L'écoumène numérique/La métaphore de la cité électronumérique

Une page de Wikiversité, la communauté pédagogique libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Début de la boite de navigation du chapitre
La métaphore de la cité électronumérique
Icône de la faculté
Chapitre no 5
Leçon : L'écoumène numérique
Chap. préc. :Le concept d'écoumène numérique
Chap. suiv. :Une révolution culturelle au cœur de l'écoumène numérique
fin de la boite de navigation du chapitre
Icon falscher Titel.svg
En raison de limitations techniques, la typographie souhaitable du titre, « L'écoumène numérique : La métaphore de la cité électronumérique
L'écoumène numérique/La métaphore de la cité électronumérique
 », n'a pu être restituée correctement ci-dessus.

Dans le but d'aider les gens à mieux comprendre l'espace numérique qu'ils utilisent régulièrement, il est possible de comparer le fonctionnement du système informatique mondiale en réseau à une « cité électronumérique ». Car en y regardant de plus près, on s'aperçoit qu'il y avait effectivement d'importantes similitudes entre les deux mondes. Une première est que les deux espaces sont de purs produits de l’imagination humaine. Une deuxième se situe dans le fait que les deux mondes sont sujets à une compression du temps et de l'espace qu'autorise un accès, quasi instantané dans le cas du numérique, aux différents lieux et services. Tandis qu'une troisième tient au fait que les deux espaces ne connaissent pas réellement d'autre frontière que celle qui distingue l'espace privé de l'espace public.

Dans l'écoumène numérique, une infrastructure informatique modeste connectée à un réseau privé peut ainsi se comparer à un village. Dans celui-ci se retrouve un petit nombre de maisons ou bâtiments (ordinateurs) reliés par un réseau routier (réseaux intranet) fait de routes, chemins, sentiers, etc. (câble Ethernet, Wi-Fi, Bluetooth, etc). Quand certains accès routiers permettent une connexion avec l'extérieur du village (Internet notamment), il est alors bon d'installer un poste de contrôle qui restreindra le transit aux visiteurs de confiance (pare-feu informatique). À l'intérieur d'un village (infrastructure informatique locale d'une entreprise ou autre organisme), tout le monde se connaît et se fait confiance. Toutefois, il est toujours possible de fermer à clef sa propriété (protéger l'accès à son ordinateur par un mot de passe) et même de fermer les rideaux de sa maison (chiffrer le contenu du disque dur). Car si quelqu'un en venait à forcer la grille d’entrée (forçage d’un mot de passe) de votre propriété, il pourrait alors découvrir tout votre intérieur (disque dur) pour y détruire des choses, ou les prendre en photo (suppression ou copie des fichiers informatiques).

Une fois rentrée chez vous, une personne malveillante peut aussi installer discrètement certains systèmes dans le but de détruire vos biens ou d’espionner vos activités (Virus informatique). Il arrive même parfois que ces systèmes se trouvent cachés dans de nouveaux mobiliers (Cheval de Troie) ou qu'ils s'installent grâce à d'autres systèmes qui paralyseront votre système d'alarme (Bombe de décompression). Dans d'autres cas enfin, un système malveillant déjà en place peut aussi ouvrir les portes de chez vous (porte dérobée) pour permettre l'entrée de personnes ou d'autres systèmes malveillants.

C'est pour cela que dans les maisons ou les portes sont moins fréquemment munies de serrures (Windows en comparaison à GNU/Linux), il faut prendre le soin de détecter l'arrivée ou la présence de systèmes malveillants afin de les bloquer ou les éliminer (antivirus). Et si par malheur on est victime d'un de ces systèmes malveillant et que l'on ne respecte pas certaines pratiques élémentaires de sécurité (Nétiquette), il est alors possible de transmettre ceux-ci lors de nos communications avec des voisins de confiance, soit au sein du village soit dans un village voisin.

Utiliser la métaphore du « village planétaire », comme d'autres l'ont fait en référence à une certaine « Utopie de la communication »[1], permet donc de mieux comprendre le fonctionnement d'un réseau informatique privé. Une comparaison reste valable, si l'on change d'échelle pour s'intéresser à système informatique mondiale, sauf que dans ce cas, la métaphore devient celle d'une ville et non plus d'un village.

On parle alors d'une ville électronumérique (Infrastructure informatique mondiale interconnectée), dont l’accès, ne l’oublions pas, doit être négocié au niveau de ceux qui en ouvrent les portes (fournisseur d’accès à Internet). Et dans un tel espace citadin, il est cette fois bien sûr impossible de connaître tout le monde ni de savoir tout ce qui s’y passe.

Tout comme au village électronumérique, mais ici à une plus grande échelle, on trouve dans cette ville, qui correspond somme toute à l'écoumène numérique, toute une série d’objets qui communiquent entre eux (Internet des objets). Lorsque ces objets fonctionnent avec des systèmes propriétaires (logiciels propriétaires), il est bien souvent difficile, voire impossible, de connaître les informations qu'ils s'échangent. Heureusement, d'autres objets fonctionnent avec des systèmes transparents (logiciels libres), dont les citadins les plus prudents font usage.

Une grande partie de ce qui se passe dans cette ville est conçu pour être humainement compréhensible (l'espace Web). Ce dernier espace se compose principalement de bâtiments publics (sites Web), composé de locaux divers (pages Web) que l’on peut répartir par étages (répertoires). À l'exception de constructions isolées (serveur de fichier domestique), ces bâtiments cohabitent bien souvent dans des rues (serveurs informatiques) regroupées par quartiers (hébergeur web).

Les bâtiments de l'espace public de la ville sont fabriqués grâce à des engins de construction (éditeur HTML). Tous ces travaux doivent être réalisés dans le respect de normes et d'une réglementation (hypertext Transfer Protocol) pour permettre une insertion urbaine harmonieuse et la constitution d'adresses postales, soit en chiffre (adresse IP), soit en lettre (Uniform Resource Locator ou URL).

Dans ce second cas de figure, cette adresse (URL absolue) indique la zone de la ville dans laquelle se situe le lieu (nom de domaine de premier niveau), ainsi que le nom du bâtiment (domaine de deuxième niveau). Elle indique ensuite le chemin à suivre (URL relative) pour rejoindre les différentes pièces (page web), en sachant que parfois elles peuvent être regroupées par étage (espaces de noms).

Pour circuler d'un quartier à l'autre, on utilise un « réseau routier » (Internet) et un « véhicule » (navigateur Web) que l'on peut associer avec un assistant de navigation GPS (moteur de recherche). Lorsqu’un bâtiment est inconnu par les GPS, c’est qu’il se situe alors dans un quartier sombre ou profond de la ville (dark Web ou deep Web). Pour le joindre, il faut alors impérativement connaître son adresse exacte (IP ou URL) pour s'y rendre sans l'aide d'un GPS.

Paysage urbain nocturne de la smart city ou ville intelligente Taipei, capitale de Taiwan
Fig. 5.1. Paysage urbain nocturne de Taipei, ville intelligente et capitale de Taïwan (source : https://w.wiki/4k5G)

Les GPS (moteurs de recherche), nous indiquent le chemin (nom de domaine) des lieux ou locaux que l’on recherche (sites web ou pages Web). Ils sont comparables à des taxis dont certains dépendent de grandes firmes commerciales (Google, Yahoo !, Microsoft Bing, etc.). Quand tel est le cas, le GPS n’hésite alors pas à diriger les voyageurs vers certains lieux (pages Web) qui appartiennent à des propriétaires qui ont rétribué les compagnies GPS pour qu'elles attirent vers eux la clientèle.

Tant qu’à faire, les sociétés de GPS les moins scrupuleuses n’hésitent pas non plus à enregistrer la provenance, la destination et d’autres types d’informations personnelles en provenance de leurs clients. À la suite de quoi elles pourront les vendre à des personnes ou organismes désireux d'en faire usage à des fins de marketing commerciales, politiques ou autres.

Grâce à cette métaphore de la ville informatique, on peut aussi mieux comprendre comment certains changements urbanistiques peuvent directement affecter la vie des habitants (internautes). La construction d'une simple barrière fermée à clef (espace informatique privé) parfois accessible via un tunnel privé (réseau privé virtuel ou VPN), ou l'installation d’un Mosquito (contrôle parental) en sont des exemples bien connus.

Ce qui est moins par contre, c'est l'installation de nombreuses caméras de surveillance dans les espaces accessibles aux publics créés par des entreprises ou des états (Économie de la surveillance). Pas besoin de se rendre dans une boite de nuit (site de rencontres) ou de fréquenter d'autres espace de sociabilisation (réseaux sociaux) pour être filmé et enregistré. Les caméras sont partout là où la récolte d'informations est autorisée et peut faire l'objet d'une vente ou répondre à intérêt gouvernemental quelconque. Sans compter que dans l'écoumène numérique, au même titre que dans son homologue terrestre, on y parle aussi de terrorisme (cyberterrorisme) et de guerre (cyberguerre)[2], et que cela justifie par conséquences la mise en place de mesures et d'organismes par les autorités telles à l'image d'une cyber-armée crée en France[3].

Pendant que la surveillance s'organise discrètement, ce sont les systèmes d'échanges entre citadins qui sont pointés du doigt (Partage de fichiers en pair-à-pair) par ceux qui se sont approprié le pouvoir économique et politique à leur avantage. Échanger des choses entre voisins devient alors mal vu et même condamnable pour peu que les objets d'échanges sont soumises à un copyright ou un droit d'auteur qui a pour but de produire de la rareté et donc de la richesse pour ses détenteurs. Ceci notamment avec la mise en place de nouveaux systèmes qui empêchent l'utilisation de biens par des personnes autres que les acheteurs (Gestion des droits numériques).

Pour le reste, il existe ensuite de nombreux services d'entreposage (cloud computing) de biens (fichiers informatiques). Chacun peut aussi disposer d'une boite aux lettres (adresse électronique) que les plus grandes entreprises commerciales de la ville (géants du web) offrent gratuitement. Sauf que cette gratuité a un prix, car tout ce qui transite ou est stocké dans les quartiers et les immeubles de ces entreprises commerciales (serveurs informatiques) est susceptible d'être inspecté selon les conditions générales d'utilisation en usage. Ce qui est enregistré lors de ces inspections (traces numériques) peut ensuite être traité de manière « synchronisée »[4] par des robots (algorithmes) ou des humains dans le but d'en tirer un profit quelconque.

À l’image du monde géographique, le monde numérique n’est donc pas parfait. Toutefois, il est rassurant de savoir que l'on peut y distinguer certaines zones dont l’indicateur routier (domaine de premier niveau) permet plus ou moins de savoir à quel type de bâtiment on à faire. L’indication «.com » nous informera que l'on se trouve dans une zone plutôt réservée aux bâtiments commerciaux, alors que le «.org » sera plutôt réservé aux organisations et «.info » aux services d’informations. Tandis que le «.net » restera ouvert à tous type de constructions ([[w:fr:Domaine de premier niveau#Domaine%20 g%C3 %A9n%C3 %A9rique%20ouvert|domaine générique ouvert]]).

Certaines zones par contre se sont soumises à des restrictions d’installation mais sans pour autant faire l'objet d'une validation d'identité ([[w:fr:Domaine de premier niveau#Domaine%20 g%C3 %A9n%C3 %A9rique%20restreint|domaine générique restreint]]). Parmi ces zones, on retrouve la «.biz » réservée au business, la «.name » réservée aux particuliers et la «.pro » réservée aux professionnels. Tandis que d’autres, font l'objet d'un contrôle avant installation, comme c'est le cas pour la zone «.edu » réservée à l'éducation, «.gov » aux gouvernements, et «.mil » aux militaires.

Tout ceci sans oublier finalement, les zones les plus connues du grand public que sont celles qui se rattachent à un pays (domaine de premier niveau national), sans pour autant d'ailleurs que le bâtiment (site web) se situe dans le pays géographique concerné. Pour exemple la zones «.fr » se rattache à la France, «.ch » à la Suisse, etc. À l'intérieur de l'écoumène numérique, tous ces derniers indicateurs routiers sont donc en fait les seuls qui font référence aux frontières étatiques présentes dans l’écoumène terrestre. Suite à quoi, il reste encore des zones plus techniques et des pseudo-domaines, dont on ne parlera pas ici pour ne pas compliquer les choses d'avantage.

En revanche, il est bon de signaler que certaines zones, quartiers ou bâtiments de la ville électronumérique peuvent être bloqués à partir des infrastructures terrestres qui constituent le réseau d'accès (Censure d'Internet). Dans d'autres cas plus localisé, il faut aussi d'abord s'identifier (login) et fournir un mot de passe avant de pouvoir visiter certains bâtiments. Deux exemples qui suffiront pour comprendre qu'au sein de l'écoumène numérique, les changement d'architecture peuvent se faire très rapidement et au départ d'une seule personne en quelques actions sur un clavier, alors qu'au niveau de l'écoumène terrestre, tout changement urbanistique demande souvent plusieurs jours, si pas mois ou années, et nécessite souvent la participation de nombreux travailleurs.

Suite à la présentation de toutes ces analogies, la ville électronumérique apparait donc comme un lieu extrêmement cosmopolite et intrinsèquement transnational. C’est d'ailleurs là une des raisons pour lesquelles il n’est pas aisé de savoir exactement où se trouve au niveau terrestre le serveur informatique ou le siège social d’une entreprise avec laquelle on est en interaction dans l'écoumène numérique.

Cependant, de nos jours, il est devenu fréquent de confier ses courriers électroniques, son carnet d'adresses, ses identifiants, mots de passe et tout un ensemble de fichiers privé divers, sans savoir dans quelle partie du monde ils sont stockés. En cas de litige, il devient donc difficile de savoir à quelle juridiction nationale il faut s'adresser pour déposer une plainte et qui par ailleurs, sera traitée très différemment selon le pays où se trouve l'organisme responsable des serveurs informatiques dans lesquels toutes ses informations se trouvent.

lien=https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/76/10_trucs_que_j%E2 %80 %99ignorais_sur_Internet_et_mon_ordi.ogg
Audio 5.1. Lecture de l'article 10 trucs que j’ignorais sur Internet et mon ordi (source : https://w.wiki/4eCw)

Voici donc à peu de chose près, comment il est possible de décrire l'écoumène numérique en tant que système informatique mondial en réseau au départ de la métaphore d'une ville. Ceci étant fait, gardons bien à l'esprit qu'il ne s'agit là que d'une métaphore. Car dans la réalité ce n'est par exemple pas l'internaute qui va vers un site web (le bâtiment numérique), mais bien le contenu et l'organisation des pages de ce site qui lui sont envoyé au fur et à mesure de notre parcourt pour être reconstruit et rendu visible par notre navigateur. Ce qui explique donc pourquoi un site web peut réagir et d'afficher différemment en fonction du navigateur que l'on utilise pour y accéder.

Pour parfaire sa compréhension du réseau Internet et du Web au-delà de ce qui vient d'être dit, il est donc intéressant de poursuivre son apprentissage. Plusieurs associations peuvent aider les personnes qui veulent se lancer dans cette démarche, avec par exemple l'association Framasoft qui s'est spécialisée dans le travail de vulgarisation et de sensibilisation aux enjeux de l'espace numérique. Cette association a pour vitrine un site web sur lequel on retrouve de très nombreux supports et informations de qualités comparables à cet enregistrement audio repris ci-contre (audio 5.1).


  1. Philippe Breton, L'utopie de la communication, Paris, La Découverte, 2020 (ISBN 978-2-348-06559-0) (OCLC 1191840220) 
  2. Nicolas Arpagian, La Cyberguerre : la guerre numérique a commencé, Vuibert, 2009 (ISBN 978-2-7117-6893-6) (OCLC 778345664) 
  3. Hassan Meddah, « Pourquoi la France se dote d'une cyber-armée », sur L'Usine Nouvelle,
  4. Boris Beaude, « Les virtualités de la synchronisation », Géo-Regards, no  7, 2014, p. 121–141 [texte intégral]