Leçons de niveau 12

Régimes totalitaires/L'encadrement de la société civile

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L'encadrement de la société civile
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Chapitre no 2
Leçon : Régimes totalitaires
Chap. préc. :Des régimes non démocratiques
Chap. suiv. :Le totalitarisme
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Régimes totalitaires/L'encadrement de la société civile
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L'encadrement de la société civile se fait au moyens de deux catégories :

  • Les instruments de coercition : police, gendarmerie, justice. Tout régime en a besoin.
  • Les instruments de contrôle non coercitifs.




Les instruments de contrôle non coercitifs[modifier | modifier le wikicode]

Les organisations de jeunesse[modifier | modifier le wikicode]

L'encadrement de la jeunesse commence dès 4 — 5 ans jusqu'au service militaire, par différentes organisations :

  • Fils de la louve (dès 4 ans), Balilla (à 8 ans), Avanguardisti (à 14 ans) (non mixte) en Italie
  • Hitlerjugend (mixte) en Allemagne
  • Jeunes Pionniers et Komsomol (mixte) en URSS

Ces organisations sont obligatoires à partir de 1936 (confirmé par la loi en 1939) en Allemagne.
En Italie et URSS, elles sont facultatives, mais cela n'est qu’illusoire, en effet si l’on n'y va pas, on sera montré du doigt, on sera différent, des questions vont se poser. Et ce caractère facultatif est peut-être pire qu'un caractère obligatoire, puisque les gens qui n'auront pas envie d'y aller s'engageront peut-être pour faire "comme les autres".

Le service militaire est quant à lui d'une durée d'environ 3 ans.

Les corporations[modifier | modifier le wikicode]

Les corporations sont effectives en Italie à partir de 1927 (Invention du "corporatisme") et en octobre 1933 en Allemagne.
Les corporation sont des regroupements par corps de métier.
L'URSS avait un équivalent avec les syndicats qui "appartenaient" à l'État, car l'activité économique soviétique était propriété de l'État.

Les corporations et les syndicats avaient le même rôle : savoir ce qui se passait dans les entreprises.

Le citoyen n'était jamais isolé, le parti, l'État était partout.

Loisir et culture[modifier | modifier le wikicode]

Le parti encadre la population par la propagande (cinéma, presse, édition) et la censure.

Mais il encadre aussi les loisirs en créant des organisations de voyage, la jeunesse avait ses camps de vacances gérés par le parti.


Le but de cet encadrement quasi-total était de tout "bétonner", ancrer, dès le plus jeune âge jusqu'au décès. Le citoyen pouvait tout faire dans le parti, du travail aux loisirs, il se trouvait dans la sphère du pouvoir.


Le parti encadrait et contrôlait la société civile.

Rôles et fonctions de ces instruments[modifier | modifier le wikicode]

Les trois fonctions principales sont :

  • Insérer
  • Mobiliser
  • Éduquer

Les trois fonctions sont liées : l'éducation a besoin de la mobilisation, qui a elle-même besoin de l'insertion.

Insérer[modifier | modifier le wikicode]

C'est l'insertion sociale, le sentiment d'appartenance.

En effet, le citoyen n'est jamais abandonné, isolé ou exclus. Il fait partie d'un collectif, il est toujours avec d'autres personnes, cela pour lutter contre les individualités.
En effet il est plus facile de mobiliser un groupe qu'un individu isolé (on fait plus facilement des bêtises en groupe que tout seul).

Mobiliser[modifier | modifier le wikicode]

C'est mettre en mouvement, mettre au service d'un projet.

Il est plus facile de mobiliser des groupes organisés car un groupe fonctionne par mimétisme, par conformisme. Par le biais du mimétisme on mobilise le groupe tout entier plus facilement que chaque individu isolément.
De plus en groupe on est désinhibé, on est "moins responsable", la mobilisation est alors plus extrême.

On mime pour signaler, pour envoyer un message, pour éviter d’être exclu.

En effet la pression normative que le groupe exerce sur chacun des membres repose sur la peur d’être exclu (sentiment négatif) et sur la dynamique du même (mimétisme).

Mais pour que cette pression normative marche, il faut qu’il y ait un groupe, ce qui est le but de l'insertion.

Éduquer[modifier | modifier le wikicode]

C'est la mobilisation de la pensée.

Le but des régimes est que les citoyens aient les même valeurs (on s'attaque doucement à la liberté de pensée).
On amène les gens à la même pensée par le mimétisme et la peur de l'exclusion (grâce à la mobilisation).


Les systèmes politiques (quelqu’ils soient) usent et abusent de la collectivisation pour mobiliser.


Mais il y aura toujours des résistance à l'insertion ainsi qu’à la mobilisation, et les systèmes politiques sont obligés de se doter d'organismes de répression, qui montrent l'échec, les limites de ces instruments de contrôle non coercitifs.

Le rôle de la coercition[modifier | modifier le wikicode]

Aucun système politique ne peut faire l'économie de la coercition, d'organismes chargés de la répression.

Les organes de la répression[modifier | modifier le wikicode]

  • Cela repose sur des organisation policières classiques et la présence d'une police politique dans le cadre des régimes totalitaires.

- URSS : la Tchéka (1918 — 1922) puis la GPU (1922 — 1934) et enfin le NKVD (1934 — 1946).
- Italie : OVRA (1926).
- Allemagne :
Gestapo (1933) (Geheime Staatspolizei, Police secrète d'État)
SS (1925) (Schutzstaffel, échelon de protection) qui créé le SD (1931) (Sicherheitsdienst, Service de la sécurité) (service de renseignement)
Le RSHA (1939) (Reichssicherheitshauptamt, Office central de la sécurité du Reich) regroupe plusieurs organismes policiers et répressifs (Gestapo, SD, police criminelle, etc.).


  • Pilier juridique

Il y une levée de l'Habeas Corpus (ou l'équivalent, qui empêchait les arrestations arbitraires) Il y a donc un arbitraire juridique : on peut arrêter quasiment sans justification, sur des présomptions.

- Allemagne : Schutzhaft, Ordonnance sur l'incendie du Reichstag en février 1933 : possibilité d'arrêter préventivement sans limite de temps ni contrôle.
- URSS : Article 10 du Code Pénal : 10 ans de prison pour critique de l'URSS.

D'ailleurs le terme de "critique de" est flou, ce qui montre l’ambiguïté sur laquelle est fondée la dissuasion dans ces régimes totalitaires, et qui sera vu plus tard.

  • 3e pilier : les camps d'internement

- Allemagne : 1933 : Dachau (1er camp de concentration).
- URSS : Goulag.

Il n'y a pas eu de camps d'internement en Italie, ni vraiment de levée de l'Habeas Corpus (ou l'équivalent). C'était un système policier plus classique avec prison ou exil en France.


Fonctions de la coercition[modifier | modifier le wikicode]

Punition[modifier | modifier le wikicode]

La première fonction des instruments correctifs est de punir les gens qui sortent du système, qui résistent.

Dissuasion[modifier | modifier le wikicode]

Schéma dissuasion

Faire peur, menacer.
Cela joue un rôle dans le maintien de l’ordre (politique), par la menace.

Pour que cette menace soit efficace, il faut qu'elle soit ni trop présente, ni trop absente (voir schéma)

Explication du schéma :

En régime démocratique, la limite entre le légal (sécurité) et l'illégal (insécurité, menace) est clairement définie par une ligne rouge à ne pas franchir.
Tandis qu'en régime totalitaire, la limite n’est pas clairement définie, est floue, cela volontairement.

Exemple : Limitation de vitesse : - En régime démocratique : le panneau de limitation indique clairement 100 km/h comme limitation, et les sanctions ne sont pas très importante pour de faibles dépassements (amende).
- En régime totalitaire : le même panneau de limitation indiquera une limite comprise entre 90 et 110 km/h et les sanctions en cas de dépassement sont lourdes (directement la prison, même pour quelques km/h).
Que faites-vous ? Vous éviter de dépasser les 90 km/h, car vous ne savez pas si le policier prendra 90, 95, 101, 110 km/h comme limite, et vu que la sanction est forte, vous préférez ne pas prendre de risque, et donc de rester dans le légal, dans la sécurité.

Comme la limite est floue, on se limite soit-même.

Mais on sait qu’il y a toujours de la sécurité ("ne pas tenter le diable").


Exemples :

  • Critique en URSS : (article 10 du Code Pénal 10 ans de prison pour critique de l'URSS)

- si je ne critique pas > je suis en sécurité, je n'ai rien fait, on ne peut rien me reprocher.
- si je critique > je ne sais pas jusqu'à quel niveau va la critique, si c’est vraiment une critique qui peut être punie de la prison.

  • Allemagne : Lois de Nuremberg (définissent entre autres des catégories de citoyens)

- Reichsbürgerschaft (Aryens) - Staatsbürgerschaft (Juifs) (Imposant des restrictions)

Mais on peut se voir retirer le statut de Reichsbürgerschaft.


La règle qui prévaut dans ce système est : "plus on fait bien les choses, plus on sera en sécurité" (Plus on respecte les règles et lois édictées par le parti, par l'État, plus on sera en sécurité).

Coercition (menace)[modifier | modifier le wikicode]

La coercition c’est faire de la menace suffisante pour fabriquer du pouvoir.

En effet le pouvoir se délègue, il ne se prend pas. Le pouvoir est "fabriqué" par le dominé.


Dans les paraboles (de la Bible) concernant la relation maître-esclave on peut tirer le schéma suivant :
Quand deux hommes sans relations se rencontrent l'un deviendra maître et l'autre esclave.
Mais qui ?
En fait c’est l'esclave qui se fait esclave et donc "fabrique" le maître et le pouvoir.

De la même façon c’est le peuple qui se met sous le joug, s'asservit.

L'esclave qui refuserait des ordres serait, au bout du compte, tué.
Mais si la mort est le plus grand pouvoir, la destruction de l'esclave entraîne la destruction du pouvoir.

Celui qui a peur donne sa liberté en se faisant esclave, c’est le sacrifice de la liberté. Car on n'aime pas la responsabilité (répondre de ses acte) due à la liberté (on est toujours mieux quand les parents s'occupent de tout que lorsqu'on doit faire tout tout seul).

Conserver sa liberté c’est prendre le risque de mourir.

Donc, le pouvoir c’est la sécurité.

Pour entretenir le pouvoir, il faut fabriquer de la peur, de l'insécurité, les gens donneront alors leur liberté au pouvoir en place pour être en sécurité.
La coercition (la menace) permet donc de conserver le pouvoir.

La réussite du pouvoir c’est quand il ne se remarque pas, or l’existence des camps d'internement est déjà une preuve d'échec.

De plus l'inégalité des statuts juridiques (Allemagne) fabrique aussi du pouvoir.

La peur[modifier | modifier le wikicode]

La peur a pour fonction de dissoudre le lien social, elle fait des concitoyens des adversaires, des ennemis potentiels.
Comme il a été dit avant, chaque membre du parti surveille et peut dénoncer, donc tout le monde se surveille et peut dénoncer la moindre erreur car l'insertion et la mobilisation font que l'individu n'est jamais isolé, chaque citoyen est donc constamment surveillé par ses concitoyens.

Or la définition de concitoyen est qu’il n’est pas un adversaire.
On cherche donc à dissoudre le lien social pour provoquer un isolement et une meilleure insertion, alors que l'insertion repose justement le fait que l'individu ne doit pas être isolé. Comment ?

La peur provoque un premier isolement, le citoyen a peur des autres citoyens, ceux-ci le surveillent, peuvent le dénoncer, le citoyen va donc faire comme tout le monde pour éviter d’avoir des problème, et de ce fait un sentiment d'appartenance apparaît, or ce sentiment d'appartenance est une des clé de l'insertion.
On a donc un individu qui est à la fois isolé et membre d'un groupe.


Pourquoi formater un peuple ?[modifier | modifier le wikicode]

Plusieurs raisons peuvent pousser à vouloir "éduquer" un peuple.

  • Quand on a du pouvoir, on en veut toujours plus.
  • Conjugaison pouvoir + idéologie (volonté de diffuser l'idéologie).
  • Quête de puissance (sentiment de puissance dans un groupe).


Ces systèmes deviennent inhumains car ils sont trop humains.