Sexisme en santé : manifestations, causes et conséquences/Le sexisme en santé: quelles sont les conséquences ?
Chapitre 4, Les conséquences du sexisme en santé
[modifier | modifier le wikicode]Le sexisme dans le domaine de la santé constitue un phénomène systémique qui influence à la fois les soins reçus par les patientes, les carrières des professionnelles de santé et les politiques sanitaires. Ses manifestations incluent des biais médicaux, des discriminations professionnelles et des inégalités structurelles qui affectent la qualité des soins et le bien-être des femmes et des minorités de genre.(Homan, 2019)[1]
4.1) Conséquences sur les patientes
[modifier | modifier le wikicode]4.1.1) Représentations médicales et atteintes aux corps des femmes
[modifier | modifier le wikicode]Les représentations médicales des femmes restent souvent centrées sur leur capacité reproductive, réduisant leur santé à des questions de maternité et de soins familiaux [2]. Cette vision restrictive se traduit par des politiques et des pratiques médicales qui limitent l'autonomie des femmes sur leur propre corps. Par exemple, dans certains pays, les mineures peuvent être légalement autorisées à devenir mères, mais se voient refuser le droit à l'avortement sans consentement parental, ce qui soulève des questions éthiques et sanitaires majeures.
Les violences gynécologiques et obstétricales, y compris les actes médicaux non consentis ou les restrictions sur l’avortement, illustrent le contrôle patriarcal exercé sur les corps féminins. Les mutilations génitales féminines (MGF), bien qu’interdites dans de nombreux pays, persistent dans certaines régions, entraînant des complications physiques et psychologiques durables [3]. Ces pratiques, souvent justifiées par des normes culturelles ou religieuses, mettent en lumière l’intersection entre sexisme, traditions et accès aux soins.
4.1.2) Biais de diagnostic et inégalités dans les traitements
[modifier | modifier le wikicode]Les femmes sont plus susceptibles de subir des erreurs ou des retards de diagnostic, notamment pour des pathologies non liées à la reproduction. Par exemple, les maladies cardiovasculaires, première cause de mortalité féminine, sont sous-diagnostiquées chez les femmes en raison de stéréotypes genrés associant ces affections aux hommes [4]. Une étude révèle que les hommes ont six fois plus de chances de bénéficier d’une cathétérisation cardiaque que les femmes, alors même que ces dernières présentent des symptômes différents et souvent moins reconnus.
L’errance médicale est également plus fréquente chez les femmes, en particulier pour des maladies chroniques comme l’endométriose, où les douleurs sont souvent minimisées ou attribuées à des causes psychologiques. Ce phénomène, parfois qualifié de "déni médical", reflète une tendance à sous-estimer la parole des patientes, conduisant à des prises en charge tardives et moins efficaces.
4.1.3) Impacts sur la santé mentale
[modifier | modifier le wikicode]Le sexisme en santé agit comme un facteur de stress chronique, contribuant à des troubles anxieux, dépressifs et même à des idées suicidaires. Les femmes sont plus susceptibles de développer des troubles internalisés (dépression, troubles anxieux), tandis que les hommes sont plus touchés par des troubles externalisés (addictions, comportements à risque) [5]. Cependant, les femmes issues de minorités ethniques ou de la communauté LGBTQ+ cumulent des discriminations intersectionnelles, aggravant leur vulnérabilité en matière de santé mentale.
Une étude européenne montre que les femmes déclarent davantage d’idées suicidaires que les hommes, bien que ces derniers aient un taux de suicide plus élevé en raison de méthodes plus létales. Les personnes transgenres, quant à elles, présentent des taux de suicide particulièrement alarmants, en partie en raison de la stigmatisation et des difficultés d’accès à des soins adaptés [5].
4.2) Conséquences pour les professionnelles de santé
[modifier | modifier le wikicode]4.2.1) Harcèlement et discriminations pendant les études médicales
[modifier | modifier le wikicode]Les étudiantes en médecine sont fréquemment exposées à des comportements sexistes et à du harcèlement sexuel pendant leurs stages cliniques. Une étude qualitative menée en Angleterre révèle que beaucoup d’entre elles subissent des remarques déplacées, des agressions et parfois des attouchements non consentis, principalement de la part de patients ou de médecins seniors [6]. Ces expériences sont rarement signalées en raison de la peur des représailles et du manque de confiance dans les mécanismes institutionnels de plainte [7].
En chirurgie, environ 30 % des femmes internes déclarent avoir été harcelées sexuellement, un chiffre qui pourrait être sous-estimé en raison de la culture du silence dans ce milieu [8]. Ces situations influencent leurs choix de carrière, certaines évitant délibérément des spécialités perçues comme hostiles, comme la chirurgie ou l’orthopédie.
4.2.2) Inégalités professionnelles et plafond de verre
[modifier | modifier le wikicode]Malgré leur nombre croissant dans les facultés de médecine, les femmes restent sous-représentées dans les postes à responsabilité. En 1993, seulement 2 % des cheffes de service médical étaient des femmes [4]. Aujourd’hui, bien que la situation se soit améliorée, des écarts salariaux persistent : à poste égal, les femmes médecins gagnent en moyenne 63 % du salaire de leurs homologues masculins.
Les biais implicites jouent un rôle clé dans ces inégalités. Une étude néerlandaise [9] montre que, même chez les jeunes médecins, l’association "homme = carrière" et "femme = famille" reste ancrée, influençant les évaluations et les opportunités de promotion. Ces stéréotypes conduisent à une surcharge mentale pour les femmes, qui doivent souvent prouver davantage leurs compétences tout en assumant une plus grande part des responsabilités domestiques.
4.3) Conséquences systémiques et politiques
[modifier | modifier le wikicode]4.3.1) Ségrégation genrée dans les métiers de la santé
[modifier | modifier le wikicode]Les systèmes de santé reproduisent souvent les inégalités de genre présentes dans la société. Les femmes dominent les professions infirmières et les rôles de soignantes (associés au "care"), tandis que les hommes occupent une majorité des postes médicaux prestigieux et des postes de direction [10]. Cette division genrée contribue à une dévalorisation des métiers perçus comme "féminins", avec des conséquences sur les salaires et les conditions de travail.
Dans certains pays, comme l’Inde ou la Sierra Leone, les politiques de santé renforcent ces disparités. Par exemple, lorsque des emplois de santé communautaire ont été rémunérés, les hommes ont été privilégiés pour ces postes, alors que les femmes assuraient auparavant ce travail bénévolement [10].
4.3.2) Normes de genre et qualité des soins
[modifier | modifier le wikicode]Les stéréotypes de genre influencent également la manière dont les soins sont dispensés. Les hommes sont moins incités à consulter pour des problèmes de santé mentale (par crainte de paraître "faibles"), tandis que les femmes sont parfois surmédicalisées pour des troubles émotionnels, avec des prescriptions plus fréquentes d’anxiolytiques ou d’antidépresseurs[4].
Les minorités de genre, notamment les personnes trans, rencontrent des obstacles supplémentaires, allant du manque de formation des soignants à des refus de soins explicites. Ces inégalités structurelles compromettent l’objectif d’une couverture sanitaire universelle équitable [11].
Conclusion
[modifier | modifier le wikicode]Le sexisme en santé a des répercussions profondes, tant sur les patientes que sur les professionnelles du secteur. Ses manifestations vont des violences gynécologiques aux inégalités de carrière, en passant par des biais médicaux aux conséquences parfois mortelles. Combattre ces inégalités nécessite une approche multidimensionnelle, allant de la formation des soignants à des réformes politiques ambitieuses. Une médecine plus équitable bénéficierait à l’ensemble de la société, en améliorant la qualité des soins et en garantissant un accès juste aux ressources sanitaires.
Références
[modifier | modifier le wikicode]- ↑ (en) Patricia Homan, « Structural Sexism and Health in the United States: A New Perspective on Health Inequality and the Gender System », American Sociological Review, vol. 84, no 3, 2019-06, p. 486–516 (ISSN 0003-1224 et ISSN 1939-8271) [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2025-06-04)]
- ↑ Monique Membrado, « Les femmes dans le champ de la santé : de l’oubli à la particularisation: », Nouvelles Questions Féministes, vol. Vol. 25, no 2, 2006-06-01, p. 16–31 (ISSN 0248-4951) [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2025-06-04)]
- ↑ (en) The Encyclopedia of Women and Crime, Wiley, 2019-08-23 (ISBN 978-1-118-92979-7 et 978-1-118-92980-3) [lire en ligne]
- ↑ 4,0 4,1 et 4,2 Meredeth Turshen, « The Impact of Sexism on Women's Health and Health Care », Journal of Public Health Policy, vol. 14, no 2, 22/1993, p. 164 [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2025-06-04)]
- ↑ 5,0 et 5,1 (en) Anders Boyd, Sarah Van de Velde, Gemma Vilagut et Ron de Graaf, « Gender differences in mental disorders and suicidality in Europe: Results from a large cross-sectional population-based study », Journal of Affective Disorders, vol. 173, 2015-03, p. 245–254 [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2025-06-04)]
- ↑ (en) Darya Ibrahim et Ruth Riley, « Female Medical Students’ Experiences of Sexism during Clinical Placements: A Qualitative Study », Healthcare, vol. 11, no 7, 2023-03-31, p. 1002 (ISSN 2227-9032) [texte intégral lien PMID lien DOI (pages consultées le 2025-06-04)]
- ↑ (en) Sulaiman A. Alshammari, Lamia K. Alshamlani, Manar A. Alomar et Montaha A. Almatrafi, « Perceptions and Attitudes of Female Medical Students toward Surgical Specialties: A Cross-sectional Study », Journal of Nature and Science of Medicine, vol. 8, no 1, 2025-01, p. 107–113 (ISSN 2589-627X et ISSN 2589-6288) [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2025-06-04)]
- ↑ (en) S Fleming et Ra Fisher, « Sexual assault in surgery: a painful truth », The Bulletin of the Royal College of Surgeons of England, vol. 103, no 6, 2021-09, p. 282–285 (ISSN 1473-6357 et ISSN 1478-7075) [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2025-06-04)]
- ↑ (en) Maud Kramer, Ide C. Heyligers et Karen D. Könings, « Implicit gender-career bias in postgraduate medical training still exists, mainly in residents and in females », BMC Medical Education, vol. 21, no 1, 2021-12 (ISSN 1472-6920) [texte intégral lien PMID lien DOI (pages consultées le 2025-06-04)]
- ↑ 10,0 et 10,1 (en) Katherine Hay, Lotus McDougal, Valerie Percival et Sarah Henry, « Disrupting gender norms in health systems: making the case for change », The Lancet, vol. 393, no 10190, 2019-06, p. 2535–2549 [texte intégral lien PMID lien DOI (pages consultées le 2025-06-04)]
- ↑ (en) Patricia Homan, « Sexism and Health: Advancing Knowledge Through Structural and Intersectional Approaches », American Journal of Public Health, vol. 111, no 10, 2021-10, p. 1725–1727 (ISSN 0090-0036 et ISSN 1541-0048) [texte intégral lien PMID lien DOI (pages consultées le 2025-06-04)]

