Recherche:Un intrus dans un cabinet ministériel

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Travail de recherche : Un intrus dans un cabinet ministériel

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Par Lionel Scheepmans

Ce travail fut réalisé initialement pour un cours intitulé : « Anthroposociologie des lieux de médiation » dispensé par le professeur Alain Reyniers à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve. La note attribuée pour la version original de ce travail tel qu'elle a été publiée rendu en juin 2010 fut 13/20. Après avoir été wikifié, cette version originale a été publiée sur Wikiversité par son auteur Lionel Scheepmans (). Publié sur Wikiversité, ce travail est devenu libre d'utilisation selon les terme de la licence CC-BY-SA. Vous pouvez donc reproduire, distribuer et communiquer ce travail, mais aussi et peut-être surtout modifier ce travail et même l’utiliser à des fins commerciales.

Place Surlet de Chokier (Statue de la Brabançonne face au siège du gouvernement de la communauté Française de Belgique), Bruxelles

Introduction[modifier | modifier le wikicode]

Peu avant ma rentrée en première année de master à l’UCL, m’est venue l’envie de m’intéresser au monde politique. Cette envie prit naissance en rendant visite à des amis qui en faisaient partie depuis peu suite aux dernières élections. Réflexe dû à mes études en anthropologie sans doute, j’ai eu envie de mieux connaître leur vie, leur quotidien. J’avais aussi envie de mieux comprendre le milieu politique que je ne connaissais pas et où pourtant se prennent des décisions qui tôt ou tard viendraient à influencer mon quotidien. Par chance dans mon programme en anthropologie, une discipline me permettent d’intégrer ma curiosité dans un projet de travail. Il s’agit d’un cours d’anthropo-sociologie des lieux de médiation. Pour ce cours, il m’est demandé de il m’est demandé de réaliser un travail écrit pour parler d’un ou de plusieurs lieux de médiation de mon choix.

L’idée de ce présent document est donc de définir ce que l’on peut voir et entendre par lieux de médiation en rapport avec un cabinet ministériel tout en développant une réflexion sur ces différents lieux de médiation. Cette réflexion se fera sur la base de données issues d’une observation de terrain de plus ou moins cinq à six journées complètes durant lesquelles j’ai participé à la vie quotidienne du cabinet. Durant tout ce temps, j’ai suivi − poursuivi dans le cas du Ministre − des personnes travaillant au cabinet pendant leur journée de travail, souvent à partir de très tôt le matin jusqu’à parfois des heures avancées dans la nuit. Cette observation fut limitée de façon légitime. D’une part parce que je n’ai, bien entendu, pas pu accompagner les personnes dans leurs activités à caractère plus confidentiel comme lors de certaines réunions de préparation aux rencontres intergouvernementales ou certains entretiens avec des interlocuteurs extérieurs au cabinet. Et d’autre part, le temps d’observation qui m’était disponible pour réaliser ce travail ne m’a pas permis d’accompagner toutes les personnes souhaitées dans toutes les situations envisagées.

Pour parler un peu de la forme et de la méthode, je tiens à signaler que durant mes jours d’observation au sein du cabinet, j’ai pu enregistrer cinq entretiens qui m’ont permis de rassembler et de recouper des informations sur des questions qui me semblaient importantes. Certaines de celles-ci seront reprises sous forme de citations afin de rendre plus vivant, le contenu du texte que vous allez lire. J’ai pris pour option, comme cela se fait en général dans les travaux d’anthropologie, de ne pas dévoiler l’identité des informateurs, mais plutôt de les situer dans le contexte social où ils opèrent. Voici donc venu le temps de rentrer dans le vif du sujet. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne lecture.

Lieux de médiation et cabinet ministériel[modifier | modifier le wikicode]

Ce que l’on peut entendre par « lieux de médiation »[modifier | modifier le wikicode]

Médiation : « Fait de servir d'intermédiaire entre deux ou plusieurs choses »

Cette définition commune du mot « méditation », issue pour l’occasion du site du CNRTL[1], nous permet de mettre en évidence la notion d’intermédiaire implicite au terme de « médiation ». Dans une approche anthropologique, le ou les lieux intermédiaires qui vont nous intéresser seront ceux qui se situent entre les gens et que l’on pourrait aussi nommer, selon les cas, « lieux de rencontres ».

Lieu : « Portion déterminée de l’espace »

En utilisant toujours pour ressource le site du CNRTL[2], nous voyons ici que le mot « lieu » est repris dans une notion plus englobante qui est « l’espace ».

Grâce à ces deux définitions, nous pouvons d’ores et déjà clarifier ce que l’on entend par « lieu de médiation » et définir clairement notre objet d’étude comme suite: « Réflexion sur les espaces intermédiaires ou de rencontres liés à un cabinet ministériel ayant pour attribution la recherche scientifique ».

La mémoire liée au cabinet ministériel[modifier | modifier le wikicode]

Les espaces de rencontres concernant un cabinet ministériel sont multiples. Ils peuvent dans certains cas s’articuler en termes de temps. À travers le temps, c’est la mémoire qui sert d’espace de rencontres entre les gens. Elle est somme toute l’intermédiaire entre ce qui a été et ce qui est et/ou ce qui sera. Dans le cadre de notre travail, nous nous intéresserons bien sûr à la mémoire des gens comme les collaborateurs, intervenants et acteurs sociaux, mais aussi à ce que l’on pourrait appeler « la mémoire matérielle » et qui se rattache aux lieux, objets, documents... À ce propos, il est important de noter qu’un cabinet ministériel est une construction de durée éphémère. La durée de vie du cabinet à laquelle nous nous intéressons est fixée à cinq ans (contrairement au temps de législature du fédéral qui est de 4 ans), ce qui explique en partie pourquoi en Belgique, nous votons au moins tous les quatre ans. Il serait exceptionnel que le Ministre soit appelé, suite aux résultats des prochaines élections, à renouveler son mandat tout en retrouvant les mêmes attributions alors que celles-ci sont redéfinies à chaque nouvelle législature. En Belgique, le nombre de Ministres et leurs attributions ne sont pas définis par une loi fixe, mais font l’objet d’un arrêté en début de législature. L'information peut être trouvée pour le du gouvernement wallon par exemple sur le site du moniteur belge[3]. C’est ainsi qu’un cabinet ministériel est généralement appelé à laisser sa place à un autre à la fin de chaque législature. En termes de mémoire, il serait donc intéressant de se pencher sur les traces du passé que peut laisser un cabinet, et à l’héritage que transmet un cabinet sortant à un cabinet entrant.

Les traces du passé ministériel[modifier | modifier le wikicode]

Les tâches principales d’un cabinet ministériel, après, nous l’avons vu, la réorganisation du monde politique, seront d’une part de répartir et d’attribuer l’enveloppe budgétaire qui lui est allouée, d’autre part de proposer ou modifier des projets et textes de loi, et enfin de s’assurer du bon fonctionnement de l’administration. Via l’attribution des budgets, le cabinet modifie tant d’un point de vue matériel que culturel le paysage de l’entité dans laquelle il prend ses attributions et laisse ainsi trace de son passage. Pour rester dans le domaine que nous avons choisi, un cabinet ministériel peut par exemple être à l’origine de la construction d’un nouveau centre de recherches ou de la modification d’un programme de recherches. Ne dit-on pas de telle ou telle réalisation qu’elle date de l’époque de tel ou tel Ministre ? Concernant les textes de loi et règlements administratifs, ce sera dans le moniteur belge que seront conservées les traces du passé. Notons au passage que depuis le 1er janvier 2003, il n'est plus publié sous forme papier (sauf quelques exemplaires), mais est accessible gratuitement par Internet. Reste ensuite la gestion du bon fonctionnement de l’administration.

Outre les règlements administratifs et les textes législatifs dont nous venons de parler, les Ministres interviennent aussi dans la nomination des hauts fonctionnaires. Ceux-ci sont donc choisis, outre leurs compétences, en fonction de leur couleur politique. En termes de mémoire, cette information prend toute son importance lorsque l’on sait que contrairement au Ministre, un haut fonctionnaire une fois installé, peut rester en fonction après la législature et jusque la fin de sa carrière professionnelle. De ce fait, certains hauts fonctionnaires pourraient faire preuve, disons, « d’allégeance » au parti qui lui a offert le poste et influencer de ce faite les prises de décision au sein de l’administration au profit de « son » parti. Après changement de législature, l’arrivée de nouveaux partis au sein des cabinets ministériels n’aide pas toujours le dialogue entre le cabinet et les hauts fonctionnaires de couleurs politiques différentes.

La « remise reprise »[modifier | modifier le wikicode]

Lors du changement de législature, nous l’avons déjà vu, une équipe ministérielle doit dans la grande majorité des cas faire place à une autre. Ce moment important, et selon plusieurs témoignages, impressionnant, s’appelle dans le jargon du milieu la « remise reprise». Ce que remet le cabinet sortant au cabinet entrant est essentiellement du matériel, qui, contrairement aux idées reçues, est réutilisé par le personnel entrant. Il s’agit du bâtiment, bien sûr, mais aussi du mobilier, du matériel informatique, audiovisuel, du matériel roulant ainsi que des œuvres d’art qui peuvent jalonner les bâtiments. Pour anecdote, le Ministre m’a confié que les œuvres d’art présentes dans son bureau n’étaient pas à son goût, mais qu’il avait laissé de côté l’idée de les changer étant donné le temps nécessaire à la procédure de changement. Tout ce matériel, qui se voit attribué à un bâtiment unique, appartient à la région, la communauté ou l’état selon l’entité institutionnelle dans laquelle est reprise la compétence. Un budget lié aux frais d’installation est aussi libéré suite à un arrêté en début de législature. Ce budget permet en autre l’achat de matériel au cas de vol, destruction, ou obsolescence. Notons au passage que pour cette nouvelle législature, ce budget a été revu à la baisse tout comme le nombre de collaborateurs que le cabinet peut engager.

En ce qui concerne les bâtiments, la distribution de ceux-ci aux différents Ministres et donc aux différentes compétences s’opère selon un « Ordre de préséance » qui lui-même est déterminé par le poids électoral des partis faisant partie de la coalition au pouvoir. Dans notre cas étudié, le Ministre put choisir juste après le Ministre président l’emplacement de son cabinet dans les possibilités restantes. Remarquons au passage que les compétences peuvent placer le Ministre dans une situation particulière, lorsque les compétences sont à la foi du ressort de la communauté et de la Région . De ce fait, le cabinet ministériel étudié dans ce travail doit siéger en deux lieux différents.

Le premier bâtiment attribué par la Région wallonne est le siège principal où se trouve notamment le bureau du Ministre et de son chef de cabinet. Il se situe au numéro 1 place des Célestines à Namur. C'est un ancien couvent qui fut l’objet d’un dossier dans le mensuel « confluent » du centre de la Wallonie en février 1998 et intitulé « les célestines cœur d’un nouvel îlot ». Le couvent fut construit entre 1635 et 1658, et la partie actuellement occupée par le cabinet fut rénovée en 1998 par le Ministère de l’équipement et du transport pour un coût total de 392 millions de francs belge. Des visites guidées du bâtiment sont organisées durant les journées du patrimoine ou sur demande. Le deuxième bâtiment place Surlet de chokier 15-17 à 1000 Bruxelles est un bâtiment très moderne abritant le Ministère de la Communauté française. Ce dernier fut construit en 1989 sur les anciennes glacières du quartier Notre-Dame-aux-neiges. Trois étages en sous-sol ont été conservés et sont accessibles durant les journées du patrimoine ou sur demande.

Transferts d’informations entre cabinets sortants et entrants[modifier | modifier le wikicode]

Le transfert de compétences, quand il s’opère entre deux partis rivaux, correspond le plus souvent à un transfert de pouvoir, mais rarement à un transfert d’informations. Si l’on s’en réfère au témoignage du pilote d'une des cellules responsable d'une des compétences attribuée au Ministre, les documents qu’elle reçut du cabinet sortant ne concernaient que deux ou trois dossiers sur la trentaine de dossiers en cours. Et toujours selon elle, il est vain d’espérer recevoir du cabinet sortant un dossier terminé vu l’esprit de compétitivité qui règne entre les partis. À chaque nouvelle législature, il est donc nécessaire de recommencer tout un travail qui fut déjà réalisé. Ceci est regrettable, signale la pilote, car même dans le cas de dossiers clos, il serait utile de profiter d’un archivage comme base pour des dossiers similaires ou si jamais un dossier serait appelé à être reconduit. Le manque de « fairplay » entre cabinets entrants et sortants, n’est pas généralisé. Il m'a été rapporté quelques initiatives d'entraide faite de façon individuelle, comme un employé du cabinet sortant qui décide sous son propre chef de « stocker » au sein de l'administration toutes les archives en sa possession, ou de façon concertée comme ce fut le cas au début de la législature passée où un Ministre sortant décide d'archiver et transmettant toutes les informations utiles à la reprise des compétences.

Dans le cas de certaine cellule, c’est grâce à une excellente collaboration de l’administration qu'une cellule peut rattraper le travail perdu pour se remettre à jour dans le suivi des dossiers. Nous voyons donc par ce cas précis que la mémoire du cabinet, faute d’être transmise d’une équipe ministérielle à l’autre, peut transiter par l’administration qui reste en place. Autre possibilité : l’un des collaborateurs du cabinet sortant est engagé par le cabinet entrant malgré la différence de couleur politique des deux cabinets. Cette situation exceptionnelle peut se rencontrer selon deux cas de figures. Le premier est que les deux couleurs politiques des cabinets sont présentes dans la majorité au pouvoir aujourd’hui. Le second est que compétence attribuée à un ministre est un domaine relativement particulier où il n’est pas toujours évident de trouver des collaborateurs. Le cas de réengagement de personnel issu du cabinet sortant est plus courant dans les fonctions moins impliquées dans les processus politiques décisionnels, tel que les fonctions d’accueil et d’entretien par exemple. Enfin, le dernier cas de figure de transfert entre deux cabinets est celui d’une personne ayant été engagée par un Ministre dans une ancienne législature et réengagée par le même Ministre dans une autre législature.

En termes de mémoire, cette démarche s’avère d’autant plus profitable que les personnes réengagées travaillent au même poste ou sur les mêmes compétences. Dans notre situation d’étude, c’est le cas du chef de cabinet, du porte-parole, et de quelques autres collaborateurs dont certains sont pilotes de cellules. Il est intéressant de nous pencher sur le statut des collaborateurs et de noter au passage que dans un cabinet ministériel, la seule personne répondant du statut d’indépendant est contre toutes attentes est le Ministre lui-même. Les Ministres comme tous les parlementaires sont effectivement, et aussi étonnant que cela puisse paraître, payés par l’entité à laquelle ils sont rattachés en tant qu'indépendants.

Dès la nomination du Ministre, c’est à lui que reviennent le choix et la décision d’engagement de son personnel. Parmi les gens recrutés, nous retrouvons d’une part des contractuels et d’autre part des fonctionnaires détachés de la fonction publique. Dans les deux cas, les personnes sont engagées pour une période de cinq ans. Elles peuvent être licencié du jour au lendemain sans préavis sur décision du Ministre, bien que cette pratique ne soit ici pas coutume et que tout départ est associé généralement à une période de préavis. Dans le cas d’un fonctionnaire nommé, il retournera dans l’administration de laquelle il est détaché. Ces fonctionnaires, en raison des horaires particuliers qu’ils doivent prester dans le cabinet, reçoivent une prime de compensation. Enfin, et dans un cas extrêmement exceptionnel, il arrive que l’on voit séjourner dans les bureaux et les couloirs du cabinet un étudiant en anthropologie, chômeur et très partiellement employé dans le domaine artistique. Il s’agit bien sûr de ma personne qui fut introduite lors du dernier drink de présentation du nouveau personnel comme « l’intrus à découvrir dans l’assemblée ». Cette présentation a eu lieu dans une salle de réception située à l’étage du bâtiment namurois, intitulé « la grange » ou « le grenier ».

Les espaces de rencontre et d’échange internes au cabinet[modifier | modifier le wikicode]

Un cabinet ministériel est un endroit en constante agitation. Bien qu’il y ait des lieux équipés pour la rencontre entre collaborateurs, telles que les salles de réunions, les bureaux du Ministre et du chef de cabinet ou encore les réfectoires, c’est souvent entre deux portes, d’un bureau à l’autre, ou encore via le réseau de téléphone qu’une grande partie de l’information orale circule. Aussi, la répartition des activités du cabinet sur deux sites (Namur et Bruxelles) complique parfois la rencontre en face à face entre les travailleurs des deux sites. Il existe à ce titre, dans l’organigramme du personnel, des personnes responsables de la coordination et de la communication entre les deux sites.

La circulation de l’information écrite, quant à elle, est assurée par « les notes jaunes » qui sont gérées par deux personnes chargées de l’« indicatage ». L’indicatage consiste à assurer et indexer la circulation des écrits papier et électronique entre les différents bureaux du cabinet, mais aussi comme nous les verrons plus tard avec les bureaux et personnes extérieurs. Cette activité est centralisée à Namur, et les documents sont transportés, quand ils sont en format papier, dans des fardes appelées « signataires » ou « fardes de transmis ». Ces dossiers sont de différents types selon que les documents qui s’y trouvent nécessitent une signature ou non. Tous ces dossiers sont distribués par le personnel de l’indicatage dans tous les bureaux concernés aux emplacements libellés à cet effet : in, out, avec ou non la mention urgent. Le système complexe d’indicatage est expliqué en détail dans toutes ses procédures dans les quinze premières pages d’un vade-mecum destiné à tous les employés du cabinet. À côté de ce système existe aussi la circulation des infos par email qui jouent aussi un rôle important car si les document, officiels nécessitant approbation du Chef de cabinet ou du Ministre passent par version papier, beaucoup se fait aussi par email ce qui facilite aussi les échanges entre les cabinets de Bruxelles et de Namur.

Dans un contexte moins formel, il y a aussi la circulation d’informations sous forme de lettre d’information transmise par courrier électronique. En ce qui concerne les rencontres informelles en face à face, il s'organise aussi des drinks et déjeuners rencontres entre tous les membres du cabinet au siège de Namur. Cela peut parfois être compliqué pour les personnes travaillant à Bruxelles et qui perdent alors beaucoup de temps dans l’aller-retour. La séparation du cabinet pose ainsi des problèmes récurrents, mais permet aussi, comme c’est le cas d’au moins un des employés, d’avoir son bureau plus proche de son domicile, en assurant toutefois un déplacement régulier sur l’autre site une fois par semaine pour garantir le bon accomplissement des réunions de la cellule.

Les espaces de rencontre et d’échange entre le cabinet et l’extérieur[modifier | modifier le wikicode]

Les bâtiments et lieux d'accueils[modifier | modifier le wikicode]

Un cabinet ministériel n’est pas un lieu accessible au public. Comme le signale un des responsables de la sécurité du bâtiment de la Communauté française, pas même le hall d’entrée du bâtiment n’est un lieu public, même si on y a déjà vu un jogger en faire le tour, sous le regard écarquillé des employés de cabinet rassemblés devant la porte d’entrée pour fumer leur cigarette. Constamment surveillé de l’intérieur par les gardes d’une société privée, l’extérieur du bâtiment fait aussi l’objet d’une surveillance, avec un ballet régulier des véhicules de la police. En cas de problème témoigne le garde, une brigade canine est sur place « avant même que j’ai pu déposer le combiné de téléphone. ». Quant à l’accès aux bureaux situés à Bruxelles, il n’est possible qu’en possession d’un badge qu’il faut troquer contre une pièce d’identité. À part le personnel des différents cabinets rassemblés dans le bâtiment qui circule librement, l’accès n’est donc possible que sur invitation.

Si le badge permet l’ouverture des portes des ascenseurs, il ne donnera accès qu’à l’étage dans lequel se situe le bureau de la personne que vous devez visiter. Le siège de Namur n’est pas soumis à une telle surveillance bien que l’entrée au visiteur ne soit autorisée que sur invitation et que les portes extérieures soient verrouillées par un système de badge. Une porte d’entrée principale ouverte durant les heures de bureau donne sur le bureau d’accueil où une personne est là pour recevoir les visiteurs. À Bruxelles, les personnes responsables de l’accueil de chaque Ministre siégeant à la communauté française se trouvent côte à côte derrière un long comptoir. Lors d’une petite discussion, j’ai réalisé que ce lieu d’avant-garde avec le citoyen était sujet à des soucis récurrents. Les anecdotes ne manquent pas dans ce service. Une personne ne sait pas qu’il y a eu changement de Ministre. Une autre exige à parler sur le champ au Ministre, alors que la personne de l’accueil ne peut même pas le faire à son propre titre. Tous viennent à témoigner d’insultes, de demandes insolites, ou des 400 coups de fil par jour durant la rentrée des classes.

Les rapports entre le politique et le citoyen[modifier | modifier le wikicode]

Toutes ces anecdotes recueillies à l’accueil semblent nous rapporter qu’il y a un problème dans les rapports entre le politique et le citoyen. À travers mes interviews, je me suis donc intéressé à ce problème en posant systématiquement la question « que penses-tu de la relation entre le politique et le citoyen ? » Posée au Ministre, au chef de cabinet, au responsable de la communication, à la responsable de la cellule et même à la présidente du Parlement wallon, cette question suscita des réponses semblant définir certaines constantes. Sur mes enregistrements d’interviews, j’ai pu ainsi réentendre des mots que j’ai eu envie de regrouper comme suite : d’une part, il y a des mots de connotation négative tels que : méfiance, trahison, haine, mépris, pourri... D’autre part, il y a, mais plus rarement, des mots positifs tels que: admiratif, amour, magique et enfin des mots que je qualifierais d’explicatifs, tels que : déconnexion, ambivalence, méconnaissance, compliqué, inaccessible, incompréhension, fossé, décalage, abstrait, éloigné, conflictuel, insatisfaisant... Il semble donc que, pour mes interlocuteurs, la relation entre le citoyen et le politique soit perçue plutôt de façon négative et que les raisons tourneraient autour d’une idée de séparation. Ce sentiment fut confirmé par le responsable de la communication :

« ce sont vraiment des mondes différents, où on a des valeurs différentes et où l’on s’adresse les uns aux autres, mais en fait on ne part pas des mêmes codes, des mêmes standards, ce qui fait que cela génère une vraie incompréhension. »

Ces propos ont été amplifiés par le chef de cabinet :

« le cabinet, c’est ce qu’il y a de plus éloigné probablement du citoyen avant l’Europe qui est carrément, complètement, abstraite. »

À ce constat, il faut ajouter le fait que certaines compétences politiques en raison de de la complexité du milieu augmente d'autant plus la distance séparant le citoyen du politique. C'est ce dont témoigne la pilote de cellule :

« [Ma compétence] est déjà un monde à part. C’est un petit microcosme qui ne concerne qu’une partie de la société, les centres de recherche, les entreprises. 99 % des gens n’ont pas d’intérêt direct [...] Même si les conséquences sont importantes, que ce soit les conséquences sur leur quotidien, les conséquences en termes de connaissance. Ils s’intéressent à la [compétence], mais pas à la politique de la [compétence]. Ils vont trouver intéressant de découvrir telle ou telle innovation de savoir que dans le champ de l’énergie ou de la mobilité on a fait telle découverte, mais ce n’est pas encore la même chose que de s’intéresser à pourquoi un programme mobilisateur, pourquoi un programme d’excellence, quel va être tel type d’aide [...], cela devient très abstrait ».

Quant aux citoyens, nous parlons bien de la personne de la cité, Ministre, collaborateur, et personnel de la fonction publique y compris. Il s’agit donc de penser la relation politique citoyen en définissant à quelle part des citoyens on s’adresse. À ce propos, la présidente du Parlement wallon nous dit :

« L’empathie, se mettre dans la peau de celui qui va recevoir notre décision, c’est une condition de réussite de la mise en œuvre de la décision, parce que ce n’est pas tout de la voter ce qu’il faut c’est qu’elle marche, et pour ça il faut partir de comment sont les gens qui vont devoir recevoir cette décision. »

Dans la relation politique-citoyen, il s’agit aussi de définir qui est censé rencontrer qui. À ce sujet, le chef de cabinet nous informe que dans le cas de l’application d’une décision politique :

« L’interlocuteur du citoyen, c’est l’administration. C’est impossible que tous les citoyens fassent appel au Ministre. Techniquement, c’est impossible. Ils sont trop nombreux [...] le cabinet, c’est-à-dire le Ministre, est là pour impulser une politique, pour donner des orientations, pour faire travailler l’administration d’une certaine manière, pour changer les lois et les arrêtés, il n’est pas là pour être l’interlocuteur direct du citoyen, et son cabinet non plus. »

Il semblerait à ce propos que le cabinet ressente dans ses rapports avec le citoyen l’héritage d’anciennes pratiques partisanes. Fait regretté par le chef de cabinet :

«Les permanences sociales, ça fait croire au citoyen qu’en fait il peut venir interpeller le Ministre pour trouver du boulot pour son fils, ou pour ennuyer son voisin qui a mis sa clôture et qui est d’une couleur qui ne lui plaît pas, c’est pas normal,le Ministre ne doit pas faire ça. [...] autant, il faut que le citoyen comprenne la manière dont le Ministre et le cabinet travaillent, autant, il ne doit pas y avoir d’interaction directe entre le citoyen et le cabinet. [...] On peut répondre aux questions, mais pas aux problèmes, souvent la réponse à la question consiste à dire, adressez-vous à tel endroit. [...] Le traitement partisan n’est pas du tout normal, mais cinq ans d’arc-en-ciel n’a pas réussi à changer ça, les partenaires ne voulaient pas. »

La présidente du Parlement wallon corrobore cette perspective en disant : « Le politique c’est d’abord celui qui prend des décisions au nom de l’intérêt général. »

Pour une réflexion plus approfondie sur ce problème des positions partisanes, je vous renvoie au livre de Pierre Rosanvallon « la légitimité démocratique » (Rosanvanllon, 2008). Voici un extrait de la quatrième de couverture, où il parle du pouvoir du politique en ces termes :

« Il doit se plier à un triple impératif de mise à distance des positions partisanes et des intérêts particuliers (légitimité d’impartialité), de prise en compte des expressions plurielles du bien commun (légitimité de réflexivité), et de reconnaissance de toutes les singularités (légitimité de proximité). »

Les espaces de rencontres entre le politique et le citoyen[modifier | modifier le wikicode]

Dans son interview, le Ministre énumère les principaux espaces de rencontre entre le politique et le citoyen. Cela reprend les courriers, électroniques de plus en plus, coups de fil quand même plus rares, demandes de rencontres, propre visite sur le terrain, réunion que l’on peut organiser, parfois en indirect par le jeu des parlementaires.

Concernant le courrier, papier ou électronique, nous avons déjà vu qu’il était géré par le service d’indicatage. Celui-ci centralise, réceptionne, indexe et transmet l’intégralité au chef de cabinet qui va ensuite le dispatcher au niveau des cellules et des personnes concernées. Une copie de la première page de chaque courrier entrant est aussi transmise au Ministre pour qu’il puisse comme il le dit « bien sentir les choses » ou « sentir ce qui arrive ».

Ainsi, depuis les cinq mois d’activité du cabinet, sur plus de 8000 courriers entrants, quelques un seulement attendraient encore une réponse. Au sujet du courrier électronique, le Ministre attire l’attention sur le fait que les gens sont de plus en plus « impatients d’une réponse surtout depuis le courrier électronique. » Il remarque aussi une évolution dans la parité entre courrier papier et électronique en 1999, 90% des courriers étaient écrits, 4 ans plus tard 50%, maintenant 20% alors que le travail derrière est quasiment équivalent et l’engagement juridique est identique. Concernant le courrier sortant, plus de vingt pages du vade-mecum y sont consacrées. Elles expliquent la spécificité de chaque courrier sortant selon le contenu et le lieu de destination. Il y a le courrier du citoyen, mais aussi les notes vertes qui sont destinées aux services publics, puis les notes au gouvernement avec, par exemple, celles concernant les procédures silencieuses qui ne nécessitent normalement pas de rencontre entre cabinets puis les invitations aux réunions inter-cabinets, et enfin tout le courrier adressé au Parlement.

Le Parlement[modifier | modifier le wikicode]

Les relations entre le Gouvernement et le Parlement sont importantes en termes d’espace de rencontres entre le politique et le citoyen. La Présidente du Parlement wallon en parle en ces termes :

« J’ai la chance de présider un lieu de médiation. Le public ne vient pas assister à une réunion de gouvernement, ne vient pas, à part toi, se promener une journée dans un cabinet, n’est pas à côté du fonctionnaire à l’administration, tout cela est relativement opaque sauf dans un endroit, c’est le Parlement. Sauf exception, toutes les réunions de commission et de séances sont publiques.”

Ce qui est permis en tant que visiteur c’est l’observation pas l’intervention comme cela peut être possible dans certains conseils communaux, sous forme d’interpellation citoyenne en début de collège. Ainsi pour le visiteur au Parlement, il lui est interdit de parler, écrire, circuler, et bien sûr enregistrer quoi que ce soit. Cette opportunité accordée aux citoyens de pouvoir observer ce qui se passe au niveau du parlement n’existe pas au niveau du gouvernement. Cela a comme dit le Ministre, sans doute une raison historique, mais aussi selon lui, une raison pratique :

« les pires problèmes sont quand des notes internes au gouvernement sortent dans la presse, parce que cela fige les positions alors que l’on peut convaincre les gens par le débat d’idées. »

Ce constat est d’autant plus dommageable que « contrairement à l’image que l’on en a » me dit le Ministre, au Parlement « 90 à 95 % dans ce qui est dit est déjà décidé en gouvernement » (estimé à 80% par la présidente du parlement wallon).

Pour le Ministre qui fut chef de l’opposition au niveau fédéral durant un autre mandat politique, le contrôle opéré par le Parlement est extrêmement important ainsi que la théâtralisation de ce qui a été décidé pour rendre les choses plus compréhensibles. Une théatralisation toute relative car après avoir participé à une commission et une séance plénière, je peux témoigner qu’il y règne une telle nonchalance parmi les politiciens que cela suscite chez le visiteur que j’étais un sentiment désagréable. Les gens s’interpellent, mais personne ne semble écouter qui que ce soit même quand les discours sont ouvertement adressés à quelqu’un. Il y a manque d’intérêt apparent, un va-et-vient de politiciens, des discussions en aparté, des ordinateurs allumés, des journaux déployés et cela discrédite, me semble-t-il, complètement l’image du politique. Je fus aussi frappé par le nombre de références faites aux médias durant les exposés et c’est notamment à cet endroit que j’ai le plus ressenti la présence du quatrième pouvoir qu’est celui du monde de la presse. Parlons-en.

Les médias[modifier | modifier le wikicode]

Les médias (télévision, radio, journaux, site d'informations en ligne) semblent être un espace privilégié dans l’échange d’informations entre le monde politique et le monde citoyen. Comme le dit le chef de cabinet, c’est aux médiums que revient la tâche de faire comprendre qui fait quoi. Et comme le dit le responsable de la communication, « la communication sert à doser », c’est un « sas de décompression ». Quant aux journalistes, ils sont des « courroies de transmission » qui filtrent l’information et parfois la transforment. Aussi, il faut tenir compte, nous dit-il, que les médias sont aussi un « espace de rencontres qui obéit à des codes » dans un rythme effréné propre à son monde. L’importance des médias est telle que pour chaque cabinet, il existe une équipe spécialisée dans le domaine. Cette équipe est composée dans le cas de notre cabinet de quatre personnes : un responsable d’équipe ou porte-parole du Ministre, une attachée de presse, une personne responsable de la gestion des événements publics et une autre qui s’occupe de la revue de presse. La revue de presse consiste à sonder tous les médias à la recherche d’informations concernant le cabinet, le Ministre ou le parti. La totalité de la presse écrite et des dépêches est épluchée chaque matin avant huit heures. Ensuite, jusqu’à neuf heures trente, vient le tour de quelques hebdomadaires choisis pour leurs débats de fond. Enfin, une fois par mois ce sont les périodiques reçus au cabinet qui font l’objet de sondage. Reste ensuite les émissions radio et télévisées principalement la RTBF et RTL. Toutes les informations filtrées sont ensuite mises à disposition de tous les collaborateurs via un serveur Internet. Parmi les personnes les plus attentives aux informations filtrées se trouve l’attachée de presse. Dans ses activités, elle a pour rôle, entre autres, de communiquer à la presse de façon structurée les informations en provenance du cabinet. Elle le fait par emails collectifs envoyés à une série de journalistes, ou par dépêches dans les cas les plus importants. Dans ce qu’elle transmet à la presse, elle distingue deux types de communication, une communication qu’elle appelle « positive », reprenant les informations bonnes ou mauvaises que le cabinet tient à communiquer puis une communication « réactive », reprenant des informations transmises en réaction à ce qui est paru dans la presse ou d’autres communiqués. Elle a aussi pour fonction d’assister le Ministre dans la préparation de ses discours au Parlement ou à d’autres occasions. Elle surveille ainsi l’image du Ministre sans pour autant que cela devienne une stratégie.

Les publications[modifier | modifier le wikicode]

Il existe aussi entre le politique et le citoyen des communications qui portent plus sur le fond et l’engagement. Il s’agit bien sûr des programmes électoraux des différents partis, mais aussi, chose plus rare, d’ouvrages rédigés par des personnalités politiques. C’est ainsi qu’en 2008, peu avant les élections, le Ministre a rédigé et publié un livre. Ce livre, reconnaît le Ministre, fut un outil de campagne, et reste très utile en tant que base de propositions et de réflexions structurée sur laquelle il lui est possible de s’appuyer ou d’en extraire des références. En parlant de l’implication du citoyen dans la politique, le Ministre nous indique aussi que pour lui, « les élections démocratiques ne suffisent pas. Les gens doivent pouvoir participer un maximum et puis délibérer, accompagner, orienter, signaler des choses... en sachant bien qu’il est impossible de créer un décret avec tout le monde. ». Ce genre de démarche, impliquant directement la consultation des acteurs sociaux dans les processus de décisions politiques, peut parfois déboucher sur des études d’envergure comme ce fut déjà le cas dans les domaines concernant l’enseignement, la petite enfance ou le monde parental ayant à charge des enfants handicapés. Dans ces cas concrets, on a fait appel à des personnes-ressources pour la bonne conduite des études. Ce fut le cas par exemple pour un rapport intitulé « La consultation des enseignants », sorti en février 2004 sous la direction de Luc Van Campenhoudt[4].

Conclusion[modifier | modifier le wikicode]

Au terme de ce travail, nous pouvons nous rendre compte de la complexité du monde politique. Cette complexité, nous l’avons vue, est encore accrue quand il s’agit de la politique concernant les domaine pointus. Cette complexité est aussi, et sans aucun doute, l’une des raisons des problèmes rencontrés dans les relations entre le politique et le citoyen. Nous sommes ici en présence de deux mondes répondants à des valeurs, des codes, des croyances et convictions différents, et que pour compliquer le tous les informations circulant entre ces deux mondes transitent principalement par un troisième monde qui est celui des médias et qui répond à son tour à une réalité tout à fait différente aux deux autres mondes. Apparaît ainsi, un problème qui intéresse l’anthropologie dont l'un des enjeux de la discipline est de permettre l’intercompréhension entre cultures différentes. Dans cette mission de connexion entre la citoyenneté et le politique, où le politicien n’est pas mandaté, où les médias n’ont pas le temps, où le citoyen manque de moyens, de méthodes et de motivations, peut être que l’anthropologue pourrait y trouver sa place.

Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. http://www.cnrtl.fr/lexicographie/médiation
  2. http://www.cnrtl.fr/definition/lieu
  3. http://www.staatsbladclip.be/moniteur/lois/2009/08/05/loi-2009027145.html
  4. http://www.enseignement.be/download.php?do_id=1324&do_check
    http://www.enseignement.be/download.php?do_id=4201&do_check
    http://www.edu-consultation.org/tal/marcx-consult.ppt.

Bibliographie[modifier | modifier le wikicode]

Pierre Rosanvallon, La légitimité démocratique, impartialité, réflexivité, proximité, Les livres du nouveau monde, Le Seuil, Paris, 2008.

Jean Marc Nollet, Le green deal , Le cri édition, Bruxelles, 2008.

Olivier Corten & Annemie Schaus, Le droit comme idéologie, introduction à la critique du droit, Éditions Kluwer, Bruxelles, 2004.