Leçons de niveau 18

DMS 1/Linguistique

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Linguistique
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Chapitre no 3
Leçon : DMS 1
Chap. préc. :Sémantique
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MONOGRAPHIE n°3 Linguistique[modifier | modifier le wikicode]

    Le signe est une microforme, il est culturel, arbitraire et collectif, le sens est le produit de nos fonctions mentales dont l'une est arbitraire, il est personnel et sa nature est universelle, partagée par tous les hommes. C'est la raison pour laquelle le mot n'existe pas, c'est un non sens. En dehors de sa microforme, le signe est vide de sens, c'est ce qui lui donne la capacité de réfléchir du sens. Par contre le sens est "plein" de sens, il ne peut réfléchir du signe sans altérer son sens. Nos fonctions volontaire et analytique peuvent décider et associer des signes à nos architectures de sens, ce qui permet au signe de devenir un miroir de sens tout en respectant sa nature, sa complexité et ses propriétés formelles.
    La sémantique "l'étude du sens" est un art plus qu'une science qui nécessite une conscience sémantique, celle de nos fonctions mentales qui produisent ce sens, la capacité de distinguer le sens du signe et de l'appréhender hors de tout langage.
    La linguistique est la science du langage, l'étude du signe et des combinaisons de signes, des messages verbaux et de son relais paralinguistique : l'écriture. La linguistique peut être générale quand elle examine toute la diversité des possibles qu'offre une langue "maternelle" et son évolution. Elle peut aussi être particulière quand elle s'attache à l'usage que chacun fait de cette diversité. Car en raison de la personnalité du sens, son éducation, son "raffinement", chacun de nous pratique le langage avec plus ou moins ses propres règles et manières, ses expressions, tournures de phrases et son propre vocabulaire.
    Personnellement, j'ai une technique d'écriture, un style, je préfère n'utiliser que des termes simples, connus de tous, plutôt que des termes techniques à usage scientifique, j'ai souvent recours à des images, des analogies, des expressions familières. Je possède mon propre système sémiotique et j'utilise un vocabulaire resserré en proscrivant de nombreux  "mots" pour des raisons sémantiques sinon pour critiquer leur usage. Quand je dis "je" cela peut faire référence à n'importe laquelle de mes fonctions mentales ou à leur synergie générale. Je suis tenté par la forme infinitive des verbes, par l'absence de déclinaisons en nombre, temps et genre, ce qui correspond mieux à mon ressenti. Pour donner plus de force à l'écriture, je préfère la concision et l'élimination de tout ce qui me paraît inutile, car je ne cherche pas à communiquer du sens, sachant que c'est impossible, mais seulement à suggérer du sens à l'aide de signes.
    Notre langue est bien adaptée à la description et au signalement des choses et des événements de notre environnement extérieur, du monde spatial et temporel qui nous "entoure" y compris notre corps. Ici je ne rencontre pas de problèmes sémantiques majeurs. Si je sais que mes représentations intuitives sont fausses, elles me suffisent pour vivre, et si je veux aller plus loin, vers l'intimité de la matière, je peux me tourner vers la physique qui se débrouille très bien grâce au langage formel des mathématiques, et nous a permis de nous affranchir de l'archaïsme des représentations idéologiques fumeuses qu'elle a dépassé.
    Par contre quand je tente de décrire notre réalité mentale avec le même cadre conceptuel, cela ne marche pas. Si nous n'étions que des actes dans ce monde, c'est-à-dire si nous n'existions pas (à la manière d'une machine) cela irait encore, mais nous existons, et ma réalité intime n'est ni spatiale, ni temporelle, mais l'éternelle présence d'un être singulier.
    Le problème se pose peu en économie et en politique car nous demandons à ces sciences de nous considérer comme des acteurs sociaux : producteurs, consommateurs, entrepreneurs, décideurs, et ceci indépendamment de toute autre chose, bien que même là nous avons besoin de nous comprendre en évitant les confusions inhérentes au langage, que la réalité de nos êtres déborde dans ces domaines et y provoque des désordres, et donc que nous avons besoin de la comprendre.
    Or quand je lis que nous sommes "doués de raison et de conscience (morale)", je ne comprends rien, je ne trouve rien de tout cela en moi, qu'un vide de sens, je ne sais pas ce que c'est, j'aurais préféré que l'article premier de la Déclaration universelle, que j'admire pourtant, dise : "capables de juger, de décider, d'analyser et de comprendre", utilise des verbes plutôt que des concepts obscurs car nous sommes avant tout des pouvoirs opératifs. Heureusement la suite est meilleure : "et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité" car elle fait référence à ma fonction volontaire.
    Quand je tombe sur l'expression "le sens de la vie" nœud de problèmes sémantiques : (sens) est un signe très multivalent, aussi je ne l'utilise que pour signaler du "sens", alors forcément dans mon sens j'ai beau chercher je ne trouve rien, ma vie n'aurait donc pas de "( sens)", ce n'est pas très grave car je n'ai pas non plus de "(vie)", je ne vis pas dans la durée, dans la temporalité des horloges. Je continue à fouiner et enfin j'en appelle à  ma foi qui me réponds de suite : "ne te préoccupes pas, tu n'a pas besoin de sens à ta vie, car tu as : l'objectif fondamental de l'éternelle présence de ton être singulier, et cet objectif n'est pas un sens mais un nuage de sens". Je suis rassuré. "N'oublie pas que la connaissance la plus précieuse est de savoir pouvoir mourir à tout instant dans la joie et la sérénité de la maîtrise de soi-même". 
    Le signe (je) est un désignatif accessoire de l'ensemble de mon contexte mental dont il ne peut être dissocié sous peine de perdre tout sens. Ainsi ce signe est nécessairement suivi du verbe qu'il désigne sans être le sujet de ce verbe, qui n'en a pas besoin car ce verbe signale l'expression d'un opératif mental qui est son propre sujet. Aussi si "que suis-je?" peut encore signaler l'existence d'un ensemble de pouvoirs opératifs, "qui suis-je?" ne signale plus rien, sinon un acteur social ou une aliénation, une appartenance à un groupe.
    Les trois exemples précédents montrent que si nous voulons nous exprimer dans cette langue telle qu'elle est, sans anticiper sur son évolution souhaitable, donc sans la dénaturer, nous devons respecter certaines règles :
    * Pour éviter le psittacisme, c'est-à-dire d'énoncer des phrases ou des expressions dont nous ne pouvons penser raisonnablement le sens, il faut bannir de notre pratique personnelle du langage tous les signes que nos fonctions mentales ne valident pas.
    * Pour éviter la confusion et les contresens, réduire autant que possible la polysémie des signes que nous validons.
    * De remiser au passé, les fantasmes, les mythes et les constructions conceptuelles douteuses, ce qu'ont fait la physique, les sciences naturelles et la médecine, mais qui perdurent dans les sciences humaines et sociales.
    * De s'armer de la plus grande rigueur concernant le sens, car s'il y a du bon sens, il y en a aussi du mauvais. Le sens est comme un rosier ou un arbre fruitier, si nous voulons qu'il reparte et produise de bons fruits, il ne faut pas hésiter à le tailler et nous savons où est le mauvais, où sont les abus de langage (mot, raison, peuple, nation, etc...) qui entretiennent l'équivoque et l'obscur.
    Les problèmes sémantiques ne viennent pas tant des signes, car les signes n'ont pas de sens, mais du sens lui-même. Nous pouvons créer autant de signes que nous voulons et les affecter à autant de sens, groupes ou plages de sens que nous voulons, encore faut-il que ce sens existe vraiment, qu'il soit sain, que nous puissions le reconnaître comme une production naturelle de nos fonctions mentales. Ce qu'elles ne peuvent pas produire ne peut faire sens, ce que notre fonction analytique ne distingue pas ne peut faire sens.
    Une attention particulière doit être réservée aux assemblages de signes car tout ce qui est grammaticalement correct n'est pas nécessairement sémantiquement correct. Les éléments de sens qui ne s'assemblent pas ne nous permettent pas d'assembler les signes qui les signalent (comme dans "sens de ma vie" ou "qui suis-je?"). C'est à dire que les éléments de sens peuvent être séparément pleins et leur assemblage vide.
    Le sémantiquement malsain se manifeste par la présence de fantasmes dominant la personne, de désordres dans ses objectifs, des contradictions avec les valeurs fondamentales de nos fonctions (survie, liberté, efficacité), la négation de son éthique (à l'extrême, comme de vouloir se suicider dans un attentat terroriste pour son salut, l'honneur ou la gloire), qui peuvent la mener à être dangereuse pour elle-même comme pour les autres sans qu'elle puisse être déclarée irresponsable de ses actes, et à un moindre degré à subir des souffrances et un sentiment d'échec.
    Si nous pouvons parler de sémantiquement malsain, il ne serait pas raisonnable de parler de linguistiquement malsain, car si la langue nous permet de dire le faux comme le vrai, elle nous permet aussi de dénoncer le faux, le non sens, le contresens, le vide de sens, les fantasmes, les mythes et les constructions conceptuelles douteuses, et aussi de dire où sont les aspects linguistiquement défavorables ou nuisibles à l'épanouissement du sens de la personne, principalement dans le système syntaxique avec lequel nous construisons les unités de communication qui nous permettent de dépasser les difficultés liées à la linéarité, la polysémie, la synonymie, en précisant le sens attribuable à chaque signe et en suggérant un sens global :
    * Les marqueurs relationnels entre signe et sens qui vont de (c'est  ça), (signifie), (désigne) à (signale), qui s'ils ne permettent jamais de dire qu'un signe est la chose qu'il représente, impliquent cependant, pour nombre d'entre eux, l'idée qu'il partage en partie sa nature ((le sens) ou (le concept d'objet)) en ne précisant pas assez que la réalité de l'objet est définitivement hors de notre portée (sauf s'il est mental). 
    * La possibilité d'utiliser, par facilité, la copule (est) qui ne spécifie aucune relation précise (égalité, identité, appartenance, etc...) alors qu'il est toujours nécessaire de la moduler par des relateurs plus complexes, des syntagmes (groupe de signes) qui forment un ensemble ouvert aménageable. 
    * La dénomination qui présuppose l'existence bien que non avérée d'une chose (dieux, tao, nation, mythe, etc...) et plus généralement d'un sens ou d'une relation, qui peut faire l'objet d'une évidence collective difficile à contester par l'analyse et le raisonnement. Or la liste des dénominations est ouverte à toutes les absurdités et construit des systèmes de représentation (et de compréhension) fausse de la réalité. 
    * Le statut grammatical des signes (nom, verbes, adjectif, etc...) qui présuppose d'une partie de leur (...) sens, qui ne dépend que de l'organisation interne de la phrase et non du sens qu'il signale. (Ainsi un verbe peut signaler ou non une action, de même qu'un nom, etc... et fait apparaître une confusion entre substantif et opératif). Ce statut crée une valeur intralinguistique entre des signes qui formellement n'ont pas de sens. 
    * La limitation à trois types (en gros) de relations structurales : la synonymie (le même), l'hyperonymie (le classement hiérarchique ou catégoriel), l'antonymie (le contraire ou l'autre), qui bien qu'elles comportent une large variété de nuances et de gradations tendent à enfermer le sens en excluant ou en laissant pour compte d'autres possibles (complémentarité, synergie, tiers exclu, etc...) et donnent l'illusion de pouvoir définir des signes avec d'autres signes. 
    * La détermination préconstruite de signes lexicaux systémiques (affixes, suffixes, déclinaison des radicaux), ce qui implique une tendance à imposer un vêtement au sens, un découpage codé, indépendamment de la réalité de sa structure. 
    * L'invariance des signes grammaticaux (pronoms, articles, etc...) qui fait qu'une langue exprime d'abord une culture, alors qu'elle doit exprimer toutes choses.
    * Les règles de bonne formation des expressions linguistiques indépendamment de la réalité de l'organisation et du flou du sens, alors qu'une phrase n'est que la tentative (parfois désespérée) de l'expression d'une structure sémantique complexe, à priori libre de tout système de paradigmes particulier. 
    * Les marques d'enchaînement et d'achèvement des phrases limitées à quelques valeurs logiques (mais, car, donc, enfin, etc...), alors que la phrase, pas plus qu'un texte ou un discours aussi volumineux soit-il, n'épuise jamais le système relationnel du sens. 
    Tous ces inconvénients peuvent cependant être dépassés par le rappel fréquent des principes de base concernant le signe, la dénomination, etc..., par la création de nouveaux signes qui imposent un réajustement des valeurs au sein du sens, par l'abus de phrases longues et complexes qui obligent l'esprit à sortir des modèles simplistes que la langue lui propose, enfin par le recours à des schémas, des tableaux qui présentent d'autres paradigmes structuraux ...  ...