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Présentation de la philosophie/Fiche/Commentaire de texte

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Fiche mémoire sur le commentaire de texte philosophique
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Présentation de la philosophie/Fiche/Commentaire de texte
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Quelques règles à suivre

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  • Tous les textes proposés sont accompagnés de l'intitulé : " La connaissance de la doctrine de l'auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compréhension du texte, du problème dont il est question." Que veut dire expliquer ? Et quel est ce problème dont elle doit rendre compte ?
  • Expliquer ne veut pas dire répéter ou paraphraser le texte. De même que pour la dissertation, il faut avoir conscience que lorsqu'on explique un texte, on s'adresse toujours à quelqu’un, il faut même imaginer que cette personne n'a pas compris ce texte lorsqu'elle l'a lu. Si l’on se contente d'une répétition on ne fait finalement que remplacer un texte par un autre qui sera plus long et souvent plus mauvais. Pire encore, la paraphrase finit par n'être que la juxtaposition d'énoncés extérieurs les uns par rapport aux autres, résultat qui fait perdre de vue la cohérence logique du texte et son intérêt. Au lieu de mettre en évidence des idées et les problèmes qu'un auteur aborde, elle ne fait que mimer la forme littéraire du texte. Expliquer (du latin ex-plicare) veut dire déplier, déployer ce qui est contenu et comprimé dans un texte. Il s'agit donc de développer une pensée enveloppée dans une formulation qui n'en est que le signe, l'indice. Le rôle de l'explication consiste donc simplement à mettre en évidence la pensée d'un philosophe, son originalité et son intérêt. C'est pourquoi il faut éviter deux erreurs :
    • Il faut impérativement éviter de faire une explication qui propose une analyse purement formelle du texte. Les remarques sur la forme du texte (mots de coordination, style employé...) ne sont à faire que si elle permettent de mettre en évidence le fond, la pensée de l'auteur. Dire par exemple que la conjonction "donc" montre que l'auteur va conclure est une remarque sur la langue française qui n'apporte rien du point de vue philosophique.
    • Il faut aussi s'interdire de prendre un texte pour un prétexte à disserter. Deux dérives sont possibles. Soit, l’on se contente de traduire ce que le texte nous évoque, ce à quoi il nous fait penser. En général, ces vagues évocations n'ont que très peu de rapport avec la pense de l'auteur, qui, elle, est toujours très précise. Soit, l’on dérive par digressions successives vers une réflexion générale des thèmes abordés. On oublie alors le texte, on le traite de loin, et l'explication devient une dissertation. Au contraire, l'analyse doit n'expliquer qu'et tout le texte. Il n’est pas un moyen pour développer ses propres idées, mais la finalité même de l'analyse qui doit mettre en évidence la problématique du texte, ses enjeux, son argumentation, ses concepts précis, ses sous-entendus, son originalité, et pourquoi pas ses limites. Notons enfin, que ce que l’on sait d'un auteur est peut-être (et même souvent) sans rapport avec ce que contient l'extrait que l’on vous propose d'étudier. Il faut donc faire attention à ne pas aborder un texte en fonction d'une pré-connaissance qui pourrait s'avérer inadéquate et qui pourrait mener à un total contre sens. Il faut éviter aussi de vouloir intercaler à tous prix dans l'analyse des remarques sur l'auteur et sa pensée simplement dans le but de montrer ses connaissances. Lorsque ces dernières n'aident en rien à comprendre le texte, elles sont inutiles et deviennent même des interférences nuisibles dans le développement d'une analyse.

L'introduction

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  • Une introduction doit présenter quatre éléments : le thème abordé dans le texte, la problématique, la thèse de l'auteur, et enfin ce que l’on nomme le plan. Le thème est l’objet du texte. Il doit être formulé en quelques mots comme si l’on donnait un titre au texte que l’on va étudier : par exemple, la spécificité de l'enseignement philosophique, l'utilité de la philosophie, ou les conditions de l'activité philosophique sont des titres que l’on pourrait donner au textes donnés en annexes. Le problème est la difficulté, le paradoxe, l’aporie que l'auteur tente de résoudre. Par exemple, "comment apprendre à penser par soi-même ?" serais la problématique du texte de Kant. La problématique du texte demande souvent quelques développements pour être bien montrée. La thèse est la réponse ou la solution trouvée par l'auteur. Il s'agit dans l’introduction de trouver une formule qui la résume, seule l'analyse donnera les explications détaillées. Parfois, cette formule est donnée par l'auteur lui-même, et il faut se contenter alors de la reprendre : "on n'apprend pas la philosophie mais à philosopher." Enfin, ce qui est mal nommé le plan est la logique de l'argumentation développée dans un texte. On ne peut se contenter de nommer les différentes parties du texte en donnant à chacune un titre. Il faut surtout montrer la progression de la pensée de l'auteur, les liens articulant les différente parties, bref, la logique qui a permis d'aboutir à la thèse. En gardant notre exemple, il faudrait dire "après avoir montré l'aporie que rencontre la pensée pour définir la nature de l'enseignement philosophique, Kant va tenter de la résoudre en distinguant la philosophie des autres sciences. Une science qui s'apprend possède un contenu de connaissance défini et achevé. Or, la philosophie n’est pas une science en ce sens. On ne peut donc pas l'apprendre mais seulement l’utiliser comme un moyen d'entraîner notre propre réflexion. Elle n’est pas un savoir, mais une méthode pour savoir." Se contenter d'un plan reviendrait à dire : la philosophie est une occupation d'adulte; la condition pour qu'un savoir puisse être appris; la philosophie n’est pas une science; la philosophie est une méthode de recherche. L'ordre progressif du texte n’est pas ici rendu.
  • Encore une fois, l'érudition gratuite est inutile. Il faut aller à l'essentiel, et toutes les considérations historiques, les remarques générales sur la philosophie d'un auteur... ne devront pas être exposées si elles n'ont de rapport avec le texte.

Le développement

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  • L'essentiel du développement est l'analyse linéaire et précise du texte. Cependant, il est demandé de faire suivre cette analyse d'un commentaire. Quelle différence ? Alors que l'analyse est l'explication très détaillée de la pensée contenue dans un texte, et seulement dans ce texte, le commentaire est une interrogation plus générale sur la valeur de cette pensée, telle qu'elle apparaît dans l'extrait. La qualité du commentaire dépend donc de la pertinence de l'analyse. Mais voyons les choses plus en détail.
  • L’analyse ou explication doit mettre en évidence et même défendre une pensée qui n’est pas la notre. Cette analyse doit présenter une progression et une unité. Il s'agit donc de la construire à partir du problème que l'auteur se propose de résoudre, de suivre en permanence la même idée directrice au sein de chaque partie, et de garder toujours à l'esprit le but que l'auteur s'est fixé (la thèse). Dans le détail, une explication varie en fonction du texte et de sa formulation. Mais dans tous les cas, il faut qu'elle redonne avec exactitude le sens, les définitions contenues dans les termes que l'auteur utilise (vocabulaire technique, formulation particulière pour qui sous-entend un sens particulier...) Par exemple, dans le texte de Platon, il y a implicitement une double définition du mot ignorance. Il faut qu'elle s'interroge aussi sur la nature des exemples utilisés (rôle, valeur), les rôle des images et ce qu’elles suggèrent, la forme du raisonnement (induction, déduction, analogie...) Enfin, l'analyse doit citer non pas tout le texte, mais tous les points importants, problématiques, ambigus...
  • Le commentaire est une réflexion critique (positive ou négative) sur la pensée que l’on vient d'analyser. Après l'avoir inspectée de l'intérieur, il s'agit de prendre du recul pour l'évaluer de l'extérieur. Le plus simple est en général de faire appel à d'autres références afin d’établir des comparaisons et de créer un dialogue entre différents philosophes : comment se complètent-ils ? existent-ils entre eux des filiations ?
  • La place et la forme du commentaire dans un devoir peuvent varier en fonction du texte donné. Parfois, il est l'ombre même d'une analyse, chaque phrase analysée sera accompagnée d'une note de commentaire. Le plus souvent, il se retrouve sous la forme de paragraphe entier en rapport à tout un passage de l'analyse. Il peut aussi constituer la dernière sous-partie de chaque étape de l'analyse, de chaque partie. Dans tous les cas, il s'agit de construire un commentaire qui possède une unité. Même si dans sa forme le commentaire se retrouve forcément fragmenté dans un devoir, il doit présenter la même idée directrice (déterminée par le problème et la thèse contenus dans le texte). Encore une fois, il faut considérer le commentaire comme un dialogue entre différentes pensées, et non comme une succession de remarques éparses. Or, ce qui donne au dialogue un sens, ce qui permet de le suivre et de le comprendre c’est sa progression et son unité.

Il s'agit d’abord de montrer si l'auteur résout bien le problème énoncé.

  • Si oui, qu'est-ce qui fait l'originalité et la profondeur de sa thèse par rapport à l'opinion commune, d'autres philosophes ? Quelle a été l'influence de cette thèse ? A-t-elle permis de résoudre d'autres questions ?
  • Si non, pourquoi ? Quelles difficultés continuons-nous de rencontrer ? D'autres philosophes ont-ils mieux répondu à ce problème ?

Il ne reste ensuite qu’à élargir le débat en découvrant les implications de la thèse de l'auteur : vers quel autre domaine de réflexion nous mène-t-elle ? Quels autres problèmes pouvons-nous rencontrer ? Quels nouveaux enjeux devrons forcément apparaître ?