Recherche:Imagine un monde/Partie 2

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IMAGINE UN MONDE
Quand le mouvement Wikimédia témoigne des forces et dérives d'une société globale et numérique

Analyses et projections
(Deuxième partie)
De Lionel Scheepmans

Accès première partie

Résumé de l'ouvrage
Dans l'ombre du projet Wikipédia qui a fêté son vingtième anniversaire en début d'année 2021 tout en restant l'unique projet sans but lucratif du top 50 des fréquentations du web, s'est développé un mouvement social pratiquement inconnu du grand public que l'on nomme « Le mouvement Wikimédia » et qui a pour vision d' imaginer un monde dans lequel chaque être humain peut partager librement la somme de toutes les connaissances. Très peu médiatisé, tant par la presse que par la littérature scientifique, ce mouvement social gère pourtant près d'un millier de sites web et regroupe à lui seul, plusieurs centaines d'associations humaines actives dans plus de 70 nations du monde. En tant qu'héritier direct des valeurs et pratiques développées par le mouvement du logiciel libre, Wikimédia apparait donc comme l'expression mondiale et contemporaine d'une contre-culture opposée au capitalisme marchand et défiante d'un système socio-politique profondément élitiste.

Dans le but de rendre ce mouvement visible et compréhensible par tous, pour dévoiler ensuite les enjeux qui s'y cache et les soumettre à une analyse profonde, ce travail de recherche socio-anthropologique s'est construit au départ d'une observation participante de plus de 10 ans et sur la consultation d'innombrables archives numériques issues de l'espace web. Fort de cette matière première à la fois empirique et ethnographique, cette étude s'inscrit dans le courant d'une anthropologie prospective dont l'ambition est de débattre sur « l'homme à venir » tout en s'impliquant dans le destin des sociétés. Dans le cadre bien précis de cette thèse, c'est de la société globale et numérique dont il sera question et dont le mouvement Wikimédia nous apporte aujourd'hui un reflet miniaturisé propice à l'analyse.

Dans une première partie de l'ouvrage consacrée à la découverte du mouvement et à ses enjeux cachés, il est question dans un premier temps de découvrir la complexité d'une société globale et numérique lors d'un parcours au sein de cette galaxie Wikimédia cachée derrière l'imposante planète Wikipédia. Fort de cette découverte, vient ensuite le moment de percevoir au sein des projets wikimédia une source d'inspiration épistémologique propice à une plaidoirie en faveur d'une évolution de la science. Cette première partie, se clôture ensuite par la découverte des origines du mouvement qui permettent de mieux comprendre l'espace numérique, tout en faisant resurgir les enjeux de ce perpétuel combat qui oppose une part de l'humanité en quête de liberté, d'autonomie et d'égalité à une autre part toujours désireuse d'accroitre ses richesses économiques et son contrôle politique.

La deuxième partie de l'ouvrage, consacrée cette fois aux analyses et projections, est alors l'occasion de contextualiser cette lutte entre autonomie et pouvoir au sein de l'histoire du mouvement pour y découvrir la dérive d'une mission première dédiée au libre partage des connaissances, peu à peu pervertie par mimétisme d'un monde économique et politique environnant. Par la suite, et au travers d'une présentation des différents acteurs Wikimédia, des mécanismes de perversions du partage par le don et par la mise en place insidieuse d'une servitude involontaire sont ensuite analysés. La découverte de la culture Wikimédia qui prit naissance au sein d'un environnement numérique très particulier, permet ensuite d'observer les effets d'un double dualisme imbriqué au sein du mouvement que représente la séparation entre activité en ligne et hors ligne ainsi que la distinction entre acteurs bénévoles proche des pratiques et principes hérités de la culture libre et acteurs rémunérés pris dans les logiques du marché du travail. Avant de conclure, et au départ d'une prise de conscience sur l'importance et le pouvoir de l'imagination chez l'être humains, vient alors un dernier chapitre où il est question d'imaginer le monde de demain, au niveau du mouvement Wikimédia bien sûr, mais aussi et ce grâce aux enseignements que l'étude de ce mouvement nous apporte, au niveau de notre société humaine, contemporaine, globale et numérique.

L'histoire Wikimédia comme illustration des forces et dérives d'une société globale et numérique

En rejoignant le mouvement Wikimédia en début d'année 2011, je n'aurai malheureusement pas assisté à tout son développement, alors que de toute façon, son étendue organisationnel est telle qu’il m'aurait été impossible d'être présent partout à la fois. Fort heureusement, il existe au sein de l'espace numérique Wikimédia d’innombrables archives accessibles au départ d'une simple connexion Internet. Grâce à celles-ci, j'ai donc pu poursuivre mes investigations concernant la manière dont Wikimédia a pu faire suite à ce qui lui avait été transmis par les pionniers du numérique. De manière à facilité l'assimilation du rendu de mes observations, j'ai choisi de présenter l'histoire du mouvement de de manière thématique.

Après avoir une présentation des lieux d'archivage historique, j'ai ensuite pensé à présenter l'origine du terme Wikimédia dans le but d'élucider certaines confusions suscité par lui juste avant de parler de la naissance du mouvement à proprement parler. La présentation de son histoire se poursuit ensuite en se concentrant tout d'abord sur son aspect économique, puis technique, ensuite politique, dans le but de conclure le chapitre en parlant d'une dérives de la mission que le mouvement me semble faire preuve.

Durant ce voyage thématique au sein de l'histoire de Wikimédia, j'ai finalement pris soin de rassembler tous les fais qui me sont apparus les plus importants, mais aussi les plus utiles pour mes analyses futures. Cette sélection est donc à la fois limitée et subjective, mais en fournissant à chaque fait rapporté un lien vers son archive de référence, j'offre aux lecteurs la possibilité de poursuivre ses propres recherches dans le but de recueillir d'autres informations que je n'aurais pas été retenues et de juger d'évaluer ainsi la pertinence de ma sélection et de l'argumentation qui en découle.

Les archives du mouvement

Le logiciel MediaWiki sur lequel fonctionne la presque totalité des projets wikimédia[N 1] est un fabuleux instrument d'archivage. En jargon informatique on appelle ce logiciel un système de gestion de contenu et il a comme particularité d'être muni d'un système de gestion de versions qui enregistre chaque version d'une page avant et après chaque modification. Il est donc en pratique tout à fait possible d'explorer l'historique de chacune des pages créé au sein des projets Wikimédia comme le démontre en image cette vidéo ci-dessous qui reprend pas à pas l'évolution de l'article « Pomme » sur le projet Wikipédia en français.

Vidéo 4.1 : Évolution de l'article Pomme sur le projet Wikipédia francophone, du 20 novembre 2002 date de création au 26 janvier 2012.

Nous n'allons bien entendu pas nous intéresser ici à l'historique des articles à proprement parler, mais bien à celui du mouvement dans de manière générale. Cependant, il est bon de savoir qu'une information historique trouvée sur la page d'un projet peut disparaître d'un instant à l'autre de la page affichée lors d'une consultation ultérieure, mais qu'elle sera dès lors retrouvable dans la version antérieure qui aura été consultée dans le cadre de mes observations. Ce principe est d'ailleurs valable pour toute autre page web et notamment les articles de presse sont souvent mis à jour une ou plusieurs fois après leur première publication.

Dans un autre cas de figure, une page web peut aussi tout simplement disparaître par sa suppression au niveau du serveur Internet qui l'héberge ou sa mise à l'écart de ce qui est visible par les internautes comme c'est le cas sur les projets Wikimédia. C'est donc pour cette raison que j'ai fait ce choix méthodologique de sauvegarder toutes les pages qui auront servi de source historique dans ce travail de recherche sur Internet archive pour en fournir ensuite le lien et la date de consultation.

Toutes ces pages web qu'elles se situent à l'extérieur ou à l'espace numérique Wikimédia, je les ai ainsi trouvés tout d'abord trouvées au départ de nombreux hyperliens recensés sur des pages de Wikipédia en français[N 2] qui ont pour objet de traiter de l'histoire de Wikipédia en général[W 1] ou de ses versions linguistiques[W 2], des articles de presse généralisés[W 3] ou localisées[W 4], ainsi que des critiques portées à son encontre[W 5].

Pour aborder les choses de manière plus large au niveau du mouvement, je me suis ensuite tourné vers le site Méta-Wiki où se trouve tout un ensemble de pages très utiles d'un point de vue historique que je liste ci-dessous :

La naissance des projets frères de Wikipédia

Alors que le chapitre précédent permettait de découvrir comment le projet Wikipédia s'était créé, voyons à présent comment les projets frères de l'encyclopédie ont pris naissance, petit à petit, au sein de la galaxie Wikimédia. Pour en suivre l'ordre chronologique, il existe une ligne du temps reprise ci-dessous et qui fut réalisée par Guillaume Paumier pour une présentation faite au Capitole du libre de 2011 à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia[V 1] et qui aura fait l'objet un an plus tard d'une réédition collaborative dans le cadre de la rencontre Wikimania 2012[W 18]. Sur cette ligne du temps, la partie libellée sister projects nous fait découvrir que le tout premier projet apparu juste après Wikipédia fut le projet Meta-Wiki, dans le but de fournir un espace central et multilingue pour le traitement des questions qui concernent initialement, l'ensemble des versions linguistiques de Wikipédia et par la suite l'ensemble des projets frères et autres organisation hors ligne qui naitront au sein du mouvement.

Chronologie des événements depuis la création de Wikipédia en 2001 jusqu'en 2012
Fig. 4.1. Chronologie des événements depuis la création de Wikipédia en 2001 jusqu'en 2012 (source:https://w.wiki/34N2)

Pendant que les nouvelles versions linguistiques de Wikipédia ne cessèrent de compléter le projet anglophone initial, 7 autres projets de partage de la connaissance ont ainsi vu le jours avec chaque fois au sein d'eux de nouvelles versions linguistiques. Cela se fit systématiquement au départ d'un petit groupe d'utilisateurs actifs au sein d'un autre projet préexistant. Le projet Wiktionnaire fut ainsi le deuxièmes projets à voir le jour au sein des projets Wikimédia avec une première version linguistique en anglais créée le 12 décembre 2002 tandis que la version francophone n’apparut que deux ans plus tard en mars 2004[W 19]. Il est à ce sujet intéressant de remarqué que cette nouvelle version linguistique du projet n'aura pas pris naissance au départ d'une version linguistique préexistante mais bien au départ du projet Wikipédia en français. C'est en effet à cet endroit qu'une poignée de contributeurs entamèrent une discussion sur la nécessité de créé un projet hors de l'encyclopédie dans le but de permettre une gestion spécifique et indépendante du partage des ressources lexicales dont voici quelque extraits :

En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c'est que alors qu'on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tache bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C'est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissance devraient elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions nous ??? "Wikipédia n'est pas un dictionnaire" n'est pas un argument a mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d'article. Je ne comprend vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n'est "qu'une définition".", Aoineko, 3 janvier 2003


Pour moi ce qu'est Wiktionary, c'est une partie de Wikipédia s'intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipedia et sa partie dite encyclopédique, c'est que la partie dictionnaire s'intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s'attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d'avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu'à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu'une encyclopédie. Ceci entraine beaucoup de problème et entre autre le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire. luna~frwuju[W 20]

Dans le cas de figure du projet Wiktionnaire en français, le départ de Wikipédia fut donc motivé par des besoins techniques, mais aussi par un désir d'autonomie quant à la manière de concevoir et de présenter des ressources lexicales. Ce désir n'était toutefois pas partagé par tous, notamment en raison d'une fatale dispersion des énergies. Créer un nouveau projet, c'est effectivement créer un nouveau site web qui devra faire l'objet d'une nouvelle gestion, tant au niveau des serveurs de la fondation, qu'au niveau de la communauté nouvelle et fatalement toujours plus modestes. Pour ne pas construire tout un environnement à partir de rien, il est bien sûr possible d'importer des pages de contenu en provenance de Wikipédia ou d'autres projets frères et version linguistiques, mais cela duplique alors aussi leurs maintenance et la mise à jour. Le choix de scinder un projet au profit d'une plus grande liberté a donc un prix et fut l'une des raisons pour laquelle Cscott, un employé de la fondation, présenta lors de la rencontre Wikimania de 2019 cette idée de tout rassembler toutes les versions linguistiques des projets au sein d'un seul wiki en bénéficiant d'un système de traduction au sein de ce qui serait pour lui un challenge social[B 1].

Le projet Wikibook en anglais fut pour sa part créé le 10 juin 2003 sous l’impulsion de Karl Wick et le 22 juillet 2004 en français sous l’appellation francisée de Wikilivres et avec pour objet de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer »[W 21]. À ce sujet, il est d'ailleurs intéressant de signaler que le projet francophone ne fut pas créé au départ de la version anglophone; mais bien au départ du projet Wikipédia en français de puis lequel il fut notamment décidé en juin 2007[W 22], de transfèrer toutes les recettes de cuisines depuis l'encyclopédie vers Wikilivre. Au sein du projet Wikibook apparu ensuite, en 2004, un sous projet intitulé Wikijunior financé par la Feck Foundation dans le but initial de rassembler de la littérature pour des enfants de huit à onze ans[W 23], alors qu'au niveau de la version francophone, la tranche d'âge fut élargie à zéro jusque douze ans »[W 24].

Toujours dans un espace de noms comme le fut Wikijunior et suite à quelques débats[W 25] est apparu par après un nouveau sous projet appelé Wikiversity qui avait cette fois pour but de « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs »[W 26][N 3]. Cependant, le 12 août 2005, ce projet fit l'objet d'une longue discussion dans laquelle il fut question de le supprimer et finalement d'en transférer son contenu vers le projet Meta-Wiki[W 27]. Après le transfère, de nouvelles discussions aboutirent à l'idée de faire de Wikiversité un projet indépendant. Elle perdurèrent ainsi jusqu'à ce que le 22 août 2006[W 28], où un vote fut ouvert au sein de la communauté dans le but de recueillir une majorité qualifiée de deux tiers nécessaire à l'examination de la demande par Conseil d'Administration de la Fondation Wikimedia dans l'espoir de pouvoir bénéficier d'une période d'essai[W 29]. Mais le 13 novembre 2005, la proposition fut rejetée par cinq membres du conseil d'administration qui demandèrent d'« exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne et de clarifier le concept de plate-forme elearning »[W 30][N 4]. Cette décision fut commentée de la sorte par un membre de la communauté d'éditeurs :

La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimedia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre. Le même problème s'applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu'ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation Carnegie-Mellon également) à former de toutes pièces plutôt qu'un simple centre d'éducation pour adultes avec quelques classes. Si plus de réflexion est faite sur la façon de "démarrer" ce projet entier, peut-être que quelques pensées sur la façon de convaincre le conseil de la Fondation de laisser un wiki séparé être lâché pour laisser ce projet essayer de se développer par lui-même peuvent être faites.--Rob Horning 11:21, 14 août 2005 (UTC)[W 27][N 5]

Par la suite, il fallut donc attendre le 31 juillet 2006 et donc neuf mois d'attente supplémentaires, pour que les amendements apportés au projet de départ[B 2] soient finalement acceptés par le special projects commitee[W 31] qui donna le feu vert à la création du site Beta-Wikiversity comme espace de lancement des différentes versions linguistiques[W 32]. Un transfert du contenu fut alors entamé et un délai de six mois fut fixé pour élaborées les lignes directrices d'autres utilisations potentielles du site tel que la recherche collaborative[N 6] alors que depuis cette mise en place, une nouvelle version linguistique du projet est lancée sur un site indépendant chaque fois que se trouve rassemblés sur Beta Wikiversity 3 participants et que l'on peut y constater plus de 10 modifications par mois.

Les projets Wikiversité avec le projet Wikisource et son site wikisource.org[W 33] apparaissent ainsi comme les deux seules projets qui bénéficient d'une plateforme de lancement extérieures au site Wikimedia Incubator[W 34] depuis lequel est lancé toutes les autres version linguistiques de tous les autres projets. La proposition de transférer des activités de Wikivesity Beta vers Incubator fut proposée et discuté à plusieurs reprises en 2008[W 35], 2013-2015[W 36] et 2017[W 37], mais toujours sans succès. Les raisons du refus furent essentiellement le manque d'enthousiasme de la communauté entre autre lié à la quantité de travail que cela représente, mais aussi par le fait qu'il existe des activités spécifique au projet Wikiversité tel que la la production de travaux inédit (recherche originale) et la production d'exercices.

Il faut enfin garder à l'esprit que ce genre de séparation et de duplication de projet est une pratique très rependue dans la culture libre héritée par le mouvement Wikimédia comme en témoigne par ailleurs un nombre très impressionnant de distributions GNU/Linux[W 38]. Grâce aux licences libres, chacun peut en effet bénéficié de la duplication du même stade de développement d'un projet lors de la séparation pour continuer ensuite séparément selon les désires personnelles d'un membre de la communauté d'éditeurs parfois rejoint par groupe dissident. De plus, cette pratique a comme grand avantage d'évacuer les tentions qui apparaissent au sein d'une communauté de contributeurs en cas de désaccord persistant tout en produisant au final un enrichissement en matière de diversité de ce qui est proposé aux utilisateurs.

Les origines du terme Wikimédia

D'où vient le nom « Wikimédia » ? Et est-ce que tout ce qui est Wiki a quelque chose à voir avec Wikimédia ? Et bien non, et c'est malheureusement là bien souvent une source de confusions fréquentes parmi les presque 20 000 projets du web reposant sur la technologie wiki[W 39] et qui en général utilisent eux aussi utilisent le terme wiki dans leur appellation. Il en résulte donc qu'environ 19 projet Wiki sur 20 n'ont aucun lien, ni avec la fondation Wikimedia, ni avec mouvement Wikimédia dont parmi les plus connus on retrouve WikiHow qui est un recueil universel et multilingue de guides simples et illustré, ou encore Wikimini, une encyclopédie pour les enfants.

Contrairement à ce que son appellation fait croire, le projet WikiLeaks créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n'est d'ailleurs pas un Wiki, puisque le site Web ne repose pas sur un moteur Wiki et que son édition n'est pas non plus collaborative. WikiHow par contre est bien un Wiki, mais il est tellement différent des projets Wikimédia en apparence qu'il est plus facile de comprendre qu'il ne fait pas partie du mouvement. Quant à Wikimini, son fondateur Laurent Jauquier m'a confié qu'il aurait aimé voir son projet rejoigne le mouvement Wikimédia. Malheureusement, cela n'aura jamais abouti en raison selon lui d'une frilosité de la fondation envers le contenu destiné au jeune public.

Pour jeter encore plus le trouble, il y a ensuite des projets tel que WikiTribune et Wikia bien moins connus, mais dont la confusion tient au fait qu'ils furent lancés, eux aussi, par Jimmy Wales le fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimedia[W 40]. Viennent ensuite les milliers d'autres projets « wiki » et tous ceux verront certainement le jour, pour lesquels il est nécessaire de s'informer pour savoir si il sont extérieurs au mouvement Wikimedia et dans ce cas en aucun cas soutenus par la fondation ou toute autre organisme affiliée au mouvement.

D'un point de vue étymologique à présent, il faut savoir que le terme « Wikimédia » se présente comme un mot-valise dont la composante « wiki » fut inspirée du mot hawaïen « wikiwiki » que l'on peut traduire en français par « vite, vite »[W 41]. La transmission du terme wiki au mouvement Wikimédia est due au premier logiciel d'édition collaborative de pages web appelé WikiWikiWeb et par la suite au logiciel intitulé UseModWiki qui en fut inspiré. Celui-ci fut choisi par la firme Bomis dans le but de lancer l'encyclopédie Wikipédia. Par la suite, tous les autres projets d'édition collaborative nés au sein du mouvement adopteront eux aussi le préfixe wiki.

Le mot Wikimédia quant à lui n'est apparu que le 16 mars 2003 lors d'une discussion concernant la déclinaison possible de l'encyclopédie en d'autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l'écrivain américain Sheldon Rampton eu l'idée d'associer au terme wiki celui de « média » afin de mettre en évidence la variété des médias produits et mobilisés sur toutes les plates-formes wiki (encyclopédie, site d'actualités, musiques, vidéos, etc.)[W 42].

Quelques mois plus tard seulement, le terme Wikimedia fut ensuite adopté lors de la création de la Wikimedia Foundation lorsque Jimmy Wales décida d'y transférer les avoirs de sa firme Bomis tels que les noms de domaine Wikipédia et la reconversion en copyleft des copyrights de la société commerciale[W 43]. Il fallut alors attendre cinq années pour qu'en juin 2008 le mot Wikimédia désigne enfin un mouvement social conceptualisé par Florence Devouard présidente de la fondation à cette époque.

La naissance du mouvement Wikimédia

Il est toujours difficile de déterminer le moment exact où serait apparu un mouvement social. On peut en déterminer plus ou moins facilement ses origines, mais il me semble souvent impossible de faire plus. Le cas du mouvement des logiciels libres par exemple, est quelque peu particulier, puisqu'il se construit au départ d'un appel posté sur une liste de diffusion par Richard Stallman le fondateur. Doit-on pour autant considéré que cette date est celle de la création du mouvement ? Un tel choix est en effet discutable puisque l'on sait que le logiciel libre en tant qu'idée code est forcément antérieure à l'appel à contribution lancé par Stallman.

Une question similaire peut donc aussi se poser au sujet du mouvement Wikimédia. L'histoire du mouvement Wikimédia est effectivement étroitement liée à l'histoire de Wikipédia, qui en est à l'origine et dans cette première perspective, on peut donc dire que la naissance du mouvement coïncide avec celle du projet encyclopédique lancé le 15 janvier 2001[W 44]. Selon un autre point de vue toute fois, la naissance du mouvement peut aussi être associé à celle de la Wikimedia Foundation créée le 20 juin 2003[W 45] qui en a assumé la gestion jusqu’à ce jour. Dans une dernière perspective enfin, la naissance du mouvement peut encore être associé à sa conceptualisation par Florence Devouard qui en fit la première description en juin 2008, peu de temps avant de quitter son poste de présidente de la fondation Wikimédia[W 46]. En proposant de modifier le site Wikimedia.org pour en faire la vitrine du « mouvement Wikimedia » elle définissait le mouvement de la sorte :

« Le mouvement Wikimédia, comme je l'entends est
  • une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d'expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
  • un ensemble d'activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
  • un ensemble d'organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires »[W 47],[N 7]

Pour continuer ici la découverte et la compréhension du mouvement Wikimédia de manière chronologique et en continuité par rapport au chapitre précédent, je choisis donc pour ma part de repartir de la création du projet Wikipédia pour poursuivre ma présentation historique du mouvement Wikimédia. Dans cet optique, on peut alors considérer que l'ensemble des personnes actives au sein de projets Wikimédia avant que l'on ne commence à parler d'un mouvement Wikimédia constituaient donc un « quasi-goupe »[B 3] selon la définition de Ralf Dahrendorf qui y voit un ensemble d'individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d'une prise de conscience de leur position commune dans la relation d'autorité[B 4].

L'histoire économique du mouvement

Après la naissance du projet Wikipédia, l'un des premiers évènements historique marquant fut sans aucun doute l'apparition d'un fork de la version espanophone de Wikipédia intitulé Enciclopedia Libre Universal en Español. Ce site fut crée le 26 février 2002, soit un peu plus d'un an après la création de Wikipédia et commença à être développé par un groupe diaspora dont Edgar Enyedy était le principal interlocuteur. Ce contributeur hispanophone avait en effet quitté le projet Wikipédia alors qu'il était question de placer de la publicité au sein de l'encyclopédie dans le but d'apporter un profit financier à la firme Bomis[B 5]. Dans une lettre adressée à la communauté, Enyedy manifestait aussi d'autre part un doute quant à la création d'une « fondation, que l'on promit de créer tant de fois, pour chapeauter Nupedia et Wikipédia ». Durant ses conversations avec les responsables de la firme Bromis, il avait enfin pour sentiment que le "malentendu" entretenu par ceux-ci faisait partie de la désinformation[W 48].

Peu avant le lancement du fork espagnol, Edgar Enyedy avait réagi à un commentaire de Larry Sanger qui justifiait quant à lui l'arrivée d'annonces publicitaires dans Wikipédia dans le but de maintenir son salaire. La réponse de Enyedy à Sanger fut celle-ci :

« Personne ne va gagner un seul dollar en plaçant des annonces sur mon travail, qui est clairement destiné à la communauté. De plus, je diffuse mon travail en termes de liberté, dans les deux sens du terme, moi et [sic] voulons le rester. Personne ne va utiliser mes efforts pour payer des salaires et/ou maintenir des salaires. Et je ne suis pas le seul à ressentir cela. J'ai quitté le projet. […] Bonne chance avec votre wikiPAIDia »[B 6][N 8]

Cette première crise fut donc à l'origine d'un tournant décisif au sein du mouvement Wikimédia naissant puisque c'est suite à celle-ci que Jimmy Wales décida de renoncer aux revenus publicitaires et de créer la fondation Wikimédia. Suite à l'apparition en octobre 2001 d'un autre projet encyclopédique concurrent au projet Wikipédia en suédois intitulé Susning.nu, le refus de la publicité fut par ailleurs tout à fait déterminant, puisqu'il permit au projet Wikipédia de subsister, alors que le projet Susnig ferma ses portes en août 2009[W 49].

Dans un premier temps, la popularité acquise par l'encyclopédie Susning, qui pourtant avait été lancé cinq mois après Wikipédia, avait en effet fortement ralenti le développement du projet Wikipédia en Suède. Mais à partir du 21 novembre 2002 et suite à l'apparition de bannières publicitaires et d'une absence de gestion claire au niveau des droits d'auteurs, les éditeurs de Susning finirent par migrer en masse vers le projet Wikipédia en emportant avec eu leurs écrits[W 50]. Selon un article de Wikipédia en anglais[W 49], l'encyclopédie Susning qui était soumise à de récurrentes attaques de spammeurs prit ainsi fin à la mi-août 2009, alors qu'à cette même époque, le projet Wikipédia en suédois continuait son développement pour devenir en ce début d'année 2021 la troisième version linguistique Wikipédia au niveau du nombre d'articles[W 51].

L'absence de publicité semble donc être une bonne chose pour les projets Wikimédia, mais obligea dès lors la fondation Wikimedia à se tourner vers d'autres solutions pour financer la maintenance et le développement des serveurs informatiques. À ces frais faudra-t-il encore ajouter, à partir de 2007, les salaires des employés et notamment celui d'une directrice générale, d'un directeur technique et quelques développeurs[B 7]. Étant donné que les rentrées financières issues de la vente de produits dérivés et des services rendus à des entreprises étaient insuffisantes pour couvrir ces frais[B 8], la récolte de dons est donc apparue comme solution viable. Et comme le démontre l'analyse[W 52] des rapports financiers de la fondation Wikimedia[W 53], ces campagnes ne cesseront par ailleurs de maintenir en hausse les rentrées financières au sein du mouvement.

Alors que les gains financiers de la fondation étaient de 80.129 USD en 2004, ils passèrent ensuite à 379.088 USD en 2005, puis à 1.508.039 USD en 2006[W 54], pour atteindre enfin 2.734.909 USD en juin 2007[W 55] et ne cesser par la suite d’augmenter considérablement comme l'indique le graphique ci-dessous. Mais la campagne de récolte de dons de 2007 fut néanmoins particulière à plus d'un titre. Premièrement, elle fut organisée pour la première fois en jumelage avec Virgin Unite. Deuxièmement, elle fut la première à afficher en tête de chaque page des projets éditoriaux Wikimedia un message d'appel aux dons[W 56]. Et troisièmement, elle fut le début d'un accroissement considérable du montant des récoltes qui allait se poursuivre par la suite[B 7].

Graphique illustrant l'évolution de l'actif net, des recettes et des dépenses de la fondation Wikimedia en dollars américains.
Fig. 4.2. Graphique illustrant l'évolution de l'actif net, des recettes et des dépenses de la fondation Wikimedia en dollars américains (source:L.S.).

Mais l'utilisation de bannières de récoltes de fond dans les sites éditoriaux fit apparaitre des contestations au sein du mouvement. Celles-ci concernaient la référence et le lien pointant vers le site Virgin Unite dans le message d'appel aux dons considéré par certains comme un acte « publicitaire » (Advertising) ou un « spam de donneur » (donor Spam)[W 57]. Suite à ces commentaires et alors que certains membres de la communauté menaçaient déjà de suspendre leurs activités, ce lien fut donc retiré en début de campagne[W 58]. Par la suite et jusqu'à ce jour, la récolte de dons au niveau des projets s'est limitée à la présence d'un lien vers une page de donation situé sur chaque page des sites web ainsi que d'une bannière en haut de celles-ci apparaissant pour une durée d'un mois environ.

Depuis 2007, on s’aperçoit donc que les inquiétudes d'Edgar Enyedy concernant l'utilisation des efforts d'une communauté bénévole pour payer des salaires étaient bel et bien fondées. En effet entre l'année 2007 et 2008, le budget dédié au salarié de la fondation, qui par ailleurs avait déjà dépassé celui dédié aux frais d'hébergement des projets depuis l'année 2007, fera plus que doubler en passant de 415.006 à 1.147.679 dollars US (voir tableau 5.1 ci-dessous). De plus, et contrairement aux frais d'hébergement des sites web du mouvement, qui progresseront lentement et seront même en régression en 2014 et 2015, les frais liés à la rétribution des employés de la fondation Wikimédia ne feront qu’augmenter de manière importante et régulière par la suite (voir tableau et figure 4.1 ci-dessous).

Tab. 4.1 Évolutions des dépenses de la fondation Wikimedia par rubriques
Années Salaires et traitement Prix et subventions Frais de fonctionnement Frais de service professionnels Traitement des dons Amortissement et dépréciations Voyages et conférences Hébergement Internet Frais de service en nature Évènements spéciaux
2004[W 54] - 495 - - 10.641 293 8.958 -
2005[W 54] 1.693 - 18.067 - - 41.018 27.798 40.273 22.493 -
2006[W 54] 107.122 - 47.777 - - 143.394 76.545 189.631 114.589 -
2007[W 55] 415.006 - 310.334 - - 34.939 264.361 389.417 316.723 -
2008[W 59] 1.147.679 - 952.019 - - 233.314 307.679 537.204 333.125 -
2009[W 60] 2.257.621 - 1.259.161 - - 419.947 223.193 822.405 578.279 -
2010[W 61] 3.508.336 208.662 3.846.420 - - 524.341 476.663 1.056.703 502.558 70.407
2011[W 62] 7.312.120 47.106 5.761.273 - - 1.000.400 1.159.200 1.799.943 349.516 36.282
2012[W 63] 11.749.500 2.106.752 9.198.892 - - 1.888.856 1.533.150 2.486.903 296.599 -
2013[W 64] 15.983.542 2.791.378 10.017.121 - - 2.706.841 1.395.013 2.549.992 260.909 -
2014[W 65] 19.979.908 5.704.791 3.861.708 7.117.519 1.505.654 2.722.007 1.965.854 2.529.483 370.602 143.219
2015[W 66] 26.049.224 4.522.689 4.449.764 7.645.105 2.484.765 2.656.103 2.289.489 1.997.521 23.557 266.552
2016[W 67] 31.713.961 11.354.612 4.777.203 6.033.172 3.604.682 2.720.835 2.296.592 2.069.572 1.065.523 311.313
2017[W 68] 33.731.089 11.214.959 6.307.987 6.972.048 3.809.286 2.762.175 1.954.772 2.169.861 214.581 -
2018[W 69] 38.597.407 13.555.339 7.033.513 7.059.832 4.512.139 2.903.910 2.389.279 2.342.130 2.781.234 267.482
2019[W 70] 46.146.897 12.653.284 9.005.744 8.998.261 4.977.583 2.856.901 2.867.774 2.335.918 1.361.958 20.969
2020[W 71] 55.634.912 22.893.806 10.047.127 11.670.125 4.857.199 1.951.405 2.309.068 2.400.286 407.711 317.758
Graphique illustrant l'évolution des dépenses de la fondation par rubrique et en dollars américains
Fig. 4.3. Graphique illustrant l'évolution des dépenses de la fondation par rubrique et en dollars américains (source:L.S.).

Dans une autre représentation graphique des dépenses de la fondation, il est aussi possible de mettre en évidence que les frais administratifs de la fondation Wikimédia, qui sont toujours restés très proches de ceux dédiés à la récolte de fonds, ont évolué nettement plus lentement que ceux destinés aux programmes et aux projets (voir figure 5.3 ci-dessous).

Évolution de la répartition des dépenses de la fondation Wikimedia en dollars américains
Fig. 4.4. Graphique illustrant l'évolution de la répartition des dépenses de la fondation Wikimedia en dollars américains (source:L.S.).

Suite à ces observations, il apparait donc clairement que les dons offerts à Wikipédia et au mouvement Wikimédia sont utilisés en grande partie pour payer les salaires des travailleurs engagés par la fondation Wikimedia. Une analyse qu'Edgar Enyedy avait déjà faite pour sa part en 2011 puisque lors d'une interview, il considérait déjà que :

Wikipédia a créé une grande base de salariés, et chaque année, elle doit demander des sommes toujours plus importantes. C'est ce que je ne voulais pas : une grande organisation centrée sur l'argent rendu possible grâce au travail gratuit de la communauté.[B 9][N 9]

Avec un premier audit financier en novembre 2006[B 10], et un nouveau type de campagne de récolte de dons en décembre 2006 janvier 2007 la fondation Wikimédia débutait donc un développement important tant au niveau financier qu'au niveau de son personnel. Mais alors que la fondation et les finances ne cesseront de croître, en mars 2007[W 72], soit peu de temps après ce qu'il vient d'être dit, un déclin de participation apparu au sein des projets Wikimédia. Vu la proximité dans le temps de tout ces évènements, je me suis donc demandé un jour s’il n'existerait pas une corrélation entre ces deux évènements.[W 73]

Car de fait, l'observation graphique du déclin démontrent que pour une certaine tranche des contributeurs actifs sur le projet Wikipédia anglophone la baisse de participation fut brutale et ne pouvait donc à mes yeux être déclenché que par un évènement ponctuel (voir figure 5.4). De plus et comme en témoignent les multiples graphiques visibles dans la figure 5.5 ci-dessous d'autres projets et surtout autres versions linguistiques de Wikipédia auront aussi été sujettes à un déclin similaire et à la même période[W 74].

Graphique des éditeurs actifs inscrits sur la Wikipédia anglaise au fil du temps.
Fig. 4.5. Graphique illustrant le nombre des éditeurs actifs inscrits sur la Wikipédia anglaise au fil du temps (source : https://w.wiki/34o4).
Capture d'écran de la page d'accueil de Wikiscan un site d'analyse statistique du nombre de contributions effectuée sur les projets Wikipédia dans le temps.
Fig. 4.6. Capture d'écran de la page d'accueil de Wikiscan un site d'analyse statistique du nombre de contributions effectuée sur les projets Wikipédia dans le temps (source : copie d'écran de la page http://wikiscan.org le 12/12/2020).

Cette hypothèse de recherche fut dans tous les cas retenue[W 75] lors d'un sommet organisé à Stockholm le 19 août 2019 par l'organisme de recherche The Citizens and Technology (CAT) Lab[W 76]. Elle repose en outre sur une étude qui analysa les résultats d'une enquête canadienne réalisée précisément en 2007 pour trouver réponse tout aussi précisément à des questions liées du don en temps et au don en argent[B 11]. En parcourant cette étude qui semble corroborer mon hypothèse, on y découvre en effet qu' « une probabilité relativement élevée (0.354) est observée pour que la personne de référence soit un donateur mais pas un bénévole ».

Comme troisième indicateur en faveur de mon hypothèse apparait ensuite le texte contenu dans la première bannière francophone de récoltes de fond : « Participez à la libre-diffusion de la connaissance en faisant un don à Wikipédia ! »[W 77]. De manière implicite, ce texte offrait effectivement une alternative inexistante au par avant que fut celle d'échanger sa participation en écriture au sein des projets par une participation financière. Une traduction littérale du message diffusé en anglais repris ci-dessous[W 56] confirme que le message était similaire en anglais : « Vous pouvez faire le don de connaissance en donnant à la fondation Wikimédia ».

Dans le courant de l'année 2015 apparu ensuite une étude statistique qui se pencha plus précisément sur la date d'arrivée et de départ des éditeurs actifs au sein des projets[W 78]. Celle-ci aura produit différent graphiques[N 10] qui permettent de constater que le déclin de participation du début 2007 concernerait essentiellement les nouveaux arrivants. On y observe aussi que le déclin se réduit au fur et à mesure que l'ancienneté des éditeurs augmente. Si l'hypothèse de l'effet négatif des bannières se confirme, ces dernières observations démontrent donc que celui-ci aurait donc touché de manière plus significative les nouveaux arrivants et que cela aurait favorisé la création d'un noyau dur d'anciens contributeurs au sein des projets.

Graphique illustrant le pourcentage d'éditeurs actifs dans les mois qui ont suivi leur arrivée.
Fig. 4.7. Graphique illustrant le pourcentage d'éditeurs actifs sur Wikipédia en anglais dans les mois qui ont suivi leur arrivée. La ligne diagonale indique la date d'arrivée d'un groupe d'éditeurs, les premiers arrivés se trouvant dans le coin supérieur gauche. Le prolongement horizontal indique le taux d'édition de chaque groupe. (source : https://w.wiki/34o5)

Avant cette étude statistique de 2015, la fondation Wikimedia inquiétée par ce phénomène de déclin avait déjà ordonné une précédente étude[B 12] qui se déroula dans le courant de l'année 2013 et qui concerna le site Wikipédia anglophone uniquement. Celle-ci avait pour but de définir les causes de ce phénomène alarmant de déclin illustré par des représentations graphiques telles que celles affichées ci-dessous (fig. 4.8 et 4.9 ci-dessous).

Fig. 4.8. Taux de rétention vs. éditeurs actifs sur le projet Wikipédia en anglais de 2004 à 2009 * Les éditeurs actifs (en bleu) correspondent au nombre de comptes d'utilisateurs effectuant au moins 5 modifications au cours du mois * Le taux de rétention (rouge) fait référence au pourcentage d'éditeurs qui ont effectué leur première édition au cours du mois spécifié et qui ont également effectué des éditions 12 mois plus tard. (source :https://w.wiki/$fE)
Taux de rétention après une année et nombre d'éditeurs actifs sur la Wikipédia en français
Fig 4.9. Taux de rétention après une année et nombre d'éditeurs actifs sur la Wikipédia en français (source :https://w.wiki/$fF).

Les conclusions de cette étude furent les suivantes[N 11] :

  • Cette baisse représente un changement dans le taux de rétention des nouveaux arrivants désirables et de bonne foi.
    • La proportion de nouveaux arrivants de bonne foi qui rejoignent Wikipédia n'a pas changé depuis 2006.
    • Ces nouveaux arrivants de bonne foi sont plus susceptibles de voir leur travail rejeté.
    • Ce rejet permet de prédire la baisse de rétention observée.
  • Les outils semi-autonomes (comme en:WP:HUGGLE) sont partiellement en cause.
    • Il est de plus en plus probable que les outils de retour en arrière fassent revenir le travail des nouveaux arrivants de bonne foi.
    • Ces réversions automatisées exacerbent les effets négatifs du rejet sur la rétention.
    • Les utilisateurs de Huggle ont tendance à ne pas s'engager dans les meilleures pratiques pour discuter des retours.
  • Les nouveaux utilisateurs sont écartés de l'articulation des politiques.
    • Le processus formalisé d'approbation des nouvelles politiques et des changements de politiques garantit que les changements des nouveaux venus ne survivent pas.
    • Les nouveaux venus et les autres éditeurs se dirigent de plus en plus vers des espaces moins formels.[W 79][N 12]

Bien qu'elle ne prenne pas en compte l'hypothèse d'une influence négative des messages des récoltes de fonds, cette étude met par contre en évidence au niveau de l'encyclopédie anglophone pour le moins, une composante multifactorielle dans l'origine du déclin de participation. On y tient compte en effet de l'arrivée de nouveaux sites éditoriaux et d'expression publique (espaces moins formels) tel que Facebook et Tweeter qui monopoliseront progressivement les activités d'écriture et de partage offertes par l'espace Web alors que des changements de la politique éditorial au sein des projets jumelés à l'arrivée de programmes automatiques de maintenance auront très probablement incité certain utilisateurs du Web à s'orienter vers les réseaux sociaux conçu pour être conviviales dans le but d'accroitre leurs nombres d'utilisateurs pour en tirer un profit commercial.

Du reste, il est surprenant finalement de constater que les discussions du déclin de participation furent tardives et n'eurent lieu qu'environ 5 ans après son apparition. Au niveau du grand public sa révélation fut faite par Jimmy Wales lors de la 7ᵉ rencontre Wikimania de 2011[W 80] et ce sera deux ans plus tard seulement, en 2013, qu'une première publication scientifique traita du sujet. Celle-ci dénoncera pour sa part au sein d'une communauté composée à 90 % masculine « une bureaucratie écrasante avec une atmosphère souvent abrasive qui dissuade les nouveaux arrivants »[B 13][N 13].

Ces années furent certainement une époque réjouissante pour les détracteurs de l'encyclopédie libre, mais sur un ton mitigé toute fois, car la baisse de participation puis sa stabilisation aura permis de maintenir par exemple le taux de production de nouveaux articles au sein de encyclopédies en français tel que le démontre le graphique ci-dessous.

Utilisateurs actifs et nouveaux articles par mois sur Wikipédia en français
Fig. 4.10. Utilisateurs actifs et nouveaux articles par mois sur Wikipédia en français (source :https://w.wiki/$f9)

Cette stabilisation du nombre d'éditeurs aura donc au bout du compte permis le maintien du taux de production de nouveaux articles. Selon les versions linguistiques de Wikipédia, des systèmes de création de contenu automatisés qui auront certainement contribué à cette équilibre seront aussi à l'origine de spectaculaire croissance comme ce fut le cas le projet Wikipédia Suédois grâce au programme Lsjbot créé Sverker Johansson (voir figure 5.7. ci-dessous). Selon son auteur, ce programme est en effet capable de produire 10 000 articles par jour dans le but de lutter contre les biais de représentativités linguistique, géographique et de genre[W 81].

Graphique illustrant la croissance régulière du nombre d'articles pour les plus importantes versions linguistiques du projet Wikipédia.
Fig. 4.11. Graphique illustrant la croissance du nombre d'articles pour les plus importantes versions linguistiques du projet Wikipédia (source : https://w.wiki/34o6)

La progression des pages encyclopédiques s'accompagne aussi de procédures de labellisation catégorisant et mettant en évidence des articles de qualités et les bons articles au sein des encyclopédies. Inspiré du projet anglophone et lancée respectivement fin 2005[W 82] et début 2006[W 83], ces initiatives auront certainement apporté une plus-value en matière de fiabilité. Une fiabilité qui par ailleurs avait déjà fait l'objet de tout un débat en décembre 2005, lorsqu'une étude portant sur le projet anglophone et publié dans la revue scientifique Nature affirmait qu'en moyenne et pour chacun des 42 articles de thématiques scientifiques repris par l'étude[B 14], « Wikipédia contenait environ quatre inexactitudes ; Britannica, environ trois » [B 15],[N 14]. La vive réaction de l'Encyclopædia Britannica à l'égard de cette étude mit ainsi clairement en évidence la concurrence économique que représentait l'arrivée de Wikipédia dans le secteur des encyclopédies.

Graphique illustrant l'augmentation des articles de haute qualité sur le projet Wikipédia en anglais et en allemand
Fig. 4.12. Graphique illustrant l'augmentation des bons articles sur le projet Wikipédia en anglais (vert), allemand (rouge), et des articles de haute qualité en anglais (jaune) et en allemand (bleue) (source : https://w.wiki/34oC)

Dès 2008, cette concurrence fit d'ailleurs naître des inquiétudes chez des personnes tel que Pierre Assouline qui se posa la question de savoir si « les encyclopédies vont-elles mourir »[B 16]. Au niveau des encyclopédies papier, la réponse à cette question fut oui, mais la raison principale n'en fut probablement pas l’existence de Wikipédia étant donné que développement de la micro-informatique eu une grande part de responsabilité dans cette disparition. Avec l'arrivée des ordinateurs portables, tablettes, smartphones qui offrent un accès à l'information rapide et surtout très peu encombrant, l'intérêt de posséder chez soi des étagères de tomes encyclopédiques se perdit en effet rapidement[W 84].

L'arrivée de Wikipédia aura eu par contre un impact évident sur le marché des encyclopédies en ligne. Comme premier fait notoire figurera certainement la fermeture de l'encyclopédie Encarta produite par Microsoft le 31 octobre 2009[W 85] alors qu'en janvier de la même année Wikipédia drainait 97 % des visites sur Internet parmi les cinq premiers sites de référence[W 86].

Viendra ensuite la fermeture de l'encyclopédie Knol lancée en 2007 par Google, un deuxième géant du domaine informatique, et abandonné en mai 2012 suite à ce qui fut considéré comme un échec commercial[W 87]. Dans l'ombre de Wikipédia, ne persisteront que quelques rares projets d'encyclopédies généralistes se distinguant par l'expertise des auteurs ou examinateurs. Les deux exemples les plus connus tous deux en anglais uniquement et lancés au courant de l'année 2006 sont le projet Citizendium lancé par Larry Sanger en septembre 2006 et le projet Scholarpedia. Cependant, le 13 décembre 2020, le premier projet ne comprenait 76 090 articles[W 88], le deuxième 1812[W 89], alors que Wikipédia en compte plusieurs millions dans plusieurs versions linguistiques[W 51].

Au niveau francophone, il fut aussi un temps où un comité d'experts groupé autour d'une encyclopédie canadienne intitulée :Encyclopédie de l'Agora se réjouissait d'être « toujours les premiers dans Google »[W 90]. Fondée en 1998 par le philosophe Jacques Dufresne, cette encyclopédie perdit pourtant rapidement son privilège suite à l'apparition de Wikipédia. Ce fut au regret de son fondateur qui, sans aucune forme de rancœur selon lui, verra dans cet évènement une forme de « domination culturelle »[W 91] et de « soft power » [W 92]. Plus tard et toujours au niveau francophone, viendra ensuite en 2015, le sauvetage in extrémise de la célèbre Encyclopædia Universalis suite à un redressement judiciaire qui mettait en péril la poursuite de ses activités[W 93].

Toutefois, si les encyclopédies généralistes ont souffert de l'arrivée de Wikipédia, d'autres encyclopédies qui se distinguent par leur approche thématique du savoir, poursuivent leurs développements. Parmi les plus connues trouvées au sein d'une liste de plus de 80 encyclopédies en ligne disponible sur Wikipédia[W 94], je me limiterai ici à citer le projet MusicBrainz, une base de données musicale collaborative et universelle, Ékopédia, une encyclopédie dédiée à l'écologie au quotidien. J'ajoute ensuite à ces premiers exemples, deux autres projets issues du milieu universitaire cette fois que sont la The Stanford Encyclopedia of Philosophy et Anthropen un dictionnaire spécialisé dans le domaine de l'anthropologie.

L'histoire économique du mouvement Wikimédia ne se limite évidemment pas à celle de son l'encyclopédie, puisque la concurrence économique créée par le mouvement Wikimédia concerne aussi le secteur des dictionnaires avec l'arrivée du pojet Wiktionnaire qui apparait aussi comme l'un des produits de niche situé sur le Web[B 17]. En 2005 et au niveau des receuils de citations, le projet Wikiquote en français fut quant à lui inquiété par une plainte adressée à Wikimédia France et relayée sur Meta-Wiki accusant le projet wikimédien de récupérer de manière illicite le contenu d'une base de donnée protégée par un droit d'auteur[W 95]. Bien que l'idée de clôture du projet n'ait pas été retenue, il aura toutefois fait l'objet d'un redémarrage complet avec la mise en place d'une politique de traçabilité des citations plus exigeante[W 96].

Ce dernier épisode de l'histoire du mouvement rappele donc que les projets Wikimédia bien que gratuits et soutenus par des organsiations à but non lucratifs, s'incèrent au coeur du marché tout et sont en ce sens, soumis aux même contraintes économiques que tout autres produits. En juillet 2015, autre exemple, ce fut cette fois le projet Wikitionnaire qui fut inquiété par une plainte adressée par courriel à l'un de ses administrateurs par l'entreprise 3M pour s'opposer à la présence des noms de marque post-it et scotch au sein du dictionnaire libre. La réclamation non officielle fut toute fois laissée sans suite en raison du fait que les termes étaient passés dans le langage courant et qu'ils trouvaient donc tout naturellement leurs places au sein d'un dictionnaire. Dans un réflexe typiquement conservateur, l'entreprise en question n'aura sans doute pas compris que lorsqu'un nom de marque apparait dans un dictionnaire, c'est à la fois une preuve de réussite commerciale une publicité gratuite.

Le projet Wikimedia commons à son tour, fut aussi marqué par une affaire économique d'importance en 2011. Celle-ci prit naissance suite au téléchargement sur le site d'autoportraits produits par des macaques nègres avec le matériel photographique de David Slater, un photographe animalier. Alexandre Hocquet décrit en détail cette histoire dans l'une des vidéos produites au sein d'un projet dédié à enseigner Wikipédia par les anecdotes[V 2]. On y découvre que les demandes de suppression des clichés et du paiement de droit d'auteur du photographe furent refusées par la fondation Wikimédia. Celle-ci rejoint en effet l'avis de sa communauté de contributeurs considérant les œuvres produites par des êtres non humains et donc non reconnus comme personnes physique ou morales, ne peuvent faire l'objet d'un droit d'auteur. Cette postition fut d'ailleurs par la suite validée par le bureau américain du droit d'auteur qui tranchera juridiquement la situation en faveur du mouvement Wikimédia[W 97],

Vidéo 4.13. Vidéo : Enseigner Wikipédia par les anecdotes :Le Selfie du Macaque (source : https://w.wiki/34oD)[V 3]

Heureusement, l'économie n'est pas seulement fait de conflit et de compétition. En 2019 par exemple, le Wiktionnaire en français qui est le deuxième projet francophone le plus actif après Wikipédia[W 51], sa communauté d'éditeurs, l'association Wikimédia France et les éditions Garnier, s'associèrent tous ensemble pour produit le Dico, un dictionnaire broché qui reprendra les définitions des 40 000 mots de la langue française les plus recherchés en 2018 selon des statistiques produites au départ de 11 millions de recherches faite au sein du Wiktionnaire[W 98]. Ce partenariat parmis d'autres apporte donc la preuve que le mouvement Wikimédia est capable de collaborer avec d'autres acteurs économiques, sans but lucratif et même commerciaux sans que cela ne pose problème ni au communauté ni à la fondation et associations affiliées au mouvement.

Un des premiers partenariats du genre apparut déjà en 2005, lorsque la fondation établit avec l'entreprise Yahoo un accord très médiatisé dans le but d'héberger le contenu des projets Wikimédia diffusé en Asie[W 99]. Avant Yahoo, Google avait déjà offert des services d'hébergement sans qu'il y eût de suite[B 18]. Un refus sans conséquence semble-t-il, puisqu'il n’empêcha pas pour autant l'entreprise de garder contact avec la fondation et même de devenir un mécène important qui devancait d'autre géants du Web tels que Facebook ou Amazone avec un premier versement de 2 millions de dollars américain en 2010[W 100]

Un autre partenariat, controversé pour l'heure et toujours en raison de la présence de publicité[W 101], fut un premier du genre établit en 2009 avec la firme Orange pour permettre à l'entreprise de bénéficier d'un accès aux contenus Wikimedia sur ses portails web et mobile dans certains pays[W 102]. Comme autre exemple apparait aussi en 2018 une convention dans laquelle Google offrira une aide technique et financière à un projet intitulé projet Tiger[W 103] consacré au développement des langues minoritaires indiennes au sein de l'encyclopédie libre[B 19].

Il ne faut pas non plus ensuite s'imaginer que les projets collaboratifs Wikimédia n'auront jamais développé en interne des relations économique entre ses contributeurs. À une époque, apparu en effet au sein de certain projet un système de rétribution symbolique des éditeurs par de la WikiMoney gérée au sein d'une WikiBanque. Le principe reposait sur une sorte de crédit mutuel basé sur une devise virtuelle frappée du sigle ψ et comptabilisé entre les éditeurs désireux d'en faire usage sur une page faisant office de banque. Mis en place au courant de l'année 2003 sur différents projets francophones anglophones et nipponophones, il disparut toutefois en février 2007 après une période d'inactivité de huit mois sur le projet francophone[W 104] et quelques mois plus tard sur Wikiversité[W 105].

Sur Wikipédia en français, cette disparition fut très certainement influencée par la présence d'un groupe d'une centaine d'éditeurs qui se sont opposés à la WikiMonnaie de manière quelque peu humoristique. Surnommés les « WikiSchtroumpfs » ils ont véritablement construit leur activisme en prenant pour référence l'album Le Schtroumpf financier dans lequel on voit apparaitre des conséquences désastreuses au sein du village de petits homme bleues suite à l'introduction de l'argent dans un monde qui avait toujours vécu sans[W 106].

Si les questions d'argent ont disparu des sites éditoriaux Wikimédia depuis 2007, elles restent pourtant très présentes dans d'autres espaces web hébergés par le mouvement. Tout d'abord sur le site de la fondation où l'on trouve des rapports financiers ainsi que sur le site Wikimedia endowment comme cela a été vu, mais aussi sur la page donate.wikimedia.org destinée à accueillir les personnes désireuses d'offrir un soutien financier au mouvement. Un lien présent sur tous les projets éditoriaux Wikimédia redirige de fait les donateurs vers cette espace dont les plus anciennes archives de 2004[W 107][W 108] indiquent qu'on y faisait référence à l'ensemble des projets, alors qu'en 2021 la référence aux projets se limite à Wikipédia seulement.

En poursuivant cette première observation par la comparaison de la version en français[W 107] et en anglais[W 108] de 2004 et celles du 5 février 2021 [W 109][W 110] affichées près de quinze ans plus tard, on s’aperçoit aussi que la version anglaise de 2021, est nettement plus direct et culpabilisant que la version francophone, par ailleurs très proche de la version portugaise[W 111]. De plus, il apparait dans les versions récentes que le texte explicatif sur l'utilisation des dons, très semblable d'une version linguistique à l'autre, aborde en premier lieu les frais d'infrastructure pour parler seulement ensuite des frais de personnel en indiquant un nombre d'employés qui divergent d'une version linguistique à l'autre, tout en restant obsolètes au niveau des trois langues observées.

Toutes ces observations mettent ainsi en évidence une volonté d'efficacité dans la récolte de fonds dont il faut savoir que l'organisation est guidée par des tests pouvant aller jusqu'à des choix typographiques tel l'utilisation de caractères gras[W 112]. Derrière tous ces choix, nous avons vu dans le deuxième chapitre de ce travail qu'il existe au sein de la fondation une équipe qui rassemble en 2020, trente et un salariés dont l’objectif principal est d'assurer une augmentation constante des recettes par le biais de campagnes de donations[W 113]. Depuis 2014, un ratio relativement stable de 3,03 % à 4,63 % est d'ailleurs maintenu entre le coût des campagnes et le total des dons récolté[W 114]. Grâce aux rapports annuels produit par cette équipe[W 115] et selon le graphique repris ci-dessous (figure 4.9), on peut ainsi observer que depuis 2015, le montant moyen des dons se sera stabilisé autour de 15 USD.

Taille moyenne des dons au mouvement Wikimédia pour les années fiscales allant de 2012 à 2020
Fig. 4.14. Taille moyenne des dons au mouvement Wikimédia pour les années fiscales allant de 2012 à 2020 (source : https://w.wiki/34oF)

Toujours depuis des observations menées depuis 2014, le tableau 4.2 produit ci-dessous nous informe aussi au sujet d'une relative stabilité proportionnelle de l'argent reçu en fonction des méthodes de collectes. Comme seule une évolution concernant les dons récoltés sur les projets éditoriaux apparait la diminution de ceux offerts au départ d'un ordinateur de bureau expliquée sans doute par l'accroissement des dons fait au départ d'appareils mobiles et par domiciliations bancaires.

Tab. 4.2. Évolution des dons en US Dollars à Wikimédia selon leurs origines et par années
Années 2014/15[W 116] 2015/16[W 117] 2016/17[W 118] 2017/18[W 119] 2018/19[W 120] 2019/20[W 121]
Bureaux 35 900 000 28 800 000 29 200 000 26 885 173 24 812 000 23 566 298
Courriels 8 300 000 16 900 000 23 500 000 24 465 793 29 224 326 30 774 715
Mobiles 7 600 000 6 300 000 8 200 000 13 562 575 19 194 528 21 942 428
Grands dons 10 700 000 9 500 000 10 200 000 11 595 033 14 130 163 14 879 276
Chapitres 6 600 000 6 600 000 8 200 000 11 238 929 9 454 198 10 186 345
Domiciliations 4 400 000 5 200 000 5 524 673 8 599 002 12 684 393
Autres 6 200 000 4 700 000 6 500 000 5 524 673 7 575 655 10 097 593
Totaux 75 300 000 77 200 000 91 000 000 98 796 849 112 989 872 124 131 048
Tab. 4.3. Évolution des dons à Wikimédia en pourcentage, selon leurs origines et par années
Années 2014/15 2015/16 2016/17 2017/18 2018/19 2019/20
Ordinateurs 48 % 37 % 32 % 27 % 22 % 19 %
Courriels 11 % 22 % 26 % 24 % 26 % 25 %
Mobiles 10 % 8 % 9 % 14 % 17 % 18 %
Grands dons 14 % 12 % 11 % 11 % 12 % 12 %
Chapitres 9 % 9 % 9 % 12 % 8 % 8 %
Virements 6 % 6 % 7 % 8 % 10 %
Autres 8 % 6 % 7 % 5 % 7 % 8 %

Pour clôturer cette section sur l'histoire économique du mouvement il reste enfin à partager un récent épisode de 2019-2020 qui aura rassemblé la communauté des contributeurs et divers responsables d'associations locales[W 122] pour s’opposer au désir de la fondation de rentabiliser la popularité du nom de marque Wikipédia pour des raisons de marketing non dissimulées. Organisée sur sur le site Meta-Wiki, un appel à commentaire concernant les mesures de rebranding aura attiré l'attention de milliers de personnes pour rassembler au total plus de 500 signatures d'opposition contre moins d'une cinquantaine de votes favorables au changement d’appellation[W 123]. L'ampleur de cette opposition contraindra finalement le conseil d'administration de la fondation à suspendre la procédure de changement d'image de marque[W 124].

Plus récemment encore, c'est une nouvelle proposition de créer un nouveau projet interdépartemental appelé Wikimedia Enterprise initialement intitulé Okapi[W 125] dans le but d'ouvrir des services « autofinancés », ou autrement dit payant, pour les utilisateurs commerciaux à grande échelle du contenu Wikimedia[W 126]. Ce projet qui se motive au départ d'un essai[W 127] qui se veut rassurant, est censé répondre à tout un ensemble de principes[W 128] et répondre à tout une série de questions[W 129], qui informe que le projet sera en open source mais sera hébergé sur Amazon Web Services (AWS) faute d’alternative avec un nom de domaine en « .com » qui sera géré par une société à responsabilité limitée (SARL) déjà créée par la fondation pour se protéger en cas de litige mais qui restera sous le contrôle de son conseil d'administration. Reste enfin à signaler que cette entreprise sera sous juridiction américaine et sera donc tenue par exemple de respecter les interdictions de fournir ses services à certains pays.

Une première leçon d'histoire

À la suite de cette revue historique de l'économie Wikimédia, il apparait donc clairement que la communauté des éditeurs se sera toujours opposée à la diffusion de toute forme de publicité au sein de ses projets tout et refusera la plupart des cas de se plier aux intimidations des acteurs économiques (selfie du macaque, plainte à l'encontre de Wikiquote et Wiktionnaire). Par contre et de façon paradoxale au premier regard, elle ne s'oppose dans l'absolu à l'établissement de partenariats commerciaux ni même à la récupération commerciale des produits Wikimédia par ailleurs diffusés sous une licence libre qui en donne l'autorisation (CC.BY.SA).

Ce paradoxe disparaît cependant dès que l'on sait que la clause de partage à l'identique (SA pour Share Alike) baptisée copyleft oblige les commerciaux issus du contenu Wikimédia à être soumis à la même licence que celle utilisée par le mouvement. Cela signifie par exemple que le contenu récupérer sur un projet peut constituer peut-être vendu sous forme de livre tel que le fait déjà la une firme commerciale PediaPress[W 130]. Mais cela signifie aussi que les livres seront à leurs tours libres d'usages et de reproductions pour peu que l'on continue à créditer les auteurs et à maintenir la licence originale produite par le mouvement Wikimédia. C'est ainsi le propre de la condition de partage à l'identique (share alike ou SA) qui empêche donc à une entreprise commerciale de s’approprier le travail des éditeurs pour le mettre à son nom et en imposer via un copyright, un usage restrictif ou conditionnel.

Ce positionnement par rapport à l'usage des produits Wikimédia est en outre tout à fait cohérent avec la mission du mouvement vouée au partage des connaissances humaines. Car en interdisant l'usage commercial des contenus Wikimédia, on interdirait aussi par exemple la vente de manuels scolaires ou autres livres pédagogiques produits au départ de ces contenus wikimédia et dont le prix d'impression ne pourrait pourtant pas être nul. Par contre, à côté de cette plasticité concernant l'usage commercial de ses produits, la communauté Wikimédia apparait tout à fait réfractaire à l'utilisation de méthodes commerciales au sein même de son mouvement. Les vives réactions par rapport au jumelage Virgine Unite, au partenariat avec Orange et de la tentative de rebranding planifiée par la fondation sont trois exemples parmi d'autres.

Fort de ce modèle économique original basé sur la gratuité et la participation volontaire d'éditeur bénévoles, l'encyclopédie Wikipédia réussit ainsi à bouleverser complètement le marché économique dans lequel elle prit naissance, tout en empêchant par la suite l'arrivée de toute nouvelle concurrence quand bien même que celle-ci fut financée par l'acteur le plus puissant du web. Les projets Wikimédia ont ensuite fait preuve d'une grande capacité de résilience suite à une baisse de participation due au départ de certains contributeurs, mais aussi et surtout au manque de rétention des nouveaux arrivants. Nous avons vu que les raisons de cette baisse d'activité étaient multi factorielle, mais que son arrivée brutale peut être expliquée par une méthode nouvelle et pour le moins maladroite à mes yeux, dans laquelle la récolte de dons invite implicitement les lecteurs à renoncer à l'édition des projets au bénéfice d'une participation financière au mouvement.

Contrairement à la sphère en ligne qui s'oppose à toute forme de publicité et se désintéresse de tout aspect financier (Wikistroumpfs), la sphère hors ligne du mouvement et la fondation Wikimédia en particulier qui en a la charge, accorde par contre une grande attention sur les rentrées financières du mouvement. Avec une équipe qui représente environ 6 % de son personnel et qui utilise près de 4 % de son budget annuel, la fondation Wikimédia assure les revenus financiers du mouvement au départ de campagnes de donations annuelles[N 15]. Celles-ci diffusent un message dont l'efficacité repose sur des recherches pointues, et dans lequel la justification première au don est la nécessité de maintien d'une infrastructure et la seconde d'assurer les frais de personnel dont l'efficacité se voit vantée[W 109][N 16].

La constante augmentation du budget récolté aura ainsi permis une impressionnante croissance de la fondation et des frais liés à son fonctionnement dont rien que les salaires représentent depuis 2015 environ 50% de son budget total. Si on ajoute à ceux-ci les frais liés au fonctionnement professionnel de voyage et de service en nature et toujours au niveau de ces cinq années, on en arrive alors à près de 75% de la totalité du budget de la fondation consacré à maintien de son personnel dont moins de la moitié est investie dans le maintien et le développement de l'infrastructure[N 17]. Ceci alors qu'en contrepartie, les frais d'hébergement Internet toujours en baisse au niveau de leur pourcentage par rapport aux dépenses globales du mouvement seront passés de 4 à 2%.

Évolution des dépenses de la fondation Wikimédia par rubriques et en pourcentage de ses dépenses totales
Fig, 4.15. Évolution des dépenses de la fondation Wikimédia par rubriques et en pourcentage de ses dépenses totales

Face à une telle croissance de besoin financier Guy Macon, un contributeur actif sur le projet Wikipédia anglophone depuis 2005 aura publié un billet intitulé Wikipedia has cancer (Wikipédia a le cancer). Sans reprendre ici toutes les critiques portés à la fondation contenue dans ce texte, cette métaphore avait pour but principal de soulever des inquiétudes concernant la pérennité du fonctionnement de la fondation en proposant comme solution la création d'un fonds d'investissement pour palier à ce risque. Katherine Maher, directrice de la fondation à cette époque rassura toute fois l'auteur en lui signalant qu'un fond de dotation Wikimedia (Wikimedia Endowment)[W 131] existait déjà depuis 2016 avec pour but d'atteindre 100 millions de dollars américain en 2026 alors qu'il engrangait déjà 90 millions de dollars US le 2 janvier 2021[W 132].

Pour un observateur extérieur au mouvement tel le journal Quartz, la fondation Wikimedia n'est sujette à aucun risque financier étant donné que ses dépenses restent constamment au-dessous de ses revenus. Au contraire, elle affiche une marge d'exploitation saine qui fait bien mieux que ses concurrents[W 133]. Du reste, deux ans avant ce commentaire, le Washington Post se demandait déjà pourquoi il faudrait donner son argent à une organisation qui en a déjà « une tonne », tout en remarquant au passage que dans une telle situation, les messages de récoltes de fonds étaient abusivement alarmants[W 134].

Qu'un journaliste compare la fondation reconnue comme organisme sans but lucratif et non gouvernemental à des firmes commerciales succite question. Contrairement à la plupart des sites .com dont le but est de rapporter le plus d'argent aux propriétaires et investisseurs, les sites du mouvement Wikimédia sont en effet là pour répondre à une mission de partage libre et gratuit du savoir humain. Cette comparaison entre des organismes à but lucratif et un organisme à but non lucratif, ainsi que le projet d'ouvrir un site .com au sein du mouvement et de commencer à vendre un accès privilégié au information contenues dans les projets Wikimédia au travers du projet Wikimedia enterprise sont donc des premiers indicateurs d'une dérive de la mission de libre partage du mouvement qui sera débattue en fin chapitre.

Il est ensuite remarquable que l'association Suisse et Allemande sont les seules à gérés directement les dons offerts par leurs compatriotes via les campagnes de donc organisées au sein des projets éditoriaux et après toute fois avoir transmis un pourcentage du montant total à la fondation Wikimedia[W 135]. Pour les autres associations nationales, les rentrées financières proviennent alors de demande de subvention adressées au comité des fonds[B 20] de la fondation Wikimédia[B 21] et de campagnes de soutien orchestrées localement[V 4], dont certaines peuvent donner accès à une déduction fiscale[W 136]. Certaines associations locales telles que Wikimédia Italie[W 137] et Wikimédia Pologne[W 138] bénéficient aussi d'un soutien financier étatique provenant directement d'une partie d'impôts communautaires que les citoyens sont libres d'attribuer à des organismes d'intérêt public.

Pour le reste, il faut savoir aussi que la fondation Wikimédia, mais aussi les associations nationnales bien qu'à plus petite échelle, accordent aussi des financement pour des projets individuels et collectifs. En 2013-2014, le comité de distribution des fonds, aidé par un logiciel d'aide à la prise de décision, a en effet accordé des financements à des individus, groupes et associations dans plus de 60 pays du monde, et 30 communautés linguistiques et thématiques[B 22]. Ce système de financement est cependant régulièrement soumis à des refontes comme c'est encore le cas en 2020-2021[W 139] et on peut lui reprocher certaines difficultés d'accès pour les personnes n'ayant pas d'expérience spécifique dans la présentation de ce type de dossier alors que des organismes spécialisés et extérieurs au mouvement y trouveront des facilités[B 23], de plus on peut observer des délais parfois très important entre l'acceptation de la demande et la réception des fonds[N 18].

Au terme de cette section, j'aimerais finalement attirer l'attention sur le fait que l'utilisation quasi exclusive de l'espace web comme support de partage de la connaissance au sein du mouvement wikimédia demande effectivement de sérieux investissements financiers. Que ce soit au niveau de l'infrastructure matérielle et plus encore au niveau de al main d’œuvre hautement qualifiée, le maintien et le développement des activités au sein du mouvement justifie, comme cela a été vu, la moitié de l'argent dépensé au sein du mouvement. Il est donc important à présent de rendre visible et compréhensible l’activité technique au sein du mouvement Wikimédia au travers son histoire.

Introduction à la technologie Wikimédia

Dix ans de participation active au sein des espaces éditoriaux Wikimédia m'auront donné l'occasion d'assisté à toute une série de changements techniques qui auront littéralement transformé mon expérience utilisateur. À partir de 2010, la fondation commença effectivement à s'investir plus sérieusement dans l'amélioration de l'expérience utilisateur[W 140] et dès l'année 2013 les innovations au niveau des fonctionnalités n'ont faite que se succéder. Ce choix de la fondation fut pour moi une démarche réellement salvatrice pour la rédaction en ligne de cette présente thèse de doctorat. Durant l'été 2011, lorsque je rédigeais mon mémoire de fin de master sur Wikiversité, je n'avais d'autre choix que de rédiger son entièreté au départ d'une syntaxe HTML simplifiée appelée WikiCode. C'était deux ans avant qu'apparaissent les fonctionnalités de type Ajax ou WISIWIG déjà en vogue sur les réseaux sociaux pour permettre d'éditer les pages avec une interface proche d'un traitement de texte simplifié et donc sans voir apparaitre aucun code informatique.

À l'époque de mon travail de fin d'étude de master, il n'y avait pas non plus de système de notification des messages adressés aux autres utilisateurs en dehors d'un avertissement lorsque l'on était contacté sur sa propre page de discussion utilisateur. Pour facilité mes échanges durant mon travail de master, j'avais d'ailleurs improvisé la création de sous pages de discussions dans le but d'établir des dialogues avec les membres de la communauté[W 141]. Sans ces deux changements majeurs concernant l'édition et la communication au sein des projets Wikimédia, la réalisation de cette thèse aurait donc demandé beaucoup plus de travail pour sa rédaction alors que certains dispositifs dialogiques auraient été certainement moins efficaces.

Voici pour se faire une idée de la relative complexité du wikicode, un contenu relativement simple contenant une phrase avec une référence, un hyperlien, une image, et un simple tableau à quatre entrées, dont le wikicode sera affiché par la suite[N 19].


Image tirée de l'ouvrage Jupes troussées[B 24] trouvé sur Wikisource avec cette note fictive et un simple tableau.

Image démo
Fig. 4.16. Image démo (source:https://w.wiki/32hj)
Tab. Fictif
A B
a 1 2
b 3 4

---- Image tirée de l'ouvrage ''Jupes troussées''<ref group="B">{{Ouvrage|prénom1=E.|nom1=D|titre=Jupes troussées|éditeur=Imprimerie de la société cosmopolite|date=1889|lire en ligne=https://fr.wikisource.org/wiki/Jupes_trouss%C3%A9es|consulté le=2021-02-26}}</ref> trouvé sur [[w:fr:Wikisource|Wikisource]] avec cette note fictive<ref group="N">Note fictive pour démonstration du WikiCode</ref> et un simple tableau. [[Fichier:Jupes troussées-Bandeau-8.jpg|alt=Image démo|gauche|vignette|Image démo (source:https://w.wiki/32hj)]] {| class="wikitable sortable"|+Tab. Fictif !!A!B|-|a|1|2|-|b|3|4|}{{Clear}} ----


Il faut enfin rappeler que la mise en place des nouvelles fonctionnalités sur Wikiversité comme sur les autres projets doit toujours faire l'objet d'une prise de décisions au sein de la communauté selon un processus aussi rébarbatif qu'incontournable. Comme exemple parlant, je cite ici une prise de décision organisée sur Wikipédia de 2012 dans le but supprimer les crochets entourant les renvois vers les notes et références, (exemple[1] - exemple1). La décision ne fut prise qu'après 22 jours de discussion et 27 jours de votes durant lesquels auront participé 174 utilisateurs[W 142]...

Cette modification de l'apparence des indices de renvoi vers les références aura pu être faite par un contributeur bénévole disposant de statuts et d'outils techniques expresse accordé par la communauté suite à un vote[N 20]. Mais d'autres modifications sont impossibles à réaliser au départ d'un simple navigateur web. Dans ce cas de figure, la communauté d'éditeurs doit alors se rendre sur le site Wikimedia Phabricator[W 143] pour faire la demande de changement à un groupe de développeurs qui disposent d'un accès direct et privilégié aux serveurs informatiques.

Composé de salariés de la fondation et de bénévoles accrédités, ce groupe d'informaticiens effectue ainsi tous les mois des milliers de modifications de code[B 25] sur demandes de la fondation ou selon les souhaits de la communauté d'éditeurs[W 144]. Lorsque les souhaits et les volontés de la fondation s'opposent à ceux de la communauté d'éditeurs, cela peut alors parfois aboutir à des situations conflictuelles comme cela va être illustré par quelques moments-clefs récupérés au sein des archives du mouvement précédemment citées et auxquelles s'ajouteront cette fois le journal d'actualité technique du logiciel MediaWiki[W 145] et le journal des étapes importantes des projets Wikimédia[W 146],

L'histoire technologique du mouvement

Au niveau francophone, l'évolution technique Wikimédia débutera le 11 mai 2001 avec la création du site french.wikipedia.com un peu moins de quatre mois après la création de Wikipédia en anglais[W 147]. Les projets frères de Wikipédia apparaîtront par la suite avec en premier lieu le Wiktionnaire, lancé en décembre 2002 dans sa version anglophone[W 148] et un an et demi plus tard pour sa version francophone. Viendront ensuite tour à tour les autres projets éditoriaux dont Wikidata sera le dernier en date a nécessité d'une nouvelle installation de logiciel MediaWiki sur les serveurs Wikimédia en 2012.

Suite à la création de Wikipédia, il ne fallut ensuite attendre pas plus tard qu'octobre 2002 pour qu'apparaisse au sein de Wikipédia en anglais un premier bot intitulé Rambot. De manière comparable à Lsjbot dont il fut déjà question dans ce chapitre, ce premier bot avait pour mission de créer automatiquement 33,832 articles concernant une liste des villes américaines fournie par le bureau du recensement des États-Unis[B 26]. Tout comme Lsjbot, Rambot fut à l'origine de critiques virulentes sans qu'il soit toujours possible de savoir si elles s'adressaient au robot ou à son créateur[V 5]. De ces discussions, aura vu le jour une nouvelle politique au sein du projet afin de distinguer l'humain de l'automate au niveau des comptes utilisateurs[B 27]. En octobre 2020, alors qu'il y a 82 robots actifs sur Wikipédia[W 149] et 9 sur Wikiversité[W 150], leur mise en fonction doit être soumise à l'approbation de la communauté avec au moins 75% de votes favorables.

À côté de ses programmes d'édition automatique, apparaîtront aussi de nombreux programmes voués à la protection des projets face aux utilisateurs malveillants tel que les spammeurs ou vandales de tout type. Certains de ces algorithmes sont aussi des bots qui fonctionnent au départ d'un compte utilisateur, alors que d'autres apparaissent sous forme d'extensions du logiciel MediaWiki tel que le système AbuseFilter qui bloque l'ajout de certains liens externes non désiré au sein des projets[W 151]. D'autres programmes fonctionnant en JavaScript cette fois peuvent aussi être activés individuellement au départ d'un compte utilisateur pour offrir de nouveaux outils de contrôle au départ d'une interface graphique. C'est par exemple le cas du programme LiveRC qui permet de voir défiler en temps réel toutes les nouvelles modifications faite au site tout en étant muni d'une panoplie d'outils de communication et d'intervention (voir figure 4.12. ci-dessous).

Copie d'écran de l’interface de LiveRC en 2014
Fig. 4.17. Copie d'écran de l'interface de LiveRC en 2014 (source : https://w.wiki/34oJ)

En septembre 2004 apparu la plate-forme Wikimedia Commons grâce à laquelle il fut désormais possible de centraliser en un seul lieu presque tous les fichiers utilisés sur l'ensemble projets de manière à pouvoir supprimer les doublons et donc réduire les besoins du mouvement en espace de stockage informatique. Sur ce site, d'autres innovations faciliteront ensuite la recherche, la consultation et le visionnage des fichiers hébergés.

L'année 2004 vit aussi apparaitre au sein des projets un nouvel espace de noms intitulé modèle dont le but cette fois est de centraliser sur une seule page un travail qui autrement aurait dû être effectué de manière récurrente sur de nombreuses pages. Ce système a aussi pour avantage d'homogénéiser l'apparence des projets tout en offrant la possibilité d'un changement qui sera effectif sur de multiple pages en une seule action. Cet espace de nom tout comme de nombreux autres destinés à la catégorisation, aux discussions, à l'entraide, à l'organisation et la gouvernance des projets sont peu visibles par rapport aux pages destinées aux lecteurs de contenus. Les pages situées dans ces espaces de nom représentent ainsi la face cachée de l'iceberg des activités d'écriture au sein des projets. Elles sont par exemple dans le projet Wikipédia en français, quatre fois plus nombreux que les pages encyclopédiques[W 149] et deux fois plus nombreuses sur la Wikiversité francophone par rapport aux pages dédiées à l'enseignement et la recherche[W 150].

Au début du mois d'août 2005 et lors de la première rencontre Wikimania à Francfort[W 152], les administrateurs de Wikipédia qui réfléchissaient à une meilleure protection de leur encyclopédie et se mirent d'accord sur le fait qu'il n'était « pas question de geler des pages entières en attente de validation. »[B 28]. Une décision importante et courageuse dès lors qu'on la replace à une époque où l'édition de Wikipédia était entièrement ouverte et que les seuls outils pour protéger les modifications malveillantes étaient le blocage de compte ou d'adresse IP et la protection de pages qui devenaient dès lors uniquement modifiables par les administrateurs du site.

Sans le savoir, cette réunion anticipait un premier grand scandale apparu le 5 décembre 2005 suite à la découverte de propos diffamatoires au sein de l'encyclopédie anglophone affirmant que le journaliste John Seigenthaler était impliqué dans l'assassinat de John F. Kennedy. Suite à cette affaire qui eu un très grand retentissement médiatique, Jimmy Wales décida d'obliger les contributeurs de Wikipédia en anglais à créer un compte utilisateur avant de pouvoir créer de nouveau article[B 29]. Ce choix ne sera cependant pas mis en place sur les autres projets wikimédia et versions linguistiques de Wikipédia.

Par contre, une nouvelle fonction fut pour sa part généralisée dans le but d’interdire aux utilisateurs non enregistrés et aux comptes nouvellement créés d'éditer les pages « semi-protégées » par les administrateurs. Dans la même foulée, des nouveaux statuts de surveillance et de contrôle furent mis en place pour permettre à certains utilisateurs de confiance de contrôler l'adresse IP d'un compte enregistré (statut de Vérificateur d’utilisateur[W 153]) ou de rendre invisible une page ou certaines de ces modifications invisible aux utilisateurs qui ne bénéficient pas du même privilège (statut de masqueur de modification[W 154]).

Ce sera ensuite en 2006 qu'apparu le projet Incubator comme lieu de maturation de nouvelles versions linguistiques des projets déjà existants[W 155] à l’exception du projet Wikisource qui bénéficie d'une plateforme indépendante hébergée à l'adresse wikisource.org[W 156] et du projet Wikiversité bêta apparu peu de temps après Incubator sur site un séparé bien qu'il soit similaire en matière d'activités. L'année 2007 quant à elle fut marquée par l'arrivée de 56 nouveaux serveurs et de nouveaux équipements réseau ainsi que l'apparition de la fonctionnalité FlaggedRevs qui permet aux relecteurs et contributeurs d'évaluer les révisions des articles et de choisir celles qui seront affichées par défaut aux yeux des visiteurs[W 157]. Alors que cette fonctionnalité est utilisée par défaut sur la quasi totalité des articles sur Wikipédia en allemand, elle n'aura pas le même succès au sein de tous les projets puisque sur le projet anglophone par exemple, elle n'est utilisée que sur 0.05 % des articles[W 158]. 2007 fut aussi pour les communautés de Wikipédia l'arrivée de ce que la communauté de Usenet avait appeler le septembre éternel pour illustrer le fait que l’afflux de nouvel utilisateur ne se concentrait plus au mois de septembre à la rentrée des étudiants, mais bien toute l'année[V 1].

Alors que l'année 2008 fut marquée par l'apparition d'une interface de programmation qui offrira au logiciel MediaWiki la possibilité d'échanger des informations ou autres types de services avec d'autres logiciels distants, celle de 2009 le fut par le développement du projet usability et de son site wiki dédié à une augmentation mesurable de la convivialité de Wikipédia envers les nouveaux contributeurs et selon des modifications faites au logiciel MediaWiki basées sur des études comportementales réalisée parmi les utilisateurs dans le but de réduire les obstacles à la participation[W 159].

C'est par la suite durant l'année 2010 qu'apparut une crise important au sein du mouvement au départ d'une accusation portée par Larry Sanger selon laquelle Wikimédia Commons hébergeait de la pornographie infantile. Cette information reprise par les médias avait poussé Jimmy Wales à supprimer tout un lot d'images sans concertation de la communauté d'éditeurs. Certaines d'entre elles étaient des images artistiques telles celle de Thérèse d'Avila dessinée par le peintre belge Félicien Rops. Le comportement de Jimmy Wales provoqua une réaction si vive au sein de la communauté qu'elle poussera le cofondateur de l'encyclopédie à se destituer lui-même de ses droits d'administration sur l'ensemble des sites Wikimedia le 9 mai 2010[W 160]. Cette crise se poursuivit en novembre de la même année lorsque le projet d'installation d'un filtre pour images indécentes, dangereuses, et culturellement inacceptables aux yeux de la fondation, provoqua au sein du projet Wikipédia en allemand des discussions au sujet d'une possible scission avec le mouvement Wikimédia[B 30] qui finalement empochèrent au projet de filtrage de voir le jour.

Durant l'année 2011 apparurent comme nouveautés technologiques, le protocole sécurisé HTTPS sur l'ensemble des sites, la possibilité de spécificité son genre sur les comptes utilisateurs et le démarrage du projet Wikimedia Labs comme un environnement utilisant des machines virtuelles pour effectuer des tests, essais et l'expérimentation diverse avant leur application réelle au sein de projets[W 161]. Ce projet fut par la suite remplacé en 2017 par le Wikimedia Cloud Services qui fournit actuellement des outils, des services et un soutien aux collaborateurs techniques qui souhaitent contribuer aux projets de logiciels Wikimedia[W 162].

Suite à l'apparition de l'Internet mobile et une consultation de plus en plus grande des projets Wikimédia au départ d'appareils mobiles, le mouvement commença dès lors à s'intéresser de plus en plus à ce nouveau type d'utilisateur en produisant dès 2011 les premières applications mobiles Wikimedia[W 163]. Apparues jusqu'en 2013 pour être améliorées ensuite, ces premières applications répondaient ainsi à un marché en plein expansion[W 164]. Parmi celles-ci figurent une application qui permet aujourd’hui de consulter et modifier les page de Wikipédia mais aussi une autre dédiée à Wikimedia Commons pour faciliter la consultation des fichiers présents dans la médiathèque et le téléchargement ou le transfère de nouveau contenu situé sur l'appareil mobile.

Peu de temps après en 2012 et toujours dans une optique orientée Internet mobile, le Wikipedia zero[W 165] qui imitera les actions de marketing direct du projet Facebook zero lancé deux ans au par avant et qui permit à la compagnie de conquérir le marché africain à une époque ou 99% de l'accès à Internet se faisait au départ d'appareils mobiles[B 31]. Suite à une baisse d'intérêt des utilisateurs selon les dires de la fondation[B 32], mais sans doute aussi en raison des critiques liées à la neutralité du net[B 33], le programme Wikipédia Zéro dans lequel était associés 97 opérateurs de téléphonie mobile dans 72 pays[W 166] prit fin en 2018,

Le système « Internet zero » s'est par ailleurs montré particulièrement problématique dès lors que des sondages firent apparaitre que des personnes signalant en même temps ne pas utiliser Internet mais régulièrement Facebook[B 34]. L'accès gratuit aux sites en Angola et au Bangladesh par exemple devinrent d'autant plus problématiques pour Wikimédia que certaines personnes utilisaient le service d'hébergement de fichier Wikimédia Commons pour stocker des photos personnelles ou partager de manière illicite des films sous copyright[B 35], De par ma propre expérience, je peux aussi affirmer qu'il me fut impossible d'utiliser les services Wikipedia Zero en Inde alors qu'au Ghana la fonctionnalité n'était pas gratuit contrairement à ce qui était indiqué sur la page de connexion.

Le 30 octobre de cette même année 2012 fut présenté le projet Wikidata qui concrétisa l'entrée du web sémantique au sein de l'écosystème Wikimédia. En reposant lui aussi sur le logiciel Meta-Wiki, mais avec une nouvelle extension intitulée Wikibase, ce projet permet la création de pages non plus au départ du langage naturel, mais en faisant référence à un nombre de telle sorte à ce que les entités signifiées dans Wikidata puissent être réutilisées avec des signifiants divers dans les nombreuses langues actives au sein des projets. Cette nouvelle fonctionnalité technique déclencha à nouveau de nombreuses discussions et prise de décision au sein des projets pour en modérer son utilisation comme en témoigne une procédure sur Wikipédia en français qui commença le 9 octobre 2015 pour se clôturer un an plus tard seulement le 28 octobre 2016[W 167].

Alors que le multilinguisme fut mis en avant grâce au sélecteur universel de langues[W 168], une autre nouveauté technique importante de l'année 2012 fut aussi la création d'une nouvelle équipe intitulée « Growth » (croissance en français). L'une des premières actions de celle-ci fut de fournir aux éditeurs Wikimédia un outil permettant de remercier d'autre contributeur en deux cliques seulement. Cette fonctionnalité basique dans sa forme représenta pourtant une nouveauté majeure par le fait qu'elle concrétisait pour la première fois au sein des projets une fonctionnalité visant à apporter un commentaire positif à la modification d'autrui. Une étude d'incidence en 2019 semble par ailleurs confirmer l'effet d'encouragement tant des éditeurs expérimentés vers les plus novices que l'inverse[B 36].

L'année 2013 apparu décisive dans l'évolution technique du mouvement et ce en raison peut-être d'une réputation de retardataire issue d'un article du MIT Technology Review affirmant que les projets Wikimédia ont « peu changé en une décennie » et que « rarement de nouvelles choses dans l'espoir d'attirer les visiteurs »[B 13][N 21]. L'arrivée de l'éditeur visuel durant cette même années, marqua donc une des évolutions technique majeur au sein du mouvement. Proche en apparente à un traitement de texte, son acceptation par la communauté des anciens éditeurs ne fut pas pour autant des plus aisées[B 13]. Sa mise en place ne put en outre se faire que suite à des prises de décisions au sein des différents projets similaire à celle que j'ai pour ma part lancée sur Wikiversité en février 2014[W 169].

2013 fut aussi l'année d'introduction de nouveaux systèmes de notification echo qui permet d'attirer l'attention d'un utilisateur enregistré au départ de n'importe quelle page d'un des sites Wikimédia en y créant simplement un hyperlien pointant vers sa page et en signant le message[W 170]. Les notifications engendrées par ce système apparaissent en haut des pages des projets Wikimédia dès que l'on s'y connecte et peuvent aussi faire l'objet d'un courrier électronique selon les préférences utilisateurs individuelles.

Toujours durant l'année 2013 apparu un journal semestriel destiné à l'ensemble de la communauté pour lui faire part de l'actualité technique au sein du mouvement. Dès sa première édition en date du 20 mai 2013[W 171] il devint ainsi possible de consulter en 21 langues et semaine pas semaine, l'archivage de tous les annonces techniques adressée au mouvement. Celle-ci sont répertoriées par rubriques qui regroupe les changements récents, changements à venir, problèmes, erratum et réunions auxquelles tous les contributeurs wikimédiens sont invités à participer pour présenter certaine anomalie. Dans cette chronique on sera informé par exemple de la naissance de nouveaux projets ou versions linguistiques, des modifications et mises à jour du logiciel MediaWiki, de ses nouvelles extensions, des offres d'emploi au sein de l'équipe technique, de certaines décisions politique ayant une incidence sur la technique, etc.

Apparu enfin au cours de cette année 2013 la fonctionnalité Flow qui permet d'utiliser plus facilement les espaces de discussions au sein des projets grâce à un éditeur visuel qui permet de se passer du Wikicode[W 172]. Malheureusement pour ses développeurs, cette extension ne reçut pas un accueil chaleureux au sein de la communauté des contributeurs et fut même interdite d'utilisation sur le projet Meta-Wiki qui en dénonce le risque de perte des informations au sein des conversations lors des archivages qui deviennent dès lors plus difficilement réalisables[W 173].

2014 pour sa part fut l'année d'apparition de la plateforme Phabricator en remplacement de Bugzilla[W 174]. Cette année sera aussi marquée par un épisode important pour la communauté Wikimédia qui concerna à la fois l'aspect technique et politique du mouvement. Il s'agit d'un conflit entre la communauté d'éditeurs bénévoles au sein des projets et la fondation Wikimédia suite à l'arrivée d'une visionneuse de médias et d'un nouveau statut de protection des pages accordés à ces salariés. Le déroulement de cette nouvelle crise aboutit dans un premier temps à une lettre ouverte adressée le 19 août 2014 à la Wikimedia Foundation et signée par 982 éditeurs aux origines linguistiques diverses. En voici un extrait :

« Le statut de « superprotection » qui a été lancé pour garder active la fonctionnalité Visionneuse de Médias est encore plus extrême :pour la première fois, un outil logiciel a été conçu pour « réduire la capacité » des communautés Wikimedia à « éditer les pages », en donnant cette capacité exclusivement à des membres non-élus de l'équipe Wikimedia. »[W 175]

Afin d'outre passé les décisions prises par la communauté germanophone de Wikipédia qui considérait prématurée l'arrivée du nouvel outil de visionnage, le statut super-protection offrait donc aux employés de la fondation la possibilité de bloquer les actions des administrateurs bénévoles élus par leur communauté. Suite à ce qui s'était passé sur le projet allemand, la communauté bénévole internationale toute entière se mobilisa sur le site Meta-Wiki en ouvrant un appel à commentaire pour demander le retrait du statut super-protection accordé aux salariés[W 176]. Le conflit se calma ensuite et la fondation Wikimédia finit par supprimer la fonctionnalité de super-protection en novembre 2015 alors qu'il n'avait jamais plus été utilisé[W 177]. Dans son aboutissement, cet épisode aura finalement conscientisé la fondation sur la nécessité de mise en place d'un d'un processus de développement de produit incluant dès le départ la communauté d'éditeurs bénévoles[W 177].

L'année 2015 vit aussi naître son lot de nouveauté avec un outil de traduction de page d'une version linguistique à une autre[B 37], la généralisation d'un système de compte global actif sur tous les projets[W 178], la possibilité de compiler des articles d'un projet pour en composer un livre, l'arrivée de l'application I-phone, la mise en place de Citoid qui permet la création automatique d'une référence bibliographique au départ d'une simple adresse URL, un test de sécurité[B 38], la possibilité de publier des graphiques avec l'éditeur visuel et surtout la création d'un service d'évaluation objective pour des révisions faites aux modifications des projets reposant sur une intelligence artificielle (ORES)[W 179].

Un autre évènement de 2015 sur lequel il me semble important d'attirer l'attention fut aussi le lancement de la première consultation des souhaits de la communauté qui concrétisera un réel rapprochement entre la communauté d'éditeur et les développeurs techniques[W 180]. Au départ d'une page du site de Meta-Wiki et suite à un appel généralisé, chaque contributeur est ainsi invité à exprimer un souhait par rapport à un problème ou une nécessité technique rencontrée dans le cadre de son travail bénévole. Après un tri et un classement en fonction du nombre des personnes qui auront appuyé tel ou tel proposition, l'équipe technique détermine alors les propositions retenues qui feront l'objet d'un développement dans le courant de l'année. Ce projet fut très certainement inspiré par le bisannuel Technical Wishes Project lancé en 2013, 2015, 2017, 2019 et 2020[W 181] sur Wikipédia en allemand dont le but aussi d'identifier et hiérarchiser les exigences techniques des divers utilisateurs de manière collaborative sur base d'enquêtes et d'ateliers[W 182].

L'année 2016 sera le théâtre d'une nouvelle crise concernant cette foi un manque de transparence au sujet de la création d'un moteur de recherche[W 183] intitulé Knowledge Engine[W 184] au sein du département Wikimédia Discovery dédié à l'amélioration de l'expérience Wikimédia[B 39]. Cet épisode plongea le mouvement dans un tel désarroi que cela abouti à la démission de la directrice exécutive de la fondation dans le courant de la semaine du 21 février 2016[W 185] pour prendre effet le 31 mars[B 40], alors que plusieurs salariés et membres du conseil d'administration quitteront le leur leur en raison de leur indignation[B 41].

Knowledge Engine avait sans doute pour origine un vieux rêve de Jimmy Wales évoqué en 2006 déjà dans le cadre des activités de sa société Wikia[N 22] lorsqu'il fit la présentation d'un moteur de recherche baptisé Wikiasari. 10 ans plus tard, il devait ainsi être financé à concurrence de 2.5 millions de dollars américains offert en partie par la fondation Knight. Mais la fuite d'un document et finalement sa publication officielle du 11 février 2016 qui permis à la communauté Wikimédia et la presse de découvrir le projet gardé secret.

Dans le contexte de cette crise, la cooptation au conseil d'administration de la fondation Wikimedia de Arnnon Geshuri, un ancien dirigeant des ressources humaines de Google impliqué dans un procès antitrust touchant des employés high-tech fit aussi l'objet d'un nouvel appel à commentaire lancé par la communauté[W 186]. Cette « notion de défiance » supportée par près de 300 contributeurs, dans une démarche qui n'a rien d'officielle provoqua la démission de Geshuri que justifie Patricio Lorente, président du conseil d'administration de la fondation Wikimédia à cette époque en disant : « Il ne souhaite pas représenter une distraction à l’aube des discussions que la communauté et la Fondation doivent affronter prochainement »[B 42].

Au bout du compte et selon la contributrice Molly White qui en fit une ligne du temps accessible sur le net :

Durant la période 2014-2016, la Wikimedia Foundation aurait ainsi souffert d'un manque de communication avec la communauté des rédacteurs, d'un manque de transparence et de la perte soudaine de nombreux membres du personnel. Certains de ces problèmes étaient liés aux efforts de Wikimedia Discovery, d'autres semblaient provenir de la haute direction. L'agitation et le mécontentement étaient visibles tant au sein de la communauté des rédacteurs que de la Wikimedia Foundation elle-même[W 187].

Suite à ce bouleversement au sein du mouvement, l'année 2016 sera riche en amélioration des systèmes déjà existant avec par exemple une meilleure intégration des données géographiques en provenance d'Open Street Map. Elle fut aussi l'année de lancement d'un nouveau bulletin d'information mensuel produit par l'équipe Globale collaboration en charge des services de notifications, de discussions structurées et de révision des contributions. Le premier exemplaire de ce bulletin traduit en six langues fut diffusé en octobre[W 188] et son dernier en 14 langues en mars 2018.

2017 marqua pour sa part le renforcement des outils de contrôle des projets et des pages que l'on y crée grâce à une refonte du site d'analyse statistique des projets Wikimédia stats.wikimedia.org, et aussi l'arrivée de nouveau outils de protections des projets tel-que un système de blocage par cookie empêchant une personne utilisant un même ordinateur de contourner un blocage en changeant de compte utilisateur ou d'adresse IP[W 189] et de Nouveaux filtres pour la révision des contributions[W 190] et les pages de modification récente[W 191]. Ces innovations qui apportent une aide au contrôle des modifications d’autrui seront toute fois modérée par un système obligeant les administrateurs à laisser un message lorsqu'il bloque un utilisateur, supprime une page ou bloque les modifications.

C'est aussi durant l'année 2017 que sera lancé une initiative de santé Communautaire visant à « aider la communauté des bénévoles de Wikimedia à réduire le niveau de harcèlement et de comportement perturbateur »[W 192]. Soutenu par des employés de la fondation cette initiative aura permis en 2017 de mettre en place de nouvelle configuration donnant la possibilité pour les comptes utilisateurs de créer une liste noire d'utilisateur pour bloquer les notifications[W 193] ou l'envoi de courriel[W 194].

De manière continue durant cette année, d'autres initiatives techniques ont aussi amélioré l'expérience des contributeurs au sein des projets, d'une part en aidant les nouveaux arrivant une extension GuidedTour pour accompagner leur découverte[W 195], un nouveau système de citation automatique possible au départ de l'ISBN d'un ouvrage avec Citoid[W 196] et une extension Interface de conflit de modification basé sur les paragraphes qui permet plus facilement de résoudre le problème qui arrive lorsque quelqu'un à changer une page entre le début et la fin d'une de vos modifications[W 197]. Quant aux simples lecteurs, ils auront aussi profité de l'arriver d'une améliorations des résultats de la recherche inter-wikis grâce la possibilité de poursuivre une recherche identique au départ d'un projet sur les autres projets.

L'année 2018 encadrera le renforcement des innovations antécédentes tel que l'éditeur visuel les applications smartphone la gestion des conflits d'éditions, l'extension Citenotice et autre fonctionnalité des Wikis en général. Les préférences globales communes au sein de tous les projets au départ d'une page unique[B 43] verront aussi le jour, un nouvel outil de recherche appelé Ereka[B 44], de précieux outil de sauvegarde automatique dans l'éditeur visuel[W 198], la création d'un nouveau statut d'administrateurs d'interface[W 199], la venue d'une nouvelle politique de Politique de sécurité du contenu et le lancement du projet croissance[W 200]. Tout ceci alors que les réunions avec l'équipe Édition sont par contre supprimées en raison d'une trop faible participation[W 201]. Autre fait marquant pour cette année, les administrateurs ne peuvent plus se débloquer eux-mêmes mais pourront bloquer uniquement la personne qui les aura bloqués[W 202].

En consultant les archives sur l'actualité technique de 2019 on y découvre l'intégration de Google translate dans outils de traduction, la possibilité de bloquer partiellement l'édition d'une page ou d'un espace de nom[W 203], de contribuer sur Wikidata au départ d'un appareil mobile[W 204], un réducteur d'URL[W 205], de nouvelles fonctionnalités visant à enrichir les données structurées[W 206] des fichiers commons, un lecteur de fichier midi intégré et un nouveau lecteur vidéo. Relevée par la presse cette fois, ce sera une importante cyberattaque[B 45] qui aura marqué les titres au sujet de Wikimédia. Bien que l'attaque ne fut apparemment pas politiquement motivée, elle aura permis toute mit en évidence le fait que par rapport à d'autres, l'infrastructure Wikimédia est « plus facile à atteindre sans utiliser des moyens démesurés »[B 46]

L'historique de l'année 2019 fut aussi une belle occasion de mettre en évidence les différentes implications de la communauté au sein des projets éditoriaux grâce à une consultation des souhaits de la communauté spécialement dédiée aux autres projets que Wikipédia« projets hors contenus wikipédiens »[W 207]. Un tel choix sous entend bien entendu l'importance que la communauté apporte au projet encyclopédique même si plus récemment, le projet Wikidata aura aussi attiré beaucoup d'attention et de moyens financier pour répondre à cette ambition de développer un web sémantique[B 47].

En classant les 72 souhaits formulés au profit des « petits projets » il est ainsi possible d’opérer un classement indicatif dans lequel apparait en tête le projet Wikisource avec 28 propositions récoltées, suivi du Wiktionnaire qui en récolte 20, lui-même suivi du projet Wikiversité qui en bénéficie de 11, alors que les 5 autres projets restant ne dépasseront pas les 5 propositions.[W 207]. A terme, cette consultation fut à l'origine des Small wiki toolkits dédié à la maintenance des petits projets.

L'année 2020, dernière à être passé en revue dans cette section aura vu le coup d’envoi d'un nouvel outil de discussion[W 208] et de sa fonctionnalité Replying[W 209], d'une traduction de contenu en développement depuis 2019 pour bénéficier du service de traduction automatique de Google[B 48], de nouvelles fonctionnalités de gestion des IP visant à une amélioration de la confidentialité et limitation des abus[W 210] et d'un nouveau statut d'administrateur de l'outil abuse filter[W 211].

À cela s'ajoute ensuite le projet Abstract Wikipedia (nom provisoire) comme dernier évènement majeur de l'évolution technique Wikimédia qui permettra à terme de créer de nouvelle version linguistique de Wikipédia au départ des données structurées du projet Wikidata au sein duquel il s'intègre. Pour ce faire, Abstract Wikipédia utilisera un nouveau type de code appelé Wikifonctions qui permettra de traiter les données structurées de Wikidata pour répondre à des questions dans toutes les langues[W 212]. Pour les projets Wikipédia déjà existants Abstract donnera la possibilité de faire des mises à jour automatique d'informations factuelles et standards grâce à l'intégration de fonctions au sein de l'éditeur de texte[B 49].

Au niveau de l'avenir cette fois, le mouvement Wikimédia pourrait enfin apparaitre comme un espace privilégier dans le traitement des questions éthiques posées par le développement de l'intelligence artificiel. Selon Jonathan T. Morgan, la transparence, les mécanismes de conceptions et de prise de décisions qui reposent sur des valeurs et le consensus, semblent en effet rassembler les composantes nécessaires pour prévenir les dérives néfastes et dommageable dans le développement des technologies de l'intelligence artificielle[W 213].

Une seconde leçon d'histoire

Après cette longue et quelque peu rébarbative revue de l’évolution technique du mouvement Wikimédia qui est loin d'être exhaustive, il devient plus facile de comprendre à quel point le maintient d'une infrastructure technique dédiée au support des activités numériques d'une communauté d'éditeurs peut être à la fois laborieuse, complexe et onéreuse. Face à ce constat, les besoins financiers du mouvement et en particulier ceux de la fondation qui a en charge le support, la maintenance et l'amélioration de l’infrastructure technique et donc l'engagement d'une main d’œuvre hautement qualifiée, apparaissent de manière beaucoup plus explicite.

Ce petit voyage dans l'histoire nous permit aussi de nous rendre compte à quel point et même sous quelle forme l'héritage de la contre-culture hacker a pris place au sein du mouvement Wikimédia. Au sein de sa communauté semble en effet exister de nombreux lanceurs d’alertes qui ont gardé comme pratique l'usage des appels à commentaires dans le traitement des polémiques et controverses qui ébranle le mouvement. Appelé Request For Comments ou RFC en anglais, l'appel à commentaire est effectivement une pratique de concertation ouverte, coopérative et égalitaire pouvant apparaitre comme l'idéal d'une communauté scientifique[B 50] qui fut mise au point en avril 1969 par Steve Crocker dans le cadre de ses activités de création d'ARPANET au sein du Network Working Group[B 51].

Au delà de l'esprit contestataire à l'encontre de toute forme de hiérarchie statutaire ou élitiste, du refus des valeurs marchandes, c'est donc aussi tout un ensemble de pratiques dont le mouvement Wikimédia se voit l’hérité de sa préhistoire numérique. Parmi celles-ci figurent la recherche de consensus, mais aussi et comme l'aura démontré l'épisode de Knowledge Engine, une grande intransigeance sur les questions de transparences, elle aussi reconnue comme héritage de la philosophie de la contre-culture américaine des années 60[B 52].

Face à cette situation, la fondation Wikimédia et les organisations affiliées au mouvement paraissent éprouver beaucoup de difficultés pour assimiler toutes ces valeurs, principes et pratiques qui semblent finalement toujours prendre le dessus sur ce qui est décidé au sein du mouvement. Comme explication partielle à ce phénomène pourrait bien apparaitre l'interdiction pour le personnel de s’investir en tant qu'éditeur au sein des projets et donc quelque part de se familiariser avec la culture des éditeurs bénévoles. Ceci alors qu'à contrario et comme cela a été vu dans le deuxième chapitre de ce travail, les éditeurs bénévoles pour leurs parts bénéficient d'un accès ouvert à une très grande partie des activités propres aux organisations.

L'histoire technologique du mouvement nous a aussi permis de voir à quel point et pour quelles raisons le moindre changement technique mis en place au sein des projets apparait aux yeux des communautés d'éditeurs comme un choix politiques, ou pour le moins managérial, qui doit faire l'objet d'un débat et d'un consensus au sein de la communauté. En ce sens, la communauté Wikimedia apparait diamétralement opposée aux jeunes utilisateurs de réseaux sociaux, et parfois moins jeunes, insouciants des incidences et influences de l’environnement numérique auquel ils confient parfois des choses les plus intimes de leur vie privée.

Les contributeurs Wikimédia apparaissent donc comme un public particulièrement avisé sur le potentiel du traitement informatique caché derrière leurs écrans. Loin d'être exhaustive, la liste des bots, programmes et algorithmes cité précédemment ne représente en outre qu'une petite partie de de tout l'arsenal possible et imaginable que les géants du web peuvent mettre en œuvre pour servir leurs propres intérêts sans forcément se soucier de ceux des utilisateurs de leurs services. Car il est fort probable en effet que la seule limite à l'instrumentalisation des clients des grandes firmes commerciales qui s'accaparent l'espace web est celle d’augmenter et de maintenir autant que possible la fréquentation de leurs services.

Du reste, ce désir de rétention pose aussi question au sein du mouvement Wikimédia puisqu'on y observe aussi que la fondation Wikimédia met en place diverses pratiques de marketing tel que Wikipedia zero, la diffusion de clips publicitaires en partenariat avec Orange[N 23] et la mise en place de programme de rétention, dans le but d’accroître et de maintenir l'utilisation de Wikipédia. Ces démarches que l'on pourrait qualifier de commerciales sont ensuite d'autant plus problématiques qu'elles sont toujours axées sur le projet encyclopédique uniquement au même titre semble-t-il que le développement des applications mobiles. Nous reparlerons de ce sujet en fin de chapitre dans une section dédiée aux dérives de la mission que l'on peut observer au sein du mouvement, mais avant cela, abordons à présent l'histoire politique du mouvement Wikimédia.

L'histoire politique du mouvement

De par sa taille, son cosmopolitisme et aussi sans doute en raison de son héritage culturel, le mouvement Wikimédia apparait tel un acteur politique important concernant les questions liées au numérique et à l'information. Seront ainsi repris dans cette section de chapitres quelques épisodes marquants qui permettront d'illustrer les diverses implications politiques du mouvement dans des contextes aussi bien nationaux qu’internationaux. Qu'il s’agisse de pressions politiques et juridiques exercées par les états ou de simples personnalités ou encore de réaction du mouvement envers certaines lois, depuis l'année 2004, le mouvement Wikimédia est ainsi sujet à de régulier événement repris au sein de l’actualité.

C'est en Chine et dans le cadre du 15ème anniversaire des manifestation de la place Tian'anmen qu'apparu en 2004 les premières censures des projets Wikimédia et un premier refus de la fondation Wikimédia de se plier aux exigences des autorités chinoises dans une posture qui pour certains fera office de « leçon à Google et consorts »[B 53]. Avec un blocage généralisé à toutes les versions linguistiques de l'encyclopédie en 2019[B 54] et son refus d'admission de Wikimédia comme observateur à l'organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) en raison de l’existence d'une association nationale Wikimédia Taïwan au sein du mouvement[B 55], les relations entre la Chine et le mouvement restent donc tendues jusqu'à ce jour.

Par la suite et malgré une amélioration due à la généralisation du protocole HTTPS de 2011[B 56], ce sera pas moins d'une dizaine d'états qui bien souvent en raison d'un contenu déplaisant sur Wikipédia, établiront une censure totale ou partielle de certains ou de tous les projets Wikimédia[W 214]. Une des dernières en date survenue en Turquie en 2017 suite au refus de la fondation de supprimer deux articles établissant un lien entre Ankara et des organisations extrémistes, fut toutefois levée par voie de justice suite à une plainte déposée à la cour constitutionnelle du pays qui fut rendue valide et fondée en raison la liberté d'expression[B 57].

Les conflits entre un état et le mouvement Wikimédia ne débouchent toutefois pas toujours sur une censure. En mars 2013, dans une nouvelle affaire francophone concernant la station militaire de Pierre-sur-Haute, la Direction centrale du Renseignement intérieur français (DCRI) entra en conflit avec le mouvement suite au refus de supprimer l'article de Wikipédia concernant la station pour des raisons de secret défense[B 58]. Dans cette nouvelle affaire, la fondation sera de nouveau restée intransigeante sur le principe de liberté d'édition en couvrant l'acte d'un administrateur suisse qui avait restauré l'article supprimé par Rémi Mathis, président à l'époque de l'association Wikimédia France suite à son inculpation par les autorités de son pays[W 215]. Cette affaire aura d'ailleurs valu la remise du titre de Wikimédien de l'année à Rémi Mathis en raison du rôle qu'il aura mené dans cette controverse.

À côté du recours en justice, d'autres stratégies peuvent être mises en œuvre pour servir de moyen de pression à l'encontre du mouvement Wikimédia. La Russie qui bloquait déjà de manière sélective le contenu des projets[B 59], se lança par exemple dans la création d'un clone de Wikipédia comportant "des informations fiables"[B 60]. Une décision étatique qui contraste donc fortement avec les commentaires du journal Fast Company qui publie en mars 2020 un article qui rend hommage aux bénévoles de Wikipédia en matière de lutte contre la désinformation[B 61].

Suite à ces quelques anecdotes sur l'histoire politique du mouvement, on pourrait croire que la fondation qui tient son siège en Amérique dans la ville de San Francisco se sentirait plus à l'aise dans les conflits politique opposant le mouvement Wikimédia à un autre état que celui des États-Unis. Mais une plainte déposée par la fondation Wikimédia le 10 mars 2015 contre la National Security Agency (NSA) suite aux révélations faites par Edward Snowden suffit à démontrer le contraire[B 62]. Après cette plainte et plusieurs rejets de la justice américaines, les avocats de la fondation feront d'ailleurs preuve d’une certaine opiniâtreté en poursuivant les démarches avec un appel déposé en février 2020 au niveau de la cour d'appel des États-Unis pour le quatrième circuit[B 63].

Vidéo 4.2. Vidéo pédagogique Enseigner Wikipédia par les anecdotes proposant de revisiter l'article consacré à Alain Marleix[V 6] (source : https://w.wiki/34oP)

Il est aussi intéressant de voir que des conflits entre le mouvement Wikimédia et des instances étatiques peuvent aussi se gérer directement au niveau des projets éditoriaux sans nécessairement impliquer la fondation ou même une association nationale. En 2009 dans un exemple détaillé au sein d'une vidéo ci-jointe (Vidéo 4.2) produite par Alexandre Hocquet, l'effacement d'un paragraphe déplaisant de l'article concernant Alain Marlaix et restauré par la communauté d'éditeur qui avait découvert que l'adresse IP qui avait fait le retrait provenait du ministère de l'intérieur français fit un buzz médiatique en France. Dans un autre exemple moins médiatisé, les pages Wikipédia relatives à la « loi anti-piratage française et l'amendement 138 » furent elles aussi modifiées par une adresse IP relevant du ministère de la culture et restaurée par la suite[B 64].

Dans un autre type d'affaires opposant cette fois en 2012 la communauté Wikipédia en anglais à une personnalité du monde littéraire, un article de Wikipédia en anglais consacré au roman intitulé La Tache de Philip Roth, des informations furent rapidement restaurées après avoir été modifiées par le biographe de l'auteur. Philip Roth s'adressa alors à la communauté Wikipédia dans une lettre ouverte publiée dans le magazine The New Yorker, pour demander de rectifier ce qu'il considère être une erreur. Mais la communauté lui demanda alors de produire des sources vérifiables et dignes de foi pour justifier sa demande[B 65]. Alors que l'affaire deviendra fortement médiatisée les propos de Philip Roth furent ensuite contredits par sa propre fille dans un post de Facebook repris par le journal Salon[B 66] et finalement intégré dans l'article encyclopédique.

Cette affaire fera donc suite à celle de John Seigenthaler décrite dans la huitième section de ce chapitre et probablement de nombreux autres modifications fausses sur les articles portant sur des personnes vivantes, mais qui n'auront pas eu de retentissement médiatique, comme par exemple cette modification[W 216] fait au départ d'une connexion dans la région de Clermont-Ferrand[W 217], qui aura déclaré la mort de Philippe Manœuvre de son vivant et qui aura été annulée par Céréales Killer, un contributeur de Wikipédia qui aura pris le soin de contacter par téléphone le célèbre rédacteur en chef du magazine Rock & Folk suite au courriel adressé au service OTRS du mouvement Wikimédia[W 218]. Mieux vaut donc vérifier plutôt deux fois qu'une les information de Wikipédia concernant les personnes vivantes pour prendre une décision si l'on ne veut pas se faire avoir comme ce club de football lituanien qui aura en 2018 un nouveau joueur sur base de fausse information[W 219].

Ce genre d’évènement qui n'a rien d’exceptionnel au niveau de l'encyclopédie avait fait l'objet de nouvelles régles d'édition au sein du projet en anglais peu de temps après l'affaire Seigenthale. Celles-ci concernaient les article traitant de la biographie de personnes vivantes et furent par la suite adoptée par d'autres versions linguistiques tel que la version francophone. À la lecture de celles-ci on y découvre par exemple un principe de blanchiment de courtoisie qui consiste à retirer une information d'un article sans pour autant la retirer sa consultation dans les versions antérieures, et l'on y apprend aussi que le règlement générale sur la protection des données en raison du paragraphe 3 de son article 17 qui stipule de le droit à l'oubli « ne s'appliquent pas dans la mesure où ce traitement est nécessaire:a) à l'exercice du droit à la liberté d'expression et d'information »[W 220]

Comme autre exemple d'action politique menée par la communauté d'éditeurs apparait aussi le premier black-out organisé par la communauté Italienne au sein de sa version linguistique de Wikipédia en octobre 2011 en protestation d'un projet de loi du gouvernement Berlusconi, visant notamment à contraindre les sites internet à rectifier tout contenu publié sur simple demande d'une personne qui se sentirait lésée[B 67]. Cette action fut par la suite supportée par la Fondation Wikimédia bien qu'elle provoqua un choc de surprise au sein du personnel qui ne fut prévenu que 24h avant le lancement de l'action[B 68].

Version anglaise de Wikipédia pendant le black-out du 18 Jan 2012
Fig. 4.18. Version anglaise de Wikipédia pendant le black-out du 18 Janvier 2012 (source : https://w.wiki/35Vi)

Cet épisode du mouvement inspira par la suite d'autres actions de même type orchestrées cette fois avec l'aide de la fondation tel que le black-out du projet Wikipédia en anglais du 18 janvier 2012 signe dans le cadre des nombreuses manifestations contre le Stop Online Privacy Act et le Project IP Act ainsi que celui de Wikipédia en russe le 10 juillet de la même année pour réagir contre une nouvelle loi sur les restrictions d'Internet proposées par le parlement russe[B 69].

En juin 2015, ce fut cette fois un sondage qui aboutit à un accord au sein de la communauté pour afficher un bandeau en faveur d'une la liberté de panorama dans le cadre d'une réforme du copyright au parlement européen[W 221]. 65,9 % des voix récoltées furent ainsi en faveur de l'affichage[W 222]. Cependant et suite aux tensions déjà perceptibles lors du sondage, l'utilisation du bandeau provoqua le départ[W 223] du mouvement Wikimédia[W 224] d'un administrateur de Wikipédia et contributeur de longue date. Voici pour mieux cerner l’opposition des points de vues de la communauté lors du débat tenu dans le cadre du sondage. un échange entre deux contributeurs :

Comment peut-on (contributeurs ET lecteurs) sérieusement croire en ce principe fondateur [Neutralité de point de vue] avec la présence d'un tel bandeau militant ? Floflo62 (d) 27 juin 2015 à 16:17 (CEST)

On le peut parce que la neutralité de point de vue concerne le contenu des articles, pas le projet, lequel a une position bien affirmée et nullement neutre, loin de là, en ce qui concerne la diffusion libre et gratuite du savoir. >O~M~H< 27 juin 2015 à 19:41 (CEST)

Nul doute que le lectorat, peu au fait et intéressé par des échanges wikipédiens se fiche éperdument des différences entre meta et main. Pas de neutralité du fait du bandeau = encyclopédie partisane, voilà ce qu'il va constater. Floflo62 (d) 28 juin 2015 à 17:50 (CEST)[W 222]

Toutes ces affaires politiques parmi bien d'autres démontrent ainsi à quel point le mouvement Wikimédia semble insensible à tout type d'autorité peu importe qu'elle soit d'ordre étatique, intellectuelle ou autre. Une telle position est sans aucun doute liée à l'indépendance financière du mouvement qui pour rappel subvient à ses besoins au départ de très nombreuses donations en provenances de citoyens du monde entier dont le montant moyen tourne autour des 15 US dollars. Au niveau des projets, cette indépendance repose aussi sur l’anonymat des éditeurs qui par ailleurs est tout à fait assumé et préservé par la fondation Wikimédia. Comme les contributeurs au projet wikimédia sont situés dans différents états du monde ils sont donc aussi d'autant moins exposés à des mesures de répression venant d'un état étranger.

Fort de cette indépendance, la fondation Wikimédia tout comme les éditeurs, n'hésitent donc pas à intervenir sur le débat public dans le but de protéger les intérêts du mouvement. En 2015 par exemple, la fondation attirait déjà l'attention les Copyfraud pratiquée par certains musées[B 70], alors qu'en 2017[B 71], elle n'hésita pas à adresser des messages publics au parlement européen concernant un texte de loi voté le 12 septembre 2018 dans le but refondre la réglementation concernant le droit d'auteur[B 72]. Au niveau européen enfin, peu de gens savent aussi que le mouvement Wikimédia emploie deux personnes au sein d'un Free Knowledge Advocacy Group EU basé à Bruxelles et dont l'objectif est de surveiller et d'influencer les politiques européennes tout en informant et coordonnant les différentes organisations nationales du mouvement à ce sujet[W 225].

Une dérive de la mission

Suite à cette lecture de l’histoire du mouvement Wikimédia, il me semble à présent important d'attirer l'attention sur les différentes composantes d'une dérive de la mission auxquels le mouvement semble exposé. Très peu mobilisé au niveau francophone à l’exception du milieu de la microfinance[W 226], le concept de dérive de la mission, qui peut s'appliquer à tout type d'organisation y compris commerciales[B 73], fut rendu populaire en milieu anglophone grâce aux travaux de Burton Weisbrod. Son ouvrage principal en la matière sera certainement celui publié en 1998 sous le titre To Profit or Not to Profit: The Commercial Transformation of the Nonprofit Sector[B 74] dont voici l'extrait d'un résumé fait par l'auteur :

Les organisations sans but lucratif ressemblent de plus en plus à des entreprises privées. Cette transformation entraîne un déplacement de la dépendance financière des dons de charité vers une activité de vente commerciale, avec des conséquences peu reconnues. To Profit or Not to Profit est un ensemble coordonné d'études sur les raisons pour lesquelles la collecte de fonds pour les organisations à but non lucratif imite celle des entreprises privées. et quelles en sont les conséquences. Les frais d'utilisation et les revenus provenant d'activités "auxiliaires" - à savoir celles qui ne contribuent pas directement à la mission de l'organisation, à l'exception des bénéfices générés - se multiplient, chacune ayant des effets secondaires importants. Les frais liés aux activités auxiliaires peuvent exclure une partie du groupe cible d'en profiter alors que ces mêmes activités peuvent détourner l'organisme sans but lucratif de sa mission centrale.[B 74][N 24]

Alors que le mouvement Wikimédia semble très peu concerné par la Resource dependence theory[B 75] en raison de la très grande décentralisation des dons qu'il reçoit, il est toute fois intéressant de constater que certaines de ses activités pourraient être qualifiées d'« auxiliaires » selon le terme utilisé par Weisbrod. Pour le dire autrement, il semble exister au sein du mouvement, des activités qui s'éloignent de la mission de « donner les moyens aux personnes du monde entier de collecter et de développer des contenus éducatifs sous licence libre ou dans le domaine public et de les diffuser efficacement et mondialement »[W 227].

En plus des nombreuses opérations de marketing (Wikipedia zero, publicité, changement de nom de marque, etc.), est en effet apparu au sein de la fondation des équipes et secteurs d'activités qui me semble typiquement lié aux organismes commerciaux tel que la gestion marketing de la marque ou la politique de produit que l'on a l'impression de retrouver dans les équipes de la fondation responsable de la marque (7 personnes) de l'analyse des produits (9 personnes), leurs conceptions (21 personnes) et de leur gestion au niveau des contributeurs (8 personnes). À moins qu'il ne s'agisse que d'une erreur de dénomination ou de traduction, ces services qui représentent ainsi près d'un dixième du personnel de la fondation qui semblent donc confirmer les propos de Weisbrod selon lesquels « les organisations sans but lucratif ressemblent de plus en plus à des entreprises privées ».

Ceci alors que du reste, nous avons aussi vu que des activités d'ordre commercial peuvent aussi avoir des « effets secondaires » indésirables au sein du mouvement. Comme ce fut le cas par exemple durant la controverse qui ébranla le mouvement autour de la tentative de changement de nom de marque de la fondation. Une tentative avortée finalement qui entraîna la perte de tout le travail fait en amont. Dans un autre contexte nous avons aussi vu qu'il est permis de croire que la publicité faite en faveur des récoltes de dons au sein des projets aura contribué à une baisse de contribution que l'on peut qualifier de nouvel « effet secondaire » indésirable.

Comme autre activité « auxiliaires » préjudiciables au mouvement apparait aussi la stratégie de gratuité développée par le projet Wikipedia zero qui aura exposé le mouvement à des critiques extérieures concernant la neutralité du net. Nous avons ensuite décrit le travail de marketing opéré par la fondation Wikimédia et sa tendance à focalisation de l'attention des donateurs sur le projet Wikipédia au niveaux des messages d'appel aux dons dans un souci d'efficacité. Comme effet secondaire ou externalité négative à cette démarche apparait alors le manque d'implication pour accroître la visibilité des autres projets actifs au sein du mouvement, alors que ceux-ci en on bien plus la nécessité tout en étant d'une importance équivalente à Wikipédia en ce qui concerne la mission du mouvement.

En résumé donc, il apparait que la fondation parfois tendance à négliger la mission du mouvement pour répondre à d'autres missions « auxiliaires » comme celle d'avoir un nom de marque plus connu, de pousser à la consommation des produits numériques édité par sa communauté, ou encore d’accroître ses rentrées financières pour garantir son développement. Un développement pour mémoire, est jugé excessif par certains, et qui n'est qu'à moitié utile au maintien et au développement de l'infrastructure de partage des contenus éducatifs et en aucun cas impliqué dans l'édition proprement dite de ces contenus. Sous ce prisme de la dérive de la mission, il peut donc être reproché à la fondation d'avoir une vision à la fois trop technophile, trop commerciale, voir même trop hégémonique lorsqu'on découvre qu'elle prétend au niveau de sa stratégie de devenir garante en 2030 de « l'infrastructure essentielle de l'écosystème de l'information libre [en précisant que] Quiconque partage notre vision pourra se joindre à nous »[W 228].

Heureusement, face à toutes ses dérives et tout gardant à l'esprit que la fondation Wikimédia n'est pas la seule organisation à développer une infrastructure propice au partage des connaissances, la communauté Wikimédia, ses lanceurs d’alertes et tous les membres qui se mobilisent en nombre lors des appels à commentaire, apparaissent comme autant de garde-fou aux dérives dont les sources peuvent être multiples[B 76] et qui poussent la fondation à adopter des valeurs et pratiques en provenance du secteur commercial[B 74]. Et il est par ailleurs tout à fait intéressant de constater que Tommaso Ramus et Antonino Vaccar dans une étude portant sur deux entreprises sociales italiennes arrivent à une conclusion similaire :

Notre étude a souligné l'importance de l'engagement des parties prenantes pour contrebalancer le positionnement stratégique d'une entreprise sociale. Cependant, la dérive de la mission peut délégitimer les entreprises sociales auprès des parties prenantes externes, sapant ainsi leur volonté de collaborer avec l'entreprise. Des recherches supplémentaires pourraient étudier les stratégies adoptées par les entreprises sociales délégitimées pour capter l'attention des parties prenantes externes. Enfin, des recherches supplémentaires pourraient étudier comment les variations culturelles affectent l'efficacité de l'engagement des parties prenantes. [B 77][N 25]

Comme principale « partie prenante » du mouvement Wikimédia apparait donc sa communauté d'éditeurs bénévoles qui aura réussi d'un côté à maintenir l’absence de publicité au sein des projets, alors que de l'autre côté, elle aura été tolérante par rapport aux campagnes annuelles de récoltes de dons effectuées au sein même des projets éditoriaux. Pour reprendre les termes utilisés par Ramus et Vaccar, la récolte de dons au sein des projets est ainsi une première dérive de la mission qui aura eu pour conséquence de « délégitimer » le mouvement Wikimédia auprès des parties prenantes et de « saper » les volontés de participation comme cela s'est vu avec le départ de contributeurs actifs et la baisse de rétention des nouveaux éditeurs depuis 2007. Quand vient ensuite l'idée de créer un nouveau projet interdépartemental appelé Wikimedia Entreprise, dans le but d'ouvrir des services « autofinancés », ou autrement dit payant, pour les utilisateurs commerciaux à grande échelle du contenu Wikimedia[W 126], c'est alors carrément la mission[W 229] et les statuts de la fondation[W 230] qui sont mis en porte à faux avec pour risque de remettre en cause le but initial des projets Wikimédia et du mouvement.

Une veille concernant les dérives au sein du mouvement Wikimédia semble donc nécessaire au maintien de sa mission. Dans le but de rectifier les erreurs commises, il pourrait aussi être décidé de la substituer la récolte de dons au sein des projets par des campagnes de récolte de temps de contribution. Au lieu de solliciter les lecteurs pour le prix d'une tasse de café, il est en effet tout à fait possible de les solliciter le temps nécessaire pour la boire pour le mettre au profit d'un projet Wikimédia. Cela pourrait se faire au niveau des ordinateurs de bureaux qui sont le plus enclins à éditer et dont le taux de récolte décroissant n'est plus que de 20 % en 2020 (voir tableau 4.3). Une telle campagne pourrait de plus être une belle occasion pour sensibiliser les lecteurs des projets Wikimédia sur la mission portée par le mouvement.

L'histoire du mouvement a ensuite mis en évidence des évènements liés cette fois à des enjeux technologiques et politiques qui peuvent à leur tour faire l'objet d'une dérive. Au niveau technologique par exemple, nous avons vu que la communauté Wikimédia a de nouveau assumé pleinement son rôle de garde-fou par rapport à un désir de contrôle des projets exprimé par les employés de la fondation (droits superprotect) ou encore lors de l'élaboration d'un nouveau projet sans aucune concertation de la communauté d'éditeurs (Knowledge Engine). Malheureusement, tout ceci n’empêcha pas le mouvement de rester dans une fâcheuse dépendance au support informatique dans sa manière de réaliser sa mission de partage des connaissances.

Comme exemple marquant apparait par exemple l'arrêt des services technique de la fondation chargé de la maintenance d'un outil de création de livres pourtant très pratique pour rassembler dans un seul document une compilation de contenus en provenance d'un projet. On peut comprendre bien sûr qu'avec les fonctionnalités avancées des navigateur web en matière d'impression ce message puisse apparaitre : « La version imprimable n’est plus prise en charge et peut comporter des erreurs de génération. Veuillez mettre à jour les signets de votre navigateur et utiliser à la place la fonction d’impression par défaut de celui-ci. »[W 231], mais il reste toute fois regrettable de lire en date du 12 mars 2021 que : « Le créateur de livres est en cours de modification. Du fait de graves problèmes avec notre système actuel, le Créateur de livres ne prendra désormais plus en charge l’enregistrement d'un livre en PDF. »[W 232] et qu' « en ce qui concerne les livres, nous avons laissé le sujet entre les mains de développeurs volontaires et de PediaPress. Nous serons heureux de leur faire parvenir vos questions mais nous n'envisageons pas d'évolution dans le sens technique. »[W 233]

En se délestant de l'outil de création de livre pour le remettre entre les mains d'une entreprise commerciale et à des hasardeux contributeurs bénévoles tout en suspendant le développement d'outils de téléchargement et d'impression, la fondation Wikimédia semble donc confirmer son désintérêt envers le partage de la connaissance en dehors de son propre espace numérique. Cette position apparait ainsi à mes yeux comme une nouvelle dérive technologique et même égocentrique tout à fait regrettable que l'on peut concevoir en pensant simplement aux nombreuses familles dans le monde qui se voient incapables d'acheter ne fusse qu'un smart-phone bon marché et le crédit nécessaire pour pouvoir accéder au réseau Internet mobile.

Parmi ces familles, il est évident toute fois que certaines personnes de manière collective par exemple, peuvent fournir le prix nécessaire à une impression en noir et blanc d'un certain contenu en provenance des sites Wikimédia qui pourra ensuite être emporté au village pour en faire profiter toute la communauté. Dans un tel cas de figure, le créateur de livre apparait donc comme outil idéal pour produire au format PDF et même en format ouvert ODF, une compilation de certaines pages de Wikipédia dans le but d'en faire un ouvrage thématique, un dictionnaire personnalisé au départ du Wiktionnaire, ou encore un manuel scolaire tiré d'un ensemble de page de Wikiversité.

Au niveau politique enfin, la question d'une probable dérive du mouvement fut aussi illustrée par les nombreuses actions et positionnements politiques qui furent prisent au sein du mouvement. Alors que ces actions ne posèrent aucun problème dans le cadre des activités de la fondation en tant qu'organe central du mouvement, elles auront toute fois posé question au sein de la communauté des contributeurs. Nous avons vu effectivement que des tensions sont apparues au sein du projet Wikipédia francophone lors du sondage concernant la décision d'afficher un bandeau en faveur de la liberté de panorama. Comme en témoigne à nouveau ces commentaires issus des discussions, la communauté apparut ainsi divisée sur la nécessité de mettre en œuvre une action politique au sein du projet :

Je défends la liberté de panorama, mais dans ma qualité de citoyen français et non de wikipédien. La Fondation Wikimédia et les associations nationales ont de plus en plus tendance à oublier que nous, les wikipédiens, écrivons une encyclopédie, ce que eux ne font pas, préférant l’activisme politique et le prosélytisme législatif. Je revendique une Wikipédia neutre, et cela commence dès la page d’accueil. --Consulnico (discuter) 27 juin 2015 à 16:23 (CEST)

Je me suis inscrit formellement au projet d'élaboration d'une encyclopédie parce que j'adhère avec enthousiasme à l'idée de diffuser la connaissance. Ce projet, un des plus grands chantiers intellectuel que l'humanité ait connu, a des principes fondateurs. Il n'est pas neutre. La rédaction de l'encyclopédie doit être neutre, mais le projet ne l'est pas. C'est une lutte contre l'ignorance. « Wikipédia a une vocation universelle, et doit présenter une synthèse raisonnée de l'ensemble du savoir humain établi. » (cf Wikipédia:Wikipédia est une encyclopédie). En conscience, je ne peux que désapprouver l'entreprise d’appropriation du paysage par les cliques ultra-libérales, laquelle est un obstacle à notre projet. Par conséquent j'approuve l'apposition de ce bandeau. -- Jean-Rémi l. (discuter) 27 juin 2015 à 17:15 (CEST) [W 222]

Dans ce cas de figure, il semble donc que c'est à présent du côté de la communauté qu’apparaît un risque de dérive. Il est en effet discutable qu'un espace dédier au partage du savoir et qui se veut neutre par rapport à son contenu, devienne le théâtre de revendications politiques, tout comme il est aussi discutable, alors la question posée lors du sondage est restée sans réponse[W 234], que 65,9% des voix favorables puisse être considéré comme un consensus. Tout ceci en sachant qu'il existe au sein du mouvement le site Meta-Wiki spécialement dédié aux questions de gouvernance au sein du mouvement et qui apparait donc tout à fait indiqué pour mener des activités de militantismes au sein du mouvement. D'ailleurs, certains groupes utilisateurs accès sur des revendications politiques et identitaires y sont déjà actifs et pourrait même à yeux se limiter à cette espace pour organiser leurs actions dans le but de ne pas perturber celles qui ont pour but de produire du contenu éducatif[N 26].

Face aux troubles et aux départs de contributeurs que peuvent créer l'organisation d'action politique au sein des projets éditoriaux, ne serait-il pas dès lors préférable d'établir au sein du mouvement une distinction plus claire entre les lieux d'activités éditoriales et lieu d'activités politiques ? En scindant ces lieux d'activité tout en les laissant ouverts à la participation de tous, la fondation et les associations nationales affiliées au mouvement qui ne sont nullement actives dans les projets éditoriaux, pourrait dans ce contexte apparaitre à leurs tours comme garde-fou de probables dérives politique au au sein du mouvement. Ceci aurait en plus pour avantage de délester la communauté bénévole de toute responsabilité politique au sein du mouvement au profit d'un climat plus neutre au sein des projets évitant ainsi des confrontations pouvant entraîner le départ de contributeurs.

Toujours dans le chef de la communauté de pratique que représente l'ensemble des contributeurs au sein des projets, apparait enfin une certaine position réfractaire au changement. Alors qu'il ne s'agit plus ici d'une dérive mais plutôt d'une résistance au changement, j'aurai pour ma part rencontré cette tendance à plusieurs reprises au niveau du projet Wikiversité. Cette résistance fut parfois bénéfique comme dans le cas du refus de la fonctionnalité de discussion structurée intitulé Flow qui s'avéra par la suite être problématique[W 235], mais aussi problématique à mes yeux lorsqu'il fut question de voter en faveur d'une nouvelle règle qui proposait qu' « En l'absence de règle, la coutume remplace les règles inexistantes »[W 236]. Alors que le consensus n'aura pas été atteint, cette prise décision indique toute fois que 8 participants contre 3 était en faveur d'un certain conservatisme.

La résistance au changement est un phénomène connu au sein des communautés de pratique en raison d'une double difficulté liée à des tensions spécifiquement liées au contexte de changement mais aussi à l'exacerbation des tensions courantes due au manque de temps disponible[B 78]. Ce manque de temps est aussi caractéristique au travail bénévole si j'en juge de ma propre expérience et de nombreux commentaires reçus. Je dirais même que l'envie de terminer une tâche au plus vite est d'autant plus forte que l'on est pas rémunéré pour la faire. On se crée donc soi-même la pression avec l'envie de passer à d'autres activités que l'on considère aussi importantes voir plus agréables. Il semble donc que la gestion du temps et le stress qui en découle par rapport au changement doit être aussi pris au sérieux dans le cadre d'activité bénévole. La question du burn-out est d'ailleurs présente lorsque l'on parle de volontariat au sein du mouvement[W 237].

Ce chapitre, nous permit ainsi de réaliser à quel point le mouvement Wikimédia et sa communauté d'éditeurs bénévoles en particulier, perpétue un mouvement révolutionnaire qui comme nous l'avons vu, tire ses origines au sein de la contre-culture des années 60. De cet héritage découle certain conflit dans les relations économiques et politiques entre le mouvement et les acteurs externes au mouvement mais aussi au cœur même du fonctionnement Wikimédia où les volontés de la fondation Wikimédia furent à plusieurs reprises modérées par communauté d'éditeurs bénévoles qui semble se porter garant de certaines dérives. Nous allons à présent découvrir plus en détails qui sont les acteurs et parties prenantes du mouvement Wikimédia, les stakeolders comme disent les anglophones, afin de mettre en évidence leur extrême diversité et produire de nouvelles analyses.

Le futur du mouvement Wikimédia des sociétés vers l'état

Sans être devin, le futur du mouvement Wikimédia est bien sûr impossible à prédire. Mais il est possible en contrepartie d'en faire certaines projections au départ de ses ambitions stratégiques. Depuis es plans stratégiques couvrent une période de cinq ans et ont pour but d'apporter une garantie future dans la réalisation de la mission portée par le mouvement.

Plan stratégique du Mouvement Wikimedia, format imprimable.
Fig 4.11 :Plan stratégique 2015 du Mouvement Wikimedia, format pdf (Wikimedia Foundation, 2011).

Dès 2004 et suite à la création de la Wikimedia Foundation, le mouvement Wikimédia fait l'objet de divers plans stratégiques. Ces plans sont tout d'abord élaborés au niveau des premiers conseils d'administration pour ensuite être construits au travers des processus collaboratifs. Le premier de ces processus complexes est lancé en 2011 en recourant à la participation de milliers de volontaires dispersés dans le monde[B 79]. Il débouche sur un plan couvrant la période de 2010 à 2015 (voir fig. 1.2 ci-contre). Ce processus fait appel à l'intelligence collective et au soutien du personnel de Wikimedia pour identifier, affiner et relever les défis stratégiques fondamentaux tout en reposant sur un principe de transparence, de collaboration et de participation répondant aux attentes des parties prenantes[B 80]. Un nouveau plan stratégique est en cours d'élaboration pour l'horizon 2030 avec cette vision d'avenir :« Wikimédia deviendra la principale infrastructure de l'écosystème de la connaissance libre, et quiconque partageant notre vision aura la possibilité de nous rejoindre »[W 238].

D'autres plans stratégiques sont aussi développés dans d'autres organisations et associations Wikimédia régionales ou thématiques, comme Wikimedia Deutschland qui est par ailleurs l'association pionnière dans cette démarche[W 239]. Tous ces plans stratégiques sont en dernier ressort les prolongations d'une vision commune du mouvement, discutée sur le projet Méta-Wiki[W 240] et inspirée d'une réponse de Jimmy Wales à une interview postée le 28 juillet 2004 par Robin Miller sur le site Slashdot[B 81] :« Imaginer un monde dans lequel chaque personne sur la planète a librement accès à la somme de toutes les connaissances humaines. »[W 241],[B 82],[N 27], ceci en collaboration avec la fondation Wikimédia dont le but est de « donner la possibilité aux personnes du monde entier de collecter et développer du contenu éducatif sous licence libre ou se trouvant dans le domaine public, et de distribuer ce contenu efficacement et globalement »[W 242] en mettant à disposition « l'infrastructure technique et la structure organisationnelle nécessaire afin de soutenir et de développer des projets wiki de langue multiples et toute autre initiative au service de cette mission. »[W 243].

Probablement suite à cette prise de conscience, le premier plan stratégique d'envergure de la fondation Wikimedia visant l'horizon 2015, comprendra parmi ses objectifs une augmentation de 37 % des rédacteurs de Wikipédia en provenance des pays du Sud (Fondation Wikimédia, 2011, p. 20)[W 244] et fixera à une prévision de 100 le nombre de versions linguistiques de Wikipédia contenant 120 000 articles significatifs (Lovink et al., 2012, p.286)[B 83]. En début d'année 2020, ce dernier objectif ne sera toute fois pas atteint. Soixante versions linguistiques de Wikipédia seulement dépasseront la barre des 120 000 articles[W 245] et 70 celle des 100 000[W 246]. Dans la suite de ces préoccupations sans doute, un observatoire de la diversité culturelle de Wikipédia (WCDO) verra aussi le jour en novembre 2018 et aura pour but de fournir « des données à valeur stratégique et des ressources pour organiser et lutter pour plus de diversité culturelle au sein de Wikipédia »[W 247], une mission qui sera assurée par un ensemble de 7 axes d'activités (Voir fig 1.4 ci-dessous).

Au-delà des discours officiels, ils existent des tensions entre les besoins stratégiques et les normes établies par une communauté de volontaires qui se voit trop sollicitée[B 84] mais aussi incluse et exclue du processus de façon ambivalente sinon arbitraire[B 85]. D'autre part, une dérive de la mission (Greer, 2015)[B 86] est possible au sein du mouvement. Il existe en effet un réel risque de voir le développement des institutions prendre la priorité sur la mission du mouvement, mais aussi que l'activisme local se professionnalise jusqu'à produire un clash culturel entre les associations locales soutenant le mouvement et la Wikimedia Foundation[B 87].

Wikipeak du monde riche - L'avenir de Wikipédia réside dans les pays les plus pauvres | Détail graphique | L'économiste

Est-ce un hasard si la première page du projet Wikisource francophone fut consacrée à la déclaration universelle des droits de l'Homme et fut créée avant même la page d’accueil du projet ?[W 248]

Wiktionnaire:Actualités/Enquête/Vision d’utopie

Wiktionnaire:Mouvement Wikimedia/Stratégie 2017

Notes et références

[N]otes

  1. Le site Phabricator est une exception parmi d'autres.
  2. À noter que dans le menu contextuel situé en bas de la colonne de gauche présente sur chacune de ces pages de Wikipédia citées, il est aussi possible de trouver d'autres versions linguistiques autres que les trois que j'ai choisies en fonction de mes compétences.
  3. Teste original avant traduction via deepl.com version gratuite : « create a community of people who support each other in their educational endeavors. »
  4. En anglais dans le texte original :« exclude credentials, exclude online-courses and clarify the concept of elearning platform »
  5. Texte original avant traduction via Deepl.com version gratuite : « The main reason why the Wikimedia Foundation doesn't want to "turn it loose" is pure bureaucratic BS and a fear that it will turn into another Wikispecies. Wikispecies is a cool idea, but the "founders" of the project got cold feet part-way into putting in content and decided to do a major revision that took more time than anybody was willing to put into it. The same issue applies to Wikiversity so far as the Foundation is concerned, because the goals and purposes of this project are not clearly defined, and it seems like the participants are trying to bite off more than they can chew by proposing an entire multi-college research university (with Carnegie-Mellon research status and accreditation as well) to be formed out of whole cloth rather than a simple adult education center with a few classes. If more more thought is done on how to "bootstrap" this whole project, perhaps some thoughts on how to convince the Foundation board to let a separate wiki be kicked loose to let this project try to develop on its own can be made.--Rob Horning 11:21, 14 August 2005 (UTC) »
  6. En anglais dans le texte original :« six months, during which guidelines for further potential uses of the site, including collaborative research, will be be developed ». Plus d'information sur l'historique de la naissance du projet Wikiversité peuvent être trouvées sur les pages https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=No_to_Wikiversity&oldid=5436519 et https://en.wikiversity.org/w/index.php?title=User:JWSchmidt/history&oldid=602770.
  7. Texte original en anglais avant traduction avec deepl.com (version gratuite) :« The Wikimedia Movement, as I understand it, is a collection of values shared by individuals (freedom of speech, knowledge for everyone, community sharing, etc.) a collection of activities (conferences, workshops, wikiacademies, etc.) a collection of organizations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Germany, Wikimedia Taiwan, etc.), as well as some free electrons (individuals without chapters) and similar-minded organizations ».
  8. Texte original en anglais avant traduction de Deepl version gratuite :« Nobody is going to make even a simple buck placing ads on my work, which is clearly intended for community, moreover, I release my work in terms of free, both word senses, I and [sic] want to remain that way. Nobody is going to use my efforts to pay wages and or maintain severs. And I'm not the only one who feels this way. I've left the project. […] Good luck with your wikiPAIDia »
  9. Texte original en anglais traduit avec l'aide de Deepl.com verson gratuite :« Wikipedia has created a large foundation of wage earners, and each year he has to ask for ever-increasing amounts of money. This is what I didn't want to happen:a large, money-centred organisation made possible by the free work of the community. »
  10. L'ensemble de ces graphiques sont consultables au départ de la page https://cosmiclattes.github.io/wikigraphs/data/wikis.html
  11. Il est important de signaler que les résultats de cette étude ne portent que sur le projet Wikipédia en anglais, et ne sont donc valable que pour cette version linguistique puisque chaque autre projet, le rappel est ici important, est indépendant au niveau de sa gestion et développera donc sa propre histoire dans son fonctionnement interne.
  12. Texte original en anglais traduit avec www. DeepL.com/Translator (version gratuite) :« The decline represents a change in the rate of retention of desirable, good-faith newcomers. The proportion of good-faith newcomers who join Wikipedia has not changed since 2006. These good-faith newcomers are more likely to have their work rejected. This rejection predicts the observed decline in retention. Semi-autonomous tools (like en:WP:HUGGLE) are partially at fault. Reverting tools are increasingly likely to revert the work of good-faith newcomers. These automated reverts exacerbate the negative effects of rejection on retention. Users of Huggle tend to not engage in the best practices for discussing reverts. New users are being pushed out of policy articulation. The formalized process for vetting new policies and changes to policies ensures that newcomers' changes do not survive. Newcomers and other editors are moving increasingly toward less formal spaces. »
  13. Texte original en anglais avant traduction : « a crushing bureaucracy with an often abrasive atmosphere that deters newcomers ».
  14. Texte original en anglais :« Wikipedia contained around four inaccuracies; Britannica, about three ».
  15. Voir tableau 4.1 et la section 8 du chapitre 2.
  16. Pour plus de précisions, voici le texte contenu sur la page de donation concernant la question de savoir « Où va votre don : Infrastructure : serveurs, bande passante, maintenance, développement ; Wikipédia est l’un des sites internet les plus visités au monde et il fonctionne avec une infime fraction de ce que dépensent d’autres grands sites web. Personnel : les 10 principaux sites web emploient des milliers de salariés ; nous en avons environ 400, ce qui fait de votre don un très bon investissement dans une organisation non lucrative hautement efficace. »
  17. Voir département public et technologie dans la section « La fondation Wikimedia » du deuxième chapitre.
  18. Parmi les quelques subventions et défraiements que j'aurai personnellement reçus, le délais d'attendre pouvait varier entre un mois et plus d'un an avec dans un cas de figure, une subvention accordée mais jamais reçue.
  19. Pour mieux se rendre compte encore de la complexité du wikicode dans le cadre de la réaction de ce travail de recherche, il est aussi possible de cliquer sur l'onglet « Modifier le code » en haut d'un chapitre situé sur Wikiversité ou encore de se rendre directement à l'adresse : https://fr.wikiversity.org/w/index.php?title=Recherche:Imagine_un_monde/Histoire&action=edit .
  20. Une description complète de ces statuts et outils est disponible dans une section de mon travail de fin de master intitulé Culture fr Wikipédia.
  21. Texte original en anglais : « rarely tries new things in the hope of luring visitors ».
  22. Cette société fut renommée pour répondre aujourd'hui au nom de Fandom.
  23. Ces vidéos sont disponibles dans la première section du cinquième et prochain chapitre consacré aux acteurs du mouvement.
  24. Texte original en angalis avant sa tradcution à l'aide de deepl.com (version gratuite) : « Nonprofit organizations are becoming increasingly like private firms. The transformation is bringing a shift in financial dependence from charitable donations to commercial sales activity, with little-recognized consequences. To Profit or Not to Profit is a coordinated set of studies of why fundraising for nonprofits is mimicking that of private firms and what consequences it is having. User fees and revenue from "ancillary" activities - those not contributing directly to the organization mission except for the profit generated - are mushrooming, with each having important side effects. User fees may price out of the market some of the nonprofit's target group. Ancillary activities may distract the nonprofit from its central mission. »
  25. Texte original avant sa traduction avec l'aide de DeepL.com/Translator (version gratuite) : « our study has pointed out the importance ofstakeholder engagement to counterbalance the strategicpositioning of a social enterprise. However, mission driftmay delegitimize social enterprises with external stake-holders (Dacin et al. 2011), thus undermining their will-ingness to collaborate with the venture. Further researchcould investigate strategies adopted by delegitimized socialenterprises to capture the attention of external stakeholders.Finally, further research pould investigate how culturalvariations affect the effectiveness of stakeholder engagement. »
  26. Voir à ce sujet la section 13 consacrée aux groupes d'utilisateurs au sein du chapitre 2 consacré à l'organisation du mouvement.
  27. Texte original en anglais :« Imagine a world in which every single person on the planet is given free access to the sum of all human knowledge ».

[B]ibliographiques

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  2. « Wikiversity/Modified project proposal - Meta », sur meta.wikimedia.org (consulté le 15 novembre 2019)
  3. Ralf Dahrendorf, Classes et conflits de classes dans la societe industrielle., Mouton, 1972 (OCLC 299690912) [lire en ligne] 
  4. Pierre Desmarez, Sociologie générale, Bruxelles, Presses universitaires de Bruxelles, 2006, 10e éd., 194 p., p. 34 .
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  6. Geert Lovink et Nathaniel Tkacz, A Wikipedia reader:critical point of view, Institute of Network Cultures, 2011 (ISBN 978-90-78146-13-1) (OCLC 762034235), p. 46 
  7. 7,0 et 7,1 Vincent Delfau, « Wikimedia recueille plus d'un million de dollars de dons », Le Monde Informatique, (consulté le 3 mars 2016)
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  9. Charles Matthews et Ben Yates, Critical point of view:a Wikipedia reader, Institute of Network Cultures, 2011 (ISBN 978-90-78146-13-1) (OCLC 728530574) [lire en ligne] 
  10. Vincent Delfau, « Wikimedia recueille plus d'un million de dollars de dons », Le Monde Informatique, (consulté le 3 mars 2016)
  11. Orman El Ouedghiri El Idrissi, Dons en temps, dons en argent :L'Enquête canadienne sur le don, le bénévolat et la participation en 2007, mémoire de maîtrise en science économique à l'Université d'Ottawa, janvier 2010 [lire en ligne], p. 38 
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Les acteurs Wikimédia et la perversion du partage par le don et la servitude


Image logo indiquant que la page n’est pas finiUn contributeur vous informe que cette page, ou cette section de page, n’est pas finie.
  • Son état actuel est provisoire et doit être pris avec prudence.
  • Une version améliorée est en préparation et devrait être disponible prochainement.

Pour en suivre l’avancement ou y participer, veuillez consulter la page de discussion.

Photo d'un espace mémorial en l'honneur des défunts du mouvement Wikimédia lors de la rencontre Wikimania 2019
Fig.5.1. Photo d'un espace mémorial en l'honneur des défunts du mouvement Wikimédia lors de la rencontre Wikimania 2019 (source : https://w.wiki/3QjX).

En participant aux activités du mouvement Wikimédia, j'ai eu l'occasion de fréquenter un public d'acteurs extrêmement diversifié tant au niveau de la personnalité que de la culture d'origine. Femmes, hommes, non-binaires ou transidentitaire, sexiste ou homosexuel, adolescents ou retraités, fervents pratiquants religieux, agnostiques, athées, militants pour des causes diverses, geeks ou non geeks, défenseurs du libre ou capitaliste de la première heure, philomathe ou néophyte, professeurs d'université ou étudiant de secondaire, arriviste ou altruiste, opportuniste ou dévoué, spécialiste ou touche à tout, personnes à mobilités réduites, aveugles, autistes, dyslexiques, et même défunts, après dix ans d'activité, il m'est aujourd'hui possible de mettre sur chacune de ces caractéristiques personnelles le visage d'au moins une personne de j'aurai rencontré dans le cadre de mes activités hors ligne au sein du mouvement. Bien entendu, au niveau de mes activités en ligne, je n'aurai pas pu me faire une idée aussi précise des personnes que j'aurai côtoyées, à l’exception bien sûr de celles que j'aurai rencontré hors ligne au par avant. Comme nous le verrons plus en détail dans le prochain chapitre, la coutume d'utiliser un pseudonyme lors de la création d'un compte et la possibilité de divulguer de fausses informations sur sa page de présentation[N 1] ou même en dehors de Wikimédia débouche parfois sur de grosses surprises lorsque l’identité réelle du contributeur vient à être dévoilée. Cependant, ce manque d'assurance n'empêche pas pour autant d'évaluer la personnalité d'un éditeur, tout anonyme qu'il soit, en fonction de ses actes et commentaires au sein de projet. De plus et comme cela va être démontré à l'instant, l'environnement numérique Wikimédia est extrêmement fourni en contenus analytiques sur la diversité et les particularités des contributeurs de façon à la fois globale et statistique.

Une première manière de le faire est par exemple de consulter certaines pages au sein des projets qui regroupent par catégorie les noms des utilisateurs qui auront choisi de placer sur leur page de profil une ou plusieurs « boites utilisateur ». Comme on peut le voir au départ de l'exemple restitué ci-dessous, celles-ci se constituent de petits encadrés, souvent configurés par d'autres sous forme de modèles que l'on installe sur sa page de profil et qui permettent d'exprimer son appartenance ou son affinité envers tout un ensemble de choses très diverses. Sur le site Wikipédia en français, il en existe plusieurs milliers[W 1], et chacune de ces boites permet de lister ses utilisateurs sur des pages de l'espace de nom catégorie.

Doctorant
Doctorant

Sur Wikiversité, la boite Modèle:Utilisateur Doctorant que j'ai affichée ci-dessus en ajoutant le WikiCode {{Utilisateur Doctorant}}, permet grâce au petit triangle bleue situé en haut à droite, de se rendre sur la page Catégorie:Utilisateurs Doctorant[W 2] ou apparaîtra la liste de tous les utilisateurs qui utilisent cette boite. Le 5 décembre 2020, ils étaient au nombre de 10 à s'être ainsi autoproclamé un jour doctorant. Mais si l'on regarde de plus près l'activité de ces contributeurs, on découvre toute fois que sept d'entre eux n'ont plus édité le projet depuis 2010 et que l'édition la plus récente sur l'ensemble du groupe date du cinq décembre 2019. Il est donc tout à fait probable que la majorité de ces anciens contributeurs auront terminé ou abandonné leur thèse en décembre 2020, tout comme il est certain que cette liste ne peut être exhaustive, puisque je n'utilise pas cette boite alors que je suis moi-même doctorant. La seule indication offerte par cette page de catégorie est donc qu'il y a eu depuis la création du projet Wikiversité probablement plus de dix doctorants qui auront participé au projet.

De manière similaire, la page Catégorie:Utilisateurs par pays[W 3] indique que depuis la création de Wikiversité, au moins 184 personnes qui habitent ou habitaient en France ont contribué au projet, ainsi que 13 du Canada, 9 de Belgique (sans moi à nouveau), 7 de suisse, 4 du Maroc, 3 d'Australie, une de Monaco et une d'Italie. Cette nouvelle observation permet donc de supposer que le projet Wikiversité francophone est très majoritairement édité par des personnes vivant en France. Au niveau du projet Wikipédia, il existe en complément des boites utilisateurs la page Wikipédia:Cartographie de la communauté[W 4] qui elle aussi est éditée de manière facultative par les contributeurs dans le but de situer leur lieu de résidence sur une mappemonde dont voici deux copies ci-dessous[N 2].

Copie d'écran de la carte de Wikimédiens francophones en date du 22 mars 2021.
Fig. 5.2. Copie d'écran d'une carte situant les lieux de vie de certains contributeurs aux projets Wikimédia francophones en date du 22 mars 2021 (source : L.S.).
Zoom sur copie d'écran de la carte des wikimediens francophones en date du 22 mars 2021
Fig. 5.3. Zoom sur copie d'écran d'une carte qui situe les lieux de vie de certains contributeurs aux projets Wikimédia francophones en date du 22 mars 2021 (source : L.S.)

Cette nouvelle observation semble donc renforcer l'hypothèse que les projets francophones sont principalement édités au départ de la France et ce avec une forte concentration au niveau de l’agglomération parisienne comme on peut le constater grâce au changement d'échelle. Une observation peu étonnante somme toute, quand on sait que l'unité urbaine de Paris accueillait en 2017 une population de 10 785 092 personnes[W 5], soit près d'un sixième de la population Française et plus que tous les canadiens francophones recensés en 2011[W 6]. Mais un chiffre qu'il faut aussi relativiser en regard de toute la francophonie mondiale estimée en 2020 à 300 millions de personnes[W 7]. Au niveau des données statistique produite au sein des projets Wikimédia et comme en témoigne ce graphique ci-dessous reprenant l'évolution du nombre de contributeurs actifs par pays, la France apparait cependant bien au-dessus du lot en nombre de contributeurs actifs alors que la catégorie « reste du monde » qui reprend touts les éditeurs situés en dehors de la France, du Canada, de la Suisse, de la Belgique et de l'Algérie, arrive en second lieu.

Fig. 5.4. Graphique indiquant l'évolution du nombre de contributeurs actifs par pays au niveau du projet Wikipédia en français entre janvier 2018 et novembre 2019 (source : https://w.wiki/FEM).

Cette première analyse permet donc dors et déjà de penser que la population d'éditeur des projets francophones est diversifiée tout en étant inégalitairement répartie au niveau des provenances géographiques et culturels. Cette disparité peut être liée à des questions de démographie comme cela vient d'être vu, mais aussi comme on le verra bientôt à certaines fractures, de type socio-économique particulièrement visibles au niveau des pays Sud. Pour illustrer ceci je mobiliserai de nombreuses analyses statistiques produites au sein du mouvement trouvées d'une part, dans des enquêtes réalisées ou commanditées par la fondation, et d'autre part, sur de nombreux sites Web automatiquement maintenu par des programmes informatiques qui mesurent, parfois en temps réel, les activités au sein des projets pour en offrir une d'observation statistique complète, variée et paramétrable.

En plus de mon observation participante au sein du mouvement, toutes ces informations référencées sur le site Meta-Wiki sur des pages tel que : Survey Support Desk, Category: Surveys, Research:Index, Editor Survey, Statistics, Category:Statistics, etc. serviront donc a nourri l'écriture de ce présent chapitre. A l'intention des lecteurs qui désireraient profiter des sites web d'analyses statistiques automatisées pour poursuivre leurs propres observations, voici ci-dessous la liste de ceux qui auront principalement retenu mon attention:

  • Toolforge Pageviews Analysis : analyse de la consultation des pages Wikimédia avec une possible comparaison graphique.
  • Petscan : puissant outil de requête de type SPARQL.
  • Wikimedia Statistics : analyse des consultations et activités par projets avec cartes et graphiques modulables.
  • XTools : panoplie d'outils de recherche et d'analyses.
  • Wikiscan : illustrations graphiques des activités par projet et par utilisateur.
  • Wikistats 2.2 : Tableaux comparatifs des sites web développés par le mouvement Wikimédia.

Un lectorat de plus en plus mobile, mais toujours mal réparti

Étant donné que le contenu des projets Wikimédia est principalement diffusé au travers du réseau Internet, son lectorat est donc fatalement composé de personnes qui bénéficient d'un accès à ce réseau grâce à un ordinateur de bureau, mais aussi et de manière de plus en plus fréquente grâce au web mobile. C'est en tout cas ce que nous enseigne la consultation du site Wikistats, et de cette copie d'écran affichée ci-dessous dans laquelle on peut voir qu'au niveau mondial et sur l'ensemble des projets, la consultation des projets Wikimédia au départ d'appareils mobiles à dépasser celle des ordinateurs de bureau au cours de l'année 2018. Ceci alors que dans un second graphique, on observe que le taux de consultation au départ des ordinateurs et au niveau du projet Wikipédia en français seulement[N 3] augmente les jours de la semaine et diminue le week-end tandis que de manière proportionnellement inverse, la consultation via le web mobile augmente les week-ends et diminuer en semaine. Ceci nous laisse donc supposer que le projet Wikipédia en français est consulté de manière relativement constante mais plus fréquemment au départ d'un ordinateur durant les périodes de travail et au départ du Web mobile pendant les fins de semaines.

Graphique illustrant l'évolution du total des pages vue sur l'ensemble des sites Wikimédia entre 2016 et
Fig. 5.5. Graphique illustrant l'évolution du total des pages vue sur l'ensemble des sites Wikimédia entre 2016 et 2021 (source:L.S.)
Graphique illustrant la répartition des visites du projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février inclus et selon l'accès au site par appareil mobile ou ordinateur de bureau.
Fig. 5.6. Graphique illustrant la répartition des visites du projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février inclus et selon l'accès au site par appareil mobile ou ordinateur de bureau. (source stats.wikimedia.org )

Bien que le développement de l'Internet mobile favorise une meilleure répartition des internautes sur l'ensemble du globe, la carte 5.4 comparée à la carte 5.5 ci-dessous, nous indique cependant qu'il réside de fortes inégalités entre les pays dits du sud (Global South) et les pays dits du Nord (Global North).

Pourcentage d'internautes par pays (par rapport au nombre d'habitants du pays)
Figure 5.7. Carte du monde produite illustrant le pourcentage d'internautes à la vue du nombre total d'habitants par pays mise à jour par les éditeurs Wikimédia (source : https://w.wiki/37au).
Division du monde avec pays dits du Nord en bleu et pays dits du Sud en rouge
Figure 5.8. Division du monde avec pays dits du Nord en bleu et pays dits du Sud en rouge (source : https://w.wiki/37aj)

En comparant ensuite ci-dessous la carte mondiale de la répartition du lectorat des projets Wikimédia à celle de la répartition du nombre d'internautes, on s'aperçoit ensuite et sans grande surprise, que ces deux répartitions sont très semblables à l’exception notoire de la Chine, pays très peuplée, mais où la consultation des projets Wikimédia fait l'objet d'une censure déjà présentée en neuvième section du quatrième chapitre de ce travail.

Carte de monde illustrant par pays le nombre de pages vues sur l'ensemble des projets Wikimédia en début d'année 2021
Fig. 5.9. Copie d'écran de la carte de monde illustrant par pays le nombre de pages vues sur l'ensemble des projets Wikimédia en début d'année 2021 (source : L.S.)
Carte du monde illustrant le nombre d'utilisateurs d'Internet par pays
Fig. 5.10. Carte du monde illustrant le nombre d'utilisateurs d'Internet par pays mise à jour par les éditeurs Wikimédia (source : https://w.wiki/37$p)

Ces précédentes analyses cartographiques, m'auront ainsi permis de confirmer certaines de mes observations de terrain en Inde (2014), au Cap Vert (2015), au Ghana (2017) et en Tunisie (2018), durant lesquels j'avais remarqué que très peu de gens connaissaient Wikipédia en dehors des lieux dédiés à l'enseignement supérieur. D'autres témoignages de ressortissants de pays du Sud que je n'avais pas eu l'occasion de visiter, avaient aussi renforcé cette impression. Par contre, la majorité des personnes équipées d'un smart-phone semblaient connaître le mot « Google », un mot qui parfois d'ailleurs était utilisé en substitution du mot Internet. On peut dès lors raisonnablement supposer qu'en utilisant le moteur de recherche, bon nombre de ces internautes consultent l'encyclopédie libre sans le savoir, soit en cliquant sur les premiers résultats de recherches comme cela arrive bien souvent, soit encore en lisant directement le résumé d'introduction d'un article de Wikipédia dans le Knowledge Graph de Google.

Mes observations faites dans les pays visités me permettent enfin de croire que ce n'est pas tellement un manque de connectivité qui empêche les habitants des pays du Sud d'utiliser les projets Wikimédia. Au niveau des zones habitées des quatre pays que j'aurais visités, je n'ai par exemple été que très rarement coupé du réseau de téléphone mobile. Au cap vert et dans la ville de Mindelo, il me fut d'ailleurs possible de trouver un signal Wifi gratuit a plusieurs reprises ainsi qu'en Tunisie où les prix de la téléphonie mobile me sont apparu nettement meilleurs marché qu'en Belgique même en tenant compte de la différence en matière de pouvoir d'achat entre les deux pays.

En Inde et au Ghana par contre, je n'aurai jamais réussi à me connecter efficacement au service Wikipedia Zero et ce malgré les promotions faites par les fournisseurs d'accès. J'ai par contre découvert au Ghana du matériel informatique de bureau inutilisé à trois reprises, deux fois chez des particuliers où il était fonctionnel et stocké en attente de pouvoir bénéficier d'un local, et une fois dans une classe de lycée (fig 5.), où ils étaient en attente d'être réparés pour pouvoir servir aux étudiants. Dans ce pays réputé à l'époque de ma visite pour être l'un des lieux de transfère des déchets d'équipements électriques et électroniques, le matériel informatique de bureau de récupération ne m'est donc pas apparu comme denrée rare, bien que la gestion de son usage comme nous avons pu le voir peut poser problème.

Dans tous les lieux visités enfin, et ce y compris dans les villages, il fut toujours possible avec un peu d'argent de trouver un endroit pour pouvoir utiliser un ordinateur afin de se connecter à Internet. En dehors des villes les personnes qui viennent pour imprimer des documents administratifs ou scolaires sont plus nombreuses, j'ai pu observé que les cybercafés étaient majoritairement fréquenté par des jeunes qui s'intéressent avant tout et selon les âges, aux jeux, aux vidéos et aux réseaux sociaux, mais jamais durant ma présence à du contenu textuel et didactique. Ces observations m'incitent donc à croire qu'en dehors des universités et des écoles secondaires, l'intérêt porté sur l'usage de contenus pédagogiques textuels disponibles sur le Web reste très limité.

Comme anecdote significative à ce sujet, je me souviens d'avoir présenté un article de Wikipédia en Twi à un instituteur ghanéen qui manifesta un grand étonnement suite à cette découverte. Mais celui-ci éprouva cependant beaucoup de difficulté pour lire à voix haute son contenu, en raison du fait sans doute que dès l'école primaire, et comme en attestait le manuel Information & Communications Technology de première année[B 1], les manuels d'enseignement ghanéen sont édité en anglais. Une situation que je peux donc tout à fait comprendre puisque si en retour à ma demande, cette instituteur m'avait proposé de lire un article de Wikipédia en Wallon, j'aurai alors éprouvé les mêmes difficulté que lui bien que je parle aisément ce dialecte qui me fut transmis par mes grands parents.

Développer des versions linguistiques des projets Wikimédia dans des langues qui ne sont pas ou plus enseignées à l'école, mais seulement transmises oralement soulève donc un ensemble de questions quand à une réelle utilité pédagogique. Cependant, dans le contexte précis des projets Wikimédia en Wallon par exemple (encyclopédie mais aussi dictionnaire), leurs utilités selon mon point de vue de locuteur, ne fait aucun doute. Ces projets apparaissent effectivement à mes yeux comme autant de lieu de conservation d'une culture qui me tient à cœur, mais aussi un moyen très efficace de constituer des corpus utiles aux recherches linguistiques.

Quoi qu'il en soit, et comme en témoignent plusieurs vidéos promotionnelles produite par la fondation Wikimédia en 2014 destinées aux habitants du Cameroun, du Nigeria et de l'Inde (vidéo 5.1 à 5.5 ci-dessous), le désir d’étendre le lectorat des projets Wikimédia à l'ensemble des populations mondial est bien présent au sein du mouvement, jusqu'à devenir l'un des principaux objectifs du dernier plan stratégique qui sera porté jusqu'en 2030. Malheureusement, ces flashs publicitaires tel qu'il ont été conçus par la fondation, font apparaitre selon moi, un nouvel indicateurs permettant de confirmer une certain dérive de la mission du mouvement déjà observée dans la dixième et dernière section du chapitre précédent. Tout d'abord, le partenariat et la promotion des services de l'entreprise commerciale Orange dans les vidéos destinées aux Camerounais fait apparaitre un nouvel exemple de promiscuité entre organisme à but lucratif et non lucratif. Ensuite, la promotion se limite uniquement au projet Wikipédia et passe sous silences tous les autres projets Wikimédia alors que grâce au tableau 5.1 produit ci-dessous on découvre clairement que Wikipédia apparait comme le site Wikimédia de loin le plus visité et qu'il ne souffre par conséquent beaucoup moins d'un manque de visibilité que les autres projets Wikimédia.

Tab. 5.1. Moyennes approximatives des pages vues quotidiennement au départ d'appareils uniques sur les différentes versions linguistiques des projets Wikimédia entre le 1er janvier 2019 et le 31 décembre inclus[W 8]
Langues Wikipédia Wiktionnaire Wiklivres Wikisource Wikiversité Wikiquote Wikivoyage Wikinews
Toutes 150 000 000 3 000 000 1 000 000 1 000 000 679 000 914 000 114 000 584 000
Anglais 71 000 000 1 000 000 181 000 67 000 38 000 150 000 38 000 8 000
Français 8 000 000 301 000 23 000 44 000 26 000 7 000 6 000 2 000
Portugais 5 000 000 39 000 24 000 8 000 6 000 5 000 767 892

Si la mission Wikimédia est bien de « donner les moyens aux individus du monde entier de collecter et de développer des contenus éducatifs sous licence libre, et de les diffuser efficacement et mondialement », pourquoi dès lors attirer l'attention uniquement sur le projet encyclopédique ? Cela ne contribue en aucun cas au développement des autres projets qui me semble pourtant avoir des rôles clef au niveau pédagogique puisqu'il ne s'agit rien d'autre qu'un dictionnaire, un recueil d'ouvrage pédagogique, une bibliothèque sous licences libres, un répertoire des espèces vivantes, des cours en ligne, un espace de production et de diffusion de travaux de recherches, etc. Ces vidéos promotionnelles apparaissent donc à mes yeux comme une nouvelle dérive de la mission dont la seule explication plausible m’apparaît être à nouveau une sorte de mimétisme des pratiques commerciales qui dans ce cas concret consiste en une action de marketing visant à augmenté encore la visibilité d'un produit phare[W 9].

Et pourquoi pas d'ailleurs ne pas faire la promotion des projets Wikimédia au niveau des pays du Nord où je me suis souvent rendu compte que seul le projet Wikipédia était connu de tous ? Une connaissance très passive toute fois puisqu'elle se limite en général à l'espace encyclopédique, alors que sur le projet francophone, celui-ci ne représente qu'un cinquième de la totalité des pages du site Web et environ la moitié du volume d'information en termes de octets[W 10]. Le contenu non encyclopédique tel que les pages de discussions, de prises de décisions, de coordinations, d'aides, de soutiens techniques, etc. manque lui aussi de visibilité au même titre que l'ensemble des autres projets éditoriaux comme on peut encore le constater dans le tableau 5.2 ci-dessous en s'intéressant cette fois au reste des projets multilingues.

Tab. 5.2. Moyennes des pages vues quotidiennement au départ d'appareils uniques sur les projets Wikimédia multilingues Wikimédia entre le premier janvier 2019 et le 31 décembre inclus[W 8]
Commons Wikidata MetaWiki Fondation MediaWiki Wikispecies Incubator ßwikiversity Wikitech Outreach
1 000 000 78 000 42 000 38 000 25 000 12 000 7 000 5 000 3 000 632

Dans une telle situation, ne serait-il donc pas souhaitable de présenter les projets Wikimédia comme une suite de projets pédagogiques, comme le fait très bien le projet libre office qui regroupe au sein d'une seul étiquette à la fois un traitement de texte, un tableur, un outil de production graphique, de présentation, etc ? De plus et comme cela a été vu dans la première section du premier chapitre de ce travail, le terme « Wikimédia » semble lui aussi souffrir d'une grande méconnaissance ou d'une grande confusion au niveau du public. Regrouper l'ensemble des projets derrière le terme Wikimédia plutôt que de focaliser l'attention sur Wikipédia me semblerait donc plus propice à cette mission de partage de contenu pédagogique portée par le mouvement.

Revenir sur cette question de dérive de la mission nous incite enfin à tenter de comprendre comment et pourquoi la fondation Wikimédia en arrive à adopter toute ces pratiques mercatiques impropre à un mouvement sans but lucratif. Pour répondre à cette question, trois hypothèses mériteraient peut-être d'être étudiées. La première sur laquelle on reviendra dans dernier chapitre de ce travail, serait celle d'une dérive de la société entière au sein d'un système économique englobant qui selon la thèse de Karl Polanyi, se serait désencastré du politique et du social pour former un cadre indépendant qui régit les activités humaines[B 2]. La seconde qui demanderait à être vérifiée par des données empiriques serait qu'une partie importante des employés de la fondation seraient issus du secteur commercial et qu'ils auraient transmit au mouvement certaines habitudes et habitude en provenance de ce secteur. La dernière, serait un besoin de répondre à des besoins financiers grandissants et liés à une masse salariale et plein expansion en choisissant d'optimiser les récoltes de dons par des techniques commerciales estimées efficaces et rentables.

Des donateurs issus des pays économiquement riches

Personnellement, je n'ai jamais donné d'argent au mouvement Wikimédia, et je ne pense pas que cela m'arrivera un jour en raison du temps que j'y ai déjà consacré. Je pense aussi que l'argent n'est pas la priorité absolue du mouvement et que ce dernier a bien plus besoin d'éditeurs que de donateurs, dans une conjoncture où comme cela a été vu, l'argent ne profite qu'en partie à la mission du mouvement. Il m'est par contre arrivé de payer de ma poche la location d'une sale pour organiser un atelier de présentation suivi d'une séance d'édition[W 11] à Charleroi, ainsi que d'en annulé une autre rencontre cinq ans plus tard[W 12], suite au refus d'une demande de financement adressée à la fondation[W 13]. Comme un autre bénévole qui aura créé cette boite utilisateur reprise ci-dessous[W 14], je pense aussi que si tout le temps d'activité bénévole que j'avais consacré au mouvement était converti en équivalent monétaire, cela représenterait une somme d'argent considérable.

SMIC (2016)
SMIC (2016)

D'ailleurs, quand quelqu'un me demande s’il faut « donner de l'argent à Wikipédia » lors des campagnes de récoltes de fonds, je réponds après avoir décrit sommairement le mouvement qu'il est bien plus profitable d'offrir de son temps en éditant les projets. Cependant, comme le temps semble précisément être une chose rare pour un bon nombres de personnes engagées dans une vie professionnelle et familiale, je peux donc comprendre que le don d'argent, d'autant plus qu'il est sollicité chaque année, apparaisse comme seule contribution possible.

Grâce aux rapports du service fundraising de sa fondation et aux analyses statistiques qui en découlent[W 15], on peut en outre se rendre compte que ce n'est pas toute les régions du monde qui donne de l'argent au mouvement. En 2010, 80 % de ces dons provenait des États Unis (figure 5.8). En 2011, cette proportion se réduit ensuite à 60 % (figure 5.9) et même à 45,6 % si l'on observe les choses sur l'ensemble du mouvement et seulement au niveau des dons offerts à la fondation (figure 5.10). Par la suite et à partir de 2013, la répartition géographique des dons s'est stabilisée autour des 60 % pour le continents nord américain, 32 % pour celui de l'Europe, 3.5 % pour l'Australie et la Nouvelle-Zélande, 3.5 % encore pour l'Asie, 0.2 % pour l'Afrique et un taux beaucoup moins stable pour l'Amérique Latine qui varie entre 0.03 à 1.2 % (voir tableau 5.4 ci-dessous).

Donation au mouvement Wikimédia par pays en 2011
Fig. 5.8. Donation au mouvement Wikimédia par pays en 2010 (source :https://w.wiki/382w)
Graphique illustrant les donations par pays à l'ensemble des acteurs du mouvement en 2011
Fig. 5.10. Graphique illustrant les donations par pays à l'ensemble des acteurs du mouvement en 2011 (source:https://w.wiki/382y)
Donations à la fondation Wikimédia par pays en 2011
Fig. 5.9. Donations à la fondation Wikimédia par pays en 2011 (source:https://w.wiki/382x)
Tab. 5.3. Dons offerts à la fondation Wikimédia par exercice financier, continents, et en US Dollars
Années 2013/14[W 16] 2014/15[W 17] 2015/16[W 18] 2016/17[W 19] 2017/18[W 20] 2018/19[W 21] 2019/20[W 22]
Afrique 82 000 150 000 148 700 195 157 236 603 236 004 145 880
Amérique du Sud 180 000 50 000 865 700 485 931 712 238 667 970 39 586
Asie 1 500 000 2 700 000 2 600 000 3 600 000 3 600 000 2 900 000 4 600 000
Australie et Nouvelle Zélande 2 000 000 2 700 000 2 700 000 3 100 000 3 000 000 3 900 000 4 400 000
Europe 15 400 400 23 400 400 25 800 000 28 700 000 33 000 000 36 800 000 35 300 000
Amérique du Nord 31 000 000 45 300 000 43 000 000 55 000 000 58 200 000 68 500 000 73 000 000
Total des dons par colonnes 50 162 400 74 300 400 75 114 400 91 081 088 98 748 841 113 003 974 117 485 466
Totaux des dons reçus selon les rapports 52.600.000 75.500.000 77.200.000 91.000.000 100.000.000 112.900.000 124.131.048
Tab 5.4. Pourcentages des dons offert à la fondation Wikimédia par années fiscales, continents et en USD
Années 2013/14 2014/15 2015/16 2016/17 2017/18 2018/19 2019/20 Moyenne
Afrique 0.2 % 0.2 % 0.2 % 0.2 % 0.2 % 0.2 % 0.1 % 0.2 %
Amérique du Sud 0.4 % 0.07 % 1.2 % 0.5 % 0.7 % 0.6 % 0.03 % 0.5 %
Asie 3 % 3.6 % 3.5 % 3.9 % 3.6 % 2.6 % 3.7 % 3.4 %
Australie et Nouvelle Zélande 4 % 3.6 % 3.5 % 3.4 % 3 % 3.5 % 3.5 % 3.5 %
Europe 31 % 31.5 % 34 % 31.5 % 33.4 % 32.6 % 30 % 32 %
Amérique du Nord 62 % 61 % 57 % 60.4 % 60 % 60.7 % 62.1 % 60.5 %
Vidéo 4.1 Clip de Jimmy Wales dans le cadre de la campagne de récolte de fond de 2007.

Après avoir pris connaissance de ces statistiques, le mouvement Wikimédia avec sa fondation qui pour rappel est reconnue comme ONG par l'Union européenne[W 23], pourrait donc aussi être perçu comme une organisation d'aide au développement dans laquelle les pays du Nord apporte une aide au pays du sud en financent dans sa quasi totalité du support informatique au partage du contenu Wikimédia. Ceci sans oublier qu'ils existent aussi au sein du mouvement certains programmes d'assistance dans certaines régions du Sud tel que le projet Wiki In Africa ou WikiAfrica[N 4]. En tout cas, si le mouvement Wikimédia aujourd'hui n'affiche pas ouvertement son appartenance aux organismes d'aide au développement, la vidéo affichée ci-contre et produite dans le cadre de la récolte de dons de 2007, semblait tout fois y faire allusion à peine implicite. Et puis d'ailleurs, en août 2007, Jimmy Wales n'hésitera pas non plus à une époque où il bénéficiait encore d'un certain leadership au sein du mouvement d'exprimer le souhait de faire de Wikimédia « une croix-rouge de l'information »[B 3].

Près de dix an plus tard en 2016, et dans le cadre de la remise du grade de docteur honoris causa par mon université au cofondateur de Wikpédia[W 24], je me suis vu attribuer le rôle d'intervenant durant une rencontre avec Jimmy Wales face aux étudiants. À cette occasion, j'avais pu exprimer mes inquiétudes concernant un éventuel « soft power »[B 4] occidental entretenu par le mouvement Wikimédia, au même titre que ce qui s'observait déjà au niveau linguistique et culturel[B 5] dans les réseaux sociaux[B 6]. Face à mes craintes, Wales me répondit en disant qu'il s’agissait aussi d'un « soft gift » ou d'un « amazing gift for humanity » comme il le dira plus tard durant la cérémonie officielle[V 1]. Et il est vrai que cet «  incroyable cadeau » ne profite pas seulement au pays du Sud, mais aussi au pays du Nord et très certainement d'ailleurs au personnes qui décident d'offrir des dons à la fondation. Sue Gardner qui en était la première directrice en avait déjà parfaitement conscience en 2012 déjà, lorsqu'elle expliquait que « les gens se servent de Wikipédia et l'apprécient, ils donnent donc un peu d'argent pour qu'elle continue de se développer »[W 25].

Tableau illustrant les motivations des donateurs au mouvement Wikimédia.
Fig. 5.8. Tableau illustrant les motivations des donateurs au mouvement Wikimédia.

Par la suite, cette motivation perçue chez les donateurs au mouvement sera confirmée par des analyses publiées en février 2015, suite à une enquête menée aux États-Unis, au Canada, en Australie/Nouvelle-Zélande et en Angleterre par la société Lake Research Partners[B 7]. Sur la page 9 du rapport de l'enquête que l'on retrouve ci-contre, on découvre que ce qui motive en effet les donateurs dans une grande majorité des cas, est le fait qu'ils ont un usage fréquent de Wikipédia. Et face à cela, on y découvre aussi que l'idée d'une quelconque adhésion ou d'un quelconque support à l'idéologie du partage de la connaissance n'apparait que dans moins de 10 % des votes.

Il semblerait donc que l'héritage philosophique en provenance du mouvement des logiciels libres n'aura donc pas dépassé l'espace interne du mouvement. Au lieu de rejoindre cette philosophie de partage, les donateurs semble en effet perçoive le projet Wikipédia comme un don qui s'inscrirait dans que l'on appel couramment l'économie du don ou encore pour reprendre les termes choisis par Alain Caillé, le « paradigme du don »[B 8]. Cependant et selon ma propre perception des choses que je vais tenter d'expliciter à l'instant, l'apparition de ce paradigme du don pose problème puisqu'il pervertit la philosophie du libre dont le mouvement Wikimédia aura hérité pour la transposer de manière inappropriée dans un système économique dangereusement proche du système marchand.

Une perversion du partage par un contre-don asymétrique

En comparaison à un organisme tel que Médecins Sans Frontières, le financement du mouvement Wikimedia ne repose pas sur une attitude altruiste et désintéressé des donateurs. Lorsque l'on donne de l'argent à MSF, ce n'est effectivement pas parce que l'on a reçu quelque chose préalablement, ni parce que l'on va recevoir quelque chose en retour. Au niveau du mouvement Wikimédia, ce n'est pas pareil puisqu'il apparait clairement que l'argent offert à la fondation est principalement un geste de remerciement envers un accès gratuit et sans publicité à Wikipédia. Au départ d'une telle perspective, il est donc tentant de croire que les premiers donateurs au sein du mouvement seraient donc les contributeurs bénévoles au sein des projets, et qu'ensuite, les personnes qui offrent de l'argent au mouvement seraient alors des seconds donateurs dans une sorte de « paiements et de repaiements, ou plutôt de dons et de contre-dons » comme l'exprimait Marcel Mauss dans son célèbre ouvrage intitulé:Essai sur le don[B 9].

Fig 5.9. Ta

Cependant, il se fait qu'à la lecture de la page 10 du rapport précédemment cité et présentée ci-contre, on découvre que seulement 1 à 4% des donateurs interrogés offrent leur argent pour supporter le travail de la communauté d'éditeurs bénévoles, alors que dans plus de 70 % des cas, l'argent vise à remercier et supporter le projet Wikipédia. L'argent offert au mouvement n'est donc visiblement pas un contre-don en réponse à un premier don offert pas la communauté d'éditeurs bénévoles mais plutôt en remerciement d'un produit offert. D'ailleurs, la communauté de bénévoles est tout à fait invisibilise au sein des projets Wikimédia pour ceux qui ne font que lire les articles produits ce qui explique sans doute que les lecteurs ne pense même pas à les remercier.

Dans ce conditions, le don et de contre-don théoriser par Mauss se voit donc inadapté à l'analyse du mouvement Wikimédia. La première raisons est qu'il n'existe aucun lien entre les éditeurs, supposés donateurs de premier ordre, et les lecteurs qui offrent de l'argent au mouvement. La deuxième raison ensuite est que le supposé premier don libre et désintéressé fait par les contributeurs bénvoles actifs au sein des projets, n'est en fait pas un don, mais bien un partage. Mais un partage qui se voit par la suite transformer en en produit offert par par les diverses actions de marketing de la fondation encore illustrées dans la section précédent, dont le but principal est de tirer les recettes nécessaires au fonctionnement du mouvement au travers des campagnes qui se présentent explicitement sous forme de récoltes de dons[N 5]. Ce processus a donc pour conséquence placer les lecteurs en position de consommateurs des projets Wikimédia pour ensuite les soumettre à une demande de réciprocitéétudiée sur base d'expérimentations[W 26] dans le but de faire payer a posteriori un produit préalablement reçu gratuitement, ou encore de fournir a priori l'argent nécessaire pour pouvoir maintenir ce produit sans publicité.

Grâce à ce raisonnement il est donc plus facile de comprendre le mécanisme de dérives du mouvement présentée en dixième et dernière section du précédent chapitre, qui consiste à adopter insidieusement des pratiques du secteur marchand, qui ont pour conséquences fâcheuses d'éloigner progressivement le mouvement de sa mission première de partage. Car de fait, la vision du mouvement n'est autre que de « partager librement [et non pas de donner ou de vendre] la somme de toutes les connaissances humaines »[W 27] qui commence au sein des projets par un partage d'opinions et de compétences au sein des communautés bénévoles activent au sein des projets. En ce sens, le mouvement Wikimédia ne s'inscrit pas et gagne à ne pas s'inscrire dans le « paradigme du don » mais bien dans celui du «  partage ». Un tout autre paradigme donc que celui dont débat depuis des années la revue Mauss, et dans laquelle apparait pourtant un article d'Étienne Autant qui souligne le fait que l'idée du partage semble plus adaptée pour « comprendre la complexité de nos sociétés modernes, leur évolution, et éclairer ainsi les choix fondamentaux à faire »[B 10] en commençant déjà par comprendre que « Si donner c’est toujours partager, partager ce n’est pas seulement donner. » et que :

Dès lors, au lieu d'opposer les trois grands paradigmes qui s’efforcent de rendre compte de la vie économique et sociale, ne serait-t-il pas préférable de reconnaître qu’ils peuvent se compléter ? Chacun des trois paradigmes n’éclaire vraiment qu’un domaine particulier:l’individualisme, le marché ; le holisme, les interventions de l’État ; le paradigme du don, les relations de personne à personne. Ne serait-t-il pas intéressant, alors, de situer ces trois paradigmes dans le cadre plus vaste de ce qui pourrait devenir un paradigme du partage, puisque le partage est leur point commun ?[B 10]

En tout cas, cette piste de réflexion permet déjà de sortir l'impasse du don agonistique en se tournant cette fois vers les théories d'Alain Testart, et en particulier celles présentée dans la dernière œuvre magistrale qu'il publia de son vivant et qui s'intitule Avant l'histoire, L'évolution des sociétés, de Lascaux à Carnac[W 28]. Tout comme Marcel Mauss, dans cette Testart s'inspire de l'observation des peuples de chasseurs cueilleurs sur base d'études ethnographiques qu'il complètes contrairement à Mauss par des d'autres données en provenance de l'archéologique pour finalement considérer que :

les sociétés néolithiques seraient des sociétés où la propriété de la terre est « usufondée », c’est-à-dire fondée sur l’usage et non sur la considération du fonds – cas de la propriété « fundiaire » –, ce qui n’en fait donc pas un enjeu majeur, voire pas même une source de revenus. L’origine de cette forme de propriété remonterait très probablement au temps des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, de sorte que l’auteur fait se succéder trois grands ensembles, ou « trois mondes »:« un “monde I” [de] sociétés sans richesse et tout au plus propriété usufondée ; “un monde II” [de] sociétés avec richesse et propriété usufondée ; un “monde III” [de] sociétés avec richesse et propriété fundiaire »[B 11]

Après avoir rendu compte de la grande distribution spatial des peuples de chasseurs-cueilleurs et de leur principe coutumier, Testart distingue alors deux types de structures sociales parmi ceux-ci. D'un côté, se trouvent les peuplades de « type A », dont il cite pour seuls représentant contemporains les aborigènes d'Australie, où la conception usufondée des richesses naturelles empêche les chasseurs et les cueilleurs d'être propriétaire des biens qui collecte. Le chasseur n'est en effet ni maitre de la répartition de la viande de son gibier, ni maître dans le choix des bénéficiaires[N 6]. De l'autre, se situent les peuplades de « type B », des chasseurs cueilleurs quand à eux propriétaire de la nourriture qu'ils trouvent et maître de son usage et de son partage. De la pratique des ces peuples de type B, découle alors la pratique don agonistique avec le potlatch au niveau de la forme la plus ostantatoire, ainsi que le desire de poursuivre la recherche de nouvelles techniques qui permettront d'accroître la production de biens matérielle et le prestige que cela apporte au travers de leur dons[B 12]

Appliquée au mouvement Wikimédia, cette différenciation des peuples de chasseurs cueilleurs permet alors de reconnaître au sein des contributeurs bénévole les caractéristiques des communautés de type A, et non celles de type B. De plus, l'adoption par le mouvement Wikimédia des licence libre présentée en cinquième section du chapitre 3, empêche de par leurs nature d'attribuer une quelconque propriété sur ce qui est produit par la communauté d'éditeurs bénévoles au sein de projets Wikimédia, qui tout comme les peuples de type A à nouveau, exprime très peu d'intérêt, voir occasionnellement des résistances, par rapport à l'évolution technique du logiciel MediaWiki qu'ils utilisent. Pendant ce temps, et du côté de la fondation et de ses mécènes, le paradigme du don apparait et même de manière quelque peu agonistique, puisque comme cela a été vu dans la onzième section du précédemment chapitre consacré à la dérive de la mission Wikimédia, le projet Wikipédia apparait comme le projet phare de la fondation profitant d'une promotion disproportionnée et non justifiée par rapport aux autres projets Wikimedia « rivaux ».

Comme on la vu précédemment dans la première section du troisième chapitre consacré au logiciels libre, que ce fut Richard Stallman qui implémenta le paradigme du partage lorsqu'il justifia la démarche du logicile libre en disant que : « si j'apprécie un programme, je dois le partager avec d'autres personne »[W 29]. Cette règle de base sur laquelle repose toujours aujourd'hui, comme nous allons le voir, la motivation des éditeurs Wikimédia débouche donc sur une réciprocité sociale non pas basée sur ce Jacques Godbout décrit comme une « dette mutuelle positive », dans laquelle « les acteurs valorisent le plaisir dans le don »[B 13], mais mais plutôt comme un partage altruiste réciproque[B 14]. Car les contributeurs des projets Wikimédia ne donnent pas, il partagent quelque chose dont ils ne sont pas propriétaire et dont la maîtrise dépend de la communauté toute entière selon des règles sophistiquées qui seront abordées plus tard dans le prochain chapitre.

En résumé, nous voyons donc apparaitre d'un côté, une groupe d'acteurs, les contributeurs, qui œuvrent dans le paradigme du partage en interdisent l'attribution de tout forme de propriété sur la connaissance. Pour ce faire, ils partagent cette connaissance sous format numérique et sous licence libre de tel sorte à ce qu'elle puisse devenir un biens anti-rival par excellence. Ils rendent aussi l'usus de la connaissance reproductible à peu de frais et sans conséquence sur la qualité et la quantité du bien d'origine avant et après partage[N 7]. De l'autre côté, les lecteurs donateurs se voient tenus à l'écart du mouvement et de son idéologie de partage par les dons qu'ils offrent dans un acte que Alain Caillé qualifierait de « péché originel puisqu’il crée cette séparation entre moi et autrui »[B 15].

Grâce à ces explications, nous pouvons donc à présent, mieux comprendre pourquoi les lecteurs qui donnent de l'argent au mouvement Wikimédia, ne rejoigne pas la communauté d'éditeurs. Comme cela a été vu en quatrième, cinquième et dixième section du précédent chapitre, le lancement de la récolte de dons au sein même des projets a en effet démarré peu de temps avant le déclin de la rétention des nouveaux contributeurs. Suite à ces nouvelles explications théoriques, il apparait donc maintenant presque évident qu'en donnant de l'argent au mouvement en gratitude d'un partage originairement inconditionnel, mais transformé en produit marchand par les actions marketing de la fondation, les lecteurs des projets Wikimédia se libérent de l'idée de donner de leurs temps pour développer les projets projets Wikimédia en rejoignant leurs communautés de partage. Une perversion d'un partage originel donc que je baptiserais contre-don asymétrique, puisqu'il n'est ni un don agonistique, ni un don de réciprocité, ni même un don créateur de lien.

Comme conclusion à tout ceci, on peut donc dire que c'est bien la notion de propriété qui distingue le don du partage et la connaissance du produit marchand dans le cadre du mouvement Wikimédia. Et il est ainsi remarquable que cette propriété est tout aussi absente chez les aborigène d'Australie faisant partie des peuples de type A décrit par Alain Testart, que chez les éditeurs bénévole au sein du mouvement Wikimédia. Une telle absence de propriété nous renvoie d'ailleurs vers la notion de communs ou res communis, très en vogue actuellement si l'on en juge du foisonnement littéraire qui tourne autour et qui fut déjà répertorié dans un ouvrage de synthèse intitulé Dictionnaire des biens communs[B 16]. C'est donc dans cette direction que pourra se poursuivre le débat, alors que pour ma part je me limiterai à conclure en disant que toute forme de connaissance, même nouvelle, est, et sera toujours le fruit d'un partage de connaissance antérieures et qu'en ce sens, transformer la connaissance en don en lui attribuant un titre de propriété tel qu'on vient de l'observer au sein du mouvement Wikimédia, n'est rien d'autre qu'un acte pervers d'enclosure d'un bien précieux que chacun est en droit de recevoir et en devoir de partager.

Une communauté et un mouvement

L'expression « communauté Wikimédia » est en générale utilisée au sein du mouvement pour désigner l’ensemble des personnes qui contribuent à l'amélioration des projets, soit en ligne soit hors ligne, mais toujours de façon bénévole. Une des particularités de cette communauté est qu'elle s’apparente à ce que Ralf Dahrendorf appel un « quasi-groupe »[B 17], ou autrement dit, des « individus ayant éventuellement un mode de vie semblable, une culture commune, mais ces points communs ne gravitent pas autour d'une prise de conscience de leur position commune dans la relation d'autorité »[B 18].

Cependant et comme on l'a vu dans le chapitre précédent, au sein de ce quasi-groupe Wikimédia, il est reste possible au sein de ce quasi-groupe, d'une part, que des personnes se mobilisent par centaines dans des appel à commentaire et précisément (RFC) et précisément dans une « relation d'autorité » pour s'opposer à certains projets de la fondation. Alors que d'autres part, il existe aussi au sein de la communauté des personnes qui contribuent très occasionnellement aux projets sans avoir aucune connaissance de ce qui se passe au niveau de Wikimédia et souvent même sans connaître l'existence d'un mouvement. Je peux citer comme exemple des connaissances que je sollicite pour corriger mes textes sur Wikiversité, mais on pourrait aussi certainement identifier bien d'autres profils qui n'interviennent que très sporadiquement en sans compte utilisateur. Toutes ces observations semblent relativement proche aussi de la notions de communauté chez Max Weber[B 19] qui selon l'analyse de Catherine Colliot-Thélène soulève des enjeux contemporains tout à fait présent au sein du mouvement :

Les éléments qui contribuent à la formation des communautés sont multiples et hétérogènes, certains sont objectifs (langue, religion, histoire politique partagée), d’autres ne sont que des « croyances subjectives ». L’importance qui revient à chacun de ces éléments dans les synergies communautaires est fonction de conjonctures toujours singulières. N’importe quel trait commun (Gemeinsamkeit) – « le premier qui s’offre », selon l’expression de Weber –, qu’il soit objectif ou imaginaire, peut servir de justification symbolique à la monopolisation de certaines catégories de chances par un groupe déterminé. Il est cependant essentiel d’insister sur le fait que ce n’est pas un caractère commun (Gemeinsamkeit), quel qu’il soit, qui fait communauté, mais l’activité partagée. Reconnaître l’importance du facteur économique de l’appropriation dans les processus communautaires n’interdit pas en effet de tenter de préserver certaines catégories de biens (les communs) de l’appropriation exclusive (et en particulier de la privatisation), ni d’œuvrer en faveur de l’assouplissement des conditions d’accès à des biens qui ne peuvent exister sans fermeture communautaire (par exemple les protections sociales garanties par un État).[B 20]

En outre, la notion de communauté tout comme celle de mouvement est relativement jeune au niveau du regroupement des projet Wikimédia et de ses utilisateurs. En 2009 encore un article posait la question de savoir s'il fallait parler de mouvement ou de communauté lorsqu'on s'intéressait au projet Wikipédia sous l'aspect de ses contributeurs. Dans la conclusion de celui-ci, l’auteur invitait par ailleurs la communauté à « donner naissance à un nouveau WikiProjet centré sur la culture libre et la vision de Wikipédia comme un mouvement social »[B 21][N 8]. Si ce « WikiProjet » n'a finalement jamais vu le jour, le mouvement interculturel imaginé par Florence Devouard en 2008 se sera toute fois développer au travers de ce que certain appelleront un ensemble de communautés de pratiques[B 22] qui, suite à ce qui a été dit dans la section précédente, pourraient tout aussi bien être qualifées de communautés de partages.

À son stade de développement actuel de ce début d'année 2021, les projets Wikimédia et leurs différentes communautés linguistiques sont en train d'intégrer un nouveau code de conduite universel[W 30] avec de première discussions apparaissant par exemple sur le projet Wikipédia en français[W 31]. Ensuite, dans un futur proche, ce sera il sera question de former un conseil mondial qui sera précédé d'un conseil mondial intérimaire dont le but sera de décrire une charte sur les responsabilités précises du prochain conseil sous sa forme définitive[W 32].

Les éditeurs des projets Wikimédia en chiffres et statistiques

On entend souvent dire que n'importe qui peut modifier les projets Wikimédia. C'est d'ailleurs un des principaux arguments avancé pour dénigrer le concept de l'édition collaborative ouverte tout en dévalorisant le contenu qu'elle produit. Pourtant ce n'est précisément pas n'importe quelle personne qui édite les projets Wikimédia. Dans l'absolut, c'est tout le monde, alors que dans les faits ce sont des gens qui en ont les moyens techniques et cognitifs ainsi que le temps libre nécessaire. Dans son premier communiqué de press de 2004, Jimmy Wales parlait d'une « une communauté très unie de contributeurs ouverts et responsables provenant du monde entier »[W 33].

Au niveau du nombres contributeurs actifs au sein de cette communauté et leur répartition au sein des projets, voici ci-dessous deux tableaux produits au départ de chiffres récupérés sur le site Wikistats.org qui illustrent clairement que la taille des communautés d'éditeurs varie fortement d'un projet à l'autre et du niveau d'implication des contributeurs. Ces chiffres permettent ainsi d'en relativisé d'autres qui font référence à plusieurs millions de comptes utilisateurs mais qui ne représente en rien le nombre réel des personnes vraiment actives au sein des projets. Parmi ces milliers de comptes créés une bonne part en effet sont inactifs aujourd'hui ou actif dans un projet seulement. bien à l'esprit qu'un certain nombre de contributeurs peuvent être actifs dans plusieurs projets,

Tab. 5.5. Moyennes approximative du nombre des rédacteurs actifs sur les projets Wikimédia en anglais, français et portugais entre le premier janvier 2019 et le 31 décembre 2021 inclus[W 34]
En français Wikipédia Wiktionnaire Wikisource Wikiversité Wiklivres Wikiquote Wikivoyage Wikinews
⩾ 1 éditions par mois 57 000 2 000 348 196 140 107 99 54
⩾ 5 éditions par mois 6 000 170 152 43 16 16 17 11
⩾ 1 édition par jour 4 000 114 70 16 9 7 8 6
⩾ 5 éditions par jour 729 32 48 5 2 1 2 1
En anglais Wikipédia Wiktionnaire Wikiquote Wiklivres Wikivoyage Wikiversité Wikisource Wikinews
⩾ 1 éditions par mois 417 000 5 000 2 000 1 000 992 565 509 146
⩾ 5 éditions par mois 39 000 596 133 163 155 141 180 32
⩾ 1 édition par jour 24 000 373 92 67 71 42 74 14
⩾ 5 éditions par jour 4 000 102 11 13 22 13 42 4
En portugais Wikipédia Wiktionnaire Wikiversité Wiklivres Wikisource Wikiquote Wikinews Wikivoyage
⩾ 1 éditions par mois 27 000 185 105 106 51 43 26 24
⩾ 5 éditions par mois 2 000 16 19 9 8 7 9 3
⩾ 1 édition par jour 1 000 12 6 5 4 3 5 1
⩾ 5 éditions par jour 192 3 1 0 1 0 2 0
Tab. 5.6. Moyennes approximative du nombre des rédacteurs actifs sur les projets Wikimédia multilingues entre le premier janvier 2019 et le 31 décembre 2021 inclus[W 35]
Wikidata Commons MetaWiki MediaWiki Incubator Wikispecies Outreach ßwikiversity Fondation
⩾ 1 éditions par mois 42 000 38 000 4 000 1 000 429 285 97 64 6
⩾ 5 éditions par mois 11 000 12 000 988 259 157 81 25 12 0
⩾ 1 édition par jour 4 000 3 000 300 85 43 39 5 4 2
⩾ 5 éditions par jour 1 000 1 000 61 18 16 20 1 1 0
Wikipedias active editors per million speakers.png
Carte de distribution mondiale des éditions de Wikipédia en anglais le 17 mai 2011
Figure 1.11 Carte de distribution mondiale des éditions de Wikipédia en anglais le 17 mai 2011[W 36].

Une autre représentation graphique des éditions faite sur les projets Wikipédia faite à partir du 17 mai 2011 fut celle d'une carte animée où apparaît de façon chronologique et distinctement selon les versions linguistiques du projet, les endroits du monde où furent réalisée les modifications des projets Wikipédia[W 37]. Ces éditeurs étant très majoritairement situés dans les pays du Nord

Vid. 5.. Visualisation interactive montrant la distribution mondiale des modifications pour les différentes éditions linguistiques de Wikipédia (source:https://w.wiki/3A$V).
Figure [1]

Global_South_User_Survey_2014_-_Full_Analysis_Report.pdf

Quand la Côte d’Ivoire imagine Wikimédia en 2030 : entretien avec Donatien Kangah Koffi - Wikimedia Space

Vis ma vie de Strategy Liaison francophone - Wikimedia Space

Un Salon Stratégique à Conakry pour l’avenir du mouvement Wikimédia - Wikimedia Space

Wikipedia for KaiOS[W 38]

Where Wikipedia’s Editors Are, Where They Aren’t, and Why - The Atlantic

Communications/Wikimedia Foundation messaging strategy/2014-16 audit — Meta

Communications — Meta

À son stade actuel de développement[W 39], cet observatoire nous permet déjà de savoir beaucoup de choses au sujet de la diversité culturelle au travers les différents projets linguistiques de Wikipédia et malheureusement seulement Wikipédia. Toutes ses informations sont disponibles au départ de la page du projet et les recopier ici dans leur intégralité n'aura aucun sens. Voici par contre en résumé de celles qui m'ont semblé les plus significatives sur la question du développement du mouvement Wikimédia dans le monde :

  • que sur près de 300 versions linguistique de Wikipédia x sont des langues exclusivement utilisées dans le Sud et que parmi celles-ci
  • 150 langues, leur contenu de contexte culturel est inférieur à 10 % du contenu, ce qui indique qu'il est probablement sous-représenté; seules 48 éditions de langue Wikipédia sont des langues qui ne coexistent pas avec d'autres langues sur un territoire.

Mon questionnement sur le soft power venait d'un travail d'étudiant intitulé Wikipédia, un média de collonisation culturelle occidentale ?[B 23] que j'avais précédemment dans le cadre d'un certificat en éthique économique et social. J'y avais en effet mis en évidence qu'au niveau sont ainsi en grande partie édité depuis les pays du Nord alors que leur gratuité d'accès entrainera une large diffusion au sein de population du Sud, qui pour des raisons économiques et culturelles évidentes auront beaucoup de mal à intégrer les communautés d'éditeurs au sein des projets.

Fichier:Capture d'écran visite fr.wikipédia févier 2020.png
Fig. 1.a Graphique illustrant distinctement selon le type de connexion le nombre de pages vues sur les sites Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février 2020 inclus (Scheepmans, 2020).

La communauté du mouvement Wikimédia, salariés des institutions mis à part, représente pour certains « l'ensemble des personnes bénévoles et amateures composant la communauté la plus prospère de l'ère numérique » [B 24]. Composée de bénévoles, elle se caractérise par un activisme, une éthique et idéologie très forte et une grande sensibilité à tout ce qui est en décalage avec la philosophie du mouvement, telles la censure et l'entrave à la liberté numérique[B 25]. Le manque de reconnaissance, voir un certain mépris de la hiérarchie traditionnelle et des titres académiques, fait aussi partie intégrante de la philosophie du mouvement[B 26].

Dès 2009, une étude menée par la fondation Wikimedia, mettra en évidence une grande disparité de genre parmi les éditeurs de Wikipédia où les femmes n'apparaissaient qu'à un ratio de 10 %. Cette étude fera apparaître aussi que la communauté Wikimédia de l'époque et majoritairement constituée de personnes célibataires et sans enfant dont les trois quarts avait un âge inférieur à 30 ans et un peu plus de 50 % bénéficiaient d'une formation d'enseignement supérieur[B 27] (voir figure 5 ci-dessous). Concernant le genre, une étude datant de 2011 relève quant à elle 9 % de contributrices[B 28], une autre de 2013, 22% [B 29], celle de 2014, plus axée sur les pays du Sud, 20 %[B 30], une autre de 2016 portant sur le public germanophone 10 %[B 31]. Finalement une étude de 2018 rend compte d'un pourcentage variable de 5 à 13.6 % en fonction des origines et mettra à jour le degré d'éducation de la communauté Wikimédia avec cette fois-ci près de 85 % des personnes diplômées de l'enseignement supérieur dont 34 % au niveau bachelier, 26 % au niveau master et 12% au niveau doctorat[B 32] (voir figure 6 et 7 ci-dessous).

Les rédacteurs des dictionnaires Oxford Dictionaries sont-ils sexistes ?

Wikipédia:Sondage/Écriture inclusive — Wikipédia

Wikipédia:Écriture épicène — Wikipédia

Une autre fracture au sein de la communauté Wikimédia réside dans le fait que seulement 20% des contributeurs proviennent des pays du Sud[B 33] et que près de 50 % des contributeurs sont d'origine européenne[B 32] (voir figures x.1 & x.2 ci-dessous). Ce fossé culturel fut l'une des préoccupations premières du rassemblement Wikimania de 2018 à Cape Town[B 34], un cycle de conférences traitant de sujets portés à cœur par le mouvement Wikimédia est sans aucun doute le plus grand rassemblement annuel de la communauté. Il peut compter jusqu'à 1 200 participants d'un âge allant de trois mois à 72 ans et provenant de 70 nations différentes[B 35]. Quant à la moyenne d'âge des membres de la communauté, elle varie selon l'étude de 2018 en fonction de leurs activités et de leurs origines[B 32] (voir figure 9 ci-dessous). La tranche d'age de 18 à 34 ans se réparti sur un ratio de 29 à 60 %, celle de 35 à 44 ans sur un ratio de 12 à 31 % et celle de 45-84 ans sur un ratio de 20 à 54 %.

Carte du monde représentant le nombre de liens de Wikipédia français pointant vers un pays
Fig. Carte du monde représentant le nombre de liens de Wikipédia français pointant vers un pays. https://w.wiki/$qF

J'ai peu en effet l'occasion à la fois de parcourir une quantité importante d'analyses statistique issues d'enquêtes le plus souvent commanditée par la fondation Wikimédia. De celles-ci seront extraites des cartes et autres données synthétique concernant la répartition géographie des personnes actives au sein mouvement.

Gender gap/International Women's Day — Meta

Wikimedia CH se penche sur la rareté des femmes - Le Temps

Premiers pas en tant qu'éditeur

Ma participation au mouvement Wikimédia aura débuté le 11 juin 2008 à 22 h 24 (UTC) à l'instant précis où j'aurai enregistré la page « Créer un compte » accessible grâce à un hyperlien situé en haut de chaque page des projets Wikimédia[W 40]. Je me souviens encore que mon adresse courriel était facultative dans le formulaire d'enregistrement et que cette garantie d'anonymat m'avait étonné en comparaison à la plupart des autres espace Web. Et si je peux situer si précisément cet évènement dans le temps, ce n'est pas grâce à ma mémoire, ni à un carnet de notes quelconque, mais parce que depuis ce moment toutes mes actions au sein des projets Wikimédia ont été enregistrées et répertoriées à la minute près sur les serveurs informatiques de la fondation Wikimedia[W 41][N 9].

Ce premier compte répondait au pseudonyme de « Scapmouche », un surnom hérité d'un mouvement de jeunesse que j'aurai utilisé finalement que que 44 fois en écriture au sein des projets Wikimédia[W 42] et une fois seulement pour éditer un article de Wikipédia. Il s'agissait d'une modification faite le 5 novembre 2008[W 43] au sein d'un article qui décrit des rassemblements hippies intitulés « Rainbow Gathering » auxquel j'aime participer. Les modifications faites à l'article étaient basées sur mon expérience et furent supprimées une minute après leurs enregistrement par l'utilisateur Ataraxie dont le nom d'utilisateur devin par la suite Kõan. C'était le créateur de l'article et il justifia la suppression de ma contribution sur ma mage de discussion utilisateur en laissant ce message :

Bonjour Scapmouche. Les ajouts sur un article de l'encyclopédie ne peuvent pas être faits de vos "impressions" personnelles sur un "rainbow gathering", mais doivent informer à partir de sources fiables existantes de ce qui se dit sur eux. Cordialement --A t a r a x i e--d 5 novembre 2008 à 15:07[W 44]

J'avais pourtant pris la peine de laisser ce message sur la page de discussion dédiée à l'article en question en précisant :

Bonjour,

Je me suis permis de faire quelques changements au texte d'origine car je trouvais que certaines formulations ne reflétaient pas ce que j'ai pu découvrir lors de mes expériences Rainbow ( avec un bon zoom on pourrait me voir sur la photo du Rainbow de Bosnie ;o)

Les Rainbow Gathering sont avant tout des lieux où l'on essaye de reconstruire un idéal de société durant un moi autour de la pleine lune.

Un idéal n'est jamais atteint, mais celui-ci est de vivre en harmonie avec la Nature, soi-même et les autres.

Chacun éprouve des difficultés pour vivre en accord avec cette idéal, mais de par mon expérience, les rainbow sont des lieux ou l'on découvre à coup sur, une meilleur façon de vivre.

Quand au problème de drogues, de chiens, et de vols, ils varient fortement d'un rassemblement à l'autre.

Enfin, il existe aussi des "restricted gathering", rassemblement où il est convenu dès le départ que le mode de vie idéal sera scrupuleusement respecté.

Lionel

Tes modif ne posaient pas problème pour moi. Mais elles ont été supprimé rapidement par quelqu'un qui n'a pas l'air de connaitre le sujet, en particulier pour la durée des rassemblements. Bech (d) 4 avril 2010 à 15:19 (CEST)[W 45]

La réponse de Bech de son vrai prénom Bernard, un professeur d'informatique né en 1959 et originaire de Toulouse[W 46] me confronta donc tout de suite aux dificultés de l'édition collaborative en me présentant un point de vue contradictoire à la suppression de ma première contribution au projet. Comme de nombreux éditeurs potentiels de Wikipédia, cette première expérience eu ainsi raison de ma motivation de contribuer au projet Wikipédia.

À l'époque de mon inscription, j'étais aussi parfaitement ignorant de la puissance informatique cachée dans les méandres d'Internet. Aux yeux des plus anciens membres de la communauté d'éditeurs actifs sur la Wikipédia francophone, je n'étais qu'un « péon », ou autrement dit un nouveau venu dépourvu d'outil technique et de connaissance du projet encyclopédique, bien incapable de savoir dans quel endroit il mettait les pieds[W 47]. Pour ma part, tout ce que je savais en gros, c'est que j'abandonnais mon statut d'« utilisateur sous IP » pour agir sous une identité fixe au sein de la communauté. Je mettais fin aussi de la sorte à l'enregistrement des différentes adresses IP utilisées lors de mes connexions sur le site[W 48].

Il fallut alors attendre le 26 février 2011[W 49] pour que je me remette à éditer Wikipédia, avec pour objectif d'y faire une observation participante dans le cadre de mon mémoire de fin de master en anthropologie intitulé Culture fr Wikipédia , Monographie ethnographique de la communauté des contributeurs actifs sur l'espace francophone de Wikipédia[B 36] À cette occasion, et pour des raisons déontologiques, j'avais créé un nouveau compte Utilisateur:Lionel Scheepmans. C'était une deuxième naissance au sein de la communauté mais avec ma réèl identité cette fois, ce qui n'est vraiment pas coutume au sein du projet. J'aurai pu renommer mon ancien compte, mais je ne savais pas que c'était possible à l'époque et puis par la suite, j'ai trouvé qu'il était bien pratique d'avoir deux comptes pour tester la communication entre deux éditeurs. J'ai indiqué par contre que ces deux comptes m'appartenait en respect d'une recommandation interdisant la création de « faux-nez »[W 50] dans le but d'utiliser plusieurs compte utilisateurs sans que cela se sache dans le but de voter plusieurs fois lors de prise de décision ou encore de faire pression lors de désaccord éditoriaux, on en reparlera bientôt.

En commençant mon étude ethnographique, j'avais l'idée de faire d'une pierre deux coups en rédigeant mon travail de fin d'étude de master au sein même de mon terrain d'observation participante dans une sorte de processus récursif déjà présenté au chapitre deux. Malheureusement, il s'est avéré que cela n'était pas possible en raison du premier des cinq « principes fondateurs »[W 51] du projet encyclopédique stipulant que :« Wikipédia est une encyclopédie »[W 52]. Une affirmation triviale de premier abord, mais qui permet au final de se mettre d'accord sur tout « ce que Wikipédia n'est pas »[W 53]. À la lecture de ce contenu, j'apprenais donc à mes dépens que :« Les essais personnels et travaux inédits (TI)[N 10] n'ont pas leur place sur Wikipédia. »[W 52]. Dans un expérience similaire à celle d'un autre éditeur anglophone[W 54], on me redirigea dès lors vers un autre projet intitulé Wikiversité que je ne connaissais pas bien qu'il faisait partie de plus d'une dizaine d'autres projets collaboratifs appelés « projets frères de Wikipédia »[W 55]

Je me rendis donc sur la page d'accueil du site Wikiversité et j'y découvris avec grand intérêt que ce projet était un lieu dédié au « partage de contenus pédagogiques et à la rédaction de travaux de recherche »[W 56]. Après avoir annoncé mon arrivée au sein du projet par un message déposé sur la page d'une sorte de forum général intitulé « la salle café »[W 57], j'ai ensuite cherché l'endroit dans lequel je pouvais situer mon travail. Au cours de cette recherche, Crochet.david[W 58], un enseignant en électrotechnique[W 59] administrateur[W 60] [N 11] du projet Wikiversité qui avait déjà répondu de manière sympathique[W 57] à mon message d'arrivée, me proposait sur son espace de discussion utilisateur[N 12], de placer mon travail parmi les « travaux de recherche en sociologie »[W 61]. J'en resterai très surpris jusqu'à la découverte de l'organigramme du projet Wikiversité dans lequel l'anthropologie apparaissait comme départements de la faculté de sociologie[W 62].

Cette situation m'apparut extrêmement compliquée, car non seulement je devais demander l'accord de mon promoteur pour écrire mon mémoire en ligne et en temps réel sur un site internet, mais en plus, je devais à présent lui dire que ce mémoire réalisé dans le cadre d'un master en anthropologique, serait publié dans une faculté de sociologie. Connaissant la scission très claire au sein de mon université entre sociologues et anthropologues, je me suis senti quelque peu désarmé face à cette situation. J'ai alors tenté de placer mon travail au niveau du département d'anthropologie de la Wikiversité sans faire mention de la faculté de sociologie. Mais David Crochet, de son vrai nom, est alors revenu vers moi pour me dire que « les projets sont associés aux facultés et non aux départements. »[W 63]. S'entame alors un débat qui fut transféré[W 64] dans la salle café qu'il soit accessible aux autres membres de la communauté. Au terme des discussions, nous sommes finalement arrivés à la conclusion qu'il fallait que je lance une prise de décision[N 13] pour renommer la faculté de sociologie.

Lors de cette prise de décision[W 65], JackPotte[W 66], un ingénieur en informatique[W 67] et autre administrateur du site, avait déposé un message pour nous tenir informés de la classification décimale universelle[W 68]. Dans cette version de la CDU[N 14], le terme anthropologie y apparaissait plusieurs fois, une fois dans le champ des sciences sociales (anthropologie culturelle) et une autre fois dans le champ de la biologie (anthropologie physique). Une telle information m'encouragea d'autant plus à renommer la faculté de sociologie en faculté de socio-anthropologie de telle sorte à pouvoir, avec un seul mot et de façon explicite, de regrouper la sociologie et l'anthropologie au sein d'une même faculté, tout en y excluant de celle-ci l'anthropologie physique. L'acceptation de ma proposition à l'unanimité, fut pour moi une double satisfaction. D'une part celle de pouvoir présenter mon projet de mémoire dans de bonnes conditions, d'autre part, celle d'avoir lancé et participé pour la première fois à une prise de décision au sein du mouvement Wikimédia.

En novembre 2020, à l'instant où j'écris ce texte, mon deuxième compte aura dépassé les 23 500 modifications au sein de l'espace numérique Wikimédia[W 69]. Cumulées avec plus de dix ans d'ancienneté, on peut dire que mon compte bénéficie déjà d'une certaine reconnaissance au sein de la communauté. Rien d'exceptionnel toute fois, puisque les plus anciens comptes sur site Wikipédia francophone, répondant au totem de « grands anciens » apparurent avant 2002[W 70]. Concernant le nombre d'éditions, il faut savoir aussi qu'un utilisateur répondant au pseudonyme de Polmars, arrivé en 2005[W 71], ainsi qu'un autre utilisateur appelé Vlaam, arrivé en 2007[W 72], ont déjà dépassé le million d'éditions en octobre 2020[W 73].

Au départ de cette petite présentation auto ethnographique, on peut donc se faire une idée, au départ d'un simple exemple parmi probablement autant d'expérience uniques qu'il y a de contributeurs sur les projet, de comment peut se passer une arrivée au sein de la communauté des éditeurs Wikimédia. On y voit aussi comment au départ d'un projet, bien souvent Wikipédia, on peut se voir rediriger vers d'autres projets éditoriaux plus adaptés à nos projets personnels de contribution. Ce petit récit nous permis enfin de voir qu'il y a deux manière d'éditer les projets Wikimédia. La première est de le faire sous le couvert d'une adresse IP sans s’enregistrer et la seconde sera de le faire après avoir créé un compte utilisateur. Deux façon de faire qui comme nous allons le voir débouche sur des conséquences importantes en matière de reconnaissance et de confiance accordée par le reste des contributeurs.

Gestion des éditeurs sans compte utilisateur

Contribution d'IP:Amélioration de la confidentialité et limitation des abus/Nouvelles fonctionnalités[W 74]

substitution des adresses IP par un identifiant anonyme améliorant la détection des comptes faux-nez dans le cadre d'un projet d'amélioration de la confidentialité et limitation des abus[W 75] un nouveau débat en perspective.

Notre objectif pour ce projet est double :

  • en premier lieu, le but est de protéger nos projets contre le vandalisme, le harcèlement, les faux-nez, les campagnes de désinformation et autres attitudes disruptives ;
  • deuxièmement, de protéger les contributeurs non-enregistrés contre d'éventuels harcèlement, représailles et abus en ne rendant pas publique leur adresse IP.

Suite aux échanges sur la page de discussion du projet et ailleurs, nous avons pu noter différentes façons dont les adresses IP sont utilisées dans les projets Wikimédia :

  • les adresses IP sont utiles pour rechercher des contributeurs « proches » (qui contribuent à partir de la même plage IP ou d’une plage IP proche) ;
  • elles sont utilisées pour inspecter l’historique des contributions d’un contributeur non enregistré ;
  • les adresses IP sont utiles pour identifier des contributions faites sur plusieurs wikis ;
  • elles sont utiles pour déterminer si quelqu'un essaie de contribuer à partir d’un VPN ou d’un nœud Tor ;
  • elles sont utiles pour découvrir la position d'un contributeur ou de connaître certains détails tels que l’université, l’entreprise ou l’agence gouvernementale à partir de laquelle la personne contribue ;
  • les adresses IP sont utilisées pour tenter d’établir un lien entre une IP et un vandale ;
  • parfois, elles sont utilisées pour définir des filtres anti-abus spécifiques afin de contrer certains spams ;
  • les adresses IP sont importantes pour le blocage de plages complètes d’IP.

Notre objectif est de réduire notre dépendance vis-à-vis des adresses IP en mettant en place des outils qui s'appuient sur diverses sources d'information afin de détecter les contributeurs similaires. Afin de masquer les adresses IP sans impacter négativement nos projets, le processus doit être amélioré de sorte qu'afficher les IP publiquement devienne redondant. C'est également une opportunité de développer des outils plus puissants permettant d'identifier les vandales.

«L'encyclopédie que tout le monde peut modifier» devient "L'encyclopédie selon laquelle quiconque comprend les normes, se socialise, évite le mur impersonnel du rejet semi-automatisé et veut toujours apporter volontairement son temps et son énergie peut éditer."

«difficile», «perspicace» et «intellectuellement sûr de lui»[B 37]

Février 2014, À propos des biais de genre sur Wikipédia, une campagne Art+Feminism est lancée au sein du mouvement Wikimédia dans le but d'ajouter du contenu sur Wikipédia à propos d'artistes féminines. En février 2015, une étude linguistique computationnelle relance la polémique en démontrant que les articles de Wikipédia sont biaisés à l'encontre des femmes[B 38]. De nouvelles campagnes d'édition visant à réduire les biais de genre au sein des projets Wikimédia voient ensuite le jour notamment au travers du projet Women in Red.

25 mais 2019, Noircir Wikipédia, un collectif de wikipédiens souhaitant améliorer la visibilité des personnalités africaines et de la diaspora africaine sur Wikipédia, organise son premier atelier multilingue à Genève.

Suite à un vote entre motivé par une petite étude statistique qui démontra que près de 85 % des modifications annulées sur le projet Wikipédia en portugais étaient réalisées sans compte utilisateur[W 76], la communauté des contributeurs au sein de ce projet linguistique décida d'interdire l'édition du projet et la création de nouvelles page sans compte utilisateur. Cette décision fut prise en début du mois d'octobre 2020 suite à un mois de procédure décisionnel qui aura débouché sur la clôture d'un vote à 71% favorable au niveau de l'édition, 82.8 % au niveau de la création de nouvelle article, et la possibilité de modifier les pages d'aide et de discussion à été maintenue[W 77]. En étant les premiers a instaurer cette nouvelle règle, la communauté Wikipédia lusophone pourrait ainsi montrer l'exemple à d'autre communauté linguistique, mais avant cela une évaluation des effets reste à poursuivre[W 78] en exploitant par exemple les outils d'analyse disponibles au sein du mouvement dans le but des graphiques explicatif tel que celui repris ci-dessous.

Graphique comparant l'évolution du nombre d'éditions mensuelles, suite à l'obligation de créer un compte pour éditer le projet Wikipédia en portugais
Fig. 5.. Graphique comparant l'évolution du nombre d'éditions mensuelles, suite à l'obligation de créer un compte pour éditer le projet Wikipédia en portugais (source:https://w.wiki/3A4Q)

Motivations des contributeurs enregistrés

Category:The Impact of Wikipedia - Wikimedia Commons Voici ce que Monacore nous dit concernant Wikipédia lorsqu'elle s'adressa à un autre contributeur :

est-elle, ou devient-elle, le diffuseur du savoir en direction du grand public. Cela a dû vous arriver comme à moi : des gens IRL qui évoquent un sujet relativement pointu et qui ne font que réciter l'article wp correspondant. La situation devient encore plus savoureuse lorsqu'on est le principal contributeur de l'article ;-). D'où l'intérêt d'avoir un pseudo et de ne surtout pas le dévoiler IRL, d'ailleurs. D'où l'intérêt, aussi, de continuer, pour enrichir le projet mais aussi pour freiner les velléités de ceux qui l'utilisent à des fins de propagande. Un jour sans doute je m'en lasserai comme vous, mais pour l'instant je crois encore à l'utilité de contribuer. Et puis on y croise des personnalités fort intéressantes - comme cet ancien admin qui connaît si bien l'histoire du 20e siècle et de la Shoah, et qui sait faire preuve d'une telle efficacité devant les tentatives d'enfumage.[W 79]

Dans une autre conversation au sein du bistro, le principale forum de Wikipédia est écrira aussi :

l'une des motivations, pour les accro, est que wp réunit, de leur point de vue, deux éléments qui vont rarement de pair : l'utile et l'agréable. Contribuer, c'est utile, surtout pour les autres mais aussi un peu pour soi-même ; et c'est agréable pour soi-même - les autres passent alors au second plan, on est déjà tellement drogué à wp qu'on ne se pose même plus la question Malin. Et puis une drogue en chasse une autre : grâce à wp je me suis désintoxiquée des séries policières de la TV. Maintenant je suis normale Désespoir[W 80].

Âgé de 64 ans, retraité après une carrière de directeur de travaux, Kikuyu3 a plongé dans Wikipédia en 2008 grâce à sa passion pour l’astronomie et n’en est jamais sorti. « Je m’endors et je me réveille avec Wikipédia », sourit celui qui se demandait à l’époque ce qu’il allait faire de sa retraite. Une dizaine de milliers de contributions plus tard, la réponse est dans ce projet à l’ampleur inédite :

« Wikipédia est fait par des gens dans le monde entier, qui ne se connaissent pas, qui sont parfois totalement opposés sur le plan social, politique et religieux, et qui se mettent d’accord pour partager des connaissances. Personnellement, je n’ai pas le bac. J’ai vécu toute ma vie avec un complexe par rapport aux diplômés. Mais Wikipédia ne vous demande pas si vous avez un diplôme, les contributions des gens sont jugées sur la qualité de leurs arguments. »

Parmi les nombreuses anecdotes rapportées par ce grand lecteur, sa discussion, « d’égal à égal », avec un autre contributeur, le physicien Marcel Froissart, alors professeur honoraire au collège de France. « Je ne savais pas qui c’était, je l’ai appris après », raconte-t-il en louant son humilité lors de leurs échanges.

[B 39]

Autre témoignage d'une administratrice :

A 56 ans, cadre dans une grande entreprise industrielle, elle compte près de 500 000 contributions depuis son arrivée sur Wikipédia il y a six ans. « C’est une passion, ça me prend 5 à 6 heures par jour, c’est énorme ! » [...] « Je regarde, je corrige, j’annule, je retire le vandalisme. j’entretiens l’encyclopédie pour ne pas qu’elle se dégrade. » Mais son investissement dans Wikipédia ne se limite pas à l’écran, et déborde largement hors-ligne. Lors de ces Wikipermanences, bien sûr, qui « permettent de se voir entre nous et de nous faire une bouffe » mais aussi à l’occasion d’autres événements de la communauté[B 39].

Tsaag Valren jeune femme

Mon parcours de contributrice est étroitement lié à ce syndrome d’Asperger. J’ai commencé à contribuer sur Wikipédia fin 2007, alors que je sortais d’une période noire. Ecrire des” trucs” sur Wikipédia, ça me calmait. C’est un peu comme retrouver un espace familier où les paramètres vous sont connus, alors que” la vie de tous les jours” n’est qu’un chaos dont on ne comprend ni la finalité, ni les règles. (…) Wikipédia offre l’espace parfait pour quelqu’un comme moi : on peut apprendre et écrire sur ce qui nous passionne, on n’est pas obligés d’avoir des relations sociales, on peut être apprécié et même admiré pour nos compétences.[B 39]

Le scientifique wikipedien

Who are the organizers that grow Wikimedia’s communities? New research on actors that bring energy to the Wikimedia movement - Wikimedia Foundation

Groupes d’utilisateurs - Meta

WiViVi - Wikipedia Views Visualized

Répartition de l'activité éditorial sur les projets

figure 1.1 les résultats d'une analyse statistique de la page web contenant l'article Wikipédia « Mouvement Wikimédia »[W 81]. Affichés sous forme de graphiques, on y voit apparaître qu'en date du 20/02/2020, approximativement 93,6 % du texte contenu dans cet article était rédigé par mes soins. Grâce à cette information donc, la récupération du contenu de Wikipédia ne peut plus apparaître comme un vulgaire plagiat, mais bien comme la récupération d'un travail effectué dans un autre espace éditorial.

Graphique illustrant la répartition par contributeurs du nombre d'éditions et de la quantité de texte apporté à l'article « Mouvement Wikipédia » en date du 19/02/2020
Fig. 1.2 Graphique illustrant la répartition par contributeurs du nombre d'éditions et de la quantité de texte apporté à l'article « Mouvement Wikipédia » (source : copie d'écran de la page https://xtools.wmflabs.org/articleinfo/fr.wikipedia.org/Mouvement%20Wikim%C3%A9dia le 20/02/2020).


Sur le fond, il est attendu d'un bon article de Wikipédia qu'il soit compréhensible, utile et intéressant aux lecteurs qui n'auraient aucune connaissance préalable du sujet. Il doit aussi adopter une présentation neutre et bien structuré offrant la possibilité de vérifier les informations présentées. Au niveau de la forme, il doit être ni trop long, ni trop court, rédigé dans le style du registre courant et un Français irréprochable, avec une traduction des citations en langue étrangère. Il devra ensuite être catégorisé, mis en lien avec les autres articles de l'encyclopédie et sujet à diverses améliorations techniques rendues possibles grâce au logiciel informatique supportant le projet Wikipédia.

remarquons tout d'abord grâce au graphique affiché en début de section précédente que le taux de participation d'un éditeur à un article de Wikipédia peut varier selon qu'on regarde le nombre d'éditions ou la quantité de texte ou de contenu ajouté.

Avant de répondre à cette question élargissons tout d'abord nos observations afin de voir si le graphique issu de notre expérience ne représenterait pas un cas isolé. Pour se faire commençons par étendre l'analyse du taux de participation à l'ensemble des 27 pages que j'ai créées dans le projet Wikipédia francophone avant le 2 mars 2020[W 82]. Voyons pour ce faire les résultats de nos calculs basés sur des chiffres obtenus au départ de la page https://xtools.wmflabs.org/articleinfo/fr.wikipedia.org et illustré par le tableau 2.1 présenté ci-dessous.

Tableau 3.1 : Pourcentage de participation en nombre d'éditions et texte ajouté sur l'ensemble de mes articles créés sur fr.Wikipédia
Nom de l'article Éditeurs Éditions Mots Mon % éditions % éditions suivant Mon % texte % texte suivant
Anthropologie clinique 4 6 53 60 20 97,2 2
Anthropologie fondamentale 14 34 378 62,1 6,9 73,9 15,6
Anthropologie Globale 6 13 206 77,8 11,1 98 1
Anthropologie prospective 7 20 366 72,2 5,6 100 0
Anthropophages (redirection supprimée) - - - - - - -
Auto-ethnographie 2 11 114 90,9 9,1 100 0
Auto-plagiat 2 6 156 83,3 16,7 100 0
Belgian American Educational Foundation 10 10 174 14,3 14,3 81,7 5,9
Carlos Frederico Marés de Souza Filho 5 11 45 60 20 96 2,1
Cumuleo 5 14 104 71,4 7,1 94,7 5,3
Dérive de la mission 8 19 31 40 40 91,6 3,2
José de Souza Martins 5 8 504 60 20 98,9 1,1
Joseph Louis Bonmarriage 5 12 78 63,6 18,2 94,8 3,1
Kayoux 11 33 503 75 10,7 93,5 4,4
Kuilappalayam 8 19 116 55,6 11,1 71,1 23,9
Laboratoire d'anthropologie prospective 7 19 442 75 6,2 99,4 0,3
Louvain Coopération 23 121 1 354 60,7 12,1 62 33,8
Marché politique 5 10 66 66,7 11,1 94,1 3
Méta-Wiki 6 17 46 85,7 7,1 99,8 7,1
Mike Singleton

(page de redirection vers homonymes)

3 7 4 80 20 96 3,8
Mike Singleton (anthropologue) 19 31 160 54,5 9,1 80,8 6,5
Mondher Kilani 7 28 449 46,2 26,9 11,4 85,5
Ouïe 8 14 37 14,3 28,6 62 23,1
Pierre-Joseph Laurent

(page de redirection vers homonymes)

3 3 4 33,3 33,3 12,4 87,3
Richard Mervyn Hare 9 12 135 31 10 66,8 31
Sociologisme 6 13 56 41,7 25 89,1 8,2
TXM 10 30 164 41,4 34,5 65,9 31
Totaux 198 521 5745 1516,7 434,7 s-o s-o
Moyennes par article soit total/26 7,61 20,03 220,96 58,33 16,71 81,96 13

Il apparait donc qu'au niveau de l'ensemble des articles que j'ai créés sur le projet Wikipédia francophone et rien que ceux-ci, le pourcentage moyen de mes contributions par article est de 58,33 % au niveau du nombre d'éditions et de pratiquement 82 % au niveau du contenu textuel. Utiliser ces résultats pour se faire une idée serait cependant une erreur, car il s'avère être biaisé.

Il s'avère en effet au niveau de l'article intitulé « Louvain Coopération », que je fus également la personne qui aura utilisé compte contributeur « Utilisateur:Louvain Coopération » en deuxième place des comptes les plus actifs au sein de l'article. J'avais créé ce compte à une époque où je travaillais au sein de l'ONG sur laquelle portait l'article. Mon but à l'époque était de respecter au mieux la transparence demandée au niveau conditions d'utilisation des projets Wikimédia en matière de « Contributions rémunérées »[W 83]. Il en a donc résulté que de façons alternées et en fonction de ma présence sur mon lieu de travail, j'ai édité l'article avec deux comptes utilisateur séparés pour atteindre un tau de 78% d'éditions et 95,8 % de texte et non 60,7% et 62% comme on pourrait le crois sans connaitre l'information. Après rectification, je serai donc en moyenne l'auteur de 83,2% du contenu des articles que j'ai créés sur fr.Wikipédia.

De ce premier exercice, on retiendra donc d'une part, que les nombres d'éditions apportées à un article ou un ensemble d'articles n'a qu'une corrélation très limitée avec la quantité de texte produit au sein de ce même article ou un ensemble d'articles, d'autre part, que la répartition en pourcentage du texte produit par les contributeurs d'un article risquera toujours d'être biaisée dès lors qu'une même personne utilisera plusieurs comptes utilisateurs ou si dans un second cas de figure elle venait à modifier l'article sans se connecter à son compte utilisateur. Gardons à l'esprit enfin qu'une personne qui révoquera des modifications faites par un autre contributeurs (pratique très courante au sein de l'encyclopédie), aura pour effet de varier d'autant plus la corrélation pourcentage d'édition et pourcentage de contenu.

D'innombrables calculs et analyses analogue à ce qui vient d'être fait et qui gagneraient à être automatisés, pourraient voir le jour au départ d'articles sélectionnés de manière aléatoire sur l'ensemble des projets Wikimédia afin d'en extraire de nouvelles statistiques et probabilités. Afin de répondre à la question préalablement posée en début de cette section, nous nous limiterons pour notre part à une analyse faite au départ de 100 pages tirées au sort dans l'espace l'encyclopédique Wikipédia francophone au départ de l'hyper lien « Article au hasard » présent dans la colonne de gauche de toutes les pages de l'encyclopédie[N 15]. Les résultats de ce travail, à savoir un pourcentage de X % en matière d'édition et de Y % en matière de contenu pour les éditeurs les plus actifs sur les articles sélectionner et de respectivement X% et Y% pour les suivants, permet donc de nuancer certaines affirmations produites au sein de précédents travaux.

Cependant quel que soit le résultat de ces calculs, il sera à mon sens, toujours important de tenir compte du phénomène d'autocontrôle déjà présenté. Dans ce sens, il ne faut donc pas seulement tenir compte de la répartition du contenu entre contributeurs, mais aussi aussi de la fréquentation de la page, pour en déterminer sa neutralité. Nous l'avons vu, les contributeurs ne se font pas de cadeaux entre eux et une absences de contestation dans un article très fréquenté peut donc apparaitre un gage de fiabilité et de neutralité.

Graphique de répartition des 10 premiers utilisateurs en fonction de la taille du texte ajouté à l'article « Église catholique » sur fr.wikipedia
Graphique de répartition des 10 premiers utilisateurs en fonction de la taille du texte ajouté à l'article « Église catholique » sur fr.wikipedia

Une analyse statistique étayée par une observation ethnographique révèle que les articles traitant de la religion catholique sont édités, surveillés et protégés par un nombres restreint d'utilisateurs membres ou présupposés membres de la communauté. Il en ressort ainsi un fait marquant, c'est qu'en date du 5 février 2018, l'article intitulé « Histoire de l'Église catholique »[W 84] n'apporte aucune information ni liens sur la question des abus sexuels au sein de cette église. [W 85].

Graphique de répartition des 10 premiers utilisateurs en fonction de la taille du texte ajouté à l'article « Histoire de l'église catholique » sur fr.wikipedia.
Graphique de répartition des 10 premiers utilisateurs en fonction de la taille du texte ajouté à l'article « Histoire de l'église catholique » sur fr.wikipedia.

Une analyse statistique accessible en ligne[W 86] de la page Église catholique faite par le laboratoire Wikimedia Toolforge illustre au travers d'un ensemble de diagrammes que près de la moitié du texte de l'article a été ajoutée par un utilisateur, près des trois quarts par deux utilisateurs et plus de 85% par trois utilisateurs. Une autre page d'analyse statistique[W 87] nous informe que, au niveau de l'article « Histoire de l'Église catholique », 87,4% du texte a été ajouté par un seul utilisateur.

« 5 % environ des contributeurs sont à l'origine de 90 % du contenu » et « la genèse de la plupart des articles de l'encyclopédie en ligne est donc due à quelques centaines de

Selon les chiffres approximatifs recueillis sur les pages de l'outil d'analyses statistiques stats.wikimedia.org et durant la période du 6 au 20 février 2020 inclus, l'encyclopédie francophone aura été visitée 458 millions de fois par des personnes qui se seront connectée plus ou moins 50 % via un accès internet mobile et 50 % via un accès internet fixe (voir fig 1.a ci-dessous)[W 88]. Parmi toutes ces visites, 8 millions 500 mille seulement proviendront d'appareils distincts qui auront été deux fois plus souvent connecté via le réseau mobile (voir fig. 1.b ci-dessous)[W 89]. En moyenne et pour cette période bien précise, nous pouvons donc en déduire que 425 mille visiteurs journaliers auront consulté en moyenne environ 2,7 fois par jour le projet wikipédia francophone en remarquant sur base du graphique présenté dans la figure 1.b que l'accès au départ d'un appareil mobile deux fois plus élevé que via un ordinateur de bureau sera plus courant durant les périodes de week-end.

Au niveau de l'activité éditoriale du projet Wikipédia francophone, d'autres analyses statistiques produites par ce même site stats.wikimedia.org nous informent que le site fut modifié en moyenne 862,5 fois par jour par des contributeurs qui auront fait une ou plusieurs modifications avec environ 7 fois moins d'éditions faite sans connexion à un compte utilisateur (voir fig. 1.c ci-dessous)[W 90]. Un autre graphique produit et indiquant cette fois-ci 981,6 contributeurs journaliers[N 16] nous informe que environ 1/3 de leurs contributions aura été faite dans l'espace non encyclopédique[N 17] du site web (voir fig 1.d ci-dessous)[W 91].

Graphique illustrant le nombre de contributeurs journaliers sur sur le projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février 2020 inclus avec distinction entre l'espace encyclopédique et non encyclopédique.
Figure 1.x : Graphique illustrant le nombre de contributeurs journaliers sur sur le projet Wikipédia francophone entre le 6 et le 20 février 2020 inclus avec distinction entre l'espace encyclopédique et non encyclopédique (Scheepmans, 2020).
Graphique illustrant le nombre de contributeurs journéliés fr.wikipédia entre le 6 et le 20 février 2020 inclus en distinguant les éditions faites avec ou sans compte utilisateur
Graphique illustrant le nombre de contributeurs journéliés fr.wikipédia entre le 6 et le 20 février 2020 inclus en distinguant les éditions faites avec ou sans compte utilisateur

Selon d'autres chiffres approximatifs fournis cette fois par l'outil d'analyse tools.wmflabs.org et toujours sur ce même laps de temps, l'article « Mouvement Wikimédia » quant à lui aura été consultée 1134 fois dont 424 le 6 février 2020 avec une moyenne de 76 fois par jour tandis que la page page de discussion consacrée à sa labellisation aura été consultée par 687 personnes dont 214 le 6 février 2020 avec une moyenne de 46 personnes par jour (voir fig 1.e ci-dessous)[W 92]. Au final, parmi ces 687 visiteurs de la page de labellisation, 16 se seront donc manifesté par écrit et 9 auront participé au vote.

Histogramme illustrant le nombre de visite de l'article « Mouvement Wikimédia » durant la période du 6 au 20 février 2020 inclus
Figure 1.x : Histogramme illustrant le nombre de visite de l'article « Mouvement Wikimédia » durant la période du 6 au 20 février 2020 inclus. (Scheepmans, 2020)

Voilà donc un ensemble de relevés statistiques qui nous permettent de voir par ordre de grandeur, les activités humaines pouvant avoir lieu dans l'espace numérique mouvement Wikimédia au départ d'un exemple basée sur une période d'observation de 15 jour au sein du projet Wikipédia francophone.

Avant cette procédure de labellisation, il y eu tout un travail d'édition de l'article « Mouvement Wikimédia » qui aura commencé le 21 janvier 2019, soit près d'un an avant sa candidature au label de qualité. À cette époque, je me suis tout de suite étonné du faible stade d'avancement[W 93] de l'article et ce malgré ses 12 ans d'existence[W 94]. Une visite sur le projet Wikipedia anglophone réputée plus abouti en raison du plus grand nombres de locuteurs, et donc fatalement, de contributeurs, me permit de constater que l'article n'y était pas beaucoup plus développé[W 95]. Quant à la vingtaines[W 96] d'autres articles répartis sur les près de 300 projets linguistiques Wikipédia, ils m'ont semblé encore moins aboutis que la version francophone.

Autre fait marquant, le 8 avril 2019, j'ai du prendre l'initiative d'inverser une redirection automatique qui partait de l'article « Mouvement Wikimédia » vers l'article « Wikimédia ». Ma modification était justifiée par le résumé suivant[N 18] : « Le contenu de la page correspond plus au mouvement qu'à la marque »[N 19][W 97].

Dès le début de cette observation participante donc, et sans pour autant en identifier les raisons, je découvrais ainsi que les articles encyclopédiques consacrés au mouvement Wikimédia étaient relativement délaissés par les éditeurs de Wikipédia qui pourtant, sont membres de ce mouvement à part entière.

L'expérience m'a ensuite rappelé rapidement qu'un article délaissé au niveau de son aboutissement, ne l'était par forcément au niveau de sa surveillance. Effectivement, le 9 mars 2019, l'une de mes modifications a été annulée par un utilisateur répondant au pseudonyme de (:Julien:). C'était plus de deux mois après ma première modification. Entre temps, une correction orthographique et un reformulation avait déjà été faites par des utilisateurs bienveillants. Trois autres modifications malveillantes cette fois, avaient aussi été supprimées moins d'une minute après leur apparition au cours de la journée du 21 février 2019[W 98]. En raison de ce qui fut considéré comme un « passages en force sous adresse IP » un administrateur du projet pris l'initiative de protéger l'article durant un mois de tel sorte à ce qu'il soit modifiable uniquement par les utilisateurs autoconfirmés[W 99][N 20].

L'auteur des modifications malveillantes n'avait en effet pas de compte utilisateur. En cliquant son l'adresse IP présente sous forme d'hyperlien dans la page historique de l'article en question[N 21], je suis arrivé sur une page dans laquelle apparaît la liste de toutes les actions faites au départ de cette adresse[W 100]. Au nombre de 11, la totalité de ces modifications dataient du 21 février entre 12h44 et 12h51 heure belge et consistait à ajouter à plusieurs reprise une phrase identique sur les articles concernant Adrienne Charmet, Rémi Mathis, Wikimédia France et le Mouvement Wikimédia.

Sous forme d'hyperlien, cette phrase était la suivante : «  Observons Wikipedia : le blog de Pierrot le Chroniqueur». Elle fut donc probablement écrite par un supporter de ce blog chroniqueur de Wikipédia et des autres projet Wikimédia, ou peut-être l'auteur du blog en question. Sur la simple base d'une adresse IP, il est impossible d'en savoir plus, à l'exception du nom et de l'adresse de son fournisseur d'accès à internet grâce à un site d'informations de type Whois. Dans ce cas précis, l'adresse IP fut fournie par la société Free basée à Paris qui devra, sachons le, fournir l'identité du client utilisateur de l'adresse IP si la justice française en faisait la demande.

Suite à ces informations concernant les éditions de l'encyclopédie sans y être connecté, voyons a présent ce qu'il en est de l'utilisateur « (:julien:) » qui avait annulé l'une de mes modification à l'article Mouvement Wikimédia. Je l'avais identifié au début comme était un jeune contributeur en raison de son franc parlé argotique. Mais neuf mois plus tard, en écrivant ce paragraphe, je découvre avec surprise que cette utilisateur qui maitrise apparemment parfaitement la langue anglaise[W 101] était un ancien membre du premier Comité d'arbitrage de Wikipédia[N 22] pendant la période du 22 mars 2005 au 22 septembre 2005[W 102]. J'en concluais donc à nouveau qu'au sein de l'espace numérique Wikimédia, si on ne prend pas la peine de faire quelques recherches, ou si jamais les informations devaient à manquer, on peut facilement se tromper sur l'identité des personnes avec qui on dialogue.

Voici mieux comprendre la situation, un bref historique de ce qui s'était passé. Julien avait justifié son annulation par le résumé suivant : « § n'a plus aucun sens, mieux vaut rester à la formulation précédente »[W 103]. Comme il avait raison, j'ai alors essayé de reformuler mes propos pour les rendre plus sensés en laissant comme résumé : « Bonjour Julien, peut-on discuter avant que tu supprimes mon travail ? Bien à toi. »[W 104]. Suite à cela, Julien décida d'ouvrir une nouvelle section intitulée « formulation », sur la page de discussion[N 23] réservée à l'article « Mouvement Wikimédia »[W 105]. En voici son contenu :


Bonjour @Lionel Scheepmans,

D'abord non, je ne vais pas discuter avant de reverter tes modifs. Le paragraphe que tu as modifié était truffé de fautes d'ortho et ne voulait plus rien dire. Donc dans ce cas, ce n'est pas comme un débat à avoir sur la pertinence de tel truc ou la formulation de tel autre, c'est juste imbittable donc je dégage.

Ton paragraphe est encore maladroit : la version précédente parlait du nom des projets, toi tu dis que WMF est « Composés d'un w:mot-valise (w:wiki) ». D'une part ce n'est pas la WMF qui est composée mais son nom, d'autre part le mot-valise n'est pas une composante du nom, mais le nom lui-même. Et il reste des fautes d'orth, c'est pour ça que le paragraphe précédent, à la fois clair et en français correct (même si à la relecture, il y avait aussi des fautes :s) me semble mieux. Cordialement, (:Julien:) 11 mars 2019 à 10:09 (CET)

Merci (:Julien:) d'entamer la discussion. Tu as parfaitement raison sur le fait que ma modification comportait des fautes d'orthographes. si il en reste, je t'invite à les corriger. C'est vrai aussi que j'avais oublier un verbe et que le sens de la phrase posait problème. C'est vrai enfin que le mot valise ne concerne pas la fondation elle même. Mais ne crois tu pas qu'il est mieux d'améliorer les choses que tu qualifies d'imbittable (Si tu pouvais m'expliquer ce néologisme, je t'en serais reconnaissant) plutôt que de les dégager (J'apprécierais que tu utilises d'autres termes, mon travail n'est pas un ballon de football).
Je viens de modifier le paragraphe en fonction de tes recommandations. N'hésite pas à l'améliorer. N'hésite pas non plus à mettre un peu de courtoisie dans tes actions et réactions. On est tous bénévoles ici, autant rendre l'atmosphère de travail agréable tu ne cois pas ? J'envisage aussi de scindé l'article en deux avec un article dédié séparément au w:Mouvement Wikimédia. Si le projet t'intéresse, dis le moi on peut travailler ensemble. Tu sembles en effet avoir des compétences qui peuvent combler certains de mes handicapes. Bien à toi. Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 11 mars 2019 à 10:55 (CET)
Salut Lionel,
« Imbitable », ça s'écrit avec un seul T, ça dérive de biter, littéralement « foutre sa bite dans le truc », c'est-à-dire le comprendre — parce qu'on ne pénètrerait pas quelqu'un sans l'avoir cerné/maitrisé, probablement. Voyons, n'as-tu pas songé au Wiktionnaire pour t'aider à biter un mot que tu ne connais pas ! C'est vrai qu'il existe bitter avec deux T, mais ça doit être moins courant… En tout cas y a pas de bittable qui tienne.
Je suis amusé d'assister à une difficulté sociale à laquelle tu fais face en raison de ton trouble !
Néanmoins, je crois avoir à contredire @(:Julien:) sur quelques éléments. Je ne comprends pas vraiment cette histoire de « WMF est composé du mot-valise wiki »… Mais d'une part je sais que l'on peut dire « A est composé de B, de C et de D » pour dire qu'A est composé uniquement de B, C et D et donc qu'il se confond à la combinaison (ou plutôt à une certaine combinaison) de B, C et D. Si on dit que « A est composé de B », ça veut donc dire que A et B se confondent. C'est relativement correct, même si je reconnais que c'est bizarre comme formulation. Ensuite, peut-être que je me trompe, mais dans « Wikimedia Foundation », il n'y a pas que « wiki », il y a aussi « media » et « Foundation » ! Et depuis quand « wiki » est un mot-valise ? Moi, j'aurais plutôt écrit : « Le nom Wikimedia Foundation contient le mot-valise wiki »… C'est Wikimédia qui est un mot-valise ! On ne parle pas de la fondation mais du mouvement ici. Que vient faire un « WMF » à cet endroit ? Va-t'en, intrus !
Quant à la courtoisie… Boh, je reconnais qu'on peut faire sans ! Moi, j'aime bien insulter les gens, de temps en temps !
Frigory (discuter) 18 avril 2019 à 18:41 (CEST)
Non, on ne peut pas contribuer sans courtoisie. C'est précisément ce qui fait que nos wikis sont invivables. Il n'est pas acceptable de lire cela (même « pour rire »). Trizek bla 18 avril 2019 à 19:48 (CEST)
La courtoisie... Un mot clef pour l'avenir de nos projets. Concernant l'histoire du mot valise Frigory, elle n'est pas de ma plume et j'ai tenté de garder le propos sans trop le déformer et dans le respect de l'auteur. Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 18 avril 2019 à 20:38 (CEST)
À vrai dire j'ai pas trop l'expérience, sur Wikipédia j'ai très peu discuté et sur la Wikiversité j'ai toujours trouvé que les discussions se passaient bien. En tout cas, je suis d'accord que le propos de Julien était inapproprié, j'ai l'impression qu'il s'adresse à Lionel comme s'il avait vandalisé la page ! Ce qui signifie aussi qu'il ne faudrait pas être trop poli avec les vandales… Mais la meilleure stratégie reste de profiter de la situation défavorable dans laquelle ils se sont mis pour leur faire la promo de la contribution à Wikimédia. Frigory (discuter) 19 avril 2019 à 16:53 (CEST)

Les bénévoles actifs hors ligne

À la fin d'année 2019, il est possible de visualiser les activités du mouvement sur la plateforme Wikimedia space soit sur une mappemonde, soit dans un agenda (voir fig. 2.x et 2.x ci-dessous). On y fait beaucoup de rencontres sporadiques et quelques activités régulières. Les rencontres sporadiques sont relativement bien peuplées quand il s'agit de conférences pour lesquelles des bourses de participation sont octroyées. Mais sans incitation financière, la fréquentation des rencontres hors ligne est très limitée et il n'est pas rare que personne ne se présente à l'évènement en dehors des organisateurs[réf. nécessaire].

Fig. 2.x Carte de répartition des activités au sein du mouvement Wikimédia le 2 décembre 2019
Fig. 2.x Agenda des activités du mouvement Wikimédia au mois de décembre 2019
Photo de groupe lors de la Wikiconvention francophone de 2017 à Strasbourg
Fig 5.1. Photo de groupe lors de la Wikiconvention francophone de 2017 à Strasbourg (source : https://w.wiki/3DJQ)

Les personnes rémunérées

En abordant cette section consacrée aux travailleurs rémunérés on atteint ici certaines limites de mon observation participante au sein du mouvement Wikimédia. Au niveau de la fondation qui rassemble près de 500 salariés, j'ai en effet postulé à plusieurs reprises mais sans succès à des offres d'empois. Un observation très limitée donc, mais qui me permis déjà d'apprendre que les employés de la fondation bénéficient de nombreux avantages lorsqu'ils sont prestataires aux États-Unis : couverture des frais médicaux et dentaires famille incluse, congé parental de sept semaines et cinq supplémentaires pour la grossesse, 1 800 $ de formation continue plus remboursement des cours, cotisation retraite jusqu'à 4 % du salaire annuel, 19 jours fériés par an, assurance vie et invalidité (2 x le salaire), portable, écran et allocation unique pour travail à domicile, massages et déjeuner mensuel et salle de sport, yoga et marché fermier hebdomadaire[W 106]. Lors de la fermeture des bureaux en raison de la pandémie Covid-19, une réduction des heures de travail à 20h semaine pour un plein salaire fut mis en place au sein d'une équipe de salariés dont 64 % travaillait déjà à distance[B 40].

Ensuite, et si je me limite ici volontairement aux association nationales francophones, nous pouvons voir que l'association Belge qui fut crée en août 2014 et dont le revenu annuel était de 18 073 € pour l'année 2020[W 107] fonctionne jusqu'à ce jour sans salarié, au même titre que l'association Wikimédia Canada, créée en novembre 2010 et qui bénéficiait elle, d'un revenu annuel de 166 207 dollars canadien en 2019[W 108]. L'association française crée en 2004, fonctionne en revanche avec 10 salariés d'un budget annuel de 1.2 million d'euros pour l’année 2020[B 41] et que l'association Wikimédia Suisse qui profite du même nombre d'employés[W 109] affiche un revenu d'exploitation d'un peu plus de 3 300 000 francs suisses pour l'année 2019[W 110]. Tout ceci en gardant à l'esprit encore une fois que les personnes rémunérées au sein du mouvement ne peuvent pas dans le cadre de leur travail participer à l'édition des contenus éditoriaux sur les projets mais doivent se limiter, comme cela fut expliqué dans le premier chapitre, à des interactions liées à leurs tâches spécifique de gestion, de coordination, de maintenance, etc. et en aucun cas à la modification du contenu des articles.

Comme en témoigne le licenciement d'une employée de la fondation[W 111], cette règle de mise à distance des employés du mouvement de la vie éditorial des projets est donc prise au sérieux, puisque c'est elle qui préserve la fondation et les associations affiliées de toute responsabilité envers le contenu des projets Wikimédia. En cas de litige par rapport à un contenu, il en résulte donc que c'est la fondation Wikimédia qui en assumera la responsabilité en tant qu'hébergeur seulement et jamais en tant qu'éditeur responsable, tel que cela s'est vu en France[W 112], en Italie[B 42] et certainement dans d'autres parties du monde. Dans ces conditions, l'astreinte juridique se limite donc au retrait d'un contenu litigieux présent sur les serveurs informatiques, mais sans devoir pour autant en assumer la responsabilité des éventuels préjudices. De cette situation découle alors le fait que les dons octroyés à la fondation ou aux associations locales, ne seront jamais, en principe, utilisés pour rémunérer directement le travail d'édition au sein des projets et par conséquent ne pourra jamais servir pour rémunérer les éditeurs qui y sont impliqués.

Les personnes payées pour éditer les articles des projets Wikimédia sont donc forcément des personnes extérieurs au mouvement et qui ne seront que très difficilement subsidiées par la fondation pour leur travail d'édition tant bien même que la contribution soit d'importance et qu'elle s'inscrive dans le cadre d'une autre organisations sans but lucratif tel qu'une ONG par exemple. J'aurai par ailleur expérimenté ce dernier cas de figure et lorsque je fus employé de l'ONG Louvain Coopération. Durant mes heures de travail, il me fut effectivement facile de créer et développer l'article concernant l'organisation sur le projet Wikipédia en français et en anglais, dès lors que j'avais respecté les conditions générales d'utilisation des projets Wikimédia, adaptée sur Wikipédia en français[W 113] qui interdisent les « contributions rémunérées sans divulgation » [W 114]. Mais par contre, je ne serai jamais parvenu a obtenir un co-financement de la fondation pour un projet de programme de Wikipémédien en résidance au sein de la coopération Belge.

Parmi ces personnes, je peux citer de mémoire une employée échevinale et deux personnes du secteur associatif qui avaient participé à l'un de mes ateliers d'édition organisé à Charleroi[W 115], alors que dans l'ensemble on retrouve parmi celles-ci les peronnes employées dans des institutions publiques ou privées de type GLAM, mais aussi finalement beaucoup de personnes qui travailles dans les services de communication des entreprises ou institution qui bénéficie déjà d'un article sur Wikipédia, sans oubier d'ajouter à cela les agences de E réputation tel que celle qui contacta un jour une de mes collègues via le réseau Linkedin en postant ce texte : « WIKIPEDIA 1er site mondial est le témoin de votre notoriété professionnelle, buisness, associative ou politique. [url du site web] Tous travaux sur Wikipédia. Gestion, traduction ou création de page. backlink. Devis selon complexité. » suivis des informations de contact.

Une forte interdépendance entre salariés et bénévoles

Si le mouvement semble particulièrement indépendant financièrement et politiquement par rapport aux acteurs externes, il est aussi intéressant de voir à quel point la fondation est dépendante de sa communauté d'éditeurs bénévoles. D'une part, ce sont effectivement eux qui donne sens à sa mission puisque sans cette communauté à qui la fondation pourrait-elle bien donner ses services ? Mais aussi d'autre part, pour garantir ses rentrées financières qui reposent en grande partie, sur la gratitude des lecteurs des projets Wikimédia envers le contenu produit et fourni gratuitement par cette même communauté[réf. nécessaire]. Une sorte de contre don asymétrique pour ainsi dire.

Ceci alors que de l'autre côté et même si les moyens de productions actuels du mouvement (infrastructure, nom de domaine, nom de marque, etc) appartienne à la fondation, la communauté bénévole se trouve dans une position moins critique par rapport à cette dépendance. Il apparait en effet facile pour la communauté et même une partie de celle-ci comme la menace est apparue du côté espagnole et allemand, de se détacher de la fondation et de ses moyens de productions sous licence libre au niveau du contenu et des logiciel et donc réplicables librement et sans frais. De cette situation asymétrique découle donc sans doute l'autorité supérieure de la communauté envers celle de la fondation comme on a pu le constater à mainte reprises.

La diaspora

Tout le monde ne trouve pas sa place au sein du mouvement Wikimédia ni au sein de ses projets. Dans une section du précédent chapitre, nous avons déjà vu que des éditeurs ont quitté le projet Wikipédia naissant dès qu'il fut question de récolté d'argent alors que dans une section suivante ce fut le résulta d'un sondage concernant le placement d'une bannière à caractère politique qui déclencha le départ d'un administrateur de Wikipédia. De nombreux autres départs ou bannissement de Wikipédia[W 116], d'autres projets Wikimédia et même de la fondation, peuvent ainsi être répertoriés avec dans certains cas, un départ lié à des question éditoriales ou de non respect des règles de la communauté.

Ce qui s'est passé au niveau de l'article Collaboration juive sous le nazisme est un bon exemple de migration d'un contributeur mais aussi d'un contenu. La première version de cet article fut créé sur le projet Wikipédia en Russe en 2011 sous le titre « Collaboration juive pendant la Seconde Guerre mondiale »[N 24], où il reste disponible jusqu'à ce jour sans que cela ne face l'objet de commentaire[W 117]. L'article fut un jour traduit sur le projet francophone par un auteur dont je ne citerai pas le nom en respect de sa demande, mais une première demande de suppression de l'article vit le jour en janvier 2014 sans succès[W 118] suivit d'une deuxième demande rendue effective cette fois le 23 octobre 2016[W 119]. Cependant, l'article avait été recopié en novembre 2013 dans l'espace recherche de Wikiversité[W 120] où il fut à nouveau soumis à une procédure de demande de suppression très similaire à celle de Wikipédia, mais sans succès cette fois.

Claude Pirrar[W 121] fut un fervent opposant à la suppression de l'article sur Wikipédia et ses échanges avec la communauté aboutirent à son bannissement[W 122]. Restant alors actif sur le projet Wikiversité, il poursuivit alors le développement de l'article tout en apportant d'autres contenus à Wikiversité conformément à ce qu'il avait écrit sur sa page utilisateurs : « Je compte donc désormais apporter une collaboration sereine à Wikiversité dans ce que furent mes domaines de compétence universitaire et y mettre mon expérience personnelle au service de la défense de la liberté de la recherche faute d'avoir pu contribuer plus efficacement à celle de l'information sur Wikipédia »[W 123]. Comme autre exemple de contributeurs bannis du projet Wikipédia pour migrer ensuite sur Wikiversité fut EclairEnZ qui postat quant à lui ce message sur le forum principal du projet:

je suis content d'avoir découvert Wikiversité, avoir avoir donné tout ce que j'ai pu sur Wikipédia. Je n'hésite pas dire que Wikipédia a contribué à me construire (sincère). Mais pourquoi n'ai-je pas pensé plus tôt à venir ici ? Parce que : a) dans le contexte où je travaillais personne ne me l'a jamais suggéré (on me suggérait des sites où j'ai vu tout de suite que je me serais fait piéger par la pensée unique, une nouvelle fois ; b) Je m'étais certainement mis en tête que, ne connaissant pas l'existence d'un espace "Recherche" sur Wikiversité, dont je ne connaissais pratiquement que le nom, de la même famille que son grand frère Wikipédia, ne pourrait m'être utile en aucune façon (les idées qu'on se fait...). Comme quoi se vérifie encore que c'est toujours après un effort intense et pénible (parfois très, très long), que la très belle idée peut surgir (plus rarement c'est un gros hasard, ou même un simple - ou gros - incident).[W 124]

Tout en mettant à nouveau en évidence le manque de connaissance mutuelles entre les projets Wikimédia, ce message s'explique par le fait que Wikiversité est un espace d'édition beaucoup plus flexible que Wikipédia. Dans le cadre de la création de cours, les travaux personnels et Inédits sont en effet autorisés de la même manière que sur Wikinews, Wikibook et Wikivoyage et de plus, l'espace de recherche du projet offre encore une plus grande liberté d'expression et de subjectivité. Wikiversité ne doit en effet pas répondre aux même exigences que la création d'un encyclopédie qui se veut de regrouper en un seul espace et donc quelque part en un seul ouvrage des millions d'articles de façon cohérente.

Comparaison des critères d'admissibilité wikimonde-Wikipédia
Fig. 5.. Comparaison des critères d'admissibilité wikimonde-Wikipédia (source : )

Il existe ensuite d'autre migration de contenu et d'éditeur vers des espaces extérieurs au mouvement comme ce fut le cas lors de la création d'un fork de Wikipédia intitulé Wikimonde. En examinant la figure 5, on découvre que ce projet se distingue de Wikipédia par une plus grande tolérance au niveau de l’admissibilité des articles, sans pour autant accepter tout ce qui est supprimé sur Wikipédia puisque l'article « Collaboration juive sous le nazisme » y fut aussi supprimé[W 125].

Wikimonde, se charge donc de récupérer et de mettre à jour automatiquement les articles de Wikipédia en français, mais aussi de développer tout un ensemble d'articles inexistants sur Wikipédia, soit suite à un transfère avant suppression, comme ce fut le cas de l'article[W 126] « Musique de genre et de divertissement», soit parce que le créateur ou l'éditeur a choisi d'éditer l'article sur Wikimonde plutôt que Wikipédia. L'article consacré au village Bourron-Marlotte, est un exemple ce dernier cas concret puisque son principal rédacteur [W 127] découragé par « un "bavardage" de trois années »[W 128] qui finit par choisir Wikimonde pour poursuivre son travail. Ceci alors que par la suite, il est intéressant de constater que l'article de Wikimond qui finalement sera bien plus développé sera référencé sur Wikipédia par des liens extèrnes au niveau de certains articles sur Wikipédia[W 129].

Copie d'écran Andoid du site AgoraVox suite à la publication d'un article titré le sixième pouvoir..
Fig. 5.x. Copie d'écran Andoid du site AgoraVox suite à la publication d'un troisième article intitulé « Le sixième pouvoir »

Comme autre exemple d'espace éditorial propice à accueillir la diaspora des projet Wikiméda figure ensuite le projet AgoraVox qui se présente comme un média citoyen. À la suite à ma première publication d'article concernant la baisse de participation au sein des projets Wikimédia[B 43], sont apparus 40 commentaires. Le premier fait l’éloge de l'encyclopédie, un autre la complimente, deux autres font la part des choses entre ce qui est bon et ce qu'il l'est moins, et deux autres enfin critiquent le projet dans un premier cas suite à un blocage et dans l'autre, suite à un accueil très peu convivial qui aura eu pour effet de suspendre une participation au dons offert au mouvement.

Réciproquement, les contributeurs de l'encyclopédie commentèrent à leur tour mon article Agoravox, mais sur leur forum principale de Wikipédia appelé « bistro ». Dans cette discussion, Pline remarqua que « Dans l'article cité, Wikipédia est bien brocardé au niveau des commentaires » ce à quoi Jean-Christophe BENOIST répond : « C'est un peu normal, Agoravox étant le refuge des Pov pusher [promoteur de point de vue] et amateurs de TI [travaux inédits] éjectés de Wikipédia, dont des commentaires de Utilisateur:Lavau (je ne vais pas tracer le pentagramme pour l'invoquer) de pénible mémoire. »[W 130]

Il apparait donc selon ces commentaires qu' AgoraVox au même titre que Wikiversité et Wikimonde, représente bel et bien un lieu d'acceuil pour les personnes qui ne trouvent par leur compte dans les limites éditoriales qu'impose l'écriture d'une encyclopédie et la commuantué des contributeurs de Wikipédia. Ce phénomène de division et de multiplication des projets d'édition prolonge donc ce qui avait déjà été observé au par avant au sein même du mouvement avec la bifurcation des nombreux projet frère au départ de Wikipédia. Ceci dit, et pour conclure cette section, il est aussi possible d'être actif dans les différents projets qu'il soit internes ou exerne au mouvement à partir du moment où l'on respecte les attentes de chaque projets. J'en apporte d'ailleurs la preuve en réalisant ce travail de recherche puisque l'écriture de son premier chapitre débutat sur Wikipédia et que la dixième section du deuxième chapitre est comprend l'intégralité d'un troisième article que j'aurai publié sur AgoraVox et qui à ma grande surprise aura fait la Une du journal citoyen (voir figure 5.x).

Les opportunistes et les passagers clandestins

Academic Wikipedia 05 2011.jpg

Dans son ouvrage Logique de l'action collective, Mancur Olson définit un « groupe latent » comme un groupe de grande taille dans lequel la contribution, ou absence de contribution, n'affecte pas suffisamment les membres pour les faire réagir[B 44]. Il indique ensuite que les groupe latent son des endroits propice à l'apparition de ce que l'on appelle en socio-économique des passagers clandestins (free rider), ou pour le dire de manière plus explicite de personnes qui bénéficies d'une ressource ou d'un service sans en payer la juste valeur. Dans un langage commun, le concept de passager clandestins peut donc être apparenté à celui de profiteur ou l'opportuniste.

Mobiliser ce concept dans le cadre du mouvement Wikimédia permet d'une part d'accentuer le caractère hétérogène et le manque d'appartenance et d'unité parmi l'ensemble des acteurs impliqué dans l'avenir du mouvement Wikimédia et d'autre part sa tolérance envers tout un ensemble d'acteurs qui profite du mouvement sans pour autant y contribuer.

Knowledge Graph — Wikipédia

Ajouter référence à la vidéo de remise docteur honoris causa.

Tentative de gain d'argent par voie judiciaire suite à une plainte de [W 131]

Catégorie:Utilisateur s'étant retiré de Wikipédia — Wikipédia

Wikimedia community are a digital age success and natural allies for academic communication and research engagement. | Impact of Social Sciences

Plateforme de Carte de Bibliothèque Wikipédia

https://phabricator.wikimedia.org/T236446 CCO et youtube

Servitude involontaire, volontaire ou inconsciente et volontariat serviable

Étant assimilée à la condition d'esclave, la servitude involontaire, n'est pas une chose à débattre en tant que telle au sein du mouvement Wikimédia. Mais avant de laisser cette idée de côté, rappelons toute fois que l'abolition de l'esclavage bien qu'il fut essentiel au niveau de la reconnaissance des droits civiques, n'aura pas abouti pour autant à l'abolition de la stigmatisation des personnes anciennement esclave, comme en témoigne par exemple l'attribution de nom de familles saugrenus, dégradants ou injurieux tel que « Passavoir - Crétinoir - trouabal » etc. répertorié par l'administration[B 45] ni l'abolition de leur exploitation. Comme l'explique remarquablement une vidéo humouristique[W 132] cette abolition ne fut dans bien des cas qu'un transfère de la condition d'esclave vers une nouvelle forme de servitude, non plus imposée par la violence corporelle et la mise à mort, mais bien par une violence structurelle fondée sur le contrat et la prison, dans ce que l'on pourrait concevoir comme un transfère des individus concernés depuis le marché des esclaves vers le marché de l'emploi qui dans les deux cas reste un marché du travail.


. En revanche, le concept de servitude volontaire débattu à maintes reprises au fils du temps et de la littérature apparait être une porte d'entrée très intéressantes pour débattre des enjeux que suscite les différents types d'activité au sein du mouvement.

j'ai décidé d'adhérer soit de mon plein gré soit par consentement. Car comme beaucoup de personnes, j'ai en effet accepté de signer tout une série de contrats qui me soumettent à des réglementations multiples produite par des organisations publiques ou privées. En essayant de ne pas en oublier, je pense ici par exemple à mes compagnies assurances privées et ma compagnie d'assurance sociale, à mes employeurs ou l'office national de l’emploi selon les époques avec le syndicat professionnel ou la caisse auxiliaire de paiement des allocations de chômage qui en découle, à mon Université où je suis à la fois souscripteur d'un contrat d'étudiant et d'un contrat de location et enfin des banques.

À tord ou à raison, je suis considéré comme geek au sein de mon laboratoire d'anthropologie et spécialiste, voir professionnel de Wikipédia comme le dira un jour Pierre-Joseph Laurent lors d'un séminaire qu'il coprésidait. Être reconnu comme professionnel me fit sourire intérieurement. Il n'y a pas de professionnel parmi les éditeurs des projets Wikimédia, nous sommes tous ici en principe tous bénévoles.


La rémunération d'un travail aux sein les projets éditoriaux wikimédia, qu'elles proviennent d'un tier ou d'une institution, est même plutôt mal vue par la communauté de contributeurs qui a choisi délibérément de nier toute rapport monétaire au sein des projets. Le mouvement Wikimédia illustre en ce sens une illustre une économie du don unique en son genre.

Le troisième type de digital labor repéré dans l’ouvrage a trait à ce que A. Casilli appelle le « travail en réseau » ou encore l’activité des « produsagers ». Pour le dire simplement, c’est ce que nous faisons tous lorsque nous participons à la production de contenus, à l’enrichissement de données ou à leur correction, via les médias sociaux (Instagram, Facebook, etc.) ou des sites spécialisés (de traduction, par exemple). Là encore, des contributions fragmentées, plus ou moins complexes, mais parfois fortement chronophages, sont mobilisées pour améliorer les performances des plateformes. Mais cette fois, le lien avec un « travail » paraît plus ténu puisque nombre de produsagers se satisferont de gratifications symboliques, réputationnelles, peut-être même simplement narcissiques. On retrouve ici le débat déjà ancien sur la compréhension de ce que l’on a pu désigner comme un « travail gratuit ». A. Casilli nous y replonge pour se prononcer sur les approches antithétiques en termes de « travail » ou de « loisir », « travailliste » ou « hédoniste » selon sa terminologie, et pour nous rappeler que des stratégies commerciales de la part des géants du Net sont à l’œuvre qui vont rendre indistinctes les contributions bénévoles des contributions commandées et rémunérées.[B 46]

Involuntary servitude

De la servitude involontaire au salariat : la subjectivité au travail contre l'esclavagisme | Cairn.info

Classiquement, le salariat peut se définir comme un échange contractuel marchand entre une personne, le salarié qui met à disposition sa force du travail, à une autre personne, l’employeur, en contrepartie d’une rémunération sous forme d’un salaire. Le rapport est inégal car, comme le souligne M. Weber, il faut qu’une « classe de non-possédants » soit « dans l’obligation de vendre sa capacité de travail », c’est-à-dire que cette classe ne peut vivre sans travailler (éd. 1991, p. 196.) Cette situation d’inégalité fait du capitalisme un « système absurde » qui exige une certaine part d’assujettissement volontaire pour beaucoup d’entre nous contemporains.

[...]

Le paradoxe pourrait s’exprimer ainsi : un salarié s’engagerait librement à soumettre sa volonté à celle d’un autre (l’employeur) en contrepartie du paiement d’une rémunération. Cette création juridique paradoxale ne peut pour autant se comprendre sans en référer à une situation de fait d’inégalité. C’est la contrainte de la nécessité de la survie, l’absence de moyens propres pour survenir à ses besoins, qui poussent à vendre sa force de travail. Même Max Weber avait conscience des limites de la liberté de travailler. Il soulignait ironiquement que, dans le capitalisme moderne, les travailleurs « s’offrent de leur plein gré » – du moins formellement – car, ils le font, « en fait, contraints par l’aiguillon de la faim » (Weber, éd. 1991, p. 298).[B 47]

Une autre dimension primordiale dans les relations collectives de travail est celle de la reconnaissance. S’investir dans une activité de travail implique beaucoup de compromis et d’efforts, et la rétribution matérielle ne peut constituer à elle seule la raison principale au fait de travailler. Le jugement des pairs sur notre travail est aussi sinon plus important, car il donne du sens à notre activité de travail. Il permet l’expression d’un sentiment d’appartenance à un collectif. Ce qui est reconnu dans le travail d’autrui c’est sa valeur au sens large, c’est?à-dire ce qui importe à la personne. La psychodynamique du travail distingue alors deux types de jugement qui contribuent à la reconnaissance du travail. Tout d’abord, le jugement d’utilité porte sur la contribution du travailleur sur le plan social, économique et technique. Il est le plus souvent le fait des autorités hiérarchiques. Ensuite, vient le jugement de beauté qui émane des pairs, « c’est un beau béton », « c’est un beau tableau électrique », « c’est une belle soudure », etc. La reconnaissance porte ainsi sur le travail accompli et non sur la personne en elle-même. Elle est primordiale dans le travail car elle « peut transformer la souffrance en plaisir ».[B 47]

De la servitude involontaire au salariat : la subjectivité au travail contre l'esclavagisme | Cairn.info

Tristan Harris:« Des millions d’heures sont juste volées à la vie des gens »

Travail numérique

Quand les travailleurs du clic refusent l'exploitation - Invisibles #4 - YouTube

Interview pour l’Institut Français (14 mai 2019) | Antonio A. Casilli

Humans as a service : the promise and perils of work in the gig economy[W 133]

Invisibles (série documentaire)

Antonio A. Casilli "En attendant les robots, enquête sur le travail du clic" @ musée Arts et Métiers - YouTube

Antonio A. Casilli, En attendant les robots, Enquête sur le travail du clic, Paris, Éditions du Seuil, Coll. La couleur des idées, 2019, 394 p.

En attendant les robots : enquête sur le travail du clic[B 48]

Unconsciousness by Design: Addictive Technologies and the Escape from Freedom - OCAD University Open Research Repository

Comment la conception centrée sur l'humain conduit-elle à la dépendance ? Ce projet de recherche normative explore la manière dont les concepteurs de technologies sont complices de la coproduction du comportement addictif des utilisateurs, en déplaçant inconsciemment la charge de la responsabilité en s'en remettant à la désirabilité de "ce que les gens veulent". Ces concepteurs inconscients sont eux-mêmes idéologiquement "accros" aux promesses de la solution technologique, créant des solutions de surface qui renforcent un statu quo qui banalise les utilisateurs de la technologie pour le profit. En mettant en avant l'intolérance technocratique à l'égard de l'incertitude et la nécessité d'une responsabilité existentielle, cette recherche propose que les concepteurs adoptent consciemment une position éthique dans leur pratique afin de créer des technologies autonomisantes et respectueuses de la condition humaine.[N 25]

« Sur Internet, nous travaillons tous, et la pénibilité de ce travail est invisible »

Antonio Casilli

« Welcome, new slaves! » (Jemielniak, 2014, p.46)

Motivation, occuper son temps, une ligne sur le cv, valorisation sociabilisation...

Daniel Dumont:comment atteindre le revenu de base en renforçant la sécurité socialeEdwine doctorat sur perception du volontariat, consulter sa thèse

Bénévalibre:libérez vos bénévoles de la #StartupNation – Framablog


  • présenter en pensant à cette conviction que j'aurai formulée un jour sur Wikipédia et qui fut reprise dans le journal Regard sur l'actualité de la Wikimedia le selon laquelle :

    Avec un peu de recul par rapport à ce système de production/consommation, on se rend compte rapidement que, quel que soit son investissement, on sera toujours gagnant puisqu'il est très improbable sur une expérience à long terme, que la quantité d'information que l'on produit sur l'encyclopédie durant ses contributions dépasse la quantité d'informations récoltées durant sa consultation.[W 134]

Idées

L'expérience Wikipédia nous oblige à reprendre le débat sur le don au sein des sciences sociales et plus particulièrement au sujet de qu'il est convenu d'appeler le « don pur » selon la formule de Malinowski ou « don aux inconnus » selon la formule de Godbout.

Une chute dans la croissance de nouveaux contributeurs s'est clairement manifestée en 2007. Elle s'explique par plusieurs hypothèses :

  • l'établissement de règle par une communauté de départ qui repousse les nouveaux arrivants.
  • la difficulté de contribuer en raison d'article de plus en plus complets et exhaustif.
  • la migration de l'utilisateur Internet de l'ordinateur vers le smart-phone.

Il existe une quatrième piste qui n'est pas encore exploitée :

  • le démarrage de campagne de récolte de dons:la gratitude des utilisateurs de l'encyclopédie (contre don) anciennement présente au travers de la participation à l'édition est remplacée par le don d'argent plus propice au développement de la fondation qu'au développement de l'encyclopédie.

Source à traiter

Ressources

De l'importance du copyleft dans le domaine de la servitude

Amazon se décide à faire un don à l'encyclopédie Wikipédia, qui lui est très utile

Wikipédia a demandé à Amazon de faire un geste et il a fait un don d'1 M$

Amazon offre 1 million $ à Wikipédia pour la bonne conscience d'Alexa

Apple et Amazon exploitent Wikipédia sans contribuer aux dons regrette Wikimedia Fondation

Recherche:L’émergence des banques de données posomégaliques: enjeux, et prospections pour le mouvement de la culture libre/Les licences conçues spécifiquement en réponse aux enjeux posomégaliques

Polémique apparue dans le monde des hackers et du mouvement du logiciel libre ayant opposé les partisans du concept de logiciel libre à ceux du concept de logiciel open source.

D'un côté, il y avait les adepte de Richard Stalleman, le créateur de la première licence libre à laquelle succédera tant d'autres popularisées aujourd'hui par l'association creative commons (voir schéma illustratif ci-contre), fervent défenseur du copyleft[N 26] et des quatre libertés fondamentales[W 135][N 27] que se dernier protège. De l'autre côté, se situait les partisans d'Éric Raymond auteur de La Cathédrale et le Bazar[B 62] qui mobilisera et popularisera le terme open source dans le but de mettre de côté les enjeux éthiques et politiques liés aux licences libres afin de se concentrer principalement sur l'accès en lecture au code source des logiciels informatiques. A l'issue de ce conflit idéologique, naîtra finalement l'expression anglaise inclusive de « Free/Libre Open Source Software » abrégé FLOSS reprise comme tel en langue française.

Le copyleft, c'est la garantie qu'un travail produit au bénéfice de la communauté ne soit pas récupéré par un acteurs pour en faire un produit dérivé non libre et non ouvert dans le but par exemple d'en assurer le monopole d'une utilisation commerciale. Au sein des licence libre le copyleft se manifeste au niveau de la condition « share alike » (CC.SA) traduite en français par « partage dans les même conditions ». Concrètement, cette condition s'exprime en ces termes :

Dans le cas où vous effectuez un remix, que vous transformez, ou créez à partir du matériel composant l’œuvre originale, vous devez diffuser l’œuvre modifiée dans les même conditions, c'est à dire avec la même licence avec laquelle l'Oeuvre originale a été diffusée.[B 63]

Dans le cadre d'un travail volontaire au service de la communauté, cette condition apparaît donc comme un élément crucial. Elle permettra par exemple dans le cadre du mouvement Wikimédia d'assurer que les services rendus à la communauté soient porteurs de nouveaux services librement accessibles à cette même communauté. Prenons un exemple :

Si la communauté Wikimédienne produit du contenu informationnel sous condition share alike, la description d'une photographie par exemple, aucune entreprise par la suite ne pourra au départ de ce travail bénévole produire un moteur de recherche d'image sous copyright fonctionnant grâce à un code informatique non ouvert et dans le but de répondre à aux intérêts propres et limités d'investisseurs financiers. Ce cas de figure me semble tout à fait possible à partir du moment ou la condition share alike disparait dans le cas de l'adoption par exemple d'un licence moins restrictive tel que la CC.0 qui s'apparente au domaine public.

Suite à la pandémie de Covid-19

Avec l'arrivée de la pandémie de Covid-19, toute la sphère hors ligne du mouvement Wikimédia fut par frappée de plein fouet alors que son monde en ligne bénéficia d'un regain d'activité. En tant qu'ethnographe au sein du mouvement, ce fut même la totalité de mes activités d'observation hors ligne qui dispararurent suite à la suppression de des activités en présentiel au sein du mouvement. Sont alors apparus des réunions de conseils d'administration et assemblées générales en visioconférences, de nouveau workshops numériques, de nouvelles productions audiovisuelles de sensibilisation et de formation et bien d'autres activités connectées.

Capture d'écran des participants à la rencontre mondiale organisée le 21 novembre 2020.
Fig. 2.1 Capture d'écran des participants à la rencontre mondiale organisée le 21 novembre 2020.

Parmi toute celles-ci, l'exemple le plus significatif en taille et en nombre de participants fut certainement la première conversation mondiale tenue dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie du mouvement 2030[W 136]. Organisée lors d'un week-end de fin décembre et un autre début novembre par un groupe chargé d'organiser la transition stratégique, ces rassemblements numériques furent portés par l'équipe de support de la fondation et InsightPact, une petite entreprise de communication thaïlandaise.

Les quatre demi-journées de rencontres se sont adressées à toutes les personnes impliquées dans le mouvement Wikimédia. Au total cet évènement aura rassemblé plus de 400 personnes actives au sein du mouvement Wikimédia au niveau son espace numérique, ou au sein de groupes, organisations, associations et institutions hors ligne[W 137].

En fin de compte, la pandémine aura certainement permis à certaines personnes de participer à ce type de rencontres alors qu'elle n'auraient pu le faire si il leur aurait falut faire un déplacement et consacrer dès lors, bien plus qu'un temps de discussion, qu'il faut inévitablement emprunté à une vie quotidienne ou professionnelle souvent déjà bien chargée. En participant à ces rencontres en visioconférence, c'était très impressionnant de rencontrer et de débattre par groupes et de visu, avec des centaines personnes situées au quatre coin du monde. En ce sens la vidéo conférence est un très bel outil pour créer du lien et trouver de la sympathie parmi les autres acteurs du mouvement. Lors des pauses entre les discussions, certaines personnes n'ont par exemple pas hésité à chanter ce qui eu pour conséquence d'améliorer encore le plaisir d'être ensemble. Suite à la dernière rencontre que j'avais du écourté pour aller chercher mon fils à l'école, un employée de l'association Wikimédia UK me recontacta par message pour me dire qu'elle avait trouvé mon intervention très intéressante.

Tout ceci m'a donc amené à écrire un retour d'expérience à la fois positif sur ces points mais aussi négatif par le fait que la vidéo conférence ne me semblait pas du tout adaptée à la prise de décision. Il y eu effectivement durant ces échanges un certain stress lié à la synchronicité des échanges, qui furent par ailleurs traduit d'une manière incroyable en plus de 5 langues au départ de l'anglais ou vers l'anglais, et du timing à respecté. D'autant plus que dans ce temps réparti devait s'incérer des moments de remerciement et d'encouragement, alors que dans certain groupe la parole se voyait parfois monopolisée par un participant ou même un coordinateur. Il en resulte donc que si ces visio-conférence sont très prolifique pour le mouvement, elles ne peuvent remplacer des procédures plus formelle et asynchrone tes que les appels à commentaires, préalablement présenté, ou il est possible d'avoir tout le temps nécessaire chez soi et au moment le plus adéquat de lire les avis d'autruits sans que certains ne soit censuré par manque de temps, d'y réfléchir, d'apporter ensuite son propre avi pour finalement partir à la recherche de décision par consensus si nécessaire ou par vote si le conscensus ne peut être atteint.

Quoi qu'il en soit, la pandémie aura donc rendu plus poreuse que jamais cette frontière théorique qui se situe entre les acteurs en ligne et hors ligne des communautés et organisations Wikimédia. Ceci avec un double avantage qui mérite d'être souligné, c'est que d'une part, cela permet à plus de gens et des gens moins fortunés ou moins disponible de participer à des activités qui étaient autrefois organisée hors ligne, et que d'autre part cela reduit de manière considérable le coût de ces activités lié à la mise à disposition de locaux et d'hébergement, tout en reduisant drastiquement la polution qui était engendrée par les déplacements des participant. C'est donc ainsi qu'après l'annulation en 2020 de la rencontre Wikimania initialement prévue à Bankock, la décision fut prise de mettre en place en 2021 une première rencontre Wikimania Virtuelle ou autrement dit qui se déroule entièrement en ligne[W 138].

Notes et références

[N]otes

  1. Pour rappel, la page utilisateur est une page web que l'on édite la plupart du temps pour faire une présentation de soi-même ou encore pour stoker des informations ou des liens utiles pour ses activités éditoriales. Comme toutes les autres pages existantes au sein du logiciel MediaWiki, cette page est associée à une page de discussion qui devient dès lors l'endroit destiner à transmettre un message à la personne qui possède le compte utilisateur en question.
  2. À noter encore une fois que dans le menu présent dans la colonne de gauche de cette page comme beaucoup d'autres pages des projets Wikimédia, se trouve un groupe de liens permettant de se rendre sur des pages au sujet similaire sur d'autre version linguistique du projet. Au même titre qu'un article encyclopédique, qui sera édité dans plusieurs langues sur plusieurs projets distincts, la carte de localisation des contributeurs aux projets Wikimédia existe aussi en plusieurs langues.
  3. Wikistats n'offre malheureusement pas la possibilité de consulter le nombre de connexions uniques et journalières sur l'ensemble des projets.
  4. Ces deux projets ont été sommairement présentés dans la quatorzième section du deuxième chapitre de ce travail de recherche.
  5. La promotion des projets Wikimédia peut aussi avoir pour but d'aider les internautes à trouver des ressources nécessaires à leur épanouissement ou émancipation. Ce cas de figure renvoie dès lors le débat sur le soft power et la colonisation culturelle précédemment traité dans la section précédente.
  6. La fonction de partage et de distribution est en fait assurée par des conventions complexes qu'il serait trop long d'expliquer ici et pour lesquelles je redirige les personnes intéressées vers l'ouvrage en question.
  7. La démarche de partage altruiste du mouvement Wikimédia est en ce sens toute contraire à celle des maisons d'édition qui transforment la connaissance en un bien rival grâce à sa publication sous copyright et aux clause d’exclusivité signées par les auteurs.
  8. Texte original avant traduction par Deepl.com version gratuite:« give a rise to a new WikiProject centered around free culture and seeing Wikipedia as a social movement »
  9. Pour le chercheur que j'allais devenir, un tel dispositif représentait une magnifique aubaine apparentée à une sorte de carnet de terrain numérique automatisé. En plus d'un journal intime qui enregistre tout de mon vécu en ligne, ce dispositif permet aussi de manière libre et sans inscription aux internautes de consulter l'archivage des activités de l'ensemble des contributeurs Wikimédiens, à l'exception parfois de quelques rares contenus masqués pour raisons légales. Un dispositif qui par la suite eu une influence directe sur ma manière de rédiger ma thèse de doctorat au sujet du mouvement Wikimédia.
  10. Bien que cette formulation soit ambiguë, on parle souvent de « travaux inédits » sur Wikipédia en référence à ce que la communauté anglophone nome de façon plus appropriée :« original research » que je traduirais pas l'expression travail de recherche original.
  11. Sur les projets éditoriaux Wikimédia, les administrateurs (aussi nommés sysop) sont des utilisateurs nommés par la communauté pour assurer la maintenance du site grâce à des outils techniques qui leur sont réservés et qui leur permettent de suspendre la publication de pages ou d'en empêcher l'édition aux autres utilisateurs, ou encore de bloquer un utilisateur malveillant, etc.
  12. Dans l'espace numérique des projets éditoriaux Wikimédia, chacune des pages des sites web possède une page de discussion associée qui permet aux lecteurs ou éditeurs de la page de dialoguer sur le contenu de la page. D'autre part, chaque utilisateur enregistré au sein des projets bénéficie aussi d'une page de présentation et donc d'une page de discussion associée à cette page de présentation. Cette page de discussion représente dès lors un lieu où l'on peut déposer un message public à l'intention de l'utilisateur. C'est seul un moyen en fait d'écrire à un utilisateur quand on ne possède pas son adresse e-mail et que la fonction « envoyer un courriel » n'a pas été activée par ce dernier au niveau de ses préférences personnelles.
  13. Selon les projets éditoriaux Wikimédia et leurs versions linguistiques, il existe différentes façons de prendre des décisions collectives sur des changements majeurs qui pourraient toucher toute la communauté. Dans le cas précis du projet Wikiversité francophone, les prises de décisions sont faites sur des pages créées à cet effet, et dans lesquelles les membres de la communauté discutent en vue d'obtenir un consensus. Si nécessaire, et c'est souvent le cas, un vote sera organisé et les propositions seront acceptées dès lors qu'il y a plus de 75% des votes en sa faveur. Pour pouvoir voter, il faut répondre à certains critères d'éligibilités des votants essentiellement déterminés sur base d'une certaine ancienneté et un minimum de participation au sein du projet.
  14. La classification décimale universelle a connu plusieurs éditions depuis sa création en 1905 par les deux juristes belges Paul Otlet et Henri La Fontaine fondateurs de l'Institut international de bibliographie.
  15. Pour ne pas encombrer cette section, les détails de ce travail sont exposés en annexe de cette ouvrage.
  16. Cette contradiction entre deux chiffres produit par l'outil statistique Wikimédia illustre bien que les données sont très aproximative et qu'elles peuvent varier d'une analyse à l'autre portant pourtant sur un situation identique à d
  17. Il est entendu ici comme pages organisationnelles du projets celles qui sont dédiées aux gestions techniques, à l'aide au utilisateur, à la catégorisation des articles, à la réglementation, aux portails et projets maintenus par des groupes d'éditeurs rassemblés autour de thématiques distinctes, à toutes discussions pouvant voir le jour au sein du projet, etc.
  18. À chaque modification d'une page sur les sites maintenu par le mouvement Wikimédia et supporté par le logiciel MediaWiki, il est possible de justifier son action en laissant un résumé destiné à informer succinctement les autres utilisateurs de ce qui vient d'être fait.
  19. Avant la naissance de l'expression « Mouvement Wikimédia », le terme Wikimédia désignait principalement le nom de marque de la Wikimedia Foundation. Aujourd'hui Wikimédia est considéré par certain comme un raccourci synonyme de l'expression « mouvement Wikimédia ».
  20. Les utilisateurs autoconfirmés sont ceux qui bénéficie d'un compte créé depuis au moins quatre jours.
  21. Lorsqu'une modification est fait par un utilisateur non connecté à un compte utilisateur, c'est alors l'adresse IP de sa connexion internet qui prend la place du nom d'utilisateur dans l'historique des pages wikipédia où l'on voit apparaitre avec de nombreux hyperline, la liste de toute les versions antérieures de l'article.
  22. Le comité d'arbitrage est un groupe d'utilisateurs élus par la communauté pour trancher les cas de litige entre utilisateurs en conflit. À l'issue des débats, les arbitres peuvent notamment ordonner aux administrateurs du site un blocage en écriture d'un utilisateur. Les administrateurs constituent un autre groupe d'utilisateurs élus par la communauté qui disposent à eux seuls d'outils de blocage, de protection, de suppression, et autres, spécifiques à la maintenance du site.
  23. Sur les sites maintenus par le mouvement Wikimédia et supportés par le logiciel MediaWiki, il est possible de discuter du contenu d'une page éditoriale dans une page de discussion qui lui est dédiée.
  24. Titre originale avant sa traduction par deepl.com version gratuite : « Еврейский коллаборационизм во Второй мировой войне »
  25. How does human-centred design lead to addiction? This normative research project explores how designers of technology are complicit in the co-production of addictive user behaviour, unconsciously shifting the burden of responsibility by deferring to the desirability of “what people want.” These unconscious designers are themselves ideologically “addicted” to the promises of the technological fix, creating surface solutions that reinforce a status quo that commoditizes users of technology for profit. By foregrounding the technocratic intolerance of uncertainty and the need for existential responsibility, this research proposes how designers must consciously take an ethical stance to their practice in order to manifest empowering technologies that are respectful of the human condition.
  26. Le copyleft est un jeux de mot anglophone illustrant l'une des clauses des licences libre destinée à protéger un travail d'une réappropriation placée sous copyright. Plus précisément, cette clause interdit de placer un travail issu de la transformation d'un travail préexistant placé sous copyleft, sous une autre licence que le travail préexistant. La question du copyleft sera abordée plus en profondeur sous le titre:« Servitude volontaire ou volontariat serviable ? »
  27. Ces quatre libertés sont:« la liberté de faire fonctionner le programme comme vous voulez, pour n'importe quel usage (liberté 0) ; la liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier pour qu'il effectue vos tâches informatiques comme vous le souhaitez (liberté 1) ; l'accès au code source est une condition nécessaire ; la liberté de redistribuer des copies, donc d'aider les autres (liberté 2) ; la liberté de distribuer aux autres des copies de vos versions modifiées (liberté 3) ; en faisant cela, vous donnez à toute la communauté une possibilité de profiter de vos changements ; l'accès au code source est une condition nécessaire. »

[B]ibliographiques

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