Leçons de niveau 11

Le roman et la nouvelle au dix-neuvième siècle : le réalisme et le naturalisme/Maupassant, Aux champs

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Le roman et la nouvelle au dix-neuvième siècle : le réalisme et le naturalisme/Maupassant, Aux champs
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Wikisource possède un article à propos de « Contes de la bécasse/Aux champs ».

« Les deux chaumières étaient côte à côte, au pied d’une colline, proches d’une petite ville de bains. Les deux paysans besognaient dur sur la terre inféconde pour élever tous leurs petits. Chaque ménage en avait quatre. Devant les deux portes voisines, toute la marmaille grouillait du matin au soir. Les deux aînés avaient six ans et les deux cadets quinze mois environ ; les mariages et, ensuite les naissances, s’étaient produites à peu près simultanément dans l’une et l’autre maison.

Les deux mères distinguaient à peine leurs produits dans le tas ; et les deux pères confondaient tout à fait. Les huit noms dansaient dans leur tête, se mêlaient sans cesse ; et, quand il fallait en appeler un, les hommes souvent en criaient trois avant d’arriver au véritable.

La première des deux demeures, en venant de la station d’eaux de Rolleport, était occupée par les Tuvache, qui avaient trois filles et un garçon ; l’autre masure abritait les Vallin, qui avaient une fille et trois garçons.

Tout cela vivait péniblement de soupe, de pommes de terre et de grand air. À sept heures, le matin, puis à midi, puis à six heures, le soir, les ménagères réunissaient leurs mioches pour donner la pâtée, comme des gardeurs d’oies assemblent leurs bêtes. Les enfants étaient assis, par rang d’âge, devant la table en bois, vernie par cinquante ans d’usage. Le dernier moutard avait à peine la bouche au niveau de la planche. On posait devant eux l’assiette creuse pleine de pain molli dans l’eau où avaient cuit les pommes de terre, un demi-chou et trois oignons ; et toute la ligne mangeait jusqu’à plus faim. La mère empâtait elle-même le petit. Un peu de viande au pot-au-feu, le dimanche, était une fête pour tous ; et le père, ce jour-là, s’attardait au repas en répétant : « Je m’y ferais bien tous les jours. » »
Maupassant, Aux champs (1882)

Le titre[modifier | modifier le wikicode]

A quels champs lexicaux le mot « champ » peut-il appartenir ? Quels types d’indications fournit-il sur l’histoire ?

  • Indication sur le lieu de l’histoire : on s’attend à ce que l’histoire se passe dans les champs, ou plus largement à la campagne.
  • Indication sur le milieu social des personnages : on s’attend à ce que le milieu des paysans soit représenté.

Le lieu et l’époque de l’action[modifier | modifier le wikicode]

Le choix du titre semble-t-il être justifié par le début de la nouvelle ? Dans quel cadre l’action se déroule-t-elle ? Appuyez votre réponse sur des indices précis.

L’histoire se passe à la campagne (champ lexical) : chaumière, colline, proche d’une petite ville, paysans, terre inféconde, grand air, comme des gardeurs d’oies assemblent leurs bêtes, nourriture.

L’époque de l’action semble-t-elle lointaine ou contemporaine par rapport à l’auteur ?

Plus ou moins contemporaine. Aucun indice qui situe l’histoire dans un passé lointain.

Les personnages[modifier | modifier le wikicode]

Dressez la liste des personnages en les classant par famille en deux colonnes.

Famille Tuvache Famille Vallin
  • Père
  • Mère
  • Garçon
  • 1ère fille
  • 2ème fille
  • 3ème fille
  • Père
  • Mère
  • Fille
  • 1ère garçon
  • 2ème garçon
  • 3ème garçon

Par quels procédés d’écriture et quels éléments narratifs les deux familles nous apparaissent-elles comme indistinctes ?

Champ lexical de l’indifférenciation et de la similitude :

Les deux chaumières, côte à côte, les deux paysans, tous leurs petits, quatre chacun, les deux portes voisines, toute la marmaille, grouillait, les deux aînés, les deux cadets, les mariages, les naissances, à peu près simultanément, l’une et l’autre, les deux mères, distinguaient à peine, leurs produits, le tas, les deux pères, confondaient tout à fait, 3 filles et 1 garçon, 3 garçons et 1 fille, tout cela, réunissent, leurs mioches, les enfants, eux, toute la lignée, la mère, le petit, le père

Eléments narratifs :

  • Pères travaillent ensemble
  • Mariages et naissances quasi-simultanés
  • Les enfants jouent et mangent ensemble
  • Les parents confondent leurs enfants

Observez le vocabulaire choisi pour designer et décrire les enfants. Quelle image des enfants nous est donnée ? Confirmez votre réponse en relevant une comparaison.

Champ lexical de l’animalité, du troupeau…

Leurs petits, grouillait, leurs produits, le tas, donner la pâtée, toute la lignée mangeait jusqu’à plus faim, on posait devant eux l’assiette pleine, la mère empâtait elle-même le petit (se dit d’une volaille, engraisser) : déshumanisation des personnages.

Comparaison : « comme des gardeurs d’oies assemblent leurs bêtes »

Le milieu social[modifier | modifier le wikicode]

A quel milieu social les personnages appartiennent-ils ? Vivent-ils aisément ou misérablement ? Justifiez votre réponse.

Milieu des paysans : vie misérable

Champ lexical de la misère

Besoignaient dur, terre inféconde, masure (petite habitation misérable), péniblement, table vernie par 50 ans d’usage, à peine la bouche au niveau de la planche, détails sur la nourriture (très sommaire, viande seulement le dimanche, regret du père)

Relevez les détails qui permettent de se représenter le quotidien des personnages. Classez-les en deux rubriques : emploi du temps, nourriture.

Emploi du temps Nourriture
  • Les pères travaillent la terre
  • Les enfants jouent devant la maison du matin au soir
  • Repas à 7h, midi et 6h
  • Repas et riche le dimanche
  • Soupe
  • Pommes de terre, chou, oignons
  • Pâtée
  • Pain molli dans l’eau
  • Viande au pot-au-feu le dimanche

Le narrateur[modifier | modifier le wikicode]

Le narrateur est-il un personnage de l’histoire ? Justifiez votre réponse.

Récit à la troisième personne, pas de pronoms personnels « je » ou « nous ».

Selon vous, quel regard porte-il sur les personnages de sa nouvelle ? Aidez-vous de vos réponses précédentes.

Regard satirique ou critique

Il peint un milieu où l’individu ne compte pas beaucoup : les enfants apparaissent comme un tas indistinct et sont comparés à des animaux, les parents ne les reconnaissent même pas, ce qui est la négation de l’amour maternel ou paternel. Les images qu’il utilise sont crues.

Sa vision du monde et des hommes se révèle d’emblée pessimiste.

Synthèse : à partir de l’étude de ce début, pourriez-vous dégager les grandes caractéristiques d’un récit de type réaliste ?

Le langage des personnages[modifier | modifier le wikicode]

Le langage des paysans[modifier | modifier le wikicode]

Les paysans parlent un langage familier particulier qu’on nomme le patois.

Le patois est la manière particulière de parler dans certains régions et surtout dans les zones rurales de ces régions. Dans ses récits, Maupassant reproduit souvent le patois normand car il le connaissait bien (région d’origine de l’auteur, région où il a souvent vécu).

Le patois rend la scène plus vivante, plus authentique : on a l’impression d’entendre réellement les personnages parler. Le patois contribue au réalisme du récit : il crée un « effet de réel » ou une « illusion réaliste ».

Le langage des paysans est de registre familier, utilisant des mots coupés et simples et des phrases non verbales. En revanche, le langage bourgeois est de registre soutenu, avec des mots plus courant et des phrases plus longues.

Le langage des d’Hubières (dans la scène de négociations)[modifier | modifier le wikicode]

La femme va directement au fait, elle veut prendre un enfant (le plus petit).

Le mari propose des arguments pour essayer de convaincre les Tuvache :

  • il rectifie le verbe « garder » par les verbe « adopter » il précis qu’il pourra voir ses parents naturels : argument affectif.
  • l’enfant sera leur héritier ou aura une somme à sa majorité : argument financier
  • les paysans auront jusqu’à leur mort une rente : argument financier
  • l’avenir et le bonheur de leur enfant : argument sentimentale

Cette fois, le mari parle en premier, il reprend les mêmes propositions mais il se montre plus habile encore afin de ne pas susciter l’hostilité de son interlocuteur.

La femme parle en second et reprend les mêmes arguments en mettant en avant l’intérêt de l’enfant et des parents.

Bilan : la répartition de parole est plus équilibrée et harmonieuse.

Cette fois, le discours des personnages est rapporté de manière indirecte ainsi avec le discours narrativisé. Cela permet de :

  • éviter des répétitions
  • adoucir les propos des époux et peut-être de mieux comprendre l’acceptation des paysans