Littérature de jeunesse en anglais : Eleanor Fortescue-Brickdale, Le conte de Fleur et Blanchefleur/Séparation

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Au bout de quelques années, observant l'éveil intellectuel de son fils, le roi le convoqua : « Fleur, il est temps de commencer l'école avec assiduité pour suivre les enseignements de Maitre Gaidon. » À ces mots, Fleur éclata en sanglots : « Père, je ne saurais apprendre à lire, à écrire ni quoi que ce soit d'autre si Blanchefleur ne suit pas les mêmes cours. » Le roi y consentit et les deux enfants partirent à l'école main dans la main, la joie au cœur. En s'aidant et en s'encourageant mutuellement, ils acquirent rapidement toutes les bases du savoir, au point qu'ils purent échanger des lettres d'amour en latin, sans que personne ne les comprenne car ils étaient les seuls à maitriser cette langue.

Leur amour grandissait et nouait entre leurs cœurs de tels liens que le roi s'en aperçut et en conçut du déplaisir et la crainte que cela n'entrave ses plans de marier son fils à une héritière royale. Il décida de séparer les amoureux, si possible en utilisant des procédés honnêtes, mais éventuellement en recourant au meurtre. Mais la reine, connaissant l'attachement de son fils pour Blanchefleur, le supplia de l'épargner, de peur que son fils ne meure de chagrin à son tour. « Mon cher Seigneur, demandez plutôt à Maitre Gaidon d'interrompre ses enseignements pour des raisons de santé. Ceci nous permettra d'envoyer Fleur à l'école de Montorio, près de Rome, où réside ma tante la Duchesse. Là se trouvent de nombreuses jeunes filles bien nées et il trouvera son bonheur. »

Le roi y consentit mais, en apprenant ce projet de séparation, car la mère de Blanchefleur simula également la maladie pour retenir sa fille à ses côtés, Fleur devint fou de chagrin et, pour le calmer, ses parents lui promirent que Blanchefleur le rejoindrait dans deux semaines à Montorio. Légèrement réconforté par cette promesse, Fleur dit au revoir à sa bien-aimée et l'embrassa en présence de ses parents.

Le roi Fenix ne vit pas partir son fils sans tristesse et lui fournit tout l'équipement aristocratique qui lui était dû. À son arrivée, il fut chaleureusement accueilli par le duc Toras, la duchesse et leur fille Sibylle. Quand il eut récupéré des fatigues du voyage, Sibylle l'accompagna à l'école où il rencontra de nombreuses demoiselles de grande beauté. En vain : quelques soient la beauté ou les qualités de ces rencontres, toutes ses pensées étaient pour Blanchefleur. Soupirs et pleurs accompagnèrent les journées qui le séparait des retrouvailles. Et, quand le jour arriva enfin mais que Blanchefleur ne fut pas au rende-vous car ses parents étaient persuadés qu'il l'avait enfin oubliée, il s'évanouit et, de chagrin, perdit tout appétit et même le sommeil. Son chambellan alerta immédiatement le roi qui convoqua son épouse pour lui demander conseil. « Je ne sais quel remède utiliser pour guérir Fleur mais je sais que Blanchefleur lui a jeté un sort. Elle retient son cœur par un lien magique et l'empêche de voir les autres femmes. Allez la chercher qu'on la mette à mort et qu'elle disparaisse à jamais. » Une fois de plus, la reine plaida la clémence : « Mon seigneur, Blanchefleur n'a pas jeté un sort sur notre enfant, elle l'aime d'un amour sans fin et, depuis son départ, passe son temps à pleurer de chagrin, seule, et refusant de se nourrir. » C'est ainsi qu'elle réussit à sauver la vie de la jeune fille et voici le conseil qu'elle donna au roi : « Seigneur, ce serait une honte de condamner cet enfant à mort sans procès ; conduisez-la plutôt au port et vendez-la à un étranger pour ne plus en entendre parler. »

Le roi suivit ce conseil de son épouse et envoya chercher deux riches marchands à qui il confia Blanchefleur pour aller la vendre à des étrangers au marché de Nicea. Ils promirent de remplir fidèlement leur mission. Parmi les riches marchands du port de Nicea, ils choisirent deux négociants d'un pays lointain qui achetèrent Blanchefleur à un prix plus que satisfaisant puisqu'ils leur donnèrent cent livres d'or et cent livres d'argent, cent toiles de soie indienne, cent manteaux écarlates, cent chevaux et trois cents oiseaux (faucons, faucons pèlerins et éperviers), sans compter une coupe exceptionnelle, sans prix, de grande beauté. Elle avait été fondue par Vulcain lui-même et était gravée d'une représentation de la poursuite de Pâris, le fils du roi de Troie, Priam, après l'enlèvement d'Hélène, poursuivi par Ménélas et son frère Agamemnon à la tête d'une puissante armée ; ainsi que de la façon dont les Grecs assiégèrent et prirent d'assaut la ville de Troie, défendue par les Troyens. Énée avait emporté cette coupe pour l'offrir à un frère de Lavinia.

Après la vente, ces négociants emportèrent Blanchefleur à Babylone pour l'offrir à l'Amiral de la ville à qui elle plut tellement qu'il l'acheta dix fois son poids d'or, à leur grande satisfaction. Quant à l'Amiral, voyant la beauté et les riches atours de sa récente acquisition, il se dit qu'elle devait être de noble race et décida de rompre avec sa tradition de noces annuelles pour l'épouser et en faire sa femme unique. Dans cet objectif, il l'envoya dans la tour des fiancées et mit vingt-cinq demoiselles d'honneur à son service pour la consoler jusqu'à son couronnement comme reine de Babylone.

Mais dès qu'elle se retrouva seule dans sa chambre, Blanchefleur, étrangère éloignée de son pays, se mit à se lamenter : « Hélas, Fleur, qui nous a séparés de la sorte ? Jamais je ne cesserai de t'aimer et de te regretter car je sais bien que ton cœur est submergé d'amour et de deuil et que nous devons tous deux mourir, car qui pourrait survivre sans amour ?