Leçons de niveau 14

Révolution américaine/Historiographie de la Révolution américaine

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Historiographie de la Révolution américaine
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Chapitre no 1
Leçon : Révolution américaine
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La Révolution américaine est une période-clé de l'histoire des États-Unis. Elle fonde un nouveau pays et s'inscrit dans la contestation de l'absolutisme à l'époque moderne. La Révolution américaine a suscité et suscite encore de nombreux débats parmi les historiens. Ces discussions sont presque aussi vieilles que la Révolution elle-même et nourrissent une abondante littérature (voir la bibliographie). Il est essentiel, avant d’aborder le déroulement des évènements, d'analyser les principaux enjeux du sujet.

Les sources[modifier | modifier le wikicode]

L'ensemble des documents relatifs à la Révolution américaine constitue un corpus hétéroclite et fourni. Les premiers historiens de la Révolution se sont avant tout penché sur les documents officiels ou émanents des Pères fondateurs de l'Amérique. La Déclaration d'Indépendance du 4 juillet 1776 a été abondamment commentée et la Constitution de 1787, considérée comme l'une des plus anciennes du monde, a été étudié par les historiens mais aussi par les juristes.

Les documents écrits sont variés mais souvent dispersés. Avec le réseau internet, il est aujourd’hui facile d'accéder à ces textes conservés aux archives nationales des États-Unis[1] ou à la Bibliothèque du Congrès[2].

Le sujet : une Révolution[modifier | modifier le wikicode]

Qu'est-ce qu'une Révolution ?[modifier | modifier le wikicode]

La définition du sujet a nourri les discussions entre historiens, en particulier entre les Européens et les Américains. Le mot « Révolution » fait référence à un ensemble de changements profonds et rapides, de bouleversements qui concernent la politique, la société et l'économie. Les évènements du second tiers du XVIIIe siècle dans les Treize colonies sont-ils de nature révolutionnaire ? Les spécialistes américains utilisent davantage le mot « révolution » que les historiens français, pour lesquels la guerre d’indépendance est l'élément central. La Révolution française est alors mise en valeur pour son caractère pionnier et le précédent américain est sous-estimé. La Révolution américaine ne serait qu'une guerre anticoloniale, la première de l'histoire : Fernand Braudel explique les raisons de « la première grande révolution anti-européenne[3]. » Dans la perspective comparatiste, la Révolution américaine apparaît alors comme moins violente et moins radicale que la Révolution française.

En effet, les 13 colonies n'ont pas connu les grands massacres de la France révolutionnaire (Terreur, Guerre de Vendée). La plupart des victimes de la période sont le fait de la guerre plus que de la Révolution. Il y eut néanmoins des violences entre loyalistes et insurgés : ceux qui étaient considérés comme traîtres étaient molestés, passés au goudron et aux plumes. Les biens des loyalistes en fuite furent confisqués et la guérilla provoqua des destructions matérielles.

Entre 1774 et 1801, la Révolution américaine a provoqué :

  1. un changement politique avec la naissance d'un nouvel État, une République et de nouvelles institutions
  2. la fondation d'un peuple, d'une nation qui s'est séparée de l'Angleterre
  3. la revendication des droits de liberté, d'égalité et de recherche du bonheur

Les historiens des deux rives de l'Atlantique ont par ailleurs démontré que la Révolution américaine :

  1. puise à la source de la philosophie des Lumières
  2. a été violente, à cause de la guerre, mais aussi des comités populaires
  3. a eu une portée universelle
  4. a été jouée par les Pères fondateurs, comme par le peuple et les minorités ethniques
  5. s'inscrit dans le temps long et l'espace atlantique, tout en gardant des caractéristiques singulières

L'influence de la Révolution américaine[modifier | modifier le wikicode]

Le deuxième problème est de savoir quelle a été l'influence de la Révolution américaine en dehors des États-Unis. Pour certains, l'éloignement et la différence avec le Vieux Monde sont trop prononcés pour qu’il y ait eu réellement contamination révolutionnaire.

La défaite anglaise et les écrits révolutionnaires ont eu un écho mesuré en Europe. L'expérience américaine a inspiré à des philosophes français (Mably, Condorcet) et les patriotes hollandais ou belges[4].

La périodisation[modifier | modifier le wikicode]

La troisième question posée par la Révolution américaine est celle de la périodisation. Comme pour la Révolution française, les historiens ne sont pas d'accord sur les dates liminaires qui définissent le sujet.

  • Pour Élise Marienstras et Naomi Wulf[5], la Révolution proprement dite débute en 1774 lorsque le premier Congrès continental de réunit à Philadelphie. C’est le temps de la guerre (1775 — 1783) et surtout de l'émergence d'institutions et de textes nouveaux, qui fondent la nouvelle République.

Historiographie de la Révolution américaine[modifier | modifier le wikicode]

Au cours des deux derniers siècles, l'historiographie de la Révolution américaine est passée par plusieurs phases. Ces différents courants d'analyse suivent à la fois le contexte politique américain et le renouvellement général des méthodes et des approches en histoire.

Dès la fin du XVIIIe siècle, les théoriciens se sont penchés sur la Révolution américaine : ainsi, Adam Smith dans La Richesse des Nations a-t-il bien compris que le manque de liberté économique était à l'origine de la Révolution[6]. Les historiens américains du début du XIXe siècle exaltent les Pères fondateurs comme les héros de la Révolution. Ce courant filio-piétiste ou nationaliste[7] est représenté par George Bancroft (1800 — 1891), qui développe l’idée d’une Révolution américaine exceptionnelle et assimile le peuple américain à un nouveau peuple élu[8] ; le roi George III est, dans cette perspective, présenté comme un tyran.

À la fin du XIXe et le début du XXe siècle l'historiographie suit de près le réformisme social. Les historiens analysent la Révolution à l’aune de la lutte des classes. C’est le cas de Frederick Jackson Turner (1861–1932) ou Carl Lotus Becker (1873–1945). Pour Charles Austin Beard (1874 — 1948), les Pères fondateurs ont trahi la Révolution et défendu les intérêts économiques des propriétaires. Pour John Franklin Jameson (1859 — 1937)[9], la guerre d'indépendance ne constitue pas la principale caractéristique de la Révolution américaine. Il met l'accent sur la tension entre les valeurs aristocratiques et celles du peuple. Si les Révolutionnaires américains ont avant tout cherché à changer la forme du gouvernement, la société a néanmoins été bouleversée en profondeur par l'émancipation et l'établissement d'une république[10].

Pendant la Guerre froide, les historiens « révisionnistes » américains dominent pendant les années 1950 — 1960[4] : Daniel J. Boorstin, Edmund S. Morgan, R.P. Thomas ou Bernard Baylin. La tendance est alors de mettre en exergue les clivages éthiques, idéologiques et culturels entre les Pères fondateurs et l'Angleterre. Ce courant tente de minorer les motivations économiques et matérielles des insurgents. L'historiographie se teinte souvent d’idéologie et de propagande, souligne la nécessité d’un consensus interne face à la menace soviétique : de la période révolutionnaire seraient nées les valeurs communes aux Américains, en particulier le libéralisme. Les historiens « néo whigs[11] » s'attachent alors à montrer que la Révolution américaine ne fut pas un mouvement violent.

Hannah Arendt (1906 — 1975)[12] évoque l’exception américaine, seule révolution effectuée sans massacre et qui a réussi à protéger la propriété privée et les libertés individuelles[11]. Cependant, pour Pauline Maier, la Révolution américaine n'a rien d'exceptionnel mais s’inscrit au contraire dans un cycle de révolutions qui commença en Angleterre au XVIIe siècle[13].

Le courant « républicaniste » se développe dans les années 1980 : des historiens comme Gordon S. Wood ou Isaac Krammick mettent l’accent sur la place essentielle du soldat-citoyen dévoué au bien commun, à la République.

Les années 1970 — 1980 consacrent l'avènement d'un « social radical » qui élargit le champ de la recherche historique et privilégie les questions sociales. Cette école, représentée par Nash (1979), Lynd (1969), Young (1976), ouvre de nouvelles perspectives autour de la problématique de la lutte des classes. La Révolution américaine résulterait des inégalités sociales dans les 13 colonies et du rôle actif des couches populaires et des minorités ethniques.

Catherine L. Albanese explore le champ de l'histoire des mentalités[14] en étudiant la naissance d’une religion civique, d’une culture politique commune, d’une nation américaine fondée sur des mythes et des héros.

La problématique de la Révolution atlantique réapparaît dans les 1990 — 2000. Elle est au cœur de la question d'histoire moderne de l'agrégation en 2004 — 2006. Dès les années 1950, avec la création de l'OTAN, les chercheurs considèrent déjà l'océan Atlantique comme une aire d’échanges culturels (Lumières), économiques (commerce triangulaire), politiques (républiques). L'Américain Robert Roswell Palmer[15] (1909–2002) et le Français Jacques Godechot (1907 — 1989) sont les principaux pionniers de cette histoire comparatiste. Cette dernière est néanmoins remise en cause, ou tout au moins discutée aujourd'hui. Les critiques portent sur le caractère global, voire totalitaire de la démarche, qui gommerait les spécificités nationales.

Voir aussi[modifier | modifier le wikicode]

Notes[modifier | modifier le wikicode]

  1. http://www.archives.gov/
  2. http://www.loc.gov/index.html
  3. Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, tome 3 : Le temps du monde, Paris, Armand Colin, LGF-Le Livre de Poche, (ISBN 2[à vérifier : ISBN invalide])— 253-06457 — 2, 1993, p.499
  4. 4,0 et 4,1 Guy Lemarchand, « À propos des révoltes et révolutions de la fin du XVIIIe siècle », in Annales historiques de la Révolution française, Numéro 340, [En ligne], mis en ligne le : 27 avril 2006. URL : http://ahrf.revues.org/document2236.html. Consulté le 22 juin 2007.
  5. Élise Marienstras, Naomi Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, Atlande, 2005, (ISBN 2[à vérifier : ISBN invalide])— 35030-015 — 3
  6. Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, tome 3 : Le temps du monde, Paris, Armand Colin, LGF-Le Livre de Poche, (ISBN 2253064572), 1993, p.509
  7. Élise Marienstras, Naomi Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, Atlande, 2005, p. 17
  8. George Bancroft, History of the United States of America, From the Discovery of the American Continent, 1854 — 1878
  9. J. Franklin Jameson, The American Revolution Considered as a Social Movement, 1926
  10. Lire le [compte-rendu http://press.princeton.edu/titles/563.html] de l'ouvrage de Jameson
  11. 11,0 et 11,1 Élise Marienstras, Naomi Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, Atlande, 2005, p.18
  12. Hannah Arendt, On Revolution, The Viking Press, New York, 1963
  13. Pauline Maier, From Resistance to Revolution : Colonial Radicals and the Development of American Opposition Bo Britain, 1765 — 1776, Random House Inc., 1973)
  14. Catherine L. Albanese, Sons of the Fathers : The Civil Religion of the American Revolution, Temple University Press, 1976
  15. Robert Roswell Palmer, Age of the Democratic Revolution: A Political History of Europe and America, 1760 — 1800, Princeton University Press, 1970

Bibliographie pour ce chapitre[modifier | modifier le wikicode]

  • Guy Lemarchand, « À propos des révoltes et révolutions de la fin du XVIIIe siècle », dans Annales historiques de la Révolution française, Numéro 340, [En ligne], mis en ligne le : 27 avril 2006. URL : http://ahrf.revues.org/document2236.html. Consulté le 22 juin 2007.
  • Élise Marienstras, Naomi Wulf, Révoltes et révolutions en Amérique, Paris, Atlande, 2005