Les troubles du comportement

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Objectif[modifier | modifier le wikicode]

Savoir reconnaître les troubles du comportement.

Définition des troubles du comportement[modifier | modifier le wikicode]

Les troubles du comportement sont différents du problème de comportement. Il s’agit d’un handicap qui empêche l’élève de vivre sa scolarité normalement. Cela nécessite une prise en charge éducative, pédagogique et thérapeutique. Ce sont des enfants "qui présentent des difficultés psychologiques dont l'expression , notamment l'intensité des troubles du comportement, perturbe gravement la socialisation et l'accès aux apprentissages. Ces enfants (..) se trouvent, malgré des potentialités intellectuelles et cognitives préservées, engagés dans un processus handicapant qui nécessite le recours à des actions conjuguées et un accompagnement personnalisé..."[1]

Comment reconnaître le trouble du comportement ?[modifier | modifier le wikicode]

Les manifestations dans la classe sont fréquentes, inscrites dans une durée, avec des réactions excessives et ne répondent pas aux usages éducatifs et pédagogiques courants. Contrairement à l’élève ayant des problèmes de comportement, le rappel aux règles ou les sanctions éducatives ne fonctionneront que rarement.

Il peut avoir des comportements :

  • Agressifs : violence verbale, physique envers les autres et lui-même (auto-mutilation : l’enfant essaie de se faire mal)
  • Provocation, opposition : il ne respecte pas l'autorité, les règles et les droits des autres car il ne supporte pas la frustration.
  • Instables : problème d’attention, de concentration, de mémorisation, agitation, impulsivité, réactions émotionnelles inappropriées, hyperactivité …

A cela peuvent s’ajouter les mensonges, les vols, la fugue, l'absentéisme, des comportements le mettant en danger, l'échec scolaire…

Mais il y a aussi des enfants inhibés, qui ne parlent pas, qui se renferment sur eux-mêmes, qui, à première vue, ne perturbent pas la classe, mais qui auront des réactions inappropriées et disproportionnées révélant une souffrance, une sensibilité à fleur de peau.

Le rapport au temps est compliqué. Il est difficile pour lui de se projeter si on ne lui apporte pas de repères. Il supporte mal le passage d'une matière à une autre, les moments de flottement... et a un comportement inadapté sur ces différents temps.

Pour repérer s'il s'agit d'un trouble du comportement plutôt qu'un problème de comportement, lorsque vous voyez apparaître les premiers soucis dans la classe, il faut analyser les comportements de l'enfant en début d'année à l'aide de grilles d'analyses. Ensuite, vous devez mettre en place les différents dispositifs présentés dans la mallette ainsi que rencontrer les parents et engager des solutions d'un point de vue institutionnel (RASED, équipe éducative, réunion d'équipe...). Enfin, environ 2 à 3 mois plus tard, il faudra analyser de nouveau les comportements de l'enfant avec la même grille afin de voir son évolution. Si trop de comportements restent inchangés, il est fort probable que vous ayez un élève présentant des troubles du comportement dans votre classe. Dans ce cas, il faudra envisager de se concerter avec le directeur, les parents, et les membres du RASED pour discuter d'un PPS afin d'envisager une reconnaissance de handicap. Cela permettra une orientation ou une adaptation scolaire en milieu ordinaire grâce à un AVS, un suivi par le SESSAD...

Comprendre les troubles du comportement[modifier | modifier le wikicode]

Il est important de comprendre que ces enfants présentent un handicap venant perturber les relations sociales et les empêchant d’avoir accès aux apprentissages alors qu’ils peuvent avoir un fort potentiel intellectuel. Il n’y a qu’une prise en charge personnalisée et des actions combinées qui leur permettront de progresser, de développer leur personnalité, de rétablir une connexion avec leur environnement et de créer des liens sociaux adaptés.

Les troubles du comportement sont un symptôme. Il faut en comprendre l'origine pour aider l'enfant et trouver la réponse la mieux adaptée. En effet, chaque cas est différent. Il n’y a pas de recettes miracles, il n’y a pas une solution prête à l'emploi, c’est pourquoi il est important de comprendre et d’analyser les comportements de l’élève.

Que signifient ses attitudes ? Qu’est-ce qui se cache derrière ces comportements ? Quel type de souffrance ? Est-il angoissé ? frustré ? déprimé ? Est-il dans le délire ?

Les troubles du comportement relèvent de plusieurs problématiques :

  • Ils  peuvent provenir de difficultés psychologiques qui vont perturber la scolarisation et la socialisation. Elles s’expriment au travers de comportements inadaptés : extériorisation ou inhibition.
  • Ils peuvent provenir de difficultés relevant d'un haut potentiel intellectuel, d'un TDA/H (trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité)...
  • Ils peuvent aussi provenir d’interactions entre les difficultés personnelles de l’enfant (problème d’expression, difficultés scolaires, jugement biaisé de sa personne…) et son environnement (familial, amical, conditions de vie…).

Dans tous les cas, cela va engendrer une rupture sociale et scolaire.

Il est important de comprendre que les troubles du comportement sont un problème d’action. Cette action se fera souvent en réponse à des situations anxiogènes. L’enfant n’arrive pas à s’exprimer par une parole adaptée. L’action va retranscrire sa pensée ou sa parole qui ne sont pas suffisamment développées chez lui. Cela va  l’empêcher d’avoir une attitude adaptée car il est incapable d’exprimer son problème verbalement. Sa réaction sera donc pulsionnelle. L'enfant n’a donc pas conscience de ses actes au moment d’une crise. Cependant, il est possible, après coup, de le reprendre. Il est même primordial de lui permettre de prendre conscience de ses actions. Il est essentiel de lui donner les clés pour avoir un comportement adapté en lui permettant de mettre en mots ses réactions et ce qu'il ressent.

Afin d’analyser les troubles du comportement,  il conviendra d’observer l’enfant. Cela permettra de comprendre les situations de crises, de les éviter et de lui permettre de progresser en lui offrant une aide pédagogique et éducative. Vous trouverez, dans la partie “outil” de cette mallette, un document permettant d’analyser le comportement de l’élève "perturbateur" (Des grilles d'analyse des comportements).

Exemples de troubles du comportement[modifier | modifier le wikicode]

Boris, 9ans, pouvait passer ses journées en classe à ne rien faire. Il avait de bonnes aptitudes scolaires mais ne les exploitait pas. Il était trop préoccupé par son environnement familial compliqué : un père très absent et violent lorsqu'il était présent, un grand frère violent et une mère se laissant complètement déborder par ses enfants, 4 au total. C'était un enfant en grande souffrance pour qui l'école était juste un lieu où passer ses journées.

Il se sentait agressé en permanence, il était donc toujours sur la défensive. En récréation, dans les couloirs, il pouvait être très violent. Régulièrement, il frappait ses camarades sans raison. Quand on lui demandait ce qui se passait, il répondait :"Il me cherche!" Cela voulait dire quoi ? "Il m'a regardé !!!" "Il rigole." Etc. Il avait l'impression que les autres parlaient de lui, se moquaient de lui... Ses réactions étaient toujours disproportionnées. Une chose anodine pouvait prendre une ampleur incroyable. Il faisait des crises de colère et de violence régulièrement, tout au long de l'année scolaire, depuis la maternelle. Les années passant, les choses empiraient.

Il avait parfois l'air de prendre du plaisir à faire mal aux autres. Un jour, une petite fille (connue pour être très sage et agréable) était accroupie pour faire ses lacets dans la cour. Il passa derrière elle en marchant et Bing ! Un gros coup de pied dans le dos de la fillette, sans raison apparente. Tous les enfants avaient peur de lui.

Il refusait de se plier à l'autorité des enseignants de l'école et parfois de son maître référent. Les moyens éducatifs habituels ne fonctionnaient pas. Il était souvent difficile de le raisonner. En grandissant, il était plus fort et était de plus en plus difficile à canaliser. Il refusait de retourner en classe après la récréation alors que tout le monde l'attendait. On pouvait mettre énormément de temps à remonter dans la classe. On était parfois obligé de faire intervenir le directeur et cela n'était pas toujours suffisant.

Nous avons mis en place plusieurs dispositifs dans la classe et dans l'école. Il était aussi suivi par le maître G mais ce garçon relevait complètement du handicap. Après une longue discussion avec l'équipe enseignante, nous avons conclu qu'il fallait demander une orientation : pour aider l'enfant, pour épargner les classes dans lesquelles il risquait de se trouver et pour protéger les collègues qui risquaient de l'avoir comme élève. Nous avons finalement réussi à faire un Parcours Personnalisé de Scolarisation avec la maman qui a fini par accepter l'orientation en ITEP suite à une visite de l'établissement. L'enfant était enchanté d'aller en internat : il n'aurait plus à subir les attaques de son frère violent et serait dans un cadre structurant.

Les deux années qui ont suivi l'orientation, j'ai eu de ses nouvelles par l'intermédiaire d'amis travaillant à l'ITEP. C'était clairement le bon choix, cela se passait très bien !

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  1. Décret 2005-11 du 6 janvier 2005 " Les conditions techniques d'organisation et de fonctionnement des Instituts Thérapeutiques, Éducatifs et Pédagogiques (ITEP)"