Leçons de niveau 16

L'appropriation exclusive comme injustice fondamentale/Le pouvoir de commandement face au genre

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Dans son ouvrage La plus belle histoire des femmes[1], Françoise Héritier anthropologue française, aborde la question de la domination masculine. Elle y exprime que depuis tout temps et dans toutes les cultures humaines, la pensée s'organise selon des catégories binaires parmi lesquelles le masculin est perçu comme positif et en opposition au féminin perçu comme négatif. Cependant, si l'on observe l'ensemble des organisations sociales présentes dans notre humanité, on y découvre aussi, même si celles-ci sont beaucoup plus rares, certaines qui placent les femmes en situation supériorité.

Face au patriarcat, un système machiste où les pères usent et parfois abusent de l'autorité ou du pouvoir de commandement, on parle aussi en effet de matriarcat, un terme plus polémique certes, mais qui a le mérite de mettre en avant l'existence de systèmes matrilocaux et matrilinéaires. Dans la matrilocalité qui s'oppose à la patrilocalité, ce sont les maris qui s'installent dans la famille des mariées, tandis que dans les familles ou clans matrilinéaires, opposés aux systèmes patrilinéaires, la filiation linéaire ainsi que nom transmis aux enfants provient des femmes. À ces deux termes, s'ajoute encore celui de gynécocratie en opposition à celui de phallocratie qui, en focalisant sur la dimension politique, permet d'éviter de transférer du côté féminin, le caractère coercitif, voir agressif et violent propre au patriarcat.

Quant à connaitre les origines de l'essor du patriarcat dans l'évolution humaine, la recherche est encore une fois l'une des plus difficiles à entreprendre. Le paléoanthropologue français, Pascal Picq, s'y est toute fois attelé en rédigeant en 2020 un livre ayant pour titre : Et l'évolution créa la femme. Sans réellement trouver réponse à la question, il nous enseigne toute fois que contrairement au bonobo et pareillement au chimpanzé, l'espèce humaine manifeste une importante coercition masculine, mais que cela n'a rien d'une fatalité. Tant chez l'être humain que chez les animaux, la violence et l'agressivité apparaissent comme des traits culturels relativement indépendant des contextes écologiques et économiques[2].

Françoise Héritier affirme, quant à elle, que la volonté des hommes de dominer les femmes résulterait de leur incapacité d'enfanter et donc quelque part, de contrôler la reproduction au niveau leur progéniture[3]. Ce à quoi on peut ajouter, comme le suggère l'archéologue Jean-Marc Pétillon, qu'il existe une autre différence biologique importante entre la femme et l'homme dont peut certainement découler une nouvelle situation de contrôle en faveur des mâles[4]. Il s'agit de la différence en taille et en masse musculaire qui, statistiquement parlant, permet aux hommes, par le biais de la confrontation physique, d'imposer leurs volontés aux femmes. Une différence anatomique qui, selon la thèse de Priscille Touraille, s'explique par le fait que « l'inégal accès aux ressources pour les femmes sous l'influence des systèmes de genre peut constituer une force sélective sur la stature en termes d'évolution génétique »[5]. Une théorie qui n'est toute fois pas corroborée par les données paléoanthropologiques[6]

En parcourant très superficiellement ce débat, il apparait donc que l'aspect génétique entre aussi en compte au niveau des hiérarchies susceptibles de se mettre en place entre les hommes et les femmes. Et c'est un fait d'autant plus marquant qu'un être humain atteint du syndrome d'insensibilité complète aux androgènes apparaîtra au niveau de son phénotype telle une femme alors que son génotype indiquera qu'il s'agit d'un homme. Ou pour le dire autrement, la personne aura l'apparence complète d'une femme, alors qu'elle possède dans son code génétique le chromosome « Y » qui caractérise l'appartenance au genre masculin.

Ceci s'explique par le fait que les cellules du corps des personnes porteuses du syndrome sont insensibles à la testostérone produite par des testicules, elles-mêmes formées au départ des gonades présentes dans leurs corps au stade de fétus et dont le code génétique présent dans le chromosome « Y » ordonne la transformation en testicules. Il en a résulté la naissance d'une femme qui, au lieu de posséder une paire d'ovaires, dispose d'une paire de testicules atrophiées.

Pour illustrer cette situation très particulière et aussi très rare, il y a l'exemple de Eden Atwood, une chanteuse de jazz et actrice américaine née en 1969, qui discute la première fois de son syndrome en 2002 avant de cofonder l'Interface Project dont le slogan est « No body is Shameful »[7]. Ce double désavantage de ne pas avoir une masse musculaire statistiquement comparable à celle des hommes et d'être en même temps dans l'incapacité d'enfanter, n'aura toute fois pas empêché l'artiste d'accomplir une très belle carrière professionnelle.

Ainsi, si le pouvoir de commandement prend des proportions toutes particulières lorsque l'on aborde les questions de genres, encore faut-il ne pas mettre de côté la question de la non-binarité. Ensuite, il est aussi très important de situé le pouvoir de commandement dans les différents contextes de subordinations économiques observables parmi les peuples humains. Une nouvelle approche qui a pour avantage d'établir plus facilement une théorie sur l'origine des inégalités sociales dont pourrait ensuite découler facilement d'autres inégalités d'ordre politique cette fois.

Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Françoise Héritier, Michelle Perrot, Sylviane Agacinski, Nicole Bacharan, La plus belle histoire des femmes, Seuil, 2011, 308 p. (ISBN 9782020495288) 
  2. Kevin Védie, « Et l’évolution créa la femme », sur CLARA, (consulté le 9 novembre 2022)
  3. Agnès Fine, « Françoise Héritier, Masculin, Féminin. La pensée de la différence. Paris, O. Jacob, 1996. », Clio, Histoire‚ femmes et sociétés, no  8, 1998 [texte intégral (page consultée le 14/11/2017)].
  4. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01941677/document page 119
  5. Priscille Touraille, « Dimorphismes sexuels de taille corporelle : des adaptations meurtrières? : les modèles de la biologie évolutive et les silences de l'écologie comportementale humaine », {{{périodique}}}, Paris, EHESS, 2005-01-01 [texte intégral (page consultée le 2022-09-29)]
  6. Jean-Jacques Hublin, « Traits de vie et contraintes énergétiques au cours de l'évolution humaine : Histoire de vie et reproduction », sur college-de-france.fr, Collège de France, .
  7. Aucun corps n'est honteux