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Révolution américaine/Contexte : l'Amérique du Nord au XVIIIe siècle

Leçons de niveau 14
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Contexte : l'Amérique du Nord au XVIIIe siècle
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Chapitre no 2
Leçon : Révolution américaine
Chap. préc. :Historiographie de la Révolution américaine
Chap. suiv. :Les causes de la Révolution américaine
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Révolution américaine/Contexte : l'Amérique du Nord au XVIIIe siècle
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À partir du XVIIe siècle, le continent nord-américain devient un enjeu entre les quatre principales puissances européennes, la Grande-Bretagne, la France, l'Espagne et les Provinces-Unies. Des milliers de colons affluent vers le Nouveau Monde, en quête d'une vie meilleure et pour échapper aux persécutions religieuses. Les empires coloniaux s'étendent au détriment des nations amérindiennes : alors que les Français occupent l'actuel Canada et la Louisiane, les Espagnols s'installent en Floride et dans le Sud-Ouest. Les Anglais dominent et peuplent une bande littorale organisée en 13 colonies. C’est cet ensemble hétérogène qui réclame son indépendance dans les années 1770.

Le contexte géographique

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Les 13 colonies britanniques d'Amérique du Nord constituent une interface entre l'intérieur du continent et la métropole anglaise. Elles représentent alors la pièce majeure de l'empire britannique qui atteint un premier apogée en 1763, après la victoire de la Guerre de Sept Ans.

Atouts et contraintes naturels

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Carte des treize colonies britanniques d'Amérique du Nord en 1775

Les 13 colonies s'étendent sur plusieurs centaines de km le long de la côte Atlantique. Elles sont limitées à l'ouest par la ligne de faîte des montagnes Appalaches. Les plaines côtières sont étroites au nord et deviennent plus amples vers le sud. Les principales villes occupent les nombreux sites portuaires du littoral. Des cours d'eau perpendiculaire au trait de la côte Atlantique permettent de relier l'intérieur du pays. En hiver, les vagues de froid apportent des tempêtes de neige au nord (Nouvelle-Angleterre) et peuvent descendre jusque loin dans le sud. L'été, les vagues de chaleur provoquent des canicules. L'extrémité méridionale est touchée par des cyclones en été. L'environnement américain est donc très différent de l'environnement anglais. Malgré l'intensification des défrichement à mesure que le peuplement progresse, la forêt reste une importante source de combustible et de bois de construction. Les Amérindiens présent dans la région pratiquaient déjà l'agriculture avant l'arrivée des Européens.

Les treize colonies sont séparées de la métropole par des milliers de km d'océan. Il faut en effet plusieurs jours pour traverser l'Atlantique. Cet océan fournit aux colons de nombreuses ressources (poisson, baleine) et c’est par lui qu'arrivent les navires de commerce. Les 13 colonies sont en effet économiquement dépendantes de l'Angleterre qui achète des produits coloniaux et exporte des produits manufacturés, selon le principe du monopole.

Les conséquences du traité de Paris (1763)

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La peur de l'encerclement français disparaît avec le traité de Paris signé le 10 février 1763. Le conflit avait opposé les puissances européennes pour le contrôle de l'Allemagne et la suprématie coloniale. À l'issue du conflit, la France dut céder à la Grande-Bretagne ses territoires situés à l'est du Mississippi et le Canada. Le reste de la Louisiane française revenait aux Espagnols. Les conséquences du traité de Paris sont doubles : la Grande-Bretagne renforce sa présence en Amérique du Nord mais se trouve dans une situation financière dramatique. La guerre a vidé les caisses de l'État. Alors que les 13 colonies sont prospères sur le plan économique, l'Angleterre subit une crise économique[1].

Les relations entre les colonies et la métropole

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Administration et gouvernement

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Chacune des 13 colonies possède son propre mode de fonctionnement politique et administratif. En théorie, le pouvoir du roi d'Angleterre est incontestable. À Londres, le Parlement vote les lois. Le Board of Trade et le Privy Council exercent une autorité dans divers domaines. La politique du mercantilisme tend à réglementer les relations économiques et commerciales.

Cependant, l'éloignement et l'immensité du territoire colonial permet aux Américains de disposer d'une relative autonomie locale[2]. Chaque colonie possède deux assemblées:

  • Le gouverneur

Rôles:

            Il représente le pouvoir exécutif.  
            Il doit faire appliquer les lois,
            Il doit convoquer les assemblées
            Il contrôle l'armée
            Il gère les dépenses de la colonie.
       Selon la colonie, il est nommé par le roi ou par les propriétaires de la colonie.
  • La haute assemblé: où siègent des représentants aisés et influents.

Rôle:

            Assiste le gouverneur

Il est composé d'une douzaine de membres. Les membres sont nommés par le gouverneur. Les membres sont surtout des marchands qui proviennent de la classe aisée de la colonie.

  • La chambre basse: où les membres locaux sont élus par la population.

Rôle:

            Ils votent les lois et les budgets.

Elle est formée de représentant du peuple qui sont élus. En général, seuls les hommes qui sont propriétaires ont le droit d’être représentants.

Afin d’avoir le droit de vote, il faut être un homme blanc et propriétaire.

  • Le peuple
          Rôle: 
               Il peut voter lors des élections.

Seuls les hommes propriétaires ont le droit de vote. Les femmes, les Amérindiens, les esclaves et les domestiques n'ont pas le droit de voter.

En Virginie, le gouverneur est élu. Les hommes blancs du Massachusetts désignent leur propre gouvernement.

Les historiens distinguent trois statuts juridiques :

  1. les colonies de propriétaires (Proprietary colonies) : Maryland et Pennsylvanie
  2. les colonies à charte (Corporate colonies) : Connecticut et Rhode Island ; elles disposent de privilèges insicrits dans une charte octroyée par le roi et le Parlement anglais. La colonie était placée sous le contrôle du compagnie de commerce. En échange du monopole commercial, elles devaient administrer, exploiter et défendre la colonie.
  3. les colonies royales (Royal colonies) : Virginie ;

Les colonies sont subdivisées en circonscriptions administratives : townships en Nouvelle-Angleterre, comtés, villes, etc.

Relations commerciales

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Liens culturels

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L'élite des marchands, des armateurs et des planteurs se sent souvent proche de la métropole. Ils cherchent à imiter les classes supérieures de la métropole. Ces grandes familles conservent un sentiment d’appartenance à la culture anglaise. Elles envoient leurs fils en Angleterre pour finir leurs études[3]. Elles ont intérêt à rester dans le giron de la métropole, à cause du système mercantiliste. Les classes moyennes sont quant à elles moins attachées à l'Angleterre. Les colons nés en Amérique se sentent de moins en moins anglais et l'élaboration d'une identité américaine se construit contre la domination de Londres.

La population des colonies

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La population des 13 colonies anglaises d'Amérique du Nord est très hétérogène. Elle se répartit en groupes sociaux et ethniques. Si les colons d'origine britannique sont les plus nombreux, la population est également composée d'autres Européens, de Noirs, d'Amérindiens et de métis. La population est majoritairement rurale et les villes sont moins nombreuses et moins peuplées qu'en Europe. Vers 1775, Philadelphie compte 35 000 habitants[4].

Les colons blancs

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Les colons d'origine européenne n'ont pas tous le même rang social. Si le régime seigneurial et féodal est quasiment absent des 13 colonies, une autre hiérarchie, fondée sur la propriété foncière et la fortune, existe. L'élite est formée des gouverneurs, des planteurs, des grands négociants et armateurs. Ensuite, on trouve une catégorie d'artisans, de représentants du roi, de fermiers et de petits commerçants : ces classes moyennes représentent 40 % de la population totale[4]. Les marins, les tenanciers et les domestiques occupent le bas de l'échelle sociale. La société coloniale est plus diverse qu'on ne le pense couramment : aux côtés de la majorité britannique se trouvent des Allemands, des Suisses, des Hollandais, des Irlandais, des Sandinaves, et des Français[5]. Les pratiques religieuses varient également : si l'élite appartient au protestantisme, elle est divisée en plusieurs courants. Les minorités religieuses sont constituées par les Juifs et les catholiques, qui suscitent de la méfiance.

L'importance numérique des Afro-américains est notable dans la population : entre 1750 et 1780, leur nombre passe de 236 000 à 575 000[6]. La plupart des Noirs se concentre dans les colonies du Sud et sont esclaves. Cependant, une minorité de Noirs a été affranchie.

Les Amérindiens

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Dans les limites du territoire américain de 1790, le nombre d'Amérindiens est évalué entre 100 et 200.000 personnes[7]. La plupart sont des Indiens des Forêts, parfois organisés en Confédérations. Pendant les guerres entre les puissances coloniales, les Amérindiens savent jouer des rivalités.

Les problèmes sociaux

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Dès l'époque coloniale, les écarts sociaux se creusent[4]. Les différents groupes de colons manifestent des intérêts divergents qui mènent à des tensions, voire à des révoltes. Les élites éclairées sont soucieuses du maintien de l’ordre social et de la protection de leurs propriétés. Les autres colons souffrent davantage des mesures fiscales anglaises et des inégalités foncières. Les tensions sociales sont perceptibles dans les campagnes mais aussi dans les villes. Elles sont attisées par l’action de certains prédicateurs et relayées dans les lieux de sociabilité urbaine : les tavernes et les auberges sont des lieux d'information, de débats et de réunion. La presse joue un rôle actif. À la veille de la Révolution américaine, Philadelphie est le « véritable centre des Lumières révolutionnaires[8]. »

Des colonies différentes

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Malgré l'usage commun de l'anglais, les colonies restent très hétérogènes et ont des intérêts divergents. À cause de leur étirement en latitude, il est nécessaire de découper l’ensemble en trois régions aux caractéristiques géographiques, économiques et sociales diverses : la Nouvelle-Angleterre, le Centre et le Sud.

La Nouvelle-Angleterre

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Old State House (1713) à Boston. Ce bâtiment réunit les assemblées de la colonie du Massachusetts.

La Nouvelle-Angleterre regroupe quatre territoires : les colonies du Connecticut, du Massachusetts, de Rhode Island ainsi que la province du New Hampshire. Couvertes de forêts, elles connaissent des hivers rigoureux et sont le domaine des Amérindiens Iroquois et Algonquins. Les sols sont pauvres et l'agriculture emploie des yeomen. Le commerce, l'artisanat et la pêche produisent les principales richesses de cette région. Vers 1750, Boston compte 15 000 habitants[9] ; elle est alors la troisième ville la plus peuplée des 13 colonies et s'affirme comme la capitale intellectuelle de la Nouvelle-Angleterre. L’activité industrielle est florissante (la construction navale, la métallurgie, le textile, la pêche et la distillerie) et le trafic transatlantique est placé sous le monopole anglais. Le port exporte du bois, de la farine, de l’huile de baleine, de la viande et du poisson ; les marchands bostoniens reviennent des Antilles avec du sucre, du rhum, des mélasses et du tafia[10]. L’essor économique enrichit la bourgeoisie marchande qui contrôle les affaires de la cité.

La province du New Hampshire : en 1623 deux groupes de colons anglais, envoyés par le capitaine John Mason, s'établissent dans le New Hampshire, sur l'estuaire de la Piscataqua River. En 1638, John Wheelwright, exilé de Boston fonde un village appelé Exeter. En 1639, les colons se dotent d'une charte ("Exeter Compact") tout comme l'avaient fait avant eux les pères pèlerins de New Plymouth. Le New Hampshire reste sous l'influence de la colonie du Massachusetts avant de devenir une province royale en 1679 — 1698. En 1719, des colons d'origines écossaise et irlandaise débarquent dans la région. En 1741, le New Hampshire redevient indépendante et administrée par le gouverneur Benning Wentworth.

Les colonies du Centre

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La colonie du Delaware et les provinces du New Jersey, de New York et de Pennsylvanie forment les territoires du centre. L'agriculture est diversifiée et l'élevage omniprésent.

  • Delaware
  • New Jersey : la colonie fut d’abord fondée par des Hollandais en 1623 (Nouveaux-Pays-Bas). En 1664, elle passe sous le contrôle des Anglais Lord Berkeley et Sir George Carteret. Ce dernier choisit le nom de New Jersey car il avait été lui-même gouverneur de l'île de Jersey en Europe. Une charte royale est accordée en 1702.
  • New York : après une période d'exploration, les premiers Hollandais s'installent en 1624 sur l'île des gouverneurs (Governors Island) puis colonisent la région. En 1626, un groupe conduit par Peter Minuit arrive sur l'île de Manhattan et l'achète aux Amérindiens. La colonie et le fort qu’ils occupent sont baptisés Nouvelle-Amsterdam. C’est le premier nom de la ville de New York. En 1664, Peter Stuyvesant se rend aux Anglais qui la dédient au frère du roi, le duc d'York. En 1674, les Britanniques réussissent à chasser les Hollandais et obtiennent le contrôle de la région qui devient la colonie royale de New York en 1685.
  • Pennsylvanie

Le régions du Sud

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On regroupe cinq entités pour le sud : les provinces de Géorgie, du Maryland, de Caroline du Nord, de Caroline du Sud et la colonie de Virginie. L'économie du sud est tournée vers l'agriculture commerciale, destinée à l’exportation et dynamique (tabac, indigo, céréales). Elle utilise une main d'œuvre servile qui travaillent sur de grandes exploitations aux mains des planteurs. Les villes sont rares (Charleston, Baltimore et Norfolk).

  1. Élise Marienstras, Naomi Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, Atlande, 2005, p.26
  2. Élise Marienstras, Naomi Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, Atlande, 2005, p.30
  3. Élise Marienstras, Naomi Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, Atlande, 2005, p.44
  4. 4,0 4,1 et 4,2 Élise Marienstras, Naomi Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, Atlande, 2005, p.39
  5. Élise Marienstras, Naomi Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, Atlande, 2005, p.37
  6. Élise Marienstras, Naomi Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, Atlande, 2005, p.36
  7. Élise Marienstras, Naomi Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, Atlande, 2005, p.33
  8. Élise Marienstras, Naomi Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, Atlande, 2005, p.45
  9. Jacques Binoche, Histoire des États-Unis, Paris, Ellipses, 2003, p.23
  10. Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècle, tome 2, Paris, Armand Colin, 1979, p.511

Bibliographie pour ce chapitre

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  • Élise Marienstras, Naomi Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, Paris, Atlande, 2005