Leçons de niveau 13

Le travail et la technique/L'humain est homo faber

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L'humain est homo faber
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Chapitre no 3
Leçon : Le travail et la technique
Chap. préc. :Le travail comme malédiction
Chap. suiv. :Logique du développement technique
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Spécificité de la technique humaine[modifier | modifier le wikicode]

Il semblerait que la technique soit une modalité propre à l'humain, que seul l'homme soit capable de produire et de posséder des techniques. En apparence, les animaux aussi en possèdent, mais la différence est dans le fait que les animaux semblent "coller" à la technique du moment, ne sont pas capables de médiatiser la fin à atteindre grâce à l'outil, mais au contraire se focalisent sur un objectif à atteindre dans l'immédiat. Le singe peut prendre un bâton pour atteindre un fruit sur le moment, mais il ne sera pas capable de différer la prise du fruit pour élaborer un outil plus performant. Au contraire, l'espèce humaine est capable de médiatiser son rapport au but à atteindre : volontairement, on repousse le but à atteindre (par exemple, aller vite en marchant) pour élaborer des techniques qui, par la suite, permettent du "loisir" : en roulant en voiture, on avance beaucoup plus vite tout en restant assis.

La technique humaine est invention, l'animal lui n'invente rien, il fait en fonction de ce que la nature lui donne (l'instinct). Or, il y a véritablement technique lorsqu’il y a médiation du but à atteindre, c'est-à-dire lorsqu'on artificialise ce que la nature ne peut fournir elle-même. Alors qu'un animal est dans ce qu'on peut appeler "instrumentation" (quand un castor construit un barrage, c’est instinctif, il répond à une nécessité naturelle), l'humain seul est dans la "technique", dans le report du but à atteindre pour être plus performant.

Processus d'élaboration technique[modifier | modifier le wikicode]

Chez l'animal, c’est le plus souvent instinctif, mais cela repose parfois sur la répétition et l'imitation. Chez l'humain, c’est surtout un processus qui relève d'une activité consciente et réfléchie. Mais, comme le souligne Marx, "ce qui distingue de prime abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte, c’est qu’il construit la cellule dans sa tête avant de construire dans la ruche". Autrement dit, le travail remplace l'instinct. Et ce travail consiste surtout dans l'effort par lequel l'humain se donne les moyens de transformer la nature, soit la technique.

Homo Faber[modifier | modifier le wikicode]

Bergson nous explique que l'humain est moins Homo sapiens qu'Homo faber, car c’est moins le savoir ou la sagesse qui le caractérise que cette capacité constante à toujours inventer de nouvelles techniques. La paléontologie confirme cette idée en montrant que les premières formes d'hominidés qui mènent directement à l'humain (Homo habilis -2,5 millions d'années) sont à l'origine des premières techniques. Bergson dit aussi que l'apparition d’outils correspond à l'apparition de l'intelligence : si l'humanité est capable d'inventions, cela suppose qu'elle soit capable de former en elle des idées de choses qui n'existent pas encore mais qui seront cependant utiles dans la nature.

En tout cas, la réflexion remplace l'instinct. Aristote dit qu’il ne sert à rien de posséder un outil aussi complexe que la main si nous n'avons pas les facultés, les capacités intellectuelles pour savoir l’utiliser, d'autant plus que la main est l'outil des outils.

La technique est donc bien propre à l'humain, et ses effets confirment cette idée; alors que la technique animale est le prolongement de ce qu’il est, a pour seule fonction de préserver son être, elle semble être tout le contraire chez l'être humain. D'abord, notre technique se distingue de notre corps, de notre être, on peut en avoir plusieurs. Mais surtout, l'invention permanente traduit chez l’Homo faber qu’il ne s'en tient pas à ce qu’il est, pour changer sans cesse son milieu, son existence. C'est le seul être naturel qui va refuser sa nature.

Le travail comme technique[modifier | modifier le wikicode]

La spécificité du travail humain est relative à celle de sa technique : seul l'humain travaille, mais même la fourmi besogneuse ne travaille pas. Car si l'animal ne travaille pas, c’est qu’il se sert uniquement des ses organes, il se contente de cueillir les fruits de la nature. Son activité physique reste spontanée, un peu comparable à un élève qui se contente de reproduire ses connaissances en mémoire.

Le travail est une activité propre à l'humain; au contraire de l'animal, il doit préalablement se doter des moyens d'atteindre les mêmes buts. La travail commence avec l'effort d'invention, il se poursuit par l'effort de réalisation des moyens techniques inventés et se termine par l'effort de maitrise.

La question de la division du travail[modifier | modifier le wikicode]

Pour accentuer la production par le travail, nous allons trouver une technique rendant le travail plus productif, la division du travail :

  • La division sociale : répartition des tâches entre tous les individus d'une même société, à l'origine même de la société humaine.
  • La division technique : au sein d'une même branche d'activité des tâches d'une production, le travail industriel en est l'illustration. Mais elle peut s'appliquer à d'autres domaines, comme le savoir...

On peut faire coïncider dans l'Histoire le moment où est développée la division technique du travail et la révolution technique (l'ère des machines).

Adam Smith, auteur du XVIIIe siècle, dit dans sa Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations que la division du travail est à l'origine de l'invention des machines, et que quand l'humain est limité à une seule tâche, il y est d'autant plus attentif, plus apte à réfléchir sur le moyen de faciliter cette tâche; c’est par exemple parce qu'on veut s'épargner la peine de travailler que l’on se fait remplacer par une machine. Mais le perfectionnement des machines n’est pas seulement le fait des humains qui travaillent avec. Il existe dans notre société une branche de l’industrie qui s'occupe uniquement de cela et n'est que le prolongement de la science. Depuis cette époque, la science est une tâche dévolue à certains humains, les savants. Cette branche se divise elle-même en plusieurs fois. Parce que les savants ont pour profession de ne pas agir mais de tout observer, ils peuvent mettre en rapport et combiner des réalités et des forces en apparence très dissemblables. Leur rôle social est l'invention qui se termine par l'invention technique.

La division du travail a plusieurs avantages, comme permettre une augmentation de l'habileté et de la compétence de l'individu qui travaille, et elle permet aussi de gagner du temps. Si le travail est devenu une technique, c’est pour être plus productif; il est plus productif car il utilise des machines plus performantes, mais aussi parce qu’il devient en lui-même une technique. La division du travail dépendra donc des machines utilisées.

La malédiction est-elle levée ?[modifier | modifier le wikicode]

La division du travail et l'avènement des machines ont ils libérés l'humain ? Marx répond que non, et que la division technique du travail provoque une aliénation, ce qui signifie étymologiquement se rendre étranger. Si l’on n'est plus libre lorsque on est aliéné, ce n’est pas à cause d'un lien, d'une attache qui limiterait nos mouvements mais à cause de l'absence d'un lien avec soi-même : être aliéné, c’est être étranger à soi-même. Marx précise que l'aliénation consiste à ne pas se retrouver dans son travail, et en effet, il est par la division du travail, réduit à une simple dépense physique, exempt de toute initiative personnelle. Il est très semblable à un travail forcé et devient abrutissant. Le temps de travail correspondrait donc à un temps où l'humain n'est plus lui-même, où il ne peut plus agir en tant qu'humain.

Ce type de travail est aussi aliénant car nous ne le faisons plus pour nous-même, mais pour un autre, en échange de salaire (on dit qu'on offre sa force de travail). En offrant sa force de travail, l'ouvrier ne s'appartient plus lui-même.

Le travail est aliénant quand il est divisé car il n'est plus une activité qu’il fait pour lui-même et de par lui-même et tend à n'être plus qu'un simple effort. L'humain n'est libre que lorsqu’il satisfait ses pulsions animales. On peut donc comprendre la passion du bricolage ou du jardinage si l’on voit que dans ces activités, l'humain s'y retrouve lui-même, car non-seulement il y exerce librement ses facultés, mais en plus il possède la transformation de la nature qu’il a produite. Le parallèle est faisable avec un élève qui ne considère ses études que comme un effort pour obtenir dans l'avenir un emploi : il ne travaille que pour travailler. Au lieu de s'intéresser à son activité d'étudiant, il ne cherche que des méthodes pour réussir ses exercices.

Or le travail peut-être autre chose qu'une dépense physique. Quand il n’est pas divisé, il transforme l'humain mais surtout engendre l'humain, car :

  • Sur le plan subjectif, le travail permet de développer nos capacités et permet de discipliner nos penchants et nos passions. La réussite immédiate d'un exercice, sans effort de réflexion ne conduit à aucun progrès. C'est pourquoi l'éducation scolaire ne peut être assimilée à un ensemble de règles, de méthodes. De plus, par le travail, nous nous habituons à réfléchir avant d'agir, réfrénant notre spontanéité, nos tendances : nous nous habituons à agir par notre raison et notre volonté, on ne se contente plus de réagir bêtement.
  • Sur le plan objectif, par son travail, l'humain se révèle à lui-même. En travaillant, on marque le réel, on laisse une empreinte dans la nature : notre nature devient sensible, tournée vers l'extérieur, objective. On voit ce que l'humain vaut dans les transformations qu’il a produites. Le travail créé aussi des rapport sociaux, et une personne révèle son humanité à tous par son travail. Le produit de son travail va rendre manifeste aux autres sa faculté, objectivement.