Recherche:La révolution numérique vécue par le Sud/Humanité numériques

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Il est difficile aujourd'hui d'entreprendre une recherche dans le champs de l'anthropologie numérique sans porter intérêt à ce qui se passe et ce qui se dit au niveau des Humanités numériques. C'est en effet au sein de cette discipline que semble se produire, de la manière la plus vive et la plus aboutie, les débats suscités par l'avènement de ce qui est commun d'appeler aujourd'hui la révolution numérique. Dans ce contexte, l'anthropologie comme toutes autres disciplines liées au domaine des sciences humaines et sociales, de l'art, des lettres ou de l'informatique doit donc nourrir sa propre réflexion. Mais la nouveauté et le changement continuel engendrés par une révolution en marche empêche, ou en tout cas gène, l'établissement d'un consensus clair au sein de la discipline. Il en revient donc à chaque chercheur de se positionner lui-même dans l'exercice de ses travaux. Une tâche ardue si elle se veut bien faite, car de l'avenue, de l'usage et de l'observation de et dans l'usage des nouvelles technologies de communication, découlent des questions épistémologiques, éthiques et politiques de premières importances.

L'anthropologie visuel, anthropologie numérique et anthropologie du numérique[modifier | modifier le wikicode]

Les premiers explorateurs et fondateurs de l'anthropologie social et culturel rédigeaient des carnets de voyage (l'anthropologue parlera de carnets de terrain). Dans le but de compléter leurs écrits et de fournir des preuves sur ce qu'ils écrivent, les explorateurs tentaient aussi, et autant que possible, de rapporter au pays : objets, êtres vivants, humains parfois, comme autant de témoignages de leur découvertes. Tous ces trésors de voyages trouvés, échangés, mais le plus souvent considérés comme volés par les populations des lieux d'origines, dépassaient par leur simples présences toute description écrite aussi complète qu'elle puisse être. De ces collections sont nés musés, zoos, et autres vitrines d'exposition dont les plus ignobles au vue de la morale d'aujourd'hui furent sans doute les zoo humain. De cette époque, nous retiendrons la singulière histoire de Saartjie Baartman (1979-1815) surnommée la Vénus hottentote, importée sous contrat depuis l'Afrique du Sud pour exposer ses particularités physiques au monde occidental. Après sa mort dans des condition d'extrême précarité, ses reliques furent conservées dans des musés avant d'être restitué en 2002 à son peuple d'origine après des décennies de demandes sporadiques.

Face à la complexité, au caractère onéreux et immoral de ces pratiques d'importation, l'anthropologie fut donc friand de techniques d'enregistrement les plus variés. L'appareil photo, la caméra, l'enregistreur audio-phonique, prirent place dans les valises des anthropologues dès leur apparition et le concept d'anthropologie visuel fut reconnu rapidement en tant que sous discipline. Parmi les précurseur notable de celle-ci figure Rudolf Pöch (1870-1921) qui rapporta en Europe la preuve formelle de l'existence des Pygmées à travers une série d'enregistrements audio-visuels.

Avec la venue du numérique, ce sont de nouveaux outils d'observation, de récolte, de conservation, de partage, d'analyse, de discussion et d'évaluation qui furent adoptés par les anthropologues. Puis, au delà de ces nouveaux outils, le numérique apporta de nouveaux questionnements et de nouveaux terrains ethnographiques. Des thématiques préexistantes tel que la culture matériel, la dichotomie nature culture, le transhumanisme ou post-humanisme, furent remis au goût du jour. De nouveaux concepts firent leurs apparitions : Homo numericus, cyberculture, cyberespace, le Web social ou Web 2.0, Internet des objets, Web des objets, le Web sémantique, le Web 3.0, l'E-santé, etc. Au sein de l'anthropologie numérique[1] enfin apparut le concept d'anthropologie du numérique clarifiant ainsi le fait que l'adjectif « numérique » s'applique avant tout aux nouveaux usages, espaces et communautés créés par la venue du numérique.

Approches et principes en anthropologie numérique[modifier | modifier le wikicode]

Même si le jeune âge de l'anthropologie numérique ne permet pas encore d'établir un parfait consensus au sujet de ses tenant et aboutissants, il est d'ors et déjà possible de catégoriser 3 types d'approches  :

L'approche immersive : où la recherche porte sur un espace numérique et les observations se limite à l'espace numérique.

Exemple d'ouvrages : My Life as a Night Elf Priest An Anthropological Account of World of Warcraft[2], Coming of Age in Second Life: An Anthropologist Explores the Virtually Human[3], Culture fr.wikipédia[4], etc.

L'approche holistique : où la recherche porte sur un espace numérique, mais les observations ne se limitent pas à l'espace numérique.

Exemple d'ouvrages : Social Media in an English Village[5], Hacker, Hoaxer, Whistleblower, Spy The Many Faces of Anonymous[6] ou encore Common Knowledge?: An Ethnography of Wikipedia[7], Digital Crime and Digital Terrorism[8], etc..

L'approche instrumental : la recherche ne porte pas sur un espace numérique, mais un ou plusieurs espaces numériques sont utilisés comme moyen d'observation.

Exemple d'ouvrages : Immigration, the internet, and spaces of politics[9], Children, Sexuality and Sexualization[10], ect.

Au delà de cette typologie, six principes clef applicables à l'anthropologie numérique furent l'objet d'un consensus au sein d'un collectif de chercheurs pionniers en la matière[11] :

  • Le numérique intensifie la dialectique nature culture.
  • Le numérique offre une meilleur compréhension de la vie pré-numérique.
  • Le numérique doit être abordé d'un point de vue holistique et comme partie intégrante de l'humanité.
  • Le numérique n'est pas facteur d’homogénéisation mais au contraire réaffirme la notion de relativisme culturel.
  • Le numérique apporte une ambivalence au sein de la vie politique et privée.
  • Le numérique développe une nouvelle culture matériel dans laquelle l’anthropologue se trouve lui-même imbriqué.

Au delà de l'anthropologie numérique, la cyborg anthropologie[modifier | modifier le wikicode]

L'utilisation d'outils dans le but de dépasser ses capacités premières a toujours été reconnut comme trait caractéristique de l'être humain, mais la venue du numérique apporte une dimensions nouvelles. C'est ainsi qu'en 1995[12], le concept anglophone de cyborg anthropologie fit son apparition en tant que branche de l'anthropologie consacrée à l'étude de l'être humain en lien avec la cybernétique. Quinze an plus tard, en 2010, l'anthropologue Amber Case[13], n'hésitera pas a qualifié de cyborg au sens neurologique du terme, ce que certains appelleront plus tard l' homo connecticus[14]. Car de faite, l'accès audio visuel et instantané au contenu du Web et la capacité de contrôler des appareils à distance via un smartphone, de se géolocaliser ou de connaître et d'analyser son rythme cardiaque en temps réel avec une montre connectée, peuvent belle et bien être assimilés à des fonctions cybernétiques attribuées aux hommes. Avec ces fonctions, ce sont de nouveaux pouvoirs en matière d'omniscience et d’extension de la mémoire cérébrale au sein d'une noosphère, mais aussi en matière d'auto-analyse physiologique et topographique, ou encore en matière de télékinésie au sein de l'Internet des objets et d'omniprésence, voir d'invisibilité via les nouvelles technologies de communication qui feront de l'homme un cyborg.

Au delà de l'homme connecté, existe aussi le cas de figure des avatars utilisés dans des jeux vidéo multi joueurs. Ne peuvent-ils pas à leur tour, être considérés tel des cyborgs numériques doués d'intelligence humaine ? Replacer dans un contexte hors ligne, les drones, notamment ceux utilisés par les forces armées, ne sont-ils pas pas non plus des robots doué de raison ? Au final, resurgiront ainsi les question soulevées par le transhumanisme et le post-humanisme au sein de la cyborg anthropologie.

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Le terme anglophone cyber anthropology a précédé à celui de digital anthropology et est toujours utilisé en langue allemande.
  2. Bonnie Nardi, My life as a night elf priest an anthropological account of World of warcraft, Ann Arbor, University of Michigan Press|University of Michigan Press University of Michigan Library, 2010, 236 p. (ISBN 978-0-472-07098-5 et 978-0-472-05098-7) (OCLC 760718590) [lire en ligne] 
  3. Boellstorff Tom, Coming of Age in Second Life: An Anthropologist Explores the Virtually Human, I, Princeton University Press, 2008 
  4. Lionel Scheepmans, « Recherche:Culture fr.wikipedia — Wikiversité » sur fr.wikiversity.org. Consulté le 2017-12-30
  5. Daniel Miller, Social Media in an English Village, UCL Press, 2016-01-01 (ISBN 9781910634448) [lire en ligne] 
  6. Jamie Bartlett, « Hacker, Hoaxer, Whistleblower, Spy: The Many Faces of Anonymous by Gabriella Coleman – review », dans The Guardian, 2014-11-19 (ISSN 0261-3077) [texte intégral (page consultée le 2017-12-30)]
  7. Dariusz Jemielniak, Common Knowledge?: An Ethnography of Wikipedia, Stanford University Press, 2014-05-14 (ISBN 9780804789448) 
  8. Robert W. Taylor, Eric J. Fritsch et John Liederbach, Digital Crime and Digital Terrorism, Prentice Hall Press, 2014 (ISBN 0133458903 et 9780133458909) [lire en ligne] 
  9. « Immigration, the internet, and spaces of politics », dans Political Geography, vol. 21, no  8, 2002-11-01, p. 989–1012 (ISSN 0962-6298) [texte intégral lien DOI (pages consultées le 2017-12-30)]
  10. Jessica Ringrose, Children, Sexuality and Sexualization, Springer, 2016-04-29 (ISBN 9781137353399) [lire en ligne] 
  11. Heather A. Horst et Daniel Miller, Digital Anthropology, A&C Black, 2013-08-01 (ISBN 9780857852922) [lire en ligne] 
  12. Gary Lee Downey, « Cyborg Anthropology », dans Cultural Anthropology, vol. 10, 1995, p. 264-269
  13. Amber Case, « /amber_case_we_are_all_cyborgs_now We are all cyborgs now » sur https://www.ted.com, Décembre 2010 (traduction française)
  14. Christophe Médici, Homo connecticus - Comment maintenir une Haute Qualité Relationnelle® à l’ère du numérique, Dangles, 2015-10-03 (ISBN 9782703311058) [lire en ligne]