Leçons de niveau 13

Collapsologie

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Introduction[modifier | modifier le wikicode]

La collapsologie est un nouveau domaine de la recherche et de la prospective qui étudie les défis et enjeux auxquels les sociétés contemporaines doivent faire face pour ne pas s'effondrer ou disparaître. Dans le passé de grandes civilisations se sont déjà conclues par des effondrements brutaux (ex : mayas, île de Pâques...) mais ces effondrements étaient toujours locaux.
Pour la première fois le risque est planétaire. L'humanité doit simultanément trouver des solutions à plusieurs crises et contraintes qui deviennent des menaces à moyen voire à court termes (pour les jeunes générations notamment)

  1. le dérèglement climatique ;
  2. l'effondrement de la biodiversité ; en partie due à la fragmentation et à la dégradation des écosystèmes et des habitats naturels par divers types de pollutions (par exemple par les pesticides, la pollution lumineuse...
  3. la croissance démographique ;
  4. la surexploitation des plusieurs ressources naturelles vitales mais pas, peu, difficilement, couteusement, lentement ou non- renouvelables (ex : eaux douces superficielles ou de nappes, sol, forêts tropicales, biomasse, biodiversité (incluant la diversité génétique du vivant), gibier (viande de brousse), ressources halieutiques, certains minéraux, métaux rares, terres rares) ; Le pic de production du pétrole est atteint, provisoiremnent compensé par le gaz et les huiles de schistes ;

De plus - ans les pays riches particulièrement - les humains sont exposés toute leur vie à des produits reprotoxiques ou des perturbateurs endocriniens qui affectent les capacités humaines à se reproduire dans les meilleures conditions (et parfois le niveau d'intelligence des enfants à naître).

Le pic de production pétrolière[modifier | modifier le wikicode]

Courbes cumulées de production de pétrole (graphique de 2005).
Légende : US-48, États-Unis (partie continentale, sans Hawaii, Alaska, Porto Rico, etc. — Europe — Russia, Russie — Other, Autres pays — M. East, Moyen Orient — Heavy etc., pétroles lourds — Deepwater, pétrole offshore — Polar, régions polaires — NGL, gaz (liquéfiés) à l'exclusion du méthane.

Le développement économique du XXe siècle a été basé sur l'extraction du pétrole, or tout gisement de pétrole a une quantité finie de pétrole et son extraction passe par un maximum puis décroit de manière inéluctable.

la courbe de Hubert au Tableau décrit ce phénomène.
La somme de tous les gisements donne une courbe similaire.

Les nouvelles découvertes de gisement ne viennent pas compenser l’utilisation croissante du pétrole et d'autres hydrocarbures fossiles qui contribuent tous à l'émission de gaz à effet de serre. Les collapsologues posent la question d'un monde futur fonctionnant sans pétrole, avec quelles conséquences économiques, écologiques, sociologiques...

Le réchauffement climatique[modifier | modifier le wikicode]

Le pétrole que nous avons consommé a principalement été brulé pour le transport, le chauffage des habitations et l'énergie nécessaire à la fabrication. Acquérir un baril de pétrole demande de plus en plus d'énergie. La combustion du pétrole produit du , principal responsable de l'effet de serre. C'est comme si on rajoutait une couverture sur la terre qui empêche la chaleur présente dans les basses couches de l'atmosphère de partir dans l'espace. Le développement économique consomme toujours plus d'énergie fossile ( pétrole, gaz, charbon )

Observation de la concentration en à l'observatoire Mauna Loa

Si nous continuons sur la base actuelle, le climat va se réchauffer de 4 à 6 °C Cette augmentation de la température va obliger des millions de personnes à se déplacer vers les zones les plus favorables. Les événement actuels montrent que l'accueil de quelques centaines de milliers de réfugiés pose d'énorme problèmes. Comment ferons nous lorsque nous verrons des millions de réfugiés climatiques arrivés en Europe ?

La Commission ( COP 21 ) de Paris en décembre 2015 a réuni des chefs d'états de tous les pays pour essayer de trouver des solutions. Ces solutions seront-elles mises en œuvre ?


L'augmentation de la population mondiale[modifier | modifier le wikicode]

Les démographes prédisent une augmentation de la population mondiale de 40 % entre aujourd’hui et 2050. En théorie, il faudra donc produire 40 % de nourritures en plus pour nourrir tout le monde ; Comment ferons nous ? L'agriculture industrielle a fait augmenter les rendements entre 1930 et 1980, les rendement de blé sont passés de 30 qx/ha a 120 qx/ha dans les meilleures terres. Cette augmentation semble aujourd’hui limitée par l'emploi massif des pesticides, l'érosion des sols et la fin du pétrole.

Décompte de la population mondiale aujourd’hui sur worldometers.

Les pesticides[modifier | modifier le wikicode]

La France consomme chaque année 64 000 tonnes de pesticides. On retrouve fréquemment plus de 300 résidus dans les eaux de boisons. Une étude sur les cheveux d'écolier dans le bordelais a montré plus de 40 résidus de pesticides dans les cheveux des enfants.

La majorité des scientifiques pensent que l'effet de ces résidus est néfaste pour la santé. En matière de santé, les choses sont complexes et difficile à analyser. Il est certain qu’à haute dose, les pesticides sont très toxiques. A faible doses, il conserve un effet sur le développement des fœtus et des bébés, notamment sur développement du système endocrinien. Comment produire plus, pour une population plus nombreuse sans pesticides ? Le film « les moissons du futur » présentent de nombreux exemples d'agroécologie, d'agroforesterie, de permaculture et d'agriculture biologique.

Approches philosophiques[modifier | modifier le wikicode]

Un débat mis en place et animé par Adèle Van Reeth de France Culture (pour l'émission Les Chemins de la philosophie), Organisé à La Sorbonne le 12 janvier 2019 a porté sur le thème "Sommes-nous prêts pour la fin du monde ?" (repris dans un numéro de 58 minutes de l’émission) [1]. Il présente trois type d'approches collapsologiques.

Pierre-Henri Castel[modifier | modifier le wikicode]

A la question d'Adèle Van Reeth "Sommes-nous prêts pour la fin du monde ?", ce philosophe des sciences et psychanalyste, auteur de "Le mal qui vient" , qui est aussi directeur de recherches au CNRS, EHESS/Paris Sciences et Lettres, LIER-Fonds Yan Thomas, répond : "oui nous sommes prêts .. à être enterré, et chacun tient à la main une pelle pour enterrer son voisin". Il suggère qu'après avoir tenté de mobiliser l'angoise, on puisse maintenant mobiliser l'effoi (comme à l'époque où l'on craignait l'hiver nucléaire de la guerre froide). L'apocalypse biblique était suivie de l’avènement du royaume de Dieu. Pour P.H Castel, le "motif d'une apocalypse sans royaume" pourrait être mobilisateur. Il nous est cependant difficle de penser à quel point la situation peut être catastrophique, alors que les scientifiques et nos élus cherchent à proposer des modèles de solution. Mais que se passe t-il quand on sort de l'idée utopique de ces solutions, alors que nos sociétés ne parviennent même pas à gérer leurs SDF ou la finance internationale. PH Castel estime qu'il nous faut examiner notre rapport à la violence, car les inégalités sociales qui soutiennent la destruction de la planète sont violents. Quelle autre violence peut ou doit s'y opposer en réponse ? Dans ce débat, il note que dans le passé récent, on n'a jamais autant manifesté. Il considère ces manifestations futiles, mais que font les élus ? Comment utiliser la vérité pour "rendre les gens capables" (empowerment disent les anglophones) d'induire une démocratie non-carbonée, ou l'énergie serait plus chère et à moins gaspiller. Pour PH Castel, la fin du monde est "une bombe à utopies qui "tournent en rond"". Il n'en sort rien car nos catégories intellectuelles viennent d'un monde d'énergies abondantes et ne nous permettent plus d'envisager un monde vraiment moins énergivore et décarboné. C'est à cause d'une ignorance structurelle qu'on ne sait plus quoi faire. Même nos mobilisations sont coûteuses en énergies ajoute-t-il. Elles sont émettrices de GES, et surtout on néglige, le mal et la malice, le cynisme et la culture de l'ignorance qui existent réellement dans le monde politique et de la finance, dans les pays du nord principalement. Il cite comme exemple l'évangélisme américain qui agit dans l'administration Trump et dans l'armée américaine, ou qui soutient la dangereuse destruction de l’Amazonie par l'agro-biszness.

Le risque de perte de démocratie existe bien, et il existe ce qu'il dénomme un "écoterrorisme de gauche" (deep green... ), qui promeut dans certains pays de petits sabotages structurels contre le fracking aux Etats-Unis par ex.), qui peut évoquer l'anarchosyndicalisme du 19ème siècle, avec le risque de réponses violentes de forces sociales. P-H Castel ne croit pas à la collapsologie ou à l' « effondrementalisme ».
Des formes de violences "adéquates" sont selon lui à inventer pour éviter une violence qui sera pire si on ne fait rien. Bientôt la nature va manquer ; il faut se poser la question du "pire, inconcevable qui est en train de se produire", au lieu d'être dans le rêve et le suspens. la renaissance a généré des utopies. L Science fiction post-apocalyptique nous permet d'explorer le pire dont nous sommes capables à notre propre égard (se cultiver à l'idée du pire).

Pour Cynthia Fleury[modifier | modifier le wikicode]

Cette philosophe auteure de "le soucis de la nature" est aussi psychanalyste et professeure titulaire de la Chaire "Humanités et Santé" du Conservatoire National des Arts et Métiers. Elle dirige aussi une chaire de philosophie à l’hôpital GHT Psychiatrie et Neurosciences de Paris. Pour elle, non, nous ne sommes pas prêts pour la fin du monde. Il est difficile de penser une rupture de paradigme à l’échelle du problème. Donc soit on bascule dans l'hystérisation (émotions négatives...résistances, contournement, déni), soit on va vers des rapports (ex : Rapport Meadows, rapport du GIEC) qui posent l’effondrement depuis plusieurs années).. Mais il nous est difficile de prendre conscience de la destruction lente du monde, malgré la scientifisation du sujet, en raison d'une invisibilité de la menace, qui ne suscite pas de sentiment d'urgence car ne manifestant pas le caractère critique de la situation actuelle de l'humanité et de la Nature.
Nos sens, pas plus que notre rationalité ne sont adaptés au sujet. Et maintenant l'invisibilité commence à devenir visible (y compris via la "pression migratoire") la mobilisation monte, mais on est loin de la transformation du monde.
La collapsologie a d'abord dit qu'il y avait convergence (de plusieurs crises), et que c'est maintenant que le risque est majeur ; Or selon C Fleury, l'Histoire fonctionne avec des cycles de réformes et d'abolitions (2 mouvements constitutifs des ruptures de paradigmes historiques). L'Humanité doit faire faire un bond qualitaitif ; mais qui peut, doit ou veut porter le poids de ce choix ? s'interroge la philosophe. ALors que chacun tend à se percevoir comme impuissant face à ces crises, nous tendons à adopter un comportement conservateur, rétif au changement (bien que parfois soutenus par une idéologie progressiste et techniciste. On se déresponsabilise facilement en disant c'est à d'autres d'agir, et notre attention est détournée par les crises de court terme ("vous êtres confrontés à la fin du monde, nous le sommes à la fin du mois"). Pour C Fleury, la question des limites de soutenabilité planétaire était totalement étrangère au siècle des lumières (qui ont conçu notre état de droit). A cette époque, on pensait que les ressources naturelles étaient inépuisables). Et on a construit notre modèle de la justice grâce à l'énergie peu chère. Maintenant il faut le contraire. L'éthique n'a pas fondé nos modèles de développement. Les élites ont la main sur les leviers mais ceux qui ont encore les moyens de s'émanciper des crises climatiques et environnementales pensent qu'ils peuvent vivre "sans le monde" (et la réalité leur donne encor raison note C Fleury). Les pressions sur les élites se font souvent via de la violence, et pas toujours efficacement. Ça se régulera par une catastrophe conclue-t-elle. L'état de droit n'encourage pas la permissivité, mais il est à redéfinir, pour éviter une dynamique encore plus liberticide ; il a lâché les rêves de solidarité pour le rêve de la croissance, ce qui est à changer. Inventer une vraie gouvernance mondiale (ce qui n'a jamais été fait) est une obligation, et il faut le faire, sans perdre les les modèles nationaux de légitimité, qu'on na mis longtemps à construire et qui nous rassurent, bien que cependant inefficaces dans le monde d’aujourd’hui).

Une autre solution est de ne pas faire d'enfant (seule manière de "ne pas changer trop" et de préserver le délire individuel de consommation) ; c'est une question qui se posera de plus en plus.

Pour Dominique Bourg[modifier | modifier le wikicode]

D. Bourg est philosophe de la durabilité, auteur de "Une nouvelle terre, pour une nouvelle relation au monde", professeur à l’Institut de Géographie et de Durabilité de l'Université de Lausanne, il préside le Conseil scientifique de la Fondation pour la Nature et l’Homme et dirige la revue en ligne La pensée écologique (Lapenséeécologique.com).

Pour lui, il faut bien différencier "fin du monde" (vision théologique et apocalyptique ) et "fin d'un monde" (concept induit par exemple par le rapport Meadow, qui pour la 1ère fois fait entrer en termes d'écologie la fin d'un monde, le monde industriel). C'est probablement ce rapport qui a lancé la collapsologie, en 1972, avec des courbes mathématiques, construites via des modèles simples, ; courbes qui n'ont pas été démenties depuis.
J. Diamond, avec sa notion de collapsus parlait lui d’effondrement sur un temps long (ex ile de pâques), alors que Pablo servigne et Stevens par exemple dans '"comment tout peut s'effondrer" (50 000 exemplaires en succès tardif par bouche à oreille, et très suivis sur les réseaux sociaux) parlent d'un temps court, le nôtre. La réalité de l’effondrement proche n'est cependant pas visible. Un individu qui aujourd'hui ne change pas ses habitudes de consommation et gaspillage de ressources, a l'impression qu'il ne se passe rien; Sans médiations scientifiques nous resterions aveugles au dérèglements planétaires. Seuls les cyclones semblent vraiment sortis de la normalité et du "tunnel statistique des évènements". La canicule de 2003 a eu des précédents et 2018 qui sera peut-être record, avec ses vagues de chaleurs et d'incendies dans tout l'hémisphère nord). L'an dernier les manifestations pour le climat ont dépassé les seuils connus (3 fois de suites, avec des centaines de milliers de personnes, et la pétition l'affaire du siècle avec 2 millions de signatures en 15 jours, bien plus que les gilets jaunes ; autrefois rapelle le philosophe, il fallait 2 ans pour obtenir autant de signature. Nous commençons à comprendre que l'humanité est confrontée à des évènement "jamais vus" (il cite des pics de chaleur à 50 °C en ce moment en Australie en rappelant qu'il n'y a plus de photosynthèse à cette température).

Le rythme et l'ampleur des phénomènes change. Le pic pic pétrolier, nié par certains existe vraiment pour le pétrole conventionnel, avec un plateau depuis 10 ans environ, et une déplétion attendue, compensée par le gaz de schiste et les huiles de schistes, mais dont les puits s'épuisent vite. On consomme de plus en plus d'énergie pour produire de l'énergie. Des chercheurs estiment (ex : article récent publié dans PNASS) qu'en dépassant les 2 °C en 2100, des mécanismes de rétroactions positives pourraient nous faire passer à une planète vraiment trop chaude - même sans augmentation de nos émissions.

Certains craignent qu'advienne un régime écolo-faciste, mais on ne voit pas arriver d'écofasciste. Au contraire ce sont des régimes fasciste résolument anti-environnementalistes et climatosceptiques qui ont récemment apparus (en Autriche, avec Donald Trump aux Etats-Unis ou Bolsonaro au Brésil, Bolsonaro qui est même entouré de platistes (des gens qui pensent que la terre est plate !). Trump est plutôt soutenu par les blancs pauvres. Dominique Bourg note que le mouvement des gilets jaunes a d'abord dénoncé une fiscalité carbone (qui est fait est une fausse fiscalité carbone, car non redistributrice). les fascistes qui montent revendiquent leur anti-environnementalisme. Mais les verts sont là aussi.

Si cette année El Nino et actif, la crise du climat pourrait encore empirer, ajoute-t-il en conclusion.

La démocratie face aux enjeux[modifier | modifier le wikicode]

Comment fonctionne et réagit la démocratie face à la crise climatique et écologique, et aux enjeux évoqués ci-dessus, alors que les inégalités sociales tentent à augmenter et que les réfugiés climatiques et de guerre se font toujours plus nombreux.

Références[modifier | modifier le wikicode]

  • 18/01/2019 https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/sommes-nous-prets-pour-la-fin-du-monde ; Débat organisé le 12 janvier à la Sorbonne à Paris, à l’occasion d’un forum organisé par France Culture questionnant le réchauffement climatique, l'affaire du siècle, et la façon de s'y préparer