Leçons de niveau 15

Introduction à l'ethnométhodologie/Conclusion

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Introduction à l'ethnométhodologie/Conclusion
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L’ethnométhodologie se livre à une formidable reconstruction de la sociologie. Au lieu de rejeter aveuglément les acquis de l’analyse durkheimienne, pour réduire l’acteur à des dimensions artificielles et idéalisées, comme le font par exemple la théorie des choix rationnels ou l’individualisme méthodologique, elle se propose de reconsidérer les postulats de la sociologie, de les reconstruire sur des bases empiriques et théoriques solides qui seront justifiées scientifiquement. Le programme qu’elle lance est donc immense et n’en est encore qu’à ses débuts. Mais elle a mis sur la «table des négociations» un débat qu’on ne peut esquiver et renvoyer promptement aux oubliettes, elle bouscule et pousse la sociologie, et d’une manière générale les sciences humaines et sociales, dans leurs retranchements les plus profonds et met à mal leur tendance à se cacher derrière un objectivisme qui les rassure et masque leurs faiblesses.

D’un abord difficile, elle a souvent été rejetée par la communauté des sociologues. Mais contre ce dédain injustifié, elle a toujours su mettre en avant le prestige des membres qui se reconnaissaient dans ses idées. Il est vrai que l’aura académique dont jouissait Garfinkel (élève de Parsons à Harvard), Cicourel… a peut-être contribué à infléchir l’opinion vis-à-vis du mouvement. Il faut donc à mon avis garder une distance critique vis-à-vis de la mythologie qui entoure l’ethnométhodologie, élevant les travaux de Garfinkel (qui aurait tout découvert et tout inventé) au rang de dogmes ; ou à l’opposé, reléguant l’ethnométhodologie à une secte dangereuse ayant ses gourous et son père fondateur : Garfinkel. Il ne sert donc à rien de trop l’enjoliver, d’autant plus que, comme on l’a vu, l’approche de Schütz contenait déjà en germes les grands traits de l’ethnométhodologie.

Une critique souvent adressée à l’ethnométhodologie est le caractère trop local de ses analyses, elle ne permettrait pas d’atteindre la dimension macro-sociale. Or, comme on l’a vu avec Cicourel et la délinquance, il n’en est rien. Il est vrai cependant, que c’est une discipline relativement jeune, et tournée initialement vers la pratique microsociologique, ce qui explique peut-être pourquoi l’analyse ethnométhodologique des phénomènes macro-sociaux n’en est encore qu’à ses balbutiements. Il reste cependant qu’elle ne pourra pas et ne voudra évidemment pas bouter l’analyse formelle hors de son champ, mais elle peut au moins lui servir de garde-fou efficace contre les dérives de l’interprétation arbitraire.

En fin de compte, l’ethnométhodologie apporte une bouffée d’air frais à la sociologie, trop souvent embourbée dans les débats idéologiques comme par exemple, le fameux débat Bourdieu/Boudon ; de plus elle nous apporte peut-être quelque chose qui nous manquait cruellement auparavant, un regard libre sur nous-mêmes, un moyen de réflexion simple, pragmatique, qui nous montre tel que l’on est et tel qu’on se voit, sans déformation et distanciation superflues.