Recherche:Sur l’extension des genres grammaticaux en français/caractérisant

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Ruines de São Miguel
Vanité, qui caractérise si bien l'humanité, dont des ruines sont ici lentement renvoyés au néant par la végétation.

Cette section part notamment du couple abstrait et concret, qu’elle groupe sous le nom de caractère, à l’instar du trésor de la langue française informatisé (TLFi). Ce dernier donne également une liste complémentaire de caractères qui s’avèrent pleinement pertinent pour catégoriser des noms : absolu, actuel, aléatoire, arbitraire, artificiel, authentique, contingent, cyclique, exceptionnel, factice, facultatif, irréversible, nouveau, précaire, provisoire, traditionnel, urgent, vraisemblable[1]. Chacun de ces termes peut évidemment donner lieu à des couples constituants, si ce n’est des pôles opposées, tout au moins des bornes nettement éloignés d’un spectre de valeurs :

  • absolu et relatif
  • actuel et virtuel
  • aléatoire et déterminé
  • arbitraire et contraint
  • artificiel et brut
  • authentique et contrefait
  • contingent et nécessaire
  • cyclique et linéaire
  • exceptionnel et régulier
  • factice et adventice
  • facultatif et obligatoire
  • irréversible et réobtenabilité
  • nouveau et désuet
  • précaire et stable
  • provisoire et pérenne
  • traditionnel et exotique
  • urgent et différable
  • vraisemblable et fabulatif

Il s’agit là de couples arbitrairement choisis dans les possibilités des panels d’antinomies correspondant à chaque terme mis en avant dans le TLFi.

Une telle profusion catégorielle n’est assurément pas traditionnelle dans le traitement du genre en français. Sur ce plan, cette approche se rapproche plus du traitement en classe nominale d’autres langues. Elle en diffère en cela qu’elle porte plus une classification sur le référé que le référant. Cette section se consacrera ci-après plus à l’analyse du genre abstrait s’opposant au genre concret, tout en tenant compte que ces propos seraient facilement transposables à d’autres formes de caractères sémantiques telles que ceux listés ci-avant.

Dans une représentation chronologique de la construction cognitive des représentations que se font les individus, le concret arrive préalablement à l’abstrait, dans la mesure où la multiplicité éparse d’expériences concrètes précède la synthèse unifiante dans une abstraction[N 1]. Sur le plan linguistique également, le concret pourrait être rapporté à ce qui peut être directement pointé par des déictique à des objets extra-linguistiques. L’abstrait lui peut être présenté comme arrivant dans un second temps, via un jeu référentiel intra-linguistique. Par celui-ci il sera éventuellement possible de se rapporter vers une réalité extra-linguistique, via une série de dénotation[2]. Plus la série de processus dénotationnelle est longue, plus le niveau d’abstraction est conséquent. Le cycle de dénotation peut-être rendu arbitrairement long, par exemple via des autoréférences récursives, aussi le degré d’abstraction n’est pas proportionnel à la longueur de l’énoncé.

Ainsi dans la situation idoine, je bois ce verre d’eau est un syntagme concret, tandis que je fais le nécessaire pour assimiler ce liquide si précieux à la vie sur terre est déjà plus abstrait, et j’effectue l’action désignée dans les deux syntagmes précédents mis en emphase dans ce paragraphe pousse le niveau d’abstraction encore d’un cran.

Sous cette sous-catégorie de genre caractérisant, il pourrait aussi être placé des propriétés comme le genre fixe, qui s’applique par exemple aux noms métonymiques, génériques, de qualité ou d’état, par opposition au genre variable qui s’applique par exemple aux noms désignant une personne comme un titre professionnel[3].

Par rapport à la présente recherche, ce qui importe est de noter que l’objet référé n’influence en rien le genre caractérisant, en quoi il s’oppose pleinement au genre classifiant discuté ci-après.

Sans qu’elles soient précisément cités précédemment, cette section est redevable à une part plus large des références qu’il sera utile de consulter pour aller plus loin[4][5][6][7][8][9][10][11][12][13].

  1. « CARACTÈRE : Définition de CARACTÈRE », sur www.cnrtl.fr (consulté le 12 juillet 2021)
  2. (en) Bertrand Russell, « II.—On Denoting », Mind, vol. 114, no  456, 2005-10-01, p. 873–887 (ISSN 1460-2113 et ISSN 0026-4423) [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2021-07-22)]
  3. Louise-L. Larivière, « Typologie des noms communs de personne et féminisation linguistique », Revue québécoise de linguistique, vol. 29, no  2, 2001, p. 15–31 (ISSN 0710-0167 et ISSN 1705-4591) [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2021-08-04)]
  4. Vincent Cossic, « Variétés : Le recours à l'abstrait et au concret : d'un discours philosophique à une illustration civiliste », Revue Juridique de l'Ouest, vol. 8, no  2, 1995, p. 193–212 [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2021-07-12)]
  5. Michel Denis et Danièle Dubois, « La représentation cognitive : quelques modèles récents », L'Année psychologique, vol. 76, no  2, 1976, p. 541–562 [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2021-07-12)]
  6. Malgorzata Nowakowska, « Les problèmes de structure immanente dans le syntagme nominal abstrait complexe en français et en italien », L'information grammaticale, vol. 59, no  1, 1993, p. 49–50 [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2021-07-12)]
  7. Lin Chalozin-Dovrat, « De l'abstrait à l'abstraction : vers une définition dynamique de catégories sémantiques », L'information grammaticale, vol. 125, no  1, 2010, p. 49–55 [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2021-07-12)]
  8. Isabelle Delcambre, « Construire une séquence didactique autour d'un problème d'écriture: l'exemplification », Pratiques, vol. 92, no  1, 1996, p. 57–82 [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2021-07-12)]
  9. Ronald W. Langacker, « Mouvement abstrait », Langue française, vol. 76, no  1, 1987, p. 59–76 [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2021-07-12)]
  10. Olga Anokhina-Abeberry, « Étude sémantique du nom abstrait en français », L'information grammaticale, vol. 91, no  1, 2001, p. 44–45 [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2021-07-12)]
  11. Eric Buyssens, « Le Problème de la référence : le rapport entre l'abstrait et le concret dans les faits linguistiques », Bulletins de l'Académie Royale de Belgique, vol. 73, no  1, 1987, p. 190–199 [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2021-07-12)]
  12. Louis Callebat, « Remarques sur le passage d'un mot abstrait au sens concret (obsequium) », Pallas. Revue d'études antiques, vol. 12, no  2, 1964, p. 49–53 [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2021-07-12)]
  13. Jean-Claude Margolin, « De l'abstrait au concret : à propos de quelques symboles temporels de la Renaissance », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, vol. 83, no  2, 1976, p. 349–357 [texte intégral (page consultée le 2021-07-12)]


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