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La belle au bois dormant/Le charme rompu

Leçons de niveau 5
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Le charme rompu
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Chapitre no 11
Leçon : La belle au bois dormant
Chap. préc. :Le prince au château hanté
Chap. suiv. :Sommaire
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La belle au bois dormant/Le charme rompu
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DÈS que le charme fut rompu, le Château entier se réveilla.
Au plus profond silence succédèrent un bruit et un tumulte incroyables. Les horloges sonnèrent, les portes claquèrent, les chiens aboyèrent, les coqs chantèrent et les poules gloussèrent, une brise s'éleva et les branches des arbres se balancèrent et craquèrent ; les colombes roucoulèrent sur les toits et les hirondelles volèrent dans le ciel : les mouches entrèrent et grimpèrent sur les fenêtres, tandis que les souris couraient sous les lambris et sur les poutres. Le jet d'eau dans le jardin s'élança de nouveau à soixante pieds en l'air, et les poissons nagèrent joyeusement à travers les nénuphars ; les fourmis sortirent de leurs fourmilières et parcoururent les sentiers ; les abeilles dansèrent et butinèrent les fleurs sous les rayons du soleil. Dans chaque arbre du jardin, un rossignol s'éveilla et commença à chanter, des moineaux piaillèrent, des geais crièrent, des mésanges voletèrent et des fauvettes jetèrent leur cri perçant. Dans le bois, on entendit l'appel du coucou, et un merle courut ici et là. Dans les écuries, les chevaux se réveillèrent et hennirent dans leur box ; le chat sauta à terre et courut après une souris qui surgissait de la paille. La sentinelle qui veillait à la porte d'honneur se frotta les yeux et reprit instantanément sa garde, car elle croyait n'avoir dormi que quelques minutes, et elle craignait que quelqu'un n'eût surpris sa distraction et n'en fît un rapport à son sergent. Les hommes de garde reprirent leur service et le sergent commença à crier des ordres d'une voix furieuse, car il avait honte d'avoir dormi devant ses soldats. Le jeune fauconnier se prépara à partir, son faucon sur le poing, ainsi que le page et son chien. Sur le sommet de la tour du Château, l'étendard royal, qui pendait lamentablement le long de la hampe, s'agita de nouveau sous la brise légère.
Les broussailles qui avaient poussé tout autour du Château enchanté disparurent ; les faisans prirent leur vol dans les bois, les martinets sortirent de leur nid et se lancèrent au-dessus des toits ; les cochons commencèrent à grogner, les bœufs à meugler, les moutons à bêler, les corneilles à croasser et les enfants à rire et à chanter. Bref, tous les bruits que nous entendons chaque jour et auxquels nous ne prenons pas garde se firent entendre et semblèrent encore plus surprenants, après le profond silence qui avait régné pendant si longtemps.

Dans toutes les pièces du Château, tous ceux qui dormaient depuis cent ans se réveillèrent et reprirent leurs occupations, comme si rien n'était arrivé. Dans la cuisine, les flammes pétillèrent, la bouilloire commença à ronfler, et le tourne-broche que surveillait le petit marmiton se remit à tourner.
– " Attrape ! " cria le cuisinier, lui donnant la correction promise cent ans auparavant. " Prends ça pour ta paresse. "
– " Dieu du ciel ! " s'écria la servante qui plumait un poulet noir, " qu'est-ce qui m'a pris de dormir comme cela ? Pourvu que le chef ne m'ait pas vue ! " et les plumes volèrent sous ses doigts diligents.
– " Miaou ! " fit le chat, en se jetant sur la souris qu'il avait guettée depuis cent ans, mais la souris disparut en un clin d’œil.
– " Malheur ! " s'écria la servante qui lavait les plats ; " je crois que je me suis endormie avec cette saucière dans les mains. Quelle chance de ne pas l'avoir lâchée. " Et elle reprit son occupation.
Dans la laiterie, les servantes qui s'étaient endormies pendant qu'elles battaient la crème et battaient le beurre reprirent leur ouvrage, et la crème n'était pas tournée, bien qu'elle eût cent ans d'existence. Mais une mouche qui était restée engourdie sur le bord d'une jatte s'éveilla, tomba dans le lait où elle se noya, et cela arriva parce que le Château n'était plus enchanté.

Dans l'antichambre de la Reine, les demoiselles d'honneur et les dames d'atour s'étiraient et bâillaient ; chacune d'elles pensait qu'elle était la seule que le sommeil avait gagnée, et toutes ensemble cherchaient à expliquer qu'elles n'avaient dormi que quelques secondes.
– " La chaleur en était cause," se disaient-elles les unes aux autres. " Le soleil est vraiment chaud dans cette saison. "
Dans la chambre du Conseil, le Roi et ses ministres se redressèrent brusquement. Les ministres se frottèrent les yeux et semblaient tout honteux, car chacun pensait aussi avoir été seul à commettre une telle inconvenance.
– " Votre Majesté disait . . . ? " demanda respectueusement le premier ministre en s'inclinant profondément.
– " Je disais . . ." répondit le Roi. " Que disais-je donc ? " Et il étendait ses membres en bâillant.
– " Excusez-moi, Messieurs, je crois que j'ai dormi. Oh! Oh! mes jointures sont bien raides. "
– " Ce n'est qu'un petit somme." reprit le premier ministre " Votre Majesté s'est trop fatiguée hier à la chasse. Si Votre Majesté le permettait, nous pourrions remettre à demain la suite du Conseil ? "
– " Continuons, Messieurs, continuons. " s'écria vivement le Roi, " Mon petit somme m'a bien reposé. Que disions-nous ? Quelle loi discutions-nous il y a quelques minutes ? "
Mais à ce moment-là, un page entra dans la chambre du Conseil, apportant un message de la Reine, et aussitôt que le Roi l'eut reçu, il se leva et sortit de la pièce.
Seule parmi tous les habitants du Château, la Reine avait compris de quel sommeil enchanté elle se réveillait. Elle se souvenait des paroles de la marraine fée, et elle savait ce qui avait dû se passer. Certainement tous les êtres vivants du Château s'étaient endormis comme elle, il y avait cent ans.
Sa première pensée fut pour sa fille, la Princesse Primerose.
Où était-elle ? Que lui était-il arrivé ? Qu'allait-il advenir pour que le souhait prononcé par la treizième fée se réalisât ?
En peu de mots, elle communiqua son inquiétude au Roi, et aussitôt, des messagers furent envoyés dans tout le Château à la recherche de la Princesse.

Pendant ce temps, Primerose et le jeune Prince causaient ensemble dans la tour en ruines. Pour la première fois, elle entendait l'histoire de l'enchantement, et ses yeux exprimaient le plus grand étonnement tandis que son amant lui racontait les choses étranges qui s'étaient passées dans le Château.
Lorsqu'il parla des broussailles et des infranchissables fourrés où plusieurs hommes avaient trouvé la mort en essayant de les franchir, ses yeux se remplirent de larmes.
– " Comme leur courage était grand ! " soupira-t-elle. " Oh ! Si je pouvais leur rendre la vie."
Mais le prince embrassa ses larmes et cessa de rappeler ces tristes événements. Elle sourit, de nouveau très heureuse, car elle comprenait que tout ce qui était arrivé était l'accomplissement des prédictions des fées.
Alors, le Prince prit les mains de la Princesse et l'aida à se lever de ce lit où elle avait dormi si longtemps. Ils descendirent l'escalier tournant et vinrent jusqu'au chemin de ronde des créneaux, où ils rencontrèrent une foule de courtisans haletants qui parcouraient le Château pour la trouver.
Et quelle ne fut pas leur surprise en voyant Primerose accompagnée par un jeune homme qu'ils n'avaient jamais vu auparavant ! Elle semblait avoir encore embelli pendant son long, long sommeil !

Comment décrire la joie du Roi et de la Reine quand ils revirent leur fille et qu'ils comprirent que la bonne fée avait tenu sa promesse ? Le Roi était si heureux qu'il répétait sans cesse :
– " Dieu soit loué ! Dieu soit loué ! "
Mais la Reine ne pouvait pas dire un seul mot, car elle pleurait de joie.
Quel festin merveilleux il y eut cette nuit-là !
En dépit des cent années écoulées c'était encore le jour de l’anniversaire de la Princesse et, en réalité, elle n'avait pas plus de quinze ans comme avant son sommeil. C'était sa fête et ce furent aussi ses fiançailles ; le Roi joignit les mains de Primerose à celles du jeune Prince et leur donna sa bénédiction.

Répondre à ces dix questions

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  1. L'épilogue tant attendu ne vient qu'en fin de chapitre, pourquoi ?
  2. Comment le conteur réussit-il à décrire le charivari du réveil général ?
  3. Quelle est la réaction de ceux qui ne comprennent pas pourquoi ils se sont endormis ?
  4. Tout se passe bien pour tout le monde, sauf pour ____________ .
  5. Qu'est-ce qu'une jatte ?
  6. Pourquoi la reine est-elle inquiète ?
  7. Que veut dire haletants ?
  8. Pourquoi les courtisans sont-ils surpris de voir le prince ?
  9. Quelles sont les réactions du roi et de la reine ?
  10. Que font tous les personnages représentés dans les différentes pièces du château par Rackham ?