Leçons de niveau 11

La tragédie et la comédie au dix-septième siècle : le classicisme/Racine, Andromaque

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La tragédie et la comédie au dix-septième siècle : le classicisme/Racine, Andromaque
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Wikisource possède un article à propos de « Andromaque (Jean Racine) ».

La structure d’une œuvre intégrale[modifier | modifier le wikicode]

Liste des personnages[modifier | modifier le wikicode]

  • Andromaque, veuve d’Hector, captive de Pyrrhus, mère d’Astyanax, Reine troyenne
  • Pyrrhus, fils d’achille, roi d’Epire
  • Oreste, fils du roi Agamemnon
  • Hermione, fille d’Hélène et du roi Ménélas, fiancée (promise) à Pyrrhus
  • Pylade, ami et confident d’Oreste
  • Cléone, confidente d'Hermione
  • Céphise, confidente d’Andromaque
  • Phœnix, gouverneur d’Achille, puis de Pyrrhus

Le contexte de l’intrigue[modifier | modifier le wikicode]

Après la guerre de Troie, au cours de laquelle Achille a tué Hector, la femme de ce dernier, Andromaque, est réduite à l’état de prisonnière avec son fils Astyanax par Pyrrhus, fils d’Achille. Pyrrhus tombe amoureux d’elle alors qu’il doit en principe épouser Hermione, la fille du roi de Sparte Ménélas et d’Hélène. Depuis longtemps, Oreste aime Hermione qui est toujours restée indifférente à ses avances.

La scène est à Buthrot, ville d’Epire, dans une salle du palais de Pyrrhus.

Le synopsis[modifier | modifier le wikicode]

Acte I (4 scènes)[modifier | modifier le wikicode]

Oreste, ambassadeur des Grecs, parvenu en Epire au palais de Pyrrhus, y retrouve un ami fidèle, Pylade. Oreste vient au nom de la Grèce exiger de Pyrrhus qu’il lui livre Astyanax, le fils d’Hector et d’Andromaque. Ce fils doit mourir ; ce n’est encore qu’un enfant mais les Grecs redoutent qu’il ne veuille un jour venger sur eux la défaite de Troie et la mort de son père Hector. Oreste confie toutefois qu’il n’a accepté de mener cette ambassade en Epire que pour une seule raison : revoir Hermione, qu’il n’a jamais pu cesser d’aimer, malgré ses constants refus. Oreste la sait dédaignée par Pyrrhus auquel elle est pourtant promise et espère qu’elle acceptera maintenant de revenir avec lui en Grèce. (scène 1) Oreste voit Pyrrhus et, au nom de la Grèce, exige que lui soit livré Astyanax. Pyrrhus refuse fermement de céder aux exigences des Grecs, quitte à ce que son refus mène à la guerre. Mais il accepte qu’Oreste rencontre Hermione. (scène 2) Oreste se retire et Pyrrhus avoue à son confident le peu de sentiment qu’il éprouve pour Hermione. (scène 3) Andromaque parait, et Pyrrhus lui rend compte de l’ambassade des Grecs et de son refus. Il espère que, reconnaissante envers lui d’avoir sauvé son fils, Andromaque acceptera de se montrer moins rebelle à son amour ; elle se refuse pourtant toujours à lui, fidèle envers son époux Hector, mort sous les coups d’Achille, le père de Pyrrhus. Poussé à bout, Pyrrhus menace de livrer Astyanax aux Grecs. (scène 4)

Acte II (5 scènes)[modifier | modifier le wikicode]

La venue d’Oreste est annoncée à Hermione mais celle-ci craint qu’Oreste ne lui garde rancune de son indifférence passée. Oreste parle avec douceur à Hermione. Elle se montre prête à partir avec lui si Pyrrhus refuse de livrer l’enfant d’Andromaque, Astyanax. Oreste est fou de joie. Or Pyrrhus annonce à Oreste qu’il a réfléchi et qu’il s’est décidé à livrer Astyanax aux Grecs. Il compte également épouser Hermione le lendemain même. Pyrrhus se félicite de ce sursaut de raison, mais demeure agité du remords que lui inspire son amour pour Andromaque.

Acte III (8 scènes)[modifier | modifier le wikicode]

Oreste est furieux de perdre définitivement Hermione ; il décide de l’enlever avant les noces, avec la complicité de son ami Pylade et des Grecs. Andromaque implore Hermione de sauver la vie de son fils en faisant fléchir Pyrrhus. Hermione balaye avec mépris la supplique d’Andromaque et sort. Pyrrhus, qui cherchait Hermione, entre et trouve Andromaque. Celle-ci l’implore de sauver son fils. Touché de pitié, Pyrrhus est prêt à changer d’avis si elle accepte de l’épouser ; Andromaque ne sait à quoi se résoudre.

Acte IV (6 scènes)[modifier | modifier le wikicode]

Andromaque est déchirée entre son amour pour Astyanax (et de son défunt Hector) et sa peur que Pyrrhus n’exécute sa menace. Elle décide d’accepter la demande en mariage de Pyrrhus, mais annonce à Céphise qu’elle se suicidera aussitôt la cérémonie achevée. Hermione sait qu’Andromaque a décidé d’accepter l’offre de mariage de Pyrrhus. Elle fait venir Oreste et lui demande s’il l’aime. Oreste pense d’abord qu’elle veut partir avec lui (ce qui constituerait une grave insulte à Pyrrhus et à Ménélas), mais Hermione lui demande de tuer Pyrrhus au moment même de la cérémonie de mariage. Oreste est épouvanté ; il essaie de persuader Hermione de fuir avec lui, quitte à faire la guerre plus tard à Pyrrhus. Hermione demeurant inflexible, Oreste s’incline devant sa volonté. Il lui propose d’assassiner Pyrrhus secrètement la nuit, mais Hermione exige qu’il le tue en public, pendant la cérémonie de mariage, pour faire mieux éclater sa vengeance. Se produit une confrontation entre Hermione et Pyrrhus. Elle lui rappelle son rôle dans la prise de Troie et comment il a tué de sa propre main Priam, roi de Troie et père d’Hector, ainsi que la petite Polyxène, la plus jeune des filles de Priam et sœur d’Hector.

Acte V (5 scènes)[modifier | modifier le wikicode]

Tandis que les noces ont lieu, Hermione est tiraillée entre le remords et l’impatience, incertaine de savoir si elle veut ou craint la mort de Pyrrhus, qu’elle aime mais qui l’a trahie. Survient Oreste ; il vient d’accomplir la mission dont elle l’a chargé : Pyrrhus est mort sous les corps des Grecs. Hermione le récompense par des injures, le maudit et sort, folle de désespoir. Oreste désemparé est laissé seul ; rentre Pylade qui lui annonce qu’Hermione s’est donné la mort sur le corps de Pyrrhus. Oreste s’emporte lui-même et finit par devenir fou. Andromaque veut tout de même venger l’homme qui lui a permis d’accéder au trône. En conséquence, Pylade, Oreste et les Grecs fuient l’Epire.

Les caractéristiques d’un tragédie[modifier | modifier le wikicode]

Le cadre spatio-temporel[modifier | modifier le wikicode]

  • Lieu lointain : Epire, Grèce (palais de Pyrrhus, lieu de pouvoir)
  • Epoque antique ou mythologique : mythologie grecque antique

Les personnages[modifier | modifier le wikicode]

  • Des personnages de haut rang : rois (Pyrrhus d’Epire), reines (Andromaque de Troie), princes (Oreste) et princesses (Hermione)
  • Des confidents pour chacun de ces personnages : pour exprimer et confier les sentiments des personnages principaux sous forme de dialogue.

Le type d’intrigue et de dénouement[modifier | modifier le wikicode]

  • Intrigue sentimentale : tous les personnages sont animés par l’amour. Il y a un chaîne d’amour non réciproque.
  • Intrigue politique étroitement liée à l’intrigue sentimentale : les deux intrigues se fonctionnement ensemble. Pyrrhus donne un enfant à cause d’intérêt politique mais son amour à Andromaque et son intérêt amoureuse.
  • Dénouement (quatre catastrophes finales) : un suicide, un meurtre, un fou et un fuit.

On voit à quel point le nœud de l’action est inextricable.

L’écriture[modifier | modifier le wikicode]

  • Les vers sont toujours nobles.
  • Le registre de langue est toujours soutenu. En revanche, en comédie, le registre est majoritairement courant mais est parfois soutenu.

Les registres[modifier | modifier le wikicode]

  • Tragiques : les personnages sont confrontés par les forces intérieurs, par exemple l’amour/passion très forte, ou les forces extérieurs, le politique ou le destin. Ces forces écrasent les personnages à ne pas faire les bons choix.
  • Pathétique : les personnages souffrent, en degrés divers. La souffrance nous permet avoir l’égard de la pitié et de la compassion.

Les enjeux[modifier | modifier le wikicode]

  • Faire éprouver des émotions fortes par le spectateur :
  1. la terreur (actions affreuses)
  2. la pitié
  3. l’admiration
  • Fonction morale : une pièce s’agit à instruire et à plaire, elle amène le spectateur à prendre les dangers de passion ; et montrer le rôle de la raison, l’homme idéal du XVIIe siècle est équilibré de passion et de raison.

Le respect des règles de la dramaturgie classique[modifier | modifier le wikicode]

La règle d’unité d’action[modifier | modifier le wikicode]

La pièce s’organise autour d’une question centrale. Dans ce cas c’est la question : Andromaque épousera-t-elle à Pyrrhus ?

La règle d’unité de lieu[modifier | modifier le wikicode]

L’unité de lieu est toujours, jusqu’au bout, un lieu vague/générale. Dans ce cas, c’est un lieu de pouvoir.

La règle d’unité de temps[modifier | modifier le wikicode]

Il y a toujours peu de temps qui s’est vraisemblablement écoulé entre le début et la fin de la pièce.

  • Dans chaque acte, les scènes s’enchaînent de manière immédiate, l’action est donc en temps réel.
  • Dans les entractes, il s’écoule du temps, puisque l’action se poursuit, mais ce n’est apparemment pas un temps long :
    • Acte I et II : Hermione a juste été prévenue que oreste voulait la voir, mais cela a pu se faire pendant l’acte I, donc on peut dire que l’enchaînement des actes est immédiat ou presque.
    • Acte II et III : très peu de temps, début de conversation entre Oreste et Pylade, Hermione prévenue du revirement de Pyrrhus.
    • Acte III et IV : un peu plus de temps car Andromaque est allée sur la tombe d’Hector et a donné sa réponse à Pyrrhus.
  • Dans les répliques, on a des indices qui prouvent que les événements se succèdent en très peu de temps :
    • 1063 : Céphise indique que les préparatifs du mariage sont en marche.
    • 1170-1171 : Hermione exige que sa vengeance soit immédiate, elle laisse une heure à Oreste.
    • 1213-1214 : Oreste tente d’obtenir un délai, mais Hermione rappelle que c’est aujourd’hui même que va avoir lieu le mariage et refuse ce délai.
  • La pièce se termine juste après le mariage au temple et l’assassinat de Pyrrhus ; à la fin on est toujours dans une situation d’urgence, comme le montre le fait que Pylade a peu de temps s’il veut sauver Oreste.
  • Cette règle crée une situation d’urgence et renforce l’intensité dramatique. Cela donne d’autant plus l’impression que les personnages sont passionnés, à bout de forces et ne pourront repousser leur destin. Toute réflexion, toute prise de décision se fait dans l’urgence et on sent d’autant mieux qu’on ne peut pas que courir à la catastrophe.

La règle de séparation des genres[modifier | modifier le wikicode]

Toutes les pièces tragiques n’ont pas des éléments comiques.

La comédie La tragédie
L’origine des personnages Ordinaire : bourgeois, petits nobles (marquis, barons), domestiques. Inférieur : paysans. Du haut condition/rang : la haute noblesse et les dieux.
Le type d’intrigues La vie quotidienne : argent, mariage, amour et conflit. Aucune référence à la vie quotidienne (pas de manger, boire, relations physiques). L’amour (passion) est liée à la politique (raison).
Le ton de la pièce Le rire et la gaieté dominent, pas très brave/sérieux. C’est satirique. Sérieux et grave.
Le type de dénouement Heureux : un mariage d’amour Malheureux : mort et folie.

La règle de vraisemblance[modifier | modifier le wikicode]

Tous les événements obéissent à une logique.

Par exemple, on pouvait difficilement s’attendre à un autre dénouement :

  • La mort de Pyrrhus est attendue depuis la scène 3 de l’acte IV.
  • Le retournement d’Hermione est conforme à la logique passionnelle à laquelle elle est soumise depuis le début, on pouvait dès l’acte IV se douter qu’elle ne pouvait pas la mort de Pyrrhus, qu’elle ne le supporterait pas et elle-même à ce moment-là évoquait déjà l’idée du suicide.
  • L’attitude d’Hermione rejaillit sur Oreste dont la raison vacille ; on peut aussi ajouter que depuis le début Oreste est apparu comme un personnage émotionnellement instable, capable à la fois de lucidité et d’aveuglement.
  • La seule pour laquelle on n’espérait pas un dénouement positif est Andromaque (et Astyanax), mais ce dénouement est rendu vraisemblable par le fait qu’il découle de tout le reste.

Le règle des bienséances[modifier | modifier le wikicode]

  • Un langage noble en presque toute circonstance :
    • De manière générale, les personnages se donnent toujours leur titre : « madame », « seigneur », ce qui crée un climat de majesté.
    • Le vocabulaire est noble ou métaphorique : « charme », « fers », « transports », « feux », « flammes », « brûler », « ardeur », pour la passion amoureuse, « hymen » pour mariage…
  • La non-représentation de la mort. Normalement, les bienséances interdisent de montrer sur scène la mort d’un personnage, ce genre de spectacle violent doit être relégué dans les coulisses et il suffit de le raconter :
    • Le massacre de Troie longuement évoqué appartient au passé
    • L’assassinat de Pyrrhus
    • La mort d’Hermione

D’autant que ce sont des scènes d’une violence extrême, avec sang qui coule.