Leçons de niveau 15

Présentation de la sociologie interactionniste d'Anselm Strauss/Les fondements méthodologiques de la sociologie qualitative

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Les fondements méthodologiques de la sociologie qualitative
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Chapitre no 4
Leçon : Présentation de la sociologie interactionniste d'Anselm Strauss
Chap. préc. :La négociation de l’ordre social
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Présentation de la sociologie interactionniste d'Anselm Strauss/Les fondements méthodologiques de la sociologie qualitative
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Tout au long de son travail de recherche, Strauss a cherché à construire ses concepts sur la base d'une observation minutieuse du terrain médical. Il pratique en cela une démarche inductive. Les concepts doivent être tirés de l'expérience de terrain, et le mouvement doit aller de la recherche empirique vers l'élaboration de modèles théoriques – notons qu’il est alors cohérent avec sa ligne théorique, c'est-à-dire avec la manière dont il décrit l'élaboration de la pensée sociale. Mais cette construction ne doit pas se faire n’importe comment, elle doit obéir à une méthodologie rigoureuse, la méthode comparative continue. Cette méthode doit aider l'analyste à produire une théorie qui soit « intégrée, logique, plausible, liée aux données – et en même temps suffisamment claire pour être facilement opératoire (...) pour des tests quantitatifs. », (Strauss, p. 284)

Il la distingue de 3 autres méthodes qualitatives :

  • L'analyste peut coder les données sous formes qualitatives, puis les transformer en données quantitatives pour tester certaines hypothèses. Il n'y a pas alors de génération de théorie.
  • Il peut effectuer un aller-retour entre le terrain et la théorie pour produire des hypothèses et des catégories qu’il va remodeler constamment. Il n'y a pas alors de test de la théorie.
  • Il peut également pratiquer l'induction analytique, cette méthode utilisant les deux premières approches cherche à générer et à prouver une théorie causale

Si la méthode comparative combine les deux premières approches, elle s'écarte de la troisième méthode. Elle vise en fait essentiellement à créer et à rendre plausible des catégories, des hypothèses, des propriétés, sans pour autant chercher à les tester. Dans la méthode comparative continue, rien n'est tenté pour établir la preuve des causes suggérées ou des autres propriétés. Strauss la décrit en 4 étapes :

  • L'analyste commence par coder les occurrences dans ses données en autant de catégories d'analyse que possible, à l'aide de mémento ou de cartes. Lorsqu'on code une occurrence, on doit la comparer avec les occurrences précédentes codées avec la même catégorie ou dans le même groupe ou dans des groupes différents. Cette comparaison continue des occurrences va générer rapidement des propriétés théoriques de la catégorie. En effet, l'analyste rassemble l'éventail des types complets de la catégorie, et repère les conditions dans lesquelles elle est présente ou absente. Par exemple, certaines catégories seront présentes quand les infirmières prendront conscience des attributs des malades. L'analyste distinguera les catégories présentes dans le langage des acteurs et celles qu’il a construite lui-même. Après avoir codé une catégorie trois ou quatre fois, l'analyste commence à coder ses idées. C'est la partie de création théorique. Il retourne ensuite sur le terrain en gardant les idées qu’il a mises en forme toujours présentes à l'esprit.
  • Il faut ensuite intégrer les catégories et leurs propriétés. « Si les données sont collectées par un échantillonnage théorique en même temps qu’elles sont analysées, l'intégration de la théorie émerge plus facilement. », (Strauss, p. 292).
  • La troisième étape consiste à délimiter la théorie. Plus la théorie se développe, plus l'analyste commence à circonscrire le champ d'application de la méthode quantitative. La théorie se durcit progressivement, les modifications deviennent de plus en plus rares, et l'analyste découvre des uniformités dans l’ensemble initial des catégories et de leurs propriétés. La liste des catégories retenues tendra alors à orienter l'attention de l'analyste et conduira à une saturation progressive de la théorie. Cette dernière phase apparaît lorsque de nouvelles occurrences entrent déjà à l'intérieur des catégories préétablies.
  • Enfin, la dernière étape consiste dans l'écriture de la théorie.

Cette méthodologie permet de produire des théories qui restitueront aux faits au mieux leur authenticité d'origine. Un moyen pour le vérifier est de faire lire ses travaux aux personnes concernées par l'étude. Si celles-ci se reconnaissent dedans, si la description qui est faite de leur mode de vie peut s'avérer éclairante à leurs yeux, et peut si possible, les intéresser pour optimiser leur travail, alors le sociologue aura plus ou moins gagné son pari, en développant une théorie à la fois opérationnelle et riche d'un point de vue conceptuel.