L'Illusion comique/Acte II scène 2, commentaire no 1

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Acte II scène 2, commentaire no 1
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Chapitre no 3
Leçon : L'Illusion comique
Chap. préc. :Acte I scène 1, commentaire no 1
Chap. suiv. :Acte V scène 6, commentaire no 1
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Introduction[modifier | modifier le wikicode]

En 1639, le dramaturge et poète français Pierre Corneille publie l'une de ses œuvres les plus célèbres : L'Illusion comique. Une tragi-comédie baroue en cinq actes, elle s'appuie sur le motif du théâtre dans le théâtre.

Questions possibles[modifier | modifier le wikicode]

  • Comment Corneille fait-il de cette scène une vraie scène de comédie ?

La mise en scène d'un personnage excessif[modifier | modifier le wikicode]

La double personnalité de Matamore[modifier | modifier le wikicode]

En premier temps, Matamore porte une double personnalité, représentant à la fois l'archétype du guerrier redoutable et du séducteur exceptionnel. Dans le premier cas, le guerrier exige ses ses réalisations en utilisant les exagérations épiques pour valoriser lui-même de manière très zélée. Par exemple, il emploie des pluriels conjointement aux déterminants définis comme « tous les Dieux » et « toutes les Princesses » ainsi que des dénombrements comme « mille », « deux sultanes » et « deux autres » pour énumérer cet effet. De plus, il se présente comme un homme qui sème la terreur pour incarner cette image d'un guerrier en employant un vocabulaire de dévastation comme « massacre », « détruit », « brise », « brûle », « extermine » et « dégrader ».

Dans le second cas, son archétype du séducteur exceptionnel lui permet d'incarner l'antithèse du guerrier. En effet, il est le parfait galant, employant des négations exceptives pour montrer la perfection de son personnage au vers « Je ne suis plus qu'amour, que grâce, que beauté ». En outre, le vocabulaire précieux souligne sa précocité comme « petit archer » qui fait référence au Cupidon, le dieu romain de la passion amoureuse, ainsi que la périphrase « bel œil », qui fonctionne comme un synecdoque et un métonymie, pour désigner le regard. Contrairement au guerrier, il utilise des hyperboles pour valoriser les autres plutôt que lui-même, comme par exemple « reines à l’envi ».

Un portrait ridicule[modifier | modifier le wikicode]

En second temps, son portrait ridicule est formé à partir des constructions héroï-comiques. Un aspect est le vocabulaire du guerrier qui l’emporte sur l'amour, en effet le champ lexical du désagrément comme « empêcher » et « accablaient ». Par ailleurs, le personnage de Matamore est défini par la négative qui se trouve dans des négations comme « ne soit pas », « n'arme que » et « n’auras plus » mais aussi par des noms communs qui servent représenter le vide et l'immatériel à partir du réel et le tangible, comme « fumée ».

Ce portrait est caractérisée aussi par une logorrhée incontrôlable par Matamore. En effet, il se concentre sur l'irréel et le virtuel, qui se manifeste dans son usage des métonymies comme « je vais t'assassiner » qui utilise le futur proche, ainsi que « j'ai quitté cette effroyable mine » qui utilise le passé composé. De plus, la sonorité du sons [r] et l'effet d'échos permettent de construire cette logorrhée.

Transition[modifier | modifier le wikicode]

Cet excès ouvre la voie à la création d'une représentation d'un pur divertissement.

La représentation d'un pur divertissement[modifier | modifier le wikicode]

Une saynète comique[modifier | modifier le wikicode]

En premier temps, Clindor joue le rôle d'un interlocuteur mué. Il joue le jeu de Matamore en imittant l'excès de sa parole, par l'usage des négations comme « ne crois point » et « refuser », les marqueurs de totalité comme « tout vous », les hyperboles comme « constamment » et les exclamations comme « O Dieux ! ». Dans l'expression « je vous vois aussi beau que vous étiez terrible », le pronom personnel « vous » désigne Matamore, ce qui est en position d'objet, Clindor insiste donc que Matamore est au centre de la discussion. De plus, il fait un éloge moqueur et ironique, par exemple son antithèse entre « beau » et « terrible » évoque l'absence de cohérence par Matamore. Le comparatif d'égalité « aussi […] que » implique que, contrairement à ce dont il se vante, Matamore n’est pas exceptionnel. Il y a un même un faux euphémisme par l’adverbe « mécontentement » qui rebaisse les valeurs de Matamore.

On remarque aussi les maladresses du capitan par ses rôles imparfaits. En effet, ils se placent au niveau du royauté mais son comportement n'est pas noble mais grossier. Ils utilisent des insultes comme « veillaque » et « poltron » et le vocabulaire familier est présent dans ses répliques comme « j'en fus mal ». De plus, il possède des traits de caratères ambigus voire inexistants. Son usage des phrases impératives comme « va, ma colère cesse », « ne sois plus en alarme » implique qu'il est au position de pouvoir. En revanche, il déclare des adversaires inoffensifs comme « ce petit archer » et « ce bel œil » qui, au point de vue de Matamore, ne sont pas des ennemis virtuels.

L'exhibition de la théâtralité[modifier | modifier le wikicode]

En deuxième temps, la scène est une exhibition de la théâtralité, soulignant le fait qu'elle n'est pas réelle. Le vocabulaire de l’alternance évoque l'idée que Matamore est en effet un être protéiforme, en perpetuel métamorphose, par exemple « mine », un polysémie qui désigne le visage, « quand je veux », un parallèlisme, « selon qu'il me plait » et « tour à tour ». Avec un champ lexical du regard comme « voir », « yeux », et « œil », Matamore prend la forme d'un vrai comédien et est donné un raison d'être grâce à ce champ lexical.

De plus, la gratuité de l'action implique qu'il ne se passe rien à cause d'une absence des verbes au présent d'énonciation. Il y a effectivement un discours belliqueux ou guerrier par le présent de vérité générale comme « renverse », « défait » et « gagne », et un discours amoureux orienté vers le passé comme « ce petit archer […] vient de chasser », « deux autres par me voir du sérail s'échappèrent ». Cette absence est partagée dans la logique des répliques de Matamore. On trouve des parataxes comme « ma beauté m'était inséparable / Leurs persécutions […] » par l’absence des connecteurs, ce qui démontre son manque de maîtrise sur cette idée où il est forcé de transmettre ceci par allusion.

Un éloge des pouvoirs de l'imagerie[modifier | modifier le wikicode]

En troisième temps et enfin, cette scène est un éloge des pouvoirs de l’imagérie, ce qui n’a pas d'influence sur le réel. On remarque qu'il y a une emprise du virtuel au réel par les nombreuses références mythologiques et exotiques selon la très forte présence des noms propors dans le discours de Matamore, par exemple, « Destin », « Dames », « Cieux » et « Dieux ». Au lieu d'utiliser des références du réel, Matamore utilise les notions de l'irréel et leur donne vie, en faisant émerger cette idée de transformer le virtuel en réel. Ce dernier est rendu par les expressions resémantisées où Matamore confond le sens propre et le sens figuré par une parole performative, comme « je réduis leurs projets en fumée ».

Par ailleurs, on voit la création d'un monde où la vie est plus intense est par l'hypotypose de la première réplique de Matamore. La présence des accumulations dans ces vers comme « massacre, détruit, brise, brûle, extermine » ainsi que le vocabulaire concret comme « muraille », « escadron », « foudre », « canon », « Empereurs », « revers » rend la description frappante. A la deuxième réplique de Matamore est une scène d'aventures, soutenue par la vivacité du réel. Par exemple, la répétition du conjonction « et » évoque un effet de simultanéité, ce qui joue un rôle crucial pour rendre cette scène plus animée. De plus, la succession des sujets dans l'expression « je te le dis » par Matamore traduit la rapidité de la scène, l'expression temporelle, la perception que des choses se passent en tandem, en même temps, dans la durée la plus courte qu'on voit par Clindor par « en un moment ».

Conclusion[modifier | modifier le wikicode]

Pour conclure, on remarque que la mise en scène focalise sur un personnage excessif qui a pour but de représenter la scène entière comme un pur divertissement. Ces éléments contribuent au fait que Corneille a construit une vraie scène de comédie.