Recherche:Imagine un monde/Méthodologie

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Les projets Wikimédia comme source d'inspiration épistémologique
Plaidoirie en faveur d'une science démocratique
Deuxième chapitre de la première partie de l'ouvrage Imagine un monde

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De Lionel Scheepmans

Avant de s'attarder sur les questions méthodologies liée cette étude et aux réflexions qu'elle suscitent par rapports au pratiques scientifiques, il m'est apparu utile d'aider le lecteur non averti à mieux cerner la portée et les enjeux d'une recherche socio-anthropologique. Alain Testart disait en effet que : « La méthode, en tant que moyen, ne peut être que subordonnée à une finalité : l'étude d'un objet scientifique. L'objet justifie la méthode. C'est donc par lui qu'il faut commencer lorsque nous nous demandons : comment définir l'anthropologie sociale »[B 1]. Dans cette perspective et contrairement à d'autres sciences, une recherche socio-anthropologique ne repose donc pas sur un cahier des charges préétablit qu'il faudrait respecter à la lettre. À ce propos Jean-Paul Colleyn écrivait d'ailleurs « il y a aujourd'hui autant d'anthropologies qu'il y a d'objets d'études (anthropologie de l'art, de la musique, de la religion, de la santé ou de la perception) […] »[B 2].

Michael Singleton, pour sa part nous dit que « l'anthropologie ça n'existe pas, […] ce qui existe réellement, ce sont des anthropologues »[B 3]. Si l'on ajoute à cela l'idée de Vincent Mirza selon laquelle « le premier terrain d'une ethnologie de la mondialisation commence dans les universités et les centres de recherche »[B 4], on réalise alors à quel point la personnalité de l'anthropologue, son cadre institutionnel et la nature de son terrain d'étude représentent trois facteurs déterminants dans le choix des méthodes et pratiques de recherche.

Ce présent travail de recherche est en ce sens un bel exemple de ce type d'influence puisque son sujet d'étude, le mouvement Wikimédia, aura largement inspiré ma méthodologie de travail et même donné l'occasion de faire émerger de nouvelles pratiques scientifiques. De cette expérience quelque peu particulière d'écrire le compte rendu d'un travail de recherche au sein même de son terrain de recherche, m'est alors venu l'idée de construire une plaidoirie en faveur d'un changement, ou pour le moins d'un élargissement, des méthodes et pratiques appliqués en anthropologie, en socio-anthropologie, en sciences sociales voir même en science de manière général dès lors qu'il s'agit de publier le résultat de ses recherches.

Il faut savoir en effet que durant la réalisation de cette thèse de doctorat, j'ai été confronté à deux communautés épistémiques[B 5] engagées chacune dans une mission de partage des connaissances humaines, mais cependant diamétralement opposées quant à leurs valeurs et philosophie d'action. D'un côté, au niveau de la communauté Wikimédia, j'ai découvert un mouvement social collaboratif, très inclusif, profondément égalitaire, libre d'accès et de toute forme de relation marchande et épargné jusqu'à ce jour de tout contenu publicitaire, alors que de l'autre, dans le milieu universitaire, s'est présenté à moi un milieu compétitif, élitiste par excellence, dont l'accès nécessite souvent de sérieuses capacités financières[B 6] et qui se voit tristement reconnu comme lieu de marchandisation du savoir[B 7][V 1].

Une étude holistique, non exhaustive, mais sans fin[modifier | modifier le wikicode]

Au sein de l'espace numérique du mouvement Wikimédia, il est possible de rassembler une somme colossale d'informations en quelques clics, alors qu'a contrario et au niveau de la sphère hors ligne du mouvement, l'information se voit extrêmement dispersée géographiquement et donc difficilement accessible dans sa globalité. Dans un tel contexte et dans le cadre de cette recherche solitaire doctorale, il me fut donc impossible d'établir une présentation exhaustive du mouvement sans ses moindres détails. Cependant, pour rester fidèle à un premier désir d'approche holistique, m'est alors apparue comme alternative, l'idée de produire une image réduite et synthétique du mouvement tout en m'efforçant autant que possible de la garder fidèle et représentative. Un tel défi dut faire face à des limites de temps au niveau de la recherche[N 1], de budget concernant les déplacements[N 2] et de capacités linguistiques dans le cadre des interactions humaines[N 3]. Toutes ces contraintes représentent donc autant de raisons pour lesquelles, l'étude de la sphère francophone du mouvement fut privilégiée, mais sans omettre pour autant toutes l'activité internationale du mouvement indispensable à sa perception globale.

Dessin de L.L. de Mars pour Framasoft: un toit sans mur observé par deux pingouins
Fig. 1.2. Dessin de L.L. de Mars pour Framasoft (source: https://w.wiki/$eq)

Au niveau des projets en ligne et pour les mêmes raisons qui viennent d'être citées, trois d'entre eux auront fait l'objet d'une observation et d'une participation plus assidue. Le premier est la version francophone du projet Wikipédia bien connue en tant que projet fondateur du mouvement. Le deuxième est le site francophone du projet Wikiversité, dernier-né des projets soutenus par la fondation Wikimédia et d'une grande importance dans l'écosystème Wikimédia, puisqu'il se dédie au partage de contenus pédagogiques mais aussi à la publication de travaux de recherche. Le troisième et dernier est le projet Méta-Wiki, qui représente l'espace numérique de coordination et de gouvernance du mouvement. Dans une moindre mesure enfin, le site Wikimédia Commons constitua aussi un de mes lieux d'activités puisqu'il est l'endroit central et désigné pour télécharger des fichiers (photos, vidéo, etc.) avant de les utiliser sur les autres projets Wikimédia[N 4].

En plus des limites de temps, de finances et de capacités linguistiques, j'aurai aussi été confronté à des restrictions d'accès au niveau de certaines sphères du mouvement. Dans l'espace numérique, le rejet de ma candidature aux élections du statut d'administrateur sur le site Meta-Wiki[W 1] et par la suite sur l'ensemble des projets Wikimédia[W 2] ne me permit pas par exemple, d'expérimenter ces différentes fonctions. Par contre, j'aurai été administrateur du projet Wikiversité francophone dès le mois d'octobre 2015[W 3] avec un renouvellement de mon statut d'administrateur d'interface en novembre 2019[W 4]. Dans la version anglophone de ce projet, ma candidature aura aussi été retenue au sein du comité d'édition du WikiJournal of Humanities en juin 2019[W 5]. Toujours au niveau des activités en ligne, j'aurai enfin participé à la première édition du Wikimedia & Education Greenhouse Project[W 6], un programme pilote destiné à former les membres des communautés locales à lancer de nouveaux projets éducatifs avec le soutien du mouvement.

Au niveau de l'espace hors ligne cette fois, le rejet de ma candidature au conseil d'administration de Wikimédia France[W 7] ne m'aura pas permis de découvrir cette association aussi bien que l'association belge dont je fus l'un des membres fondateurs[W 8] et membre du conseil d'administration de janvier 2017[W 9] à août 2020[W 10]. Bien que j'aie pourtant fait preuve de beaucoup d'insistance, il ne m'aura pas non plus été possible de participer à l'une des Wikimedia Conference organisées chaque année à Berlin et dont celle de 2020 fut annulée suite à la pandémie de Covid-19[W 11]. En raison d'une demande trop tardive, je n'aurai malheureusement pas non plus réussi à rejoindre l'un des groupes de travail formé dans le cadre de l'élaboration de la stratégie du mouvement [W 12]. Quant à ma candidature au conseil d'administration de la fondation Wikimédia, elle aussi n'aura pas pu se faire en raison de la pandémie qui contraint un report des élections d'avril 2020 en août, prolongé par la suite jusqu'en juin 2021[W 13].

En compensation, j'aurai par contre participé, en Angleterre[W 14], en Italie[W 15] et en Suède[W 16], à trois éditions de la plus importante rencontre annuelle internationale du mouvement intitulée Wikimania, ainsi qu'aux hackathons qui traditionnellement la précèdent. J'aurai de plus pris part à un sommet de recherche consacré au mouvement qui succéda à la rencontre en Suède[W 17] et aux conversations mondiales au sujet de la stratégie du mouvement[W 18]. Au niveau international toujours, j'ai aussi été présent l'une des conférences Wiki Indaba, celle de Tunis[W 19] en 2018, qui rassemblent les communautés wikimédiennes situées en Afrique et à une formation à Berlin destinée aux membres des conseils d'administration des associations locales[W 20]. Au niveau de la francophonie enfin, j'ai participé activement à deux wikiconventions francophones, l'une à Strasbourg[W 21], l'autre à Bruxelles[W 22], ainsi qu'à de nombreux ateliers Wikipédia en Belgique et autres rencontres informelles comme ce fut le cas lors d'un soupé à Paris organisé à l'initiative d'un éditeur de Wikipédia[W 23].

En dehors des instances et des rencontres Wikimédia, j'aurai finalement effectué quatre voyages d'exploration dans le but de mieux comprendre la perception du mouvement Wikimédia dans le monde. Le premier se déroula en Inde[B 8], le second au Cap Vert[B 9], le troisième en Tunisie[B 10] et le dernier au Ghana[B 11]. Un cinquième voyage vers le Québec qui était prévu pour l'automne 2020 fut malheureusement avorté en raison d'une quarantaine imposée à Montréal cumulé à une absence de garantie quant à la possibilité de rencontrer la communauté autochtone attikamekw récemment porteuse d'un projet Wikipédia en langue locale[B 12].

Bien que parfois limitée, ma participation au sein de Wikimédia a donc finalement été suffisante pour rassembler le matériel nécessaire à l'écriture de cette thèse de doctorat[N 5]. De plus, toute ces années d'observation participante au sein du mouvement me permirent aussi d'atteindre une certaine « familiarité informée » du mouvement, ou pour le moins, d'y vivre une séries de « moments ethnographiques » qui au delà des méprises, me permirent de mettre en résonance avec mon propre vécu, le réel, l'imaginaire et le symbolique de l'univers Wikimédia[B 13].

Pour le reste, il faut savoir enfin que cette thèse de doctorat aura été entièrement écrite et publiée en temps réel sur le site web du projet Wikimédia intitulé Wikiversité, un projet qui se destine à la production de contenu pédagogique et à la réalisation de travaux de recherche[B 14]. En raison de la licence libre CC. BY. SA 3.0[W 24] appliquée sur l'ensemble des pages de ce site, la réutilisation de cette thèse de doctorat ainsi que sa transformation complète ou partielle et même commerciale est donc possible et autorisée. Ce qui apparait comme une première au sein des projets Wikimédia, le sera aussi au niveau académique puisque en tout et pour tout je n'aurai trouvé sur le net qu'une seule expérience similaire à la mienne. Ce fut celle de Doug Belshaw qui avant soutenir sa thèse de doctorat[B 15] à l'université de Durham, l'avait édité sous licence CC.0 sur un site MediaWiki auto hébergé intitulé « The never ending thesis »[W 25] pour ensuite la publier sous forme de livre électronique sous le titre The essential elements of digital literacies[B 16].

Cependant, et contrairement à la thèse de Doug Belshaw dont le site web a finalement disparu, ce travail de recherche tel qu'il se présente sur Wikiversité restera soumis à d'éventuelles améliorations faites, par moi ou par tout autres personnes qui accéderont à ses pages web. Autrement dis, et ce au même titre qu'un article encyclopédique sur Wikipédia, ce présent travail de recherche n'a ainsi aucune date de clôture présumée et fera donc fort probablement l'objet d'améliorations futures préalablement débattues sur les pages de discussions dédiées à cet effet. Au delà de la version officielle de ma thèse de doctorat qui devra être remise à mon université, et grâce à cette pratique d'édition collaborative héritée du mouvement Wikimédia, j'espère donc que cette expérience originale apportera la preuve que la « slow science »[B 17] n'est pas forcément incompatible avec l'ère du numérique et que la publication de travaux socio-anthropologie dans l'espace web n'a aucune raison de nourrir les inquiétudes de ceux qui redoutent de voir un jour « le format de la monographie complètement désuet »[B 18].

Un terrain d'étude peu homogène et propice à l'auto-ethnographique[modifier | modifier le wikicode]

Si l'étude du mouvement Wikimédia peut apparaitre sous certains aspects comme une tâche sans fin, elle m'est apparue cependant limitée au niveau de certains espaces du mouvement à la fois très peu fréquenté par les acteurs et très peu développés au niveau de son organisation. Créée en 2014 seulement, l'association Wikimédia Belgique par exemple rassemblait seulement une douzaine de ses quarante membres lors de sa première assemblée générale organisée par les 6 membres de son conseil d'administration[B 19]. Cinq ans plus tard en 2020, lors de mon départ du conseil, celui-ci se voyait réduit à 3 personnes[W 26], un président issu de la communauté flamande de Belgique, une Française et un Hollandais, tous préoccupés par le manque de participation et d'engagement au sein de l'association. Avec sa trentaine de membres effectifs en 2020[W 10], le mouvement Wikimédia au niveau de la Belgique ne pouvait donc constituer à mes yeux, une organisation suffisamment grande pour faire l'objet d'une recherche doctorale.

Photo du groupe de conversations mondiales de la stratégie du mouvement Wikimedia (5 décembre 2020)
Fig. 1.8. Photo du groupe de conversations mondiales de la stratégie du mouvement Wikimedia du 5 décembre 2020 (source: https://w.wiki/$eX)Petit jeu… Où se trouve l'auteur de ce travail de recherche parmi ces 100 photos ?

J'avais déjà été confronté à ce même type de situation au niveau des projets Wikimédia lorsque j'avais eu l'idée de baser mon mémoire de fin master en anthropologie sur une observation participante au sein du projet Wikipédia en wallon. La proximité culturelle et la connaissance de la langue m'avait attiré vers cette communauté. Malheureusement, je me suis vite rendu compte que les deux administrateurs qui assumaient la maintenance du site et les cinq à dix personnes qui l'éditaient plus de cinq fois par mois [W 27] ne pouvaient apporter matière suffisante à mon projet.

Mais alors que l'activité au sein du mouvement Wikimédia apparait très diffuse par endroits, elle peut aussi s'avérer très dense dans d'autres. Hors ligne par exemple, il existe deux grands pôles d'activité que représente la fondation Wikimédia avec plus de 450 employés[W 28] et l'association Wikimedia Deutchland, la première à avoir vu le jour en 2004, qui rassemble en 2020 plus de 80 000 membres[W 29] et 120 employés[W 30]. Ceci alors que dans l'espace numérique du mouvement, on peut comparer au projet Wikipédia en wallon, le projet Wikipédia en français qui comprend pour sa part près de 160 administrateurs et plus de 20 000 éditeurs ayant contribué au projet dans les 30 jours qui ont précédé le 15 janvier 2021[W 31].

Pareillement aux associations affiliées au mouvement, les projets d'éditions Wikimédia, affichent donc une grande disparité de tailles avec pour exemple au niveau du projet Wikipédia et en date du 22 octobre 2020, 18 versions linguistiques qui comprennent plus d'un million d'articles, 50 plus de 100 000, 83 plus de 10 000, 119 plus de 1000, 34 plus de 100 et 10 moins de 10[W 32], alors qu'en octobre 2020 et au niveau de la quarantaine d'associations nationales, le nombre de membres peut varier d'une vingtaine à plus de 80 000[W 33].

Tant hors ligne qu'en ligne, Wikimédia apparait donc comme un mouvement social très peu homogène et « multi-situé »[B 20] propice aux « désarrois de l'ethnographe »[B 21] similaire à celui décrit par Christophe Lazaro dans son ethnographie des pratiques d'échange et de coopération au sein de la communauté Debian:

« paysage réticulaire aux multiples dimensions, sa propension à la délocalisation rend illusoire toute observation strictement locale ; l'hétérogénéité des acteurs empêche d'appréhender dans son ensemble la portée de certains événements ; […] la multiplicité des canaux de communication et des flux qui les parcourent finit par créer des enchevêtrements subtils qu'il s'avère difficile de démêler »[B 22].

Mais n'est-ce pas cependant dans les zones d'inconfort que l'on devient le plus créatif ? Et n'est-il pas vrai que « le numérique peut donner lieu à d'autres types d'expérimentations, tout aussi éclectiques et atypiques les une que les autres » ?[B 23] C'est en tout cas ce qui se sera passé pour ma part dans le cadre de cette étude puisqu'elle fut l'occasion d'expérimenter de nouvelles pratiques socio-anthropologique telles que « l'écriture vérifiable » et « la pratique ethnographique récursive » qui seront prochainement discutées, mais aussi l'auto-ethnographie[B 24] qui n'est pas une méthode nouvelle en soi, mais dont on parle très peu dans la sphère francophone des sciences sociales alors qu'elle fait débat dans le milieu anglophone[W 34].

Sans qu'elle n'intervienne réellement comme charpente de mon travail d'écriture, l'auto-ethnographie m'est toute fois apparue comme une solution intéressante à certaines impasses liées précisément au caractère réticulaire et peu homogène de mon terrain d'observation. Dans le contexte d'une approche holistique de mon terrain d'étude, il m'est en effet apparu difficile et peu pertinent de me baser sur des témoignages issus d'entretiens compréhensifs[B 25] avec un nombre limité d'informateurs d'origines et de cultures très différentes. Ce genre de pratique, pourtant courante en sciences sociales, me semblait de fait très risquée d'une part, en raison de impossibilité de faire un rendu complet de l'hétérogénéité de mon terrain, d'autre part, aux vues des possibilités d'« encliquage »[B 26] au sein de certains groupes d'acteurs, mais aussi au final en raison d'une réalité de terrain « bien loin de l'image d'Épinal qui voudrait que les participants à une activité numérique soient interrogeables aisément »[B 27].

C'est donc au fil du temps et de mes lectures que je finis par mobiliser aux moments les plus opportuns l'auto-ethnographique comme méthode d'écriture et de restitution de mon terrain d'étude[B 28]. Un tel choix comportait évidemment le risque intrinsèque de voir ma propre histoire devenir insidieusement l'histoire du mouvement Wikimédia au départ d'un point de vue « complaisant, narcissique, introspectif et individualisé »[B 29]. Pour éviter cet écueil, j'ai donc veillé à ce que le récit de mes propres expériences ne reste qu'une option et pas une règle tout en veillant porter plus d'attention à ce qui m'entoure plutôt qu'à ma propre personne. En adoptant ce principe, je me suis enfin rappelé que Mike Singleton affirmait pour sa part que narrer ses expériences représentait « le plafond et non pas seulement le plancher de l'anthropologie » mais à condition toute fois de lorsqu'on décode les codes des acteurs de terrains pour les recoder dans les miens de ne jamais « prendre les miens pour décisifs ou définitifs »[B 30].

Ce risque d'égocentrisme une fois écarté, je vis donc dans le récit auto-ethnographique cet avantage d'implicitement mettre en garde le lecteur sur la subjectivité des informations qu'il reçoit tout en le faisant dans un discours qui me semble plus accrocheur. De plus ces passages auto-ethnographique m'encourageait aussi à utiliser la première personne du singulier au lieu du nous de modestie (ou de fausse modestie)trop désuet à mon goût. Faire part au lecteur de ma propre expérience sans en faire mon objet d'étude, était enfin une belle manière d'assumer et de partager pleinement mes propres « sensibilités »[B 31] parfois « très proche »[B 32] de celles des acteurs Wikimédiens dont je m'estime faire partie aujourd'hui et ce bien sûr sans sortir du cadre réflexif bien connue des anthropologues.

Une écriture vérifiable au sein d'une lecture immersive[modifier | modifier le wikicode]

Par rapport aux nombreux travaux réalisés en anthropologie numérique, cette présente étude se situe donc aux frontières entre une approche « holistique » puisqu'elle porte sur un espace numérique mais sans s'y limiter, et celles d'une approche « instrumentale » puisque ce travail de recherche porte sur un mouvement social dont l'espace numérique constituera l'un des principaux moyens d'observation[B 33]. En complément de ce qui a déjà été fait, ce travail d'écriture ne manquera pas non plus d'apporter une nouvelle illustration des six principes clefs qui semblent faire consensus au sein de la discipline. (1) Le numérique intensifie la dialectique nature culture, (2) il offre une meilleure compréhension de la vie pré-numérique (3) il doit être abordé d'un point de vue holistique et comme partie intégrante de l'humanité, (4) il n'est pas facteur d’homogénéisation mais au contraire réaffirme la notion de relativisme culturel, (5) il apporte une ambivalence au sein de la vie politique et privée, (6) il développe une nouvelle culture matérielle dans laquelle l’anthropologue se trouve lui-même imbriqué[B 33].

À ces précédentes considérations faut-il encore ajouter dans le cadre bien spécifique de ce travail de recherche publié sur le web, la possibilité de s'immerger au sein même du terrain d'étude au cours de sa lecture tout en ayant la possibilité de retourner sur les lieux d'observation pour y vérifier la véracité des informations traitées. Permettre une tel expérience au départ d'un simple clic[N 6], a bien entendu des conséquences épistémologiques majeurs qui bouleverse le système d' « adéquation empirique » habituellement mis en place par les chercheurs en sciences sociales et dans lequel il s'agit habituellement de fournir des « données produites » au départ d'un « réel de référence » dans le but d'établir un « rapport d'adéquation entre l'argumentation et les données d’enquête »[B 34]. Grâce aux hyperliens apparaissant tout au long de la lecture, la nécessité de « produire des données d'enquête » fait donc place à un accès direct au « morceau d'espace social et de temps social dont le chercheur veut rendre compte et qu'il se donne pour tâche de comprendre »[B 35],

Au départ de ce changement épistémologique radical apporté par une « lecture immersive » au sein d'une « écriture vérifiable », apparait ainsi une réduction drastique des risques de falsification ou de torsions du réel de référence lors de sa restitution par le chercheur. De plus, grâce à cette pratique d'immersion et de vérification, il ne s'agira donc plus de fournir un contenu scientifique « plausible et valide »[B 36], mais bien cette fois, d'offrir un ensemble d'informations « vérifiables » dans le but de limiter les questions de plausibilité et de validité à l'argumentation du chercheur uniquement.

Par ailleurs, il est intéressant de voir que ce principe de « vérifiabilité » fit l'objet de débat méthodologiques au sein des projets Wikipédia depuis 2006, dans le cadre de discussions au sujet de la présentation des sources au sein des articles encyclopédiques en tant que nouvelle exigence éditoriales[B 37]. Cette règle de vérifiabilité[W 35] Wikipédienne fait aussi penser au terme de « verifiabiliy » introduit par Karl Popper[B 38] dans sa démarcation entre science et non-science qui m'avait déjà interpellé en 2011 dans le cadre de la rédaction mémoire de master portant sur le sujet Wikipédia[B 39]. Sans revenir sur des analyses produites autre part[B 40][N 7] et pour recontextualiser simplement ici les choses, voici un extrait des propos de Karl Popper qui me semble apporter une rapide synthèse de ce qu'il dit sur la question de vérifiabilité :

ce n'est pas la vérifiabilité mais la falsifiabilité d'un système qui doit être considérée comme un critère de démarcation. En d'autres termes :  Je n'exigerai pas d'un système scientifique qu'il puisse être distingué, une fois pour toutes, dans un sens positif ; mais j'exigerai que sa forme logique soit telle qu'il puisse être distingué, au moyen de tests empiriques, dans un sens négatif : un système scientifique empirique doit pouvoir être réfuté par l'expérience...[B 41][N 8]

Comparativement à ces considérations épistémologiques formulées par Popper, voici à présent la règle de vérifiabilité de Wikipédia tel qu'elle se résume au niveau du projet francophone :

La vérifiabilité est l'une des règles essentielles de Wikipédia qui découle du principe de la neutralité de point de vue. Avec l'interdiction de publier des travaux inédits, les règles déterminent ce qui peut ou non être publié dans Wikipédia. Elles doivent être interprétées les unes par rapport aux autres, et il est recommandé aux contributeurs de Wikipédia de bien les connaître et de se les approprier.

Une information ne peut être mentionnée que si les lecteurs peuvent la vérifier, par exemple si elle a déjà été publiée par une source ou référence de qualité. Les contributeurs doivent fournir une telle source pour toutes les informations contestées ou susceptibles de l'être. Dans le cas contraire, elles peuvent être retirées.

La vérifiabilité n'est pas la vérité : nos opinions personnelles sur la nature vraie ou fausse des informations n'ont aucune importance dans Wikipédia. Ce qui est indispensable, c'est que toutes les informations susceptibles d'être contestées, ainsi que toutes les théories, opinions, revendications ou arguments, soient attribués à une source identifiable et vérifiable.[W 35]

Au départ de ces deux extraits, il apparait donc évident que la vérifiabilité Wikipédienne repose sur un critère d'autorité que sont les « sources ou référence de qualité » alors la vérifiabilité de Popperienne est tout autre, puisqu'elle repose au contraire sur l'« expérience » de « tests empiriques » et non sur un quelconque positivisme. Face à ces deux approches distinctes, « l'écriture vérifiable » mise en œuvre dans le cadre du rendu de ce travail de recherche, semble donc se placer du côté Popperien étant donné que la présence d'hyperliens offrent précisément aux lecteurs la possibilité de ré-expérimenter de manière empirique mes propres observations et non de les valider au départ d'un argument d'autorité. Ce à quoi renonce Popper et vers quoi tend l'écriture vérifiable, est donc de minimiser autant que possible la dimension positive d'un document scientifique au bénéfice d'une plus grande véracité des informations traitées au sein de l'argumentation.

Comme premier repositionnement épistémologique des travaux anthropologique soumis à la pratique d'une écriture vérifiable au sein d'une lecture immersive apparaîtra donc la disparition de ce qui est communément appelé le « pacte ethnographique »[B 42] selon lequel « seuls les ethnologues se sentent libérés d'expliquer comment ils ont su tirer d'une expérience unique un ensemble de connaissances dont ils demandent à tous d'accepter la validité. »[B 43]. Un tel pacte a certes du sens dans le contexte d'une épistémologie des sciences sociale dont Jean-Claude Passeron disait que « la pertinence empirique des énoncés sociologiques ne peuvent être définies que dans une situation de prélèvement de l'information sur le monde qui est celle de l'observation historique, jamais celle de l'expérimentation. »[B 44], mais deviendra de fait tout à fait obsolète suite aux dispositions méthodologiques précédemment expliqués.

De la sorte, le régime d'« historicité » des sciences sociale que Passeron considère comme historiques par nature et qui vise à atteindre une vérité différente des sciences dites de la nature[B 45], ne s'applique donc plus du tout au cadre bien précis d'une étude, ou toute partie d'une étude, qui se baserait sur le prélèvement d'informations en provenance d'un espace numérique à la fois public et archivé. Grâce aux propriétés asynchrones et la dé-spatialisation propre à un tel type espace numérique, la pertinence empirique des énoncés socio-anthropologique qui le concerne ne peuvent donc plus reposer sur un quelconque contrat de confiance qui serait établi entre l'auteur d'un ouvrage scientifique et ses lecteurs, mais bien sur la mise à disposition d'un ensemble d'hyperliens qui permettront d' ré-expérimenter l'observation du réel de référence.

Je souligne donc le fait que briser le pacte ethnographique à chaque fois que cela s'est présenté au cours du rendu de mes travaux de recherche, ne m’est pas apparu comme une option, mais bien comme un devoir d’authenticité et de transparence guidé par une honnêteté intellectuelle. Un tel devoir me semble d'autant plus désirable que l'imposture en science existe de tout temps[B 46] comme en témoignent certain best-sellers tel que « La Vie des maîtres »[B 47] de Baird Thomas Spalding, ou encore les ouvrages de Carlos Castañeda traduits en 17 langues et vendus à plus 8 millions d'exemplaires selon l'éditeur [W 36] et dont les premier qui lui valurent le titre de docteur en anthropologie[B 48], avant d'être qualifié de canular au cour de la décennie suivante[B 49].

Ces deux auteurs ne sont pas le témoignage d'un passé révolu, mais bien d'une imposture intellectuelle toujours bien présente de nos jours[B 50], et dans une facilitée probablement accrue en sciences sociales comme le démontre le canular[B 51] de l' « automobilités postmodernes »[B 52]. Et c'est donc la raison pour laquelle l'écriture vérifiable et la lecture immersive me semble être le meilleurs moyen de discerner à coup sûr l'ethnographie et la fiction[B 53][B 54] avec cette possibilité en prime pour les lecteurs de récolter d'autres informations et de conduire d'autres observations dans le but de détecter d'éventuels biais de sélection voir même certaines omissions.

En raison de tout ceci, j'ai donc pris aussi l’initiative de recouper par des informations en ligne mes observations hors ligne, qui par nature ne peuvent être ni ré-expérimentées alors qu'elle n'auront pas non plus être archivées de manière librement accessible sur le web. Quant à la question de citer mes sources bibliographiques, et conformément à la ligne de conduite des projets de recherche sur Wikiversité[W 37], elles seront bien sûr référencées comme il se doit, alors que reviendra aux auteurs d'assumer tout responsabilité sur la validité des informations qui s'y trouvent. Au-delà de ces multiples engagements enfin, et conformément à ce qui a déjà été fait dans certaine paragraphes précédents, je n'hésiterai pas non plus à placer au sein de mon texte certains verbatims ou autres type de citations et données d’enquête en prenant le soin de toujours les compléter d'un hyperlien dès qu'il m'en sera possible. Permettre une lecture immédiate de ce type d'information est en effet incontournable pour les lecteurs qui ne bénéficieront que d'une version papier de mon travail et permettra de plus et dans certains cas, de fournir la traduction d'un texte avant d'en restituer sa version originale au niveau de mes notes.

Les serveurs d'Internet Archive au siège de San Francisco
Fig. 1.3. Les serveurs d'Internet Archive au siège de San Francisco (source: https://w.wiki/$eV)

De manière pratique, ma méthode d'écriture vérifiable se concrétise donc par l'utilisation au sein du texte de divers types d'indices de renvoi qui permette de notifier soit la présence d'une note explicative, soit d'une référence bibliographique produite par un ou plusieurs auteurs, soit d'une référence vidéographique produite par un ou plusieurs auteurs, soit encore d'un hyperlien pointant vers la page web où se trouve le lieu de mon observation entendu comme réel de référence. Afin d'accroitre le confort du lecteur, ces indices de renvois numérotés sont aussi précédés d'une lettre qui indique la nature de l'information ciblée sans pour autant devoir la consulter. Voici donc en résumé quelles lettres sont utilisées et à quoi elles se réfèrent :

  • [N] pour un renvoi vers les notes apportant un complément d'explication ou un texte original avant traduction.
  • [B] pour un renvoi vers les références bibliographiques ou autres sources secondaires constituées d'ouvrages ou d'articles publiés sous le nom de ses auteurs et sous la responsabilité d'un éditeur. Ces références sont complétées par un hyperlien lorsque le document est librement accessible en ligne.
  • [V] pour un renvoi vers les références vidéographiques complétées d'un hyperlien lorsque le document est librement accessible en ligne et lorsque la vidéo en question n'aura pu être directement insérée au niveau de la publication du travail sur Wikiversité.
  • [W] pour un renvoi vers les permaliens pointant vers le site web.archive.org du projet Internet Archive[W 38], où furent archivées, chaque fois que cela fut possible[N 9], l'ensemble des pages Web retenues lors mes observations. Situées dans tout l'espace numérique publiquement accessible par le réseau Internet et pas seulement de l'espace numérique Wikimédia, ces documents constituent donc autant de sources primaires numériques mobilisées.

En complément à ces renvois numérotés, les parties de texte en caractères bleus sur Wikiversité ou soulignée dans d'autres formats numérique, comportent d'autres hyperliens qui permettent de consulter les pages en dehors de leur archivage dans le but d'accéder à de possible mises à jour qui pourrait constituer un complément d'information. Pour les versions imprimées de cet ouvrage, l'accès à ces pages sera aussi possible du fait que l'adresse URL des permaliens pointant vers web.archive.org se termine toujours par l'URL de la page archivée. Pour accéder à la version actuelle d'une page qui n'aurait pas été supprimée, il suffit donc de recopier dans un navigateur ce qui pour exemple apparait en caractères italiques dans l'URL suivante : http://web.archive.org/web/20201220231650/https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche: Imagine_un_monde[N 10]. Enfin, pour la version publiée sur Wikiversité et uniquement pour celle-ci, j'aurai enfin pris la peine de « Wikifier » certains mots ou expression lorsque j'ai estimé qu'un complément d'information en provenance d'une autre pages des projets Wikimédia pouvait être utile pour le lecteur. Comme de coutume sur ces projets, ces hyperliens apparaissent en bleu au niveau du texte.

Un surcroît de travail important fut donc nécessaire pour la mise en œuvre de tels dispositifs et explique probablement pourquoi je n'ai jamais rencontré de référencement similaire lors de mes lectures scientifiques. Je ne regrette en rien cependant cet investissement dès lors qu'il pourra, comme je l'espère, faire évoluer les consciences, pratiques et habitudes scientifiques. En outre, le fait de briser mon « monopole des sources »[B 35] par un accès direct vers mes lieux d'observation en ligne, donnera aussi la possibilité à d'autres chercheurs, non seulement de bénéficier d'une lecture immersive et de la vérifiabilité de mes écrits, mais aussi de faire d'autres observations plus approfondies dans le but, pourquoi pas, de contredire mon argumentation. J'espère enfin de tout cœur, que ce processus donnera envie à d'autres chercheurs de le reproduire, mais aussi de se lancer à leurs tours dans des nouveaux travaux de recherche au sujet du mouvement Wikimédia aidé par les accès offerts au niveau de ce premier travail d'exploration et de synthèse.

Un traitement qualitatif du big data[modifier | modifier le wikicode]

Faire une étude socio-anthropologique dans l'espace web, au même titre que tout autres espaces numériques, c'est aussi s'exposer à la nécessité de traitement de données massives qu'il est commun aujourd’hui d'appeler le Big data. Et il se fait que l'espace numérique Wikimédia produit énormément de données quantitatives tout comme qualitatives que l'on peut parcourir grâce à des outils de recherche de plus en plus perfectionnés et qui dans certains cas peuvent même produire des graphiques et autres analyses statistiques.

Toutes ces informations sont de plus publiées sous licence creative commons CC. BY. SA. Ce qui veut donc dire qu'elles sont libres d'exploitation et de republication, tel quel, ou dans des travaux dérivés et sous deux conditions seulement : (1) « créditer l'Œuvre, intégrer un lien vers la licence et indiquer si des modifications ont été effectuées à l'œuvre », (2) « diffuser l'œuvre modifiée dans les mêmes [sic] conditions, c'est à dire [sic] avec la même licence avec laquelle l'œuvre originale a été diffusée »[W 24][N 11]. Pouvoir disposer d'une telle quantité d'information sans devoir se préoccuper d'une autorisation d'accès ou de traitement est donc une réelle aubaine pour un chercheur, mais en contrepartie cela le confronte à une abondance d'informations tel que son traitement tant quantitatif que qualitatif devient difficile.

Pour clarifier les choses, il est d'ailleurs bon de se rappeler qu'une donnée quantitative, au contraire d'une donnée qualitative, se caractérise par quelque chose de mesurable. Comme exemple trivial, nous avons cette citation de Rosie Stephenson-Goodknight au sujet des éditeurs de Wikipédia : « You can imagine probably 90 percent being men »[B 55], dans laquelle l'information « 90 % » sera d'ordre quantitatif tandis, alors que l'information « homme » sera d'ordre qualitatif. Mais il est ensuite important de bien garder à l'esprit qu'une donnée quantitative peut devenir source d'une information qualitative et vice versa.

Les 29 entailles présentes sur l'os de Lebombo, le plus ancien bâton de comptage connu à ce jour, en est un bel exemple. Ces marques attestent en effet d'une part, que les premières manifestations scripturales humaines étaient d'ordre comptable (information qualitative). De plus elles ont permis de supposer, de part leur nombre (donnée quantitative), qu'elles furent réalisées par une femme africaine (donnée qualitative) qui aurait comptabilisé les jours de son cycle menstruel[B 56]. De manière itérative, et en tenant pour vrai cette supposition, on peut enfin déduire que la personne qui a creusé ces encoches avait une masse musculaire inférieure à celle d'un homme (donnée quantitative).

Suite à ce principe, il devient donc difficile dans le cadre d'une étude dite qualitative, d'ignorer, ou même de négliger, les données quantitatives présentes sur le terrain. D'une part et comme cela vient d'être démontré, parce que les données quantitatives peuvent être sources de données qualitatives, mais aussi d'autre part, parce que les données quantitatives sont plus aptes à établir des comparaisons objectives. Une comparaison qualitative des compétences physiques entre deux personnes peut par exemple s'avérer un exercice délicat tant il peut être influencé par la subjectivité de l'évaluateur, alors que si cette comparaison repose sur des données quantitatives tel que la taille en centimètre, le poids en kilogramme, etc. la tâche devient dès lors plus à la fois plus facile et le résultat plus objectif.

Au cours de ce travail et d'une manière qui plaira sans doute aux amateurs de descriptions denses[B 57], j'ai donc veillé à ne pas oublier de tenir compte des informations quantitatives qui m'auront été mises à dispositions. Comme illustration, voici repris ci-dessous, un des divers graphiques produit dans le cadre d'une analyse approfondie[B 58] des rapport financiers publiés par la fondation Wikimédia[W 39]. Cette analyse aura ainsi permis d'établir clairement que près de 50 % des dons offerts à la fondation Wikimédia servent à payer les salaires de ses employés. Ceci alors que paradoxalement et sur base d'une source qui datait de 2009, l'article Wikipédia francophone consacré à la fondation Wikimédia stipulait que « près de la moitié des ressources financières [de la fondation] sont utilisées pour acheter de nouveaux serveurs et payer l'hébergement ». Ceci alors qu'à la vue de ce graphique, on peut constater qu'en 2009 déjà, il était possible aux départs des rapports financiers de la fondation de savoir que près de 40 % des dons était alloué au paiement des salaires pour 15 % seulement dédiés au frais d'hébergement et que par la suite le pourcentage consacré aux salaires aura fait augmenter jusqu’à près de 50 % pour se stabiliser à ce niveau alors que le pourcentage du coût d'hébergement ne fera que diminuer.

Histogramme illustrant l'évolution des dépenses de la fondation Wikimédia de 2004 à 2018.
Fig. 1.4. Histogramme illustrant l'évolution entre 2004 et 2020 des dépenses de la fondation Wikimédia en pourcentage du total des dons qu'elle a reçus[N 12]. (source: LS)

Un travail comptable et statistique, aussi rébarbatif qu'il puisse paraître pour un chercheur habitué aux études qualitatives, semble donc parfois nécessaire pour accéder à une véritable description de la réalité des choses et permettre dans ce cas de figure de corriger des informations fausses diffusées sur le terrain de recherche[W 40]. Car à la place de produire ce graphique et dans une démarche purement qualitative, j'aurai en effet très bien pu, comme cela se fait en général dans les recherches ethnographies, me contenter de recouper l'information trouvée dans l'article Wikipédia par celle trouvée dans l'une des vidéos du WikiMOOC de 2017 qui stipule que « fournir l'infrastructure technique, les serveurs pour le cinquième site Web le plus visité au monde, ce n'est pas gratuit. »[V 2] et encore par la suite par les propos tenus par une personne très active au sein du mouvement lors d'une Interview sur France Inter[V 3] durant laquelle elle affirmait en 2019 que sur « 90 millions de budget », « à peu près entre 50 et 60 millions viennent pour les serveurs »[N 13].

Une chance pour moi et comme cela a déjà été dit, ils existent de nombreux sites de traitements automatiques et statistiques réalisés parfois en temps réel[N 14] au sein de l'espace numérique Wikimédia. Ceux-ci m'auront donc épargné de faire moi-même de nombreux traitement d'information bien que ces sites d'informations statistiques ne m'auront par permis de traiter une gigantesque quantité de textes disponibles dans de nombreux lieux de discussions disséminés au sein des projets tel que forums, pages de discussions ou de prise de décision, mais aussi espaces blog, journaux, info-lettres, listes de diffusions, etc. Un ensemble d'informations donc qui constituent un big data textuel qui suscita chez Olivier Servais ethnographe du monde virtuel Warcraft la réflexion suivante :

« il s’agit d’une multiplication incommensurable de textes à disposition de l’anthropologue mais avec une décroissance aussi importante de la qualité d’un panorama contextuel pertinent issu de l’ethnographie. De ce fait, le métier s’en trouve profondément transformé[B 59]. C’est un peu comme se trouver dans un café du commerce bondé où on ne peut saisir l’entièreté de ce qui se dit, de ce qui se joue. On peut mettre en place un dispositif technique pour enregistrer tout ce qui se dit, se fait dans cette pièce et être confronté à ce big data. Reste qu’ici c’est l’essence même du terrain, il produit par lui-même des datas massives, et il est souvent impossible de pré-sélectionner avant analyse. Face à cette menace de noyade par le texte, l’anthropologue doit apprendre de nouvelles stratégies de terrain et de traitement des données.

Or, la démarche d’ethnographe demeure avant tout de nature foncièrement compréhensive, et conséquemment qualitative. Comment dès lors concilier cette gestion de données massives avec une ambition qualitative ? Comment faire du big data textuel qualitatif dans ce contexte numérique ? »[B 60]

En réponse à cette dernière question, voici donc sommairement quelle fut ma propre stratégie. Elle émergea d'une première angoisse apparue par le fait qu'il me semblait d'un côté indispensable de traiter les corpus pour ne pas produire une vision partielle et potentiellement fausse de la réalité. Alors que d'un autre côté, je ne me sentais pas du tout à l'aise avec l'idée de me lancer dans un traitement automatique et informatisé du langage naturel en raison cette fois d'un manque de compétence, de temps d'investigation, de puissance informatique, mais aussi de l'importance du « panorama contextuelle » souligné par Olivier Servais.

À force de pratique, et après plusieurs années de tâtonnement, j'en suis finalement venu à établir une sorte de compromis basé sur un processus d'aller-retour entre une suite d'investigation tantôt ethnographique et tantôt automatisée. Autrement dit, part moment, je me suis attelé à un traitement informatique et statistique des données textuelles utiles à mon observation participante, alors qu'à d'autres moments, j'ai poursuivi mes observations de terrain en consultant de nombreuses discussions informelles ou en participant à de nouvelles de telle sorte qu'en retour de ces expériences, je pouvais alors orienter mes choix dans mes traitements informatiques, et ainsi de suite. Outre le fait de mobiliser les deux approche, cette méthode m’apporta aussi cet autre avantage de m'offrir un recul régulier par rapport à mes observations de terrain et des pauses fréquentes dans mes traitements informatiques.

Voici donc à présent un exemple de traitement du big data textuelle en guise d'illustration. Il se réalisa au départ de l'une des 300 listes de diffusion réparties par projets et sphères linguistiques au sein du mouvement Wikimédia. Tous les échanges de courriels au sein de ces listes sont en effet archivés mois par mois, historicisés et rendus librement disponibles sous licence CC. BY. SA au niveau du site Wikimédia Mailservicies[W 41]. Grâce aux archives de la liste de diffusion intitulée « Wikimedia-l »[W 42], réputée comme espace de discussion central de la communauté wikimédienne au sens large[W 43], il me fut ainsi possible de constituer un corpus et de le soumettre à une analyse textométrique à l'aide d'un logiciel de traitement automatique du langage naturel appelé TXM.

Ce programme me permit par exemple de découvrir au départ d'une simple requête lexicale, et en référence au mot « the » apparaissant à une fréquence de 1 869 554 fois, que le signe « @ » apparaissait dans le corpus 879 105 fois, tout de suite suivi du mot « gmail » apparaissant lui 877 346 fois. Depuis cette simple requête, j'aurai donc déjà découvert que les utilisateurs de cette liste de diffusion utilisent en toute grande majorité au départ d'un compte Google. Par la suite, une analyse des occurrences me permit de découvrir que les premiers noms/prénoms qui apparaissent dans la liste sont « Gerard » (27 888 fois), suivit de « Erik » (21 924 fois) et de David (20 624 fois). En peaufinant cette première analyse, je découvris ensuite que le prénom « Gérard » était associé à la personne de « Gerard Meijssen » (11 096) faisant l'objet d'un article sur Wikidata[W 44] mais aussi à celle de « David Gerard » (12 717) dont on peut retrouver la page utilisateur détaillée sur Wikipédia[W 45] et que le prénom « Erik » est principalement associé à la personne d'« Erik Moeller » (8 616) présentée dans un article de Wikipédia[W 46]. Grâce à ce traitement textométrique, j'aurai donc réussi dans un premier temps, à repérer les personnes les plus actives au sein de cette liste de diffusion, et dans un second temps à découvrir leurs profils et même leur adresse de courrier électronique si jamais il me semblait utile de les contacter.

Au départ de fonctions plus poussées, TXM permet aussi de faire apparaître des graphiques qui permettent de visualiser l'évolution de la fréquence d'un mot dans le temps et au sein du corpus conversationnel. L'exemple repris ici est celui du mot « harassement » (harcèlement en français) qui évolue donc de la sorte en fonction de son nombre d'apparitions au sein de la liste de diffusion (voir fig 1.5 ci-contre). Au départ de ce graphique, j'aurai donc pu découvrir que la question du harcèlement apparue relativement tôt au sein du mouvement[N 15] fait régulièrement et périodiquement l'objet de nouvelle discussion. Ensuite et grâce à cette échelle de temps, il me fut alors plus facile de retrouver au sein des autres espace de discussion pour une analyse plus qualitative cette fois ce qu'il s'est passé durant ces périodes. Avec une recherche de concordance, il me fut enfin possible de retrouver au sein du corpus analysé pour retrouver les portions de textes qui entourent le mot harassment afin d'en situer le contexte et d'en identifier les auteurs dans le but éventuel de les contacter ou d'affiner mes observations de terrain à leur propos.

Suite à de telles analyses textométriques et de retour sur mon terrain, je peut dès lors porté d'avantage mon attention sur la question de harcèlement et de manière nettement plus précise. Grâce à de nouvelles expériences et observations, je finis ensuite par illustrer le phénomène harcèlement pour en faciliter sa compréhension au départ de mon propre vécu, mais aussi au départ d'un témoignage très documenté publié par une contributrice francophone[W 47]. D'autres analyses textométriques plus poussées[N 16], basé cette fois sur de nouveaux corpus formés au départ des espaces de discussions sélectionnés filtrés en fonction de l'activité de l'utilisatrice me permirent ensuite de comparer son discours avec ce qui s'est réellement passé sur le terrain, et ce dans le but de me rapprocher le plus possible de la réalité des faits[N 17].

Graphique illustrant la recherche en plein texte par concordance du mot harassment dans le corpus tiré de la liste de diffusion archivewikimediaL.
Fig. 1.6. Graphique illustrant la recherche en plein texte par concordance du mot « harassment » dans le corpus tiré de la liste de diffusion archivewikimedia-l (source : L.S.).
Progression du mot « harassment » dans les archives de la liste de diffusion Wikimédia.
Fig. 1.5. Progressions du mot « harassment » dans les archives de la liste de diffusion Wikimédia (Source : L.S.).

Il résulte donc à l'issue de ces explications qu'une recherche ethnographique faite au cœur du big data semble donc requérir d'autres pratiques et compétence que celles demandées dans le cadre d'une recherche hors ligne, alors que celles-ci ne sont pas forcément assimilées lors d'un cursus universitaire en science sociale et a fortiori en anthropologie. De plus, un terrain numérique se différencie d'un terrain hors ligne par le fait que le chercheur peut difficilement suspendre son observation de terrain pour éditer et publier à tête reposée les résultats de ses recherches. Un avantage par contre réside dans le fait qui fut très marqué dans le cadre de mes recherches, qu'un terrain en ligne au sein d'un espace numérique archivé et publiquement accessible, dispense le chercheur de devoir sauvegarder lui-même les informations qu'il trouve au moyen de carnet de terrain par exemple ou encore d'appareil d'enregistrement audio visuel. Dans un tel cadre, seules les émotions intimes et personnelles ne font pas l'objet d'enregistrement alors que par chance, elles m'ont semblé être les plus faciles à se remémorer en détails. Reste enfin qu'un terrain numérique reste constamment à côté de vous tout au long de votre travail d'écriture et empêchera donc une certaine distanciation nécessaire à certaines personnes pour réussir à se concentrer. Cette situation, je n'ai pas éprouvé personnellement, alors qu'au contraire elle m'apparut comme une très belle opportunité de réaliser un travail de recherche dialogique que je vais expliquer à l'instant.

Un travail de recherche dialogique[modifier | modifier le wikicode]

En décidant de rédiger le résultat de ses recherches au sein même de son terrain d'étude et sous les yeux de ses acteurs, il m'est donc venu à l'esprit de les inviter à relire et à commenter mes écrits selon une procédure peu courant en sciences sociales. Comparée à d'autres types d' « écritures anthropologiques »[B 61], l'écriture de cette thèse ne doit pas être assimilée aux « écritures plurielles » dans lesquelles on se met à « écrire avec »[B 62] mais bien à une écriture collaborative et dialogique dans lequel je favorise la collaboration avec les acteurs de terrain dans le but de confronter mon point de vue « etic » de chercheur aux points de vue « émiques » des acteurs[B 63].

Il est en effet coutume au sein du mouvement Wikimédia et dans le projet Wikipédia notamment, d'entamer une discussion dès qu'il y a divergences d'opinions entre deux contributeurs travaillant sur un même sujet. Traditionnellement ces échanges se déroulent sur des pages de discussions annexées à chaque page web des sites Wikimedia reposant sur le logiciel MediaWiki et auxquelles on peut directement accéder en cliquant sur l'onglet « Discussion » présent en haut de chaque page de contenu. Puisque que les pages Web sur lesquelles je rédige cette thèse de doctorat possèdent aussi chacune une page de discussions de ce type, j'ai donc eu l'idée d'en profiter pour y inviter les membres du mouvement à débattre au sujet de ce que j'étais en train d'écrire à leur sujet et au sujet de ce qui les entoure. Ces discussions furent ainsi établies d'un côté, sur une page de discussion principal[W 48] portant sur l'ensemble de mon travail équipé d'un système de discussions structurées afin de faciliter les échanges avec ceux qui ne connaissent pas l'usage du wikicode et d'autre part, sur chaque page de discussions, éditables en Wikicode cette fois, qui furent associées aux différentes pages dans lesquelles j'ai rédigé séparément chaque chapitre de ma thèse de doctorat.

Photo de dialogues tenus dans le cadre de la conférence Wiki Indaba à Tunis en 2018
Photo de dialogues tenus dans le cadre de la conférence Wiki Indaba à Tunis en 2018[N 18] (source : https://w.wiki/3GZ2)

J'ai par la suite incité les acteurs du mouvement à entrer en dialogue au sujet de ma recherche, en postant régulièrement des messages d'invitations sur les principaux espaces de type forum disponibles au sein du mouvement Wikimédia. Cette décision n'aura pas forcément abouti à un nombre exceptionnel d'échanges, mais aura par contre engendré un nombre important de consultations, puisque la page de Wikiversité reprenant l'entièreté de ma thèse fut visitée au total 3288 fois entre le premier janvier 2020 et le 31 décembre de la même année, avec donc une moyenne de 9 visite par jour et des pics journaliers pouvant atteindre 150 visites[W 49]. Pour peu que l'on adhère à cet adage bien connu « Qui ne dit mot consent ! » la faible quantité de discussions apparue par rapport à la relativement grande fréquentation des pages a donc un côté plutôt rassurant. Comme nous allons le voir avec cette conversation titrée « Avis de travail en cours » reprise ci-dessous et tiré du forum principal de Wikipédia en français appelé « le bistro », certaines discussions au sujet de ma thèse eurent aussi lieu en dehors du projet Wikiversité.

Bonjour,

J'ai entamé la rédaction d'une thèse de doctorat publiée sur Wikiversité et portant sur le mouvement Wikimédia. Le premier chapitre de ce travail consacré à la méthodologie est actuellement prêt à être relu par les personnes actives au sein du mouvement. La mise en forme du texte n'est pas terminée et l'orthographe doit y être déplorable, mais j'aimerais le soumettre à réaction avant un prochain rendez-vous avec mon comité d'accompagnement dans le cadre d'une épreuve de confirmation. J'invite donc toutes les personnes intéressées à réagir librement sur la page de discussion consacré au chapitre. Si le cœur vous en dit, vous pouvez aussi corriger l'une ou l'autre faute d'orthographe durant votre lecture. Je vous en serais très reconnaissant. En vous remerciant d'avance et vous souhaitant une belle journée à tous. Bien cordialement, Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 31 mai 2019 à 01:43 (CEST)

Intéressant, mais, à part l'orthographe, qui écrit la thèse, le doctorant ou la communauté Wikipédia ? – Siren(discuter) 31 mai 2019 à 14:12 (CEST)

Bonjour Siren, Pour répondre à la question: Au niveau de des mots et des phrases, c'est le doctorant. Au niveau de la connaissance et des idées, c'est le doctorant et la communauté, celle de Wikipédia mais aussi celles de tous les projets soutenu par la fondation. Si la question est posée, c'est sans doute que les choses ne sont pas assez claire. Je vais donc tenter de reformuler les choses de façon plus explicite. D'ailleurs cette présente interaction entre nous illustre déjà en partie l'idée d'une construction dialogique de la connaissance. Dans le cadre de mon doctorat, elle ne peut malheureusement pas être similaire à ce qui se passe sur Wikipédia. Ce travail débouche sur un diplôme, et dans le monde académique qui m'entoure, pour se voir attribuer le titre de docteur, il faut défendre seul une thèse réalisée en solo. Ceci dit Jimbo Wales a reçu de mon université le titre de docteur honoris causa, sans avoir écrit aucune thèse. Donc voilà, il y a bien d'autres personnes encore qui en savent bien plus que moi sur le mouvement Wikimédia et ce serait donc idiot et présomptueux de ma part de ne pas les inviter à entrer en dialogue autour de l'écriture de ma thèse. Déjà un grand merci pour les corrections orthographiques et une belle fin de journée ! Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 31 mai 2019 à 23:45 (CEST)

Ouaaah, je vais faire un tour par désœuvrement sur cette page, et chtonk ! scotch. Absolument passionnant, ce truc, je recommande fortement la lecture ! Alors, évidemment, comme toutes les thèses dans un domaine pas mien, c'est tellement concentré que pour mon pauvre esprit va falloir un tit moment pour tout absorber, mais déjà des réflexions fusent.

Par exemple j'adore l'idée de base que l'objet de recherche, ancré dans la vraie de vraie réalité, met en forme les méthodologies et pas le contraire, ce qui est pourtant normalement ce qu'on nous enseigne. Je suis bien d'accord pourtant, nos tendances à déterminer des cadres stricts, bien léchés, universels, etc. ça vient d'une époque (disons depuis le XVIIIᵉ) où on va favoriser la création de catégories avant même de mettre des objets dedans, une volonté de tout régenter, en quelque sorte, de tout classer et universaliser, de produire des cadres vides. Très Newtonien. Peut-être lié à l'ensemble des représentations du temps (le milieu temporel), chais pas.

J'aime aussi, intuitivement, la réflexion sur l'imaginaire et sa force de construction ! Un dernier point sur le premier chapitre (je vois qu'il y a eu plein d'ajouts), il est dit que les sciences sociales ne prétendent pas à définir un ensemble de paramètres absolus qui rendent les expériences reproductibles, contrairement aux sciences autres, dites dures. Mais à mon avis, dans les autres sciences non plus. On y prétend, on prétend faire reproductible, mais c'est juste un outil utile. Les paramètres y sont soumis aux mêmes différences, simplement les sciences dures tendent aussi à des applications et donc veulent être opérationnelles. Un peu comme si on faisait un raisonnement en coupant le chemin à faire en petites étapes (comme Descartes) pour atteindre le but, mais qu'on est bien conscient que le chemin en tant que tel n'existe pas, c'est nous qui l'avons créé pour résoudre le problème.--Dil (discuter) 31 mai 2019 à 23:57 (CEST)

Merci pour ce retour encourageant Dil ! Lionel Scheepmans Contact Désolé pour ma dysorthographie, dyslexie et "dys"traction. 2 juin 2019 à 01:42 (CEST)»[W 50]

En plus de ce type d'échange très précieuse quant à savoir si je ne faisais pas fausse route dans ma description du mouvement ou dans mes analyses et leurs argumentations, j'aurai ensuite sollicité les lecteurs et relecteurs de mes travaux à corriger les éventuelles erreurs, syntaxiques, typographiques ou orthographiques. De manière beaucoup plus exceptionnelle enfin, il est aussi arrivé qu'une personne corrige un jour une erreur d'encodage située dans l'un de mes tableaux d'analyse des finances de la fondation Wikimédia[W 51]. En fin de compte, ce processus dialogique mis en œuvre dans le cadre de l'écriture de mes travaux aura donc été quelque peu similaire à l'expérience faite par Tom Boellstorf au cours de son ethnographie de Second Life où il organisait des groupes de discussion au sein de sa maison virtuelle baptisée « Ethnographia »[B 64]. Il me faut signaler aussi par ailleurs que Mondher Kilani parlait déjà d'écriture dialogique dans le courant des années nonante, lorsqu'il citait pour exemple les écrits de Philippe Descola[B 65], de Jeanne Favret-Saada[B 66], et les siens[B 67], dans un autre ouvrage où il décrivait sa propre expérience de la sorte :

« Mon texte n'est pas l'évocation d'une expérience subjective irréductible. Il est autant le produit d'une "vérité" négociée avec les oasiens qu'une construction explicitement adressée à un public lointain pour lequel je reconstruis les différents contextes de cette négociation. »[B 68]

Plus récemment, Frédéric Laugrand aura mis au point lui aussi pour sa part, un système d'atelier de transmission intergénérationnelle des savoirs (ATIS) visant à une construction collaborative des savoirs entre des chercheurs et acteurs participants dans une dynamique de transmission à destination des jeunes par le « faire comme si » dont l'objectif final était de produire des documents sous forme de verbatims ultimement validés par les participants[B 69]. Par rapport à ces deux témoignages cependant, ma propre expérience fut tout autre, puisqu'elle ne pourrait ni être assimilée à une création collective de type ATIS; ni être réellement comparable à « une écriture dialogique plaçant le témoignage personnel et la voix des autres au centre du récit anthropologique »[B 70] telle que décrite par Kilani.

Ce qu'il reste enfin à signaler par contre, c'est que pour pouvoir assumer parfaitement mon dispositif d'écriture dialogique, j'aurai du dans certaines situations et plus particulièrement lors de mes échanges hors ligne, être capable de maîtriser un minimum le langage de mes interlocuteurs. Joseph-Marie de Gérando, l'un des précurseurs de l'anthropologie moderne, n'écrivait-il pas dans le journal de la société des observateurs de l'homme que « Le premier moyen pour bien connaître les Sauvages [expression commune à cette époque], est de devenir en quelque sorte comme l'un d'entre eux ; et c'est en apprenant leur langue qu'on deviendra leur concitoyen. »[B 71] Dans le cadre du mouvement Wikimédia, il ne s'agira bien sûr pas d’appendre les plus 300 langues pratiquées par sa communauté, mais certainement d'acquérir une maîtrise suffisante de l'anglais qui s'est imposé comme lingua franca du mouvement au même titre que de nombres autres organisations internationales.

De manière moins évidente ensuite, il me fallut aussi apprendre certains langages informatiques indispensables à une profonde compréhension de l'environnement numérique Wikimédia. Le wikicode fut le premier d'entre eux et sa compréhension fort heureusement ne constitua pas un obstacle insurmontable, bien qu'elle nécessite tout de même un certain temps d'assimilation. Malheureusement, dans les débats techniquement plus poussés, ce premier acquis apparut rapidement insuffisant pour pour pouvoir suivre les débats, mais aussi percevoir les enjeux de plein conscience. C'est donc pour ces raisons que j'aurai aussi pris la peine de m'initier aux principaux langages informatiques utiliser au sein du mouvement que sont l'HTML, le CSS, le JavaScript et le PHP. Ce fut un choix que je n'aurai jamais regretté, car il me permit de comprendre que chaque langage informatique a son propre vocabulaire et sa propre grammaire dans lesquels se véhiculent au même titre que les langages naturels, un imaginaire et une façon de percevoir les choses de manière tout à fait différente.

Toutes ces dispositions propices aux dialogues m'auront donc permis en fin de compte d'établir de nombreux échanges écris et verbaux avec les membres de la communauté Wikimédia qui m'auront permis de mieux appréhender leur univers tout en récoltant des avis au sujet de mes travaux de recherches. Certains d'entre eux auront bien évidement influencé mon point de vue, d'autres encore m'auront permis de rectifier certaines erreurs, mais la chose la plus curieuse sans nul doute fut l'apparition d'un nouveau type pratique ethnographique dans laquelle finit par s'établir un processus itératif et récursif entre mon activité d'écriture et mon observation de terrain.

Une pratique ethnographique récursive[modifier | modifier le wikicode]

Pour expliquer cette nouvelle pratique ethnographique que je qualifie de récursive, nous pouvons repartir de la discussion de bistro reprise en citation dans la précédente section de ce chapitre. On y voit qu'en faisant appel à une relecture de mes travaux, j'ai suscité l'apparition d'un nouvel évènement qui sera devenu l'objet d'un nouveau compte rendu ethnographiques et donc d'un complément d'écriture qui sera par la suite et de manière récursive, susceptibles de produire de nouveaux commentaires et donc de nouveaux évènements a récupérer au sein de l'écriture. Une telle expérience pourrait être qualifiée d' « ethnographie récursive » si cette expression n'avait pas déjà été utilisée par Amiria Salmond dans le cadre d'une réflexion ontologique au sujet d'un projet de numérisation de trésors tangible et intangible de la culture Maori intitulé taonga.

essin récursif d'une femme entrain de se dessiner dans la situation où elle se trouve.
Fig. 1.7. Dessin récursif d'une femme qui se dessine en train de dessiner la situation dans laquelle elle se trouve à l'instant présent où elle se dessine. (source: https://w.wiki/$eu)

Selon Salmond, les approches récursives « cherchent à explorer comment l'analyse est façonnée en fonction de la manière dont les objets d'étude arrivent à générer une attention ethnographique »[B 72]. Autrement dit l'ethnographie récursive définie par Salmon représente donc « une simple observation de la configuration ethnographique »[B 73] alors que ce que je définis pour ma part au sein de ma propre expérience ethnographique s'apparente plutôt comme une méthode de travail. Pour cette raison donc, je prends le soin de distinguer l'expression « ethnographie récursive » introduite par Salmond à celle de « pratique ethnographique récursive » que j'introduis en ce moment précis.

Un autre exemple de cette mise en abyme ethnographique apparaîtra au sein de mes recherches lorsqu'il m'est venu l'idée de réécrire l'article Wikipédia traitant du Mouvement Wikimédia[W 52] pour ensuite importer mon travail au sein de ma thèse de doctorat[N 19]. Avant son importation, j'avais pris la peine de proposer l'article au label de bon article[W 53] dans le cadre d'un processus d'évaluation établit par les éditeurs de Wikipédia. Son évaluation se sera déroulé sur une page de discussion associée à l'article et aura duré 15 jours (du 6 au 20 février 2020). Elle fut l'occasion pour les participants de partager leurs avis et de justifier leurs votes[W 54].

Bien que la candidature fut rejetée[N 20], l'évènement aura considérablement augmenté l'audience de l'article[W 55] et de sa page de discussion[W 56]. Pourtant, cette dernière n'aura fait l'objet que d'une dizaine d'échanges entre les contributeurs et moi-même portant respectivement sur la candidature prématurée de l'article, sur la présence de nombreuses fautes d'orthographe, et surtout sur la quantité disproportionnée de sources primaires aux vues de ce que l'on attend d'un article Wikipédia[W 57]. Ces discussions constituèrent ainsi un matériel ethnographique précieux que je repris dans l'écriture de ma thèse qui par la suite et selon le processus dialogique précédemment décrit, fera l'objet d'un appel à discussion qui fournira peut-être à son tour de nouvelles observations ethnographiques qui pourront être potentiellement reprises dans mon travail d'écriture et ainsi de suite.

En plus de produire de nouvelles observations ethnographiques, cette pratique ethnographique récursive a aussi pour autre avantage de limiter des risques apparentés à ce que les études sur la subalternité identifie comme « violence épistémique » au sein de laquelle les chercheurs « ne tolèrent pas les épistémologies alternatives et prétendent nier l'altérité et la subjectivité des Autres »[B 74], les acteurs du mouvement Wikipédia dans notre cas de figure. Sous une autre forme, cette violence peut aussi apparaitre dans les questions posées par un chercheur ou lorsque ce dernier aborde des sujets qui ne sont pas souhaités[B 75].

Dans le cadre de la pratique ethnographique récursive appliqué dans cette étude et de l'écriture dialogique qui en est indissociable, il me semble que si ce type de violence apparaissait par malheur au sein de mes propos ou de mon comportement, pourrait alors être rapidement détecté et signalé par les personnes concernées. Pour renforcer cette garantie, j'ai donc aussi veillé à notifier toutes les personnes citées dans mon travail d'écriture pour qu'elles puissent réagir aux propos qui les concerne. Et pour respecter le souhait d'anonymats des personnes actives sous le couvert d'un pseudonyme, j'ai ensuite pris la peine de ne jamais relier ces pseudonymes à une identité réelle dès lors que cela n'aura jamais été fait précédemment au sein des projets. À nouveau, la relecture de mon travail par les personnes concernées leur permettra de réagir en cas de besoin.

Il serait malhonnête enfin de cacher que la pratique ethnographique récursive au sujet et au sein de l'espace Web apporte aussi malheureusement son lot d'inconvénients. Tout d'abord, cela nécessite des compétences techniques plus élaborées et plus de temps d'investigation comparé à la rédaction d'un travail ethnographie de manière isolée et face à un traitement de texte. Ensuite, et comme je l'aurai moi-même expérimenté dans le cadre d'une thèse de doctorat, ce genre de pratique donne toujours envie d'aller plus loin dans l'utilisation du potentiel offert par le numérique, mais avec ce risque non négligeable de s'éloigner des attentes, habitudes, voir préjugés du milieu universitaire qui sera ultimement chargé d'évaluer le travail accompli et la manière dont il fut réalisé. Et puis enfin, il faut aussi au bout du compte se prémunir des risques de déformation de la réalité par l'imaginaire des acteurs qui pourraient influencer d'une mauvaise manière les perceptions premières d'un chercheur, raison pour laquelle il me semble aussi important de baser son étude sur des faits et pas uniquement des dires.

Une induction qualitative basée sur des faits et pas uniquement des dires[modifier | modifier le wikicode]

L'hypoitético-déduction et l'hypotético-induction sont deux méthodes couramment utilisées en sciences sociales. La première débute souvent par une question de départ, comme guide à la sélection de modèles, d'hypothèses et concepts. Ceux-ci sont ensuite articulés en dimensions et composants dans le but de les vérifier ou infirmer à l'aide d'un ensemble d'indicateurs. La seconde méthode au contraire fait le trajet inverse et commence d'abord par une observation pour ensuite seulement produire des indicateurs empiriques qui permettront de construire ou de récupérer des concepts, hypothèses, dans le but éventuel de produire ou de confirmer un ou plusieurs modèles théoriques[B 76]. Par tradition peut-être, ou en raison de son histoire et de certaines convictions partagées, la méthode inductive fut celle choisie par les anthropologues. Elle fut aussi mon propre choix influencé très certainement par mon environnement de travail, mais aussi comme cela sera bientôt discuté, en raison de nombreux biais cognitifs possibles qui peuvent se développer lorsque l'on commence son travail de recherche en se basant des concepts et hypothèses modèles théoriques aussi savants ou inébranlables qu'ils puissent être.

Dans le cadre de cette étude inductive, il est donc fort probable que certain lecteurs soient en manque d'un chapitre entièrement consacré à la problématique dans le but de faire le lien entre mon objet d'étude et des ressources théorique que j'aurai pensé adéquates pour mon étude[B 77]. Cependant, ces ressources théoriques sont belles et bien présentes dans cet ouvrage comme en témoignera d'ailleurs une imposante bibliographie. Mais plutôt que d'être concentrées dans un seul chapitre, celles-ci sont disséminées tout au long du texte et fur et à mesure que je développe mon argumentation. Cette argumentation quant à elle, sera donc inductive et basée de plus sur une certaine « rigueur du qualitatif » défendue par Olivier de Sardan et articulée autour d'« indicateurs qualitatifs » qu'il intitule lui-même « descripteurs » en les définissant de la sorte :

Chaque enquête produit ses propres descripteurs : déterminer des thèmes de " séquence de vie " à recueillir, mener des enquêtes systématiques sur la sémiologie populaire, organiser une série précise d'observations ciblées, se focaliser sur quelques acteurs-clés éminents ou obscurs, faire un panorama approfondi des associations existantes, choisir des conflits significatifs… Dans les études comparatives multi-site, de plus en plus nombreuses, la construction de descripteurs communs est par ailleurs indispensable pour permettre une certaine homogénéité des données produites, et assurer ainsi leur comparabilité.[B 78]

Auto portrait d'une personne faite au départ de son ombre dont les proportions anatomiques sont déformées
Auto portrait d'une personne faite au départ de son ombre dont les proportions anatomiques sont déformées (source :https://w.wiki/3GZS)

C'est donc sur base d'un ensemble de descripteurs très variés produits au départ d’informations qui comme cela a été vu, seront vérifiables dans le mesure du possible, que repose repose l'architecture de ce travail de recherche. Parmi ces indicateurs se trouvent certains témoignage sous forme de verbatims, de vidéo ou encore d'enregistrement sonores récolté au sein des archives du mouvement. Cependant, il m'est toujours apparu discutable de se baser uniquement sur le discours de certains acteurs pour se faire une représentation fiable de la réalité. L'histoire de la socio-anthropologie nous a en effet démontré que les dires des acteurs de terrain pouvait dans certains cas contenir de grave omissions voir des erreurs flagrantes par rapport une réalité qu'il est parfois difficile à verbaliser ou qui ne semble par répondre aux attentes du chercheur.

Parmi les exemples les plus connus figurent les travaux de Marcel Griaule en pays Dogon, et notamment son ouvrage intitulé Dieu d'eau : entretiens avec Ogotemmeli (Griaule 1948)[B 79] contesté par la suite par Wouter Eildert Albert van Beek qui s'étonna entre autres que « la trajectoire initiatique de Griaule n'a jamais été mise en parallèle ou même approchée par aucun de ses élèves »[B 80][N 21] alors que « la variation culturelle interne entre les Dogons peut être un facteur des inévitables styles et interprétations personnels »[B 81]. Comme autre exemple dans le milieu anglophone cette fois, on trouve aussi les travaux de Margaret Mead dont elle rend compte dans son ouvrage Coming of age in Samoa[B 82]. Critiqués à maintes reprises, les résultats de cette recherche auront eu aussi été remis en cause par Serve Tcherkésoff cette fois lors d'une enquête subséquente qui permis d'apprendre que la chercheuse « habitait au poste américain de l'île et conduisait des entretiens, par interprètes, avec une cinquantaine de jeunes filles »[B 83].

En les ajoutant au précédent partage de ma propre expérience durant laquelle j'ai découvert inadéquation entre les discours récoltés sur mon terrain d'étude et la réalité quant à la répartition des dons offerts à la fondation, ces deux controverses anthropologiques suscitent donc réflexion quant à la validité des informations recueillies lors d'entretiens individuels et par conséquent et par conséquent, de la validité de leurs interprétations par le chercheur. Lorsqu'il s'agit d'accéder à la pure réalité des choses et pas aux mythes qui la décrivent au sein d'une communauté et qui par nature seront toujours sujet à reconstruction[B 84], il est donc nécessaire de se positionner par rapport à la fiabilité du discours des acteurs de terrain. Les travaux de recherche de Thierry Boissière concernant un terrain exposé à des conflits armés sont une belle illustration de ce problème. Cet anthropologue se voit effectivement obligé de pratiquer ce qu'il appelle lui-même une « socio-anthropologie à distance » parmi des « informateurs skype » dont les propos sont parfois difficiles à vérifier ou recouper[B 85]. Une situation tout à fait à l'antipode de ma propre expérience, puisque de mon côté, il m'est loisible d'observer librement, en temps réel ou de manière asynchrone, clique par clique, l'archivage presque complet tous ce qui se passe dans la partie numérique de mon terrain d'observation. D'un côté figure donc l'expérience de Thierry Boissière qui n'a d'autre choix que de s'exposer aux risques du « syndrome narratif »[B 86] et du « reflet déformé du réel »[B 87] pour ensuite recouper autant qu'il peut les informations récoltées avec d'autres sources tels que les communiqués de presse et les réseaux sociaux. De l'autre, se trouve ensuite ma propre expérience d'un terrain que l'on pourrait presque qualifier d'holoptique tant il m'est loisible d'accéder directement à l'ensemble de ce qui est réel sans nécessité de collecter des informations au travers d'entretiens individuels ou collectifs.

Ceci étant dit, il va de soi que récolté le point de vue des acteurs autant que les mythes qu'ils véhiculent, reste une tâche tout à fait indispensable pour accéder à l'imaginaire de la communauté que l'on étudie. Cet aspect très important ne sera donc pas mis de côté dans le cadre de cette étude et fera d'ailleurs l'objet d'une attention toute particulière dans les deux derniers chapitres de cet ouvrage. Solliciter ces acteurs au travers de sondages apparait enfin comme une autre démarche très utile pour produire des indicateurs statistiques représentatifs. Par chance et alors que je ne suis pas des plus aptes à réaliser ce genre de tâche en solitaire, il me fut possible à ce niveau de récupérer les informations produites par des travaux d'enquêtes précédemment réalisés par la fondation Wikimédia ou certains centres de recherche commandité.

Un questionnement progressif et une ignorance de départ[modifier | modifier le wikicode]

Les adeptes de la démarche hypothético-déductive pourraient donc reprocher à ce travail de recherche de n'avoir pas fait l'objet d'une question de départ, alors que j'aurai précédemment expérimenté cette démarche dans le cadre d'un travail de sociologie dont le titre et la question était « Un site de rencontres crée ou dévoile-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ? »[B 88]. Cependant, si cette précédente démarche m'avait permis d'apporter des informations très ciblées sur la communauté que j'avais entreprise d'observer, une démarche similaire dans le cadre de ce présent travail de recherche ne pouvait répondre à ma motivation première d'aborder les choses d'un point de vue holistique. Pour rester fidèle à ce souhait une seule question aurait en effet été totalement insuffisante alors que ce sont plus d'une dizaine qui me seront venues à l'esprit durant mon parcours de recherche et qui auront fait pour la plupart d'entre elles l'objet d'un travail universitaire[W 58][N 22].

Dans le cadre de ces travaux, je me suis par exemple demander si Wikipédia n'était pas « une démocratie à deux vitesses »[B 89] ou « un nouveau média de colonisation culturelle occidentale »[B 90] et si aborder le projet sous la « métaphore du jeu »[B 91] pouvait être une approche heuristique. J'ai aussi tenté de savoir si la « démocratie et la responsabilité sociale »[B 92] était présente au sein du projet encyclopédique et si l' « anonymat des contributeurs y était désirable »[B 93]. En abordant de manière plus générale le mouvement Wikimédia, je me suis alors posé des questions sur de probables « dérives éthiques »[B 94] et sur la manière d'y « inclure la culture orale »[B 95] et d'y développer une « économie plus juste »[B 96].

Les réponses à ces questions me sont donc parvenues les unes après les autres pour combler une complète ignorance de départ au sujet de mon sujet d'étude que représente le mouvement Wikimédia. Pour tout dire, lorsque je suis arrivé sur Wikipédia en tant que nouveau contributeur, cette ignorance était telle, qu'il m'a fallu tout un temps pour comprendre que le premier message que je reçus[W 59] sur ma page de discussion[N 23] avait été postés par un bot informatique[N 24]. En visitant la page utilisateur de Salbot, cet autre robot informatique qui avait réagi à mes premières actions sur Wikipédia, j’étais tombé sur un message d'accueil qui me semblait incompréhensible au premier abord puisque je pensais avoir à faire à la page de présentation d'un être humain... (voir figure 1.3 ci-dessous)[W 60]. Au moment de sa lecture, je ne savais d'ailleurs pas ce qu'était un bot et il me fallut donc faire quelque recherche pour comprendre ce qu'il m'arrivait.

Avec un peu d'autodérision, je vois dans cet épisode un lamentable échec au test de Turing[B 97] soumis par le projet Wikipédia lors de mon arrivée. Ceci étant, si je n'avais pas vécu cette expérience, je n'aurai probablement pas non plus compris de la même manière comment l'abandon de la participation de nouveaux arrivants aux projets Wikimédia pouvait être liée à l'arrivée de robots de maintenances[N 25]. Mon ignorance de départ m'avait donc permis de vivre moi-même une expérience naïve de nouvel utilisateur qui me permis par la suite de mieux comprendre et de pouvoir expliquer en me la remémorant et comme je suis en train de le faire à l'instant, ce que peut ressentir un nouvel arrivant lorsqu'il débarque dans le projet Wikipédia

ATTENTION: BOT MÉCHANT
Salebot.png
Ce bot ne respecte pas les trois lois de la robotique.
Vandales: passez votre chemin et ne touchez pas à cette page !

Fig. 1.9. Message d'accueil situé sur la page utilisateur de Salebot un robot informatique chargé de gérer les actes de vandalismes sur Wikipédia. (source: https://w.wiki/$ev)

Voici donc une première raison pour laquelle je trouve intéressant de débuter un terrain d'observation en toute ignorance de ce qui s'y passe. Pour le reste, je partage aussi cette intime conviction qu'une question ou hypothèse de départ peut exposer le chercheur à une perception sélective de la réalité susceptible de faire apparaitre des biais de confirmation. Démarrer une recherche sur base d'une théorie par simple effet de mode comme cela arrive parfois, peut susciter je crois un désir de rationalisation et de réification propice à des corrélations illusoires pouvant potentiellement être renforcées par un effet Einstellung[B 98]. De manière générale, il me semble ainsi que toute connaissance antérieure à une observation de terrain risque de faire apparaitre de nombreux autres biais cognitifs cette fois[N 26] tel que l'erreur fondamentale d'attribution, réputée très puissante dans la culture occidentale[B 99]. Dans certains cas externes enfin, et selon la personnalité du chercheur et la quantité de préjugés qu'il dispose, une certaine illusion de connaissance asymétrique risque finalement de voir le jour et entraîner avec elle une nouvelle forme de violence épistémique apparentées à celles dont il fut déjà question précédemment.

Ceci étant dis, dans le cadre d'une « anthropologie du proche »[B 100], ou lorsque l'on a déjà accumulé une connaissance passive du terrain durant d'autres expériences de recherches par exemple, il est bien évidement impossible d'effacer de sa mémoire tout type de souvenir ou de préjugé. Mais comme cela a déjà été signalé, tel ne fut pas mon cas dans cette présente étude puisque en tout et pour tout, ma seule expérience Wikimédia antécédente au début de mes observations fut celle de vérifier, comme beaucoup doivent le faire, s'il était vrai que tout le monde pouvait modifier Wikipédia. Dans ce réflexe de curiosité, j'en étais même venu à créer un nouvel article au sujet d'un petit groupe d'étudiants appelé « Copyleft ULB », que j'avais réunis en 2008 dans le but de promouvoir les logiciels libres au sein de mon université. Si j'en parle à l'instant, c'est pour signaler que j'avais déjà développé avant le démarrage de mon observation participante une certaine adhésion à la culture libre. Il est donc tout à fait probable que cela aura influencé ma perception du mouvement Wikimédia, même s’il m'est difficile aujourd'hui de m'en rendre compte. Ce que je peux affirmer par contre, c'est que ma connaissance du mouvement du logiciel libre m'aura permis sans aucun doute de mieux cerner les origines profondes du mouvement Wikimédia d'y débusquer les enjeux qui s'y trouvent afin d'y consacré un chapitre entier dans lequel lecteurs trouvera en outre l'occasion de combler d'éventuelles lacune au niveau de ses connaissances de l'espace web.

Une inspiration en provenance des projets Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

Suite à ces multiples prises de consciences sur la manière de produire et de partager la connaissance, on est en droit de se demander pourquoi les sciences sociales[N 27] tardent tant à tirer profit des multiples possibilités offertes par le numérique et l'espace web. Et pourquoi plus précisément, la plupart des textes de sciences sociales sont rédigés au départ d'un traitement de texte, alors qu'il est aujourd'hui possible avec des compétences très similaires, de produire des articles scientifiques sous forme de pages web ? En disant cela, je ne voudrais bien sur pas passer sous silence les nombreux travaux de l’anthropologie visuelle, mais encore une fois, et même si le procédé narratif cinématographique a toutes ses lettres de noblesse, la publication de travaux socio-anthropologique au sein d'un site web me semble dépasser largement les possibilités d'une simple projection cinématographique. Incruster un extrait vidéo sur une page web ou y placer un hyper lien redirigeant le lecteur vers une autre page où il pourra visionner un document cinématographique est en effet possible. Alors qu'a contrario, rediriger le spectateur d'un film vers un autre document situé en dehors de la captation est impossible, sauf, si précisément la vidéo ou le film en question est diffusé sur un site web, où il pourra dans ce cas bénéficier des nouvelles fonctionnalités de vidéo interactive offertes par l'HTML5.

Produire un document scientifique au sein de l'espace web, a donc pour avantage de concentrer en un seul lieu les pouvoirs de l'écriture à la fois textuelle, sonore, pictural et vidéographique tout en profitant pleinement des capacités de référencement offertes de nos jours pas les moteurs de recherche. Grâce aux hyperliens, c'est ensuite une nouvelle forme d'écriture vérifiable qui voit le jour en offrant la possibilité au lecteur de devenir actif au sein d'une lecture immersive où il pourra dans certains cas observer lui-même un terrain d'étude librement accessible sur le Web, ou encore consulter différentes captations d'un terrain qui ne lui serait pas accessible, mais dont le chercheur aura pris la peine de publier les captations sur le web. Ajouté à cela, vient ensuite la possibilité au lecteur de devenir relecteur dans un processus d'écriture dialogique au sein duquel il peut apporter des commentaires ou critiques suite à sa lecture.

Comme en témoigne le projet HyperNietzsche apparu en 1996 et donc bien avant la naissance de Wikipédia, il n'a pas fallu attendre l'arrivée des projets Wikimédia pour que l'espace Web soit exploité par certains pionniers issus de la recherche. Résumé par son concepteur tel un moyen « d'expérimenter une nouvelle forme d'organisation de la recherche en sciences humaines et de communication de ses résultats, fondée sur un nouveau système de fabrication, de validation et de partage des connaissances directement géré par les chercheurs. »[B 101], le projet HyperNietsche répondait donc déjà à la question de savoir s’il est possible d’utiliser Internet pour la recherche en sciences humaines[W 61]. Cependant en répondant par l'affirmative à cette question, c'est alors tout un ensemble d'autres questions qui seront posées par l'auteur de cette première expérience et qui attendent toujours réponse à ce jour :

nous les savants, nous les dépositaires du savoir certifié [...] quel est notre modèle de diffusion de nos savoirs ? C’est un livre publié deux ans après la conclusion de la recherche, distribué en 300 exemplaires, en payant 4 000 euros d’aide à la publication ? [...] Face à l’incroyable efficacité de la diffusion des savoirs démontrée par Wikipedia, par les blogs, par toutes sortes de communautés sur le Web, qu’avons-nous à proposer ? Disposons-nous d’un modèle qui sauvegarde la complexité et la structuration nécessaires au savoir scientifique, qui tout en étant global et ouvert assure l’évaluation par les pairs, sauvegarde la paternité intellectuelle, garantisse la stabilité du texte et dispose d’un système de navigation plus sophistiqué que les listes d’occurrences ou les articles d’encyclopédie ? Jusqu’à maintenant l’humanities computing, au lieu de concevoir une nouvelle infrastructure de recherche capable d’utiliser le nouveau medium électronique dans tout son potentiel, n’a produit qu’une nouvelle discipline de niche et un ensemble de projets non coordonnés les uns avec les autres. Devons-nous y voir le signe d’un destin des sciences humaines qui seraient réfractaires à jamais aux grands projets de coordination et inexorablement condamnées à la création de nouvelles niches ? [B 102]

Et si cet esprit de niches, n'était rien d'autre que le maintient d'un certain « corporatisme »[B 103] ? Il est en effet connu que la science en général et les sciences sociales en particulier sont victimes d'un manque d'interdisciplinarité[N 28][B 104], qui de plus et dans les rares cas observés, doit faire face à un manque de temps lié au management des recherches et à de nombreuses formes d'instrumentalisation[B 105]. Dans le cadre qui me préoccupe, je me suis d'ailleurs toujours demandé pourquoi la sociologie et l'anthropologie ne font pas l'objet d'une science commune réunie par exemple sous la bannière d'une socio-anthropologie à l'image de ce qui se passe au niveau du projet Wikiversité.[W 62]

Yves Grafmeyer[B 106] dans une revue précisément intitulée « socio-anthropologie » nous explique à ce propos qu'à une certaine époque « l'anthropologie, la science de l'homme, s'est consacrée principalement à l'étude des peuples primitifs »[B 107] et qu'à « l'anthropologie incombe l'étude des sociétés sans écriture où se révèlent des cultures exotiques tandis que reviennent de droit à la sociologie les sociétés avancées dans l'urbanisation et l'industrialisation. »[B 108]. Mais alors que l'expression « peuples primitifs » a totalement disparu, comment pourrait-on encore parler d'exotisme aujourd'hui dans des laboratoires d'anthropologies qui rassemblent des chercheurs originaires des quatre coins du monde ?[W 63].

Quant aux sociétés dites « avancées » dans l'urbanisation et l'industrialisation, il y a bien longtemps qu'elles sont apparues en dehors des frontières de l'occident. Alors que pendant ce temps, et dès la fin du vingtième siècle, des anthropologues n'ont cessé de s'intéresser au monde occidental et contemporain. Parmi les premiers travaux du genre figuraient par exemple ceux réalisés par Pierre Bouvier dans le monde du travail[B 109], auquel on peut ajouter ceux de Marc Augé[B 110] qui rejoint Pierre Bouvier pour s'intéresser à la « Socio-anthropologie du contemporain »[B 111]. Mobiliser de nos jours la question d'exotisme et d'un prétendu stade d'avancement des sociétés issu de théories évolutionnistes désuètes pour dissocier l'anthropologie de la sociologie n'a donc plus aucun sens suite au bouleversement du projet et des pratiques anthropologiques dont témoigne Marc Abélès en introduction d'un cours d'anthropologie politique de la globalisation[V 4].

Reste alors la possibilité d’opérer la distinction au travers des méthodes. Mais, là aussi, les choses se discutent. Car suite à l'arrivée du courant interactionniste au début du vingtième siècle, notamment au sein de l'école de Chicago, les méthodes anthropologiques, telles que l'ethnographie et l'observation participante furent adoptées par la sociologie. Ceci alors qu'1967 déjà, Harold Garfinkel professeur de sociologie à Harvard, n'hésitait pas à utiliser l'expression « ethnométhodologie »[B 112] pour décrire sa méthode de travail. Il ressort donc de tout ceci qu'au sein d'une société globale où l'humanité toute entière est entrée en interaction, séparer l'anthropologie de la sociologie se justifie difficilement sur base d'une prétendue pertinences des méthodes. Où alors, si tel est le cas et comme cela s'est vu lors « conflit des méthodes en sociologie »[B 113], c'est carrément au sein de chaque discipline que de multiples scissions deviennent justifiables. Et dans un tel cas de figure, pourquoi alors ne pas pousser le raisonnement jusqu'au bout en faisant de la science l'affaire d'individus autonomes et détachés de tout lien institutionnel, libre de choisir son propre objet d'étude et sa propre méthodologie ? Car dans un tel cas, on peut de nouveau se tourner du côté des projets Wikimédia pour découvrir que ce qui s'y passe est bien proche de ce qui vient d'être décrit.

Quoi qu'il en soit, ce qui semble aujourd'hui incontournable, c'est de dépasser ces guerres partisanes entre institutions et clans d'idéologies diverses, que renforce encore la course aux subsides. Car de cette situation dramatique découle l'ingérence du politique et de l'économique au sein d'une science qui en arrive à se voir complètement détournée de sa mission première. Au niveau des ces acteurs, il y règne d'ailleurs un climat de révolte[W 64] et un tau important d'abandon[B 114] au sein d'un milieu reconnu pour être un « panier de crabes » selon l'avis d'un employé de cabinet ministériel chargé de la recherche scientifique[N 29]. Pourtant, il est possible de faire science autrement, « loin des guerres de disciplines »[W 65], comme me le confiait un jour Rémi Bachelet, docteur en science de gestion[W 66] et contributeur du projet Wikiversité depuis septembre 2009[W 67]. Mais aussi avec une totale liberté quant au choix de la méthode et du sujet traité, puisque les seules limites apparues au sein du projet Wikiversité francophone jusqu'à ce jour, ont été l'interdiction de produire du contenu religieux, ni de manière explicite[W 68], ni de manière implicite comme au travers d'un raisonnement mathématique par exemple[W 69].

Illustrations sur le thème de WIkipédia et la science
Fig. 2.x Illustrations sur le thème de WIkipédia et la science

Que dire ensuite du projet Wikipédia où toute personne qui y accède participer au recensement du savoir humain ? Car si l'on dépasse les postures d'oppositions de certains milieux intellectuels[B 115] pour prolonger un débat francophone largement entamé[B 116][B 117][B 118][B 119], le projet Wikipédia, ce « trouble-fête de l'édition scientifique » réputée en 2010 comme « porte d’entrée de la connaissance sur Internet »[B 120] et cinq ans plus tard comme « objet scientifique non identifié »[B 121] malgré son déni de l'expertise[B 122], cette « chimère du savoir libre » qui continue à faire face aux hautes exigences de la communication élitiste traditionnelle[W 70], ne devrait-il pas à son tour être perçu comme lieu de rencontre interdisciplinaire ? Avec ses pages de discussions dédiées au contenu de ses articles et les guerres d'édition qui s'y déroulent, n'est-il pas d'ailleurs emblématique de ce système d'évaluation par les paires dont les scientifiques tirent leur orgueil ?

Concernant ce dernier sujet, il est par ailleurs intéressant de savoir qu'au sein même du Wikijournal, un journal scientifique qui vit le jour au sein du projet Wikiversité anglophone alors qu'un projet similaire sera resté au stade d'ébauche sur le projet francophone[W 71], il est possible de proposer six personnes comme relecteurs de l'article que l'on propose à la publication[W 72], mais aussi et cela devient plus discutable, d'en signaler six autres comme indésirables[W 73]. En ce sens, le principe d'évaluation par les pairs tel qu'il est proposé par les éditeurs du Wikijournal of humanities, dont il est intéressant d'en relever la diversité eu niveau des disciplines[W 74][N 30] a donc une connotation beaucoup plus partisane que le système d'évaluation proposé par Wikipédia, où chaque lecteur d'un article peut remettre en question son contenu tout en restant parfaitement anonyme.

Comme autre fait troublant, il faut ensuite savoir qu'un article de Wikipédia peut se voir convertis en version preprint du wikijournal[W 72] par une personne qui en assume le processus d'évaluation jusqu'à voir son nom indiqué comme auteur principale de l'article suivit de l'hyperlien labèlisé « et al ». En cliquant sur ce lien, on est alors redirigé vers Xtools, un site d'analyse statistique qui permet de connaître les contributeurs qui ont participé à l'écriture de l'article originale et dans quelles proportions. Une telle pratique de transfère réciproque, puisque le contenu de l'article une fois « scientificisé » retourne au sein de l'encyclopédie, illustre donc bien la proximité qu'il peut y avoir entre Wikipédia et le monde de la recherche scientifique. Et une proximité qui pose d'autant plus question quand on découvre, bien que ce cas ne semble pas généralisable, que l'auteur crédité dans l'article Rosetta Stone[W 75] publié dans le second volume du journal, n'aura pas fourni plus de 50 % des caractères présents dans le texte selon les indicateurs statistiques[W 76], alors qu'il est seul a recevoir les bénéfices de cette publication au niveau de son curriculum vitae.

Ces critiques apportées au Wikijournal, indiquent donc qu'il n'est pas ici question de faire l'éloge des projets Wikimédia à tout pris, mais bien de plaider au départ de faits vérifiables et de diverses démonstrations en faveur d'une évolution de la science en matière d'ouverture aux méthodes, pratiques et changement d'habitudes. Réciproquement, il ne s'agira pas non plus de faire le procès du Wikijournal of Humanities, mais plutôt de poursuivre ici un débat déjà entamé avec des personnes impliquées au sein du projet[W 77] tout en n'oubliant pas de signaler les qualités du journal attestées par la réception de l'Open publishing awards 2019 dans la catégorie « modèle de publication ouverts »[W 78]. Cette distinction me permet d’ailleurs de rebondir sur le fait que de nombreux journaux scientifiques, sont aujourd'hui accusés de prendre en otage la connaissance humaine au travers un processus de marchandisation[B 123]. Ceci alors que ce genre de pratique a pour conséquence inévitable de réduire le nombre de lectures des productions scientifiques et donc par la même occasion leur scientificité au sens Popperien du terme, puisque de ces lectures dépendent leurs évaluations.

Encore une fois, ce débat sur le libre accès des publications scientifiques n'est pas nouveau et ne concerne pas non plus de la même manière tous les pays du monde[B 124]. 1999 déjà, un mouvement en faveur de l'Open Science fut lancé au départ du projet The OpenScience Project dont le but est d' « encourager un environnement collaboratif dans lequel la science peut être poursuivie par quiconque est inspiré à découvrir quelque chose de nouveau sur de monde naturel »[W 79][N 31]. Cette idéologie d'ouverture et de partage traduite en français par l'expression francophone « science ouverte » à ne pas confondre avec « Science libre »[N 32], apparu ainsi dans la continuité d'un philosophie et de valeurs préalablement diffusé par le mouvement du logiciel libre initié par Richard Stallman[N 33] qui en son temps insista sur le fait que :

quelle que soit la catégorie de l'œuvre, la liberté de copier et de redistribuer de manière non commerciale devrait s'appliquer intégralement et en tout temps. Si cela signifie de laisser les internautes imprimer une centaine de copies d'un article, d'une image, d'une chanson ou d'un livre et ensuite d'en distribuer par courriel les copies à une centaine d'étrangers, alors qu'il en soit ainsi »[B 125].

À ces considérations initiales, qui mettent en exergue le partage au sein du paradigme du savoir, s’ajoutent ensuite « le défi de la transparence » telle qu'il se voit décrit par le virologue Bernard Rentier :

« Bien au-delà de l'accès ouvert, la science ouverte s'étend sur un champ très vaste et prend en compte, dans un effort de rénovation et de modernisation, l'ensemble des problématiques de la recherche et de ses conséquences, telles que l'ouverture et la gestion des données de recherche, l'ouverture et l'inter-opérabilité des logiciels, la transparence des évaluations, l'encouragement de la participation citoyenne à la recherche et la liberté d'accès aux matières d'enseignement. »[B 126]

Face à de telles revendications, il est à nouveau possible de s'inspirer du fonctionnement des projets Wikimédia. Car il faut ici savoir que tous ces projets reposent sur un logiciel libre, MediaWiki pour ne pas le citer, qui fait figure de référence en matière de participation et de transparence au sein de l'espace Web. Grâce à l'archivage automatisé de tout ce qui se passe au sein de son espace numérique et grâce ensuite à la restitution de toutes ces informations sous forme d'historique librement accessible à tous les utilisateurs, ce logiciel répond en effet de manière très efficace aux besoins de transparence réclamé par le mouvement de la science ouverte. Loin d'être un « fantasme de la technologie »[B 127], cette environnement de travail constitue donc en ce sens, une nouvelle inspiration en faveur d'une évolution de la science.

Une plaidoirie en faveur d'une science démocratique[modifier | modifier le wikicode]

Comme annoncé en début de chapitre, c'est donc en formulant une plaidoirie en faveur d'une science démocratique que je tiens à clôturer cette présentation méthodologique. Car finalement, la science n'est n'est-elle pas politique ? N'est-elle pas une idéologie comme une autre, tel que le droit[B 128] par exemple ? Ne pourrait-elle pas être perçue comme un sixième pouvoir étatique ? Et si tel est le cas, est-elle alors démocratique ?

Le mot « science » peut se définir dans un sens premier comme la « somme de connaissances qu'un individu possède ou peut acquérir par l'étude, la réflexion ou l'expérience. », mais aussi dans un sens second, comme « ensemble structuré de connaissances qui se rapportent à des faits obéissant à des lois objectives (ou considérés comme tels) et dont la mise au point exige systématisation et méthode »[W 80]. Mais que ce sens second pose problème. Tout d'abord lorsque des philosophes des sciences tel que Jean-Claude Passeron et Karl Popper ne sont pas d'accord sur la manière de définir un énoncé scientifique et donc a fortiori une loi. Ensuite, parce que selon Paul Feyerabend, la méthode et la systématisation ne représentent pas des critères pertinents pour définir ce qui fait science[B 129].

En attendant que les philosophes se mettent d'accord, il est donc possible d'en revenir au sens premier du mot science et de dire que toute personne qui produit ou partage de la connaissance pratique la science. Cette façon de voir les choses a en outre l'avantage de concevoir la science de manière démocratique puisque son activité est dès lors accessible à tous. Au départ d'une telle vision on peut donc « imaginer un monde dans lequel chaque être humain puisse partager librement la somme de toutes les connaissances »[W 81] telle que cela est précisément formulé au sien du mouvement Wikimédia.

Cependant, et notamment en raison d'une méthode pourtant soumise à débat, la science fut accaparée par les universités, instituts d'enseignement supérieur, laboratoires et autres institutions de ce type souvent reconnaissables par leurs prétentions à l'excellence. Mais une excellence relative toute fois lorsqu'on apprend que les universités « perdent le nord »[B 130], qu'une thèse de doctorat fut annulée pour plagiat[B 131], et que c'est tout une dérive institutionnelle qui menace le principal siège de la science :

On peut alors parler de dérives pour les universités, qui mettent en péril les modes de travail des universitaires et des personnels académiques en général. Sous ces coups de boutoir, les universités se liquéfient, elles se bureaucratisent, entrent stérilement dans un esprit de compétition mal placé, de sorte qu’un sentiment d’aliénation professionnelle s’empare de plus en plus des personnels, chacun se sentant dépossédé de son outil de travail et perdant progressivement le pouvoir de définir le sens des missions de l’université. Ces dérives sont lourdes de conséquence et la qualité de la recherche et du service rendu aux étudiants ne peut que s’en ressentir[B 132].

De tout ceci découle donc l'envie de comprendre ce phénomène de déclin du milieu universitaire en se posant la question de savoir si le milieu scientifique n'aurait pas oublié que « l'épistémologie est une conséquence de l'éthique et non l'inverse »[B 133]. Car on a tendance à oublier que derrière le code de déontologie et l'épistémologie de la science, se trouve l'éthique qui repose elle-même sur cette réflexion idéologique première et fondamentale qu'est la philosophie politique ou la religion selon les contextes. Lorsque François Rabelais faisait écrire par la main de Gargantua une lettre à son fils Pantagruel pour le mettre en garde sur le fait que « selon le sage Salomon, Sapience nentre point en ame malivole, et science sans conscience nest que ruyne de lame. » il ajouta en effet que l'était dans l'idée de « servir, aymer, et craindre dieu et en luy mettre toutes tes pensees, et tout ton espoir »[B 134].

Fig. 3.x. Dessin de C. Léandre dans le journal Le Rire du 20 mai 1905, illustrant de manière humouristique Jean-Baptiste Bienvenue-Martin tentant de séparer l'église et l'état (source : https://w.wiki/3MKD).

El il se fait par ailleurs qu'au pays de Rabelais, la religion en relation avec la science depuis toujours, fut écartée des affaires de l'état suite à sa sécularisation. Mais une fois la laïcité établie, n'est-il pas probable que que l'idéologie ecclésiastique favorable au maintien des avantages politiques et économiques d'une certaine classe trouva refuge en science.

Dans l'ouvrage Les chiens de garde publier en 1932, soit moins de 30 ans après la loi de séparation des Églises de de l'État, Paul Nizan accusait par exemple les philosophes, et ces personnes qui en science traitent les questions proches du religieux, d'avoir « trahi les hommes pour la bourgeoisie »[B 135]. Soixante-cinq ans plus intitulés cette fois Les nouveaux chiens de garde, Serge Halimi accusa pour sa part le journalisme d'être perverti dans « une société de cour et d'argent, en se transformant en machine à propagande de la pensée de marché »[B 136]. Quinze ans plus tard enfin, chiens de garde anciens et nouveaux se trouvent dans un nouvel ouvrage titré Les marchands de doute dans lequel Naomi Oreskes, Erik M. Conway et Jacques Treiner dénoncent cette fois une certaine connivence entre « experts indépendants » et « médias naïfs ou complaisants »[B 137] dans le but de troubler délibérément les débats et d'atteindre l’opinion publique sur des sujets aussi important que le tabagisme et le réchauffement climatique.

Ce petit détour historique semble donc indiquer qu'au-delà du pouvoir législatif, pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire reconnu par Montesquieu au sein de l'état, complétés ensuite par le quatrième pouvoir que représente la presse et les médias et le cinquième pouvoir attribué cette fois au système économique, il existe en fin de compte un « sixième pouvoir » localisé cette fois dans la science et plus précisément au sein du milieu scientifique que représentent de nos jours les « experts » pour la plupart issus du milieu universitaires. Alors que comme l'écrivait Paul Feyerabend :

la science est beaucoup plus proche du mythe qu'une philosophie scientifique n'est prête à l'admettre. C'est l'une des nombreuses formes de pensée qui ont été développées par l'homme, mais pas forcément la meilleure. La science est indiscrète, bruyante insolente ; elle n'est essentiellement supérieure qu'aux yeux de ceux qui ont opté pour une certaine idéologie, ou qui l'ont accepté sans avoir jamais étudié ses avantages et ses limites. Et comme c'est à chaque individu d'accepter ou de rejeter des idéologies, il s'ensuit que la séparation de l'État et de l'Église doit être complétée par la séparation de l'État et de la Science : la plus récente, la plus agressive et la plus dogmatique des institutions religieuses. Une telle séparation est sans doute notre seule chance d'atteindre l'humanité dont nous sommes capables, mais sans l'avoir jamais pleinement réalisée[B 138].

Or, il se fait qu'au cours de la pandémie de Covid-19, la promiscuité entre la science et l'état n'aura jamais été aussi forte[B 139], dans un contexte abusif parfois de droit d’exception comme l'aura démontré la condamnation de l'état par le tribunal de première instance de Bruxelles[B 140]. Certains diront peut-être que la gravité de la situation justifie l’immixtion de la science dans les prises de décisions politiques. Mais si tel est le cas, il faut alors admettre que c'est le principe même de la démocratie qui est mis en jeux, puisque la science n'est pas un espace démocratique.

Pour s'en convaincre, il suffit de regarder combien coûte un parcours d'étude supérieur, ou encore de vérifier que le premier paragraphe de l'article 26 de la Déclaration des Droits de l'Homme selon lequel « l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite », n'est ni par la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales, ni par la Convention américaine relative aux droits de l'homme, ni même par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

Au sein des nations dites démocratiques, la science, en tant que sixième pouvoir, ne devrait-elle donc pas être, elle aussi, démocratique ? Ou dans le cas contraire, ne devrait-elle pas être tenue à distance des décisions étatiques tout comme le fut l'église en son temps ? Si l'option démocratique est prise, il faut alors tenir compte que les projets Wikimédia comptent déjà parmi les candidats en tant que « média de la connaissance démocratique »[B 141]. Ensuite, et toujours en se basant sur la définition première du mot science, le mouvement Wikimédia deviendrait dès lors un mouvement scientifique à part entière. Et ceci d'une manière d'autant plus logique finalement qu'au niveau de ses valeurs de partage, d'égalité et d'autonome, Wikimédia plonge ses racines au sein du milieu scientifique qui eu pour tâche de développer la science numérique.

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

[N]otes

  1. À côté de mes quatre ans d'activités doctorales prenaient place d'autres priorités tels que prendre soin de mon fils et de mon entourage.
  2. Mon parcours doctoral n'a malheureusement pas pu faire l'objet d'un financement. Le délai entre la fin de mon master et le début de mon doctorat était trop long pour que je puisse déposer ma candidature au fond national de recherche scientifique (FNRS). Parallèlement, Imagine_un_monde/Recherche_de_partenaires_et_de_financements&oldid=785231 les recherches au niveau d'autres organismes ont été infructueuses. Par la suite, mes deux dossiers de candidatures pour un fond de développement pédagogique au sein de mon université (FDP) furent rejetés tout comme de Lionel_Scheepmans&oldid=20183287 nombreuses demandes de financement au sein du mouvement. Les seuls financements que j'ai pu obtenir furent quelques remboursements de frais de transport en Belgique lors de diverses réunions ou ateliers, et de manière plus conséquente, une bourse de Wikimedia Suisse qui me permit de participer sans frais à ma première rencontre internationale Wikimania de 2014, une autre en provenance de l'association française qui me permit d'assister à celle de 2016 et une dernière de l'association belge pour l'édition 2019.
  3. En plus du français comme langue maternelle, les seules langues dans lesquelles je peux communiquer plus ou moins aisément sont l'anglais et le portugais.
  4. L'ensemble des fichiers que j'ai importés est accessible sur la page: https://commons.wikimedia.org/wiki/Special: ListFiles?limit=500&user=Lionel+Scheepmans
  5. Dans le but de donner un aperçu complet sur mon observation participante, mon parcours wikipmédien est retracé de façon exhaustive au niveau de ma page d'utilisateur sur le site Meta-Wiki.
  6. À noter que dans une version imprimée d'un travail, il est aussi possible de recopier les adresses URL, ou mieux encore d'afficher des codes QR pour permettre aux lecteurs de cette version papier d'accéder aux pages web référencées par les hyperliens grâce à un navigateur et dans le cas des codes QR d'un ordinateur équipé d'un capteur d'image, smart phone ou autre.
  7. L'idée de s'intéresser au concept de réfutabilité de Popper au niveau de l'étude de Wikipédia fut en effet largement développé dans le sixième chapitre de cet ouvrage qui ne mentionne malheureusement pas mon mémoire de master.
  8. Texte original avant traduction par deepl.com version gratuite : « that not the verifiability but the falsifiability of a system is to be taken as a criterion  of  demarcation.*3  In  other  words:  I  shall  not  require  of  a scientific system that it shall be capable of being singled out, once and for all, in a positive sense; but I shall require that its logical form shall be  such  that  it  can  be  singled  out,  by  means  of  empirical  tests,  in  a negative sense: it must be possible for an empirical scientific system to be refuted by experience »
  9. Lorsque des pages Web affichent des graphiques ou tableaux mis à jour en temps réel par exemple, ou lorsqu'un site l'interdit, l'archivage devient alors malheureusement impossible.
  10. Cet exemple choisi correspond à l'hyperlien pointant vers l'archivage du 5 décembre 2020 de la page principale de ce travail de recherche. L'adresse permettant l'accès direct à la dernière version mise à jour sur Wikiversité est donc:https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche: Imagine_un_monde
  11. Cette licence creative commons représente donc une véritable aubaine pour les chercheurs et surtout pour les statisticiens comme pourra en attester l'existence d'une multitude de sites web présentant des analyses effectuées parfois en temps réel au départ de données récoltées sur les sites Wikimédia via une interface de programmation d'application (API). À leurs tours, licence oblige, ces analyses statistiques sont publiées sous licence CC. BY. SA et reviennent donc disponibles pour les chercheurs sous les mêmes conditions que celles évoquées précédemment.
  12. À remarquer que la chute brutale du pourcentage de la rubrique « Frais de fonctionnement » en 2014 est due à l'apparition d'une nouvelle rubrique intitulée « Frais de service professionnels » au départ de la scission de la rubrique précédente.
  13. Je reviendrai sur cette information contradictoire dans le courant du chapitre 6.
  14. Publiés sur des sites Web séparés ou parfois intégrés dans certaines pages des projets éditoriaux, ces projets statistiques bénéficient la plupart du temps d'une interface de programmation d'application (API) qui permet une automatisation de la récolte et du traitement des informations. Les résultats statistiques produits par ces traitements seront aussi publiés sous licence CC. BY. SA.
  15. À noter que interprétation de ce graphique doit se faire en tenant compte que la courbe illustre l'addition du nombre d'apparition. Une position verticale signifie donc une grande apparition du mot tandis qu'une courbe parfaitement plate signifie que le mot n'apparaît pas durant cette période.
  16. Pour ne pas alourdir cette section, une présentation plus approfondie des requêtes syntaxiques, notamment type SQL, rendue plus puissante grâce à une lemmatisation des corpus sera détaillée en annexe.
  17. La question de harcèlement sera traitée plus en détails dans le chapitre 5 consacré à la vie communautaire Wikimédia.
  18. En premier plan de cette photo figure Katherine Maher, directrice de la fondation Wikimédia de mars 2016 à avril 2021 et moi-même et en arrière-plan Florence Devouard sa présidente de 2006 à 2008.
  19. Je profite de l'occasion pour anticiper une éventuelle discrétisation de mon travail au départ d'une accusation d'auto-plagiat, utilisé dans certains milieux académiques pour condamner la récupération de ses propres écrits dans un autre contexte d'édition dans le but d'accroitre son nombre de publications. L'intérêt pour l'auteur étant bien entendu de faire croire à une plus grande expérience d'écriture dans le cadre d'une candidature à un post académique ou un financement quelconque. Il se fait cependant que la rédaction de l'article encyclopédique ne sera jamais, à tort ou à raison, considérée comme une production scientifique et qu'elle ne fera donc jamais l'objet d'une reconnaissance quelconque en milieu universitaire. Son écriture par contre aura représenté une charge de travail importante dans le but de répondre aux attentes éditoriales de Wikipédia qui n'ont rien en commun avec celles établies pour l'écriture d'une thèse de doctorat. Sur Wikipédia, il fut me fut par exemple reproché d'utiliser trop de sources primaires, alors que ces sources sont au contraire très attendues dans le cadre d'un travail socio-anthropologique.
  20. À la clôture du vote, le label ne fut pas attribué puisque que seulement 4 des 9 personnes votantes étaient en sa faveur alors que la labellisation requière 66 % de votes favorables et au moins 5 votes positifs.
  21. Texte originale avant traduction par deepl.com version gratuite : « Griaule's initiatory trajectory has never been parallele or even approximated by any of his student »
  22. Tous ces travaux produits durant un master en anthropologie, un certificat en éthique sociale et économique et ce récent parcours doctoral, tout comme ce présent ouvrage et bien d'autres travaux encore, furent publiés dans l'espace recherche du projet Wikiversité francophone pour être ensuite référencé sur ma page d'utilisateur commune à tous les projets Wikimédia conjointement au résumé toute ma participation au sein du mouvement. Une fois son compte créé sur les projets Wikimédia, il est en effet possible d'éditer librement une page de présentation tant que son contenu est en lien avec le mouvement Wikimédia. Pour les versions imprimées de cet ouvrage, une copie de ma page de présentation au sein des projets Wikimédia sera disponible au niveau des annexes.
  23. Sur les projets Wikimédia, un espace de discussion personnel constitué d'une page web est créé lors de l'ouverture d'un nouveau compte utilisateur. D'autres fonctionnalités offertes aux utilisateurs enregistrés seront vues en détails dans les prochaines sections de cet ouvrage.
  24. Un bot informatique est un agent logiciel automatique ou semi-automatique qui interagit avec des serveurs informatiques.
  25. La réduction de la participation des nouveaux arrivant sera illustré plus en détails dans la partie de cet ouvrage consacré à l'histoire du mouvement.
  26. En parcourant la catégorie biais cognitif sur Wikipédia, bon nombre d'entre eux semblent applicables à notre cas de figure:biais d'attention, de cadrage, de conformisme, d'anticonformisme, d'équiprobabilité ou effet de halo et de primauté.
  27. N'étant pas familier avec les autres domaines de la science, je ne me risquerai pas à généraliser mes propos à l'ensemble de la science à ce stade de la discussion. D'autre le feront peut-être en suivant mon inspiration.
  28. Voir aussi au niveau de Wikipédia les articles au sujet de la transdisciplinarité, la pluridisciplinarité, la mutliversalité.
  29. Cette expression m'est venue d'une observation participante au sein d'un cabinet ministériel en 2010 dans le cadre d'un cours portant sur les lieux de médiation.
  30. En mai 2021 ce comité était en effet composé d'historiens, de juristes, de pédagogues, d'anthropologues, de sociologues, de politologues, d'archéologues et même d'un biochimiste.
  31. Texte original avant traduction par deepl.com version gratuite : « We are a group of scientists, mathematicians and engineers who want to encourage a collaborative environment in which science can be pursued by anyone who is inspired to discover something new about the natural world. »
  32. L'expression « Science libre » fut en effet récupérée par un magazine publié sous copyright
  33. L'histoire et les enjeux du logiciel libre et des idées de Richard Stallman son créateur sera présenté plus en détails dans le prochain chapitre consacré à la préhistoire du mouvement Wikimédia.

[B]ibliographiques

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  2. Jean-Paul Colleyn, « Champ et hors champ de l'anthropologie visuelle », L Homme, no  203-204, 2012-12-04, p. 457 (ISSN 0439-4216 et ISSN 1953-8103) [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2019-10-03)]
  3. Mike Singleton. Interview par Lionel Scheepmans. Un_anthropologue_venu_des_pères_blancs.ogv?uselang=fr Un anthropologue venu des pères blancs. 25 janvier 2012. (consulté le 03/10/2019). début de plage :25 min 13 sec
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  34. Ibid.
  35. 35,0 et 35,1 Ibid. p.94
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