Utilisateur:Ælfgar

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Leçon 1[modifier | modifier le wikicode]

Selon toute vraisemblance, votre premier contact conscient avec le quenya aura été la salutation elfique adressée à Gildor Inglorion par Frodo, dans le chapitre « Trois font de la compagnie » de La Communauté de l'anneau :

« Elen síla lúmenn' omentielvo, une étoile brille sur l’heure de notre rencontre, ajouta-t-il en haut-elfique[1]. »

Cette phrase avait un intérêt tout particulier pour Tolkien : lorsqu'un curieux lui demanda de quoi Le Seigneur des anneaux était une allégorie (rien n'agaçait Tolkien autant que ce genre de question), il répondit « que c’était une tentative pour créer une situation dans laquelle on pourrait avoir comme phrase de salutation habituelle elen síla lúmenn' omentielmo, et que cette phrase précédait de beaucoup le livre[2] ».

Panneau d’avertissement Attention ! La traduction française du Seigneur des anneaux ne reproduit pas fidèlement cette phrase : on y trouve elen sila lùmenni, omentielvo. Quatre erreurs en quatre mots : il manque l'accent sur le i de síla ; celui sur le u de lúmenn' est à l’envers, et le mot gagne un i final absent de l'original ; et la virgule avant omentielvo n'a rien à faire là.

Analyse[modifier | modifier le wikicode]

ELEN « (une) étoile »[modifier | modifier le wikicode]

Ce mot est dérivé de la racine √el-, qui correspond au concept d'étoile[3], mais présente également un lien avec les Elfes : cf. Eldar. Les Edain qui connaissent le quenya ont souvent du mal à distinguer les deux sens de la racine, ce qui engendre de fréquentes confusions : par exemple, le nom Elendil que portent plusieurs hommes (le plus fameux étant le premier roi d'Arnor, ami de Gil-galad et ancêtre d'Aragorn) est supposé vouloir dire « ami des Elfes », mais un elfe le comprendrait comme « ami des étoiles, astronome »[4].

On notera l'absence de déterminant.}}

SÍL-A « brille »[modifier | modifier le wikicode]

C'est la troisième personne du singulier du présent du verbe sil- « briller ». Ce verbe, de même que les autres dérivés de la racine √sil- (ou √thil-[5]) est utilisé pour ce qui brille d'une lumière blanche ou argentée, comme la lune (Isil en quenya, Ithil en sindarin) ou les étoiles[6].

LÚME-NN' « sur l’heure »[modifier | modifier le wikicode]

Ce mot s'écrit en entier lúmenna : il y a élision de la voyelle finale parce que le mot suivant commence lui aussi par une voyelle. Lúmenna est formé à partir de lúme « temps » (√lu-)[7], au sens de « période de temps définie », et du suffixe allatif -nna[6] que l’on retrouve par exemple dans la dernière version du poème Oilima Markirya : ruxal ambonnar « sur des collines qui s’effondrent »[8].

O-MEN-TIE-LVO « de notre rencontre »[modifier | modifier le wikicode]

La base de ce mot est le verbe men- « aller, se déplacer » (√men-), sur lequel viennent se greffer le préfixe o- « ensemble » (√wō-) et le suffixe -tië, pour lequel Tolkien propose deux explications différentes : soit il s'agit d'une terminaison verbale permettant de former le substantif omentië « rencontre », soit il s'agit du nom tië « chemin, route », qui permet d'obtenir omentië « rencontre des chemins »[6]. Quoiqu’il en soit, le suffixe -lvo qui vient se greffer sur ce nom est l’adjectif possessif -lva « notre » à la forme génitive : « de notre ».


Autres versions[modifier | modifier le wikicode]

Dans les brouillons du Seigneur des anneaux[modifier | modifier le wikicode]

Lorsque Tolkien affirma que la phrase « précédait de beaucoup le livre », il enjolivait quelque peu la réalité. En fait, dans les premiers brouillons du Seigneur des anneaux, la salutation de Frodo n'apparaît qu'en anglais. Ce n'est que dans la troisième version du chapitre « Trois font de la compagnie » qu'apparaît la version quenya de cette phrase[10], d’abord sous la forme :

« Eleni silir lúmesse omentiemman, les étoiles brillent sur l’heure de notre rencontre »

Puis :

« Elen silë lúmesse omentiemman, une étoile brille sur l’heure de notre rencontre »

On remarque plusieurs différences :

  • eleni est le pluriel de elen (toujours sans déterminant) ;
  • silir et son singulier silë sont à un temps différent : l’aoriste ;
  • lúmesse témoigne d'un suffixe non pas allatif mais simplement locatif -sse ;
  • omentiemman témoigne d'une idée antérieure de Tolkien concernant la première personne du pluriel et son génitif[11].

En telerin[modifier | modifier le wikicode]

(À compléter avec XI:407. Un peu de phonologie comparative ? Peut-être trop pour une première leçon.)

Racines vues dans cette leçon[modifier | modifier le wikicode]

  • el- « étoile »
  • lu-, liée à l’idée de temps
  • men- « aller »
  • sil- ou thil- « briller d'un éclat argent »
  • wō- « ensemble »

Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. SDA:99
  2. L:265
  3. V:355
  4. XI:410
  5. V:385, 392
  6. 6,0 6,1 et 6,2 PE17:13
  7. V:370
  8. MC:274
  9. HS:104-105
  10. VI:324-325
  11. PE17:14