Leçons de niveau 16

L'écoumène numérique/Que faut-il entendre par numérique ?

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Que faut-il entendre par numérique ?
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Chapitre no 3
Leçon : L'écoumène numérique
Chap. préc. :Qu'est-ce que l'anthropologie ?
Chap. suiv. :Le concept d'écoumène numérique
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L'écoumène numérique/Que faut-il entendre par numérique ?
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Le terme numérique, qui se présente ici sous la forme d'adjectif, fait référence à un format de données, ou d'informations, transmises au travers d'un langage dont l'écriture est composée de chiffres. Par exemple, le langage informatique ne comporte que le chiffre 0 correspondant à un circuit électrique ouvert et donc sans passage de courant, alors qu'à l'inverse, le chiffre 1 représentait un circuit fermé et donc qui laisse passer le courant. C'est ainsi la raison pour laquelle on parle de système binaire et de code binaire lorsque l'on fait référence au langage machine, dont la grammaire repose uniquement sur l'usage du signe 0 et 1 (voir illustration ci-dessous) utilisé des fichiers exécutables, ou autrement dit, directement lisibles et interprétables pas les ordinateurs.

Encodage binaire des codes ASCII du mot « Wikipédia »

Le terme numérique se traduit en anglais par celui de « digital » en faisant référence cette fois aux dix doigts de nos mains qui toujours utilisé à ce jour comme instrument de comptage. Le système décimal fut d'ailleurs testé en informatique avec la machine analytique de Charles Babbage (1829-1839). Mais ce fut finalement le système binaire, resta d'application en raison de sa facilité technique de mise œuvre.

C'est ainsi qu'en 1941, Konrad Zuse réussit à construire le Zuse 3, un tout premier calculateur qui fonctionnait avec à l'époque avec des relais électromécaniques qui n'étaient rien d'autre que des interrupteurs commandés au départ d'une centrale de commande. D'où à nouveau l'utilisation d'un langage binaire composé de 1 et de 0 pour commander la fermeture et l'ouverture des relais électromécaniques au départ de rubans pré-perforées.

Réplique du Zuse 3, le premier ordinateur de conception entièrement électromécanique.

En opposition aux données numériques, il y a les données dites analogiques dont la particularité est de transmettre un signal analogue à l'information d'origine. Une hauteur de son pouvant par exemple être substituée par l'intensité d'un signal électrique, une pression par la position d'une aiguille dans un manomètre, une température par la hauteur du mercure dans un thermomètre, une altitude par une couleur de plus en plus foncée, etc.

Ces systèmes analogiques ont pour avantage d'être facilement compréhensible par les humains, mais lors d'une transmission d'information continue, ils ont pour inconvénient pour maintenir une connexion permanente d'utiliser un canal communication séparé. Dans un seul câble électrique, on ne peut en effet transmettre, de manière analogique, qu'une seule musique ou hauteur de son.

Contrairement à cela, le signal numérique peut se scinder en paquets dont chacun est porteur de l'identité de l'expéditeur et du récepteur de l'information. Ceci permet alors, et un peu comme le transport de marchandises sur les réseaux routiers, hydrauliques ou ferroviaires, d'établir plusieurs transferts au départ d'un même canal de communication.

De manière similaire à une route unique qui permet simultanément de ravitailler divers endroits au départ de plusieurs lieux d'expédition, un seul canal électrique peut lui aussi simultanément être utilisé pour téléphoner, surfer sur internet, écouter la radio et télécharger plusieurs fichiers en même temps. Ceci avec cette particularité commune transport routier : plus il y a d'informations numériques qui transitent sous forme de paquet via un seul câble électrique, plus leurs transmissions seront lentes.

Il est ensuite important de ne pas associer systématiquement le numérique au virtuel. Un signal numérique est effectivement actuel dans sa manière d'être. Ce qui veut dire qu'il existe à l'instant présent et pas dans une projection future comme le fait entendre le terme virtuel que l'on peut traduire par l'expression « en puissance » selon son origine étymologique provenant du mot latin virtus.

Parallèlement à ceci, il est aussi peu correct de parler de mondes virtuels lorsque l'on fait référence à des espaces de jeux développés ou tout autres environnements développé au sein de l'espace numérique. Les systèmes informatiques sur lesquelles reposent ces jeux, ces réseaux sociaux ou autres, n'ont en effet rien de virtuel ni de fictionnel, pas plus que les interactions des usagers, ni toute l'infrastructure informatique qui rend la chose possible. Tout cela est bien réel et actuel et donc ni fictionnel, ni virtuel.

Lorsque l'on parle enfin d'anthropologie numérique, un autre doute peut s'installer quant à savoir s'il s'agit de pratiquer l'anthropologie avec l'aide de l'informatique, ou plutôt de faire de l'anthropologie au sein des espaces numériques, là où se développe de plus en plus d'interactions humaines. Ceci en sachant que de la pratique de l'anthropologie du numérique ou des espaces numériques, découle aussi forcément l'utilisation de l'outil informatique.

Pour éviter toute confusion, il serait alors préférable de parler de l'anthropologie du numérique, ou d'anthropologie des espaces numériques, ou encore des mondes numériques, dans ce deuxième cas de figure, afin de garder l'expression « anthropologie numérique » pour désigner l'utilisation d'outils informatiques en anthropologie. Sauf qu'à l'heure actuelle qui fait encore de l'anthropologie sans l'aide d'un ordinateur ? La confusion s'explique donc ainsi.

Dans le monde anglophone, l'expression digital anthropology est aussi soumise à de nombreux amalgames, mais il existe par contre l'expression « digital humanities » qui permet de mettre l'accent sur l'usage des nouvelles technologies quand elles sont mises en pratique en sciences des lettres. Mais ceci à nouveau sans exclure une approche réciproque qui inclut aussi l'étude des effets du numérique sur l'être humain.

Quoi qu'il en soit, retenons que ce que nous apporte l'anthropologie numérique, au sens large, c'est une meilleure compréhension de l'être humain selon six principes qui furent recensés par les pionniers et pionnières du domaine. Six principes qui se résument selon les formules suivantes[1] :

  • Le numérique intensifie la dialectique nature culture.
  • Le numérique offre une meilleure compréhension de la vie pré-numérique.
  • Le numérique doit être abordé d'un point de vue holistique et comme partie intégrante de l'humanité.
  • Le numérique n'est pas facteur d’homogénéisation, mais au contraire réaffirme la notion de relativisme culturel.
  • Le numérique apporte une ambivalence au sein de la vie politique et privée.
  • Le numérique développe une nouvelle culture matérielle dans laquelle l’anthropologue se trouve lui-même imbriqué.

Référence[modifier | modifier le wikicode]

  1. Heather A. Horst et Daniel Miller, Digital Anthropology, A&C Black, 2013-08-01 (ISBN 9780857852922) [lire en ligne]