copyleft sera abordée plus en profondeur sous le titre:« Servitude volontaire ou volontariat serviable ? »
  3. Ces quatre libertés sont:« la liberté de faire fonctionner le programme comme vous voulez, pour n'importe quel usage (liberté 0) ; la liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier pour qu'il effectue vos tâches informatiques comme vous le souhaitez (liberté 1) ; l'accès au code source est une condition nécessaire ; la liberté de redistribuer des copies, donc d'aider les autres (liberté 2) ; la liberté de distribuer aux autres des copies de vos versions modifiées (liberté 3) ; en faisant cela, vous donnez à toute la communauté une possibilité de profiter de vos changements ; l'accès au code source est une condition nécessaire. »
  4. Texte original avant traduction par deepl.com version gratuite : «  User Raul654 created a collection of “Laws of Wikipedia,” in which he gathers both his own morsels of wisdom and those contributed by others (see User:Raul654/Raul’s_laws). On March 21, 2006, he added “the zeroeth law of Wikipedia,” of unknown attribution. It is a good summary of this ever-evolving, amazingly different, and surprisingly effective community and concludes this book: “The problem with Wikipedia is that it only works in practice. In theory, it can never work.” »

[B]ibliographiques

  1. Amin Maalouf, Le naufrage des civilisations, 2020 (ISBN 978-2-253-82048-2) (OCLC 1232225928) [lire en ligne] 
  2. Philippe Chanson, La blessure du nom, Academia, 2012 (OCLC 1244392657) [lire en ligne] 
  3. Michel Messu, « Antonio A. Casilli, En attendant les robots, Enquête sur le travail du clic, Paris, Éditions du Seuil, Coll. La couleur des idées, 2019, 394 p. », interventionseconomiques, 2020 [texte intégral]
  4. 4,0 et 4,1 Nicolas Chaignot, « De la servitude involontaire au salariat: la subjectivité au travail contre l'esclavagisme », La servitude volontaire aujourd’hui, 2012, p. 135 [texte intégral]
  5. Antonio A Casilli, En attendant les robots: enquête sur le travail du clic, Edition du Seuil, 2019 (ISBN 978-2-02-140188-2) (OCLC 1099711689) [lire en ligne] 
  6. (en) Clare Talwalker, « What Kind of Global Citizen is the Student Volunteer? », Journal of Global Citizenship & Equity Education, vol. 2, no  2, 2012-10-02, p. 21–40 (ISSN 1927-2669) [texte intégral (page consultée le 2019-01-02)]
  7. Étienne de La Boétie, De la Servitude volontaire, Ou le Contr'un, Nourse (Jean), 2012 
  8. « LA BOÉTIE, Étienne (de) – Discours de la servitude volontaire | Litterature audio.com », sur www.litteratureaudio.com (consulté le 2 janvier 2019)
  9. Edmond Lablénie, L'Enigme de la "servitude volontaire", Champion, 1930 [lire en ligne] 
  10. Alain Testart, La servitude volontaire, Errance, 2004 (ISBN 9782877722742 et 9782877722773) [lire en ligne] 
  11. Jean-Pierre Durand et Marie-Christine Le Floch, La question du consentement au travail: de la servitude volontaire à l'implication contrainte, Harmattan, 2006 (ISBN 9782747599276) [lire en ligne] 
  12. Jean-François Brient, De la servitude moderne, Les éditions de l' épervier, 2016 (ISBN 9782361940287) [lire en ligne] 
  13. « De la servitude moderne », sur AgoraVox, (consulté le 2 janvier 2019)
  14. Nicolas Chaignot, La servitude volontaire aujourd'hui: esclavages et modernité, 2012 (ISBN 9782130642664) [lire en ligne] 
  15. Jean-Pierre Durand, La chaîne invisible: travailler aujourd'hui, flux tendu et servitude volontaire, Éd. du Seuil, 2012 (ISBN 9782021092165) [lire en ligne] 
  16. Bernard Traimond, Penser "la servitude volontaire": une anthropologie de notre présent, Gérard Althabe, Bord de l'eau, 2012 (ISBN 9782356871558) [lire en ligne] 
  17. André Bernard, Du refus de la servitude volontaire, Atelier de création libertaire, 2015 (ISBN 9782351040829) [lire en ligne] 
  18. Philippe Vion-Dury, La nouvelle servitude volontaire: enquête sur le projet politique de la Silicon Valley, 2016 (ISBN 9782364051454) [lire en ligne] 
  19. Eric Steven Raymond, The cathedral and the bazaar, Snowball Publishing, 2009 (ISBN 9781607962281) (OCLC 756489890) [lire en ligne] 
  20. « Creative Commons — Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 2.5 Générique — CC BY-SA 2.5 », sur creativecommons.org (consulté le 5 juin 2019)
  21. Dariusz Jemielniak, Common Knowledge?: An Ethnography of Wikipedia, Standord Universitiy Press, 2020 (ISBN 978-0-8047-9120-5) (OCLC 1178768819) [lire en ligne], p. 192 
  22. Lionel Scheepmans, « Recherche: Trilogie pour un monde juste et sain – Wikiversité », Wikiversité (consulté le 15 août 2020)

[V]idéographiques

[W]ebographiques

  1. « UNE MINUTE AVANT l abolition de l esclavage » (consulté le 9 juin 2021)
  2. Jeremias Prassl, Humans as a service: the promise and perils of work in the gig economy, Oxford University Press, 2019 (ISBN 978-0-19-879701-2 et 978-0-19-879702-9) (OCLC 1146274915) [lire en ligne] 
  3. Wikipédia, « Wikipédia:RAW/2015-01-17 » (consulté le 1er octobre 2015)
  4. « Qu'est-ce que le logiciel libre ? - Projet GNU - Free Software Foundation », sur web.archive.org, (consulté le 14 novembre 2019)
  5. NewB, « NewB, notre banque coopérative, belge, éthique et durable » (consulté le 13 mai 2021)
  6. Coopérative Nubo, « Nubo » (consulté le 25 février 2021)

Les projet Wikimédia comme source d'inspiration épistémique

Avant de s'attarder sur les questions méthodologies liée cette étude et aux réflexions qu'elle suscitent par rapports au pratiques scientifiques, il m'est apparu utile d'aider le lecteur non averti à mieux cerner la portée et les enjeux d'une recherche socio-anthropologique. Alain Testart disait en effet que : « La méthode, en tant que moyen, ne peut être que subordonnée à une finalité : l'étude d'un objet scientifique. L'objet justifie la méthode. C'est donc par lui qu'il faut commencer lorsque nous nous demandons : comment définir l'anthropologie sociale »[B 1]. Dans cette perspective et contrairement à d'autres sciences, une recherche socio-anthropologique ne repose donc pas sur un cahier des charges préétablit qu'il faudrait respecter à la lettre. À ce propos Jean-Paul Colleyn écrivait d'ailleurs « il y a aujourd'hui autant d'anthropologies qu'il y a d'objets d'études (anthropologie de l'art, de la musique, de la religion, de la santé ou de la perception) […] »[B 2].

Michael Singleton, pour sa part nous dit que « l'anthropologie ça n'existe pas, […] ce qui existe réellement, ce sont des anthropologues »[B 3]. Si l'on ajoute à cela l'idée de Vincent Mirza selon laquelle « le premier terrain d'une ethnologie de la mondialisation commence dans les universités et les centres de recherche »[B 4], on réalise alors à quel point la personnalité de l'anthropologue, son cadre institutionnel et la nature de son terrain d'étude représentent trois facteurs déterminants dans le choix des méthodes et pratiques de recherche.

Ce présent travail de recherche est en ce sens un bel exemple de ce type d'influence puisque son sujet d'étude, le mouvement Wikimédia, aura largement inspiré ma méthodologie de travail et même donné l'occasion de faire émerger de nouvelles pratiques scientifiques. De cette expérience quelque peu particulière d'écrire le compte rendu d'un travail de recherche au sein même de son terrain de recherche, m'est alors venu l'idée de construire une plaidoirie en faveur d'un changement, ou pour le moins d'un élargissement, des méthodes et pratiques appliqués en anthropologie, en socio-anthropologie, en sciences sociales voir même en science de manière général dès lors qu'il s'agit de publier le résultat de ses recherches.

Il faut savoir en effet que durant la réalisation de cette thèse de doctorat, j'ai été confronté à deux communautés épistémiques[B 5] engagées chacune dans une mission de partage des connaissances humaines, mais cependant diamétralement opposées quant à leurs valeurs et philosophie d'action. D'un côté, au niveau de la communauté Wikimédia, j'ai découvert un mouvement social collaboratif, très inclusif, profondément égalitaire, libre d'accès et de toute forme de relation marchande et épargné jusqu'à ce jour de tout contenu publicitaire, alors que de l'autre, dans le milieu universitaire, s'est présenté à moi un milieu compétitif, élitiste par excellence, dont l'accès nécessite souvent de sérieuses capacités financières[B 6] et qui se voit tristement reconnu comme lieu de marchandisation du savoir[B 7][V 1].

Une étude holistique, non exhaustive, mais sans fin

Au sein de l'espace numérique du mouvement Wikimédia, il est possible de rassembler une somme colossale d'informations en quelques clics, alors qu'a contrario et au niveau de la sphère hors ligne du mouvement, l'information se voit extrêmement dispersée géographiquement et donc difficilement accessible dans sa globalité. Dans un tel contexte et dans le cadre de cette recherche solitaire doctorale, il me fut donc impossible d'établir une présentation exhaustive du mouvement sans ses moindres détails. Cependant, pour rester fidèle à un premier désir d'approche holistique, m'est alors apparue comme alternative, l'idée de produire une image réduite et synthétique du mouvement tout en m'efforçant autant que possible de la garder fidèle et représentative. Un tel défi dut faire face à des limites de temps au niveau de la recherche[N 1], de budget concernant les déplacements[N 2] et de capacités linguistiques dans le cadre des interactions humaines[N 3]. Toutes ces contraintes représentent donc autant de raisons pour lesquelles, l'étude de la sphère francophone du mouvement fut privilégiée, mais sans omettre pour autant toutes l'activité internationale du mouvement indispensable à sa perception globale.

Dessin de L.L. de Mars pour Framasoft: un toit sans mur observé par deux pingouins
Fig. 1.2. Dessin de L.L. de Mars pour Framasoft (source: https://w.wiki/$eq)

Au niveau des projets en ligne et pour les mêmes raisons qui viennent d'être citées, trois d'entre eux auront fait l'objet d'une observation et d'une participation plus assidue. Le premier est la version francophone du projet Wikipédia bien connue en tant que projet fondateur du mouvement. Le deuxième est le site francophone du projet Wikiversité, dernier-né des projets soutenus par la fondation Wikimédia et d'une grande importance dans l'écosystème Wikimédia, puisqu'il se dédie au partage de contenus pédagogiques mais aussi à la publication de travaux de recherche. Le troisième et dernier est le projet Méta-Wiki, qui représente l'espace numérique de coordination et de gouvernance du mouvement. Dans une moindre mesure enfin, le site Wikimédia Commons constitua aussi un de mes lieux d'activités puisqu'il est l'endroit central et désigné pour télécharger des fichiers (photos, vidéo, etc.) avant de les utiliser sur les autres projets Wikimédia[N 4].

En plus des limites de temps, de finances et de capacités linguistiques, j'aurai aussi été confronté à des restrictions d'accès au niveau de certaines sphères du mouvement. Dans l'espace numérique, le rejet de ma candidature aux élections du statut d'administrateur sur le site Meta-Wiki[W 1] et par la suite sur l'ensemble des projets Wikimédia[W 2] ne me permit pas par exemple, d'expérimenter ces différentes fonctions. Par contre, j'aurai été administrateur du projet Wikiversité francophone dès le mois d'octobre 2015[W 3] avec un renouvellement de mon statut d'administrateur d'interface en novembre 2019[W 4]. Dans la version anglophone de ce projet, ma candidature aura aussi été retenue au sein du comité d'édition du WikiJournal of Humanities en juin 2019[W 5]. Toujours au niveau des activités en ligne, j'aurai enfin participé à la première édition du Wikimedia & Education Greenhouse Project[W 6], un programme pilote destiné à former les membres des communautés locales à lancer de nouveaux projets éducatifs avec le soutien du mouvement.

Au niveau de l'espace hors ligne cette fois, le rejet de ma candidature au conseil d'administration de Wikimédia France[W 7] ne m'aura pas permis de découvrir cette association aussi bien que l'association belge dont je fus l'un des membres fondateurs[W 8] et membre du conseil d'administration de janvier 2017[W 9] à août 2020[W 10]. Bien que j'aie pourtant fait preuve de beaucoup d'insistance, il ne m'aura pas non plus été possible de participer à l'une des Wikimedia Conference organisées chaque année à Berlin et dont celle de 2020 fut annulée suite à la pandémie de Covid-19[W 11]. En raison d'une demande trop tardive, je n'aurai malheureusement pas non plus réussi à rejoindre l'un des groupes de travail formé dans le cadre de l'élaboration de la stratégie du mouvement [W 12]. Quant à ma candidature au conseil d'administration de la fondation Wikimédia, elle aussi n'aura pas pu se faire en raison de la pandémie qui contraint un report des élections d'avril 2020 en août, prolongé par la suite jusqu'en juin 2021[W 13].

En compensation, j'aurai par contre participé, en Angleterre[W 14], en Italie[W 15] et en Suède[W 16], à trois éditions de la plus importante rencontre annuelle internationale du mouvement intitulée Wikimania, ainsi qu'aux hackathons qui traditionnellement la précèdent. J'aurai de plus pris part à un sommet de recherche consacré au mouvement qui succéda à la rencontre en Suède[W 17] et aux conversations mondiales au sujet de la stratégie du mouvement[W 18]. Au niveau international toujours, j'ai aussi été présent l'une des conférences Wiki Indaba, celle de Tunis[W 19] en 2018, qui rassemblent les communautés wikimédiennes situées en Afrique et à une formation à Berlin destinée aux membres des conseils d'administration des associations locales[W 20]. Au niveau de la francophonie enfin, j'ai participé activement à deux wikiconventions francophones, l'une à Strasbourg[W 21], l'autre à Bruxelles[W 22], ainsi qu'à de nombreux ateliers Wikipédia en Belgique et autres rencontres informelles comme ce fut le cas lors d'un soupé à Paris organisé à l'initiative d'un éditeur de Wikipédia[W 23].

En dehors des instances et des rencontres Wikimédia, j'aurai finalement effectué quatre voyages d'exploration dans le but de mieux comprendre la perception du mouvement Wikimédia dans le monde. Le premier se déroula en Inde[B 8], le second au Cap Vert[B 9], le troisième en Tunisie[B 10] et le dernier au Ghana[B 11]. Un cinquième voyage vers le Québec qui était prévu pour l'automne 2020 fut malheureusement avorté en raison d'une quarantaine imposée à Montréal cumulé à une absence de garantie quant à la possibilité de rencontrer la communauté autochtone attikamekw récemment porteuse d'un projet Wikipédia en langue locale[B 12].

Bien que parfois limitée, ma participation au sein de Wikimédia a donc finalement été suffisante pour rassembler le matériel nécessaire à l'écriture de cette thèse de doctorat[N 5]. De plus, toute ces années d'observation participante au sein du mouvement me permirent aussi d'atteindre une certaine « familiarité informée » du mouvement, ou pour le moins, d'y vivre une séries de « moments ethnographiques » qui au delà des méprises, me permirent de mettre en résonance avec mon propre vécu, le réel, l'imaginaire et le symbolique de l'univers Wikimédia[B 13].

Pour le reste, il faut savoir enfin que cette thèse de doctorat aura été entièrement écrite et publiée en temps réel sur le site web du projet Wikimédia intitulé Wikiversité, un projet qui se destine à la production de contenu pédagogique et à la réalisation de travaux de recherche[B 14]. En raison de la licence libre CC. BY. SA 3.0[W 24] appliquée sur l'ensemble des pages de ce site, la réutilisation de cette thèse de doctorat ainsi que sa transformation complète ou partielle et même commerciale est donc possible et autorisée. Ce qui apparait comme une première au sein des projets Wikimédia, le sera aussi au niveau académique puisque en tout et pour tout je n'aurai trouvé sur le net qu'une seule expérience similaire à la mienne. Ce fut celle de Doug Belshaw qui avant soutenir sa thèse de doctorat[B 15] à l'université de Durham, l'avait édité sous licence CC.0 sur un site MediaWiki auto hébergé intitulé « The never ending thesis »[W 25] pour ensuite la publier sous forme de livre électronique sous le titre The essential elements of digital literacies[B 16].

Cependant, et contrairement à la thèse de Doug Belshaw dont le site web a finalement disparu, ce travail de recherche tel qu'il se présente sur Wikiversité restera soumis à d'éventuelles améliorations faites, par moi ou par tout autres personnes qui accéderont à ses pages web. Autrement dis, et ce au même titre qu'un article encyclopédique sur Wikipédia, ce présent travail de recherche n'a ainsi aucune date de clôture présumée et fera donc fort probablement l'objet d'améliorations futures préalablement débattues sur les pages de discussions dédiées à cet effet. Au delà de la version officielle de ma thèse de doctorat qui devra être remise à mon université, et grâce à cette pratique d'édition collaborative héritée du mouvement Wikimédia, j'espère donc que cette expérience originale apportera la preuve que la « slow science »[B 17] n'est pas forcément incompatible avec l'ère du numérique et que la publication de travaux socio-anthropologie dans l'espace web n'a aucune raison de nourrir les inquiétudes de ceux qui redoutent de voir un jour « le format de la monographie complètement désuet »[B 18].

Un terrain d'étude peu homogène et propice à l'auto-ethnographique

Si l'étude du mouvement Wikimédia peut apparaitre sous certains aspects comme une tâche sans fin, elle m'est apparue cependant limitée au niveau de certains espaces du mouvement à la fois très peu fréquenté par les acteurs et très peu développés au niveau de son organisation. Créée en 2014 seulement, l'association Wikimédia Belgique par exemple rassemblait seulement une douzaine de ses quarante membres lors de sa première assemblée générale organisée par les 6 membres de son conseil d'administration[B 19]. Cinq ans plus tard en 2020, lors de mon départ du conseil, celui-ci se voyait réduit à 3 personnes[W 26], un président issu de la communauté flamande de Belgique, une Française et un Hollandais, tous préoccupés par le manque de participation et d'engagement au sein de l'association. Avec sa trentaine de membres effectifs en 2020[W 10], le mouvement Wikimédia au niveau de la Belgique ne pouvait donc constituer à mes yeux, une organisation suffisamment grande pour faire l'objet d'une recherche doctorale.

Photo du groupe de conversations mondiales de la stratégie du mouvement Wikimedia (5 décembre 2020)
Fig. 1.8. Photo du groupe de conversations mondiales de la stratégie du mouvement Wikimedia du 5 décembre 2020 (source: https://w.wiki/$eX)Petit jeu… Où se trouve l'auteur de ce travail de recherche parmi ces 100 photos ?

J'avais déjà été confronté à ce même type de situation au niveau des projets Wikimédia lorsque j'avais eu l'idée de baser mon mémoire de fin master en anthropologie sur une observation participante au sein du projet Wikipédia en wallon. La proximité culturelle et la connaissance de la langue m'avait attiré vers cette communauté. Malheureusement, je me suis vite rendu compte que les deux administrateurs qui assumaient la maintenance du site et les cinq à dix personnes qui l'éditaient plus de cinq fois par mois [W 27] ne pouvaient apporter matière suffisante à mon projet.

Mais alors que l'activité au sein du mouvement Wikimédia apparait très diffuse par endroits, elle peut aussi s'avérer très dense dans d'autres. Hors ligne par exemple, il existe deux grands pôles d'activité que représente la fondation Wikimédia avec plus de 450 employés[W 28] et l'association Wikimedia Deutchland, la première à avoir vu le jour en 2004, qui rassemble en 2020 plus de 80 000 membres[W 29] et 120 employés[W 30]. Ceci alors que dans l'espace numérique du mouvement, on peut comparer au projet Wikipédia en wallon, le projet Wikipédia en français qui comprend pour sa part près de 160 administrateurs et plus de 20 000 éditeurs ayant contribué au projet dans les 30 jours qui ont précédé le 15 janvier 2021[W 31].

Pareillement aux associations affiliées au mouvement, les projets d'éditions Wikimédia, affichent donc une grande disparité de tailles avec pour exemple au niveau du projet Wikipédia et en date du 22 octobre 2020, 18 versions linguistiques qui comprennent plus d'un million d'articles, 50 plus de 100 000, 83 plus de 10 000, 119 plus de 1000, 34 plus de 100 et 10 moins de 10[W 32], alors qu'en octobre 2020 et au niveau de la quarantaine d'associations nationales, le nombre de membres peut varier d'une vingtaine à plus de 80 000[W 33].

Tant hors ligne qu'en ligne, Wikimédia apparait donc comme un mouvement social très peu homogène et « multi-situé »[B 20] propice aux « désarrois de l'ethnographe »[B 21] similaire à celui décrit par Christophe Lazaro dans son ethnographie des pratiques d'échange et de coopération au sein de la communauté Debian:

« paysage réticulaire aux multiples dimensions, sa propension à la délocalisation rend illusoire toute observation strictement locale ; l'hétérogénéité des acteurs empêche d'appréhender dans son ensemble la portée de certains événements ; […] la multiplicité des canaux de communication et des flux qui les parcourent finit par créer des enchevêtrements subtils qu'il s'avère difficile de démêler »[B 22].

Mais n'est-ce pas cependant dans les zones d'inconfort que l'on devient le plus créatif ? Et n'est-il pas vrai que « le numérique peut donner lieu à d'autres types d'expérimentations, tout aussi éclectiques et atypiques les une que les autres » ?[B 23] C'est en tout cas ce qui se sera passé pour ma part dans le cadre de cette étude puisqu'elle fut l'occasion d'expérimenter de nouvelles pratiques socio-anthropologique telles que « l'écriture vérifiable » et « la pratique ethnographique récursive » qui seront prochainement discutées, mais aussi l'auto-ethnographie[B 24] qui n'est pas une méthode nouvelle en soi, mais dont on parle très peu dans la sphère francophone des sciences sociales alors qu'elle fait débat dans le milieu anglophone[W 34].

Sans qu'elle n'intervienne réellement comme charpente de mon travail d'écriture, l'auto-ethnographie m'est toute fois apparue comme une solution intéressante à certaines impasses liées précisément au caractère réticulaire et peu homogène de mon terrain d'observation. Dans le contexte d'une approche holistique de mon terrain d'étude, il m'est en effet apparu difficile et peu pertinent de me baser sur des témoignages issus d'entretiens compréhensifs[B 25] avec un nombre limité d'informateurs d'origines et de cultures très différentes. Ce genre de pratique, pourtant courante en sciences sociales, me semblait de fait très risquée d'une part, en raison de impossibilité de faire un rendu complet de l'hétérogénéité de mon terrain, d'autre part, aux vues des possibilités d'« encliquage »[B 26] au sein de certains groupes d'acteurs, mais aussi au final en raison d'une réalité de terrain « bien loin de l'image d'Épinal qui voudrait que les participants à une activité numérique soient interrogeables aisément »[B 27].

C'est donc au fil du temps et de mes lectures que je finis par mobiliser aux moments les plus opportuns l'auto-ethnographique comme méthode d'écriture et de restitution de mon terrain d'étude[B 28]. Un tel choix comportait évidemment le risque intrinsèque de voir ma propre histoire devenir insidieusement l'histoire du mouvement Wikimédia au départ d'un point de vue « complaisant, narcissique, introspectif et individualisé »[B 29]. Pour éviter cet écueil, j'ai donc veillé à ce que le récit de mes propres expériences ne reste qu'une option et pas une règle tout en veillant porter plus d'attention à ce qui m'entoure plutôt qu'à ma propre personne. En adoptant ce principe, je me suis enfin rappelé que Mike Singleton affirmait pour sa part que narrer ses expériences représentait « le plafond et non pas seulement le plancher de l'anthropologie » mais à condition toute fois de lorsqu'on décode les codes des acteurs de terrains pour les recoder dans les miens de ne jamais « prendre les miens pour décisifs ou définitifs »[B 30].

Ce risque d'égocentrisme une fois écarté, je vis donc dans le récit auto-ethnographique cet avantage d'implicitement mettre en garde le lecteur sur la subjectivité des informations qu'il reçoit tout en le faisant dans un discours qui me semble plus accrocheur. De plus ces passages auto-ethnographique m'encourageait aussi à utiliser la première personne du singulier au lieu du nous de modestie (ou de fausse modestie)trop désuet à mon goût. Faire part au lecteur de ma propre expérience sans en faire mon objet d'étude, était enfin une belle manière d'assumer et de partager pleinement mes propres « sensibilités »[B 31] parfois « très proche »[B 32] de celles des acteurs Wikimédiens dont je m'estime faire partie aujourd'hui et ce bien sûr sans sortir du cadre réflexif bien connue des anthropologues.

Une écriture vérifiable au sein d'une lecture immersive

Par rapport aux nombreux travaux réalisés en anthropologie numérique, cette présente étude se situe donc aux frontières entre une approche « holistique » puisqu'elle porte sur un espace numérique mais sans s'y limiter, et celles d'une approche « instrumentale » puisque ce travail de recherche porte sur un mouvement social dont l'espace numérique constituera l'un des principaux moyens d'observation[B 33]. En complément de ce qui a déjà été fait, ce travail d'écriture ne manquera pas non plus d'apporter une nouvelle illustration des six principes clefs qui semblent faire consensus au sein de la discipline. (1) Le numérique intensifie la dialectique nature culture, (2) il offre une meilleure compréhension de la vie pré-numérique (3) il doit être abordé d'un point de vue holistique et comme partie intégrante de l'humanité, (4) il n'est pas facteur d’homogénéisation mais au contraire réaffirme la notion de relativisme culturel, (5) il apporte une ambivalence au sein de la vie politique et privée, (6) il développe une nouvelle culture matérielle dans laquelle l’anthropologue se trouve lui-même imbriqué[B 33].

À ces précédentes considérations faut-il encore ajouter dans le cadre bien spécifique de ce travail de recherche publié sur le web, la possibilité de s'immerger au sein même du terrain d'étude au cours de sa lecture tout en ayant la possibilité de retourner sur les lieux d'observation pour y vérifier la véracité des informations traitées. Permettre une tel expérience au départ d'un simple clic[N 6], a bien entendu des conséquences épistémologiques majeurs qui bouleverse le système d' « adéquation empirique » habituellement mis en place par les chercheurs en sciences sociales et dans lequel il s'agit habituellement de fournir des « données produites » au départ d'un « réel de référence » dans le but d'établir un « rapport d'adéquation entre l'argumentation et les données d’enquête »[B 34]. Grâce aux hyperliens apparaissant tout au long de la lecture, la nécessité de « produire des données d'enquête » fait donc place à un accès direct au « morceau d'espace social et de temps social dont le chercheur veut rendre compte et qu'il se donne pour tâche de comprendre »[B 35],

Au départ de ce changement épistémologique radical apporté par une « lecture immersive » au sein d'une « écriture vérifiable », apparait ainsi une réduction drastique des risques de falsification ou de torsions du réel de référence lors de sa restitution par le chercheur. De plus, grâce à cette pratique d'immersion et de vérification, il ne s'agira donc plus de fournir un contenu scientifique « plausible et valide »[B 36], mais bien cette fois, d'offrir un ensemble d'informations « vérifiables » dans le but de limiter les questions de plausibilité et de validité à l'argumentation du chercheur uniquement.

Par ailleurs, il est intéressant de voir que ce principe de « vérifiabilité » fit l'objet de débat méthodologiques au sein des projets Wikipédia depuis 2006, dans le cadre de discussions au sujet de la présentation des sources au sein des articles encyclopédiques en tant que nouvelle exigence éditoriales[B 37]. Cette règle de vérifiabilité[W 35] Wikipédienne fait aussi penser au terme de « verifiabiliy » introduit par Karl Popper[B 38] dans sa démarcation entre science et non-science qui m'avait déjà interpellé en 2011 dans le cadre de la rédaction mémoire de master portant sur le sujet Wikipédia[B 39]. Sans revenir sur des analyses produites autre part[B 40][N 7] et pour recontextualiser simplement ici les choses, voici un extrait des propos de Karl Popper qui me semble apporter une rapide synthèse de ce qu'il dit sur la question de vérifiabilité :

ce n'est pas la vérifiabilité mais la falsifiabilité d'un système qui doit être considérée comme un critère de démarcation. En d'autres termes :  Je n'exigerai pas d'un système scientifique qu'il puisse être distingué, une fois pour toutes, dans un sens positif ; mais j'exigerai que sa forme logique soit telle qu'il puisse être distingué, au moyen de tests empiriques, dans un sens négatif : un système scientifique empirique doit pouvoir être réfuté par l'expérience...[B 41][N 8]

Comparativement à ces considérations épistémologiques formulées par Popper, voici à présent la règle de vérifiabilité de Wikipédia tel qu'elle se résume au niveau du projet francophone :

La vérifiabilité est l'une des règles essentielles de Wikipédia qui découle du principe de la neutralité de point de vue. Avec l'interdiction de publier des travaux inédits, les règles déterminent ce qui peut ou non être publié dans Wikipédia. Elles doivent être interprétées les unes par rapport aux autres, et il est recommandé aux contributeurs de Wikipédia de bien les connaître et de se les approprier.

Une information ne peut être mentionnée que si les lecteurs peuvent la vérifier, par exemple si elle a déjà été publiée par une source ou référence de qualité. Les contributeurs doivent fournir une telle source pour toutes les informations contestées ou susceptibles de l'être. Dans le cas contraire, elles peuvent être retirées.

La vérifiabilité n'est pas la vérité : nos opinions personnelles sur la nature vraie ou fausse des informations n'ont aucune importance dans Wikipédia. Ce qui est indispensable, c'est que toutes les informations susceptibles d'être contestées, ainsi que toutes les théories, opinions, revendications ou arguments, soient attribués à une source identifiable et vérifiable.[W 35]

Au départ de ces deux extraits, il apparait donc évident que la vérifiabilité Wikipédienne repose sur un critère d'autorité que sont les « sources ou référence de qualité » alors la vérifiabilité de Popperienne est tout autre, puisqu'elle repose au contraire sur l'« expérience » de « tests empiriques » et non sur un quelconque positivisme. Face à ces deux approches distinctes, « l'écriture vérifiable » mise en œuvre dans le cadre du rendu de ce travail de recherche, semble donc se placer du côté Popperien étant donné que la présence d'hyperliens offrent précisément aux lecteurs la possibilité de ré-expérimenter de manière empirique mes propres observations et non de les valider au départ d'un argument d'autorité. Ce à quoi renonce Popper et vers quoi tend l'écriture vérifiable, est donc de minimiser autant que possible la dimension positive d'un document scientifique au bénéfice d'une plus grande véracité des informations traitées au sein de l'argumentation.

Comme premier repositionnement épistémologique des travaux anthropologique soumis à la pratique d'une écriture vérifiable au sein d'une lecture immersive apparaîtra donc la disparition de ce qui est communément appelé le « pacte ethnographique »[B 42] selon lequel « seuls les ethnologues se sentent libérés d'expliquer comment ils ont su tirer d'une expérience unique un ensemble de connaissances dont ils demandent à tous d'accepter la validité. »[B 43]. Un tel pacte a certes du sens dans le contexte d'une épistémologie des sciences sociale dont Jean-Claude Passeron disait que « la pertinence empirique des énoncés sociologiques ne peuvent être définies que dans une situation de prélèvement de l'information sur le monde qui est celle de l'observation historique, jamais celle de l'expérimentation. »[B 44], mais deviendra de fait tout à fait obsolète suite aux dispositions méthodologiques précédemment expliqués.

De la sorte, le régime d'« historicité » des sciences sociale que Passeron considère comme historiques par nature et qui vise à atteindre une vérité différente des sciences dites de la nature[B 45], ne s'applique donc plus du tout au cadre bien précis d'une étude, ou toute partie d'une étude, qui se baserait sur le prélèvement d'informations en provenance d'un espace numérique à la fois public et archivé. Grâce aux propriétés asynchrones et la dé-spatialisation propre à un tel type espace numérique, la pertinence empirique des énoncés socio-anthropologique qui le concerne ne peuvent donc plus reposer sur un quelconque contrat de confiance qui serait établi entre l'auteur d'un ouvrage scientifique et ses lecteurs, mais bien sur la mise à disposition d'un ensemble d'hyperliens qui permettront d' ré-expérimenter l'observation du réel de référence.

Je souligne donc le fait que briser le pacte ethnographique à chaque fois que cela s'est présenté au cours du rendu de mes travaux de recherche, ne m’est pas apparu comme une option, mais bien comme un devoir d’authenticité et de transparence guidé par une honnêteté intellectuelle. Un tel devoir me semble d'autant plus désirable que l'imposture en science existe de tout temps[B 46] comme en témoignent certain best-sellers tel que « La Vie des maîtres »[B 47] de Baird Thomas Spalding, ou encore les ouvrages de Carlos Castañeda traduits en 17 langues et vendus à plus 8 millions d'exemplaires selon l'éditeur [W 36] et dont les premier qui lui valurent le titre de docteur en anthropologie[B 48], avant d'être qualifié de canular au cour de la décennie suivante[B 49].

Ces deux auteurs ne sont pas le témoignage d'un passé révolu, mais bien d'une imposture intellectuelle toujours bien présente de nos jours[B 50], et dans une facilitée probablement accrue en sciences sociales comme le démontre le canular[B 51] de l' « automobilités postmodernes »[B 52]. Et c'est donc la raison pour laquelle l'écriture vérifiable et la lecture immersive me semble être le meilleurs moyen de discerner à coup sûr l'ethnographie et la fiction[B 53][B 54] avec cette possibilité en prime pour les lecteurs de récolter d'autres informations et de conduire d'autres observations dans le but de détecter d'éventuels biais de sélection voir même certaines omissions.

En raison de tout ceci, j'ai donc pris aussi l’initiative de recouper par des informations en ligne mes observations hors ligne, qui par nature ne peuvent être ni ré-expérimentées alors qu'elle n'auront pas non plus être archivées de manière librement accessible sur le web. Quant à la question de citer mes sources bibliographiques, et conformément à la ligne de conduite des projets de recherche sur Wikiversité[W 37], elles seront bien sûr référencées comme il se doit, alors que reviendra aux auteurs d'assumer tout responsabilité sur la validité des informations qui s'y trouvent. Au-delà de ces multiples engagements enfin, et conformément à ce qui a déjà été fait dans certaine paragraphes précédents, je n'hésiterai pas non plus à placer au sein de mon texte certains verbatims ou autres type de citations et données d’enquête en prenant le soin de toujours les compléter d'un hyperlien dès qu'il m'en sera possible. Permettre une lecture immédiate de ce type d'information est en effet incontournable pour les lecteurs qui ne bénéficieront que d'une version papier de mon travail et permettra de plus et dans certains cas, de fournir la traduction d'un texte avant d'en restituer sa version originale au niveau de mes notes.

Les serveurs d'Internet Archive au siège de San Francisco
Fig. 1.3. Les serveurs d'Internet Archive au siège de San Francisco (source: https://w.wiki/$eV)

De manière pratique, ma méthode d'écriture vérifiable se concrétise donc par l'utilisation au sein du texte de divers types d'indices de renvoi qui permette de notifier soit la présence d'une note explicative, soit d'une référence bibliographique produite par un ou plusieurs auteurs, soit d'une référence vidéographique produite par un ou plusieurs auteurs, soit encore d'un hyperlien pointant vers la page web où se trouve le lieu de mon observation entendu comme réel de référence. Afin d'accroitre le confort du lecteur, ces indices de renvois numérotés sont aussi précédés d'une lettre qui indique la nature de l'information ciblée sans pour autant devoir la consulter. Voici donc en résumé quelles lettres sont utilisées et à quoi elles se réfèrent :

  • [N] pour un renvoi vers les notes apportant un complément d'explication ou un texte original avant traduction.
  • [B] pour un renvoi vers les références bibliographiques ou autres sources secondaires constituées d'ouvrages ou d'articles publiés sous le nom de ses auteurs et sous la responsabilité d'un éditeur. Ces références sont complétées par un hyperlien lorsque le document est librement accessible en ligne.
  • [V] pour un renvoi vers les références vidéographiques complétées d'un hyperlien lorsque le document est librement accessible en ligne et lorsque la vidéo en question n'aura pu être directement insérée au niveau de la publication du travail sur Wikiversité.
  • [W] pour un renvoi vers les permaliens pointant vers le site web.archive.org du projet Internet Archive[W 38], où furent archivées, chaque fois que cela fut possible[N 9], l'ensemble des pages Web retenues lors mes observations. Situées dans tout l'espace numérique publiquement accessible par le réseau Internet et pas seulement de l'espace numérique Wikimédia, ces documents constituent donc autant de sources primaires numériques mobilisées.

En complément à ces renvois numérotés, les parties de texte en caractères bleus sur Wikiversité ou soulignée dans d'autres formats numérique, comportent d'autres hyperliens qui permettent de consulter les pages en dehors de leur archivage dans le but d'accéder à de possible mises à jour qui pourrait constituer un complément d'information. Pour les versions imprimées de cet ouvrage, l'accès à ces pages sera aussi possible du fait que l'adresse URL des permaliens pointant vers web.archive.org se termine toujours par l'URL de la page archivée. Pour accéder à la version actuelle d'une page qui n'aurait pas été supprimée, il suffit donc de recopier dans un navigateur ce qui pour exemple apparait en caractères italiques dans l'URL suivante : http://web.archive.org/web/20201220231650/https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche: Imagine_un_monde[N 10]. Enfin, pour la version publiée sur Wikiversité et uniquement pour celle-ci, j'aurai enfin pris la peine de « Wikifier » certains mots ou expression lorsque j'ai estimé qu'un complément d'information en provenance d'une autre pages des projets Wikimédia pouvait être utile pour le lecteur. Comme de coutume sur ces projets, ces hyperliens apparaissent en bleu au niveau du texte.

Un surcroît de travail important fut donc nécessaire pour la mise en œuvre de tels dispositifs et explique probablement pourquoi je n'ai jamais rencontré de référencement similaire lors de mes lectures scientifiques. Je ne regrette en rien cependant cet investissement dès lors qu'il pourra, comme je l'espère, faire évoluer les consciences, pratiques et habitudes scientifiques. En outre, le fait de briser mon « monopole des sources »[B 35] par un accès direct vers mes lieux d'observation en ligne, donnera aussi la possibilité à d'autres chercheurs, non seulement de bénéficier d'une lecture immersive et de la vérifiabilité de mes écrits, mais aussi de faire d'autres observations plus approfondies dans le but, pourquoi pas, de contredire mon argumentation. J'espère enfin de tout cœur, que ce processus donnera envie à d'autres chercheurs de le reproduire, mais aussi de se lancer à leurs tours dans des nouveaux travaux de recherche au sujet du mouvement Wikimédia aidé par les accès offerts au niveau de ce premier travail d'exploration et de synthèse.

Un traitement qualitatif du big data

Faire une étude socio-anthropologique dans l'espace web, au même titre que tout autres espaces numériques, c'est aussi s'exposer à la nécessité de traitement de données massives qu'il est commun aujourd’hui d'appeler le Big data. Et il se fait que l'espace numérique Wikimédia produit énormément de données quantitatives tout comme qualitatives que l'on peut parcourir grâce à des outils de recherche de plus en plus perfectionnés et qui dans certains cas peuvent même produire des graphiques et autres analyses statistiques.

Toutes ces informations sont de plus publiées sous licence creative commons CC. BY. SA. Ce qui veut donc dire qu'elles sont libres d'exploitation et de republication, tel quel, ou dans des travaux dérivés et sous deux conditions seulement : (1) « créditer l'Œuvre, intégrer un lien vers la licence et indiquer si des modifications ont été effectuées à l'œuvre », (2) « diffuser l'œuvre modifiée dans les mêmes [sic] conditions, c'est à dire [sic] avec la même licence avec laquelle l'œuvre originale a été diffusée »[W 24][N 11]. Pouvoir disposer d'une telle quantité d'information sans devoir se préoccuper d'une autorisation d'accès ou de traitement est donc une réelle aubaine pour un chercheur, mais en contrepartie cela le confronte à une abondance d'informations tel que son traitement tant quantitatif que qualitatif devient difficile.

Pour clarifier les choses, il est d'ailleurs bon de se rappeler qu'une donnée quantitative, au contraire d'une donnée qualitative, se caractérise par quelque chose de mesurable. Comme exemple trivial, nous avons cette citation de Rosie Stephenson-Goodknight au sujet des éditeurs de Wikipédia : « You can imagine probably 90 percent being men »[B 55], dans laquelle l'information « 90 % » sera d'ordre quantitatif tandis, alors que l'information « homme » sera d'ordre qualitatif. Mais il est ensuite important de bien garder à l'esprit qu'une donnée quantitative peut devenir source d'une information qualitative et vice versa.

Les 29 entailles présentes sur l'os de Lebombo, le plus ancien bâton de comptage connu à ce jour, en est un bel exemple. Ces marques attestent en effet d'une part, que les premières manifestations scripturales humaines étaient d'ordre comptable (information qualitative). De plus elles ont permis de supposer, de part leur nombre (donnée quantitative), qu'elles furent réalisées par une femme africaine (donnée qualitative) qui aurait comptabilisé les jours de son cycle menstruel[B 56]. De manière itérative, et en tenant pour vrai cette supposition, on peut enfin déduire que la personne qui a creusé ces encoches avait une masse musculaire inférieure à celle d'un homme (donnée quantitative).

Suite à ce principe, il devient donc difficile dans le cadre d'une étude dite qualitative, d'ignorer, ou même de négliger, les données quantitatives présentes sur le terrain. D'une part et comme cela vient d'être démontré, parce que les données quantitatives peuvent être sources de données qualitatives, mais aussi d'autre part, parce que les données quantitatives sont plus aptes à établir des comparaisons objectives. Une comparaison qualitative des compétences physiques entre deux personnes peut par exemple s'avérer un exercice délicat tant il peut être influencé par la subjectivité de l'évaluateur, alors que si cette comparaison repose sur des données quantitatives tel que la taille en centimètre, le poids en kilogramme, etc. la tâche devient dès lors plus à la fois plus facile et le résultat plus objectif.

Au cours de ce travail et d'une manière qui plaira sans doute aux amateurs de descriptions denses[B 57], j'ai donc veillé à ne pas oublier de tenir compte des informations quantitatives qui m'auront été mises à dispositions. Comme illustration, voici repris ci-dessous, un des divers graphiques produit dans le cadre d'une analyse approfondie[B 58] des rapport financiers publiés par la fondation Wikimédia[W 39]. Cette analyse aura ainsi permis d'établir clairement que près de 50 % des dons offerts à la fondation Wikimédia servent à payer les salaires de ses employés. Ceci alors que paradoxalement et sur base d'une source qui datait de 2009, l'article Wikipédia francophone consacré à la fondation Wikimédia stipulait que « près de la moitié des ressources financières [de la fondation] sont utilisées pour acheter de nouveaux serveurs et payer l'hébergement ». Ceci alors qu'à la vue de ce graphique, on peut constater qu'en 2009 déjà, il était possible aux départs des rapports financiers de la fondation de savoir que près de 40 % des dons était alloué au paiement des salaires pour 15 % seulement dédiés au frais d'hébergement et que par la suite le pourcentage consacré aux salaires aura fait augmenter jusqu’à près de 50 % pour se stabiliser à ce niveau alors que le pourcentage du coût d'hébergement ne fera que diminuer.

Histogramme illustrant l'évolution des dépenses de la fondation Wikimédia de 2004 à 2018.
Fig. 1.4. Histogramme illustrant l'évolution entre 2004 et 2020 des dépenses de la fondation Wikimédia en pourcentage du total des dons qu'elle a reçus[N 12]. (source: LS)

Un travail comptable et statistique, aussi rébarbatif qu'il puisse paraître pour un chercheur habitué aux études qualitatives, semble donc parfois nécessaire pour accéder à une véritable description de la réalité des choses et permettre dans ce cas de figure de corriger des informations fausses diffusées sur le terrain de recherche[W 40]. Car à la place de produire ce graphique et dans une démarche purement qualitative, j'aurai en effet très bien pu, comme cela se fait en général dans les recherches ethnographies, me contenter de recouper l'information trouvée dans l'article Wikipédia par celle trouvée dans l'une des vidéos du WikiMOOC de 2017 qui stipule que « fournir l'infrastructure technique, les serveurs pour le cinquième site Web le plus visité au monde, ce n'est pas gratuit. »[V 2] et encore par la suite par les propos tenus par une personne très active au sein du mouvement lors d'une Interview sur France Inter[V 3] durant laquelle elle affirmait en 2019 que sur « 90 millions de budget », « à peu près entre 50 et 60 millions viennent pour les serveurs »[N 13].

Une chance pour moi et comme cela a déjà été dit, ils existent de nombreux sites de traitements automatiques et statistiques réalisés parfois en temps réel[N 14] au sein de l'espace numérique Wikimédia. Ceux-ci m'auront donc épargné de faire moi-même de nombreux traitement d'information bien que ces sites d'informations statistiques ne m'auront par permis de traiter une gigantesque quantité de textes disponibles dans de nombreux lieux de discussions disséminés au sein des projets tel que forums, pages de discussions ou de prise de décision, mais aussi espaces blog, journaux, info-lettres, listes de diffusions, etc. Un ensemble d'informations donc qui constituent un big data textuel qui suscita chez Olivier Servais ethnographe du monde virtuel Warcraft la réflexion suivante :

« il s’agit d’une multiplication incommensurable de textes à disposition de l’anthropologue mais avec une décroissance aussi importante de la qualité d’un panorama contextuel pertinent issu de l’ethnographie. De ce fait, le métier s’en trouve profondément transformé[B 59]. C’est un peu comme se trouver dans un café du commerce bondé où on ne peut saisir l’entièreté de ce qui se dit, de ce qui se joue. On peut mettre en place un dispositif technique pour enregistrer tout ce qui se dit, se fait dans cette pièce et être confronté à ce big data. Reste qu’ici c’est l’essence même du terrain, il produit par lui-même des datas massives, et il est souvent impossible de pré-sélectionner avant analyse. Face à cette menace de noyade par le texte, l’anthropologue doit apprendre de nouvelles stratégies de terrain et de traitement des données.

Or, la démarche d’ethnographe demeure avant tout de nature foncièrement compréhensive, et conséquemment qualitative. Comment dès lors concilier cette gestion de données massives avec une ambition qualitative ? Comment faire du big data textuel qualitatif dans ce contexte numérique ? »[B 60]

En réponse à cette dernière question, voici donc sommairement quelle fut ma propre stratégie. Elle émergea d'une première angoisse apparue par le fait qu'il me semblait d'un côté indispensable de traiter les corpus pour ne pas produire une vision partielle et potentiellement fausse de la réalité. Alors que d'un autre côté, je ne me sentais pas du tout à l'aise avec l'idée de me lancer dans un traitement automatique et informatisé du langage naturel en raison cette fois d'un manque de compétence, de temps d'investigation, de puissance informatique, mais aussi de l'importance du « panorama contextuelle » souligné par Olivier Servais.

À force de pratique, et après plusieurs années de tâtonnement, j'en suis finalement venu à établir une sorte de compromis basé sur un processus d'aller-retour entre une suite d'investigation tantôt ethnographique et tantôt automatisée. Autrement dit, part moment, je me suis attelé à un traitement informatique et statistique des données textuelles utiles à mon observation participante, alors qu'à d'autres moments, j'ai poursuivi mes observations de terrain en consultant de nombreuses discussions informelles ou en participant à de nouvelles de telle sorte qu'en retour de ces expériences, je pouvais alors orienter mes choix dans mes traitements informatiques, et ainsi de suite. Outre le fait de mobiliser les deux approche, cette méthode m’apporta aussi cet autre avantage de m'offrir un recul régulier par rapport à mes observations de terrain et des pauses fréquentes dans mes traitements informatiques.

Voici donc à présent un exemple de traitement du big data textuelle en guise d'illustration. Il se réalisa au départ de l'une des 300 listes de diffusion réparties par projets et sphères linguistiques au sein du mouvement Wikimédia. Tous les échanges de courriels au sein de ces listes sont en effet archivés mois par mois, historicisés et rendus librement disponibles sous licence CC. BY. SA au niveau du site Wikimédia Mailservicies[W 41]. Grâce aux archives de la liste de diffusion intitulée « Wikimedia-l »[W 42], réputée comme espace de discussion central de la communauté wikimédienne au sens large[W 43], il me fut ainsi possible de constituer un corpus et de le soumettre à une analyse textométrique à l'aide d'un logiciel de traitement automatique du langage naturel appelé TXM.

Ce programme me permit par exemple de découvrir au départ d'une simple requête lexicale, et en référence au mot « the » apparaissant à une fréquence de 1 869 554 fois, que le signe « @ » apparaissait dans le corpus 879 105 fois, tout de suite suivi du mot « gmail » apparaissant lui 877 346 fois. Depuis cette simple requête, j'aurai donc déjà découvert que les utilisateurs de cette liste de diffusion utilisent en toute grande majorité au départ d'un compte Google. Par la suite, une analyse des occurrences me permit de découvrir que les premiers noms/prénoms qui apparaissent dans la liste sont « Gerard » (27 888 fois), suivit de « Erik » (21 924 fois) et de David (20 624 fois). En peaufinant cette première analyse, je découvris ensuite que le prénom « Gérard » était associé à la personne de « Gerard Meijssen » (11 096) faisant l'objet d'un article sur Wikidata[W 44] mais aussi à celle de « David Gerard » (12 717) dont on peut retrouver la page utilisateur détaillée sur Wikipédia[W 45] et que le prénom « Erik » est principalement associé à la personne d'« Erik Moeller » (8 616) présentée dans un article de Wikipédia[W 46]. Grâce à ce traitement textométrique, j'aurai donc réussi dans un premier temps, à repérer les personnes les plus actives au sein de cette liste de diffusion, et dans un second temps à découvrir leurs profils et même leur adresse de courrier électronique si jamais il me semblait utile de les contacter.

Au départ de fonctions plus poussées, TXM permet aussi de faire apparaître des graphiques qui permettent de visualiser l'évolution de la fréquence d'un mot dans le temps et au sein du corpus conversationnel. L'exemple repris ici est celui du mot « harassement » (harcèlement en français) qui évolue donc de la sorte en fonction de son nombre d'apparitions au sein de la liste de diffusion (voir fig 1.5 ci-contre). Au départ de ce graphique, j'aurai donc pu découvrir que la question du harcèlement apparue relativement tôt au sein du mouvement[N 15] fait régulièrement et périodiquement l'objet de nouvelle discussion. Ensuite et grâce à cette échelle de temps, il me fut alors plus facile de retrouver au sein des autres espace de discussion pour une analyse plus qualitative cette fois ce qu'il s'est passé durant ces périodes. Avec une recherche de concordance, il me fut enfin possible de retrouver au sein du corpus analysé pour retrouver les portions de textes qui entourent le mot harassment afin d'en situer le contexte et d'en identifier les auteurs dans le but éventuel de les contacter ou d'affiner mes observations de terrain à leur propos.

Suite à de telles analyses textométriques et de retour sur mon terrain, je peut dès lors porté d'avantage mon attention sur la question de harcèlement et de manière nettement plus précise. Grâce à de nouvelles expériences et observations, je finis ensuite par illustrer le phénomène harcèlement pour en faciliter sa compréhension au départ de mon propre vécu, mais aussi au départ d'un témoignage très documenté publié par une contributrice francophone[W 47]. D'autres analyses textométriques plus poussées[N 16], basé cette fois sur de nouveaux corpus formés au départ des espaces de discussions sélectionnés filtrés en fonction de l'activité de l'utilisatrice me permirent ensuite de comparer son discours avec ce qui s'est réellement passé sur le terrain, et ce dans le but de me rapprocher le plus possible de la réalité des faits[N 17].

Graphique illustrant la recherche en plein texte par concordance du mot harassment dans le corpus tiré de la liste de diffusion archivewikimediaL.
Fig. 1.6. Graphique illustrant la recherche en plein texte par concordance du mot « harassment » dans le corpus tiré de la liste de diffusion archivewikimedia-l (source : L.S.).
Progression du mot « harassment » dans les archives de la liste de diffusion Wikimédia.
Fig. 1.5. Progressions du mot « harassment » dans les archives de la liste de diffusion Wikimédia (Source : L.S.).

Il résulte donc à l'issue de ces explications qu'une recherche ethnographique faite au cœur du big data semble donc requérir d'autres pratiques et compétence que celles demandées dans le cadre d'une recherche hors ligne, alors que celles-ci ne sont pas forcément assimilées lors d'un cursus universitaire en science sociale et a fortiori en anthropologie. De plus, un terrain numérique se différencie d'un terrain hors ligne par le fait que le chercheur peut difficilement suspendre son observation de terrain pour éditer et publier à tête reposée les résultats de ses recherches. Un avantage par contre réside dans le fait qui fut très marqué dans le cadre de mes recherches, qu'un terrain en ligne au sein d'un espace numérique archivé et publiquement accessible, dispense le chercheur de devoir sauvegarder lui-même les informations qu'il trouve au moyen de carnet de terrain par exemple ou encore d'appareil d'enregistrement audio visuel. Dans un tel cadre, seules les émotions intimes et personnelles ne font pas l'objet d'enregistrement alors que par chance, elles m'ont semblé être les plus faciles à se remémorer en détails. Reste enfin qu'un terrain numérique reste constamment à côté de vous tout au long de votre travail d'écriture et empêchera donc une certaine distanciation nécessaire à certaines personnes pour réussir à se concentrer. Cette situation, je n'ai pas éprouvé personnellement, alors qu'au contraire elle m'apparut comme une très belle opportunité de réaliser un travail de recherche dialogique que je vais expliquer à l'instant.

Un travail de recherche dialogique

En décidant de rédiger le résultat de ses recherches au sein même de son terrain d'étude et sous les yeux de ses acteurs, il m'est donc venu à l'esprit de les inviter à relire et à commenter mes écrits selon une procédure peu courant en sciences sociales. Comparée à d'autres types d' « écritures anthropologiques »[B 61], l'écriture de cette thèse ne doit pas être assimilée aux « écritures plurielles » dans lesquelles on se met à « écrire avec »[B 62] mais bien à une écriture collaborative et dialogique dans lequel je favorise la collaboration avec les acteurs de terrain dans le but de confronter mon point de vue « etic » de chercheur aux points de vue « émiques » des acteurs[B 63].

Il est en effet coutume au sein du mouvement Wikimédia et dans le projet Wikipédia notamment, d'entamer une discussion dès qu'il y a divergences d'opinions entre deux contributeurs travaillant sur un même sujet. Traditionnellement ces échanges se déroulent sur des pages de discussions annexées à chaque page web des sites Wikimedia reposant sur le logiciel MediaWiki et auxquelles on peut directement accéder en cliquant sur l'onglet « Discussion » présent en haut de chaque page de contenu. Puisque que les pages Web sur lesquelles je rédige cette thèse de doctorat possèdent aussi chacune une page de discussions de ce type, j'ai donc eu l'idée d'en profiter pour y inviter les membres du mouvement à débattre au sujet de ce que j'étais en train d'écrire à leur sujet et au sujet de ce qui les entoure. Ces discussions furent ainsi établies d'un côté, sur une page de discussion principal[W 48] portant sur l'ensemble de mon travail équipé d'un système de discussions structurées afin de faciliter les échanges avec ceux qui ne connaissent pas l'usage du wikicode et d'autre part, sur chaque page de discussions, éditables en Wikicode cette fois, qui furent associées aux différentes pages dans lesquelles j'ai rédigé séparément chaque chapitre de ma thèse de doctorat.

Photo de dialogues tenus dans le cadre de la conférence Wiki Indaba à Tunis en 2018
Photo de dialogues tenus dans le cadre de la conférence Wiki Indaba à Tunis en 2018[N 18] (source : https://w.wiki/3GZ2)

J'ai par la suite incité les acteurs du mouvement à entrer en dialogue au sujet de ma recherche, en postant régulièrement des messages d'invitations sur les principaux espaces de type forum disponibles au sein du mouvement Wikimédia. Cette décision n'aura pas forcément abouti à un nombre exceptionnel d'échanges, mais aura par contre engendré un nombre important de consultations, puisque la page de Wikiversité reprenant l'entièreté de ma thèse fut visitée au total 3288 fois entre le premier janvier 2020 et le 31 décembre de la même année, avec donc une moyenne de 9 visite par jour et des pics journaliers pouvant atteindre 150 visites[W 49]. Pour peu que l'on adhère à cet adage bien connu « Qui ne dit mot consent ! » la faible quantité de discussions apparue par rapport à la relativement grande fréquentation des pages a donc un côté plutôt rassurant. Comme nous allons le voir avec cette conversation titrée « Avis de travail en cours » reprise ci-dessous et tiré du forum principal de Wikipédia en français appelé « le bistro », certaines discussions au sujet de ma thèse eurent aussi lieu en dehors du projet Wikiversité.

Bonjour,

J'ai entamé la rédaction d'une thèse de doctorat publiée sur Wikiversité et portant sur le mouvement Wikimédia. Le premier chapitre de ce travail consacré à la méthodologie est actuellement prêt à être relu par les personnes actives au sein du mouvement. La mise en forme du texte n'est pas terminée et l'orthographe doit y être déplorable, mais j'aimerais le soumettre à réaction avant un prochain rendez-vous avec mon comité d'accompagnement dans le cadre d'une épreuve de confirmation. J'invite donc toutes les personnes intéressées à réagir librement sur la page de discussion consacré au chapitre. Si le cœur vous en dit, vous pouvez aussi corriger l'une ou l'autre faute d'orthographe durant votre lecture. Je vous en serais très reconnaissant. En vous remerciant d'avance et vous souhaitant une belle journée à tous. Bien cordialement, Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 31 mai 2019 à 01:43 (CEST)

Intéressant, mais, à part l'orthographe, qui écrit la thèse, le doctorant ou la communauté Wikipédia ? – Siren(discuter) 31 mai 2019 à 14:12 (CEST)

Bonjour Siren, Pour répondre à la question: Au niveau de des mots et des phrases, c'est le doctorant. Au niveau de la connaissance et des idées, c'est le doctorant et la communauté, celle de Wikipédia mais aussi celles de tous les projets soutenu par la fondation. Si la question est posée, c'est sans doute que les choses ne sont pas assez claire. Je vais donc tenter de reformuler les choses de façon plus explicite. D'ailleurs cette présente interaction entre nous illustre déjà en partie l'idée d'une construction dialogique de la connaissance. Dans le cadre de mon doctorat, elle ne peut malheureusement pas être similaire à ce qui se passe sur Wikipédia. Ce travail débouche sur un diplôme, et dans le monde académique qui m'entoure, pour se voir attribuer le titre de docteur, il faut défendre seul une thèse réalisée en solo. Ceci dit Jimbo Wales a reçu de mon université le titre de docteur honoris causa, sans avoir écrit aucune thèse. Donc voilà, il y a bien d'autres personnes encore qui en savent bien plus que moi sur le mouvement Wikimédia et ce serait donc idiot et présomptueux de ma part de ne pas les inviter à entrer en dialogue autour de l'écriture de ma thèse. Déjà un grand merci pour les corrections orthographiques et une belle fin de journée ! Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 31 mai 2019 à 23:45 (CEST)

Ouaaah, je vais faire un tour par désœuvrement sur cette page, et chtonk ! scotch. Absolument passionnant, ce truc, je recommande fortement la lecture ! Alors, évidemment, comme toutes les thèses dans un domaine pas mien, c'est tellement concentré que pour mon pauvre esprit va falloir un tit moment pour tout absorber, mais déjà des réflexions fusent.

Par exemple j'adore l'idée de base que l'objet de recherche, ancré dans la vraie de vraie réalité, met en forme les méthodologies et pas le contraire, ce qui est pourtant normalement ce qu'on nous enseigne. Je suis bien d'accord pourtant, nos tendances à déterminer des cadres stricts, bien léchés, universels, etc. ça vient d'une époque (disons depuis le XVIIIᵉ) où on va favoriser la création de catégories avant même de mettre des objets dedans, une volonté de tout régenter, en quelque sorte, de tout classer et universaliser, de produire des cadres vides. Très Newtonien. Peut-être lié à l'ensemble des représentations du temps (le milieu temporel), chais pas.

J'aime aussi, intuitivement, la réflexion sur l'imaginaire et sa force de construction ! Un dernier point sur le premier chapitre (je vois qu'il y a eu plein d'ajouts), il est dit que les sciences sociales ne prétendent pas à définir un ensemble de paramètres absolus qui rendent les expériences reproductibles, contrairement aux sciences autres, dites dures. Mais à mon avis, dans les autres sciences non plus. On y prétend, on prétend faire reproductible, mais c'est juste un outil utile. Les paramètres y sont soumis aux mêmes différences, simplement les sciences dures tendent aussi à des applications et donc veulent être opérationnelles. Un peu comme si on faisait un raisonnement en coupant le chemin à faire en petites étapes (comme Descartes) pour atteindre le but, mais qu'on est bien conscient que le chemin en tant que tel n'existe pas, c'est nous qui l'avons créé pour résoudre le problème.--Dil (discuter) 31 mai 2019 à 23:57 (CEST)

Merci pour ce retour encourageant Dil ! Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 2 juin 2019 à 01:42 (CEST)»[W 50]

En plus de ce type d'échange très précieuse quant à savoir si je ne faisais pas fausse route dans ma description du mouvement ou dans mes analyses et leurs argumentations, j'aurai ensuite sollicité les lecteurs et relecteurs de mes travaux à corriger les éventuelles erreurs, syntaxiques, typographiques ou orthographiques. De manière beaucoup plus exceptionnelle enfin, il est aussi arrivé qu'une personne corrige un jour une erreur d'encodage située dans l'un de mes tableaux d'analyse des finances de la fondation Wikimédia[W 51]. En fin de compte, ce processus dialogique mis en œuvre dans le cadre de l'écriture de mes travaux aura donc été quelque peu similaire à l'expérience faite par Tom Boellstorf au cours de son ethnographie de Second Life où il organisait des groupes de discussion au sein de sa maison virtuelle baptisée « Ethnographia »[B 64]. Il me faut signaler aussi par ailleurs que Mondher Kilani parlait déjà d'écriture dialogique dans le courant des années nonante, lorsqu'il citait pour exemple les écrits de Philippe Descola[B 65], de Jeanne Favret-Saada[B 66], et les siens[B 67], dans un autre ouvrage où il décrivait sa propre expérience de la sorte :

« Mon texte n'est pas l'évocation d'une expérience subjective irréductible. Il est autant le produit d'une "vérité" négociée avec les oasiens qu'une construction explicitement adressée à un public lointain pour lequel je reconstruis les différents contextes de cette négociation. »[B 68]

Plus récemment, Frédéric Laugrand aura mis au point lui aussi pour sa part, un système d'atelier de transmission intergénérationnelle des savoirs (ATIS) visant à une construction collaborative des savoirs entre des chercheurs et acteurs participants dans une dynamique de transmission à destination des jeunes par le « faire comme si » dont l'objectif final était de produire des documents sous forme de verbatims ultimement validés par les participants[B 69]. Par rapport à ces deux témoignages cependant, ma propre expérience fut tout autre, puisqu'elle ne pourrait ni être assimilée à une création collective de type ATIS; ni être réellement comparable à « une écriture dialogique plaçant le témoignage personnel et la voix des autres au centre du récit anthropologique »[B 70] telle que décrite par Kilani.

Ce qu'il reste enfin à signaler par contre, c'est que pour pouvoir assumer parfaitement mon dispositif d'écriture dialogique, j'aurai du dans certaines situations et plus particulièrement lors de mes échanges hors ligne, être capable de maîtriser un minimum le langage de mes interlocuteurs. Joseph-Marie de Gérando, l'un des précurseurs de l'anthropologie moderne, n'écrivait-il pas dans le journal de la société des observateurs de l'homme que « Le premier moyen pour bien connaître les Sauvages [expression commune à cette époque], est de devenir en quelque sorte comme l'un d'entre eux ; et c'est en apprenant leur langue qu'on deviendra leur concitoyen. »[B 71] Dans le cadre du mouvement Wikimédia, il ne s'agira bien sûr pas d’appendre les plus 300 langues pratiquées par sa communauté, mais certainement d'acquérir une maîtrise suffisante de l'anglais qui s'est imposé comme lingua franca du mouvement au même titre que de nombres autres organisations internationales.

De manière moins évidente ensuite, il me fallut aussi apprendre certains langages informatiques indispensables à une profonde compréhension de l'environnement numérique Wikimédia. Le wikicode fut le premier d'entre eux et sa compréhension fort heureusement ne constitua pas un obstacle insurmontable, bien qu'elle nécessite tout de même un certain temps d'assimilation. Malheureusement, dans les débats techniquement plus poussés, ce premier acquis apparut rapidement insuffisant pour pour pouvoir suivre les débats, mais aussi percevoir les enjeux de plein conscience. C'est donc pour ces raisons que j'aurai aussi pris la peine de m'initier aux principaux langages informatiques utiliser au sein du mouvement que sont l'HTML, le CSS, le JavaScript et le PHP. Ce fut un choix que je n'aurai jamais regretté, car il me permit de comprendre que chaque langage informatique a son propre vocabulaire et sa propre grammaire dans lesquels se véhiculent au même titre que les langages naturels, un imaginaire et une façon de percevoir les choses de manière tout à fait différente.

Toutes ces dispositions propices aux dialogues m'auront donc permis en fin de compte d'établir de nombreux échanges écris et verbaux avec les membres de la communauté Wikimédia qui m'auront permis de mieux appréhender leur univers tout en récoltant des avis au sujet de mes travaux de recherches. Certains d'entre eux auront bien évidement influencé mon point de vue, d'autres encore m'auront permis de rectifier certaines erreurs, mais la chose la plus curieuse sans nul doute fut l'apparition d'un nouveau type pratique ethnographique dans laquelle finit par s'établir un processus itératif et récursif entre mon activité d'écriture et mon observation de terrain.

Une pratique ethnographique récursive

Pour expliquer cette nouvelle pratique ethnographique que je qualifie de récursive, nous pouvons repartir de la discussion de bistro reprise en citation dans la précédente section de ce chapitre. On y voit qu'en faisant appel à une relecture de mes travaux, j'ai suscité l'apparition d'un nouvel évènement qui sera devenu l'objet d'un nouveau compte rendu ethnographiques et donc d'un complément d'écriture qui sera par la suite et de manière récursive, susceptibles de produire de nouveaux commentaires et donc de nouveaux évènements a récupérer au sein de l'écriture. Une telle expérience pourrait être qualifiée d' « ethnographie récursive » si cette expression n'avait pas déjà été utilisée par Amiria Salmond dans le cadre d'une réflexion ontologique au sujet d'un projet de numérisation de trésors tangible et intangible de la culture Maori intitulé taonga.

essin récursif d'une femme entrain de se dessiner dans la situation où elle se trouve.
Fig. 1.7. Dessin récursif d'une femme qui se dessine en train de dessiner la situation dans laquelle elle se trouve à l'instant présent où elle se dessine. (source: https://w.wiki/$eu)

Selon Salmond, les approches récursives « cherchent à explorer comment l'analyse est façonnée en fonction de la manière dont les objets d'étude arrivent à générer une attention ethnographique »[B 72]. Autrement dit l'ethnographie récursive définie par Salmon représente donc « une simple observation de la configuration ethnographique »[B 73] alors que ce que je définis pour ma part au sein de ma propre expérience ethnographique s'apparente plutôt comme une méthode de travail. Pour cette raison donc, je prends le soin de distinguer l'expression « ethnographie récursive » introduite par Salmond à celle de « pratique ethnographique récursive » que j'introduis en ce moment précis.

Un autre exemple de cette mise en abyme ethnographique apparaîtra au sein de mes recherches lorsqu'il m'est venu l'idée de réécrire l'article Wikipédia traitant du Mouvement Wikimédia[W 52] pour ensuite importer mon travail au sein de ma thèse de doctorat[N 19]. Avant son importation, j'avais pris la peine de proposer l'article au label de bon article[W 53] dans le cadre d'un processus d'évaluation établit par les éditeurs de Wikipédia. Son évaluation se sera déroulé sur une page de discussion associée à l'article et aura duré 15 jours (du 6 au 20 février 2020). Elle fut l'occasion pour les participants de partager leurs avis et de justifier leurs votes[W 54].

Bien que la candidature fut rejetée[N 20], l'évènement aura considérablement augmenté l'audience de l'article[W 55] et de sa page de discussion[W 56]. Pourtant, cette dernière n'aura fait l'objet que d'une dizaine d'échanges entre les contributeurs et moi-même portant respectivement sur la candidature prématurée de l'article, sur la présence de nombreuses fautes d'orthographe, et surtout sur la quantité disproportionnée de sources primaires aux vues de ce que l'on attend d'un article Wikipédia[W 57]. Ces discussions constituèrent ainsi un matériel ethnographique précieux que je repris dans l'écriture de ma thèse qui par la suite et selon le processus dialogique précédemment décrit, fera l'objet d'un appel à discussion qui fournira peut-être à son tour de nouvelles observations ethnographiques qui pourront être potentiellement reprises dans mon travail d'écriture et ainsi de suite.

En plus de produire de nouvelles observations ethnographiques, cette pratique ethnographique récursive a aussi pour autre avantage de limiter des risques apparentés à ce que les études sur la subalternité identifie comme « violence épistémique » au sein de laquelle les chercheurs « ne tolèrent pas les épistémologies alternatives et prétendent nier l'altérité et la subjectivité des Autres »[B 74], les acteurs du mouvement Wikipédia dans notre cas de figure. Sous une autre forme, cette violence peut aussi apparaitre dans les questions posées par un chercheur ou lorsque ce dernier aborde des sujets qui ne sont pas souhaités[B 75].

Dans le cadre de la pratique ethnographique récursive appliqué dans cette étude et de l'écriture dialogique qui en est indissociable, il me semble que si ce type de violence apparaissait par malheur au sein de mes propos ou de mon comportement, pourrait alors être rapidement détecté et signalé par les personnes concernées. Pour renforcer cette garantie, j'ai donc aussi veillé à notifier toutes les personnes citées dans mon travail d'écriture pour qu'elles puissent réagir aux propos qui les concerne. Et pour respecter le souhait d'anonymats des personnes actives sous le couvert d'un pseudonyme, j'ai ensuite pris la peine de ne jamais relier ces pseudonymes à une identité réelle dès lors que cela n'aura jamais été fait précédemment au sein des projets. À nouveau, la relecture de mon travail par les personnes concernées leur permettra de réagir en cas de besoin.

Il serait malhonnête enfin de cacher que la pratique ethnographique récursive au sujet et au sein de l'espace Web apporte aussi malheureusement son lot d'inconvénients. Tout d'abord, cela nécessite des compétences techniques plus élaborées et plus de temps d'investigation comparé à la rédaction d'un travail ethnographie de manière isolée et face à un traitement de texte. Ensuite, et comme je l'aurai moi-même expérimenté dans le cadre d'une thèse de doctorat, ce genre de pratique donne toujours envie d'aller plus loin dans l'utilisation du potentiel offert par le numérique, mais avec ce risque non négligeable de s'éloigner des attentes, habitudes, voir préjugés du milieu universitaire qui sera ultimement chargé d'évaluer le travail accompli et la manière dont il fut réalisé. Et puis enfin, il faut aussi au bout du compte se prémunir des risques de déformation de la réalité par l'imaginaire des acteurs qui pourraient influencer d'une mauvaise manière les perceptions premières d'un chercheur, raison pour laquelle il me semble aussi important de baser son étude sur des faits et pas uniquement des dires.

Une induction qualitative basée sur des faits et pas uniquement des dires

L'hypoitético-déduction et l'hypotético-induction sont deux méthodes couramment utilisées en sciences sociales. La première débute souvent par une question de départ, comme guide à la sélection de modèles, d'hypothèses et concepts. Ceux-ci sont ensuite articulés en dimensions et composants dans le but de les vérifier ou infirmer à l'aide d'un ensemble d'indicateurs. La seconde méthode au contraire fait le trajet inverse et commence d'abord par une observation pour ensuite seulement produire des indicateurs empiriques qui permettront de construire ou de récupérer des concepts, hypothèses, dans le but éventuel de produire ou de confirmer un ou plusieurs modèles théoriques[B 76]. Par tradition peut-être, ou en raison de son histoire et de certaines convictions partagées, la méthode inductive fut celle choisie par les anthropologues. Elle fut aussi mon propre choix influencé très certainement par mon environnement de travail, mais aussi comme cela sera bientôt discuté, en raison de nombreux biais cognitifs possibles qui peuvent se développer lorsque l'on commence son travail de recherche en se basant des concepts et hypothèses modèles théoriques aussi savants ou inébranlables qu'ils puissent être.

Dans le cadre de cette étude inductive, il est donc fort probable que certain lecteurs soient en manque d'un chapitre entièrement consacré à la problématique dans le but de faire le lien entre mon objet d'étude et des ressources théorique que j'aurai pensé adéquates pour mon étude[B 77]. Cependant, ces ressources théoriques sont belles et bien présentes dans cet ouvrage comme en témoignera d'ailleurs une imposante bibliographie. Mais plutôt que d'être concentrées dans un seul chapitre, celles-ci sont disséminées tout au long du texte et fur et à mesure que je développe mon argumentation. Cette argumentation quant à elle, sera donc inductive et basée de plus sur une certaine « rigueur du qualitatif » défendue par Olivier de Sardan et articulée autour d'« indicateurs qualitatifs » qu'il intitule lui-même « descripteurs » en les définissant de la sorte :

Chaque enquête produit ses propres descripteurs : déterminer des thèmes de " séquence de vie " à recueillir, mener des enquêtes systématiques sur la sémiologie populaire, organiser une série précise d'observations ciblées, se focaliser sur quelques acteurs-clés éminents ou obscurs, faire un panorama approfondi des associations existantes, choisir des conflits significatifs… Dans les études comparatives multi-site, de plus en plus nombreuses, la construction de descripteurs communs est par ailleurs indispensable pour permettre une certaine homogénéité des données produites, et assurer ainsi leur comparabilité.[B 78]

Auto portrait d'une personne faite au départ de son ombre dont les proportions anatomiques sont déformées
Auto portrait d'une personne faite au départ de son ombre dont les proportions anatomiques sont déformées (source :https://w.wiki/3GZS)

C'est donc sur base d'un ensemble de descripteurs très variés produits au départ d’informations qui comme cela a été vu, seront vérifiables dans le mesure du poss