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Sexisme en santé : manifestations, causes et conséquences/Le sexisme en santé : quelles sont les causes?

Leçons de niveau 15
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Chapitre 3, Le sexisme dans la santé et le soin : les causes

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Celles-ci peuvent s'expliquer par un ensemble de facteurs historiques, sociologiques et professionnels, qui agissent à plusieurs niveaux : système universitaire des études médicales, pratiques médicales, relations entre médecins.

3.1) L'histoire de la médecine

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L'histoire de la médecine est marquée par une domination masculine, où les femmes ont été longtemps exclues des études médicales et cantonnées à des métiers plus subalternes et moins reconnus socialement, comme celui d'infirmière ou de sage-femme (Moreira, 2021)[1]. Cette exclusion historique a façonné une culture médicale centrée sur les hommes, où les normes professionnelles reposent sur des valeurs considérées comme “masculines” : rationalité, distance émotionnelle, autorité. Il persiste encore dans les représentations collectives et individuelles, une image masculine du métier de médecin et féminine du métier d’infirmier. Bien que les données de l’INSEE de 2019 montrent que les femmes sont désormais majoritaires parmi les médecins, les représentations restent influencées par l’histoire de la médecine, l’hégémonie masculine et les croyances associant le métier à des valeurs masculines (Démographie des professionnels de santé : qui sont les médecins en 2018, 2018)[2]. On retrouve d'ailleurs cette distinction entre spécialités médicales. Les femmes médecin travaillent plus fréquemment dans des spécialités médicales (pédiatrie, endocrinologie) que chirurgicales, où les représentations des qualités masculines sont encore très prégnantes (rythme soutenu, autorité, prise de décisions dans l’urgence et contrôle des émotions). Au sein des spécialités chirurgicales, les femmes présentes à 30% sont majoritairement circonscrites aux spécialités de l’ophtalmologie et à la gynécologie. Ces constats reflètent les représentations genrées du métier : la gynécologie est largement associée au genre féminin et reste peu attractive pour les hommes.

Le métier d’infirmier ou de sage-femme a toujours été associé au genre féminin, assimilant les compétences du soins aux savoir-faire et au dévouement maternels. Le soin est encore largement associé au genre féminin dans les représentations collectives, alors qu’il résulte d’une construction par l’expérience et la formation, et non d’un savoir inné (Eyland & Jean, 2016)[3].  Ces raccourcis entre genre et métier du soins, limitent le développement de compétences et de responsabilité dans ces professions. Médecin ou soignant, le genre féminin subit des discriminations liées à l’histoire et aux représentations collectives, entravant le choix du métier et les progressions professionnelles. À titre d’exemple, peu savent que le métier de sage-femme est reconnu comme une profession médicale par le Code de la santé publique. Il a fallu attendre 1982, sous l’impulsion d’une directive européenne contre les discriminations sexuelles, pour que les hommes puissent y accéder.

3.2) La formation médicale

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La formation médicale continue elle aussi de véhiculer des stéréotypes sexistes. Les biais genrés dans l’enseignement — comme la présentation de cas cliniques fondés sur des symptômes masculins — perpétuent une médecine qui ignore ou minimise les spécificités féminines (Criado Perez, 2019)[4]. Ces biais impactent aussi les relations entre médecins et patients : les douleurs des femmes sont plus souvent considérées comme psychologiques, tandis que celles des hommes sont prises plus au sérieux (Samulowitz et al., 2018)[5].

Enfin, à un niveau plus large, les représentations sociales du genre traversent encore les institutions de santé. Les normes patriarcales valorisent des attitudes comme l’affirmation de soi ou le leadership, davantage reconnues chez les médecins hommes. Les femmes, elles, doivent souvent lutter pour être perçues comme légitimes, sans risquer d’être qualifiées "d’agressives" (Boulis & Jacobs, 2010)[6].

Le sexisme en médecine ne relève donc pas seulement de comportements individuels : il s'ancre dans un système plus large, qui reproduit des inégalités sociales et institutionnelles. Pour y remédier, il est nécessaire de repenser en profondeur l'organisation des formations médicales, de mettre en place des réformes structurelles et de favoriser une véritable prise de conscience collective.

3.3) L'organisation institutionnelle du système de santé

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Même si tous les médecins ne travaillent pas en milieu hospitalier, les responsabilités y restent rigides et fortement codifiées. Cette structuration favorise la dominance masculine et entrave le choix et la progression de carrière des femmes médecins. La culture organisationnelle des hôpitaux structure rigidement les carrières médicales, notamment en chirurgie, où les hommes sont souvent privilégiés. Cela entraîne des discriminations, une centralisation du pouvoir autour des hommes et réduit les possibilités pour les femmes d’accéder à des postes à responsabilité (Hirayama & Fernando, 2018)[7].

De plus, les horaires, le rythme et les contraintes de la chirurgie poussent souvent les femmes à devoir choisir entre leur carrière et leur vie familiale. Ces contraintes extrêmes rendent difficile la conciliation entre vie personnelle et professionnelle. Elles donnent aux femmes le sentiment de devoir sacrifier leur famille ou leur choix de spécialité (James-McCarthy et al., 2022)[8]. Comme si, pour exercer une spécialité choisie, elles devaient s’engager sans retour et plus que leurs confrères masculins.

S’y ajoutent les discours et attitudes au sein des structures de santé, qui renforcent les normes de genre et véhiculent l’image d’une femme docile et aidante. Ces discours ambiants poussent de nombreuses femmes à refuser des promotions, par crainte d’être perçues à travers les stéréotypes de genre. Certaines redoutent aussi de devoir se conformer à des normes liées au sexe, voire à la race, dans un univers médical encore largement associé à la figure de l’homme blanc (Hirayama & Fernando, 2018).

Enfin, les inégalités salariales au détriment des femmes renforcent le pouvoir masculin au sein des organisations de santé (Blalock & Balmer, 2023)[9].

3.4) Le sexisme entre confrères

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Le sexisme entre médecins persiste aujourd’hui, notamment dans l’accès aux spécialités, aux postes de responsabilité et dans le traitement quotidien au travail. Des études montrent que les femmes médecins sont plus souvent victimes de harcèlement sexuel, de remise en question de leurs compétences et d’obstacles dans leur progression de carrière. Ces difficultés sont particulièrement présentes en chirurgie et en cardiologie, deux spécialités historiquement masculines (Jagsi et al., 2016[10] ; Babaria et al., 2012[11]). Elles se sentent aussi moins soutenues par leur hiérarchie. Dans les spécialités médicales perçues comme masculines, les femmes subissent des stéréotypes liés à leur genre et à leur fonction (comme les chirurgiennes, par exemple). Ces préjugés s’additionnent à la menace du stéréotype, d’autant plus qu’elles peuvent difficilement compter sur la solidarité féminine, en raison de leur faible nombre (Hirayama & Fernando, 2018).

Le manque de représentation féminine dans certaines spécialités médicales et universitaires entrave le développement de l'identité disciplinaire des femmes, qui hésitent d’autant plus à s'engager dans ces spécialités dites masculines. Or, cette identité professionnelle influence la santé mentale et renforce le sentiment de contrôle sur la vie personnelle et professionnelle (James-McCarthy et al., 2022).



  1. Moreira, M. (2021). Les femmes en médecine : une histoire d’exclusion et de lutte. Sciences Humaines, 334.
  2. Démographie des professionels de santé : Qui sont les médecins en 2018 ? Quelle accessiblité aux médecins généralistes ? Combien d’infirmiers en 2040 ? Un outil de projection d’effectifs de médecins. (p. 14). (2018). [Dossier de presse]. Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DRESS).
  3. Eyland, I., & Jean, A. (2016). Exercice et apprentissage du métier d’infirmier : À la recherche du Care. Éducation et socialisation, 40. https://doi.org/10.4000/edso.1552
  4. Criado Perez, C. (2019). Invisible Women: Exposing Data Bias in a World Designed for Men. Chatto & Windus.
  5. Samulowitz, A., Gremyr, I., Eriksson, E., & Hensing, G. (2018). "Brave Men" and "Emotional Women": A Theory-Guided Literature Review on Gender Bias in Health Care and Gendered Norms towards Patients with Chronic Pain. Pain Research and Management, 2018, Article ID 6358624.
  6. Boulis, A. K., & Jacobs, J. A. (2010). The Changing Face of Medicine: Women Doctors and the Evolution of Health Care. Cornell University Press.
  7. Hirayama, M., & Fernando, S. (2018). Organisational barriers to and facilitators for female surgeons’ career progression : A systematic review. Journal of the Royal Society of Medicine, 111(9), 324‑334. https://doi.org/10.1177/0141076818790661
  8. James-McCarthy, K., Brooks-McCarthy, A., & Walker, D.-M. (2022). Stemming the ‘Leaky Pipeline’ : An investigation of the relationship between work–family conflict and women’s career progression in academic medicine. BMJ Leader, 6(2), 110‑117. https://doi.org/10.1136/leader-2020-000436
  9. Blalock, A. E., & Balmer, D. F. (2023). Thinking organizationally and longitudinally to understand gender disparities in academic medicine. Medical Education, medu.15171. https://doi.org/10.1111/medu.15171
  10. Jagsi, R., Griffith, K. A., Jones, R., Perumalswami, C. R., Ubel, P., & Stewart, A. (2016). Sexual harassment and discrimination experiences of academic medical faculty. JAMA, 315(19), 2120–2121.
  11. Babaria, P., Abedin, S., Berg, D., & Nunez-Smith, M. (2012). "I'm too used to it": A longitudinal qualitative study of third year female medical students’ experiences of gendered encounters in medical education. Social Science & Medicine, 74(7), 1013–1020.