Leçons de niveau 15

Sondage/Les théories

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Les théories
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Chapitre no 6
Leçon : Sondage
Chap. préc. :Le redressement et le filtrage
Chap. suiv. :Le traitement par les médias
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Introduction[modifier | modifier le wikicode]

De prime abord, il n’apparaît pas incongru de penser que les sondages peuvent avoir un impact sur les choix et décisions des citoyens. En effet, en leur montrant des résultats présentés comme l’avis de la majorité des Français, de nombreuses personnes peuvent se sentir influencées. De plus, l’impact n’est pas forcément direct, il peut aussi être indirect et influencer la vie de la population par les choix et décisions des dirigeants et des corps intermédiaires qui peuvent prendre des décisions en fonction de résultats de sondages.

Le plus difficile ne sera donc pas de savoir si l’impact existe ou non : tout le monde ou presque s’accorde pour dire qu’il existe[1] : il sera plutôt de réussir à placer le curseur et de tenter de mesurer cet impact. En effet, à l’heure actuelle, aucun instrument de mesure fiable ne le permet.

Nous essaierons donc ici de présenter, avec la plus grande objectivité possible, les différents points de vue sur la question : ceux de sociologues, ceux d’instituts de sondage (notamment de ceux que nous avons pu rencontrer).


Impact minime[modifier | modifier le wikicode]

Certains sociologues ou directeurs d’instituts de sondage estiment que l’impact qu’ont les sondages est insignifiant.

C’est le cas, par exemple de Paul Lazarsfeld (sociologue américain ayant développé la théorie des deux étages de communication) qui estime que l’effet le plus fréquent est la simple confirmation des électeurs dans leurs opinions. Ensuite, par ordre décroissant, on trouve l’activation des opinions, la neutralisation, la conversion, et enfin l’effet nul (les indécis restent indécis)[2]. En effet, il est apparu que la mémorisation des sondages par les personnes était souvent sélective et qu’on ne retenait généralement que ce qui confirmait ce que l’on pensait déjà.

Cette théorie ne sort pas de nulle part, elle s’appuie sur plusieurs exemples bien connus de la vie politique française. Ainsi, Brice Teinturier, dans une tribune parue dans « Le Monde » daté du 8 novembre 2011, cite comme exemple les résultats de François Bayrou en 2007 ou d’Edouard Balladur en 1995 : « Si les sondages faisaient le résultat, jamais François Bayrou, en 2007, n'aurait pu passer de 8 % fin 2006 à 18,6 % au final - évolution d'ailleurs parfaitement suivie par les enquêtes. Jamais, non plus, Edouard Balladur n'aurait pu être dépassé par Jacques Chirac en février 1995 »[3].

On pourrait aussi donner de nombreux exemples de décisions prises avec succès malgré les sondages (la suppression de la peine de mort par François Mitterrand en 1981, la candidature de Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1995). Les dirigeants, comme le reste de la population ne sont donc pas forcés de suivre les résultats des sondages.

On peut aussi imaginer que l’impact des sondages sur les populations existe bel et bien mais s’annule : un sondage plaçant en tête un candidat peut en effet à la fois galvaniser ses troupes ou les démobiliser, trop sûres de leur victoire. Là-encore, tout n’est qu’une question de curseur…


Impact indirect[modifier | modifier le wikicode]

Une théorie intéressante a été élaborée par Elihu Katz et Paul Lazarsfeld en 1955 : la théorie des deux étages de la communication ou communication en deux temps. D’après cette théorie, les sondages, et plus largement l’information, n’ont que peu d’impact sur les populations. Ainsi, tirant les enseignements de diverses enquêtes réalisées au cours de campagnes électorales américaines de 1940 et de 1948, ils montrèrent que l'opinion des citoyens est peu affectée par cette dernière.

Les populations seraient donc influencées à deux niveaux :

  • Par les leaders d'opinion (personnes qui, par leur comportement ou leur position, ont une emprise sur leur entourage) qui filtrent et interprètent l'information et pèsent sur l'opinion des individus.
  • Par les groupes de référence (famille, collectivité de travail...).

Ainsi, si l’on suit cette théorie, l’influence des sondages est beaucoup plus subtile : elle s’exprime dans les actions des dirigeants, des leaders d’opinion qui font des choix sur la base de sondages et/ou qui influencent ensuite les populations avec lesquelles ils sont en contact.

L’influence des sondages serait donc indirecte : elle est liée aux commentaires qu’ils engendrent, aux réactions des états-majors politiques, aux modifications éventuelles des thèmes de campagne.

Là-encore, plusieurs exemples viennent étayer cette théorie : on sait, de l’aveu même des intéressés, que des candidatures ont été décidées sur la base d’enquêtes par sondage. Celles, par exemple, de Raymond Barre à l’élection présidentielle de 1988 ou d’Edouard Balladur en 1995, ces deux candidatures s’appuyant très directement sur une (mauvaise) lecture de sondages réalisés plusieurs mois avant le scrutin. Il en est de même de certaines décisions politiques : ainsi François Mitterrand a-t-il choisi, en septembre 1993, pour la ratification du traité de Maastricht, la voie référendaire plutôt que la voie parlementaire : des sondages réalisés plusieurs mois auparavant semblaient avoir montré l’existence d’une large majorité en faveur du traité (plus de 70 %, alors que le référendum sera adopté de justesse, par un peu plus de 50 % des votants). La décision de Jacques Chirac en 1996 de dissoudre l’Assemblée nationale s’appuyait aussi sur des sondages qui laissaient à croire qu’il gagnerait les élections...

De surcroît, au-delà des seuls sondages politiques, les sondages marketing influent eux-aussi sur la vie des Français. En effet, les entreprises, pour commercialiser leurs biens et services, réalisent le plus souvent des études de marché qui se présentent sous la forme de sondages. Leurs résultats ne sont pas publiés mais modifient les décisions des concepteurs du produit : le prix, les spécificités… et ont donc un impact sur les consommateurs.

Impact direct[modifier | modifier le wikicode]

Une autre théorie voudrait que les sondages aient un impact direct sur la population : ce sont les effets bandwagon et underdog.

Littéralement, « a bandwagon » est un wagon qui transporte un groupe dans un défilé, un cirque ou d'autres divertissements. L'expression «jump on the bandwagon » a d’abord été utilisé dans la politique américaine en 1848 en raison de Dan Rice, un clown de cirque professionnel. Il a utilisé son « bandwagon » pour les apparitions de la campagne de Zachary Taylor, afin d’attirer l'attention en utilisant la musique. Comme la campagne de Taylor devenait plus efficace, de plus en plus de politiciens luttaient pour un siège dans le train, dans l'espoir d’être associé à la réussite. Plus tard, au temps de William Jennings Bryan, pour la campagne présidentielle de 1900, les « bandwagon » était devenu la norme dans les campagnes, et «jump on the bandwagon» était utilisé comme un terme péjoratif pour désigner les gens s’associant à la campagne sans savoir ce pourquoi ils s’associaient[4].

L’effet « bandwagon » désigne donc aujourd’hui l’effet mobilisateur pour la campagne d’un candidat lorsque celui-ci est en tête dans les sondages.

L’effet « underdog » (littéralement « perdant » ou « opprimé ») désigne, lui, l’effet inverse à savoir la mobilisation des électeurs en faveur du candidat à la traine dans les sondages.

A ces deux effets principaux, se rajoutent deux effets connexes : l’effet « humble-the-winner » (littéralement : « humilier le gagnant ») qui désigne la démobilisation des troupes d’un candidat en tête des intentions de vote et l’effet « snob-the-looser » (« snober le perdant ») qui désigne, elle, la démobilisation des troupes du perdant dans les sondages.

Les effets sont regroupés dans le tableau :

voir tableau ici pour organiser le tableau Changement dans l’évaluation du….

… au bénéfice du…


« vainqueur »


« perdant »

« vainqueur »


Bandwagon


Snob-the-looser

« perdant »


Humble-the-winner


Underdog

Ces effets sont malgré tout bien plus controversés que ne l’est la théorie de l’impact indirect, admise même par les instituts de sondage. Il nous apparaissait toutefois important de les mentionner car elles résument bien le sentiment qu’un lecteur peut éprouver à la lecture d’un sondage : il peut se sentir attiré par le candidat en tête ou par le candidat à la traîne selon son ressentiment. Cet exemple montre une des conséquences de cette théorie : les effets peuvent avoir tendance à s'annuler !

La question de l’impact des sondages sur les choix et décisions de la population reste donc éminemment controversée même si un consensus semble apparaître sur la théorie de l’impact indirect des sondages : ils influenceraient la vie des Français par les décisions qui sont prises à la lecture de sondages par les dirigeants. Le problème n’est toutefois pas réglé pour autant puisque nous ne savons toujours pas si cet impact est important ou est insignifiant par rapport aux autres moyens d’influence de l’opinion que sont les éditoriaux, les chroniques politiques…

  1. Même Brice Teinturier, directeur général délégué d’IPSOS France, l’affirme : « Qu’il y’ait des effets auprès d’une fraction d’électeurs est bien possible », « Le Monde », Critique de la critique, 08/11/2011
  2. Dictionnaire de sociologie, Françoise Bloess, Jean-Pierre Noreck, 2004, article de Jean Stoetzel
  3. Brice Teinturier, « Le monde », "Critique de la critique", 08/11/2011
  4. http://www.websters-online-dictionary.org/definitions/Bandwagon%20Effect