Leçons de niveau 13

Le travail et la technique/Logique du développement technique

Une page de Wikiversité.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Début de la boite de navigation du chapitre
Logique du développement technique
Icône de la faculté
Chapitre no 4
Leçon : Le travail et la technique
Chap. préc. :L'humain est homo faber
Chap. suiv. :Conséquences éthiques du développement technique
fin de la boite de navigation du chapitre
Icon falscher Titel.svg
En raison de limitations techniques, la typographie souhaitable du titre, « Le travail et la technique : Logique du développement technique
Le travail et la technique/Logique du développement technique
 », n'a pu être restituée correctement ci-dessus.

Accélération[modifier | modifier le wikicode]

Le développement technique ne cesse de s'accélérer : alors que la pierre taillée est apparue il y 2,5 millions d'années, le 1er harpon il y a environ 60 000 ans, l'agriculture 10 000, l'écriture 3 000... il faudra seulement 200 ans pour passer de la machine à vapeur aux fusées. Pourquoi ?

On trouve 3 causes principales : le besoin, l'adaptation et l'innovation.

Le besoin[modifier | modifier le wikicode]

Alors que l'animal naît avec ses vêtements, ses armes, son savoir-faire, l'humain apparaît dans le monde démuni de tout. Cette nudité, à la fois visible et symbolique, oblige l'homme à travailler pour acquérir des compétences, des techniques. Nous pourrions croire que les développements techniques actuels ne répondent plus à des besoins vitaux; or même si les individus ne sont pas aussi démunis qu'auparavant, beaucoup d'inventions techniques sophistiquées continuent d’avoir pour fonction de subvenir aux besoins vitaux.

L'adaptation[modifier | modifier le wikicode]

Comme l'instinct chez l'animal, la technique est le moyen de nous adapter à notre milieu. Cependant il faut voir que les progrès eux-mêmes vont transformer le sens du mot adaptation :

  • Jusqu'au XVIIIe siècle (ère des machines), seule l'agriculture peut-être considérée comme une véritable transformation du milieu. Mais d'une manière générale, les techniques humaines permettent à l'humain de s'adapter pour le mieux à la nature et à ses lois.
  • À partir du XVIIIe siècle, le rêve cartésien commence à se réaliser : l'humanité commence à prendre possession de la nature grâce à la science; le sens du mot adaptation change : ce n'est plus l'humain qui s'adapte à son milieu, mais c’est le milieu qui va être adapté en fonction de nos besoins et de notre volonté. Les lois humaines tendent à remplacer les lois de la nature; nous utilisons la nature comme si nous l'avions nous-même inventée.
  • Mais le XXe siècle et le XXIe siècle inventent une nouvelle tendance, le mot "adaptation" a un nouveau sens : l'humain ne se contente plus d'adapter la nature, il crée un nouveau monde, un nouveau milieu auquel il doit s'adapter grâce à de nouvelles techniques. Cela se concrétise par un simple remplacement : nous vivons dans des villes toujours plus grandes; nos déplacements, nos relations avec les autres personnes prennent une forme de plus en plus technique. Et, dans cet univers, les personnes âgées, les moins aptes à changer elles-même, sont majoritairement incapables de s'adapter.

D'autre part, cette logique se concrétise aussi par une assimilation : comme Descartes l'avait dit, le point de vue technologique considère la nature à l'image des machines; par conséquent, plus la science progresse, plus la frontière entre Nature et Technique (entre êtres vivants et machines) devient mince. C'est désormais dans un tel monde que l'être humain doit vivre.

L'innovation[modifier | modifier le wikicode]

Il est dans la nature humaine de ne pas s'attacher à ce qui est, à ce qui existe déjà. L'invention technique n'est donc pas seulement une réponse à la nécessité, elle est aussi motivée par ce désir de nouveauté. En ce sens, l'être humain invente pour inventer; la nouveauté est une valeur en elle-même.

La cause du développement technique se dédouble donc en s'inversant : non seulement le besoin est au principe de l'invention technique, mais celle-ci va être à son tour à l'origine de nouveaux besoins. Et dans une société de consommation, ce qui n'est qu'un gadget accessoire devient bien vite indispensable : en découvrant qu'un téléphone peut être portable, on découvre qu'on ne peut pas se passer des autres; les derniers modèles de voitures valent dans nos esprits les meilleurs qui existent déjà.

Cette logique de nouveautés a deux conséquences :

  • Le développement technique devient imprévisible : lorsqu'une technique est inventée pour répondre à un besoin précis, nous la maitrisons dans le sens ou nous connaissons son application; mais quand nous inventons une technique seulement pour apporter de la nouveauté, nous ne pouvons que deviner les applications qu'elle pourrait avoir. Et en effet, dans le processus d'invention, l'humain n'est souvent pas conscient de tout l’intérêt de ce qu’il est en train de réaliser. Le développement technique se fait à la grande surprise de ses inventeurs, les conséquences et les applications s'effectuent spontanément, comme par sélection naturelle. En s'appuyant sur cette logique de l'innovation, le développement technique devient autonome : personne ne le maitrise car personne ne peut le prévoir, à l'image du mythe de l'apprenti sorcier.
  • Le développement technique devient une véritable réaction en chaîne: les nouvelles technologies à cause de leur complexité et de la puissance qu’elles permettent sont bien sûr des réponses aux difficultés que la réalité nous impose; mais en même temps, elles font émerger de nouvelles difficultés qu’il faudra de nouveau résoudre par la technique. (Par exemple : La crise de l'énergie en 1973 a conduit au développement du moteur diesel, qui génère une forte pollution, réduite par l'invention du pot catalytique...)

Le développement technique revient donc à une suite infinie et nécessaire de problèmes et de solutions qui ne peuvent mener qu’à toujours plus de techniques.