Littérature de jeunesse en anglais : William Shakespeare, Le Songe d'une nuit d'été/Le monde de la mer

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Chapitre 5 : Le monde de la mer
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OBERON. — Mon gentil Puck, approche ici. Tu te souviens d’un jour où j’étais assis sur un promontoire, et que j’entendis une sirène, portée sur le dos d’un dauphin, proférer des sons si doux et si harmonieux, que la mer courroucée s’apaisa aux accents de sa voix, et maintes étoiles transportées s’élancèrent de leur sphère pour entendre la musique de cette fille de l’Océan ?

PUCK. — Oui, je m’en souviens.

OBERON. — Eh bien ! dans le temps, je vis (mais tu ne pus le voir, toi) Cupidon tout armé voler entre la froide lune et la terre : il visa au cœur d’une charmante Vestale, assise sur un trône d’Occident ; il décocha de son arc un trait d’amour bien acéré, comme s’il eût voulu percer d’un seul coup cent mille cœurs. Mais je vis la flèche enflammée du jeune Cupidon s’éteindre dans les humides rayons de la chaste lune, et la prêtresse couronnée, le cœur libre, continua sa marche, plongée dans ses pensées virginales.

Je remarquai où vint tomber le trait de Cupidon ; il tomba sur une petite fleur d’Occident. — Auparavant elle était blanche comme le lait, depuis elle est pourpre par la blessure de l’amour ; et les jeunes filles l’appellent pensée : va me chercher cette fleur. Je te l’ai montrée une fois. Son suc, exprimé sur les paupières endormies d’un homme ou d’une femme, les rend amoureux fous de la première créature vivante qui s’offre à leurs regards. Apporte-moi cette fleur, et sois revenu ici avant que le Léviathan ait pu nager une lieue.

PUCK. — J’entourerai d’une ceinture le globe de la terre en quarante minutes. (Il sort.)