Recherche:Imagine un monde/Histoire

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L'histoire du mouvement Wikimédia
Témoignage des forces et dérives d'un mouvement mondial et numérique
Premier chapitre de la deuxième partie de l'ouvrage Imagine un monde

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De Lionel Scheepmans.

En rejoignant le mouvement Wikimédia en début d'année 2011, je n'aurai malheureusement pas assisté à tout son développement, alors que de toute façon, son étendue organisationnel est telle qu’il m'aurait été impossible d'être présent partout à la fois. Fort heureusement, il existe au sein de l'espace numérique Wikimédia d’innombrables archives accessibles au départ d'une simple connexion Internet. Grâce à celles-ci, j'ai donc pu poursuivre mes investigations concernant la manière dont Wikimédia a pu faire suite à ce qui lui avait été transmis par les pionniers du numérique. De manière à facilité l'assimilation du rendu de mes observations, j'ai choisi de présenter l'histoire du mouvement de de manière thématique.

Après avoir une présentation des lieux d'archivage historique, j'ai ensuite pensé à présenter l'origine du terme Wikimédia dans le but d'élucider certaines confusions suscité par lui juste avant de parler de la naissance du mouvement à proprement parler. La présentation de son histoire se poursuit ensuite en se concentrant tout d'abord sur son aspect économique, puis technique, ensuite politique, dans le but de conclure le chapitre en parlant d'une dérives de la mission que le mouvement me semble faire preuve.

Durant ce voyage thématique au sein de l'histoire de Wikimédia, j'ai finalement pris soin de rassembler tous les fais qui me sont apparus les plus importants, mais aussi les plus utiles pour mes analyses futures. Cette sélection est donc à la fois limitée et subjective, mais en fournissant à chaque fait rapporté un lien vers son archive de référence, j'offre aux lecteurs la possibilité de poursuivre ses propres recherches dans le but de recueillir d'autres informations que je n'aurais pas été retenues et de juger d'évaluer ainsi la pertinence de ma sélection et de l'argumentation qui en découle.

Les archives du mouvement[modifier | modifier le wikicode]

Le logiciel MediaWiki sur lequel fonctionne la presque totalité des projets wikimédia[N 1] est un fabuleux instrument d'archivage. En jargon informatique on appelle ce logiciel un système de gestion de contenu et il a comme particularité d'être muni d'un système de gestion de versions qui enregistre chaque version d'une page avant et après chaque modification. Il est donc en pratique tout à fait possible d'explorer l'historique de chacune des pages créé au sein des projets Wikimédia comme le démontre en image cette vidéo ci-dessous qui reprend pas à pas l'évolution de l'article « Pomme » sur le projet Wikipédia en français.

Vidéo 4.1 : Évolution de l'article Pomme sur le projet Wikipédia francophone, du 20 novembre 2002 date de création au 26 janvier 2012.

Nous n'allons bien entendu pas nous intéresser ici à l'historique des articles à proprement parler, mais bien à celui du mouvement dans de manière générale. Cependant, il est bon de savoir qu'une information historique trouvée sur la page d'un projet peut disparaître d'un instant à l'autre de la page affichée lors d'une consultation ultérieure, mais qu'elle sera dès lors retrouvable dans la version antérieure qui aura été consultée dans le cadre de mes observations. Ce principe est d'ailleurs valable pour toute autre page web et notamment les articles de presse sont souvent mis à jour une ou plusieurs fois après leur première publication.

Dans un autre cas de figure, une page web peut aussi tout simplement disparaître par sa suppression au niveau du serveur Internet qui l'héberge ou sa mise à l'écart de ce qui est visible par les internautes comme c'est le cas sur les projets Wikimédia. C'est donc pour cette raison que j'ai fait ce choix méthodologique de sauvegarder toutes les pages qui auront servi de source historique dans ce travail de recherche sur Internet archive pour en fournir ensuite le lien et la date de consultation.

Toutes ces pages web qu'elles se situent à l'extérieur ou à l'espace numérique Wikimédia, je les ai ainsi trouvés tout d'abord trouvées au départ de nombreux hyperliens recensés sur des pages de Wikipédia en français[N 2] qui ont pour objet de traiter de l'histoire de Wikipédia en général[W 1] ou de ses versions linguistiques[W 2], des articles de presse généralisés[W 3] ou localisées[W 4], ainsi que des critiques portées à son encontre[W 5].

Pour aborder les choses de manière plus large au niveau du mouvement, je me suis ensuite tourné vers le site Méta-Wiki où se trouve tout un ensemble de pages très utiles d'un point de vue historique que je liste ci-dessous :

La naissance des projets frères de Wikipédia[modifier | modifier le wikicode]

Alors que le chapitre précédent permettait de découvrir comment le projet Wikipédia s'était créé, voyons à présent comment les projets frères de l'encyclopédie ont pris naissance, petit à petit, au sein de la galaxie Wikimédia. Pour en suivre l'ordre chronologique, il existe une ligne du temps reprise ci-dessous et qui fut réalisée par Guillaume Paumier pour une présentation faite au Capitole du libre de 2011 à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia[V 1] et qui aura fait l'objet un an plus tard d'une réédition collaborative dans le cadre de la rencontre Wikimania 2012[W 18]. Sur cette ligne du temps, la partie libellée sister projects nous fait découvrir que le tout premier projet apparu juste après Wikipédia fut le projet Meta-Wiki, dans le but de fournir un espace central et multilingue pour le traitement des questions qui concernent initialement, l'ensemble des versions linguistiques de Wikipédia et par la suite l'ensemble des projets frères et autres organisation hors ligne qui naitront au sein du mouvement.

Chronologie des événements depuis la création de Wikipédia en 2001 jusqu'en 2012
Fig. 4.1. Chronologie des événements depuis la création de Wikipédia en 2001 jusqu'en 2012 (source:https://w.wiki/34N2)

Pendant que les nouvelles versions linguistiques de Wikipédia ne cessèrent de compléter le projet anglophone initial, 7 autres projets de partage de la connaissance ont ainsi vu le jours avec chaque fois au sein d'eux de nouvelles versions linguistiques. Cela se fit systématiquement au départ d'un petit groupe d'utilisateurs actifs au sein d'un autre projet préexistant. Le projet Wiktionnaire fut ainsi le deuxièmes projets à voir le jour au sein des projets Wikimédia avec une première version linguistique en anglais créée le 12 décembre 2002 tandis que la version francophone n’apparut que deux ans plus tard en mars 2004[W 19]. Il est à ce sujet intéressant de remarqué que cette nouvelle version linguistique du projet n'aura pas pris naissance au départ d'une version linguistique préexistante mais bien au départ du projet Wikipédia en français. C'est en effet à cet endroit qu'une poignée de contributeurs entamèrent une discussion sur la nécessité de créé un projet hors de l'encyclopédie dans le but de permettre une gestion spécifique et indépendante du partage des ressources lexicales dont voici quelque extraits :

En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c'est que alors qu'on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tache bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C'est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissance devraient elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions nous ??? "Wikipédia n'est pas un dictionnaire" n'est pas un argument a mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d'article. Je ne comprend vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n'est "qu'une définition".", Aoineko, 3 janvier 2003


Pour moi ce qu'est Wiktionary, c'est une partie de Wikipédia s'intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipedia et sa partie dite encyclopédique, c'est que la partie dictionnaire s'intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s'attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d'avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu'à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu'une encyclopédie. Ceci entraine beaucoup de problème et entre autre le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire. luna~frwuju[W 20]

Dans le cas de figure du projet Wiktionnaire en français, le départ de Wikipédia fut donc motivé par des besoins techniques, mais aussi par un désir d'autonomie quant à la manière de concevoir et de présenter des ressources lexicales. Ce désir n'était toutefois pas partagé par tous, notamment en raison d'une fatale dispersion des énergies. Créer un nouveau projet, c'est effectivement créer un nouveau site web qui devra faire l'objet d'une nouvelle gestion, tant au niveau des serveurs de la fondation, qu'au niveau de la communauté nouvelle et fatalement toujours plus modestes. Pour ne pas construire tout un environnement à partir de rien, il est bien sûr possible d'importer des pages de contenu en provenance de Wikipédia ou d'autres projets frères et version linguistiques, mais cela duplique alors aussi leurs maintenance et la mise à jour. Le choix de scinder un projet au profit d'une plus grande liberté a donc un prix et fut l'une des raisons pour laquelle Cscott, un employé de la fondation, présenta lors de la rencontre Wikimania de 2019 cette idée de tout rassembler toutes les versions linguistiques des projets au sein d'un seul wiki en bénéficiant d'un système de traduction au sein de ce qui serait pour lui un challenge social[B 1].

Le projet Wikibook en anglais fut pour sa part créé le 10 juin 2003 sous l’impulsion de Karl Wick et le 22 juillet 2004 en français sous l’appellation francisée de Wikilivres et avec pour objet de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer »[W 21]. À ce sujet, il est d'ailleurs intéressant de signaler que le projet francophone ne fut pas créé au départ de la version anglophone; mais bien au départ du projet Wikipédia en français de puis lequel il fut notamment décidé en juin 2007[W 22], de transfèrer toutes les recettes de cuisines depuis l'encyclopédie vers Wikilivre. Au sein du projet Wikibook apparu ensuite, en 2004, un sous projet intitulé Wikijunior financé par la Feck Foundation dans le but initial de rassembler de la littérature pour des enfants de huit à onze ans[W 23], alors qu'au niveau de la version francophone, la tranche d'âge fut élargie à zéro jusque douze ans »[W 24].

Toujours dans un espace de noms comme le fut Wikijunior et suite à quelques débats[W 25] est apparu par après un nouveau sous projet appelé Wikiversity qui avait cette fois pour but de « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs »[W 26][N 3]. Cependant, le 12 août 2005, ce projet fit l'objet d'une longue discussion dans laquelle il fut question de le supprimer et finalement d'en transférer son contenu vers le projet Meta-Wiki[W 27]. Après le transfère, de nouvelles discussions aboutirent à l'idée de faire de Wikiversité un projet indépendant. Elle perdurèrent ainsi jusqu'à ce que le 22 août 2006[W 28], où un vote fut ouvert au sein de la communauté dans le but de recueillir une majorité qualifiée de deux tiers nécessaire à l'examination de la demande par Conseil d'Administration de la Fondation Wikimedia dans l'espoir de pouvoir bénéficier d'une période d'essai[W 29]. Mais le 13 novembre 2005, la proposition fut rejetée par cinq membres du conseil d'administration qui demandèrent d'« exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne et de clarifier le concept de plate-forme elearning »[W 30][N 4]. Cette décision fut commentée de la sorte par un membre de la communauté d'éditeurs :

La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimedia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre. Le même problème s'applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu'ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation Carnegie-Mellon également) à former de toutes pièces plutôt qu'un simple centre d'éducation pour adultes avec quelques classes. Si plus de réflexion est faite sur la façon de "démarrer" ce projet entier, peut-être que quelques pensées sur la façon de convaincre le conseil de la Fondation de laisser un wiki séparé être lâché pour laisser ce projet essayer de se développer par lui-même peuvent être faites.--Rob Horning 11:21, 14 août 2005 (UTC)[W 27][N 5]

Par la suite, il fallut donc attendre le 31 juillet 2006 et donc neuf mois d'attente supplémentaires, pour que les amendements apportés au projet de départ[B 2] soient finalement acceptés par le special projects commitee[W 31] qui donna le feu vert à la création du site Beta-Wikiversity comme espace de lancement des différentes versions linguistiques[W 32]. Un transfert du contenu fut alors entamé et un délai de six mois fut fixé pour élaborées les lignes directrices d'autres utilisations potentielles du site tel que la recherche collaborative[N 6] alors que depuis cette mise en place, une nouvelle version linguistique du projet est lancée sur un site indépendant chaque fois que se trouve rassemblés sur Beta Wikiversity 3 participants et que l'on peut y constater plus de 10 modifications par mois.

Les projets Wikiversité avec le projet Wikisource et son site wikisource.org[W 33] apparaissent ainsi comme les deux seules projets qui bénéficient d'une plateforme de lancement extérieures au site Wikimedia Incubator[W 34] depuis lequel est lancé toutes les autres version linguistiques de tous les autres projets. La proposition de transférer des activités de Wikivesity Beta vers Incubator fut proposée et discuté à plusieurs reprises en 2008[W 35], 2013-2015[W 36] et 2017[W 37], mais toujours sans succès. Les raisons du refus furent essentiellement le manque d'enthousiasme de la communauté entre autre lié à la quantité de travail que cela représente, mais aussi par le fait qu'il existe des activités spécifique au projet Wikiversité tel que la la production de travaux inédit (recherche originale) et la production d'exercices.

Il faut enfin garder à l'esprit que ce genre de séparation et de duplication de projet est une pratique très rependue dans la culture libre héritée par le mouvement Wikimédia comme en témoigne par ailleurs un nombre très impressionnant de distributions GNU/Linux[W 38]. Grâce aux licences libres, chacun peut en effet bénéficié de la duplication du même stade de développement d'un projet lors de la séparation pour continuer ensuite séparément selon les désires personnelles d'un membre de la communauté d'éditeurs parfois rejoint par groupe dissident. De plus, cette pratique a comme grand avantage d'évacuer les tentions qui apparaissent au sein d'une communauté de contributeurs en cas de désaccord persistant tout en produisant au final un enrichissement en matière de diversité de ce qui est proposé aux utilisateurs.

Les origines du terme Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

D'où vient le nom « Wikimédia » ? Et est-ce que tout ce qui est Wiki a quelque chose à voir avec Wikimédia ? Et bien non, et c'est malheureusement là bien souvent une source de confusions fréquentes parmi les presque 20 000 projets du web reposant sur la technologie wiki[W 39] et qui en général utilisent eux aussi utilisent le terme wiki dans leur appellation. Il en résulte donc qu'environ 19 projet Wiki sur 20 n'ont aucun lien, ni avec la fondation Wikimedia, ni avec mouvement Wikimédia dont parmi les plus connus on retrouve WikiHow qui est un recueil universel et multilingue de guides simples et illustré, ou encore Wikimini, une encyclopédie pour les enfants.

Contrairement à ce que son appellation fait croire, le projet WikiLeaks créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n'est d'ailleurs pas un Wiki, puisque le site Web ne repose pas sur un moteur Wiki et que son édition n'est pas non plus collaborative. WikiHow par contre est bien un Wiki, mais il est tellement différent des projets Wikimédia en apparence qu'il est plus facile de comprendre qu'il ne fait pas partie du mouvement. Quant à Wikimini, son fondateur Laurent Jauquier m'a confié qu'il aurait aimé voir son projet rejoigne le mouvement Wikimédia. Malheureusement, cela n'aura jamais abouti en raison selon lui d'une frilosité de la fondation envers le contenu destiné au jeune public.

Pour jeter encore plus le trouble, il y a ensuite des projets tel que WikiTribune et Wikia bien moins connus, mais dont la confusion tient au fait qu'ils furent lancés, eux aussi, par Jimmy Wales le fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimedia[W 40]. Viennent ensuite les milliers d'autres projets « wiki » et tous ceux verront certainement le jour, pour lesquels il est nécessaire de s'informer pour savoir si il sont extérieurs au mouvement Wikimedia et dans ce cas en aucun cas soutenus par la fondation ou toute autre organisme affiliée au mouvement.

D'un point de vue étymologique à présent, il faut savoir que le terme « Wikimédia » se présente comme un mot-valise dont la composante « wiki » fut inspirée du mot hawaïen « wikiwiki » que l'on peut traduire en français par « vite, vite »[W 41]. La transmission du terme wiki au mouvement Wikimédia est due au premier logiciel d'édition collaborative de pages web appelé WikiWikiWeb et par la suite au logiciel intitulé UseModWiki qui en fut inspiré. Celui-ci fut choisi par la firme Bomis dans le but de lancer l'encyclopédie Wikipédia. Par la suite, tous les autres projets d'édition collaborative nés au sein du mouvement adopteront eux aussi le préfixe wiki.

Le mot Wikimédia quant à lui n'est apparu que le 16 mars 2003 lors d'une discussion concernant la déclinaison possible de l'encyclopédie en d'autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l'écrivain américain Sheldon Rampton eu l'idée d'associer au terme wiki celui de « média » afin de mettre en évidence la variété des médias produits et mobilisés sur toutes les plates-formes wiki (encyclopédie, site d'actualités, musiques, vidéos, etc.)[W 42].

Quelques mois plus tard seulement, le terme Wikimedia fut ensuite adopté lors de la création de la Wikimedia Foundation lorsque Jimmy Wales décida d'y transférer les avoirs de sa firme Bomis tels que les noms de domaine Wikipédia et la reconversion en copyleft des copyrights de la société commerciale[W 43]. Il fallut alors attendre cinq années pour qu'en juin 2008 le mot Wikimédia désigne enfin un mouvement social conceptualisé par Florence Devouard présidente de la fondation à cette époque.

La naissance du mouvement Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

Il est toujours difficile de déterminer le moment exact où serait apparu un mouvement social. On peut en déterminer plus ou moins facilement ses origines, mais il me semble souvent impossible de faire plus. Le cas du mouvement des logiciels libres par exemple, est quelque peu particulier, puisqu'il se construit au départ d'un appel posté sur une liste de diffusion par Richard Stallman le fondateur. Doit-on pour autant considéré que cette date est celle de la création du mouvement ? Un tel choix est en effet discutable puisque l'on sait que le logiciel libre en tant qu'idée code est forcément antérieure à l'appel à contribution lancé par Stallman.

Une question similaire peut donc aussi se poser au sujet du mouvement Wikimédia. L'histoire du mouvement Wikimédia est effectivement étroitement liée à l'histoire de Wikipédia, qui en est à l'origine et dans cette première perspective, on peut donc dire que la naissance du mouvement coïncide avec celle du projet encyclopédique lancé le 15 janvier 2001[W 44]. Selon un autre point de vue toute fois, la naissance du mouvement peut aussi être associé à celle de la Wikimedia Foundation créée le 20 juin 2003[W 45] qui en a assumé la gestion jusqu’à ce jour. Dans une dernière perspective enfin, la naissance du mouvement peut encore être associé à sa conceptualisation par Florence Devouard qui en fit la première description en juin 2008, peu de temps avant de quitter son poste de présidente de la fondation Wikimédia[W 46]. En proposant de modifier le site Wikimedia.org pour en faire la vitrine du « mouvement Wikimedia » elle définissait le mouvement de la sorte :

« Le mouvement Wikimédia, comme je l'entends est
  • une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d'expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
  • un ensemble d'activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
  • un ensemble d'organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires »[W 47],[N 7]

Pour continuer ici la découverte et la compréhension du mouvement Wikimédia de manière chronologique et en continuité par rapport au chapitre précédent, je choisis donc pour ma part de repartir de la création du projet Wikipédia pour poursuivre ma présentation historique du mouvement Wikimédia. Dans cet optique, on peut alors considérer que l'ensemble des personnes actives au sein de projets Wikimédia avant que l'on ne commence à parler d'un mouvement Wikimédia constituaient donc un « quasi-goupe »[B 3] selon la définition de Ralf Dahrendorf qui y voit un ensemble d'individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d'une prise de conscience de leur position commune dans la relation d'autorité[B 4].

L'histoire économique du mouvement[modifier | modifier le wikicode]

Après la naissance du projet Wikipédia, l'un des premiers évènements historique marquant fut sans aucun doute l'apparition d'un fork de la version espanophone de Wikipédia intitulé Enciclopedia Libre Universal en Español. Ce site fut crée le 26 février 2002, soit un peu plus d'un an après la création de Wikipédia et commença à être développé par un groupe diaspora dont Edgar Enyedy était le principal interlocuteur. Ce contributeur hispanophone avait en effet quitté le projet Wikipédia alors qu'il était question de placer de la publicité au sein de l'encyclopédie dans le but d'apporter un profit financier à la firme Bomis[B 5]. Dans une lettre adressée à la communauté, Enyedy manifestait aussi d'autre part un doute quant à la création d'une « fondation, que l'on promit de créer tant de fois, pour chapeauter Nupedia et Wikipédia ». Durant ses conversations avec les responsables de la firme Bromis, il avait enfin pour sentiment que le "malentendu" entretenu par ceux-ci faisait partie de la désinformation[W 48].

Peu avant le lancement du fork espagnol, Edgar Enyedy avait réagi à un commentaire de Larry Sanger qui justifiait quant à lui l'arrivée d'annonces publicitaires dans Wikipédia dans le but de maintenir son salaire. La réponse de Enyedy à Sanger fut celle-ci :

« Personne ne va gagner un seul dollar en plaçant des annonces sur mon travail, qui est clairement destiné à la communauté. De plus, je diffuse mon travail en termes de liberté, dans les deux sens du terme, moi et [sic] voulons le rester. Personne ne va utiliser mes efforts pour payer des salaires et/ou maintenir des salaires. Et je ne suis pas le seul à ressentir cela. J'ai quitté le projet. […] Bonne chance avec votre wikiPAIDia »[B 6][N 8]

Cette première crise fut donc à l'origine d'un tournant décisif au sein du mouvement Wikimédia naissant puisque c'est suite à celle-ci que Jimmy Wales décida de renoncer aux revenus publicitaires et de créer la fondation Wikimédia. Suite à l'apparition en octobre 2001 d'un autre projet encyclopédique concurrent au projet Wikipédia en suédois intitulé Susning.nu, le refus de la publicité fut par ailleurs tout à fait déterminant, puisqu'il permit au projet Wikipédia de subsister, alors que le projet Susnig ferma ses portes en août 2009[W 49].

Dans un premier temps, la popularité acquise par l'encyclopédie Susning, qui pourtant avait été lancé cinq mois après Wikipédia, avait en effet fortement ralenti le développement du projet Wikipédia en Suède. Mais à partir du 21 novembre 2002 et suite à l'apparition de bannières publicitaires et d'une absence de gestion claire au niveau des droits d'auteurs, les éditeurs de Susning finirent par migrer en masse vers le projet Wikipédia en emportant avec eu leurs écrits[W 50]. Selon un article de Wikipédia en anglais[W 49], l'encyclopédie Susning qui était soumise à de récurrentes attaques de spammeurs prit ainsi fin à la mi-août 2009, alors qu'à cette même époque, le projet Wikipédia en suédois continuait son développement pour devenir en ce début d'année 2021 la troisième version linguistique Wikipédia au niveau du nombre d'articles[W 51].

L'absence de publicité semble donc être une bonne chose pour les projets Wikimédia, mais obligea dès lors la fondation Wikimedia à se tourner vers d'autres solutions pour financer la maintenance et le développement des serveurs informatiques. À ces frais faudra-t-il encore ajouter, à partir de 2007, les salaires des employés et notamment celui d'une directrice générale, d'un directeur technique et quelques développeurs[B 7]. Étant donné que les rentrées financières issues de la vente de produits dérivés et des services rendus à des entreprises étaient insuffisantes pour couvrir ces frais[B 8], la récolte de dons est donc apparue comme solution viable. Et comme le démontre l'analyse[W 52] des rapports financiers de la fondation Wikimedia[W 53], ces campagnes ne cesseront par ailleurs de maintenir en hausse les rentrées financières au sein du mouvement.

Alors que les gains financiers de la fondation étaient de 80.129 USD en 2004, ils passèrent ensuite à 379.088 USD en 2005, puis à 1.508.039 USD en 2006[W 54], pour atteindre enfin 2.734.909 USD en juin 2007[W 55] et ne cesser par la suite d’augmenter considérablement comme l'indique le graphique ci-dessous. Mais la campagne de récolte de dons de 2007 fut néanmoins particulière à plus d'un titre. Premièrement, elle fut organisée pour la première fois en jumelage avec Virgin Unite. Deuxièmement, elle fut la première à afficher en tête de chaque page des projets éditoriaux Wikimedia un message d'appel aux dons[W 56]. Et troisièmement, elle fut le début d'un accroissement considérable du montant des récoltes qui allait se poursuivre par la suite[B 7].

Graphique illustrant l'évolution de l'actif net, des recettes et des dépenses de la fondation Wikimedia en dollars américains.
Fig. 4.2. Graphique illustrant l'évolution de l'actif net, des recettes et des dépenses de la fondation Wikimedia en dollars américains (source:L.S.).

Mais l'utilisation de bannières de récoltes de fond dans les sites éditoriaux fit apparaitre des contestations au sein du mouvement. Celles-ci concernaient la référence et le lien pointant vers le site Virgin Unite dans le message d'appel aux dons considéré par certains comme un acte « publicitaire » (Advertising) ou un « spam de donneur » (donor Spam)[W 57]. Suite à ces commentaires et alors que certains membres de la communauté menaçaient déjà de suspendre leurs activités, ce lien fut donc retiré en début de campagne[W 58]. Par la suite et jusqu'à ce jour, la récolte de dons au niveau des projets s'est limitée à la présence d'un lien vers une page de donation situé sur chaque page des sites web ainsi que d'une bannière en haut de celles-ci apparaissant pour une durée d'un mois environ.

Depuis 2007, on s’aperçoit donc que les inquiétudes d'Edgar Enyedy concernant l'utilisation des efforts d'une communauté bénévole pour payer des salaires étaient bel et bien fondées. En effet entre l'année 2007 et 2008, le budget dédié au salarié de la fondation, qui par ailleurs avait déjà dépassé celui dédié aux frais d'hébergement des projets depuis l'année 2007, fera plus que doubler en passant de 415.006 à 1.147.679 dollars US (voir tableau 5.1 ci-dessous). De plus, et contrairement aux frais d'hébergement des sites web du mouvement, qui progresseront lentement et seront même en régression en 2014 et 2015, les frais liés à la rétribution des employés de la fondation Wikimédia ne feront qu’augmenter de manière importante et régulière par la suite (voir tableau et figure 4.1 ci-dessous).

Tab. 4.1 Évolutions des dépenses de la fondation Wikimedia par rubriques
Années Salaires et traitement Prix et subventions Frais de fonctionnement Frais de service professionnels Traitement des dons Amortissement et dépréciations Voyages et conférences Hébergement Internet Frais de service en nature Évènements spéciaux
2004[W 54] - 495 - - 10.641 293 8.958 -
2005[W 54] 1.693 - 18.067 - - 41.018 27.798 40.273 22.493 -
2006[W 54] 107.122 - 47.777 - - 143.394 76.545 189.631 114.589 -
2007[W 55] 415.006 - 310.334 - - 34.939 264.361 389.417 316.723 -
2008[W 59] 1.147.679 - 952.019 - - 233.314 307.679 537.204 333.125 -
2009[W 60] 2.257.621 - 1.259.161 - - 419.947 223.193 822.405 578.279 -
2010[W 61] 3.508.336 208.662 3.846.420 - - 524.341 476.663 1.056.703 502.558 70.407
2011[W 62] 7.312.120 47.106 5.761.273 - - 1.000.400 1.159.200 1.799.943 349.516 36.282
2012[W 63] 11.749.500 2.106.752 9.198.892 - - 1.888.856 1.533.150 2.486.903 296.599 -
2013[W 64] 15.983.542 2.791.378 10.017.121 - - 2.706.841 1.395.013 2.549.992 260.909 -
2014[W 65] 19.979.908 5.704.791 3.861.708 7.117.519 1.505.654 2.722.007 1.965.854 2.529.483 370.602 143.219
2015[W 66] 26.049.224 4.522.689 4.449.764 7.645.105 2.484.765 2.656.103 2.289.489 1.997.521 23.557 266.552
2016[W 67] 31.713.961 11.354.612 4.777.203 6.033.172 3.604.682 2.720.835 2.296.592 2.069.572 1.065.523 311.313
2017[W 68] 33.731.089 11.214.959 6.307.987 6.972.048 3.809.286 2.762.175 1.954.772 2.169.861 214.581 -
2018[W 69] 38.597.407 13.555.339 7.033.513 7.059.832 4.512.139 2.903.910 2.389.279 2.342.130 2.781.234 267.482
2019[W 70] 46.146.897 12.653.284 9.005.744 8.998.261 4.977.583 2.856.901 2.867.774 2.335.918 1.361.958 20.969
2020[W 71] 55.634.912 22.893.806 10.047.127 11.670.125 4.857.199 1.951.405 2.309.068 2.400.286 407.711 317.758
Graphique illustrant l'évolution des dépenses de la fondation par rubrique et en dollars américains
Fig. 4.3. Graphique illustrant l'évolution des dépenses de la fondation par rubrique et en dollars américains (source:L.S.).

Dans une autre représentation graphique des dépenses de la fondation, il est aussi possible de mettre en évidence que les frais administratifs de la fondation Wikimédia, qui sont toujours restés très proches de ceux dédiés à la récolte de fonds, ont évolué nettement plus lentement que ceux destinés aux programmes et aux projets (voir figure 5.3 ci-dessous).

Évolution de la répartition des dépenses de la fondation Wikimedia en dollars américains
Fig. 4.4. Graphique illustrant l'évolution de la répartition des dépenses de la fondation Wikimedia en dollars américains (source:L.S.).

Suite à ces observations, il apparait donc clairement que les dons offerts à Wikipédia et au mouvement Wikimédia sont utilisés en grande partie pour payer les salaires des travailleurs engagés par la fondation Wikimedia. Une analyse qu'Edgar Enyedy avait déjà faite pour sa part en 2011 puisque lors d'une interview, il considérait déjà que :

Wikipédia a créé une grande base de salariés, et chaque année, elle doit demander des sommes toujours plus importantes. C'est ce que je ne voulais pas : une grande organisation centrée sur l'argent rendu possible grâce au travail gratuit de la communauté.[B 9][N 9]

Avec un premier audit financier en novembre 2006[B 10], et un nouveau type de campagne de récolte de dons en décembre 2006 janvier 2007 la fondation Wikimédia débutait donc un développement important tant au niveau financier qu'au niveau de son personnel. Mais alors que la fondation et les finances ne cesseront de croître, en mars 2007[W 72], soit peu de temps après ce qu'il vient d'être dit, un déclin de participation apparu au sein des projets Wikimédia. Vu la proximité dans le temps de tout ces évènements, je me suis donc demandé un jour s’il n'existerait pas une corrélation entre ces deux évènements.[W 73]

Car de fait, l'observation graphique du déclin démontrent que pour une certaine tranche des contributeurs actifs sur le projet Wikipédia anglophone la baisse de participation fut brutale et ne pouvait donc à mes yeux être déclenché que par un évènement ponctuel (voir figure 5.4). De plus et comme en témoignent les multiples graphiques visibles dans la figure 5.5 ci-dessous d'autres projets et surtout autres versions linguistiques de Wikipédia auront aussi été sujettes à un déclin similaire et à la même période[W 74].

Graphique des éditeurs actifs inscrits sur la Wikipédia anglaise au fil du temps.
Fig. 4.5. Graphique illustrant le nombre des éditeurs actifs inscrits sur la Wikipédia anglaise au fil du temps (source : https://w.wiki/34o4).
Capture d'écran de la page d'accueil de Wikiscan un site d'analyse statistique du nombre de contributions effectuée sur les projets Wikipédia dans le temps.
Fig. 4.6. Capture d'écran de la page d'accueil de Wikiscan un site d'analyse statistique du nombre de contributions effectuée sur les projets Wikipédia dans le temps (source : copie d'écran de la page http://wikiscan.org le 12/12/2020).

Cette hypothèse de recherche fut dans tous les cas retenue[W 75] lors d'un sommet organisé à Stockholm le 19 août 2019 par l'organisme de recherche The Citizens and Technology (CAT) Lab[W 76]. Elle repose en outre sur une étude qui analysa les résultats d'une enquête canadienne réalisée précisément en 2007 pour trouver réponse tout aussi précisément à des questions liées du don en temps et au don en argent[B 11]. En parcourant cette étude qui semble corroborer mon hypothèse, on y découvre en effet qu' « une probabilité relativement élevée (0.354) est observée pour que la personne de référence soit un donateur mais pas un bénévole ».

Comme troisième indicateur en faveur de mon hypothèse apparait ensuite le texte contenu dans la première bannière francophone de récoltes de fond : « Participez à la libre-diffusion de la connaissance en faisant un don à Wikipédia ! »[W 77]. De manière implicite, ce texte offrait effectivement une alternative inexistante au par avant que fut celle d'échanger sa participation en écriture au sein des projets par une participation financière. Une traduction littérale du message diffusé en anglais repris ci-dessous[W 56] confirme que le message était similaire en anglais : « Vous pouvez faire le don de connaissance en donnant à la fondation Wikimédia ».

Dans le courant de l'année 2015 apparu ensuite une étude statistique qui se pencha plus précisément sur la date d'arrivée et de départ des éditeurs actifs au sein des projets[W 78]. Celle-ci aura produit différent graphiques[N 10] qui permettent de constater que le déclin de participation du début 2007 concernerait essentiellement les nouveaux arrivants. On y observe aussi que le déclin se réduit au fur et à mesure que l'ancienneté des éditeurs augmente. Si l'hypothèse de l'effet négatif des bannières se confirme, ces dernières observations démontrent donc que celui-ci aurait donc touché de manière plus significative les nouveaux arrivants et que cela aurait favorisé la création d'un noyau dur d'anciens contributeurs au sein des projets.

Graphique illustrant le pourcentage d'éditeurs actifs dans les mois qui ont suivi leur arrivée.
Fig. 4.7. Graphique illustrant le pourcentage d'éditeurs actifs sur Wikipédia en anglais dans les mois qui ont suivi leur arrivée. La ligne diagonale indique la date d'arrivée d'un groupe d'éditeurs, les premiers arrivés se trouvant dans le coin supérieur gauche. Le prolongement horizontal indique le taux d'édition de chaque groupe. (source : https://w.wiki/34o5)

Avant cette étude statistique de 2015, la fondation Wikimedia inquiétée par ce phénomène de déclin avait déjà ordonné une précédente étude[B 12] qui se déroula dans le courant de l'année 2013 et qui concerna le site Wikipédia anglophone uniquement. Celle-ci avait pour but de définir les causes de ce phénomène alarmant de déclin illustré par des représentations graphiques telles que celles affichées ci-dessous (fig. 4.8 et 4.9 ci-dessous).

Fig. 4.8. Taux de rétention vs. éditeurs actifs sur le projet Wikipédia en anglais de 2004 à 2009 * Les éditeurs actifs (en bleu) correspondent au nombre de comptes d'utilisateurs effectuant au moins 5 modifications au cours du mois * Le taux de rétention (rouge) fait référence au pourcentage d'éditeurs qui ont effectué leur première édition au cours du mois spécifié et qui ont également effectué des éditions 12 mois plus tard. (source :https://w.wiki/$fE)
Taux de rétention après une année et nombre d'éditeurs actifs sur la Wikipédia en français
Fig 4.9. Taux de rétention après une année et nombre d'éditeurs actifs sur la Wikipédia en français (source :https://w.wiki/$fF).

Les conclusions de cette étude furent les suivantes[N 11] :

  • Cette baisse représente un changement dans le taux de rétention des nouveaux arrivants désirables et de bonne foi.
    • La proportion de nouveaux arrivants de bonne foi qui rejoignent Wikipédia n'a pas changé depuis 2006.
    • Ces nouveaux arrivants de bonne foi sont plus susceptibles de voir leur travail rejeté.
    • Ce rejet permet de prédire la baisse de rétention observée.
  • Les outils semi-autonomes (comme en:WP:HUGGLE) sont partiellement en cause.
    • Il est de plus en plus probable que les outils de retour en arrière fassent revenir le travail des nouveaux arrivants de bonne foi.
    • Ces réversions automatisées exacerbent les effets négatifs du rejet sur la rétention.
    • Les utilisateurs de Huggle ont tendance à ne pas s'engager dans les meilleures pratiques pour discuter des retours.
  • Les nouveaux utilisateurs sont écartés de l'articulation des politiques.
    • Le processus formalisé d'approbation des nouvelles politiques et des changements de politiques garantit que les changements des nouveaux venus ne survivent pas.
    • Les nouveaux venus et les autres éditeurs se dirigent de plus en plus vers des espaces moins formels.[W 79][N 12]

Bien qu'elle ne prenne pas en compte l'hypothèse d'une influence négative des messages des récoltes de fonds, cette étude met par contre en évidence au niveau de l'encyclopédie anglophone pour le moins, une composante multifactorielle dans l'origine du déclin de participation. On y tient compte en effet de l'arrivée de nouveaux sites éditoriaux et d'expression publique (espaces moins formels) tel que Facebook et Tweeter qui monopoliseront progressivement les activités d'écriture et de partage offertes par l'espace Web alors que des changements de la politique éditorial au sein des projets jumelés à l'arrivée de programmes automatiques de maintenance auront très probablement incité certain utilisateurs du Web à s'orienter vers les réseaux sociaux conçu pour être conviviales dans le but d'accroitre leurs nombres d'utilisateurs pour en tirer un profit commercial.

Du reste, il est surprenant finalement de constater que les discussions du déclin de participation furent tardives et n'eurent lieu qu'environ 5 ans après son apparition. Au niveau du grand public sa révélation fut faite par Jimmy Wales lors de la 7ᵉ rencontre Wikimania de 2011[W 80] et ce sera deux ans plus tard seulement, en 2013, qu'une première publication scientifique traita du sujet. Celle-ci dénoncera pour sa part au sein d'une communauté composée à 90 % masculine « une bureaucratie écrasante avec une atmosphère souvent abrasive qui dissuade les nouveaux arrivants »[B 13][N 13].

Ces années furent certainement une époque réjouissante pour les détracteurs de l'encyclopédie libre, mais sur un ton mitigé toute fois, car la baisse de participation puis sa stabilisation aura permis de maintenir par exemple le taux de production de nouveaux articles au sein de encyclopédies en français tel que le démontre le graphique ci-dessous.

Utilisateurs actifs et nouveaux articles par mois sur Wikipédia en français
Fig. 4.10. Utilisateurs actifs et nouveaux articles par mois sur Wikipédia en français (source :https://w.wiki/$f9)

Cette stabilisation du nombre d'éditeurs aura donc au bout du compte permis le maintien du taux de production de nouveaux articles. Selon les versions linguistiques de Wikipédia, des systèmes de création de contenu automatisés qui auront certainement contribué à cette équilibre seront aussi à l'origine de spectaculaire croissance comme ce fut le cas le projet Wikipédia Suédois grâce au programme Lsjbot créé Sverker Johansson (voir figure 5.7. ci-dessous). Selon son auteur, ce programme est en effet capable de produire 10 000 articles par jour dans le but de lutter contre les biais de représentativités linguistique, géographique et de genre[W 81].

Graphique illustrant la croissance régulière du nombre d'articles pour les plus importantes versions linguistiques du projet Wikipédia.
Fig. 4.11. Graphique illustrant la croissance du nombre d'articles pour les plus importantes versions linguistiques du projet Wikipédia (source : https://w.wiki/34o6)

La progression des pages encyclopédiques s'accompagne aussi de procédures de labellisation catégorisant et mettant en évidence des articles de qualités et les bons articles au sein des encyclopédies. Inspiré du projet anglophone et lancée respectivement fin 2005[W 82] et début 2006[W 83], ces initiatives auront certainement apporté une plus-value en matière de fiabilité. Une fiabilité qui par ailleurs avait déjà fait l'objet de tout un débat en décembre 2005, lorsqu'une étude portant sur le projet anglophone et publié dans la revue scientifique Nature affirmait qu'en moyenne et pour chacun des 42 articles de thématiques scientifiques repris par l'étude[B 14], « Wikipédia contenait environ quatre inexactitudes ; Britannica, environ trois » [B 15],[N 14]. La vive réaction de l'Encyclopædia Britannica à l'égard de cette étude mit ainsi clairement en évidence la concurrence économique que représentait l'arrivée de Wikipédia dans le secteur des encyclopédies.

Graphique illustrant l'augmentation des articles de haute qualité sur le projet Wikipédia en anglais et en allemand
Fig. 4.12. Graphique illustrant l'augmentation des bons articles sur le projet Wikipédia en anglais (vert), allemand (rouge), et des articles de haute qualité en anglais (jaune) et en allemand (bleue) (source : https://w.wiki/34oC)

Dès 2008, cette concurrence fit d'ailleurs naître des inquiétudes chez des personnes tel que Pierre Assouline qui se posa la question de savoir si « les encyclopédies vont-elles mourir »[B 16]. Au niveau des encyclopédies papier, la réponse à cette question fut oui, mais la raison principale n'en fut probablement pas l’existence de Wikipédia étant donné que développement de la micro-informatique eu une grande part de responsabilité dans cette disparition. Avec l'arrivée des ordinateurs portables, tablettes, smartphones qui offrent un accès à l'information rapide et surtout très peu encombrant, l'intérêt de posséder chez soi des étagères de tomes encyclopédiques se perdit en effet rapidement[W 84].

L'arrivée de Wikipédia aura eu par contre un impact évident sur le marché des encyclopédies en ligne. Comme premier fait notoire figurera certainement la fermeture de l'encyclopédie Encarta produite par Microsoft le 31 octobre 2009[W 85] alors qu'en janvier de la même année Wikipédia drainait 97 % des visites sur Internet parmi les cinq premiers sites de référence[W 86].

Viendra ensuite la fermeture de l'encyclopédie Knol lancée en 2007 par Google, un deuxième géant du domaine informatique, et abandonné en mai 2012 suite à ce qui fut considéré comme un échec commercial[W 87]. Dans l'ombre de Wikipédia, ne persisteront que quelques rares projets d'encyclopédies généralistes se distinguant par l'expertise des auteurs ou examinateurs. Les deux exemples les plus connus tous deux en anglais uniquement et lancés au courant de l'année 2006 sont le projet Citizendium lancé par Larry Sanger en septembre 2006 et le projet Scholarpedia. Cependant, le 13 décembre 2020, le premier projet ne comprenait 76 090 articles[W 88], le deuxième 1812[W 89], alors que Wikipédia en compte plusieurs millions dans plusieurs versions linguistiques[W 51].

Au niveau francophone, il fut aussi un temps où un comité d'experts groupé autour d'une encyclopédie canadienne intitulée :Encyclopédie de l'Agora se réjouissait d'être « toujours les premiers dans Google »[W 90]. Fondée en 1998 par le philosophe Jacques Dufresne, cette encyclopédie perdit pourtant rapidement son privilège suite à l'apparition de Wikipédia. Ce fut au regret de son fondateur qui, sans aucune forme de rancœur selon lui, verra dans cet évènement une forme de « domination culturelle »[W 91] et de « soft power » [W 92]. Plus tard et toujours au niveau francophone, viendra ensuite en 2015, le sauvetage in extrémise de la célèbre Encyclopædia Universalis suite à un redressement judiciaire qui mettait en péril la poursuite de ses activités[W 93].

Toutefois, si les encyclopédies généralistes ont souffert de l'arrivée de Wikipédia, d'autres encyclopédies qui se distinguent par leur approche thématique du savoir, poursuivent leurs développements. Parmi les plus connues trouvées au sein d'une liste de plus de 80 encyclopédies en ligne disponible sur Wikipédia[W 94], je me limiterai ici à citer le projet MusicBrainz, une base de données musicale collaborative et universelle, Ékopédia, une encyclopédie dédiée à l'écologie au quotidien. J'ajoute ensuite à ces premiers exemples, deux autres projets issues du milieu universitaire cette fois que sont la The Stanford Encyclopedia of Philosophy et Anthropen un dictionnaire spécialisé dans le domaine de l'anthropologie.

L'histoire économique du mouvement Wikimédia ne se limite évidemment pas à celle de son l'encyclopédie, puisque la concurrence économique créée par le mouvement Wikimédia concerne aussi le secteur des dictionnaires avec l'arrivée du pojet Wiktionnaire qui apparait aussi comme l'un des produits de niche situé sur le Web[B 17]. En 2005 et au niveau des receuils de citations, le projet Wikiquote en français fut quant à lui inquiété par une plainte adressée à Wikimédia France et relayée sur Meta-Wiki accusant le projet wikimédien de récupérer de manière illicite le contenu d'une base de donnée protégée par un droit d'auteur[W 95]. Bien que l'idée de clôture du projet n'ait pas été retenue, il aura toutefois fait l'objet d'un redémarrage complet avec la mise en place d'une politique de traçabilité des citations plus exigeante[W 96].

Ce dernier épisode de l'histoire du mouvement rappele donc que les projets Wikimédia bien que gratuits et soutenus par des organsiations à but non lucratifs, s'incèrent au coeur du marché tout et sont en ce sens, soumis aux même contraintes économiques que tout autres produits. En juillet 2015, autre exemple, ce fut cette fois le projet Wikitionnaire qui fut inquiété par une plainte adressée par courriel à l'un de ses administrateurs par l'entreprise 3M pour s'opposer à la présence des noms de marque post-it et scotch au sein du dictionnaire libre. La réclamation non officielle fut toute fois laissée sans suite en raison du fait que les termes étaient passés dans le langage courant et qu'ils trouvaient donc tout naturellement leurs places au sein d'un dictionnaire. Dans un réflexe typiquement conservateur, l'entreprise en question n'aura sans doute pas compris que lorsqu'un nom de marque apparait dans un dictionnaire, c'est à la fois une preuve de réussite commerciale une publicité gratuite.

Le projet Wikimedia commons à son tour, fut aussi marqué par une affaire économique d'importance en 2011. Celle-ci prit naissance suite au téléchargement sur le site d'autoportraits produits par des macaques nègres avec le matériel photographique de David Slater, un photographe animalier. Alexandre Hocquet décrit en détail cette histoire dans l'une des vidéos produites au sein d'un projet dédié à enseigner Wikipédia par les anecdotes[V 2]. On y découvre que les demandes de suppression des clichés et du paiement de droit d'auteur du photographe furent refusées par la fondation Wikimédia. Celle-ci rejoint en effet l'avis de sa communauté de contributeurs considérant les œuvres produites par des êtres non humains et donc non reconnus comme personnes physique ou morales, ne peuvent faire l'objet d'un droit d'auteur. Cette postition fut d'ailleurs par la suite validée par le bureau américain du droit d'auteur qui tranchera juridiquement la situation en faveur du mouvement Wikimédia[W 97],

Vidéo 4.13. Vidéo : Enseigner Wikipédia par les anecdotes :Le Selfie du Macaque (source : https://w.wiki/34oD)[V 3]

Heureusement, l'économie n'est pas seulement fait de conflit et de compétition. En 2019 par exemple, le Wiktionnaire en français qui est le deuxième projet francophone le plus actif après Wikipédia[W 51], sa communauté d'éditeurs, l'association Wikimédia France et les éditions Garnier, s'associèrent tous ensemble pour produit le Dico, un dictionnaire broché qui reprendra les définitions des 40 000 mots de la langue française les plus recherchés en 2018 selon des statistiques produites au départ de 11 millions de recherches faite au sein du Wiktionnaire[W 98]. Ce partenariat parmis d'autres apporte donc la preuve que le mouvement Wikimédia est capable de collaborer avec d'autres acteurs économiques, sans but lucratif et même commerciaux sans que cela ne pose problème ni au communauté ni à la fondation et associations affiliées au mouvement.

Un des premiers partenariats du genre apparut déjà en 2005, lorsque la fondation établit avec l'entreprise Yahoo un accord très médiatisé dans le but d'héberger le contenu des projets Wikimédia diffusé en Asie[W 99]. Avant Yahoo, Google avait déjà offert des services d'hébergement sans qu'il y eût de suite[B 18]. Un refus sans conséquence semble-t-il, puisqu'il n’empêcha pas pour autant l'entreprise de garder contact avec la fondation et même de devenir un mécène important qui devancait d'autre géants du Web tels que Facebook ou Amazone avec un premier versement de 2 millions de dollars américain en 2010[W 100]

Un autre partenariat, controversé pour l'heure et toujours en raison de la présence de publicité[W 101], fut un premier du genre établit en 2009 avec la firme Orange pour permettre à l'entreprise de bénéficier d'un accès aux contenus Wikimedia sur ses portails web et mobile dans certains pays[W 102]. Comme autre exemple apparait aussi en 2018 une convention dans laquelle Google offrira une aide technique et financière à un projet intitulé projet Tiger[W 103] consacré au développement des langues minoritaires indiennes au sein de l'encyclopédie libre[B 19].

Il ne faut pas non plus ensuite s'imaginer que les projets collaboratifs Wikimédia n'auront jamais développé en interne des relations économique entre ses contributeurs. À une époque, apparu en effet au sein de certain projet un système de rétribution symbolique des éditeurs par de la WikiMoney gérée au sein d'une WikiBanque. Le principe reposait sur une sorte de crédit mutuel basé sur une devise virtuelle frappée du sigle ψ et comptabilisé entre les éditeurs désireux d'en faire usage sur une page faisant office de banque. Mis en place au courant de l'année 2003 sur différents projets francophones anglophones et nipponophones, il disparut toutefois en février 2007 après une période d'inactivité de huit mois sur le projet francophone[W 104] et quelques mois plus tard sur Wikiversité[W 105].

Sur Wikipédia en français, cette disparition fut très certainement influencée par la présence d'un groupe d'une centaine d'éditeurs qui se sont opposés à la WikiMonnaie de manière quelque peu humoristique. Surnommés les « WikiSchtroumpfs » ils ont véritablement construit leur activisme en prenant pour référence l'album Le Schtroumpf financier dans lequel on voit apparaitre des conséquences désastreuses au sein du village de petits homme bleues suite à l'introduction de l'argent dans un monde qui avait toujours vécu sans[W 106].

Si les questions d'argent ont disparu des sites éditoriaux Wikimédia depuis 2007, elles restent pourtant très présentes dans d'autres espaces web hébergés par le mouvement. Tout d'abord sur le site de la fondation où l'on trouve des rapports financiers ainsi que sur le site Wikimedia endowment comme cela a été vu, mais aussi sur la page donate.wikimedia.org destinée à accueillir les personnes désireuses d'offrir un soutien financier au mouvement. Un lien présent sur tous les projets éditoriaux Wikimédia redirige de fait les donateurs vers cette espace dont les plus anciennes archives de 2004[W 107][W 108] indiquent qu'on y faisait référence à l'ensemble des projets, alors qu'en 2021 la référence aux projets se limite à Wikipédia seulement.

En poursuivant cette première observation par la comparaison de la version en français[W 107] et en anglais[W 108] de 2004 et celles du 5 février 2021 [W 109][W 110] affichées près de quinze ans plus tard, on s’aperçoit aussi que la version anglaise de 2021, est nettement plus direct et culpabilisant que la version francophone, par ailleurs très proche de la version portugaise[W 111]. De plus, il apparait dans les versions récentes que le texte explicatif sur l'utilisation des dons, très semblable d'une version linguistique à l'autre, aborde en premier lieu les frais d'infrastructure pour parler seulement ensuite des frais de personnel en indiquant un nombre d'employés qui divergent d'une version linguistique à l'autre, tout en restant obsolètes au niveau des trois langues observées.

Toutes ces observations mettent ainsi en évidence une volonté d'efficacité dans la récolte de fonds dont il faut savoir que l'organisation est guidée par des tests pouvant aller jusqu'à des choix typographiques tel l'utilisation de caractères gras[W 112]. Derrière tous ces choix, nous avons vu dans le deuxième chapitre de ce travail qu'il existe au sein de la fondation une équipe qui rassemble en 2020, trente et un salariés dont l’objectif principal est d'assurer une augmentation constante des recettes par le biais de campagnes de donations[W 113]. Depuis 2014, un ratio relativement stable de 3,03 % à 4,63 % est d'ailleurs maintenu entre le coût des campagnes et le total des dons récolté[W 114]. Grâce aux rapports annuels produit par cette équipe[W 115] et selon le graphique repris ci-dessous (figure 4.9), on peut ainsi observer que depuis 2015, le montant moyen des dons se sera stabilisé autour de 15 USD.

Taille moyenne des dons au mouvement Wikimédia pour les années fiscales allant de 2012 à 2020
Fig. 4.14. Taille moyenne des dons au mouvement Wikimédia pour les années fiscales allant de 2012 à 2020 (source : https://w.wiki/34oF)

Toujours depuis des observations menées depuis 2014, le tableau 4.2 produit ci-dessous nous informe aussi au sujet d'une relative stabilité proportionnelle de l'argent reçu en fonction des méthodes de collectes. Comme seule une évolution concernant les dons récoltés sur les projets éditoriaux apparait la diminution de ceux offerts au départ d'un ordinateur de bureau expliquée sans doute par l'accroissement des dons fait au départ d'appareils mobiles et par domiciliations bancaires.

Tab. 4.2. Évolution des dons en US Dollars à Wikimédia selon leurs origines et par années
Années 2014/15[W 116] 2015/16[W 117] 2016/17[W 118] 2017/18[W 119] 2018/19[W 120] 2019/20[W 121]
Bureaux 35 900 000 28 800 000 29 200 000 26 885 173 24 812 000 23 566 298
Courriels 8 300 000 16 900 000 23 500 000 24 465 793 29 224 326 30 774 715
Mobiles 7 600 000 6 300 000 8 200 000 13 562 575 19 194 528 21 942 428
Grands dons 10 700 000 9 500 000 10 200 000 11 595 033 14 130 163 14 879 276
Chapitres 6 600 000 6 600 000 8 200 000 11 238 929 9 454 198 10 186 345
Domiciliations 4 400 000 5 200 000 5 524 673 8 599 002 12 684 393
Autres 6 200 000 4 700 000 6 500 000 5 524 673 7 575 655 10 097 593
Totaux 75 300 000 77 200 000 91 000 000 98 796 849 112 989 872 124 131 048
Tab. 4.3. Évolution des dons à Wikimédia en pourcentage, selon leurs origines et par années
Années 2014/15 2015/16 2016/17 2017/18 2018/19 2019/20
Ordinateurs 48 % 37 % 32 % 27 % 22 % 19 %
Courriels 11 % 22 % 26 % 24 % 26 % 25 %
Mobiles 10 % 8 % 9 % 14 % 17 % 18 %
Grands dons 14 % 12 % 11 % 11 % 12 % 12 %
Chapitres 9 % 9 % 9 % 12 % 8 % 8 %
Virements 6 % 6 % 7 % 8 % 10 %
Autres 8 % 6 % 7 % 5 % 7 % 8 %

Pour clôturer cette section sur l'histoire économique du mouvement il reste enfin à partager un récent épisode de 2019-2020 qui aura rassemblé la communauté des contributeurs et divers responsables d'associations locales[W 122] pour s’opposer au désir de la fondation de rentabiliser la popularité du nom de marque Wikipédia pour des raisons de marketing non dissimulées. Organisée sur sur le site Meta-Wiki, un appel à commentaire concernant les mesures de rebranding aura attiré l'attention de milliers de personnes pour rassembler au total plus de 500 signatures d'opposition contre moins d'une cinquantaine de votes favorables au changement d’appellation[W 123]. L'ampleur de cette opposition contraindra finalement le conseil d'administration de la fondation à suspendre la procédure de changement d'image de marque[W 124].

Plus récemment encore, c'est une nouvelle proposition de créer un nouveau projet interdépartemental appelé Wikimedia Enterprise initialement intitulé Okapi[W 125] dans le but d'ouvrir des services « autofinancés », ou autrement dit payant, pour les utilisateurs commerciaux à grande échelle du contenu Wikimedia[W 126]. Ce projet qui se motive au départ d'un essai[W 127] qui se veut rassurant, est censé répondre à tout un ensemble de principes[W 128] et répondre à tout une série de questions[W 129], qui informe que le projet sera en open source mais sera hébergé sur Amazon Web Services (AWS) faute d’alternative avec un nom de domaine en « .com » qui sera géré par une société à responsabilité limitée (SARL) déjà créée par la fondation pour se protéger en cas de litige mais qui restera sous le contrôle de son conseil d'administration. Reste enfin à signaler que cette entreprise sera sous juridiction américaine et sera donc tenue par exemple de respecter les interdictions de fournir ses services à certains pays.

Une première leçon d'histoire[modifier | modifier le wikicode]

À la suite de cette revue historique de l'économie Wikimédia, il apparait donc clairement que la communauté des éditeurs se sera toujours opposée à la diffusion de toute forme de publicité au sein de ses projets tout et refusera la plupart des cas de se plier aux intimidations des acteurs économiques (selfie du macaque, plainte à l'encontre de Wikiquote et Wiktionnaire). Par contre et de façon paradoxale au premier regard, elle ne s'oppose dans l'absolu à l'établissement de partenariats commerciaux ni même à la récupération commerciale des produits Wikimédia par ailleurs diffusés sous une licence libre qui en donne l'autorisation (CC.BY.SA).

Ce paradoxe disparaît cependant dès que l'on sait que la clause de partage à l'identique (SA pour Share Alike) baptisée copyleft oblige les commerciaux issus du contenu Wikimédia à être soumis à la même licence que celle utilisée par le mouvement. Cela signifie par exemple que le contenu récupérer sur un projet peut constituer peut-être vendu sous forme de livre tel que le fait déjà la une firme commerciale PediaPress[W 130]. Mais cela signifie aussi que les livres seront à leurs tours libres d'usages et de reproductions pour peu que l'on continue à créditer les auteurs et à maintenir la licence originale produite par le mouvement Wikimédia. C'est ainsi le propre de la condition de partage à l'identique (share alike ou SA) qui empêche donc à une entreprise commerciale de s’approprier le travail des éditeurs pour le mettre à son nom et en imposer via un copyright, un usage restrictif ou conditionnel.

Ce positionnement par rapport à l'usage des produits Wikimédia est en outre tout à fait cohérent avec la mission du mouvement vouée au partage des connaissances humaines. Car en interdisant l'usage commercial des contenus Wikimédia, on interdirait aussi par exemple la vente de manuels scolaires ou autres livres pédagogiques produits au départ de ces contenus wikimédia et dont le prix d'impression ne pourrait pourtant pas être nul. Par contre, à côté de cette plasticité concernant l'usage commercial de ses produits, la communauté Wikimédia apparait tout à fait réfractaire à l'utilisation de méthodes commerciales au sein même de son mouvement. Les vives réactions par rapport au jumelage Virgine Unite, au partenariat avec Orange et de la tentative de rebranding planifiée par la fondation sont trois exemples parmi d'autres.

Fort de ce modèle économique original basé sur la gratuité et la participation volontaire d'éditeur bénévoles, l'encyclopédie Wikipédia réussit ainsi à bouleverser complètement le marché économique dans lequel elle prit naissance, tout en empêchant par la suite l'arrivée de toute nouvelle concurrence quand bien même que celle-ci fut financée par l'acteur le plus puissant du web. Les projets Wikimédia ont ensuite fait preuve d'une grande capacité de résilience suite à une baisse de participation due au départ de certains contributeurs, mais aussi et surtout au manque de rétention des nouveaux arrivants. Nous avons vu que les raisons de cette baisse d'activité étaient multi factorielle, mais que son arrivée brutale peut être expliquée par une méthode nouvelle et pour le moins maladroite à mes yeux, dans laquelle la récolte de dons invite implicitement les lecteurs à renoncer à l'édition des projets au bénéfice d'une participation financière au mouvement.

Contrairement à la sphère en ligne qui s'oppose à toute forme de publicité et se désintéresse de tout aspect financier (Wikistroumpfs), la sphère hors ligne du mouvement et la fondation Wikimédia en particulier qui en a la charge, accorde par contre une grande attention sur les rentrées financières du mouvement. Avec une équipe qui représente environ 6 % de son personnel et qui utilise près de 4 % de son budget annuel, la fondation Wikimédia assure les revenus financiers du mouvement au départ de campagnes de donations annuelles[N 15]. Celles-ci diffusent un message dont l'efficacité repose sur des recherches pointues, et dans lequel la justification première au don est la nécessité de maintien d'une infrastructure et la seconde d'assurer les frais de personnel dont l'efficacité se voit vantée[W 109][N 16].

La constante augmentation du budget récolté aura ainsi permis une impressionnante croissance de la fondation et des frais liés à son fonctionnement dont rien que les salaires représentent depuis 2015 environ 50% de son budget total. Si on ajoute à ceux-ci les frais liés au fonctionnement professionnel de voyage et de service en nature et toujours au niveau de ces cinq années, on en arrive alors à près de 75% de la totalité du budget de la fondation consacré à maintien de son personnel dont moins de la moitié est investie dans le maintien et le développement de l'infrastructure[N 17]. Ceci alors qu'en contrepartie, les frais d'hébergement Internet toujours en baisse au niveau de leur pourcentage par rapport aux dépenses globales du mouvement seront passés de 4 à 2%.

Évolution des dépenses de la fondation Wikimédia par rubriques et en pourcentage de ses dépenses totales
Fig, 4.15. Évolution des dépenses de la fondation Wikimédia par rubriques et en pourcentage de ses dépenses totales

Face à une telle croissance de besoin financier Guy Macon, un contributeur actif sur le projet Wikipédia anglophone depuis 2005 aura publié un billet intitulé Wikipedia has cancer (Wikipédia a le cancer). Sans reprendre ici toutes les critiques portés à la fondation contenue dans ce texte, cette métaphore avait pour but principal de soulever des inquiétudes concernant la pérennité du fonctionnement de la fondation en proposant comme solution la création d'un fonds d'investissement pour palier à ce risque. Katherine Maher, directrice de la fondation à cette époque rassura toute fois l'auteur en lui signalant qu'un fond de dotation Wikimedia (Wikimedia Endowment)[W 131] existait déjà depuis 2016 avec pour but d'atteindre 100 millions de dollars américain en 2026 alors qu'il engrangait déjà 90 millions de dollars US le 2 janvier 2021[W 132].

Pour un observateur extérieur au mouvement tel le journal Quartz, la fondation Wikimedia n'est sujette à aucun risque financier étant donné que ses dépenses restent constamment au-dessous de ses revenus. Au contraire, elle affiche une marge d'exploitation saine qui fait bien mieux que ses concurrents[W 133]. Du reste, deux ans avant ce commentaire, le Washington Post se demandait déjà pourquoi il faudrait donner son argent à une organisation qui en a déjà « une tonne », tout en remarquant au passage que dans une telle situation, les messages de récoltes de fonds étaient abusivement alarmants[W 134].

Qu'un journaliste compare la fondation reconnue comme organisme sans but lucratif et non gouvernemental à des firmes commerciales succite question. Contrairement à la plupart des sites .com dont le but est de rapporter le plus d'argent aux propriétaires et investisseurs, les sites du mouvement Wikimédia sont en effet là pour répondre à une mission de partage libre et gratuit du savoir humain. Cette comparaison entre des organismes à but lucratif et un organisme à but non lucratif, ainsi que le projet d'ouvrir un site .com au sein du mouvement et de commencer à vendre un accès privilégié au information contenues dans les projets Wikimédia au travers du projet Wikimedia enterprise sont donc des premiers indicateurs d'une dérive de la mission de libre partage du mouvement qui sera débattue en fin chapitre.

Il est ensuite remarquable que l'association Suisse et Allemande sont les seules à gérés directement les dons offerts par leurs compatriotes via les campagnes de donc organisées au sein des projets éditoriaux et après toute fois avoir transmis un pourcentage du montant total à la fondation Wikimedia[W 135]. Pour les autres associations nationales, les rentrées financières proviennent alors de demande de subvention adressées au comité des fonds[B 20] de la fondation Wikimédia[B 21] et de campagnes de soutien orchestrées localement[V 4], dont certaines peuvent donner accès à une déduction fiscale[W 136]. Certaines associations locales telles que Wikimédia Italie[W 137] et Wikimédia Pologne[W 138] bénéficient aussi d'un soutien financier étatique provenant directement d'une partie d'impôts communautaires que les citoyens sont libres d'attribuer à des organismes d'intérêt public.

Pour le reste, il faut savoir aussi que la fondation Wikimédia, mais aussi les associations nationnales bien qu'à plus petite échelle, accordent aussi des financement pour des projets individuels et collectifs. En 2013-2014, le comité de distribution des fonds, aidé par un logiciel d'aide à la prise de décision, a en effet accordé des financements à des individus, groupes et associations dans plus de 60 pays du monde, et 30 communautés linguistiques et thématiques[B 22]. Ce système de financement est cependant régulièrement soumis à des refontes comme c'est encore le cas en 2020-2021[W 139] et on peut lui reprocher certaines difficultés d'accès pour les personnes n'ayant pas d'expérience spécifique dans la présentation de ce type de dossier alors que des organismes spécialisés et extérieurs au mouvement y trouveront des facilités[B 23], de plus on peut observer des délais parfois très important entre l'acceptation de la demande et la réception des fonds[N 18].

Au terme de cette section, j'aimerais finalement attirer l'attention sur le fait que l'utilisation quasi exclusive de l'espace web comme support de partage de la connaissance au sein du mouvement wikimédia demande effectivement de sérieux investissements financiers. Que ce soit au niveau de l'infrastructure matérielle et plus encore au niveau de al main d’œuvre hautement qualifiée, le maintien et le développement des activités au sein du mouvement justifie, comme cela a été vu, la moitié de l'argent dépensé au sein du mouvement. Il est donc important à présent de rendre visible et compréhensible l’activité technique au sein du mouvement Wikimédia au travers son histoire.

Introduction à la technologie Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

Dix ans de participation active au sein des espaces éditoriaux Wikimédia m'auront donné l'occasion d'assisté à toute une série de changements techniques qui auront littéralement transformé mon expérience utilisateur. À partir de 2010, la fondation commença effectivement à s'investir plus sérieusement dans l'amélioration de l'expérience utilisateur[W 140] et dès l'année 2013 les innovations au niveau des fonctionnalités n'ont faite que se succéder. Ce choix de la fondation fut pour moi une démarche réellement salvatrice pour la rédaction en ligne de cette présente thèse de doctorat. Durant l'été 2011, lorsque je rédigeais mon mémoire de fin de master sur Wikiversité, je n'avais d'autre choix que de rédiger son entièreté au départ d'une syntaxe HTML simplifiée appelée WikiCode. C'était deux ans avant qu'apparaissent les fonctionnalités de type Ajax ou WISIWIG déjà en vogue sur les réseaux sociaux pour permettre d'éditer les pages avec une interface proche d'un traitement de texte simplifié et donc sans voir apparaitre aucun code informatique.

À l'époque de mon travail de fin d'étude de master, il n'y avait pas non plus de système de notification des messages adressés aux autres utilisateurs en dehors d'un avertissement lorsque l'on était contacté sur sa propre page de discussion utilisateur. Pour facilité mes échanges durant mon travail de master, j'avais d'ailleurs improvisé la création de sous pages de discussions dans le but d'établir des dialogues avec les membres de la communauté[W 141]. Sans ces deux changements majeurs concernant l'édition et la communication au sein des projets Wikimédia, la réalisation de cette thèse aurait donc demandé beaucoup plus de travail pour sa rédaction alors que certains dispositifs dialogiques auraient été certainement moins efficaces.

Voici pour se faire une idée de la relative complexité du wikicode, un contenu relativement simple contenant une phrase avec une référence, un hyperlien, une image, et un simple tableau à quatre entrées, dont le wikicode sera affiché par la suite[N 19].


Image tirée de l'ouvrage Jupes troussées[B 24] trouvé sur Wikisource avec cette note fictive et un simple tableau.

Image démo
Fig. 4.16. Image démo (source:https://w.wiki/32hj)
Tab. Fictif
A B
a 1 2
b 3 4

---- Image tirée de l'ouvrage ''Jupes troussées''<ref group="B">{{Ouvrage|prénom1=E.|nom1=D|titre=Jupes troussées|éditeur=Imprimerie de la société cosmopolite|date=1889|lire en ligne=https://fr.wikisource.org/wiki/Jupes_trouss%C3%A9es|consulté le=2021-02-26}}</ref> trouvé sur [[w:fr:Wikisource|Wikisource]] avec cette note fictive<ref group="N">Note fictive pour démonstration du WikiCode</ref> et un simple tableau. [[Fichier:Jupes troussées-Bandeau-8.jpg|alt=Image démo|gauche|vignette|Image démo (source:https://w.wiki/32hj)]] {| class="wikitable sortable"|+Tab. Fictif !!A!B|-|a|1|2|-|b|3|4|}{{Clear}} ----


Il faut enfin rappeler que la mise en place des nouvelles fonctionnalités sur Wikiversité comme sur les autres projets doit toujours faire l'objet d'une prise de décisions au sein de la communauté selon un processus aussi rébarbatif qu'incontournable. Comme exemple parlant, je cite ici une prise de décision organisée sur Wikipédia de 2012 dans le but supprimer les crochets entourant les renvois vers les notes et références, (exemple[1] - exemple1). La décision ne fut prise qu'après 22 jours de discussion et 27 jours de votes durant lesquels auront participé 174 utilisateurs[W 142]...

Cette modification de l'apparence des indices de renvoi vers les références aura pu être faite par un contributeur bénévole disposant de statuts et d'outils techniques expresse accordé par la communauté suite à un vote[N 20]. Mais d'autres modifications sont impossibles à réaliser au départ d'un simple navigateur web. Dans ce cas de figure, la communauté d'éditeurs doit alors se rendre sur le site Wikimedia Phabricator[W 143] pour faire la demande de changement à un groupe de développeurs qui disposent d'un accès direct et privilégié aux serveurs informatiques.

Composé de salariés de la fondation et de bénévoles accrédités, ce groupe d'informaticiens effectue ainsi tous les mois des milliers de modifications de code[B 25] sur demandes de la fondation ou selon les souhaits de la communauté d'éditeurs[W 144]. Lorsque les souhaits et les volontés de la fondation s'opposent à ceux de la communauté d'éditeurs, cela peut alors parfois aboutir à des situations conflictuelles comme cela va être illustré par quelques moments-clefs récupérés au sein des archives du mouvement précédemment citées et auxquelles s'ajouteront cette fois le journal d'actualité technique du logiciel MediaWiki[W 145] et le journal des étapes importantes des projets Wikimédia[W 146],

L'histoire technologique du mouvement[modifier | modifier le wikicode]

Au niveau francophone, l'évolution technique Wikimédia débutera le 11 mai 2001 avec la création du site french.wikipedia.com un peu moins de quatre mois après la création de Wikipédia en anglais[W 147]. Les projets frères de Wikipédia apparaîtront par la suite avec en premier lieu le Wiktionnaire, lancé en décembre 2002 dans sa version anglophone[W 148] et un an et demi plus tard pour sa version francophone. Viendront ensuite tour à tour les autres projets éditoriaux dont Wikidata sera le dernier en date a nécessité d'une nouvelle installation de logiciel MediaWiki sur les serveurs Wikimédia en 2012.

Suite à la création de Wikipédia, il ne fallut ensuite attendre pas plus tard qu'octobre 2002 pour qu'apparaisse au sein de Wikipédia en anglais un premier bot intitulé Rambot. De manière comparable à Lsjbot dont il fut déjà question dans ce chapitre, ce premier bot avait pour mission de créer automatiquement 33,832 articles concernant une liste des villes américaines fournie par le bureau du recensement des États-Unis[B 26]. Tout comme Lsjbot, Rambot fut à l'origine de critiques virulentes sans qu'il soit toujours possible de savoir si elles s'adressaient au robot ou à son créateur[V 5]. De ces discussions, aura vu le jour une nouvelle politique au sein du projet afin de distinguer l'humain de l'automate au niveau des comptes utilisateurs[B 27]. En octobre 2020, alors qu'il y a 82 robots actifs sur Wikipédia[W 149] et 9 sur Wikiversité[W 150], leur mise en fonction doit être soumise à l'approbation de la communauté avec au moins 75% de votes favorables.

À côté de ses programmes d'édition automatique, apparaîtront aussi de nombreux programmes voués à la protection des projets face aux utilisateurs malveillants tel que les spammeurs ou vandales de tout type. Certains de ces algorithmes sont aussi des bots qui fonctionnent au départ d'un compte utilisateur, alors que d'autres apparaissent sous forme d'extensions du logiciel MediaWiki tel que le système AbuseFilter qui bloque l'ajout de certains liens externes non désiré au sein des projets[W 151]. D'autres programmes fonctionnant en JavaScript cette fois peuvent aussi être activés individuellement au départ d'un compte utilisateur pour offrir de nouveaux outils de contrôle au départ d'une interface graphique. C'est par exemple le cas du programme LiveRC qui permet de voir défiler en temps réel toutes les nouvelles modifications faite au site tout en étant muni d'une panoplie d'outils de communication et d'intervention (voir figure 4.12. ci-dessous).

Copie d'écran de l’interface de LiveRC en 2014
Fig. 4.17. Copie d'écran de l'interface de LiveRC en 2014 (source : https://w.wiki/34oJ)

En septembre 2004 apparu la plate-forme Wikimedia Commons grâce à laquelle il fut désormais possible de centraliser en un seul lieu presque tous les fichiers utilisés sur l'ensemble projets de manière à pouvoir supprimer les doublons et donc réduire les besoins du mouvement en espace de stockage informatique. Sur ce site, d'autres innovations faciliteront ensuite la recherche, la consultation et le visionnage des fichiers hébergés.

L'année 2004 vit aussi apparaitre au sein des projets un nouvel espace de noms intitulé modèle dont le but cette fois est de centraliser sur une seule page un travail qui autrement aurait dû être effectué de manière récurrente sur de nombreuses pages. Ce système a aussi pour avantage d'homogénéiser l'apparence des projets tout en offrant la possibilité d'un changement qui sera effectif sur de multiple pages en une seule action. Cet espace de nom tout comme de nombreux autres destinés à la catégorisation, aux discussions, à l'entraide, à l'organisation et la gouvernance des projets sont peu visibles par rapport aux pages destinées aux lecteurs de contenus. Les pages situées dans ces espaces de nom représentent ainsi la face cachée de l'iceberg des activités d'écriture au sein des projets. Elles sont par exemple dans le projet Wikipédia en français, quatre fois plus nombreux que les pages encyclopédiques[W 149] et deux fois plus nombreuses sur la Wikiversité francophone par rapport aux pages dédiées à l'enseignement et la recherche[W 150].

Au début du mois d'août 2005 et lors de la première rencontre Wikimania à Francfort[W 152], les administrateurs de Wikipédia qui réfléchissaient à une meilleure protection de leur encyclopédie et se mirent d'accord sur le fait qu'il n'était « pas question de geler des pages entières en attente de validation. »[B 28]. Une décision importante et courageuse dès lors qu'on la replace à une époque où l'édition de Wikipédia était entièrement ouverte et que les seuls outils pour protéger les modifications malveillantes étaient le blocage de compte ou d'adresse IP et la protection de pages qui devenaient dès lors uniquement modifiables par les administrateurs du site.

Sans le savoir, cette réunion anticipait un premier grand scandale apparu le 5 décembre 2005 suite à la découverte de propos diffamatoires au sein de l'encyclopédie anglophone affirmant que le journaliste John Seigenthaler était impliqué dans l'assassinat de John F. Kennedy. Suite à cette affaire qui eu un très grand retentissement médiatique, Jimmy Wales décida d'obliger les contributeurs de Wikipédia en anglais à créer un compte utilisateur avant de pouvoir créer de nouveau article[B 29]. Ce choix ne sera cependant pas mis en place sur les autres projets wikimédia et versions linguistiques de Wikipédia.

Par contre, une nouvelle fonction fut pour sa part généralisée dans le but d’interdire aux utilisateurs non enregistrés et aux comptes nouvellement créés d'éditer les pages « semi-protégées » par les administrateurs. Dans la même foulée, des nouveaux statuts de surveillance et de contrôle furent mis en place pour permettre à certains utilisateurs de confiance de contrôler l'adresse IP d'un compte enregistré (statut de Vérificateur d’utilisateur[W 153]) ou de rendre invisible une page ou certaines de ces modifications invisible aux utilisateurs qui ne bénéficient pas du même privilège (statut de masqueur de modification[W 154]).

Ce sera ensuite en 2006 qu'apparu le projet Incubator comme lieu de maturation de nouvelles versions linguistiques des projets déjà existants[W 155] à l’exception du projet Wikisource qui bénéficie d'une plateforme indépendante hébergée à l'adresse wikisource.org[W 156] et du projet Wikiversité bêta apparu peu de temps après Incubator sur site un séparé bien qu'il soit similaire en matière d'activités. L'année 2007 quant à elle fut marquée par l'arrivée de 56 nouveaux serveurs et de nouveaux équipements réseau ainsi que l'apparition de la fonctionnalité FlaggedRevs qui permet aux relecteurs et contributeurs d'évaluer les révisions des articles et de choisir celles qui seront affichées par défaut aux yeux des visiteurs[W 157]. Alors que cette fonctionnalité est utilisée par défaut sur la quasi totalité des articles sur Wikipédia en allemand, elle n'aura pas le même succès au sein de tous les projets puisque sur le projet anglophone par exemple, elle n'est utilisée que sur 0.05 % des articles[W 158]. 2007 fut aussi pour les communautés de Wikipédia l'arrivée de ce que la communauté de Usenet avait appeler le septembre éternel pour illustrer le fait que l’afflux de nouvel utilisateur ne se concentrait plus au mois de septembre à la rentrée des étudiants, mais bien toute l'année[V 1].

Alors que l'année 2008 fut marquée par l'apparition d'une interface de programmation qui offrira au logiciel MediaWiki la possibilité d'échanger des informations ou autres types de services avec d'autres logiciels distants, celle de 2009 le fut par le développement du projet usability et de son site wiki dédié à une augmentation mesurable de la convivialité de Wikipédia envers les nouveaux contributeurs et selon des modifications faites au logiciel MediaWiki basées sur des études comportementales réalisée parmi les utilisateurs dans le but de réduire les obstacles à la participation[W 159].

C'est par la suite durant l'année 2010 qu'apparut une crise important au sein du mouvement au départ d'une accusation portée par Larry Sanger selon laquelle Wikimédia Commons hébergeait de la pornographie infantile. Cette information reprise par les médias avait poussé Jimmy Wales à supprimer tout un lot d'images sans concertation de la communauté d'éditeurs. Certaines d'entre elles étaient des images artistiques telles celle de Thérèse d'Avila dessinée par le peintre belge Félicien Rops. Le comportement de Jimmy Wales provoqua une réaction si vive au sein de la communauté qu'elle poussera le cofondateur de l'encyclopédie à se destituer lui-même de ses droits d'administration sur l'ensemble des sites Wikimedia le 9 mai 2010[W 160]. Cette crise se poursuivit en novembre de la même année lorsque le projet d'installation d'un filtre pour images indécentes, dangereuses, et culturellement inacceptables aux yeux de la fondation, provoqua au sein du projet Wikipédia en allemand des discussions au sujet d'une possible scission avec le mouvement Wikimédia[B 30] qui finalement empochèrent au projet de filtrage de voir le jour.

Durant l'année 2011 apparurent comme nouveautés technologiques, le protocole sécurisé HTTPS sur l'ensemble des sites, la possibilité de spécificité son genre sur les comptes utilisateurs et le démarrage du projet Wikimedia Labs comme un environnement utilisant des machines virtuelles pour effectuer des tests, essais et l'expérimentation diverse avant leur application réelle au sein de projets[W 161]. Ce projet fut par la suite remplacé en 2017 par le Wikimedia Cloud Services qui fournit actuellement des outils, des services et un soutien aux collaborateurs techniques qui souhaitent contribuer aux projets de logiciels Wikimedia[W 162].

Suite à l'apparition de l'Internet mobile et une consultation de plus en plus grande des projets Wikimédia au départ d'appareils mobiles, le mouvement commença dès lors à s'intéresser de plus en plus à ce nouveau type d'utilisateur en produisant dès 2011 les premières applications mobiles Wikimedia[W 163]. Apparues jusqu'en 2013 pour être améliorées ensuite, ces premières applications répondaient ainsi à un marché en plein expansion[W 164]. Parmi celles-ci figurent une application qui permet aujourd’hui de consulter et modifier les page de Wikipédia mais aussi une autre dédiée à Wikimedia Commons pour faciliter la consultation des fichiers présents dans la médiathèque et le téléchargement ou le transfère de nouveau contenu situé sur l'appareil mobile.

Peu de temps après en 2012 et toujours dans une optique orientée Internet mobile, le Wikipedia zero[W 165] qui imitera les actions de marketing direct du projet Facebook zero lancé deux ans au par avant et qui permit à la compagnie de conquérir le marché africain à une époque ou 99% de l'accès à Internet se faisait au départ d'appareils mobiles[B 31]. Suite à une baisse d'intérêt des utilisateurs selon les dires de la fondation[B 32], mais sans doute aussi en raison des critiques liées à la neutralité du net[B 33], le programme Wikipédia Zéro dans lequel était associés 97 opérateurs de téléphonie mobile dans 72 pays[W 166] prit fin en 2018,

Le système « Internet zero » s'est par ailleurs montré particulièrement problématique dès lors que des sondages firent apparaitre que des personnes signalant en même temps ne pas utiliser Internet mais régulièrement Facebook[B 34]. L'accès gratuit aux sites en Angola et au Bangladesh par exemple devinrent d'autant plus problématiques pour Wikimédia que certaines personnes utilisaient le service d'hébergement de fichier Wikimédia Commons pour stocker des photos personnelles ou partager de manière illicite des films sous copyright[B 35], De par ma propre expérience, je peux aussi affirmer qu'il me fut impossible d'utiliser les services Wikipedia Zero en Inde alors qu'au Ghana la fonctionnalité n'était pas gratuit contrairement à ce qui était indiqué sur la page de connexion.

Le 30 octobre de cette même année 2012 fut présenté le projet Wikidata qui concrétisa l'entrée du web sémantique au sein de l'écosystème Wikimédia. En reposant lui aussi sur le logiciel Meta-Wiki, mais avec une nouvelle extension intitulée Wikibase, ce projet permet la création de pages non plus au départ du langage naturel, mais en faisant référence à un nombre de telle sorte à ce que les entités signifiées dans Wikidata puissent être réutilisées avec des signifiants divers dans les nombreuses langues actives au sein des projets. Cette nouvelle fonctionnalité technique déclencha à nouveau de nombreuses discussions et prise de décision au sein des projets pour en modérer son utilisation comme en témoigne une procédure sur Wikipédia en français qui commença le 9 octobre 2015 pour se clôturer un an plus tard seulement le 28 octobre 2016[W 167].

Alors que le multilinguisme fut mis en avant grâce au sélecteur universel de langues[W 168], une autre nouveauté technique importante de l'année 2012 fut aussi la création d'une nouvelle équipe intitulée « Growth » (croissance en français). L'une des premières actions de celle-ci fut de fournir aux éditeurs Wikimédia un outil permettant de remercier d'autre contributeur en deux cliques seulement. Cette fonctionnalité basique dans sa forme représenta pourtant une nouveauté majeure par le fait qu'elle concrétisait pour la première fois au sein des projets une fonctionnalité visant à apporter un commentaire positif à la modification d'autrui. Une étude d'incidence en 2019 semble par ailleurs confirmer l'effet d'encouragement tant des éditeurs expérimentés vers les plus novices que l'inverse[B 36].

L'année 2013 apparu décisive dans l'évolution technique du mouvement et ce en raison peut-être d'une réputation de retardataire issue d'un article du MIT Technology Review affirmant que les projets Wikimédia ont « peu changé en une décennie » et que « rarement de nouvelles choses dans l'espoir d'attirer les visiteurs »[B 13][N 21]. L'arrivée de l'éditeur visuel durant cette même années, marqua donc une des évolutions technique majeur au sein du mouvement. Proche en apparente à un traitement de texte, son acceptation par la communauté des anciens éditeurs ne fut pas pour autant des plus aisées[B 13]. Sa mise en place ne put en outre se faire que suite à des prises de décisions au sein des différents projets similaire à celle que j'ai pour ma part lancée sur Wikiversité en février 2014[W 169].

2013 fut aussi l'année d'introduction de nouveaux systèmes de notification echo qui permet d'attirer l'attention d'un utilisateur enregistré au départ de n'importe quelle page d'un des sites Wikimédia en y créant simplement un hyperlien pointant vers sa page et en signant le message[W 170]. Les notifications engendrées par ce système apparaissent en haut des pages des projets Wikimédia dès que l'on s'y connecte et peuvent aussi faire l'objet d'un courrier électronique selon les préférences utilisateurs individuelles.

Toujours durant l'année 2013 apparu un journal semestriel destiné à l'ensemble de la communauté pour lui faire part de l'actualité technique au sein du mouvement. Dès sa première édition en date du 20 mai 2013[W 171] il devint ainsi possible de consulter en 21 langues et semaine pas semaine, l'archivage de tous les annonces techniques adressée au mouvement. Celle-ci sont répertoriées par rubriques qui regroupe les changements récents, changements à venir, problèmes, erratum et réunions auxquelles tous les contributeurs wikimédiens sont invités à participer pour présenter certaine anomalie. Dans cette chronique on sera informé par exemple de la naissance de nouveaux projets ou versions linguistiques, des modifications et mises à jour du logiciel MediaWiki, de ses nouvelles extensions, des offres d'emploi au sein de l'équipe technique, de certaines décisions politique ayant une incidence sur la technique, etc.

Apparu enfin au cours de cette année 2013 la fonctionnalité Flow qui permet d'utiliser plus facilement les espaces de discussions au sein des projets grâce à un éditeur visuel qui permet de se passer du Wikicode[W 172]. Malheureusement pour ses développeurs, cette extension ne reçut pas un accueil chaleureux au sein de la communauté des contributeurs et fut même interdite d'utilisation sur le projet Meta-Wiki qui en dénonce le risque de perte des informations au sein des conversations lors des archivages qui deviennent dès lors plus difficilement réalisables[W 173].

2014 pour sa part fut l'année d'apparition de la plateforme Phabricator en remplacement de Bugzilla[W 174]. Cette année sera aussi marquée par un épisode important pour la communauté Wikimédia qui concerna à la fois l'aspect technique et politique du mouvement. Il s'agit d'un conflit entre la communauté d'éditeurs bénévoles au sein des projets et la fondation Wikimédia suite à l'arrivée d'une visionneuse de médias et d'un nouveau statut de protection des pages accordés à ces salariés. Le déroulement de cette nouvelle crise aboutit dans un premier temps à une lettre ouverte adressée le 19 août 2014 à la Wikimedia Foundation et signée par 982 éditeurs aux origines linguistiques diverses. En voici un extrait :

« Le statut de « superprotection » qui a été lancé pour garder active la fonctionnalité Visionneuse de Médias est encore plus extrême :pour la première fois, un outil logiciel a été conçu pour « réduire la capacité » des communautés Wikimedia à « éditer les pages », en donnant cette capacité exclusivement à des membres non-élus de l'équipe Wikimedia. »[W 175]

Afin d'outre passé les décisions prises par la communauté germanophone de Wikipédia qui considérait prématurée l'arrivée du nouvel outil de visionnage, le statut super-protection offrait donc aux employés de la fondation la possibilité de bloquer les actions des administrateurs bénévoles élus par leur communauté. Suite à ce qui s'était passé sur le projet allemand, la communauté bénévole internationale toute entière se mobilisa sur le site Meta-Wiki en ouvrant un appel à commentaire pour demander le retrait du statut super-protection accordé aux salariés[W 176]. Le conflit se calma ensuite et la fondation Wikimédia finit par supprimer la fonctionnalité de super-protection en novembre 2015 alors qu'il n'avait jamais plus été utilisé[W 177]. Dans son aboutissement, cet épisode aura finalement conscientisé la fondation sur la nécessité de mise en place d'un d'un processus de développement de produit incluant dès le départ la communauté d'éditeurs bénévoles[W 177].

L'année 2015 vit aussi naître son lot de nouveauté avec un outil de traduction de page d'une version linguistique à une autre[B 37], la généralisation d'un système de compte global actif sur tous les projets[W 178], la possibilité de compiler des articles d'un projet pour en composer un livre, l'arrivée de l'application I-phone, la mise en place de Citoid qui permet la création automatique d'une référence bibliographique au départ d'une simple adresse URL, un test de sécurité[B 38], la possibilité de publier des graphiques avec l'éditeur visuel et surtout la création d'un service d'évaluation objective pour des révisions faites aux modifications des projets reposant sur une intelligence artificielle (ORES)[W 179].

Un autre évènement de 2015 sur lequel il me semble important d'attirer l'attention fut aussi le lancement de la première consultation des souhaits de la communauté qui concrétisera un réel rapprochement entre la communauté d'éditeur et les développeurs techniques[W 180]. Au départ d'une page du site de Meta-Wiki et suite à un appel généralisé, chaque contributeur est ainsi invité à exprimer un souhait par rapport à un problème ou une nécessité technique rencontrée dans le cadre de son travail bénévole. Après un tri et un classement en fonction du nombre des personnes qui auront appuyé tel ou tel proposition, l'équipe technique détermine alors les propositions retenues qui feront l'objet d'un développement dans le courant de l'année. Ce projet fut très certainement inspiré par le bisannuel Technical Wishes Project lancé en 2013, 2015, 2017, 2019 et 2020[W 181] sur Wikipédia en allemand dont le but aussi d'identifier et hiérarchiser les exigences techniques des divers utilisateurs de manière collaborative sur base d'enquêtes et d'ateliers[W 182].

L'année 2016 sera le théâtre d'une nouvelle crise concernant cette foi un manque de transparence au sujet de la création d'un moteur de recherche[W 183] intitulé Knowledge Engine[W 184] au sein du département Wikimédia Discovery dédié à l'amélioration de l'expérience Wikimédia[B 39]. Cet épisode plongea le mouvement dans un tel désarroi que cela abouti à la démission de la directrice exécutive de la fondation dans le courant de la semaine du 21 février 2016[W 185] pour prendre effet le 31 mars[B 40], alors que plusieurs salariés et membres du conseil d'administration quitteront le leur leur en raison de leur indignation[B 41].

Knowledge Engine avait sans doute pour origine un vieux rêve de Jimmy Wales évoqué en 2006 déjà dans le cadre des activités de sa société Wikia[N 22] lorsqu'il fit la présentation d'un moteur de recherche baptisé Wikiasari. 10 ans plus tard, il devait ainsi être financé à concurrence de 2.5 millions de dollars américains offert en partie par la fondation Knight. Mais la fuite d'un document et finalement sa publication officielle du 11 février 2016 qui permis à la communauté Wikimédia et la presse de découvrir le projet gardé secret.

Dans le contexte de cette crise, la cooptation au conseil d'administration de la fondation Wikimedia de Arnnon Geshuri, un ancien dirigeant des ressources humaines de Google impliqué dans un procès antitrust touchant des employés high-tech fit aussi l'objet d'un nouvel appel à commentaire lancé par la communauté[W 186]. Cette « notion de défiance » supportée par près de 300 contributeurs, dans une démarche qui n'a rien d'officielle provoqua la démission de Geshuri que justifie Patricio Lorente, président du conseil d'administration de la fondation Wikimédia à cette époque en disant : « Il ne souhaite pas représenter une distraction à l’aube des discussions que la communauté et la Fondation doivent affronter prochainement »[B 42].

Au bout du compte et selon la contributrice Molly White qui en fit une ligne du temps accessible sur le net :

Durant la période 2014-2016, la Wikimedia Foundation aurait ainsi souffert d'un manque de communication avec la communauté des rédacteurs, d'un manque de transparence et de la perte soudaine de nombreux membres du personnel. Certains de ces problèmes étaient liés aux efforts de Wikimedia Discovery, d'autres semblaient provenir de la haute direction. L'agitation et le mécontentement étaient visibles tant au sein de la communauté des rédacteurs que de la Wikimedia Foundation elle-même[W 187].

Suite à ce bouleversement au sein du mouvement, l'année 2016 sera riche en amélioration des systèmes déjà existant avec par exemple une meilleure intégration des données géographiques en provenance d'Open Street Map. Elle fut aussi l'année de lancement d'un nouveau bulletin d'information mensuel produit par l'équipe Globale collaboration en charge des services de notifications, de discussions structurées et de révision des contributions. Le premier exemplaire de ce bulletin traduit en six langues fut diffusé en octobre[W 188] et son dernier en 14 langues en mars 2018.

2017 marqua pour sa part le renforcement des outils de contrôle des projets et des pages que l'on y crée grâce à une refonte du site d'analyse statistique des projets Wikimédia stats.wikimedia.org, et aussi l'arrivée de nouveau outils de protections des projets tel-que un système de blocage par cookie empêchant une personne utilisant un même ordinateur de contourner un blocage en changeant de compte utilisateur ou d'adresse IP[W 189] et de Nouveaux filtres pour la révision des contributions[W 190] et les pages de modification récente[W 191]. Ces innovations qui apportent une aide au contrôle des modifications d’autrui seront toute fois modérée par un système obligeant les administrateurs à laisser un message lorsqu'il bloque un utilisateur, supprime une page ou bloque les modifications.

C'est aussi durant l'année 2017 que sera lancé une initiative de santé Communautaire visant à « aider la communauté des bénévoles de Wikimedia à réduire le niveau de harcèlement et de comportement perturbateur »[W 192]. Soutenu par des employés de la fondation cette initiative aura permis en 2017 de mettre en place de nouvelle configuration donnant la possibilité pour les comptes utilisateurs de créer une liste noire d'utilisateur pour bloquer les notifications[W 193] ou l'envoi de courriel[W 194].

De manière continue durant cette année, d'autres initiatives techniques ont aussi amélioré l'expérience des contributeurs au sein des projets, d'une part en aidant les nouveaux arrivant une extension GuidedTour pour accompagner leur découverte[W 195], un nouveau système de citation automatique possible au départ de l'ISBN d'un ouvrage avec Citoid[W 196] et une extension Interface de conflit de modification basé sur les paragraphes qui permet plus facilement de résoudre le problème qui arrive lorsque quelqu'un à changer une page entre le début et la fin d'une de vos modifications[W 197]. Quant aux simples lecteurs, ils auront aussi profité de l'arriver d'une améliorations des résultats de la recherche inter-wikis grâce la possibilité de poursuivre une recherche identique au départ d'un projet sur les autres projets.

L'année 2018 encadrera le renforcement des innovations antécédentes tel que l'éditeur visuel les applications smartphone la gestion des conflits d'éditions, l'extension Citenotice et autre fonctionnalité des Wikis en général. Les préférences globales communes au sein de tous les projets au départ d'une page unique[B 43] verront aussi le jour, un nouvel outil de recherche appelé Ereka[B 44], de précieux outil de sauvegarde automatique dans l'éditeur visuel[W 198], la création d'un nouveau statut d'administrateurs d'interface[W 199], la venue d'une nouvelle politique de Politique de sécurité du contenu et le lancement du projet croissance[W 200]. Tout ceci alors que les réunions avec l'équipe Édition sont par contre supprimées en raison d'une trop faible participation[W 201]. Autre fait marquant pour cette année, les administrateurs ne peuvent plus se débloquer eux-mêmes mais pourront bloquer uniquement la personne qui les aura bloqués[W 202].

En consultant les archives sur l'actualité technique de 2019 on y découvre l'intégration de Google translate dans outils de traduction, la possibilité de bloquer partiellement l'édition d'une page ou d'un espace de nom[W 203], de contribuer sur Wikidata au départ d'un appareil mobile[W 204], un réducteur d'URL[W 205], de nouvelles fonctionnalités visant à enrichir les données structurées[W 206] des fichiers commons, un lecteur de fichier midi intégré et un nouveau lecteur vidéo. Relevée par la presse cette fois, ce sera une importante cyberattaque[B 45] qui aura marqué les titres au sujet de Wikimédia. Bien que l'attaque ne fut apparemment pas politiquement motivée, elle aura permis toute mit en évidence le fait que par rapport à d'autres, l'infrastructure Wikimédia est « plus facile à atteindre sans utiliser des moyens démesurés »[B 46]

L'historique de l'année 2019 fut aussi une belle occasion de mettre en évidence les différentes implications de la communauté au sein des projets éditoriaux grâce à une consultation des souhaits de la communauté spécialement dédiée aux autres projets que Wikipédia« projets hors contenus wikipédiens »[W 207]. Un tel choix sous entend bien entendu l'importance que la communauté apporte au projet encyclopédique même si plus récemment, le projet Wikidata aura aussi attiré beaucoup d'attention et de moyens financier pour répondre à cette ambition de développer un web sémantique[B 47].

En classant les 72 souhaits formulés au profit des « petits projets » il est ainsi possible d’opérer un classement indicatif dans lequel apparait en tête le projet Wikisource avec 28 propositions récoltées, suivi du Wiktionnaire qui en récolte 20, lui-même suivi du projet Wikiversité qui en bénéficie de 11, alors que les 5 autres projets restant ne dépasseront pas les 5 propositions.[W 207]. A terme, cette consultation fut à l'origine des Small wiki toolkits dédié à la maintenance des petits projets.

L'année 2020, dernière à être passé en revue dans cette section aura vu le coup d’envoi d'un nouvel outil de discussion[W 208] et de sa fonctionnalité Replying[W 209], d'une traduction de contenu en développement depuis 2019 pour bénéficier du service de traduction automatique de Google[B 48], de nouvelles fonctionnalités de gestion des IP visant à une amélioration de la confidentialité et limitation des abus[W 210] et d'un nouveau statut d'administrateur de l'outil abuse filter[W 211].

À cela s'ajoute ensuite le projet Abstract Wikipedia (nom provisoire) comme dernier évènement majeur de l'évolution technique Wikimédia qui permettra à terme de créer de nouvelle version linguistique de Wikipédia au départ des données structurées du projet Wikidata au sein duquel il s'intègre. Pour ce faire, Abstract Wikipédia utilisera un nouveau type de code appelé Wikifonctions qui permettra de traiter les données structurées de Wikidata pour répondre à des questions dans toutes les langues[W 212]. Pour les projets Wikipédia déjà existants Abstract donnera la possibilité de faire des mises à jour automatique d'informations factuelles et standards grâce à l'intégration de fonctions au sein de l'éditeur de texte[B 49].

Au niveau de l'avenir cette fois, le mouvement Wikimédia pourrait enfin apparaitre comme un espace privilégier dans le traitement des questions éthiques posées par le développement de l'intelligence artificiel. Selon Jonathan T. Morgan, la transparence, les mécanismes de conceptions et de prise de décisions qui reposent sur des valeurs et le consensus, semblent en effet rassembler les composantes nécessaires pour prévenir les dérives néfastes et dommageable dans le développement des technologies de l'intelligence artificielle[W 213].

Une seconde leçon d'histoire[modifier | modifier le wikicode]

Après cette longue et quelque peu rébarbative revue de l’évolution technique du mouvement Wikimédia qui est loin d'être exhaustive, il devient plus facile de comprendre à quel point le maintient d'une infrastructure technique dédiée au support des activités numériques d'une communauté d'éditeurs peut être à la fois laborieuse, complexe et onéreuse. Face à ce constat, les besoins financiers du mouvement et en particulier ceux de la fondation qui a en charge le support, la maintenance et l'amélioration de l’infrastructure technique et donc l'engagement d'une main d’œuvre hautement qualifiée, apparaissent de manière beaucoup plus explicite.

Ce petit voyage dans l'histoire nous permit aussi de nous rendre compte à quel point et même sous quelle forme l'héritage de la contre-culture hacker a pris place au sein du mouvement Wikimédia. Au sein de sa communauté semble en effet exister de nombreux lanceurs d’alertes qui ont gardé comme pratique l'usage des appels à commentaires dans le traitement des polémiques et controverses qui ébranle le mouvement. Appelé Request For Comments ou RFC en anglais, l'appel à commentaire est effectivement une pratique de concertation ouverte, coopérative et égalitaire pouvant apparaitre comme l'idéal d'une communauté scientifique[B 50] qui fut mise au point en avril 1969 par Steve Crocker dans le cadre de ses activités de création d'ARPANET au sein du Network Working Group[B 51].

Au delà de l'esprit contestataire à l'encontre de toute forme de hiérarchie statutaire ou élitiste, du refus des valeurs marchandes, c'est donc aussi tout un ensemble de pratiques dont le mouvement Wikimédia se voit l’hérité de sa préhistoire numérique. Parmi celles-ci figurent la recherche de consensus, mais aussi et comme l'aura démontré l'épisode de Knowledge Engine, une grande intransigeance sur les questions de transparences, elle aussi reconnue comme héritage de la philosophie de la contre-culture américaine des années 60[B 52].

Face à cette situation, la fondation Wikimédia et les organisations affiliées au mouvement paraissent éprouver beaucoup de difficultés pour assimiler toutes ces valeurs, principes et pratiques qui semblent finalement toujours prendre le dessus sur ce qui est décidé au sein du mouvement. Comme explication partielle à ce phénomène pourrait bien apparaitre l'interdiction pour le personnel de s’investir en tant qu'éditeur au sein des projets et donc quelque part de se familiariser avec la culture des éditeurs bénévoles. Ceci alors qu'à contrario et comme cela a été vu dans le deuxième chapitre de ce travail, les éditeurs bénévoles pour leurs parts bénéficient d'un accès ouvert à une très grande partie des activités propres aux organisations.

L'histoire technologique du mouvement nous a aussi permis de voir à quel point et pour quelles raisons le moindre changement technique mis en place au sein des projets apparait aux yeux des communautés d'éditeurs comme un choix politiques, ou pour le moins managérial, qui doit faire l'objet d'un débat et d'un consensus au sein de la communauté. En ce sens, la communauté Wikimedia apparait diamétralement opposée aux jeunes utilisateurs de réseaux sociaux, et parfois moins jeunes, insouciants des incidences et influences de l’environnement numérique auquel ils confient parfois des choses les plus intimes de leur vie privée.

Les contributeurs Wikimédia apparaissent donc comme un public particulièrement avisé sur le potentiel du traitement informatique caché derrière leurs écrans. Loin d'être exhaustive, la liste des bots, programmes et algorithmes cité précédemment ne représente en outre qu'une petite partie de de tout l'arsenal possible et imaginable que les géants du web peuvent mettre en œuvre pour servir leurs propres intérêts sans forcément se soucier de ceux des utilisateurs de leurs services. Car il est fort probable en effet que la seule limite à l'instrumentalisation des clients des grandes firmes commerciales qui s'accaparent l'espace web est celle d’augmenter et de maintenir autant que possible la fréquentation de leurs services.

Du reste, ce désir de rétention pose aussi question au sein du mouvement Wikimédia puisqu'on y observe aussi que la fondation Wikimédia met en place diverses pratiques de marketing tel que Wikipedia zero, la diffusion de clips publicitaires en partenariat avec Orange[N 23] et la mise en place de programme de rétention, dans le but d’accroître et de maintenir l'utilisation de Wikipédia. Ces démarches que l'on pourrait qualifier de commerciales sont ensuite d'autant plus problématiques qu'elles sont toujours axées sur le projet encyclopédique uniquement au même titre semble-t-il que le développement des applications mobiles. Nous reparlerons de ce sujet en fin de chapitre dans une section dédiée aux dérives de la mission que l'on peut observer au sein du mouvement, mais avant cela, abordons à présent l'histoire politique du mouvement Wikimédia.

L'histoire politique du mouvement[modifier | modifier le wikicode]

De par sa taille, son cosmopolitisme et aussi sans doute en raison de son héritage culturel, le mouvement Wikimédia apparait tel un acteur politique important concernant les questions liées au numérique et à l'information. Seront ainsi repris dans cette section de chapitres quelques épisodes marquants qui permettront d'illustrer les diverses implications politiques du mouvement dans des contextes aussi bien nationaux qu’internationaux. Qu'il s’agisse de pressions politiques et juridiques exercées par les états ou de simples personnalités ou encore de réaction du mouvement envers certaines lois, depuis l'année 2004, le mouvement Wikimédia est ainsi sujet à de régulier événement repris au sein de l’actualité.

C'est en Chine et dans le cadre du 15ème anniversaire des manifestation de la place Tian'anmen qu'apparu en 2004 les premières censures des projets Wikimédia et un premier refus de la fondation Wikimédia de se plier aux exigences des autorités chinoises dans une posture qui pour certains fera office de « leçon à Google et consorts »[B 53]. Avec un blocage généralisé à toutes les versions linguistiques de l'encyclopédie en 2019[B 54] et son refus d'admission de Wikimédia comme observateur à l'organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) en raison de l’existence d'une association nationale Wikimédia Taïwan au sein du mouvement[B 55], les relations entre la Chine et le mouvement restent donc tendues jusqu'à ce jour.

Par la suite et malgré une amélioration due à la généralisation du protocole HTTPS de 2011[B 56], ce sera pas moins d'une dizaine d'états qui bien souvent en raison d'un contenu déplaisant sur Wikipédia, établiront une censure totale ou partielle de certains ou de tous les projets Wikimédia[W 214]. Une des dernières en date survenue en Turquie en 2017 suite au refus de la fondation de supprimer deux articles établissant un lien entre Ankara et des organisations extrémistes, fut toutefois levée par voie de justice suite à une plainte déposée à la cour constitutionnelle du pays qui fut rendue valide et fondée en raison la liberté d'expression[B 57].

Les conflits entre un état et le mouvement Wikimédia ne débouchent toutefois pas toujours sur une censure. En mars 2013, dans une nouvelle affaire francophone concernant la station militaire de Pierre-sur-Haute, la Direction centrale du Renseignement intérieur français (DCRI) entra en conflit avec le mouvement suite au refus de supprimer l'article de Wikipédia concernant la station pour des raisons de secret défense[B 58]. Dans cette nouvelle affaire, la fondation sera de nouveau restée intransigeante sur le principe de liberté d'édition en couvrant l'acte d'un administrateur suisse qui avait restauré l'article supprimé par Rémi Mathis, président à l'époque de l'association Wikimédia France suite à son inculpation par les autorités de son pays[W 215]. Cette affaire aura d'ailleurs valu la remise du titre de Wikimédien de l'année à Rémi Mathis en raison du rôle qu'il aura mené dans cette controverse.

À côté du recours en justice, d'autres stratégies peuvent être mises en œuvre pour servir de moyen de pression à l'encontre du mouvement Wikimédia. La Russie qui bloquait déjà de manière sélective le contenu des projets[B 59], se lança par exemple dans la création d'un clone de Wikipédia comportant "des informations fiables"[B 60]. Une décision étatique qui contraste donc fortement avec les commentaires du journal Fast Company qui publie en mars 2020 un article qui rend hommage aux bénévoles de Wikipédia en matière de lutte contre la désinformation[B 61].

Suite à ces quelques anecdotes sur l'histoire politique du mouvement, on pourrait croire que la fondation qui tient son siège en Amérique dans la ville de San Francisco se sentirait plus à l'aise dans les conflits politique opposant le mouvement Wikimédia à un autre état que celui des États-Unis. Mais une plainte déposée par la fondation Wikimédia le 10 mars 2015 contre la National Security Agency (NSA) suite aux révélations faites par Edward Snowden suffit à démontrer le contraire[B 62]. Après cette plainte et plusieurs rejets de la justice américaines, les avocats de la fondation feront d'ailleurs preuve d’une certaine opiniâtreté en poursuivant les démarches avec un appel déposé en février 2020 au niveau de la cour d'appel des États-Unis pour le quatrième circuit[B 63].

Vidéo 4.2. Vidéo pédagogique Enseigner Wikipédia par les anecdotes proposant de revisiter l'article consacré à Alain Marleix[V 6] (source : https://w.wiki/34oP)

Il est aussi intéressant de voir que des conflits entre le mouvement Wikimédia et des instances étatiques peuvent aussi se gérer directement au niveau des projets éditoriaux sans nécessairement impliquer la fondation ou même une association nationale. En 2009 dans un exemple détaillé au sein d'une vidéo ci-jointe (Vidéo 4.2) produite par Alexandre Hocquet, l'effacement d'un paragraphe déplaisant de l'article concernant Alain Marlaix et restauré par la communauté d'éditeur qui avait découvert que l'adresse IP qui avait fait le retrait provenait du ministère de l'intérieur français fit un buzz médiatique en France. Dans un autre exemple moins médiatisé, les pages Wikipédia relatives à la « loi anti-piratage française et l'amendement 138 » furent elles aussi modifiées par une adresse IP relevant du ministère de la culture et restaurée par la suite[B 64].

Dans un autre type d'affaires opposant cette fois en 2012 la communauté Wikipédia en anglais à une personnalité du monde littéraire, un article de Wikipédia en anglais consacré au roman intitulé La Tache de Philip Roth, des informations furent rapidement restaurées après avoir été modifiées par le biographe de l'auteur. Philip Roth s'adressa alors à la communauté Wikipédia dans une lettre ouverte publiée dans le magazine The New Yorker, pour demander de rectifier ce qu'il considère être une erreur. Mais la communauté lui demanda alors de produire des sources vérifiables et dignes de foi pour justifier sa demande[B 65]. Alors que l'affaire deviendra fortement médiatisée les propos de Philip Roth furent ensuite contredits par sa propre fille dans un post de Facebook repris par le journal Salon[B 66] et finalement intégré dans l'article encyclopédique.

Cette affaire fera donc suite à celle de John Seigenthaler décrite dans la huitième section de ce chapitre et probablement de nombreux autres modifications fausses sur les articles portant sur des personnes vivantes, mais qui n'auront pas eu de retentissement médiatique, comme par exemple cette modification[W 216] fait au départ d'une connexion dans la région de Clermont-Ferrand[W 217], qui aura déclaré la mort de Philippe Manœuvre de son vivant et qui aura été annulée par Céréales Killer, un contributeur de Wikipédia qui aura pris le soin de contacter par téléphone le célèbre rédacteur en chef du magazine Rock & Folk suite au courriel adressé au service OTRS du mouvement Wikimédia[W 218]. Mieux vaut donc vérifier plutôt deux fois qu'une les information de Wikipédia concernant les personnes vivantes pour prendre une décision si l'on ne veut pas se faire avoir comme ce club de football lituanien qui aura en 2018 un nouveau joueur sur base de fausse information[W 219].

Ce genre d’évènement qui n'a rien d’exceptionnel au niveau de l'encyclopédie avait fait l'objet de nouvelles régles d'édition au sein du projet en anglais peu de temps après l'affaire Seigenthale. Celles-ci concernaient les article traitant de la biographie de personnes vivantes et furent par la suite adoptée par d'autres versions linguistiques tel que la version francophone. À la lecture de celles-ci on y découvre par exemple un principe de blanchiment de courtoisie qui consiste à retirer une information d'un article sans pour autant la retirer sa consultation dans les versions antérieures, et l'on y apprend aussi que le règlement générale sur la protection des données en raison du paragraphe 3 de son article 17 qui stipule de le droit à l'oubli « ne s'appliquent pas dans la mesure où ce traitement est nécessaire:a) à l'exercice du droit à la liberté d'expression et d'information »[W 220]

Comme autre exemple d'action politique menée par la communauté d'éditeurs apparait aussi le premier black-out organisé par la communauté Italienne au sein de sa version linguistique de Wikipédia en octobre 2011 en protestation d'un projet de loi du gouvernement Berlusconi, visant notamment à contraindre les sites internet à rectifier tout contenu publié sur simple demande d'une personne qui se sentirait lésée[B 67]. Cette action fut par la suite supportée par la Fondation Wikimédia bien qu'elle provoqua un choc de surprise au sein du personnel qui ne fut prévenu que 24h avant le lancement de l'action[B 68].

Version anglaise de Wikipédia pendant le black-out du 18 Jan 2012
Fig. 4.18. Version anglaise de Wikipédia pendant le black-out du 18 Janvier 2012 (source : https://w.wiki/35Vi)

Cet épisode du mouvement inspira par la suite d'autres actions de même type orchestrées cette fois avec l'aide de la fondation tel que le black-out du projet Wikipédia en anglais du 18 janvier 2012 signe dans le cadre des nombreuses manifestations contre le Stop Online Privacy Act et le Project IP Act ainsi que celui de Wikipédia en russe le 10 juillet de la même année pour réagir contre une nouvelle loi sur les restrictions d'Internet proposées par le parlement russe[B 69].

En juin 2015, ce fut cette fois un sondage qui aboutit à un accord au sein de la communauté pour afficher un bandeau en faveur d'une la liberté de panorama dans le cadre d'une réforme du copyright au parlement européen[W 221]. 65,9 % des voix récoltées furent ainsi en faveur de l'affichage[W 222]. Cependant et suite aux tensions déjà perceptibles lors du sondage, l'utilisation du bandeau provoqua le départ[W 223] du mouvement Wikimédia[W 224] d'un administrateur de Wikipédia et contributeur de longue date. Voici pour mieux cerner l’opposition des points de vues de la communauté lors du débat tenu dans le cadre du sondage. un échange entre deux contributeurs :

Comment peut-on (contributeurs ET lecteurs) sérieusement croire en ce principe fondateur [Neutralité de point de vue] avec la présence d'un tel bandeau militant ? Floflo62 (d) 27 juin 2015 à 16:17 (CEST)

On le peut parce que la neutralité de point de vue concerne le contenu des articles, pas le projet, lequel a une position bien affirmée et nullement neutre, loin de là, en ce qui concerne la diffusion libre et gratuite du savoir. >O~M~H< 27 juin 2015 à 19:41 (CEST)

Nul doute que le lectorat, peu au fait et intéressé par des échanges wikipédiens se fiche éperdument des différences entre meta et main. Pas de neutralité du fait du bandeau = encyclopédie partisane, voilà ce qu'il va constater. Floflo62 (d) 28 juin 2015 à 17:50 (CEST)[W 222]

Toutes ces affaires politiques parmi bien d'autres démontrent ainsi à quel point le mouvement Wikimédia semble insensible à tout type d'autorité peu importe qu'elle soit d'ordre étatique, intellectuelle ou autre. Une telle position est sans aucun doute liée à l'indépendance financière du mouvement qui pour rappel subvient à ses besoins au départ de très nombreuses donations en provenances de citoyens du monde entier dont le montant moyen tourne autour des 15 US dollars. Au niveau des projets, cette indépendance repose aussi sur l’anonymat des éditeurs qui par ailleurs est tout à fait assumé et préservé par la fondation Wikimédia. Comme les contributeurs au projet wikimédia sont situés dans différents états du monde ils sont donc aussi d'autant moins exposés à des mesures de répression venant d'un état étranger.

Fort de cette indépendance, la fondation Wikimédia tout comme les éditeurs, n'hésitent donc pas à intervenir sur le débat public dans le but de protéger les intérêts du mouvement. En 2015 par exemple, la fondation attirait déjà l'attention les Copyfraud pratiquée par certains musées[B 70], alors qu'en 2017[B 71], elle n'hésita pas à adresser des messages publics au parlement européen concernant un texte de loi voté le 12 septembre 2018 dans le but refondre la réglementation concernant le droit d'auteur[B 72]. Au niveau européen enfin, peu de gens savent aussi que le mouvement Wikimédia emploie deux personnes au sein d'un Free Knowledge Advocacy Group EU basé à Bruxelles et dont l'objectif est de surveiller et d'influencer les politiques européennes tout en informant et coordonnant les différentes organisations nationales du mouvement à ce sujet[W 225].

Une dérive de la mission[modifier | modifier le wikicode]

Suite à cette lecture de l’histoire du mouvement Wikimédia, il me semble à présent important d'attirer l'attention sur les différentes composantes d'une dérive de la mission auxquels le mouvement semble exposé. Très peu mobilisé au niveau francophone à l’exception du milieu de la microfinance[W 226], le concept de dérive de la mission, qui peut s'appliquer à tout type d'organisation y compris commerciales[B 73], fut rendu populaire en milieu anglophone grâce aux travaux de Burton Weisbrod. Son ouvrage principal en la matière sera certainement celui publié en 1998 sous le titre To Profit or Not to Profit: The Commercial Transformation of the Nonprofit Sector[B 74] dont voici l'extrait d'un résumé fait par l'auteur :

Les organisations sans but lucratif ressemblent de plus en plus à des entreprises privées. Cette transformation entraîne un déplacement de la dépendance financière des dons de charité vers une activité de vente commerciale, avec des conséquences peu reconnues. To Profit or Not to Profit est un ensemble coordonné d'études sur les raisons pour lesquelles la collecte de fonds pour les organisations à but non lucratif imite celle des entreprises privées. et quelles en sont les conséquences. Les frais d'utilisation et les revenus provenant d'activités "auxiliaires" - à savoir celles qui ne contribuent pas directement à la mission de l'organisation, à l'exception des bénéfices générés - se multiplient, chacune ayant des effets secondaires importants. Les frais liés aux activités auxiliaires peuvent exclure une partie du groupe cible d'en profiter alors que ces mêmes activités peuvent détourner l'organisme sans but lucratif de sa mission centrale.[B 74][N 24]

Alors que le mouvement Wikimédia semble très peu concerné par la Resource dependence theory[B 75] en raison de la très grande décentralisation des dons qu'il reçoit, il est toute fois intéressant de constater que certaines de ses activités pourraient être qualifiées d'« auxiliaires » selon le terme utilisé par Weisbrod. Pour le dire autrement, il semble exister au sein du mouvement, des activités qui s'éloignent de la mission de « donner les moyens aux personnes du monde entier de collecter et de développer des contenus éducatifs sous licence libre ou dans le domaine public et de les diffuser efficacement et mondialement »[W 227].

En plus des nombreuses opérations de marketing (Wikipedia zero, publicité, changement de nom de marque, etc.), est en effet apparu au sein de la fondation des équipes et secteurs d'activités qui me semble typiquement lié aux organismes commerciaux tel que la gestion marketing de la marque ou la politique de produit que l'on a l'impression de retrouver dans les équipes de la fondation responsable de la marque (7 personnes) de l'analyse des produits (9 personnes), leurs conceptions (21 personnes) et de leur gestion au niveau des contributeurs (8 personnes). À moins qu'il ne s'agisse que d'une erreur de dénomination ou de traduction, ces services qui représentent ainsi près d'un dixième du personnel de la fondation qui semblent donc confirmer les propos de Weisbrod selon lesquels « les organisations sans but lucratif ressemblent de plus en plus à des entreprises privées ».

Ceci alors que du reste, nous avons aussi vu que des activités d'ordre commercial peuvent aussi avoir des « effets secondaires » indésirables au sein du mouvement. Comme ce fut le cas par exemple durant la controverse qui ébranla le mouvement autour de la tentative de changement de nom de marque de la fondation. Une tentative avortée finalement qui entraîna la perte de tout le travail fait en amont. Dans un autre contexte nous avons aussi vu qu'il est permis de croire que la publicité faite en faveur des récoltes de dons au sein des projets aura contribué à une baisse de contribution que l'on peut qualifier de nouvel « effet secondaire » indésirable.

Comme autre activité « auxiliaires » préjudiciables au mouvement apparait aussi la stratégie de gratuité développée par le projet Wikipedia zero qui aura exposé le mouvement à des critiques extérieures concernant la neutralité du net. Nous avons ensuite décrit le travail de marketing opéré par la fondation Wikimédia et sa tendance à focalisation de l'attention des donateurs sur le projet Wikipédia au niveaux des messages d'appel aux dons dans un souci d'efficacité. Comme effet secondaire ou externalité négative à cette démarche apparait alors le manque d'implication pour accroître la visibilité des autres projets actifs au sein du mouvement, alors que ceux-ci en on bien plus la nécessité tout en étant d'une importance équivalente à Wikipédia en ce qui concerne la mission du mouvement.

En résumé donc, il apparait que la fondation parfois tendance à négliger la mission du mouvement pour répondre à d'autres missions « auxiliaires » comme celle d'avoir un nom de marque plus connu, de pousser à la consommation des produits numériques édité par sa communauté, ou encore d’accroître ses rentrées financières pour garantir son développement. Un développement pour mémoire, est jugé excessif par certains, et qui n'est qu'à moitié utile au maintien et au développement de l'infrastructure de partage des contenus éducatifs et en aucun cas impliqué dans l'édition proprement dite de ces contenus. Sous ce prisme de la dérive de la mission, il peut donc être reproché à la fondation d'avoir une vision à la fois trop technophile, trop commerciale, voir même trop hégémonique lorsqu'on découvre qu'elle prétend au niveau de sa stratégie de devenir garante en 2030 de « l'infrastructure essentielle de l'écosystème de l'information libre [en précisant que] Quiconque partage notre vision pourra se joindre à nous »[W 228].

Heureusement, face à toutes ses dérives et tout gardant à l'esprit que la fondation Wikimédia n'est pas la seule organisation à développer une infrastructure propice au partage des connaissances, la communauté Wikimédia, ses lanceurs d’alertes et tous les membres qui se mobilisent en nombre lors des appels à commentaire, apparaissent comme autant de garde-fou aux dérives dont les sources peuvent être multiples[B 76] et qui poussent la fondation à adopter des valeurs et pratiques en provenance du secteur commercial[B 74]. Et il est par ailleurs tout à fait intéressant de constater que Tommaso Ramus et Antonino Vaccar dans une étude portant sur deux entreprises sociales italiennes arrivent à une conclusion similaire :

Notre étude a souligné l'importance de l'engagement des parties prenantes pour contrebalancer le positionnement stratégique d'une entreprise sociale. Cependant, la dérive de la mission peut délégitimer les entreprises sociales auprès des parties prenantes externes, sapant ainsi leur volonté de collaborer avec l'entreprise. Des recherches supplémentaires pourraient étudier les stratégies adoptées par les entreprises sociales délégitimées pour capter l'attention des parties prenantes externes. Enfin, des recherches supplémentaires pourraient étudier comment les variations culturelles affectent l'efficacité de l'engagement des parties prenantes. [B 77][N 25]

Comme principale « partie prenante » du mouvement Wikimédia apparait donc sa communauté d'éditeurs bénévoles qui aura réussi d'un côté à maintenir l’absence de publicité au sein des projets, alors que de l'autre côté, elle aura été tolérante par rapport aux campagnes annuelles de récoltes de dons effectuées au sein même des projets éditoriaux. Pour reprendre les termes utilisés par Ramus et Vaccar, la récolte de dons au sein des projets est ainsi une première dérive de la mission qui aura eu pour conséquence de « délégitimer » le mouvement Wikimédia auprès des parties prenantes et de « saper » les volontés de participation comme cela s'est vu avec le départ de contributeurs actifs et la baisse de rétention des nouveaux éditeurs depuis 2007. Quand vient ensuite l'idée de créer un nouveau projet interdépartemental appelé Wikimedia Entreprise, dans le but d'ouvrir des services « autofinancés », ou autrement dit payant, pour les utilisateurs commerciaux à grande échelle du contenu Wikimedia[W 126], c'est alors carrément la mission[W 229] et les statuts de la fondation[W 230] qui sont mis en porte à faux avec pour risque de remettre en cause le but initial des projets Wikimédia et du mouvement.

Une veille concernant les dérives au sein du mouvement Wikimédia semble donc nécessaire au maintien de sa mission. Dans le but de rectifier les erreurs commises, il pourrait aussi être décidé de la substituer la récolte de dons au sein des projets par des campagnes de récolte de temps de contribution. Au lieu de solliciter les lecteurs pour le prix d'une tasse de café, il est en effet tout à fait possible de les solliciter le temps nécessaire pour la boire pour le mettre au profit d'un projet Wikimédia. Cela pourrait se faire au niveau des ordinateurs de bureaux qui sont le plus enclins à éditer et dont le taux de récolte décroissant n'est plus que de 20 % en 2020 (voir tableau 4.3). Une telle campagne pourrait de plus être une belle occasion pour sensibiliser les lecteurs des projets Wikimédia sur la mission portée par le mouvement.

L'histoire du mouvement a ensuite mis en évidence des évènements liés cette fois à des enjeux technologiques et politiques qui peuvent à leur tour faire l'objet d'une dérive. Au niveau technologique par exemple, nous avons vu que la communauté Wikimédia a de nouveau assumé pleinement son rôle de garde-fou par rapport à un désir de contrôle des projets exprimé par les employés de la fondation (droits superprotect) ou encore lors de l'élaboration d'un nouveau projet sans aucune concertation de la communauté d'éditeurs (Knowledge Engine). Malheureusement, tout ceci n’empêcha pas le mouvement de rester dans une fâcheuse dépendance au support informatique dans sa manière de réaliser sa mission de partage des connaissances.

Comme exemple marquant apparait par exemple l'arrêt des services technique de la fondation chargé de la maintenance d'un outil de création de livres pourtant très pratique pour rassembler dans un seul document une compilation de contenus en provenance d'un projet. On peut comprendre bien sûr qu'avec les fonctionnalités avancées des navigateur web en matière d'impression ce message puisse apparaitre : « La version imprimable n’est plus prise en charge et peut comporter des erreurs de génération. Veuillez mettre à jour les signets de votre navigateur et utiliser à la place la fonction d’impression par défaut de celui-ci. »[W 231], mais il reste toute fois regrettable de lire en date du 12 mars 2021 que : « Le créateur de livres est en cours de modification. Du fait de graves problèmes avec notre système actuel, le Créateur de livres ne prendra désormais plus en charge l’enregistrement d'un livre en PDF. »[W 232] et qu' « en ce qui concerne les livres, nous avons laissé le sujet entre les mains de développeurs volontaires et de PediaPress. Nous serons heureux de leur faire parvenir vos questions mais nous n'envisageons pas d'évolution dans le sens technique. »[W 233]

En se délestant de l'outil de création de livre pour le remettre entre les mains d'une entreprise commerciale et à des hasardeux contributeurs bénévoles tout en suspendant le développement d'outils de téléchargement et d'impression, la fondation Wikimédia semble donc confirmer son désintérêt envers le partage de la connaissance en dehors de son propre espace numérique. Cette position apparait ainsi à mes yeux comme une nouvelle dérive technologique et même égocentrique tout à fait regrettable que l'on peut concevoir en pensant simplement aux nombreuses familles dans le monde qui se voient incapables d'acheter ne fusse qu'un smart-phone bon marché et le crédit nécessaire pour pouvoir accéder au réseau Internet mobile.

Parmi ces familles, il est évident toute fois que certaines personnes de manière collective par exemple, peuvent fournir le prix nécessaire à une impression en noir et blanc d'un certain contenu en provenance des sites Wikimédia qui pourra ensuite être emporté au village pour en faire profiter toute la communauté. Dans un tel cas de figure, le créateur de livre apparait donc comme outil idéal pour produire au format PDF et même en format ouvert ODF, une compilation de certaines pages de Wikipédia dans le but d'en faire un ouvrage thématique, un dictionnaire personnalisé au départ du Wiktionnaire, ou encore un manuel scolaire tiré d'un ensemble de page de Wikiversité.

Au niveau politique enfin, la question d'une probable dérive du mouvement fut aussi illustrée par les nombreuses actions et positionnements politiques qui furent prisent au sein du mouvement. Alors que ces actions ne posèrent aucun problème dans le cadre des activités de la fondation en tant qu'organe central du mouvement, elles auront toute fois posé question au sein de la communauté des contributeurs. Nous avons vu effectivement que des tensions sont apparues au sein du projet Wikipédia francophone lors du sondage concernant la décision d'afficher un bandeau en faveur de la liberté de panorama. Comme en témoigne à nouveau ces commentaires issus des discussions, la communauté apparut ainsi divisée sur la nécessité de mettre en œuvre une action politique au sein du projet :

Je défends la liberté de panorama, mais dans ma qualité de citoyen français et non de wikipédien. La Fondation Wikimédia et les associations nationales ont de plus en plus tendance à oublier que nous, les wikipédiens, écrivons une encyclopédie, ce que eux ne font pas, préférant l’activisme politique et le prosélytisme législatif. Je revendique une Wikipédia neutre, et cela commence dès la page d’accueil. --Consulnico (discuter) 27 juin 2015 à 16:23 (CEST)

Je me suis inscrit formellement au projet d'élaboration d'une encyclopédie parce que j'adhère avec enthousiasme à l'idée de diffuser la connaissance. Ce projet, un des plus grands chantiers intellectuel que l'humanité ait connu, a des principes fondateurs. Il n'est pas neutre. La rédaction de l'encyclopédie doit être neutre, mais le projet ne l'est pas. C'est une lutte contre l'ignorance. « Wikipédia a une vocation universelle, et doit présenter une synthèse raisonnée de l'ensemble du savoir humain établi. » (cf Wikipédia:Wikipédia est une encyclopédie). En conscience, je ne peux que désapprouver l'entreprise d’appropriation du paysage par les cliques ultra-libérales, laquelle est un obstacle à notre projet. Par conséquent j'approuve l'apposition de ce bandeau. -- Jean-Rémi l. (discuter) 27 juin 2015 à 17:15 (CEST) [W 222]

Dans ce cas de figure, il semble donc que c'est à présent du côté de la communauté qu’apparaît un risque de dérive. Il est en effet discutable qu'un espace dédier au partage du savoir et qui se veut neutre par rapport à son contenu, devienne le théâtre de revendications politiques, tout comme il est aussi discutable, alors la question posée lors du sondage est restée sans réponse[W 234], que 65,9% des voix favorables puisse être considéré comme un consensus. Tout ceci en sachant qu'il existe au sein du mouvement le site Meta-Wiki spécialement dédié aux questions de gouvernance au sein du mouvement et qui apparait donc tout à fait indiqué pour mener des activités de militantismes au sein du mouvement. D'ailleurs, certains groupes utilisateurs accès sur des revendications politiques et identitaires y sont déjà actifs et pourrait même à yeux se limiter à cette espace pour organiser leurs actions dans le but de ne pas perturber celles qui ont pour but de produire du contenu éducatif[N 26].

Face aux troubles et aux départs de contributeurs que peuvent créer l'organisation d'action politique au sein des projets éditoriaux, ne serait-il pas dès lors préférable d'établir au sein du mouvement une distinction plus claire entre les lieux d'activités éditoriales et lieu d'activités politiques ? En scindant ces lieux d'activité tout en les laissant ouverts à la participation de tous, la fondation et les associations nationales affiliées au mouvement qui ne sont nullement actives dans les projets éditoriaux, pourrait dans ce contexte apparaitre à leurs tours comme garde-fou de probables dérives politique au au sein du mouvement. Ceci aurait en plus pour avantage de délester la communauté bénévole de toute responsabilité politique au sein du mouvement au profit d'un climat plus neutre au sein des projets évitant ainsi des confrontations pouvant entraîner le départ de contributeurs.

Toujours dans le chef de la communauté de pratique que représente l'ensemble des contributeurs au sein des projets, apparait enfin une certaine position réfractaire au changement. Alors qu'il ne s'agit plus ici d'une dérive mais plutôt d'une résistance au changement, j'aurai pour ma part rencontré cette tendance à plusieurs reprises au niveau du projet Wikiversité. Cette résistance fut parfois bénéfique comme dans le cas du refus de la fonctionnalité de discussion structurée intitulé Flow qui s'avéra par la suite être problématique[W 235], mais aussi problématique à mes yeux lorsqu'il fut question de voter en faveur d'une nouvelle règle qui proposait qu' « En l'absence de règle, la coutume remplace les règles inexistantes »[W 236]. Alors que le consensus n'aura pas été atteint, cette prise décision indique toute fois que 8 participants contre 3 était en faveur d'un certain conservatisme.

La résistance au changement est un phénomène connu au sein des communautés de pratique en raison d'une double difficulté liée à des tensions spécifiquement liées au contexte de changement mais aussi à l'exacerbation des tensions courantes due au manque de temps disponible[B 78]. Ce manque de temps est aussi caractéristique au travail bénévole si j'en juge de ma propre expérience et de nombreux commentaires reçus. Je dirais même que l'envie de terminer une tâche au plus vite est d'autant plus forte que l'on est pas rémunéré pour la faire. On se crée donc soi-même la pression avec l'envie de passer à d'autres activités que l'on considère aussi importantes voir plus agréables. Il semble donc que la gestion du temps et le stress qui en découle par rapport au changement doit être aussi pris au sérieux dans le cadre d'activité bénévole. La question du burn-out est d'ailleurs présente lorsque l'on parle de volontariat au sein du mouvement[W 237].

Ce chapitre, nous permit ainsi de réaliser à quel point le mouvement Wikimédia et sa communauté d'éditeurs bénévoles en particulier, perpétue un mouvement révolutionnaire qui comme nous l'avons vu, tire ses origines au sein de la contre-culture des années 60. De cet héritage découle certain conflit dans les relations économiques et politiques entre le mouvement et les acteurs externes au mouvement mais aussi au cœur même du fonctionnement Wikimédia où les volontés de la fondation Wikimédia furent à plusieurs reprises modérées par communauté d'éditeurs bénévoles qui semble se porter garant de certaines dérives. Nous allons à présent découvrir plus en détails qui sont les acteurs et parties prenantes du mouvement Wikimédia, les stakeolders comme disent les anglophones, afin de mettre en évidence leur extrême diversité et produire de nouvelles analyses.

Le futur du mouvement Wikimédia des sociétés vers l'état[modifier | modifier le wikicode]

Sans être devin, le futur du mouvement Wikimédia est bien sûr impossible à prédire. Mais il est possible en contrepartie d'en faire certaines projections au départ de ses ambitions stratégiques. Depuis es plans stratégiques couvrent une période de cinq ans et ont pour but d'apporter une garantie future dans la réalisation de la mission portée par le mouvement.

Plan stratégique du Mouvement Wikimedia, format imprimable.
Fig 4.11 :Plan stratégique 2015 du Mouvement Wikimedia, format pdf (Wikimedia Foundation, 2011).

Dès 2004 et suite à la création de la Wikimedia Foundation, le mouvement Wikimédia fait l'objet de divers plans stratégiques. Ces plans sont tout d'abord élaborés au niveau des premiers conseils d'administration pour ensuite être construits au travers des processus collaboratifs. Le premier de ces processus complexes est lancé en 2011 en recourant à la participation de milliers de volontaires dispersés dans le monde[B 79]. Il débouche sur un plan couvrant la période de 2010 à 2015 (voir fig. 1.2 ci-contre). Ce processus fait appel à l'intelligence collective et au soutien du personnel de Wikimedia pour identifier, affiner et relever les défis stratégiques fondamentaux tout en reposant sur un principe de transparence, de collaboration et de participation répondant aux attentes des parties prenantes[B 80]. Un nouveau plan stratégique est en cours d'élaboration pour l'horizon 2030 avec cette vision d'avenir :« Wikimédia deviendra la principale infrastructure de l'écosystème de la connaissance libre, et quiconque partageant notre vision aura la possibilité de nous rejoindre »[W 238].

D'autres plans stratégiques sont aussi développés dans d'autres organisations et associations Wikimédia régionales ou thématiques, comme Wikimedia Deutschland qui est par ailleurs l'association pionnière dans cette démarche[W 239]. Tous ces plans stratégiques sont en dernier ressort les prolongations d'une vision commune du mouvement, discutée sur le projet Méta-Wiki[W 240] et inspirée d'une réponse de Jimmy Wales à une interview postée le 28 juillet 2004 par Robin Miller sur le site Slashdot[B 81] :« Imaginer un monde dans lequel chaque personne sur la planète a librement accès à la somme de toutes les connaissances humaines. »[W 241],[B 82],[N 27], ceci en collaboration avec la fondation Wikimédia dont le but est de « donner la possibilité aux personnes du monde entier de collecter et développer du contenu éducatif sous licence libre ou se trouvant dans le domaine public, et de distribuer ce contenu efficacement et globalement »[W 242] en mettant à disposition « l'infrastructure technique et la structure organisationnelle nécessaire afin de soutenir et de développer des projets wiki de langue multiples et toute autre initiative au service de cette mission. »[W 243].

Probablement suite à cette prise de conscience, le premier plan stratégique d'envergure de la fondation Wikimedia visant l'horizon 2015, comprendra parmi ses objectifs une augmentation de 37 % des rédacteurs de Wikipédia en provenance des pays du Sud (Fondation Wikimédia, 2011, p. 20)[W 244] et fixera à une prévision de 100 le nombre de versions linguistiques de Wikipédia contenant 120 000 articles significatifs (Lovink et al., 2012, p.286)[B 83]. En début d'année 2020, ce dernier objectif ne sera toute fois pas atteint. Soixante versions linguistiques de Wikipédia seulement dépasseront la barre des 120 000 articles[W 245] et 70 celle des 100 000[W 246]. Dans la suite de ces préoccupations sans doute, un observatoire de la diversité culturelle de Wikipédia (WCDO) verra aussi le jour en novembre 2018 et aura pour but de fournir « des données à valeur stratégique et des ressources pour organiser et lutter pour plus de diversité culturelle au sein de Wikipédia »[W 247], une mission qui sera assurée par un ensemble de 7 axes d'activités (Voir fig 1.4 ci-dessous).

Au-delà des discours officiels, ils existent des tensions entre les besoins stratégiques et les normes établies par une communauté de volontaires qui se voit trop sollicitée[B 84] mais aussi incluse et exclue du processus de façon ambivalente sinon arbitraire[B 85]. D'autre part, une dérive de la mission (Greer, 2015)[B 86] est possible au sein du mouvement. Il existe en effet un réel risque de voir le développement des institutions prendre la priorité sur la mission du mouvement, mais aussi que l'activisme local se professionnalise jusqu'à produire un clash culturel entre les associations locales soutenant le mouvement et la Wikimedia Foundation[B 87].

Wikipeak du monde riche - L'avenir de Wikipédia réside dans les pays les plus pauvres | Détail graphique | L'économiste

Est-ce un hasard si la première page du projet Wikisource francophone fut consacrée à la déclaration universelle des droits de l'Homme et fut créée avant même la page d’accueil du projet ?[W 248]

Wiktionnaire:Actualités/Enquête/Vision d’utopie

Wiktionnaire:Mouvement Wikimedia/Stratégie 2017

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

[N]otes

  1. Le site Phabricator est une exception parmi d'autres.
  2. À noter que dans le menu contextuel situé en bas de la colonne de gauche présente sur chacune de ces pages de Wikipédia citées, il est aussi possible de trouver d'autres versions linguistiques autres que les trois que j'ai choisies en fonction de mes compétences.
  3. Teste original avant traduction via deepl.com version gratuite : « create a community of people who support each other in their educational endeavors. »
  4. En anglais dans le texte original :« exclude credentials, exclude online-courses and clarify the concept of elearning platform »
  5. Texte original avant traduction via Deepl.com version gratuite : « The main reason why the Wikimedia Foundation doesn't want to "turn it loose" is pure bureaucratic BS and a fear that it will turn into another Wikispecies. Wikispecies is a cool idea, but the "founders" of the project got cold feet part-way into putting in content and decided to do a major revision that took more time than anybody was willing to put into it. The same issue applies to Wikiversity so far as the Foundation is concerned, because the goals and purposes of this project are not clearly defined, and it seems like the participants are trying to bite off more than they can chew by proposing an entire multi-college research university (with Carnegie-Mellon research status and accreditation as well) to be formed out of whole cloth rather than a simple adult education center with a few classes. If more more thought is done on how to "bootstrap" this whole project, perhaps some thoughts on how to convince the Foundation board to let a separate wiki be kicked loose to let this project try to develop on its own can be made.--Rob Horning 11:21, 14 August 2005 (UTC) »
  6. En anglais dans le texte original :« six months, during which guidelines for further potential uses of the site, including collaborative research, will be be developed ». Plus d'information sur l'historique de la naissance du projet Wikiversité peuvent être trouvées sur les pages https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=No_to_Wikiversity&oldid=5436519 et https://en.wikiversity.org/w/index.php?title=User:JWSchmidt/history&oldid=602770.
  7. Texte original en anglais avant traduction avec deepl.com (version gratuite) :« The Wikimedia Movement, as I understand it, is a collection of values shared by individuals (freedom of speech, knowledge for everyone, community sharing, etc.) a collection of activities (conferences, workshops, wikiacademies, etc.) a collection of organizations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Germany, Wikimedia Taiwan, etc.), as well as some free electrons (individuals without chapters) and similar-minded organizations ».
  8. Texte original en anglais avant traduction de Deepl version gratuite :« Nobody is going to make even a simple buck placing ads on my work, which is clearly intended for community, moreover, I release my work in terms of free, both word senses, I and [sic] want to remain that way. Nobody is going to use my efforts to pay wages and or maintain severs. And I'm not the only one who feels this way. I've left the project. […] Good luck with your wikiPAIDia »
  9. Texte original en anglais traduit avec l'aide de Deepl.com verson gratuite :« Wikipedia has created a large foundation of wage earners, and each year he has to ask for ever-increasing amounts of money. This is what I didn't want to happen:a large, money-centred organisation made possible by the free work of the community. »
  10. L'ensemble de ces graphiques sont consultables au départ de la page https://cosmiclattes.github.io/wikigraphs/data/wikis.html
  11. Il est important de signaler que les résultats de cette étude ne portent que sur le projet Wikipédia en anglais, et ne sont donc valable que pour cette version linguistique puisque chaque autre projet, le rappel est ici important, est indépendant au niveau de sa gestion et développera donc sa propre histoire dans son fonctionnement interne.
  12. Texte original en anglais traduit avec www. DeepL.com/Translator (version gratuite) :« The decline represents a change in the rate of retention of desirable, good-faith newcomers. The proportion of good-faith newcomers who join Wikipedia has not changed since 2006. These good-faith newcomers are more likely to have their work rejected. This rejection predicts the observed decline in retention. Semi-autonomous tools (like en:WP:HUGGLE) are partially at fault. Reverting tools are increasingly likely to revert the work of good-faith newcomers. These automated reverts exacerbate the negative effects of rejection on retention. Users of Huggle tend to not engage in the best practices for discussing reverts. New users are being pushed out of policy articulation. The formalized process for vetting new policies and changes to policies ensures that newcomers' changes do not survive. Newcomers and other editors are moving increasingly toward less formal spaces. »
  13. Texte original en anglais avant traduction : « a crushing bureaucracy with an often abrasive atmosphere that deters newcomers ».
  14. Texte original en anglais :« Wikipedia contained around four inaccuracies; Britannica, about three ».
  15. Voir tableau 4.1 et la section 8 du chapitre 2.
  16. Pour plus de précisions, voici le texte contenu sur la page de donation concernant la question de savoir « Où va votre don : Infrastructure : serveurs, bande passante, maintenance, développement ; Wikipédia est l’un des sites internet les plus visités au monde et il fonctionne avec une infime fraction de ce que dépensent d’autres grands sites web. Personnel : les 10 principaux sites web emploient des milliers de salariés ; nous en avons environ 400, ce qui fait de votre don un très bon investissement dans une organisation non lucrative hautement efficace. »
  17. Voir département public et technologie dans la section « La fondation Wikimedia » du deuxième chapitre.
  18. Parmi les quelques subventions et défraiements que j'aurai personnellement reçus, le délais d'attendre pouvait varier entre un mois et plus d'un an avec dans un cas de figure, une subvention accordée mais jamais reçue.
  19. Pour mieux se rendre compte encore de la complexité du wikicode dans le cadre de la réaction de ce travail de recherche, il est aussi possible de cliquer sur l'onglet « Modifier le code » en haut d'un chapitre situé sur Wikiversité ou encore de se rendre directement à l'adresse : https://fr.wikiversity.org/w/index.php?title=Recherche:Imagine_un_monde/Histoire&action=edit .
  20. Une description complète de ces statuts et outils est disponible dans une section de mon travail de fin de master intitulé Culture fr Wikipédia.
  21. Texte original en anglais : « rarely tries new things in the hope of luring visitors ».
  22. Cette société fut renommée pour répondre aujourd'hui au nom de Fandom.
  23. Ces vidéos sont disponibles dans la première section du cinquième et prochain chapitre consacré aux acteurs du mouvement.
  24. Texte original en angalis avant sa tradcution à l'aide de deepl.com (version gratuite) : « Nonprofit organizations are becoming increasingly like private firms. The transformation is bringing a shift in financial dependence from charitable donations to commercial sales activity, with little-recognized consequences. To Profit or Not to Profit is a coordinated set of studies of why fundraising for nonprofits is mimicking that of private firms and what consequences it is having. User fees and revenue from "ancillary" activities - those not contributing directly to the organization mission except for the profit generated - are mushrooming, with each having important side effects. User fees may price out of the market some of the nonprofit's target group. Ancillary activities may distract the nonprofit from its central mission. »
  25. Texte original avant sa traduction avec l'aide de DeepL.com/Translator (version gratuite) : « our study has pointed out the importance ofstakeholder engagement to counterbalance the strategicpositioning of a social enterprise. However, mission driftmay delegitimize social enterprises with external stake-holders (Dacin et al. 2011), thus undermining their will-ingness to collaborate with the venture. Further researchcould investigate strategies adopted by delegitimized socialenterprises to capture the attention of external stakeholders.Finally, further research pould investigate how culturalvariations affect the effectiveness of stakeholder engagement. »
  26. Voir à ce sujet la section 13 consacrée aux groupes d'utilisateurs au sein du chapitre 2 consacré à l'organisation du mouvement.
  27. Texte original en anglais :« Imagine a world in which every single person on the planet is given free access to the sum of all human knowledge ».

[B]ibliographiques

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  11. Orman El Ouedghiri El Idrissi, Dons en temps, dons en argent :L'Enquête canadienne sur le don, le bénévolat et la participation en 2007, mémoire de maîtrise en science économique à l'Université d'Ottawa, janvier 2010 [lire en ligne], p. 38 
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