Recherche:Imagine un monde/Naissance

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La naissance du mouvement Wikimédia au sein de l'écoumène numérique
Héritage et évolution d'une contre culture informatique
Deuxième chapitre de l'ouvrage Imagine un monde

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De Lionel Scheepmans

Il existe dans l'espace numérique Wikimédia comme sur l'ensemble de l'espace Web, d’innombrables archives accessibles grâce auxquelles il est possible aujourd'hui de découvrir les racines du mouvement Wikimédia et de revivre les évènement qui ont conduit à sa naissance. Toutes ces archives se trouvent au sein de ce que j'appel l'« espace informatique » ou encore l' « écoumène numérique », puisque selon ma conception des choses, il existe dans l'espace numérique créé par les systèmes informatiques un espace habité par l'homme, au même titre que l'espace géographique anthropisé que l'on nomme simplement écoumène.

Ce présent voyage dans l'histoire de cet écoumène numérique, se fonde sur des fais et archives qui me sont apparus les plus importants, mais aussi les plus pertinents pour mes analyses futures. Cette sélection est dès lors à la fois limitée et subjective. Cependant, rien n'empêchera le lecteur de poursuivre ses propres recherches en parcourant lui-même ces archive au départ des nombreuses références historiques transmises sous forme hyperliens. Tous ces liens offrent en effet la possibilité de consulter d'autres informations adjacentes qui n'auraient pas été retenues par mes soins, afin d'en évaluer l'importance, et de ce fait, resituer selon des critères autres que les miens, la pertinence de mon argumentation.

Pour bien comprendre l'histoire de Wikimédia, il m'a donc semblé indispensable de parler de sa préhistoire. Cette démarche se justifie d'une part, par le simple fait que sans l'avènement d'une multitude d'évènements antérieures au mouvement, celui-ci n'aurait jamais vu le jour. Mais aussi d'autre part, parce que sans saisir les enjeux du développement de l'espace informatique, il me semble très difficile, voir impossible, de saisir pleinement les enjeux actuels que soulève le développement du mouvement Wikimédia.

Pour ma part, c'est à partir de 2005 et grâce au site Framasoft[W 1], que j'ai pu découvrir ce qui se révéla être par la suite les racines du mouvement Wikimédia. Créé moins d'un an avant la version francophone de Wikipédia, ce réseau francophone d'éducation populaire, m'a effectivement fourni une documentation très utile sur les enjeux du développement de l'informatique, d'Internet et des applications qui s'y sont développées. C'était lors de mes premiers pas sur le Net et au début de la démocratisation de l'ADSL dans mon pays. Je venais de faire l'acquisition d'un ordinateur d'occasion équipé d'un microprocesseur Pentium sur lequel tournait le système d'exploitation Windows XP.

Dans ce contexte, le site Framasoft avait retenu toute mon attention, car il présentait de manière systématique et catégorisée, une liste de logiciels librement et légalement téléchargeables, ceci alors que la plupart de gens de mon entourage utilisaient des versions « craquées » de logiciel commerciaux. Après avoir profité en tout légitimité de cette gratuité dans un permier temps, je me suis ensuite intéressé à la philosophie de partage qui en était à l'origine. Au fil de mes lectures, j'ai fini par découvrir l'existence des logiciels libres dont il sera question très prochainement, mais aussi et surtout peut-être, de Richard Stallman initiateur du mouvement du logiciel libre et de sa philosophie.

Un an plus tard, passionné par le sujet, j'avais déjà réalisé un travail consacré aux Nouvelles formes de management dans la création de produits numériques[B 1] dans le cadre de ma première année de bachelier en socio-anthropologie. C'est donc sur base de cette première expérience et des nombreuses autre qui ont suivie lors de mon parcours universitaire que repose cette présentation de la préhistoire du mouvement Wikimédia. Le but de ce parcours historique sera de découvrir les soubassements d'une révolution culturelle, ou plutôt « contre-culturelle », héritée du mouvement du logiciel libre et qui fut en grande partie et pour le moins originellement transmise au mouvement Wikimédia suite à l'arrivée du Web 2.0.

L'écoumène numérique[modifier | modifier le wikicode]

Au-delà du SIG, ce Système d'information géographique numérique qui constitue une nouvelle espèce de dossier en prise avec l’écoumène[B 2], c'est au sein même du système informatique que je conçois pour ma part une nouvelle extension de l'écoumène. Au niveau des différentes couches imaginées par Vladimir Vernadski cette nouvelle occupation de l'espace par l'humanité, se situe ainsi dans une émergence entre la sphère de la pensée intitulée noosphère, et la sphère de production des activités humaine appelée technosphère. Cette espace a pour originalité de se situé en dehors de trois autres espaces investis par l'homme que sont la lithosphère, l'atmosphère et bien sûr la biosphère. L'écoumène numérique n'est pas quelque chose de vivant au sens biologique du terme, mais peut l'être si on l'aborde d'un point de vue socio-historique puisque au sein de ce gigantestque artefacts se déroule de nos jours une gande part de l'histoire contemporaine de notre humanité. En ce sens, la seconde originalité de l'écoumène numérique est qu'il ne constitue pas un territoire colonisé par les êtres humains, mais bien un espace créé de toute pièce par ceux-ci.

Pour Arjun Appadurai, cette l'espace de globalisation du savoir nous invite à revoir notre compréhension de la mondialisation[B 3][N 1], alors que pour Boris Beaude :

Internet est le seul espace que nous ayons toujours en commun ! Bien qu'il se limite à des relations informationnelles, cette qualité suffit à lui conférer une efficacité considérable. on a longtemps commis l'erreur de ne pas le considérer comme un espace, mais comme une simple technologie de communication. Or, l'espace est une composante fondamentale de notre existence. Il ne sert pas de cadre ou de support à notre relation au Monde, il est notre relation au Monde. Souvent, nous pensons l'espace comme ce qui est là, autour de nous. Mais ce qui est autour de nous (les objets, les individus, notre environnement biophysique ou social) est situé, tout comme nous. L'espace ne commence pas hors de nous, car nous serions dès lors toujours l'espace de quelqu'un d'autre. L’espace, ce n’est que l’ordre des choses, leurs relations et leur agencement. Internet est un espace en ce sens, le plus fort, le plus puissant, celui qui conditionne notre expérience du Monde, notre capacité à agir. C'est en relation avec ce qui nous entoure que nous existons, que nous nous projetons et que nous vivons. Internet est en cela l'un des plus puissants espaces qui organisent le monde contemporain.[B 4]

Page de garde d'une présentation de Lionel Maurel sur les conséquence de la guerre au partage sur l'architecture d'Internet
Fig. Page de garde d'une présentation de Lionel Maurel sur les conséquence de la guerre au partage sur l'architecture d'Internet (source : https://w.wiki/3Qx9).

L'écoumène numérique, que je ne ne limite pas pour ma part au simple réseau Internet mais que j'étends à toute activité humaine au sein de l'espace numérique comme celle réalisée au sein d'ordinateurs personnels non connecté, ou même d'ordinateurs centraux relié à plusieur terminaux) est donc de fait un espace des plus puissants, mais aussi bien malheureusement, un des espaces les plus mal compris par le commun des mortels. Les mots Internet, ne désigne par exemple à lui seul qu'un réseau informatique mondial et non toute l'infrastructure informatique qui existe en ce monde et au sein de laquelle s'est créé, se crée et se créera d'inombrable espace investit par les êtres humains ou pour le dire en respectant mon allégorie « habité par l'homme ».

La confusion entre le réseau Internet, l'infrastructure informatique mondiale, l'espace numérique qu'il fit naître, la partie de cet espace habitée par l'homme et au sein de celui l'espac web qui nous préocupera très prochainement est très courante. Pour remédier à ce grand floue conceptuel, m'est ainsi venu l'idée de mobiliser une « métaphore vive »[B 5], celle d'une ville informatique[B 6]. Le but de celle-ci est d'offrir une « redescription heuristique de la réalité »[B 7] pour permettre aux personnes peu familières avec le domaine de l'informatique de contourner la complexité langagière afin de mieux distinguer les choses. En plus de rendre l'espace numérique plus compréhensible, cette démarche permet aussi de mieux comprendre à quel point tous changements structurels au sein de l'écoumène numérique peut affecter directement la vie des êtres humain qui le fréquente. Utiliser les mots familiers que l'on utilise pour décrire une ville en remplacement des termes informatiques gardés entre parenthèses permet effectivement de mieu comprendre les enjeux qui se cache au sein de l'écoumène numérique.

Dans l'espace informatique mondial que représente l'ensemble des infrastructures informatique et donc la totalité des informations numérisées, il existent des réseaux intranets dont l'accès est le plus souvent privé et réservé à un nombre limité d'ordinateurs interconnectés qui si il sont également connecté au réseau Internet mondial et public, établissent la plupart du temps une frontière entre les deux résau que l'on appel pare-feu informatique. Dans ce contexte, la métaphore d'une infrastructure informatique connectée à un réseau intranet sera donc celle d'un village (le réseau informatique d'une entreprise par exemple), où chacun se connait et se fait confiance, bien qu'il soit toujours possible de fermer ses portes à clef (mots de passe) et de fermer ses rideaux (crypter), pour éviter qu'une connaissance qui emprunterait une route ou un sentier (ethernet ou Wi-fi) puisse venir regarder ce que l'on fait en regardant par la fenêtre et même pourquoi pas faire des photos (copie d'écran ou de fichier informatique ou encore enregistrement d'une communication).

Même si la métaphore du « village planétaire » fut utilisé pour dénoncer une certaine utopie de la communication qui ne put finalement échapper à la violence et l'exclusion[B 8], la métaphore de la ville me semble toute fois beaucoup mieux adaptée pour décrire ce qui se passe au niveau de l'infrastructure informatique connectée au réseau Internet. Car dans cette ville informatique qui ne l'oublions pas, n'est accessible qu'après avoir payé son droit d'entrée au niveau de ses portes (fournisseur d'accès à Internet), il devient impossible de connaitre toutes les personnes actives au sein de son espace et encore moins tout ce qui s'y passe. D'ailleurs tout comme au village mais à une échelle plus importante, communique entre eux toute une série d'objets (Internet des objets) sans que l'on soit toujours au courant de ce qu'ils s'échangent entre eux. À côté de cela heureusement, il existe la partie de la ville humainement accessible et intelligible (espace Web) dans laquelle on retrouve des « bâtiments » (sites Web), composé de pièces (pages Web) que l'on peut répartir sur plusieurs étages (répertoires).

Tous ces bâtiments sont fabriqués grâce à des engins de construction (éditeur HTML), dans le respect de normes et d'une réglementation (hypertext Transfer Protocol) pour posséder ensuite leur propre adresse soit en chiffre (Uniform Resource Locator ou URL) soit en lettre (nom de domaine) qui comprend alors des indications sur le type de bâtiment (Domaine de premier niveau) et d'autre permettant de rejoindre les étages et les pièces (domaine de deuxième niveau et chemin absolu). Ces bâtiments sont parfois isolés (serveurs informatiques privé), mais le plus souvent regroupés dans des grands quartiers (hébergeur web) localisable dans les deux cas par un code postal (adresse IP). Pour circuler d'un quartier à l'autre, on utilise un « réseau routier » (Internet) et un « véhicule » (navigateur Web) équipé du assistant de navigation GPS de son choix (moteur de recherche). Lorsqu'un bâtiment est inconnu par les GPS il faut alors obligatoirement connaitre son adresse (IP ou URL) pour y accéder dans ce que l'on appelle alors les quartiers sombres ou profonds de la ville (dark Web ou deep Web).

Les GPS (moteurs de recherche), qui nous indique le chemin (nom de domaine) des lieux que l'on recherche en ville (pages Web) sont aussi comparables à des taxis appartenant à des grandes firmes commerciales qui, en fonction des plus offrants, n'hésitent pas à diriger les voyageurs prioritairement vers certains lieux (pages Web) lorsqu'ils auront été rétribués pour le faire. Tant qu'à faire, certaines sociétés de taxis (Google, Yahoo!, Microsoft Bing, etc.), n'hésitent pas à enregistrer le profil, la provenance et la destination de leurs clients, dans le but de vendre ces informations plus tard à des personnes ou organismes désireux de les utiliser à des fins de marketing commercial, politique ou autres.

Cette métaphore de la ville informatique, permet donc de mieux comprendre comment certains changements urbanistiques, tels que l'installation d'une barrière ou d'un Mosquito (contrôle parental), ou la suppression d'espace de rencontre ou de partage (site de rencontre et réseau peer-to-peer), peuvent directement affecter la vie des personnes qui la fréquente. Elle permet aussi de mieux prendre en compte les enjeux liés à l'utilisation de service gratuits offerts par les géants du web, puisque en s'exprimant ou en stockant des choses chez eux, c'est au sein même de leurs bâtiments que toutes les « traces numériques »[B 9] sont enregistrées pour être vendues ou directement traitée de manière « synchorisée »[B 10] par des robots (algorithme) selon des avertissements affichés sur la porte d'entrée (conditions générales d'utilisation) que personne ne prend la peine de lire.

Bien sûr la ville informatique n'est qu'une métaphore qui ne rend pas compte par exemple l'aspect transnational du réseau Internet ni des délimitations de l'infrastructure informatique qui ne coïncide en rien avec les frontières étatiques, à ce point qu'il n'est pas toujours facile de savoir dans quel pays se trouvent les quartiers de la ville informatique (serveurs) et donc sous quelle juridiction leurs opérateurs techniques (hébergeurs). Bien entendu, il faut ensuite garder à l'esprit que si la ville informatique est un espace immatériel, l'infrastructure informatique sur laquelle elle repose est pour sa part tout à fait tangible, et représente même de nos jours, et au même titre que les vraies grandes ville au sein des nations, une part considérable des ressources naturelles consommées par l'humanité.

Tant au niveau de sa composante matériel qu’immatériel et au même titre que les villes, ce que l'on appelle aussi cyberspace, est donc un espace anthropologique et un artefact par excellence, puisqu'il fut entièrement produit par l'être humain, son imagination et ses machines. Mais avec cette différence importante toute fois, c'est que si les villes géographiques trouvent leur origine dans le développement de l'état, le cyberespace quant à lui, est une production beaucoup purement sociétale puisque son espace transcende les espaces étatiques. Pour reprendre la terminologie utilisée par Pierre Levy[B 11] est enfin un « espace du savoir » qui peine à ne pas tomber dans l' « espace des marchandises » qui se développe chaque jour un peu plus au sein d'une société en ligne productrice d'exclusion sociale[B 12]. L'écoumène informatique initialement conçu comme espace d'émancipation est donc aujourd'hui plus que jamais le théâtre d'une lutte entre un désire d'autonomie et la recherche d'un contrôle.

Les logiciels libres[modifier | modifier le wikicode]

Le premier fait historique lié aux logiciels libres est à dater du 27 septembre 1983, quand Stallman lança, dans la newsletter net.unix-wizards, adressée aux utilisateurs du système d'exploitation Unix, un appel à soutien pour un projet de création d'un système d'exploitation intitulé GNU. Ce projet consistait à produire une suite de programmes qui permettrait d'utiliser un ordinateur dans des tâches multiples et de les offrir librement à quiconque voudrait les utiliser. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique de longue distance qui précédant Internet, Stallman mobilise la règle d'or pour décrire sa motivation. Il s'exprime en ces termes :

Je considère comme une règle d'or que si j'apprécie un programme je dois le partager avec d'autres personnes qui l'apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j'ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m'en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.[W 2]

J'appris par la suite que le projet de Stallman, qui reçut rapidement le soutien nécessaire à son accomplissement, était en fait une réaction à l'arrivée des logiciels propriétaires qui, selon Stallman, ne respectaient pas les quatre libertés fondamentales de leurs utilisateurs :

la liberté de faire fonctionner le programme comme vous voulez, pour n'importe quel usage (liberté 0) ;

la liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier pour qu'il effectue vos tâches informatiques comme vous le souhaitez (liberté 1) ; l'accès au code source est une condition nécessaire ;

la liberté de redistribuer des copies, donc d'aider les autres (liberté 2) ;

la liberté de distribuer aux autres des copies de vos versions modifiées (liberté 3) ; en faisant cela, vous donnez à toute la communauté une possibilité de profiter de vos changements ; l'accès au code source est une condition nécessaire.[W 3]

Il faut savoir qu'à cette époque, le marché de l'informatique était en pleine mutation, que l'habituel partage des programmes et des codes informatiques entre quelques rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d'un accès à un ordinateur était mis à mal. La fin de cette tradition de partage était liée à la commercialisation croissante des logiciels informatiques et l'apparition de nouveaux moyens techniques et juridiques visant à la privatisation de leurs codes sources. Apparurent ainsi des brevets, copyrights, et clauses de non-divulgation sur les contrats des employés au sein des firmes commerciales. Le climat de solidarité et d'entraide qui existait précédemment dans le monde de la recherche en informatique faisait donc rapidement place à celui de la concurrence et de la compétition du secteur commercial.

Photo prise en mars 1957 au Centre de recherche Langley capturant l"image d'une femme et d'un homme qui travaillent sur machine de traitement électronique de données IBM type 704 utilisée pour la recherche aéronautique
Fig. 3.1. Photo prise en mars 1957 au Centre de recherche Langley capturant l"image d'une femme et d'un homme qui travaillent sur machine de traitement électronique de données IBM type 704 utilisée pour la recherche aéronautique (Source : https://w.wiki/377h).

L'origine de cette mutation fut sans aucun doute l'arrivée d'un nouveau marché né de l'essor des premiers ordinateurs domestiques tel que le commodore 64, apparu en 1982, le plus vendu au monde selon le livre Guinesse des records, avec plus de 17 millions d'exemplaires[B 13], ou encore l'IBM Personal computer (PC), produit à partir de 1981, et dont l'architecture ouverte fut à l'origine de l'apparition de toute une gamme d'ordinateurs personnels. Ce nouveau type d'ordinateurs de tailles réduites répondait aux besoins de matériel informatique au sein des engins de l'industrie aérospatiale. Leurs mises au point ne purent se faire qu'après l'arrivée des premiers circuits intégrés dont le coût s'est progressivement réduit durant les années 70, jusqu'à en faire un produit accessible sur les marchés publics. Une dizaine d'années furent encore nécessaire pour que la technologie informatique devienne un produit de vente à usage domestique.

Commodore 64 avec disquette et lecteur
Fig. 3.2. Commodore 64 avec disquette et lecteur (Source : https://w.wiki/377 g)

En 1975 une société répondant au nom de Microsoft fut créée dans une optique tout à fait opposée à celle du projet GNU. En 1998 cette société fut accusée de « hold-up planétaire »[B 14] dans un ouvrage rédigé par la journaliste Dominique Nora et par le maître de conférences en informatique Roberto Di Cosmo. À la lecture de celui-ci, je découvris qu'à cette époque, « 41 % des bénéfices des dix premiers mondiaux du logiciel » étaient réalisé par cette société et que les systèmes d'exploitation de Microsoft équipaient plus de 85 % des micro-ordinateurs de la planète. Plus de 20 ans plus tard, soit en 2020, cette situation de « quasi-monopole »[B 15] semble toujours d'actualité avec 76.56 % des ordinateurs de bureau fonctionnant sur Windows[B 16], un chiffre confirmé au dessus des 70 % par les statistiques de fréquentation du Web produites par la W3schools[W 4].

Ce monopole faisait suite à la signature d'un contrat entre IBM, constructeur des premiers ordinateurs personnels (PC) et la compagnie Microsoft, choisie pour fournir le système d'exploitation nécessaire au fonctionnement de ces ordinateurs. Le programme installé par Microsoft proviendra du Q-DOS, acronyme humoristique de « Quick (rapide) and Dirty (sale) Operating System » acheté à une PME, appelée Seattle Computer, pour la somme de 50 000 dollars. Après quelques modifications sommaires, il fut rebaptisé MS-DOS dans le but d'honorer le contrat[B 17]. Comme explique Di Cosmo interviewé dans Le hold-up planétaire :

IBM n'a jamais pris cette affaire de PC au sérieux : le mammouth n'a pas pris la peine d'acheter MS-DOS, ni même de s'en assurer l'exclusivité. Résultat : Microsoft a ensuite pu vendre MS-DOS – puis son successeur Windows – à tous les concurrents de « Big Blue », comme on surnommait alors IBM. À l'époque, les constructeurs de machines dominaient l'industrie. Personne ne se doutait qu'avec la standardisation autour des produits Intel et Microsoft et l'apparition des cloneurs asiatiques, tous les profits – et le pouvoir – de la micro-informatique se concentreraient dans les puces et les systèmes d'exploitation.[B 17]

En parlant de puces, Di Cosmo fait ici allusion à un autre monopole, moins connu peut-être, apparu cette fois sur le marché des circuits intégrés. Il s'agit de celui de la société Intel Corporation le premier fabriquant mondial de semi-conducteurs destinés à la production de matériel informatique (microprocesseurs, mémoires flash, etc.), qui, à titre indicatif, a atteint un record de 96.6 % sur le marché des serveurs informatiques en 2015[B 18]. Le monopole atteint par Intel, tout comme celui de Microsoft dont il sera bientôt question, fera l'objet de contentieux portant sur des pratiques anticoncurrentielles. Dans ce cadre, et suite à un versement de 1.25 milliard de dollars d'Intel à la société Advenced Micro Devices (AMD) en 2009, cette dernière s'engagea à abandonner les poursuites[B 19].

Mais pendant que Microsoft et Intel développaient leurs monopoles économiques, un nouvel évènement majeur allait marquer l'histoire du logiciel libre. Son déclenchement fut de nouveau un appel à contribution, posté cette fois le 25 août 1991 par Linus Torvalds, un jeune étudiant en informatique de 21 ans. Le message fut transmis via Usenet, une application de messagerie reposant sur le récent réseau Internet et apparu cette fois sur la liste de diffusion du système d'exploitation MInix, une sorte de UNIX simplifié dans un but didactique par Andrew Tanenbaum.

À juger de la modestie du premier paragraphe, son auteur ne semblait aucunement anticiper que les mots qu'il écrivait allaient entamer une collaboration qui ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre[B 20] :

Je fais un système d'exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386(486) AT. Ce projet est en cours depuis avril, et commence à se préparer. J'aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n'aiment pas dans minix, car mon système d'exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).[B 21][N 2]

Mascotte du projet GNU à gauche et du projet Linux à droite.
Fig. 3.3. À gauche la mascotte du projet GNU ; à droite celle du projet Linux appelée Tux (source : https://w.wiki/377i)

Bien qu'il fût présenté comme un passe-temps, le projet répondant au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs de par le monde, pour devenir bientôt la pièce manquante du projet GNU. Le système d'exploitation développé par Richard Stallman n'avait en effet pas encore terminé la mise au point de Hurd, son noyau de système d'exploitation, ou autrement dit la partie du code informatique responsable de la communication entre les logiciels et le matériel informatique. La fusion du code produit par le projet GNU et Linux aboutit donc rapidement à la mise au point d'un système d'exploitation complet, stable et entièrement libre intitulé GNU/Linux.

Au départ du code issu de l'union des deux projets, la communauté des développeurs aura ensuite vite fait de personnaliser les choses en créant de nombreuses variantes au système d'exploitation original que l'on appelle communément distributions. C'est l'une de ces distributions, intitulée Debian, et dont le projet semble être le seul grand distributeur GNU/Linux qui ne soit pas une entité commerciale[B 22], qui fut choisie pour le fonctionnement des serveurs qui hébergent l'ensemble des projets Wikimédia[W 5]. Ce choix apparait donc tel un double héritage en provenance du mouvement des logiciels libres. Le premier d'ordre technique assurera la fourniture de programmes informatiques pour faire fonctionner ses serveurs, tandis que le deuxième d'ordre économique, permettra au mouvement de s'acquitter du paiement de licences d'exploitation.

À ces deux héritages s'ajoute un troisième, méthodologique cette fois que j'avais découvert en lisant un article intitulé « La cathédrale et le bazard »[B 23], dans lequel Éric S. Raymond oppose, d'un côté, l'organisation du travail dite « cathédrale », pyramidale, rigide, statutairement hiérarchisée et habituellement présente dans les entreprises, et de l'autre, l'organisation dite « bazar », horizontale, flexible et peu hiérarchisée statutairement, qu'il avait expérimentée lui-même dans le développement de son propre logiciel libre en se ralliant au « style de développement de Linus Torvalds – distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu'à la promiscuité »[B 24].

Par la suite, en réalisant un travail de fin de master consacré à l'étude de la communauté des éditeurs actifs sur le projet Wikipédia francophone[B 25], je me suis rapidement rendu compte que ce dernier projet qualifié de « bazar libertaire » par le journal Le soir au cours de l'année 2012[B 26] avait hérité du mode organisationnel des logiciels libres. Un simple extrait de l'un des cinq principes fondateurs sur lesquels s'est construit l'encyclopédie suffit, je pense, pour illustrer cet héritage :

N'hésitez pas à contribuer même si vous ne connaissez pas l'ensemble des règles, et si vous en rencontrez une qui, dans votre situation, semble gêner à l'élaboration de l'encyclopédie, ignorez-la ou, mieux, corrigez-la. [W 6]

Le mouvement Wikipédia semble donc bel et bien un proche héritier des « héros de la révolution informatique » et des valeurs d'universalité, de liberté, de décentralisation, de partage, de collaboration et de mérite décrites par Steven Levy dans son ouvrage L'Éthique des hackers[B 27]. Quant à la venue de Richard Stallman en tant qu'invité de prestige de la première rencontre mondiale du mouvement Wikimédia de 2005 (voir figure 2.4), elle aura certainement symbolisé ce rapprochement identitaire entre les logiciels libres et le mouvement Wikimédia, qui furent tout deux tributaires du réseau Internet dans leur développement.

Le réseau Internet[modifier | modifier le wikicode]

D'un point de vue technique, on peut considérer qu'Internet est né avec la suite des protocoles Internet (TCP/IP) mis au point par Bob Kahn et Winton Cerf et dont la première mise en pratique fut réalisée en 1977[B 28]. L'aboutissement du projet aura donc pris près de cinq ans puisque sa première présentation eut lieu en 1973, lors de la conférence internationale sur les communications informatiques de l'International Network Working Group.

Contrairement à certaines idées reçues, le réseau Internet ne fut donc pas produit par les forces armées américaines. Celles-ci ont par contre participé au financement de la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA)[B 29] qui fut à l'origine du réseau ARPANET qui, par ailleurs, fonctionnait sur un protocole différent de celui d'Internet intitulé Network Control Protocol (NCP), élaboré en décembre 1970 par le Network Working Group, un groupe informel d'universitaires[B 30]. Ce groupe d'acteurs fut aussi celui qui mit en place au sein d'ARPANET la procédure Request For Comments (appels à commentaires en français), toujours en application au sein du mouvement Wikimédia et qui représente « incontestablement l’un des symboles forts de la « culture technique » de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience. »[B 31]

L'armée américaine, pour sa part, aura fait le choix de développer son propre réseau appelé MILNET en le séparant du réseau ARPANET, qui restera un « réseau pour la recherche et le développement »[B 32]. Cette séparation s'effectua en 1983, précisément l'année où Richard Stallman lança le projet GNU via ARPANET qui comprenait alors moins de 600 machines connectées[B 33]. Internet s'est ensuite développé avec l'apparition de l'Internet Society, une ONG créée en 1992 par les pionniers de l’Internet chargés de l'entretien technique des réseaux informatiques et chargés du respect des valeurs fondamentales du réseau[B 34].

D'un point de vue culturel donc, le logiciel libre et la culture libre sont apparus bien avant la naissance de ce que j'appellerais l' « Internet interculturel » et représente à mes yeux un réseau de communication international, neutre et indépendant, ouvert à tout type d'utilisations et d'utilisateurs. Ce réseau ne verra en effet le jour qu'à la suite de l'installation des premières Dorsales Internets transnationales, fin des années 80, et bien sûr, suite à l'ouverture du protocole TCP/IP et son adoption au travers le monde qui restera certainement l'étape la plus importante de l'histoire d'Internet.

Michel Elie, pionnier de l'informatique et responsable de l'Observatoire des Usages de l'Internet, témoigne de cette époque et de la naissance d'Internet dans un article intitulé « Quarante ans après : mais qui donc créa l'internet ? ». Il écrit ceci :

Le succès de l'internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaine de milliers d'étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia. [B 35]

Carte partielle d'Internet, basée sur les données de opte.org du 15 juin 2005.
Fig. 3.5. Carte partielle d'Internet, basée sur les données de opte.org en date du 15 juin 2005 (source : https://w.wiki/377ᵉ)

Cette comparaison entre Internet et le projet Wikipédia fut bien sûr très interpellante dans le contexte de mes travaux. Elle me permit au bout de recherches plus approfondies de réaliser à quel point le mouvement Wikimedia pouvait apparaitre quelque part comme une nouvelle résurgence de la contre-culture des années 60 apparue aux États-Unis dans le contexte de la guerre du Viêt Nam. Dans son ouvrage titré :« Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l'opposition de la jeunesse » [B 36][N 3], Theodore Roszak. définit la contre-culture de la sorte :

Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n'occuper dans la vie humaine qu'une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n'implique rien de moins que l'acceptation de nous ouvrir à l'imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu'affirment des hommes tels que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l'œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu'il est vraiment. [B 37]

À la lecture de ce texte datant de 1970, il est intéressant de voir que le mouvement de la contre-culture au même titre que le mouvement Wikimédia utilisent un vocabulaire similaire pour se décrire en utilisant chacun une vision qui imagine autrement le monde. Il semble cependant paradoxal qu'une culture qui voit dans la technique quelque chose d' « inférieur et marginale » et qui porte sur la science un regard « banal » puisse avoir influencé le milieu scientifique et technique responsable de la naissance d'Internet. Ce paradoxe fut toutefois résolu par Fred Turner dans son ouvrage intitulé :« Aux sources de l'utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d'influence »[B 38][N 4]. Dans ce livre qui retrace la vie de Steward Brand, Turner réussira en effet à établir un lien direct entre la culture Hippie des années 60 et l'esprit de la cyberculture au sein de laquelle Internet prit naissance.

En complément de la démonstration faite dans cet ouvrage, je citerai pour ma part les propos de David D. Clark qui, à mon sens, illustrent parfaitement l'influence de la contre-culture américaine au niveau des pensées de ceux qui furent les précurseurs d'Internet. Lors d'une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l'ingénierie Internet David Clark prononça, en effet, cette phase cruciale qui marquera les valeurs techniques et politiques des ingénieurs à qui il s'adressait[B 39] :« Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent »[B 40][N 5].

Cette courte citation semble donc indiquer que le mépris de la contre-culture des années 60 envers la technique et la science, aura fini par faire place à un refus d'autorité qui caractérise encore aujourd'hui la communauté des contributeurs actifs au sein des projets Wikimédia. En effet, alors qu'Internet continue de lutter pour conserver la neutralité de son réseau, le mouvement Wikimédia pour sa part, continue de lutter pour préserver ses projets éditoriaux de toute forme de contrôle élitiste intenté par des autorités extérieures à sa communauté. Au-delà du réseau Internet et des projets Wikimédia, ce désir d'autonomie est aussi observable au niveau de l'espace Web et ce, depuis sa création.

L'espace web[modifier | modifier le wikicode]

Une autre figure importante dans la préhistoire du mouvement Wikimédia est celle de Tim Berners-Lee l'inventeur du World Wide Web que l'on désigne souvent par l'expression « Web » ou « toile » en français. Actif au sein du conseil européen pour la recherche nucléaire (CERN), il eut en effet l'idée de créer un espace d'échange public au sein du réseau Internet. Pourcela, il mit au point un logiciel intitulé « WorlWideWeb » capable de produire et de visiter des espaces numériques intitulés site Web. Composés de pages Web, ces sites Web sont alors hébergés sur des ordinateurs séparés mais tous reliés entre eux grâce au réseau Internet. Son programme fut rebaptisé Nexus par la suite, pour éviter la confusion avec l'expression Worl Wide Web[W 7].

Au sein du Web et grâce à un système intitulé hypertexte, les pages Web indexent des informations présentes dans une même page, un même site, mais aussi sur des pages et des sites situées sur des ordinateurs distants. Pour permettre ce transfert d'information d'un ordinateur à un autre, Berners-Lee mit au point un protocole appelé Hypertext Transfer Protocol ou HTTP. Ainsi donc apparu l'espace Web que l'on peut décrire comme un espace global et numérique formé par l'ensemble de ces pages et sites Web situés sur les mémoires de multiples ordinateurs connectés entre eux via le réseau Internet.

« Where the WEB was born », plaque comémorative du CERN 2004
Fig. 3.6. « Where the Web was born », plaque commémorative du CERN 2004 (source : https://w.wiki/377d)

Afin de veiller au bon usage de l'espace web au travers l'application de règles et de protocoles standards, l'association Internet Society fut fondée par Berners-Lee en tant que consortium international sous le sigle W3C. Ayant la fondation Wikimédia comme nouveau membre depuis 2019[B 41], cette organisation a une devise : « un seul Web partout et pour tous »[W 8]. Si celle-ci semble bien naturelle à ce jour, il s'en est fallu de peu pour que le premier éditeur de site WorldWideWeb et par conséquent, l'idée même du World Wide Web, ne devienne un produit commercial voire un service payant. À partir du 30 avril 1993, ce risque était effectivement très élevé puisque le logiciel WorlWideWeb avait été déposé dans le domaine public par Robert Cailliau qui assistait Berners-Lee dans le développement du Web. Dans un ouvrage intitulé Alexandia[B 42], Quentin Jardon explique cet épisode critique de la naissance du Web de la sorte :

Pour François, la philanthropie de Robert, c'est très sympa, mais ça expose le Web à d'horribles dangers. Une entreprise pourrait s'emparer du code source, corriger un minuscule bug, s'approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L'ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d'un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d'un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d'abord gratuit peut-être, avant d'être soumis lui aussi à une licence. […] En plus de devenir un territoire privé, le Web se balkaniserait entre les géants du secteur. […] Mais le jeune Bill Gates ne croit pas encore à la portée commerciale de ce système. […] Ce dédain provisoire est une bénédiction pour Tim et Robert, car la stratégie de Microsoft, au début des années 1990, obéit à la loi du "embrace, extend and stay at the top" [B 42]

Heureusement, en octobre 1994 et après avoir repris les responsabilités de Tim Berners-Lee, suite à son départ du CERN[B 43], François Flückiger, dont Jardon faisait mention, eut la présence d'esprit de se rendre à l'Institut fédéral de la propriété intellectuelle suisse pour retirer du domaine public le code de l'éditeur HTML et le placer sous licence libre, en y apposant de la sorte la propriété intellectuelle du CERN. La licence libre eut ainsi pour effet d'interdire la modification et l'amélioration du code de l'éditeur dès lors que la version transformée n'est pas elle-même soumise à une licence identique. De manière récursive et anticipative, le dépôt sous licence libre du code source qui aura donné naissance à l'espace Web rendit donc peu probable l'apparition d'une bataille commerciale comparable à celle qui arriva peu de temps après dans le secteur des navigateurs Web.

Les navigateurs[modifier | modifier le wikicode]

L'espace Web une fois créé, l'offre sur le marché des navigateurs web s'est ensuite développée avec l'apparition de plusieurs logiciels aux performances diverses. Au départ du code et des fichiers disponibles sur les serveurs informatiques, les navigateurs doivent en effet restituer les pages web dans leur interface graphique, et ils ne le font pas tous de la même manière, ni avec les mêmes ressources. Ces différences auront donc pour conséquence de créer une compétition entre les producteurs de navigateurs, basée sur la rapidité, la légèreté et la fiabilité de leur produit. Quant aux consommateurs, ils seront toujours à la recherche d'un navigateur capable d'afficher sur l'écran de leurs ordinateurs une page Web respectant le plus possible les désirs de son créateur ou administrateur, et ce au moindre frais possibles.

Le site 3WSchools chargé de l'étude du marché des navigateurs fournit un classement en fonction du pourcentage du nombre d'utilisateurs :(1) le logiciel Chrome de Google en première position avec 80.4 %, (2) Firefox de Mozilla avec 7.1 %, (3) edge/Internet explorer de Microsoft avec 5.2 %, (4) Safari de Apple avec 3.7 % et finalement (5) Opera de Opera Software avec 2.1 %[W 9]. Dans le courant du même mois, le site StatCounter indiquait quant à lui :66.12 % pour Chrome, 17.24 % pour Safari, 3.98 % Firefox, 3.18 % pour Samsung Internet, 2.85 % pour Edge et 2.08 % pour Opera[W 10][N 6]. Dans ces deux classements et malgré les reproches qui peuvent lui être attribués[B 44], le navigateur Chrome apparait donc finalement comme le logiciel préféré des utilisateurs aux alentours de l'année 2012 (voir figure 2.7 ci-dessous).

Graphique illustrant l'évolution des parts de marché des navigateurs Web depuis 2009 à septembre 2020
Fig. 3.7. Graphique illustrant l'évolution des parts de marché des navigateurs Web depuis 2009 à septembre 2020 (source : https://w.wiki/377c)
Évolution de la part respective des navigateurs entre 1996 et 2009
Fig. 3.8. Évolution de la part respective des navigateurs entre 1996 et 2009 (source : https://w.wiki/377b)

Mais avant 2010 et selon un second graphique (figure 2.8 ci-dessous), on découvre que le marché des navigateurs fut le théâtre de ce que certains appelleront la « bataille commerciale des navigateurs Web »[W 11] opposant le logiciel Netscape Comunications de l'entreprise du même nom au programme internet produit par la firme Microsoft. Sans entrer dans des détails qui sont accessibles dans un article Wikipédia consacré à l'évolution de l'usage des navigateurs Web[W 12], je retiendrai ici au sujet de cette guerre commerciale, qu'il ne fut pas difficile pour la société Microsoft de conquérir la presque totalité du marché.

Ce nouveau monopole s'établit effectivement en 5 ans seulement, et fut amorcé dès le moment ou Microsoft prit conscience un peu tardivement de l'enjeu commercial que représentait l'espace Web. La position de monopole de la firme, au niveau des systèmes d'exploitation, lui donna évidemment une puissance inégalable tant en matière de distribution de son navigateur qu'au niveau du financement de son développement. D'ailleurs, alors qu'Internet Explorer dépassait la barre des 90 % de parts de marché, et même si un recours en appel blanchira par la suite cette accusation, la firme Microsoft fit l'objet d'un verdict de première instance validant le fait qu'elle avait abusé de sa position dominante dans les systèmes d'exploitation pour évincer illégalement ses concurrents dans les logiciels de navigation internet[B 45].

Entre-temps et au cours de l'année 1998 la société Netscape Communication, reconnaissant sa défaite, avait déposé le code source de son navigateur sous licence libre et permit ainsi la naissance d'un nouveau navigateur intitulé Firefox[B 46]. Soutenu par la communauté libre au niveau de son développement, ce nouveau logiciel reprit petit à petit des parts de marché sur Internet explorer. Cependant, et comme cela fut déjà expliqué, l'arrivée de Google Chrome, un autre logiciel libre développé cette fois par la société commerciale Google, signa la fin d'un nouveau duel entre Firefox et Internet Explorer.

Cet épisode de la révolution numérique m'a permis de comprendre à quel point le logiciel libre pouvait devenir une alternative capable de concurrencer les plus grands acteurs commerciaux. Il me permit aussi de découvrir que Wikipédia ne fut pas le premier projet libre né d'une première initiative commerciale. J'y ai découvert aussi cependant qu'un phénomène inverse pouvait apparaitre dès lors qu'une grande entreprise commerciale telle que Google, faisant fi d'un éventuel profit tiré au départ de la production d'un logiciel, récupère sa mise en récoltant des informations sur les utilisateurs. En fin de compte, je retiendrai aussi de l'histoire des navigateurs, que l'existence et l'utilisation des licences libres représentent un élément clef au niveau de la révolution numérique.

Les licences libres[modifier | modifier le wikicode]

e symbole Copyleft, un Copyright renversé.
Fig. 3.9. Le symbole Copyleft, un Copyright renversé. (Source : https://w.wiki/377a).

L'autobiographie autorisée de Sam Williams intitulée :« Richard Stallman et la révolution du logiciel libre. »[B 47], décrit très bien comment Richard Stallman donna naissance au concept de licence libre. En 1985 et suite à une discussion avec le juriste Mark Fischer, le fondateur du projet GNU trouva en effet le moyen de protéger son programme Emacs, un éditeur de texte, en publiant, dans le cadre de son projet GNU, la première version d'une licence intitulée Général Public Licence (GPL).

En 1989, malgré la pression émise par Microsoft à l'encontre de cette licence, et grâce à la participation de John Gilmore et d'une grande communauté d'activistes hackers comprenant aussi certains juristes tels que Jerry Cohen et Eben Moglen, la licence initialement prévue pour le logiciel Emacs devint applicable à tout type de logiciel. Selon les propos retenus lors de la lecture d'une biographie autorisée de Richard Stallman :

« La GPL apparaît comme l'un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l'intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel. »[B 48]

Avec la GPL apparut une composante essentielle des logiciels libres qu'est la clause de reproductibilité de la licence sur les produits dérivés. Celle-ci qualifiée de virale ou récursive sera baptisée « copyleft », traduite en français par « gauche d'auteur », suite à une idée qui lui avait été transmise par Don Hopkins dans un échange de courriers[W 13]. Comme cela a déjà été vu dans le cadre du « sauvetage » du Web, la clause copyleft apparait aujourd'hui comme un détail déterminant dans l'histoire de la révolution numérique.

Classification des licences d'exploitation des œuvres de l'esprit.
Fig. 3.10. Classification des licences d'exploitation des œuvres de l'esprit. (source : https://w.wiki/377Y).

Cette notion de copyleft est à mes yeux plus importante que de faire la distinction entre le concept du logiciel libre développé par Stallman, et celui de logiciels open source popularisé par Éric Raymond, qui finalement furent confondus dans l'expression unique Free and open-source software (FOSS) alors que le concept d'open source faisait toujours l'objet d'une controverse sur Wikipédia en français à la fin de l'année 2020[W 14]. En d'absence de clause interdisant l'usage commercial, la clause « Share alike » (partage à l'identique) surnommée copyleft reste en effet la seule garantie pour qu'un travail ne puisse jamais être récupéré complètement, partiellement ou de manière modifiée par une personne ou un organisme désireux d'y apposer un copyright ou autre licence restrictive dans le but d'en tirer profit au détriment d'un usage libre par le reste du monde[B 49] (voir figure).

Classement des différentes licences, de la plus ouverte à la moins ouverte.
Fig. 3.11. Classement des différentes licences, de la plus ouverte à la moins ouverte (source : https://w.wiki/377T).

Cela étant dit, chacun est libre de partager son travail sous les conditions qu'il veut et c'est sans doute pour simplifier ce choix qu'une nouvelle organisation internationale sans but lucratif appelée Creative Commons aura vu le jour pour permettre« le partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d'outils juridiques gratuits »[W 15]. Créée le 15 janvier 2001, précisément le même jour que Wikipédia, cette association offre donc une variété de licences (voir figure ci-dessous) applicables sur du code informatique, mais aussi sur des textes, photos, vidéos, musiques et autres productions de l'esprit. Celle utilisée au sein des projets Wikimedia est la licence CC. BY. SA à l’exception du contenu du projet Wikidata et des descriptions apportées aux fichiers présents sur Wikimédia commons qui reposent, eux, sous la licence CC.0.

L'un des fondateurs de Creative Commons fut Lawrence Lessig, une personnalité marquante de la culture libre qui en assure toujours la présidence jusqu'à ce jour. Lessig est l'auteur d'un célèbre article intitulé :« Code is law »[B 50] dont un extrait repris ci-dessous permet de synthétiser en quelques mots la puissance du code informatique en matière d'autorité et de régulation :

Ce code, ou cette architecture, définit la manière dont nous vivons le cyberespace. Il détermine s'il est facile ou non de protéger sa vie privée, ou de censurer la parole. Il détermine si l'accès à l'information est global ou sectorisé. Il a un impact sur qui peut voir quoi, ou sur ce qui est surveillé. Lorsqu'on commence à comprendre la nature de ce code, on se rend compte que, d'une myriade de manières, le code du cyberespace régule. [B 51]

La protection du code informatique par les licences libres, et la garantie d'une transparence qui en rend le contrôle possible, apparaissent donc comme un enjeu majeur tant pour le réseau Internet, que l'espace Web qui s'y développe. Cette protection permet, entre autres, de vérifier que les logiciels qui prennent le contrôle de nos ordinateurs et qui influencent de plus en plus le déroulement de nos vies, servent bien nos intérêts et pas ceux des personnes qui les produisent[B 52].

Cependant, si une licence libre peut permettre l'utilisation de ce qui est produit dans l'espace numérique Wikimédia, elle n'en permet pas pour autant le contrôle des millions de modifications apportées aux centaines de projets collaboratifs. Cette tâche de contrôle beaucoup plus ardue doit en effet être assumée par d'autres moyens que la simple apposition d'une licence. Pour qu'elle soit possible, il fallut attendre l'arrivée d'un nouveau type de logiciels qui permet la construction d'un site Web par des millions de contributeurs situés aux quatre coins du monde, tout en leur donnant la possibilité de contrôler tout ce qui s'y passe. Le premier logiciel capable d'une telle prouesse fut baptisé WikiWikiWeb, et son préfixe restera présent tout au long de la croissance du mouvement Wikimédia.

Les Wikis[modifier | modifier le wikicode]

Logo du logiciel MediaWiki, le logiciel Wiki utilisé par les projets Wikimédia et dont le développement est soutenu par la fondation Wikimédia.
Fig. 3.12. Logos du logiciel MediaWiki, le logiciel Wiki utilisé par les projets Wikimédia (source : https://w.wiki/377j).

WikiWikiWeb, fut le premier logiciel libre de type « wiki », créé en mars 1995 par Ward Cunningham. Grâce à l'accessibilité de son code source et la permission de son réemploi, il permit la création de nombreux autres logiciels de même type, produits eux aussi sous licence libre en raison de l'action virale spécifique à celle-ci. L'histoire des wikis apporte donc, en ce sens, une nouvelle illustration de l'importance de cette clause de redistribution à l'identique surnommée copyleft.

D'ailleurs, ce sera quelque part grâce à ce copyleft que les fondateurs du projet Wikipédia purent installer librement et gratuitement le logiciel Wiki qui leur convenait, alors que la société Bomis, qui soutenait le projet, était confrontée à de grosses difficultés financières. Le choix fut porté sur le logiciel UseModWiki qui répondait à leurs attentes en raison de sa simplicité et du peu de ressources informatiques nécessaires à son bon fonctionnement. Il fut remplacé le 25 janvier 2002 par le logiciel MediaWiki dont le développement fut soutenu par la fondation Wikimédia jusqu'à ce jour[B 53].

Après l'apparition du réseau Internet et de son l'espace Web, des systèmes d'exploitations de type GNU/Linux permettant de faire tourner gratuitement des serveurs informatiques, l'arrivée des logiciels Wikis apportait donc la dernière pièce manquante et indispensable au lancement d'une encyclopédie libre et universelle.

L'encyclopédie libre et universelle[modifier | modifier le wikicode]

En collectant et partageant l'ensemble des connaissances humaines, les projets Wikimédia semblent aujourd'hui concrétiser un vieux projet porté par de nombreux hommes depuis la nuit des temps. Sans entrer dans les détails de l'histoire, je me limiterai ici à citer pour exemple : Ptolémée Ier et la bibliothèque d'Alexandrie (305 – 283 av. J.-C.), Denis Diderot (1713 – 1784) et son Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, et dans un passé plus proche encore, Paul Otlet (1868 – 1944) et son Mundaneum.

Ce Belge peu connu et pourtant cocréateur, en 1905, de la classification décimale universelle toujours en usage à ce jour, rêvait en effet de cataloguer le monde dans un lieu qui rassemblerait toutes les connaissances humaines sous la forme d'un gigantesque Répertoire bibliographique Universel[B 54]. À la lecture de son Traité de documentation » paru en 1934, je découvre l'étrange songe visionnaire d'un « homme qui voulait classer le monde »[B 55] :

Ici, la Table de Travail n'est plus chargée d'aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l'espace que requiert leur enregistrement et leur manutention, […] De là, on fait apparaître sur l'écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s'il s'agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l'aimerait. Utopie aujourd'hui parce qu'elle n'existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation. [B 56]

Le répertoire Bibliographique Universel aux alentours de 1900.
Fig. 3.13. Photographie de l'intérieur du Répertoire Bibliographique Universel aux alentours de 1900 (source : https://w.wiki/377k)

Cette utopie décrite par Otlet ressemble effectivement à s'y méprendre à une description du « tandem Google Wikipédia »[B 57] plus de soixante ans avant son apparition : allumer un écran, poser une question dans un moteur de recherche et se voir rediriger dans près de 88.7 % des cas vers Wikipédia[W 16]. Quant à l'idée à proprement parler d'une encyclopédie libre et universelle, ce sera Richard Stallman qui en partagea publiquement l'idée en premier. Dans un message posté sur la liste de diffusion du projet GNU le 18 décembre 2000, il raconte en effet que :

Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance, et une bibliothèque complète de cours d'enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n'intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd'hui pour orienter l'avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l'accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l'argent aux personnes qui veulent apprendre. […] Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l'information qu'elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c'est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d'exploitation libre GNU/Linux. L'encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront. [W 17][N 7]

En parlant d'un « mouvement » qui se créerait autour d'une « encyclopédie libre et universelle » Stallman anticipait donc tout à fait ce qui allait se passer suite à la création de Wikipédia. Au travers d'une soixantaine de paragraphes, il dévoile ensuite un projet sous licence libre où « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » et où « en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés ». Sans le savoir et bien avant l'heure, ce qu'écrivait Stallman ressemblait donc fortement à plusieurs principes fondateurs[W 18] appliqués lors de la création de Wikipédia avec, pour exemple, celui de neutralité de point de vue[W 19] qui apparut sur le projet Wikipédia anglophone le 10 novembre 2001[W 20] seulement .

En fin de compte, Wikipédia n'aura donc pas été une trouvaille, mais plutôt un coup de génie qui permit au projet de prendre le devant sur d'autres projets naissants. Celui-ci apparut lorsque Larry Sanger proposa, malgré le manque d'enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, de démarrer une encyclopédie au départ d'un logiciel Wiki[W 21]. La manœuvre avait pour but à son origine d'enrichir Nupedia, l'encyclopédie commerciale de la firme Bomis, lancée quelque temps auparavant, et dans laquelle il était prévu de placer de la publicité pour générer une rentrée financière.

Grâce à la flexibilité du logiciel Wiki, et à l’auto-organisation qu'il permettait de mettre en place, le projet Wikipédia prit ainsi les devants sur le projet GNUPedia lancé parallèlement en janvier 2001 par Stallman et la Free Software Foundation ainsi que sur d'autres projets comme The Info Network , créé par Aaron Swartz à l'age de 12 ans et cinq ans avant la naissance de Wikipédia[V 1]. Pendant que le projet GNUPedia éprouvait beaucoup de difficultés au niveau de la modération de ses contributeurs, Jimmy Wales, qui croyait à la réussite d'une édition par des « gens ordinaires »[B 58], réussit pour sa part à faire confiance à une communauté d'éditeurs bénévoles qui mena le projet à sa réussite. Le projet GNUPedia, quant à lui, fut abandonné, et son contenu fusionné à celui du projet Nupedia dès son passage sous licence de documentation libre GNU[W 22].

Vint ensuite l'éclatement de la bulle spéculative Internet et des restriction budgétaires qui suivit le Krach boursier. Larry Sanger en perdit son salaire et quitta le projet Nupédia. L'encyclopédie libre quant à elle continua son développement nourrie par une communauté de contributeurs dont l'enregistrement sous pseudonyme ne demandera aucune adresse email ni déclaration d'expertise[N 8]. Faute de productivité, le projet Nupedia transféra à son tour ses articles dans Wikipédia pour être ensuite abandonné, en septembre 2003 à la suite du crash de ses serveurs qui ne sera jamais rétabli. Démissionnaire du poste de rédacteur en chef sur Wikipédia en mars 2003, soit un mois après la coupure de son salaire, Larry Sanger avait tenté en vain de sauver le projet Nupedia qui lui tenait à cœur en raison de sa relecture par des experts, mais en vain[B 59]. Mais en septembre 2006, l'ancien employé de Bomis lança à ses propre frais Citizendium, une nouvelle encyclopédie anglophone dans laquelle les contributeurs sont enregistrés sous leur noms réel pour rédiger les articles sous l'égide d'experts. Cependant, dans le courant de l'année 2010, le nombre d'article produit par Citizendium plafonna au alentours de 25.000 alors que la communauté d'éditeurs ne cessa de diminuer dès 2008 (voir fig. 2.) alors que la Wikipédia anglophone dépassait les 3 millions d'articles (voir fig. 2.x).

Évolution dans le temps du nombre d'articles sur en.wikipedia.org
Fig. 3.15 Évolution dans le temps du nombre d'articles sur fr.wikipedia.org (source : https://w.wiki/3VYC).
Graphique montrant le nombre d'articles Citizendium depuis le lancement du projet.
Fig. 3.14 Graphique montrant le nombre d'articles Citizendium depuis le lancement du projet (source : https://w.wiki/3VY8).

De son côté, Jimmy Wales continua à se consacrer entièrement au projet Wikipédia qui finit par atteindre une taille et une visibilité jamais égalée dans l'histoire des encyclopédies. La naissance de Wikipédia en anglais constitua donc la première pierre d'un édifice dans lequel apparaîtront par la suites tout un ensemble de projets en ligne et hors ligne dont les communautés réunies finiront par d'identifier tel un mouvement social portant le même non que la fondation Wikimédia qui fut créé pour le soutenir.

L'héritage du mouvement du libre[modifier | modifier le wikicode]

Au niveau de l'histoire du monde informatique, le mouvement Wikimédia apparait donc comme l'héritier direct d'une culture libre au travers desquels auront été transmise des valeurs et pratiques contre-culturelles, opposée au monde marchand et à l'oppression étatique. L’existence d'un tel transfère idéologique ne fait plus aucun doute lorsque l'on découvre la photo de Richard Stallman, gourou de la contre-culture hacker, s’appétant d'un air triomphant à faire son son intervention lors de la première rencontre Wikimania. Ce témoignage visuel confirme donc, que le mouvement Wikimédia est directement ou indirectement impliqué dans une lutte décrite par André Gorz, le père de la décroissance et le théoricien de l'écologie politique, dans son texte intitulé Le travail dans la sortie du capitalisme :

Photo de Richard Stallman lors du premier rassemblement Wikimania de 2005
Fig. 3.4. Photo de Richard Stallman lors du premier rassemblement Wikimania de 2005 (source : https://w.wiki/377f).

La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" (…) a été le coup d'envoi du conflit central de l'époque. Il s'étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l'existence d'une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.[B 60]

En possédant le seul nom de domaine non commercial du top 50 des sites les plus fréquentés du Web[W 23], le mouvement Wikimédia apparait donc comme l'une des pierres angulaires dans le prolongement de cette « lutte » entre libre et propriétaire. Une lutte qui comme cela a été vu, n'est pas des plus facile à comprendre en raison de la complexité de l'infrastructure informatique, mais aussi celle d'une société mondiale et numérique en pleine (r)évolution dont Rémy Rieffel nous dit qu'elle « est par essence instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse et lourde de menaces » tout en nous rappelant qu'elle « s'inscrit dans un contexte où s'affrontent des valeurs d'émancipation et d'ouverture d'un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l'autre »[B 61]. Suite à ceci, d'autres ouvrages tel que Bienvenue dans le capitalisme 3.0[B 62] ou L'âge du capitalisme de surveillance »[B 63] pointeront pour leurs parts que la sortie du capitalisme n'est à l'ordre du jour.

Dix ans après les avertissements d'André Gorz donc, les enjeux soulevés par les logiciels libres dès le début des années quatre-vingt, restent donc toujours au centre du débats numérique. Au niveau de l'espace web par exemple, l'alarme fut déjà déclenchée à plusieurs reprises par son créateur qui en implore sa « décentralisation »[B 64] et sa « régulation »[B 65]. Ceci alors que le réseau Internet pour sa part, avec l'arrivée de l'Internet des objets et du développement de la technologie 3, 4 et 5G est en train de servir de tremplin à de nombreux produits et applications commerciales.

Il reste enfin à souligner que l'héritage philosophique contre-culturel ne se limita pas au question économique mais déborde aussi largement dans la sphère politique. On le voit d'ailleurs parfaitement au sein du mouvement Wikimédia où se prolonge un désir de s'émanciper du contrôle des états qui aura été à la source de plusieurs censures temporaire des projets Wikimédia dans divers pays tels que la Turquie, la Russie, l'Iran, le Royaume-Uni et même de manière permanente au niveau de la Chine[B 66]. Sans oublier certaines procédures juridique engendrée contre le mouvement comme comme cela se fit en France dans le cadre d'une affaire liée à un article Wikipédia portant sur une station militaire[B 67]. Autant d'éléments donc qui pousse à se questionner sur « la fin d'Internet ou la mondialisation de la politique »[B 68] et dont l'histoire du mouvement Wikimédia apporte réponses au travers de nombreuses illustrations et perspectives quand à la suite de cette résistance contre-culturelle aux logiques capitalistes et au contrôle étatique.

Les archives historiques du mouvement Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

Le logiciel MediaWiki sur lequel fonctionne la presque totalité des projets wikimédia[N 9] est un fabuleux instrument d'archivage. En jargon informatique on appelle ce logiciel un système de gestion de contenu et il a comme particularité d'être muni d'un système de gestion de versions qui enregistre chaque version d'une page avant et après chaque modification. Il est donc en pratique tout à fait possible d'explorer l'historique de chacune des pages créé au sein des projets Wikimédia comme le démontre en image cette vidéo ci-dessous qui reprend pas à pas l'évolution de l'article « Pomme » sur le projet Wikipédia en français.

Vidéo 4.1 : Évolution de l'article Pomme sur le projet Wikipédia francophone, du 20 novembre 2002 date de création au 26 janvier 2012 (source : https://w.wiki/3Y53).

Nous n'allons bien entendu pas nous intéresser ici à l'historique des articles à proprement parler, mais bien à celui du mouvement dans de manière générale. Cependant, il est bon de savoir qu'une information historique trouvée sur la page d'un projet peut disparaître d'un instant à l'autre de la page affichée lors d'une consultation ultérieure, mais qu'elle sera dès lors retrouvable dans la version antérieure qui aura été consultée dans le cadre de mes observations. Ce principe est d'ailleurs valable pour toute autre page web et notamment les articles de presse sont souvent mis à jour une ou plusieurs fois après leur première publication.

Dans un autre cas de figure, une page web peut aussi tout simplement disparaître par sa suppression au niveau du serveur Internet qui l'héberge ou sa mise à l'écart de ce qui est visible par les internautes comme c'est le cas sur les projets Wikimédia. C'est donc pour cette raison que j'ai fait ce choix méthodologique de sauvegarder toutes les pages qui auront servi de source historique dans ce travail de recherche sur Internet archive pour en fournir ensuite le lien et la date de consultation.

Toutes ces pages web qu'elles se situent à l'extérieur ou à l'espace numérique Wikimédia, je les ai ainsi trouvés tout d'abord trouvées au départ de nombreux hyperliens recensés sur des pages de Wikipédia en français[N 10] qui ont pour objet de traiter de l'histoire de Wikipédia en général[W 24] ou de ses versions linguistiques[W 25], des articles de presse généralisés[W 26] ou localisées[W 27], ainsi que des critiques portées à son encontre[W 28].

Pour aborder les choses de manière plus large au niveau du mouvement, je me suis ensuite tourné vers le site Méta-Wiki où se trouve tout un ensemble de pages très utiles d'un point de vue historique que je liste ci-dessous :

La naissance des projets frères de Wikipédia[modifier | modifier le wikicode]

Alors que le chapitre précédent permettait de découvrir comment le projet Wikipédia s'était créé, voyons à présent comment les projets frères de l'encyclopédie ont pris naissance, petit à petit, au sein de la galaxie Wikimédia. Pour en suivre l'ordre chronologique, il existe une ligne du temps reprise ci-dessous et qui fut réalisée par Guillaume Paumier pour une présentation faite au Capitole du libre de 2011 à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia[V 2] et qui aura fait l'objet un an plus tard d'une réédition collaborative dans le cadre de la rencontre Wikimania 2012[W 41]. Sur cette ligne du temps, la partie libellée sister projects nous fait découvrir que le tout premier projet apparu juste après Wikipédia fut le projet Meta-Wiki, dans le but de fournir un espace central et multilingue pour le traitement des questions qui concernent initialement, l'ensemble des versions linguistiques de Wikipédia et par la suite l'ensemble des projets frères et autres organisation hors ligne qui naitront au sein du mouvement.

Chronologie des événements depuis la création de Wikipédia en 2001 jusqu'en 2012
Fig. 4.2. Chronologie des événements depuis la création de Wikipédia en 2001 jusqu'en 2012 (source : https://w.wiki/34N2)

Pendant que les nouvelles versions linguistiques de Wikipédia ne cessèrent de compléter le projet anglophone initial, 7 autres projets de partage de la connaissance ont ainsi vu le jours avec chaque fois au sein d'eux de nouvelles versions linguistiques. Cela se fit systématiquement au départ d'un petit groupe d'utilisateurs actifs au sein d'un autre projet préexistant. Le projet Wiktionnaire fut ainsi le deuxièmes projets à voir le jour au sein des projets Wikimédia avec une première version linguistique en anglais créée le 12 décembre 2002 tandis que la version francophone n’apparut que deux ans plus tard en mars 2004[W 42]. Il est à ce sujet intéressant de remarqué que cette nouvelle version linguistique du projet n'aura pas pris naissance au départ d'une version linguistique préexistante mais bien au départ du projet Wikipédia en français. C'est en effet à cet endroit qu'une poignée de contributeurs entamèrent une discussion sur la nécessité de créé un projet hors de l'encyclopédie dans le but de permettre une gestion spécifique et indépendante du partage des ressources lexicales dont voici quelque extraits :

En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c'est que alors qu'on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tache bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C'est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissance devraient elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions nous ??? "Wikipédia n'est pas un dictionnaire" n'est pas un argument a mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d'article. Je ne comprend vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n'est "qu'une définition".", Aoineko, 3 janvier 2003


Pour moi ce qu'est Wiktionary, c'est une partie de Wikipédia s'intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c'est que la partie dictionnaire s'intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s'attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d'avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu'à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu'une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autre le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire. luna~frwuju[W 43]

Dans le cas de figure du projet Wiktionnaire en français, le départ de Wikipédia fut donc motivé par des besoins techniques, mais aussi par un désir d'autonomie quant à la manière de concevoir et de présenter des ressources lexicales. Ce désir n'était toutefois pas partagé par tous, notamment en raison d'une fatale dispersion des énergies. Créer un nouveau projet, c'est effectivement créer un nouveau site web qui devra faire l'objet d'une nouvelle gestion, tant au niveau des serveurs de la fondation, qu'au niveau de la communauté nouvelle et fatalement toujours plus modestes. Pour ne pas construire tout un environnement à partir de rien, il est bien sûr possible d'importer des pages de contenu en provenance de Wikipédia ou d'autres projets frères et version linguistiques, mais cela duplique alors aussi leurs maintenance et la mise à jour. Le choix de scinder un projet au profit d'une plus grande liberté a donc un prix et fut l'une des raisons pour laquelle Cscott, un employé de la fondation, présenta lors de la rencontre Wikimania de 2019 cette idée de tout rassembler toutes les versions linguistiques des projets au sein d'un seul wiki en bénéficiant d'un système de traduction au sein de ce qui serait pour lui un challenge social[B 69].

Le projet Wikibook en anglais fut pour sa part créé le 10 juin 2003 sous l’impulsion de Karl Wick et le 22 juillet 2004 en français sous l’appellation francisée de Wikilivres et avec pour objet de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer »[W 44]. À ce sujet, il est d'ailleurs intéressant de signaler que le projet francophone ne fut pas créé au départ de la version anglophone; mais bien au départ du projet Wikipédia en français de puis lequel il fut notamment décidé en juin 2007[W 45], de transférer toutes les recettes de cuisines depuis l'encyclopédie vers Wikilivre. Au sein du projet Wikibook apparu ensuite, en 2004, un sous projet intitulé Wikijunior financé par la Feck Foundation dans le but initial de rassembler de la littérature pour des enfants de huit à onze ans[W 46], alors qu'au niveau de la version francophone, la tranche d'âge fut élargie à zéro jusque douze ans »[W 47].

Toujours dans un espace de noms comme le fut Wikijunior et suite à quelques débats[W 48] est apparu par après un nouveau sous projet appelé Wikiversity qui avait cette fois pour but de « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs »[W 49][N 11]. Cependant, le 12 août 2005, ce projet fit l'objet d'une longue discussion dans laquelle il fut question de le supprimer et finalement d'en transférer son contenu vers le projet Meta-Wiki[W 50]. Après le transfère, de nouvelles discussions aboutirent à l'idée de faire de Wikiversité un projet indépendant. Elle perdurèrent ainsi jusqu'à ce que le 22 août 2006[W 51], où un vote fut ouvert au sein de la communauté dans le but de recueillir une majorité qualifiée de deux tiers nécessaire à l'examination de la demande par Conseil d'Administration de la Fondation Wikimedia dans l'espoir de pouvoir bénéficier d'une période d'essai[W 52]. Mais le 13 novembre 2005, la proposition fut rejetée par cinq membres du conseil d'administration qui demandèrent d'« exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne et de clarifier le concept de plate-forme elearning »[W 53][N 12]. Cette décision fut commentée de la sorte par un membre de la communauté d'éditeurs :

La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimedia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre. Le même problème s'applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu'ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation Carnegie-Mellon également) à former de toutes pièces plutôt qu'un simple centre d'éducation pour adultes avec quelques classes. Si plus de réflexion est faite sur la façon de "démarrer" ce projet entier, peut-être que quelques pensées sur la façon de convaincre le conseil de la Fondation de laisser un wiki séparé être lâché pour laisser ce projet essayer de se développer par lui-même peuvent être faites.--Rob Horning 11:21, 14 août 2005 (UTC)[W 50][N 13]

Par la suite, il fallut donc attendre le 31 juillet 2006 et donc neuf mois d'attente supplémentaires, pour que les amendements apportés au projet de départ[B 70] soient finalement acceptés par le special projects commitee[W 54] qui donna le feu vert à la création du site Beta-Wikiversity comme espace de lancement des différentes versions linguistiques[W 55]. Un transfert du contenu fut alors entamé et un délai de six mois fut fixé pour élaborées les lignes directrices d'autres utilisations potentielles du site tel que la recherche collaborative[N 14] alors que depuis cette mise en place, une nouvelle version linguistique du projet est lancée sur un site indépendant chaque fois que se trouve rassemblés sur Beta Wikiversity 3 participants et que l'on peut y constater plus de 10 modifications par mois.

Les projets Wikiversité avec le projet Wikisource et son site wikisource.org[W 56] apparaissent ainsi comme les deux seules projets qui bénéficient d'une plateforme de lancement extérieures au site Wikimedia Incubator[W 57] depuis lequel est lancé toutes les autres version linguistiques de tous les autres projets. La proposition de transférer des activités de Wikivesity Beta vers Incubator fut proposée et discuté à plusieurs reprises en 2008[W 58], 2013-2015[W 59] et 2017[W 60], mais toujours sans succès. Les raisons du refus furent essentiellement le manque d'enthousiasme de la communauté entre autre lié à la quantité de travail que cela représente, mais aussi par le fait qu'il existe des activités spécifique au projet Wikiversité tel que la la production de travaux inédit (recherche originale) et la production d'exercices.

Il faut enfin garder à l'esprit que ce genre de séparation et de duplication de projet est une pratique très rependue dans la culture libre héritée par le mouvement Wikimédia comme en témoigne par ailleurs un nombre très impressionnant de distributions GNU/Linux[W 61]. Grâce aux licences libres, chacun peut en effet bénéficié de la duplication du même stade de développement d'un projet lors de la séparation pour continuer ensuite séparément selon les désires personnelles d'un membre de la communauté d'éditeurs parfois rejoint par groupe dissident. De plus, cette pratique a comme grand avantage d'évacuer les tentions qui apparaissent au sein d'une communauté de contributeurs en cas de désaccord persistant tout en produisant au final un enrichissement en matière de diversité de ce qui est proposé aux utilisateurs.

Les origines du terme Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

D'où vient le nom « Wikimédia » ? Et est-ce que tout ce qui est Wiki a quelque chose à voir avec Wikimédia ? Et bien non, et c'est malheureusement là bien souvent une source de confusions fréquentes parmi les presque 20 000 projets du web reposant sur la technologie wiki[W 62] et qui en général utilisent eux aussi utilisent le terme wiki dans leur appellation. Il en résulte donc qu'environ 19 projet Wiki sur 20 n'ont aucun lien, ni avec la fondation Wikimedia, ni avec mouvement Wikimédia dont parmi les plus connus on retrouve WikiHow qui est un recueil universel et multilingue de guides simples et illustré, ou encore Wikimini, une encyclopédie pour les enfants.

Contrairement à ce que son appellation fait croire, le projet WikiLeaks créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n'est d'ailleurs pas un Wiki, puisque le site Web ne repose pas sur un moteur Wiki et que son édition n'est pas non plus collaborative. WikiHow par contre est bien un Wiki, mais il est tellement différent des projets Wikimédia en apparence qu'il est plus facile de comprendre qu'il ne fait pas partie du mouvement. Quant à Wikimini, son fondateur Laurent Jauquier m'a confié qu'il aurait aimé voir son projet rejoigne le mouvement Wikimédia. Malheureusement, cela n'aura jamais abouti en raison selon lui d'une frilosité de la fondation envers le contenu destiné au jeune public.

Pour jeter encore plus le trouble, il y a ensuite des projets tel que WikiTribune et Wikia bien moins connus, mais dont la confusion tient au fait qu'ils furent lancés, eux aussi, par Jimmy Wales le fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimedia[W 63]. Viennent ensuite les milliers d'autres projets « wiki » et tous ceux verront certainement le jour, pour lesquels il est nécessaire de s'informer pour savoir si il sont extérieurs au mouvement Wikimedia et dans ce cas en aucun cas soutenus par la fondation ou toute autre organisme affiliée au mouvement.

D'un point de vue étymologique à présent, il faut savoir que le terme « Wikimédia » se présente comme un mot-valise dont la composante « wiki » fut inspirée du mot hawaïen « wikiwiki » que l'on peut traduire en français par « vite, vite »[W 64]. La transmission du terme wiki au mouvement Wikimédia est due au premier logiciel d'édition collaborative de pages web appelé WikiWikiWeb et par la suite au logiciel intitulé UseModWiki qui en fut inspiré. Celui-ci fut choisi par la firme Bomis dans le but de lancer l'encyclopédie Wikipédia. Par la suite, tous les autres projets d'édition collaborative nés au sein du mouvement adopteront eux aussi le préfixe wiki.

Le mot Wikimédia quant à lui n'est apparu que le 16 mars 2003 lors d'une discussion concernant la déclinaison possible de l'encyclopédie en d'autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l'écrivain américain Sheldon Rampton eu l'idée d'associer au terme wiki celui de « média » afin de mettre en évidence la variété des médias produits et mobilisés sur toutes les plates-formes wiki (encyclopédie, site d'actualités, musiques, vidéos, etc.)[W 65].

Quelques mois plus tard seulement, le terme Wikimedia fut ensuite adopté lors de la création de la Wikimedia Foundation lorsque Jimmy Wales décida d'y transférer les avoirs de sa firme Bomis tels que les noms de domaine Wikipédia et la reconversion en copyleft des copyrights de la société commerciale[W 66]. Il fallut alors attendre cinq années pour qu'en juin 2008 le mot Wikimédia désigne enfin un mouvement social conceptualisé par Florence Devouard présidente de la fondation à cette époque.

La naissance du mouvement Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

Il est toujours difficile de déterminer le moment exact où serait apparu un mouvement social. On peut en déterminer plus ou moins facilement ses origines, mais il me semble souvent impossible de faire plus. Le cas du mouvement des logiciels libres par exemple, est quelque peu particulier, puisqu'il se construit au départ d'un appel posté sur une liste de diffusion par Richard Stallman le fondateur. Doit-on pour autant considéré que cette date est celle de la création du mouvement ? Un tel choix est en effet discutable puisque l'on sait que le logiciel libre en tant qu'idée code est forcément antérieure à l'appel à contribution lancé par Stallman.

Une question similaire peut donc aussi se poser au sujet du mouvement Wikimédia. L'histoire du mouvement Wikimédia est effectivement étroitement liée à l'histoire de Wikipédia, qui en est à l'origine et dans cette première perspective, on peut donc dire que la naissance du mouvement coïncide avec celle du projet encyclopédique lancé le 15 janvier 2001[W 67]. Selon un autre point de vue toute fois, la naissance du mouvement peut aussi être associé à celle de la Wikimedia Foundation créée le 20 juin 2003[W 68] qui en a assumé la gestion jusqu’à ce jour. Dans une dernière perspective enfin, la naissance du mouvement peut encore être associé à sa conceptualisation par Florence Devouard qui en fit la première description en juin 2008, peu de temps avant de quitter son poste de présidente de la fondation Wikimédia[W 69]. En proposant de modifier le site Wikimedia.org pour en faire la vitrine du « mouvement Wikimedia » elle définissait le mouvement de la sorte :

« Le mouvement Wikimédia, comme je l'entends est
  • une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d'expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
  • un ensemble d'activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
  • un ensemble d'organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires »[W 70],[N 15]

Pour continuer ici la découverte et la compréhension du mouvement Wikimédia de manière chronologique et en continuité par rapport au chapitre précédent, je choisis donc pour ma part de repartir de la création du projet Wikipédia pour poursuivre ma présentation historique du mouvement Wikimédia. Dans cet optique, on peut alors considérer que l'ensemble des personnes actives au sein de projets Wikimédia avant que l'on ne commence à parler d'un mouvement Wikimédia constituaient donc un « quasi-goupe »[B 71] selon la définition de Ralf Dahrendorf qui y voit un ensemble d'individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d'une prise de conscience de leur position commune dans la relation d'autorité[B 72].

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

[N]otes

  1. En anglais : globalization of knowledge and knowledge of globalisation
  2. Texte original avant traduction sur www. DeepL.com/Translator (version gratuite) : « I'm doing a (free) operating system (just a hobby, won't be big and professional like gnu) for 386(486) AT clones. This has been brewing since april, and is starting to get ready. I'd like any feedback on things people like/dislike in minix, as my OS resembles it somewhat (same physical layout of the file-system (due to practical reasons)among other things). »
  3. Titre original : « The Making of a Counter Culture: Reflections on the Technocratic Society and Its Youthful Opposition »
  4. Titre original : « From Counterculture to Cyberculture: Stewart Brand, the Whole Earth Network, and the Rise of Digital Utopianism ».
  5. Texte original : « We reject kings, presidents and voting. We believe in rough consensus and running code ».
  6. Cette comparaison m'aura permis de réaliser à quel point les statistiques au sujet de l'espace Web sont à prendre avec beaucoup de recul.
  7. Texte original avant traduction sur deepl.com (version gratuite) : « The World Wide Web has the potential to develop into a universal encyclopedia covering all areas of knowledge, and a complete library of instructional courses. This outcome could happen without any special effort, if no one interferes. But corporations are mobilizing now to direct the future down a different track--one in which they control and restrict access to learning materials, so as to extract money from people who want to learn. […] We cannot stop business from restricting the information it makes available ; what we can do is provide an alternative. We need to launch a movement to develop a universal free encyclopedia, much as the Free Software movement gave us the free software operating system GNU/Linux. The free encyclopedia will provide an alternative to the restricted ones that media corporations will write ».
  8. Un historique plus complet du mouvement Wikimédia sera abordé dans le prochain chapitre de cette ouvrage.
  9. Le site Phabricator est une exception parmi d'autres.
  10. À noter que dans le menu contextuel situé en bas de la colonne de gauche présente sur chacune de ces pages de Wikipédia citées, il est aussi possible de trouver d'autres versions linguistiques autres que les trois que j'ai choisies en fonction de mes compétences.
  11. Teste original avant traduction via deepl.com version gratuite : « create a community of people who support each other in their educational endeavors. »
  12. En anglais dans le texte original :« exclude credentials, exclude online-courses and clarify the concept of elearning platform »
  13. Texte original avant traduction via Deepl.com version gratuite : « The main reason why the Wikimedia Foundation doesn't want to "turn it loose" is pure bureaucratic BS and a fear that it will turn into another Wikispecies. Wikispecies is a cool idea, but the "founders" of the project got cold feet part-way into putting in content and decided to do a major revision that took more time than anybody was willing to put into it. The same issue applies to Wikiversity so far as the Foundation is concerned, because the goals and purposes of this project are not clearly defined, and it seems like the participants are trying to bite off more than they can chew by proposing an entire multi-college research university (with Carnegie-Mellon research status and accreditation as well) to be formed out of whole cloth rather than a simple adult education center with a few classes. If more more thought is done on how to "bootstrap" this whole project, perhaps some thoughts on how to convince the Foundation board to let a separate wiki be kicked loose to let this project try to develop on its own can be made.--Rob Horning 11:21, 14 August 2005 (UTC) »
  14. En anglais dans le texte original :« six months, during which guidelines for further potential uses of the site, including collaborative research, will be be developed ». Plus d'information sur l'historique de la naissance du projet Wikiversité peuvent être trouvées sur les pages https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=No_to_Wikiversity&oldid=5436519 et https://en.wikiversity.org/w/index.php?title=User:JWSchmidt/history&oldid=602770.
  15. Texte original en anglais avant traduction avec deepl.com (version gratuite) :« The Wikimedia Movement, as I understand it, is a collection of values shared by individuals (freedom of speech, knowledge for everyone, community sharing, etc.) a collection of activities (conferences, workshops, wikiacademies, etc.) a collection of organizations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Germany, Wikimedia Taiwan, etc.), as well as some free electrons (individuals without chapters) and similar-minded organizations ».

[B]ibliographiques

  1. Modèle {{Lien web}} : paramètre « url » manquant. Lionel Scheepmans, « Nouvelles formes de management dans la création de produits numériques », Wikiversité, (consulté le 12 août 2020)
  2. Jean-Louis Tissier, « L'écoumène à l'ère numérique », Médium, vol. 35, no  2, 2013, p. 82 (ISSN 1771-3757) [texte intégral]
  3. Arjun Appadurai, « Globalization and the research imagination », International Social Science Journal, vol. 51, no  160, 1999, p. 229 (ISSN 0020-8701) [texte intégral]
  4. Boris Beaude, Internet : changer l'espace, changer la société, FYP editions, 2012 (ISBN 978-2-916571-69-0) [lire en ligne], p. 66 
  5. Paul Ricœur, La métaphore vive., Éd. du Seuil, 1985 (ISBN 978-2-02-002749-6) (OCLC 1070245546) 
  6. Lionel Scheepmans, « Recherche: Une ville électro numérique — Wikiversité », Wikiversité, (consulté le 4 novembre 2020)
  7. Jean-Patrice Ake, Une lecture africaine des trois métamorphoses de l'esprit de Nietzsche, Harmattan, 2014 (ISBN 978-2-343-03941-1), p. 14 
  8. Philippe Breton, L'utopie de la communication, Paris, La Découverte, 2020 (ISBN 978-2-348-06559-0) (OCLC 1191840220) 
  9. Cléo Collomb, « Pour un concept technologique de trace numérique », Azimuth. Philosophical Coordinates in Modern and Contemporary Age, vol. IV, no  7, 2016/09, p. 37 [texte intégral (page consultée le 2021-05-31)]
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  14. Roberto Di Cosmo et Dominique Nora, Le hold-up planétaire: la face cachée de Microsoft, France Loisirs, 1998 (ISBN 9782744121760) 
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  23. Eric Steven Raymond, Cathedral and the bazaar, SnowBall Publishing, 2010 (ISBN 978-1-60796-228-1) (OCLC 833142152) 
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  26. Frédéric Joignot, « Wikipédia, bazar libertaire », Le Monde, (consulté le 8 novembre 2020)
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  28. Djilali Benamrane, Biens publics à l'échelle mondiale et Coopération solidarité développement aux PTT, Les télécommunications, entre bien public et marchandise, Une histoire d'Internet, ECLM (Charles Leopold Mayer), 2005 (ISBN 978-2-84377-111-8) (OCLC 833154536), p. 73 
  29. Djilali Benamrane, Biens publics à l'échelle mondiale et Coopération solidarité développement aux PTT, Les télécommunications, entre bien public et marchandise, Une histoire d'Internet, ECLM (Charles Leopold Mayer), 2005 (ISBN 978-2-84377-111-8) (OCLC 833154536), p. 63 
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