Recherche:Shoah alsacienne

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Travail de recherche : La Shoah alsacienne

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La Shoah alsacienne est une recherche historique d’Alexandre Gilbert traitant des massacres perpétués par la gestapo, sur le sol français, avec ou sans l’aide de la milice française, par le gaz ou la précipitation, durant la seconde guerre mondiale.

Problématique[modifier | modifier le wikicode]

La Shoah en France recouvre les persécutions, les déportations et l'extermination subies par les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale en France.

Nous parlerons de Shoah alsacienne (ou Alsatian Holocaust, en anglais) pour mettre en relief, deux événements qualifiables de crimes contre l’humanité, perpétués directement sur le sol français, et non rattachés à des représailles directement contre des membres de la résistance : l’exécution de 86 juifs, principalement d’origine grecque mais issus de 6 nationalités différentes, au Camp de concentration de Natzweiler-Struthof ainsi que les 36 juifs alsaciens précipités du haut des Puits de Guery, à Saint-Amand-Montrond.

Pour cela j’ai interrogé dans un premier temps un historien allemand, Hans-Joachim Lang, un réalisateur alsacien, Emmanuel Heyd, puis un psychiatre d’origine marocaine, Georges Federmann.

Le Camp de concentration de Natzweiler-Struthof[modifier | modifier le wikicode]

Hans Joachim Lang & “modern aspects” of the Holocaust in France[modifier | modifier le wikicode]

After WWII, corpses of 86 Holocaust victims were found in the Institute of Anatomy in Strasbourg and burried in the Cronenbourg cemetery. Selected in Auschwitz, in 1943, the 29 women and 57 men were gassed in the Natzweiler Struthof concentration camp for the skeleton collection in the former german Reichsuniversitaet Strassburg. The institute was directed by SS Obersturmbannfuhrer, Prof. August Hirt, who was the initiator of the crime. Dr Hans-Joachim Lang identified the victims in 2004. Eleven years later Dr. Raphael Toledano, french researcher, found together with the director of the Institute for Forensic Medicine three small glass containers, in which tiny bits of leftovers from a human stomach and five small pieces of skin were preserved, which can be attributed to Menachem Taffel, one of the 86 victims. These samples come from the autopsies, taken by French forensic scientists after the discovery of the corpses.

What is your connection to the city of Strasbourg ?

My researches about the 86 victims of the SS-“Ahnenerbe” since about 20 years. This was a research done by my own, I did it during my free time. Mainly I have been a newspaper journalist, focus science. Now I am a Honorary Professor, no longer journalist. Focal points of my researches are Shoah and medical experiments in Block 10/Auschwitz. Second: I am a member of the international historical commission at the university about medicine at the Reichsuniversität Strassburg.

Where you surprised by the resistance of the Faculté de médecine de Strasbourg to reopen their archives ?

We must differ two periods: During my researches for my book “Die Namen der Nummern”, which was published in 2004, the University of Strasbourg as well as other stately institutions in France didn’t like to cooperate. They did not answere to my request. Exception were the National Archives in Paris. At time I don’t see any problems. The cooperation in the commission historique is supported by the confidence that the research about the history of the german Reichsuniversitaet is of mutual interest.

Was it easier to work with the archives of Yad Vashem and the U.S. Holocaust Memorial Museum ?

During my own researches many years ago it was indeed easier to work in all other archives than in french archives. Because of more liberal laws for using files in archives. Only the Archive of the International Red Cross in Bad Arolsen was for long time a big problem. But during the researches for my book about Block 10 some years later it was easy to work there, times have changed.

The collection of human beings of the american neonazi Ed Gein who inspired movies as Psycho, Silence of the lambs, Chainsawmassacre, Maniac or American Psycho is considered as the delirium of a psychopath. The french psychiatrist George Federmann says August Hirt on the contrary was definitely normal. Do you agree with that ?

I don’t know what means “definitely normal”. I agree that Hirt was a human beeing and not a devil or a monster. Nevertheless: A man who decides to kill people in order to build up a rassian collection cannot be named “normal”. Okay, he had a normal career as a scientist, at least before his time at the Reichsuniversitaet. As a judge I would say he was fully resonsible for what he has done. And to say “fully responsible” does not mean ill. He had turned to a criminal. But is a criminal normal?

Did Bruno Beger, phrenologist and member of the expedition of Himmler and the Ahnenerbe in Tibet to find the biological origins of the aryans, initiate the project of the skeleton collection ?

We have no source to say sure who was the initiator. But because of a lot of evidences and the circumstantial situation I do not agree to Michael Kater, who assumes that Bruno Beger was the initiator of the collection. I assume that it was August Hirt who wanted to extend the historian collection in Strasbourg in the sense of “modern aspects” how Hirt named it in January 1945 in a letter. We know what the “modern aspects” are meaning: the rassian aspects oft he Nazi-ideology. Beger was not a harmless scientist but he had other interests than Hirt[1].

Emmanuel Heyd & la tragédie pasolinienne du Struthof[modifier | modifier le wikicode]

Après la Seconde Guerre Mondiale, des restes humains de 86 victimes de l’Holocauste furent découverts à l’Université de médecine de Strasbourg puis enterrés au cimetière de Cronenbourg.

Sélectionnés à Auschwitz, en 1943, ils furent gazés au camp de concentration de Natzweiller-Struthof poui complêter la collection de squelettes d’un Institut d´anatomie dirigé par le SS obersturmbännfuhrer, August Hirt.

En 2005, le Dr Hans-Joachim Lang identifie le nom des victimes puis en 2015, Raphael Toledano, retrouve des bocaux contenants des restes humains appartenant au sinistre anatomiste. Il a réalisé avec Emmanuel Heyd, un documentaire, Le Nom des 86, sur leur histoire.

Pouvez-vous nous parler de votre rencontre avec Raphaël Toledano avec qui vous réalisez le documentaire sur le nom des 86 victimes du professeur Hirt ?

J’ai rencontré Raphaël Toledano, à l’époque encore étudiant en médecine, lors d’une conférence de l’historien et journaliste Hans Joachim Lang qui présentait à Strasbourg le fruit de ses 15 ans de recherches et la publication de son ouvrage en langue allemande : « Die Namen der Nummern » (le nom des chiffres).

Hallucinés par cette histoire, Raphaël et moi avons ébauché ensemble l’idée d’un documentaire qui pourrait raconter cette histoire locale à portée internationale. Il y avait une urgence en ce début du XXIe siècle à raconter ce qui s’était passé il y a plus de 70 ans, car les derniers témoins de l’époque nous quittaient.

Il y avait également une urgence à parler des crimes horribles commis sur le territoire français. À rappeler qu’à Strasbourg, non seulement occupée mais annexée de fait, un médecin anatomiste nazi de l’université de Strasbourg (Reichsuniversität) planifiait et faisait assassiner 86 Juifs en les gazant au camp du Struthof situé à 50 km à l’ouest de Strasbourg, afin de constituer une collection pour le musée d’anatomie de la faculté de médecine de Strasbourg.

Originaire d’Haguenau dans le nord de l’Alsace et fils de Malgré nous, parliez-vous du sujet de la formation intellectuelle des Waffen SS au sein de l’Université alsacienne dans votre entourage lorsque vous vous êtes intéressé au sujet ?

Les universités du Reich (Reichsuniversitäten en allemand) sont des universités fondées par l’Allemagne nationale-socialiste dans les régions qu’elle avait annexées. Il n’y en a eu que trois : à Prague, à Poznan et à Strasbourg.

Ces universités étaient destinées à devenir le « rempart combattant » du Reich national-socialiste, les deux premières contre le monde slave, et la dernière contre l’Occident.

(Précision: Les nazis réutilisèrent l’Université, développée par le second Empire Allemand, après la guerre de 1870. Les personnels furent évacués en septembre 1939 lors de l’évacuation totale de Strasbourg.)

Elles ont été dotées de moyens importants et des meilleurs éléments : chercheurs, professeurs venant de toute l’Allemagne nazie afin de proposer une vitrine de la science et la culture allemande comme la plus avancée et la meilleure du monde.

Une propagande de germanisation destinée à donner envie, à rendre fière la population locale de l’existence de ce phare de la culture germanique sur leur territoire. Sur l’activité même de la Reichsüniversität, il existe malheureusement très peu de travaux historiques.

Après une phase d’oubli (ou de déni), nécessaire pour se rabibocher et continuer à vivre ensemble après-guerre, on a raté la phase de reconstruction mémorielle du passé. C’est un peu grâce à notre documentaire, que l’Université projette chaque année aux étudiants de première année de médecine, que l’université de Strasbourg a mis en place une commission de recherche historique internationale en 2016 pour rattraper ce manquement.

La collection d’êtres humains du néonazi Ed Gein qui inspira les films Psychose, Le Silence des agneaux, Massacre à la tronçonneuse, Maniac ou American Psycho est considérée comme le fait d’un psychopathe. Pour le psychiatre George Federmann, August Hirt était quelqu’un de définitivement normal à l’image des meilleurs médecins de son époque. Est-ce votre avis ?

Je partage l‘avis du docteur Georges Federmann, oui August Hirt est normal (encore faut-il définir ce qu’est la normalité), ce n’est pas un psychopathe schizophrène, n’en déplaise à certains auteurs de fiction. Et je trouve ça encore plus horrifiant.

Un savant, reconnu à son époque par ses pairs à l’étranger se retrouve capable de porter de tels projets criminels. Comment un savant de renom, un excellent professeur, un médecin a-t-il pu proposer et faire exécuter ce crime horrible ?

On aurait pu croire que c’était un monstre, un fou, mais il n’en est rien. C’était un homme normal, certes craint par ses étudiants, mais ce père de famille aimé par ses enfants, un chercheur reconnu par ses pairs, a utilisé sa croyance pour nier l’humanité de ceux qui, à ses yeux, en étaient indignes.

Il a fait tuer 86 Juifs parce qu’il croyait que bientôt, il n’y aurait plus de Juifs sur terre et voulait en garder une trace.

L’anatomiste August Hirt était Gottgläubig. Dans l’Allemagne nazie, l’adjectif Gottgläubig (littéralement, croyant en Dieu) s’appliquait à un mouvement religieux nazi (créé par Himmler), qui rassemblait ceux qui avaient rompu avec le christianisme mais avaient gardé leur foi dans une puissance supérieure où « Dieu était la pureté de la race humaine ».

La recherche de cette pureté, d’humains ayant une lignée non mélangée, a été l’obsession de l’Ahnenerbe, cet institut de recherche dépendant directement de Himmler et tentant de trouver des justifications scientifiques à l’idéologie nazie. Cette idéologie, cette religion déshumanise et tue.

Bruno Geber, le phrénologue membre de l’expédition de l’Ahnenerbe au Tibet pour retrouver les origines biologiques de la race aryenne, sujet cher à Himmler, fut-il l’initiateur du projet de collection de squelettes ?

C’est la thèse que défend Michael Kater, mais il n’y a pas de preuve tangible. Nous avons trouvé les écrits du directeur de l’Ahnenerbe Sievers aux Bundesarchiv de Berlin, qui semblait presser l’anthropologue Beger à rencontrer August Hirt à Strasbourg quelques jours après l’inauguration de l’université nazie de Strasbourg afin de rajouter ce projet de collection de squelettes (ou de crânes, suivant certains courriers) dans le dossier que Hirt devait transmettre à Himmler pour faire valider ses travaux.

Hirt n’est peut-être pas l’initiateur du projet, mais il s’en saisit et le défend auprès de la hiérarchie nazie. Par conviction, certes, mais certainement aussi par ambition personnelle.

Cela lui a permis d’avoir les budgets pour ses autres recherches, il est passé Haupsturmführer en moins de deux ans, comme Josef Mengele ou Klaus Barbie. Rappelons, qu’après le gazage des 86 Juifs, les corps ont été plongés dans des cuves de la cave de l’Institut d’Anatomie de Strasbourg.

Et vont y rester jusqu’à la libération de Strasbourg. Les corps vont être mutilés afin de les faire disparaitre avant l’arrivée de la deuxième DB du Général Leclerc qui libéra Strasbourg avec l’aide des Américains. Le bâtiment devait être dynamité par les nazis avant de fuir la ville. Les bombardements alliés les en ont empêchés.

Inspira-t-il plus tard directement les personnages sinistres de nazis des films de Jean Jacques Annaud (7 ans au Tibet) et Steven Spielberg (Indiana Jones) ?

Il y a eu beaucoup de médecins et de savants nazis criminels. Après le procès de Nuremberg, a eu lieu en 1946 le procès des médecins. La liste de leurs crimes a inspiré maints auteurs de fiction ultérieurement.

On trouvera moins de choses concernant les savants nazis criminels, dans la mesure où ceux-ci pour la plupart ont été recrutés par les forces alliées. La seule référence directe à August Hirt que je connaisse est le film PORCHERIE de Pasolini en 1971.

Ressentez vous toujours des résistances du public dans la diffusion de votre documentaire ?

Du public, non, les résistances viennent plutôt des diffuseurs. À l’exception d’Alsace 20 et d’HISTOIRE qui nous a fait l’honneur de diffuser notre documentaire en prime-time à 20h40 en mar]]s 2016.

Les autres diffuseurs nous reprochant surtout une forme de narration du documentaire inadapté à la télévision (ou du moins à leur vision de la télévision). Notre choix pour un tel sujet a été de garder une pudeur, nous avons écarté les images chocs, mais parfois le simple récit n’en n’est que plus fort [2].

Ces médecins allemands qui gazaient des juifs en Alsace, Dialogue avec le psychiatre Georges Federmann[modifier | modifier le wikicode]

Georges Yoram Federmann est probablement le psychiatre le plus iconoclaste de sa génération. Dans Le Divan du Monde, documentaire de Sven de Pauw, sorti en 2015, il brise un tabou en laissant filmer ses consultations, drôles et émouvantes, “sans rendez-vous ni posologie”, dont il prépare déjà une suite, Comme elle vient, dont la sortie est prévue en 2018.

Il est aussi le défenseur infatigable de la mémoire des 86 juifs gazés dans le camp de concentration du Struthof-Natzwiller, sur le sol français, qui devaient rejoindre le « musée de la race » figurant des squelettes juifs, du sinistre professeur August Hirt, dirigeant de l’Université de Strasbourg pendant la Seconde guerre mondiale.

Jewpop : Pouvez vous nous parler de votre enfance à Casablanca ?

Georges Federmann : Ce qui m’a sans doute le plus frappé, c’est le profil psycho-affectif de ma mère, qui est morte en 2009. C’était une femme d’une énorme générosité avec un cœur et une maison ouverts aux quatre vents, mais avec une perception de la réalité sociale fondée sur la conviction qu’il existait une hiérarchie de la valeur et de la condition de la vie humaine. Ma mère était issue d’une famille juive du Maroc, convaincue que les Français étaient une classe et une « race » supérieures, inaccessibles, avec lesquels il était impossible de se « mélanger », sauf à une exception, au moment de la présence américaine au Maroc. À ce moment là, il eut été presque possible de transgresser la loi dogmatique du respect absolu de « l’endogamie » de la communauté juive locale, en se mariant avec un américain (même non-juif) au prix, toutefois, de quitter le Maroc et la famille pour traverser l’ Atlantique. Une sorte d’exil doré sans retour.

Les « Juifs » étaient la catégorie arrivant immédiatement après les « Français » ; en dessous encore, il y avait les « Arabes », qui étaient employés à des fonctions de femmes de ménage ou d’hommes de mains et auxquels il était interdit de se « mélanger ». Et tout en bas de l’échelle, il y avait les « Noirs », qui étaient véritablement perçus comme une catégorie infra humaine, à tel point que les mendiants Gnaouas qui jouaient dans la rue, à qui on jetait quelques pièces, étaient stigmatisés sans qu’on perçoive la force de leur tradition séculaire. J’entends encore aujourd’hui le rythme lancinant des qarqabu…

Il me vient un autre souvenir du Maroc au moment où pour la première fois après mes 50 ans j’y suis retourné, en 2004 ; à Zagora dans le Sud. J’ai été bouleversé par le fait que dans un village retiré fait de maisons en terre, les villageois avaient conservé le site de la synagogue, aménagé, et que les vieux étaient capables de reprendre les mélopées des chants du shabbat, qu’ils avaient gardées intacts dans leur esprit et à l’oreille. Ils attendaient le retour des Juifs.

J : Quel souvenir gardez vous de votre arrivée en Alsace ?

GF : C’est en percevant le renoncement à sa part culturelle allemande que j’ai saisi une partie du drame de l’Alsace, qui aurait pu constituer une telle (double) richesse, si la partie culturelle allemande avait été reconnue et cultivée par la France. Je vous renvoie au livre de Selma Stern, Yossel de Rosheim , écrit en 1958 et traduit 50 ans plus tard par Freddy Raphael, qui nous montre le parcours extraordinaire de Yossel, défenseur des Juifs à l’époque de Charles Quint et de François 1er. Il nous apprend que la culture juive en Alsace est avant tout allemande et qu’en déniant ce fait, on renonce à au moins 4 siècles de culture qui pourraient nourrir notre volonté et notre devoir de devenir européen aujourd’hui.

On ne peut pas non plus comprendre l’Alsace, si l’on n’a pas intégré le drame des incorporés de force. Mais l’Alsace, c’est aussi le Cercle Menachem Taffel, la résistance d’Adélaïde Hautval et c’est le légalisme du maire Peter Scharber, en 1349, qui tenta, en vain de sauver les Juifs de Strasbourg du bûcher.

J : Comment êtes-vous arrivé à la traumatologie, puis à la psychanalyse ?

GF : Concernant ma « conversion » à la psychiatrie et à la psychanalyse, je dis toujours que « je suis né juif, et me suis converti à l’exercice de la médecine ». Elle a été motivée par la prise de conscience de l’existence d’expérimentations médicales nazies sur le sol alsacien en 1943 et 1944. Expérimentations qui ont toujours été déniées par l’ensemble des professeurs de la faculté de médecine de Strasbourg. Comme si elles n’avaient pas existé. Comme si elles étaient anachroniques. Comme si les médecins allemands ayant adhéré au nazisme n’avaient été que des « fous et des criminels », alors qu’ils faisaient partie de la corporation ayant donné les meilleurs médecins du monde (occidental). Tous mes enseignants, à Strasbourg, ont toujours laissé entendre que l’adhésion des médecins allemands au nazisme a été criminelle et accidentelle, alors que mes recherches m’ont poussé à reconnaître qu’elle était structurelle.

C’est en prenant conscience que le mal pouvait être en nous que j’ai essayé de m’identifier aussi à mes « collègues allemands ayant adhéré au nazisme », pour essayer de comprendre comment, dans une situation cruciale, comme celle de l’accueil des « damnés de la mer  » (1) aujourd’hui, le médecin pouvait prendre le parti du pouvoir et du fort contre ses patients les plus fragiles.

J : Que pensez vous de l’analyse de Hans Joachim Lang et Emmanuel Heyd, qui confirment votre analyse sur le profil psychologique d’August Hirt.

GF : Je me suis reconnu dans le témoignages des mes amis E. Heyd et H-J. Lang, mais mes constats sont plus radicaux. La matrice idéologique qui a permis aux médecins allemands d’adhérer, sans hésitation, au nazisme à partir de 1933, n’a pas été extirpée. Les médecins ont constitué la profession qui a le plus adhéré aux structures nazies, sans y être obligés. À part ceux qui ont été jugés à Nuremberg, tous les autres ont été « recyclés » et ont exercé et enseigné jusque dans les années 70/75 , pour moi , «comme des nazis ». Je considère que le terme « ancien nazi » est inapproprié . Qui, parmi eux, a regretté ou demandé pardon ? À ma modeste connaissance, aucun.

Et les réticences principales aux combats du Cercle Menachem Taffel (depuis 92) ont été celles de la communauté médicale locale, ainsi que de la communauté juive, très frileuse de 1992 à 2005. Ces réticences persistent d’ailleurs malgré « l’angélisme » de H. Joachim concernant la commission mise sur pied par la faculté en 2016, à laquelle le Cercle Taffel n’a pas (encore) été associé, alors que c’est lui qui a offert la primeur des découvertes de Lang à Strasbourg, en 2003 (les révélations pour Toledano et Heyd), à un moment où il était encore un obscur journaliste, inconnu dans le domaine historique. Sans notre « courage , à l’époque, l’histoire des « noms des 86 » serait restée une histoire allemande. Nous avons fait confiance à Lang, mais qui nous garantissait la qualité de ses recherches ?

Là où mes amis sont « détachés » de la réalité d’aujourd’hui, c’est que cette histoire se rejoue tout le temps dans le domaine médical et que, selon moi, Auschwitz ne nous a rien appris. Et je m’en tape la tête contre les murs tous les jours quand j’accueille dans mon cabinet les « damnés de la mer », sans rendez-vous, en essuyant le mépris ou le dédain de nombre de mes confrères locaux, qui estiment que je déprécie (et trahis) l’esprit de l’exercice de la psychiatrie classique, en m’inscrivant comme juriste ou assistant social pour essayer, en priorité, de fournir des papiers aux clandestins, via la psychiatrie. Ce ne serait pas assez noble et déprécierait le classicisme de l’exercice de cette science.

(1) Notre Mer Notre Mer qui es si bleue 
Que ton Nom soit partagé 
Que ton horizon me fasse renaitre 
Que ta volonté et ta miséricorde m’ acceptent 
Offre-nous aujourd’hui notre Triton de ce jour Comme une trompette de la renommée Et non plus comme un cercueil 
Pardonne-nous nos défaites et nos deuils 
Comme nous pardonnerons à nos bourreaux 
Et ne nous soumets pas aux quotas 
Mais délivre l’ Europe de ses peurs et de ses carcans Georges Yoram Federmann, Strasbourg, 20 mai 2015 © photos : Portrait de Georges Yoram Federmann par Claude Truong-Ngoc (février 2015) / DR Photo de la Reichuniversität de Strasbourg (1941) / DR La galerie Flickr de Claude Truong-Ngoc Article publié le 23 octobre 2017. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2017 Jewpop[3].

Michel Cymes : «Il y a eu des camps de la mort polonais et un camp de la mort français»[modifier | modifier le wikicode]

Depuis la diffusion du documentaire de Michel Cymes « Hippocrate aux enfers » sur France 2, réalisé par Jean Pierre Devillers et Claire Feinstein, les polémiques se succèdent. Autopsie d’un tabou alsacien : la Shoah en France, à travers une interview que le médecin et auteur du livre éponyme a accordé à Jewpop.La polémique autour d’Hippocrate aux enfers commence en 2015 avec la découverte de restes humains, datant du gazage de 86 juifs au camp de Natzwiler-Struthof dans les Vosges, pendant la seconde guerre mondiale, et retrouvés à l’université de Strasbourg par Raphaël Toledano*. Quelle relation entretenez-vous à ce moment là avec lui ? Michel Cymes : La polémique n’a pas commencé à ce moment là, mais bien avant à la sortie de mon livre. J’entretenais des rapports très cordiaux avec lui car je l’avais eu au téléphone pour préparer mon livre.

Premier acte. La polémique enfle avec les critiques de Georges Federmann qui vous accuse de ne pas l’avoir consulté pour confirmer ses propos, que vous mentionnez dans votre livre. Comment s’est terminé votre échange à partir de là ?La polémique a pris une mauvaise tournure quand Ferdermann, je pense, à monté le président des universités de Strasbourg de l’époque contre moi, alors que ce dernier n’avait même pas lu mon livre. D’où une conférence de presse dans laquelle on m’a descendu. Un échange très tendu a eu lieu à la librairie Kleber, avec lui et les envoyés de l’université. Je n’ai plus eu de contact avec lui par la suite.

Deuxième acte. C’est la confirmation, les restes sont enterrés au cimetière de Cronenbourg. Une commission d’investigation sur le sujet est créée avec, parmi elle, Hans Joachim Lang, qui a retrouvé l’identité des 86 martyrs d’August Hirt. Que vous reprochent les historiens à partir de là ?Rien. Les historiens ne me reprochent plus rien, mais ne tiennent pas à ce que je fasse partie de la commission, je pense…

Troisième acte. Le documentaire diffusé sur France 2 n’est diffusé qu’en deuxième partie de soirée, alors que celui de Claude Lanzmann sur Arte, Les quatre soeurs, est diffusé en prime time. Avez-vous rencontré une résistance des programmateurs ? Michel Cymes : Aucune. C’est en parfait accord avec France 3 que nous avons préféré diffuser en deuxième partie de soirée. Le mardi en prime, les gens regardent des programmes familiaux avec les enfants. Hippocrate n’aurait pas eu une belle audience. Alors que l’on peut considérer comme un très beau succès un million de téléspectateurs à cette heure-ci, sans compter le replay.Quatrième acte. Le Monde et Télérama vous accusent respectivement d’être « exaspérant » et le film d’être « une pénible pantomime ». On pense aux critiques contre Claude Lanzmann sur la « longueur » de Shoah, contre Steven Spielberg sur la « sur-esthétisation » de La Liste de Schindler et contre Roberto Benigni sur la dimension « tragi-comique » de La Vie est belle. Peut-on faire de l’art après Auschwitz, comme s’interrogeait Theodor Adorno ? Michel Cymes : On peut, la preuve ! La presse a été très élogieuse à part Télérama et le Monde. Ces deux articles étant écrits par des journalistes qui pensaient plus à se faire plaisir qu’à critiquer, ce qui devrait être leur métier. Vu les réactions à ma réponse à Télérama, je pense que le public en demande encore.

Conclusion. Le sénat polonais vient de voter une loi interdisant l’utilisation du terme de « camp de la mort polonais » assortie d’une peine de prison, approuvée le 7 février par le président Duda. L’ambassadeur polonais en France a même demandé si le camp de Natzwiler-Struthof était qualifiable de « camp de la mort français ». Sommes-nous coupables d’incriminer l’institution universitaire dans son ensemble pour les crimes de la Reichsuniversitat et de parachever la culpabilité du peuple polonais pour les crimes nazis ?On ne réécrit pas l’Histoire en changeant quelques mots dans une phrase. L’Histoire est là. Connue. Il y a eu des camps de la mort polonais et un camp de la mort français. Et que cela plaise ou non aux dirigeants polonais, c’est écrit, non pas dans le marbre , mais dans la brique des chambres à gaz.

  • Raphaël Toledano est médecin à Strasbourg. Il se consacre depuis 2003 à l’étude historique des expériences médicales nazies menées pendant la seconde guerre mondiale en Alsace. En décembre 2010, il a soutenu à Strasbourg sa thèse de doctorat en médecine sur les expérimentations menées au camp de Natzweiler-Struthof par le virologiste Eugen Haagen, dans laquelle il dévoilait pour la première fois le nom des 189 Roms victimes de ces expériences. Il a été récompensé pour son travail par de nombreux prix dont le prix international de la Fondation Auschwitz 2010-2011. Membre du conseil scientifique du Centre européen du résistant-déporté (Musée du Struthof ) depuis 2012, il travaille actuellement à l’élaboration d’un projet d’exposition au Struthof et prépare un ouvrage consacré aux expériences nazies menées au Struthof. Il est coréalisateur avec Emmanuel Heyd du film « Le nom des 86»<re>http://jewpop.com/michel-cymes-il-y-a-eu-des-camps-de-la-mort-polonais-et-un-camp-de-la-mort-francais/</ref>.

Serge Klarsfeld : « Tous ceux qui évoquent les “camps polonais” insultent la Pologne »[modifier | modifier le wikicode]

Dans la crypte du Mémorial de la Shoah, qui présente l’exposition Beate et Serge Klarsfeld, les combats de la mémoire (1968-1978) du 7 décembre au 29 avril 2018, Serge Klarsfeld fait lire chaque année les noms des déportés des convois qui partirent pour les camps de la mort. Il a accepté de répondre à quelques questions d’actualité pour Jewpop.

Pour le 40ème anniversaire de la défaite allemande, vous avez publié The Struthof album avec Jean Claude Pressac, comportant des photographies de restes humains retrouvés dans les caves de la Reichsuniversitat à Strasbourg. Quelle est alors la réaction du public à cette information encore largement méconnue aujourd’hui ?Très peu de réaction à cette publication à la diffusion très limitée. Ce n’était pas une révélation. L’épisode était connu. Notre commentaire et explication historique du contexte n’intéressait que peu d’historiens.

Le négationniste Robert Faurisson, qui fut l’élève de Jean Beaufret, lui même l’assistant de Martin Heidegger, a nié l’existence de la chambre à gaz du Struthof jusque devant les tribunaux. Comment s’organisa alors la défense des parties civiles ?Face à Faurisson, c’était surtout la communauté historique qu’il fallait convaincre. Cela a été accompli grâce à la documentation que nous avons produite dans notre ouvrage.

Dans le documentaire diffusé sur Arte en 2017, Le nom des 86, Hans-Joachim Lang, Raphaël Toledano et Emmanuel Heyd, retracent l’identification des martyrs d’August Hirt. Comment réagissez vous à ce moment là ?J’étais heureux que les noms des victimes soient identifiés, qu’elles ne restent pas anonymes et que l’on puisse retracer ce que fut leur vie et leur mort.

Suite aux déclarations du président polonais Andrejs Duda, Michel Cymes déclare qu’ « il y a eu des camps de la mort polonais et un camp de la mort français » tandis qu’Eric Zemmour dit que « nous élaborons des lois mémorielles pour nous flageller et que les Polonais font la même chose, mais pour se glorifier. » Lequel des deux a raison ?Il n’y a eu ni camp de la mort polonais ni français. Il y a eu des camps d’extermination allemands en Pologne et un camp allemand en Alsace annexée. Les lois mémorielles ré-avancent des faits avérés et en tirent des leçons.

Le 10 février 2018, pendant l’hommage aux victimes de la catastrophe aérienne de Smolensk de 2010, qui a couté la vie au président Lech Kaczynski, son frère jumeau a évoqué la loi en refusant de donner raison « à ceux, qu’ils soient Juifs ou Polonais, qui insultent la Pologne. » Les juifs ont-ils insulté la Pologne ?Tous ceux qui évoquent les “camps polonais” insultent la Pologne. Les Polonais dans leur ensemble ont eu un comportement hostile aux juifs ; les Polonais ont perpétré des pogroms dès l’entrée des Allemands en Pologne et même après la libération du pays. Par contre, il ne faut pas oublier que la Pologne a perdu 3 millions de polonais chrétiens, qu’il n’y avait plus d’État polonais, que le gouvernement polonais en exil à Londres a été très engagé aux cotés des juifs, qu’il y avait une forte armée polonaise en exil engagée aux cotés des Alliés, que les nombreux aviateurs polonais de la R.A.F. ont participé à la victoire, et qu’il y a plus de Justes polonais que d’autres nations.[4].

La Tragédie des puits de Guerry[modifier | modifier le wikicode]

L’oeuvre du sculpteur Georges Jeanclos, dont les parents furent assassinés à Savigny en septaine, est traversée par le souvenir de cette période.

Références[modifier | modifier le wikicode]