Leçons de niveau 18

Sémantique/Interpréter

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Interpréter
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Chapitre no 7
Leçon : Sémantique
Chap. préc. :Penser
Chap. suiv. :Ecouter
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Sémantique/Interpréter
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Interpréter[modifier | modifier le wikicode]

    Mais quand à mon tour je reçois du langage, cela devient mon problème. Je dois interpréter ce langage. Quand c'est par l'intermédiaire d'un texte je peux prendre mon temps, c'est l'intérêt de la lecture, je peux m'approprier ce langage en plongeant dans ma mémoire, voir remonter du sens, des souvenirs, des expériences, me laisser aller à des digressions, remarques, critiques, analyses, rêveries, et tout cela participe à construire mon interprétation, je me suis débrouillé avec le langage de l'auteur puisque ce n'était pas son problème comme je l'ai vu plus haut et j'ai créé du sens, mais c'est mon sens, pas le sien. Pour un même texte il y aurait donc autant de sens personnels qu'il y aurait de lecteurs, plus un, celui de l'auteur. Je ne peux en aucun cas affirmer que mon sens soit celui de l'auteur d'une part parce que je sais que c'est impossible, d'autre part d’un point de vue moral ce serait manquer de respect à l'auteur, ce serait en quelque sorte lui nier son propre sens, et enfin ce serait très prétentieux de penser que mon sens soit le sens du texte, le Graal que chacun doit atteindre.
    Les Occidentaux qui se sont intéressés au Tao Tö king de Lao-Tseu ont constaté un phénomène : sa traduction est d'autant plus facile que l'on connaît mal la langue chinoise. Pour un Chinois c'est très difficile d'interpréter ce texte parce qu'il connaît bien sa culture et toutes les subtilités et contraintes de sa langue, pour lui c'est un casse-tête. Il y a autant de traductions du Tao Tö King qu'il y a de traducteurs. Face à ces traductions j'ai constaté deux choses : elles sont en général très conceptuelles et de plus bourrées de contradictions du genre « son nom n'est pas son nom » ou « obscurcir l'obscurité ». Je ressentais beaucoup de réticence à rentrer dans ces textes parce que je ne parvenais pas à les associer à mon expérience, j'ai donc pris une grammaire et un dictionnaire de la langue chinoise jet je me suis attaqué au fameux premier chapitre qui comprend dix versets. J'ai vite compris que pour s'en sortir il ne fallait pas s'arrêter au sens propre d'un signe mais lui choisir un sens figuré et pas toujours le même pour le même signe. J'ai donc bricolé une suite de mots qui me permettait de rattacher ce texte à mon expérience et donc à créer du sens et me l'approprier, puis j'ai rédigé cela en français acceptable. Le résultat était d'une limpidité étonnante, je pouvais conclure : là je suis d'accord, ici, je ne sais pas, là je ne suis pas d'accord, mais à des années-lumière des autres traductions, par contre je me sentais très proche de Lao-Tseu et j'avais la faiblesse d'en être fier. J'étais la victime de l'illusion sémantique. En fait, je n'avais pas compris ce texte et encore moins la pensée de Lao-Tseu, j'avais compris mon propre sens, ce qui est la moindre des choses. Ensuite j'ai voulu faire l'expérience de parcourir mon sens tout en lisant la traduction phonétique du texte chinois et j'ai ressenti à ce moment quelque chose de très proche de ce que j'éprouve quand je me parle à moi-même, mais d'un côté il y avait mes bulles de sens et de l'autre du volapük.