Recherche:Imagine un monde/Racines

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Les racines du mouvement Wikimédia
Résistance au monopole et au contrôle dans l'espace informatique
Troisième chapitre de la première partie de l'ouvrage Imagine un monde

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De Lionel Scheepmans

En 2005 déjà, ce fut par l'intermédiaire de site Framasoft[W 1] que je découvrir ce qui m’apparaîtra par la suite comme les racines du mouvement Wikimédia. Créé moins d'un an avant la version francophone de Wikipédia, ce réseau francophone d'éducation populaire, m'a effectivement offert une documentation complète sur les enjeux du développement de l'informatique, d'Internet et des applications qui s'y développent. C'était lors de mes premiers pas sur le Net et au moment des débuts de la démocratisation de l'ADSL dans mon pays. Je venais de faire l'acquisition d'un ordinateur d'occasion équipé d'un microprocesseur Pentium sur lequel tournait le système d'exploitation Windows XP.

Le site Framasoft avait retenu toute mon attention car il répertoriait une liste de logiciels librement téléchargeables en les catégorisant et les décrivant de manière systématique. Après avoir profité de cette gratuité indexée par le site, je me suis ensuite intéressé à la philosophie de partage qui en fut à l'origine. Au fil de mes lectures, j'ai fini par découvrir l'existence des logiciels libres et de Richard Stallman qui en fut l'initiateur.

Un an plus tard et déjà passionné par le sujet, j'ai décidé de réaliser un travail consacré aux Nouvelles formes de management dans la création de produits numériques[B 1] dans le cadre de ma première année de bachelier en socio-anthropologie. C'est sur base de ces premières expériences au sein de l'espace web et des recherches que j'aurai mené par la suite que repose cette présente présentation de ce que j'appellerai la préhistoire du mouvement Wikimédia dans laquelle me semble apparaitre les soubassement d'une révolution culturelle, ou plutôt « contre-culturelle », héritée du mouvement du logiciel libre et du Web 2.0 .

Les logiciels libres[modifier | modifier le wikicode]

Le premier fait historique lié aux logiciels libres est à dater du 27 septembre 1983, quand Stallman lança, dans la newsletter net.unix-wizards, adressée aux utilisateurs du système d'exploitation Unix, un appel à soutien pour un projet de création d'un système d'exploitation intitulé GNU. Ce projet consistait à produire une suite de programmes qui permettrait d'utiliser un ordinateur dans des tâches multiples et de les offrir librement à quiconque voudrait les utiliser. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique de longue distance qui précédant Internet, Stallman mobilise la règle d'or pour décrire sa motivation. Il s'exprime en ces termes :

Je considère comme une règle d'or que si j'apprécie un programme je dois le partager avec d'autres personnes qui l'apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j'ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m'en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.[W 2]

J'appris par la suite que le projet de Stallman, qui reçut rapidement le soutien nécessaire à son accomplissement, était en fait une réaction à l'arrivée des logiciels propriétaires qui, selon Stallman, ne respectaient pas les quatre libertés fondamentales de leurs utilisateurs :

la liberté de faire fonctionner le programme comme vous voulez, pour n'importe quel usage (liberté 0) ;

la liberté d'étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier pour qu'il effectue vos tâches informatiques comme vous le souhaitez (liberté 1) ; l'accès au code source est une condition nécessaire ;

la liberté de redistribuer des copies, donc d'aider les autres (liberté 2) ;

la liberté de distribuer aux autres des copies de vos versions modifiées (liberté 3) ; en faisant cela, vous donnez à toute la communauté une possibilité de profiter de vos changements ; l'accès au code source est une condition nécessaire.[W 3]

Il faut savoir qu'à cette époque, le marché de l'informatique était en pleine mutation, que l'habituel partage des programmes et des codes informatiques entre quelques rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d'un accès à un ordinateur était mis à mal. La fin de cette tradition de partage était liée à la commercialisation croissante des logiciels informatiques et l'apparition de nouveaux moyens techniques et juridiques visant à la privatisation de leurs codes sources. Apparurent ainsi des brevets, copyrights, et clauses de non-divulgation sur les contrats des employés au sein des firmes commerciales. Le climat de solidarité et d'entraide qui existait précédemment dans le monde de la recherche en informatique faisait donc rapidement place à celui de la concurrence et de la compétition du secteur commercial.

Photo prise en mars 1957 au Centre de recherche Langley capturant l"image d'une femme et d'un homme qui travaillent sur machine de traitement électronique de données IBM type 704 utilisée pour la recherche aéronautique
Fig. 3.1. Photo prise en mars 1957 au Centre de recherche Langley capturant l"image d'une femme et d'un homme qui travaillent sur machine de traitement électronique de données IBM type 704 utilisée pour la recherche aéronautique (Source : https://w.wiki/377h).

L'origine de cette mutation fut sans aucun doute l'arrivée d'un nouveau marché né de l'essor des premiers ordinateurs domestiques tel que le commodore 64, apparu en 1982, le plus vendu au monde selon le livre Guinesse des records, avec plus de 17 millions d'exemplaires[B 2], ou encore l'IBM Personal computer (PC), produit à partir de 1981, et dont l'architecture ouverte fut à l'origine de l'apparition de toute une gamme d'ordinateurs personnels. Ce nouveau type d'ordinateurs de tailles réduites répondait aux besoins de matériel informatique au sein des engins de l'industrie aérospatiale. Leurs mises au point ne purent se faire qu'après l'arrivée des premiers circuits intégrés dont le coût s'est progressivement réduit durant les années 70, jusqu'à en faire un produit accessible sur les marchés publics. Une dizaine d'années furent encore nécessaire pour que la technologie informatique devienne un produit de vente à usage domestique.

Commodore 64 avec disquette et lecteur
Fig. 3.2. Commodore 64 avec disquette et lecteur (Source : https://w.wiki/377 g)

En 1975 une société répondant au nom de Microsoft fut créée dans une optique tout à fait opposée à celle du projet GNU. En 1998 cette société fut accusée de « hold-up planétaire »[B 3] dans un ouvrage rédigé par la journaliste Dominique Nora et par le maître de conférences en informatique Roberto Di Cosmo. À la lecture de celui-ci, je découvris qu'à cette époque, « 41 % des bénéfices des dix premiers mondiaux du logiciel » étaient réalisé par cette société et que les systèmes d'exploitation de Microsoft équipaient plus de 85 % des micro-ordinateurs de la planète. Plus de 20 ans plus tard, soit en 2020, cette situation de « quasi-monopole »[B 4] semble toujours d'actualité avec 76.56 % des ordinateurs de bureau fonctionnant sur Windows[B 5], un chiffre confirmé au dessus des 70 % par les statistiques de fréquentation du Web produites par la W3schools[W 4].

Ce monopole faisait suite à la signature d'un contrat entre IBM, constructeur des premiers ordinateurs personnels (PC) et la compagnie Microsoft, choisie pour fournir le système d'exploitation nécessaire au fonctionnement de ces ordinateurs. Le programme installé par Microsoft proviendra du Q-DOS, acronyme humoristique de « Quick (rapide) and Dirty (sale) Operating System » acheté à une PME, appelée Seattle Computer, pour la somme de 50 000 dollars. Après quelques modifications sommaires, il fut rebaptisé MS-DOS dans le but d'honorer le contrat[B 6]. Comme explique Di Cosmo interviewé dans Le hold-up planétaire :

IBM n'a jamais pris cette affaire de PC au sérieux : le mammouth n'a pas pris la peine d'acheter MS-DOS, ni même de s'en assurer l'exclusivité. Résultat : Microsoft a ensuite pu vendre MS-DOS – puis son successeur Windows – à tous les concurrents de « Big Blue », comme on surnommait alors IBM. À l'époque, les constructeurs de machines dominaient l'industrie. Personne ne se doutait qu'avec la standardisation autour des produits Intel et Microsoft et l'apparition des cloneurs asiatiques, tous les profits – et le pouvoir – de la micro-informatique se concentreraient dans les puces et les systèmes d'exploitation.[B 6]

En parlant de puces, Di Cosmo fait ici allusion à un autre monopole, moins connu peut-être, apparu cette fois sur le marché des circuits intégrés. Il s'agit de celui de la société Intel Corporation le premier fabriquant mondial de semi-conducteurs destinés à la production de matériel informatique (microprocesseurs, mémoires flash, etc.), qui, à titre indicatif, a atteint un record de 96.6 % sur le marché des serveurs informatiques en 2015[B 7]. Le monopole atteint par Intel, tout comme celui de Microsoft dont il sera bientôt question, fera l'objet de contentieux portant sur des pratiques anticoncurrentielles. Dans ce cadre, et suite à un versement de 1.25 milliard de dollars d'Intel à la société Advenced Micro Devices (AMD) en 2009, cette dernière s'engagea à abandonner les poursuites[B 8].

Mais pendant que Microsoft et Intel développaient leurs monopoles économiques, un nouvel évènement majeur allait marquer l'histoire du logiciel libre. Son déclenchement fut de nouveau un appel à contribution, posté cette fois le 25 août 1991 par Linus Torvalds, un jeune étudiant en informatique de 21 ans. Le message fut transmis via Usenet, une application de messagerie reposant sur le récent réseau Internet et apparu cette fois sur la liste de diffusion du système d'exploitation MInix, une sorte de UNIX simplifié dans un but didactique par Andrew Tanenbaum.

À juger de la modestie du premier paragraphe, son auteur ne semblait aucunement anticiper que les mots qu'il écrivait allaient entamer une collaboration qui ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre[B 9] :

Je fais un système d'exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386(486) AT. Ce projet est en cours depuis avril, et commence à se préparer. J'aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n'aiment pas dans minix, car mon système d'exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).[B 10][N 1]

Mascotte du projet GNU à gauche et du projet Linux à droite.
Fig. 3.3. À gauche la mascotte du projet GNU ; à droite celle du projet Linux appelée Tux (source : https://w.wiki/377i)

Bien qu'il fût présenté comme un passe-temps, le projet répondant au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs de par le monde, pour devenir bientôt la pièce manquante du projet GNU. Le système d'exploitation développé par Richard Stallman n'avait en effet pas encore terminé la mise au point de Hurd, son noyau de système d'exploitation, ou autrement dit la partie du code informatique responsable de la communication entre les logiciels et le matériel informatique. La fusion du code produit par le projet GNU et Linux aboutit donc rapidement à la mise au point d'un système d'exploitation complet, stable et entièrement libre intitulé GNU/Linux.

Au départ du code issu de l'union des deux projets, la communauté des développeurs aura ensuite vite fait de personnaliser les choses en créant de nombreuses variantes au système d'exploitation original que l'on appelle communément distributions. C'est l'une de ces distributions, intitulée Debian, et dont le projet semble être le seul grand distributeur GNU/Linux qui ne soit pas une entité commerciale[B 11], qui fut choisie pour le fonctionnement des serveurs qui hébergent l'ensemble des projets Wikimédia[W 5]. Ce choix apparait donc tel un double héritage en provenance du mouvement des logiciels libres. Le premier d'ordre technique assurera la fourniture de programmes informatiques pour faire fonctionner ses serveurs, tandis que le deuxième d'ordre économique, permettra au mouvement de s'acquitter du paiement de licences d'exploitation.

À ces deux héritages s'ajoute un troisième, méthodologique cette fois que j'avais découvert en lisant un article intitulé « La cathédrale et le bazard »[B 12], dans lequel Éric S. Raymond oppose, d'un côté, l'organisation du travail dite « cathédrale », pyramidale, rigide, statutairement hiérarchisée et habituellement présente dans les entreprises, et de l'autre, l'organisation dite « bazar », horizontale, flexible et peu hiérarchisée statutairement, qu'il avait expérimentée lui-même dans le développement de son propre logiciel libre en se ralliant au « style de développement de Linus Torvalds – distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu'à la promiscuité »[B 13].

Par la suite, en réalisant un travail de fin de master consacré à l'étude de la communauté des éditeurs actifs sur le projet Wikipédia francophone[B 14], je me suis rapidement rendu compte que ce dernier projet qualifié de « bazar libertaire » par le journal Le soir au cours de l'année 2012[B 15] avait hérité du mode organisationnel des logiciels libres. Un simple extrait de l'un des cinq principes fondateurs sur lesquels s'est construit l'encyclopédie suffit, je pense, pour illustrer cet héritage :

N'hésitez pas à contribuer même si vous ne connaissez pas l'ensemble des règles, et si vous en rencontrez une qui, dans votre situation, semble gêner à l'élaboration de l'encyclopédie, ignorez-la ou, mieux, corrigez-la. [W 6]

Le mouvement Wikipédia semble donc bel et bien un proche héritier des « héros de la révolution informatique » et des valeurs d'universalité, de liberté, de décentralisation, de partage, de collaboration et de mérite décrites par Steven Levy dans son ouvrage L'Éthique des hackers[B 16]. Quant à la venue de Richard Stallman en tant qu'invité de prestige de la première rencontre mondiale du mouvement Wikimédia de 2005 (voir figure 2.4), elle aura certainement symbolisé ce rapprochement identitaire entre les logiciels libres et le mouvement Wikimédia, qui furent tout deux tributaires du réseau Internet dans leur développement.

Le réseau Internet[modifier | modifier le wikicode]

D'un point de vue technique, on peut considérer qu'Internet est né avec la suite des protocoles Internet (TCP/IP) mis au point par Bob Kahn et Winton Cerf et dont la première mise en pratique fut réalisée en 1977[B 17]. L'aboutissement du projet aura donc pris près de cinq ans puisque sa première présentation eut lieu en 1973, lors de la conférence internationale sur les communications informatiques de l'International Network Working Group.

Contrairement à certaines idées reçues, le réseau Internet ne fut donc pas produit par les forces armées américaines. Celles-ci ont par contre participé au financement de la Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA)[B 18] qui fut à l'origine du réseau ARPANET qui, par ailleurs, fonctionnait sur un protocole différent de celui d'Internet intitulé Network Control Protocol (NCP), élaboré en décembre 1970 par le Network Working Group, un groupe informel d'universitaires[B 19]. Ce groupe d'acteurs fut aussi celui qui mit en place au sein d'ARPANET la procédure Request For Comments (appels à commentaires en français), toujours en application au sein du mouvement Wikimédia et qui représente « incontestablement l’un des symboles forts de la « culture technique » de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience. »[B 20]

L'armée américaine, pour sa part, aura fait le choix de développer son propre réseau appelé MILNET en le séparant du réseau ARPANET, qui restera un « réseau pour la recherche et le développement »[B 21]. Cette séparation s'effectua en 1983, précisément l'année où Richard Stallman lança le projet GNU via ARPANET qui comprenait alors moins de 600 machines connectées[B 22]. Internet s'est ensuite développé avec l'apparition de l'Internet Society, une ONG créée en 1992 par les pionniers de l’Internet chargés de l'entretien technique des réseaux informatiques et chargés du respect des valeurs fondamentales du réseau[B 23].

D'un point de vue culturel donc, le logiciel libre et la culture libre sont apparus bien avant la naissance de ce que j'appellerais l' « Internet interculturel » et représente à mes yeux un réseau de communication international, neutre et indépendant, ouvert à tout type d'utilisations et d'utilisateurs. Ce réseau ne verra en effet le jour qu'à la suite de l'installation des premières Dorsales Internets transnationales, fin des années 80, et bien sûr, suite à l'ouverture du protocole TCP/IP et son adoption au travers le monde qui restera certainement l'étape la plus importante de l'histoire d'Internet.

Michel Elie, pionnier de l'informatique et responsable de l'Observatoire des Usages de l'Internet, témoigne de cette époque et de la naissance d'Internet dans un article intitulé « Quarante ans après : mais qui donc créa l'internet ? ». Il écrit ceci :

Le succès de l'internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaine de milliers d'étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia. [B 24]

Carte partielle d'Internet, basée sur les données de opte.org du 15 juin 2005.
Fig. 3.5. Carte partielle d'Internet, basée sur les données de opte.org en date du 15 juin 2005 (source : https://w.wiki/377ᵉ)

Cette comparaison entre Internet et le projet Wikipédia fut bien sûr très interpellante dans le contexte de mes travaux. Elle me permit au bout de recherches plus approfondies de réaliser à quel point le mouvement Wikimedia pouvait apparaitre quelque part comme une nouvelle résurgence de la contre-culture des années 60 apparue aux États-Unis dans le contexte de la guerre du Viêt Nam. Dans son ouvrage titré :« Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l'opposition de la jeunesse » [B 25][N 2], Theodore Roszak. définit la contre-culture de la sorte :

Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n'occuper dans la vie humaine qu'une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n'implique rien de moins que l'acceptation de nous ouvrir à l'imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu'affirment des hommes tels que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l'œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu'il est vraiment. [B 26]

À la lecture de ce texte datant de 1970, il est intéressant de voir que le mouvement de la contre-culture au même titre que le mouvement Wikimédia utilisent un vocabulaire similaire pour se décrire en utilisant chacun une vision qui imagine autrement le monde. Il semble cependant paradoxal qu'une culture qui voit dans la technique quelque chose d' « inférieur et marginale » et qui porte sur la science un regard « banal » puisse avoir influencé le milieu scientifique et technique responsable de la naissance d'Internet. Ce paradoxe fut toutefois résolu par Fred Turner dans son ouvrage intitulé :« Aux sources de l'utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d'influence »[B 27][N 3]. Dans ce livre qui retrace la vie de Steward Brand, Turner réussira en effet à établir un lien direct entre la culture Hippie des années 60 et l'esprit de la cyberculture au sein de laquelle Internet prit naissance.

En complément de la démonstration faite dans cet ouvrage, je citerai pour ma part les propos de David D. Clark qui, à mon sens, illustrent parfaitement l'influence de la contre-culture américaine au niveau des pensées de ceux qui furent les précurseurs d'Internet. Lors d'une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l'ingénierie Internet David Clark prononça, en effet, cette phase cruciale qui marquera les valeurs techniques et politiques des ingénieurs à qui il s'adressait[B 28] :« Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent »[B 29][N 4].

Cette courte citation semble donc indiquer que le mépris de la contre-culture des années 60 envers la technique et la science, aura fini par faire place à un refus d'autorité qui caractérise encore aujourd'hui la communauté des contributeurs actifs au sein des projets Wikimédia. En effet, alors qu'Internet continue de lutter pour conserver la neutralité de son réseau, le mouvement Wikimédia pour sa part, continue de lutter pour préserver ses projets éditoriaux de toute forme de contrôle élitiste intenté par des autorités extérieures à sa communauté. Au-delà du réseau Internet et des projets Wikimédia, ce désir d'autonomie est aussi observable au niveau de l'espace Web et ce, depuis sa création.

L'espace web[modifier | modifier le wikicode]

Une autre figure importante dans la préhistoire du mouvement Wikimédia est celle de Tim Berners-Lee l'inventeur du World Wide Web que l'on désigne souvent par l'expression « Web » ou « toile » en français. Actif au sein du conseil européen pour la recherche nucléaire (CERN), il eut en effet l'idée de créer un espace d'échange public au sein du réseau Internet. Pourcela, il mit au point un logiciel intitulé « WorlWideWeb » capable de produire et de visiter des espaces numériques intitulés site Web. Composés de pages Web, ces sites Web sont alors hébergés sur des ordinateurs séparés mais tous reliés entre eux grâce au réseau Internet. Son programme fut rebaptisé Nexus par la suite, pour éviter la confusion avec l'expression Worl Wide Web[W 7].

Au sein du Web et grâce à un système intitulé hypertexte, les pages Web indexent des informations présentes dans une même page, un même site, mais aussi sur des pages et des sites situées sur des ordinateurs distants. Pour permettre ce transfert d'information d'un ordinateur à un autre, Berners-Lee mit au point un protocole appelé Hypertext Transfer Protocol ou HTTP. Ainsi donc apparu l'espace Web que l'on peut décrire comme un espace global et numérique formé par l'ensemble de ces pages et sites Web situés sur les mémoires de multiples ordinateurs connectés entre eux via le réseau Internet.

« Where the WEB was born », plaque comémorative du CERN 2004
Fig. 3.6. « Where the Web was born », plaque commémorative du CERN 2004 (source : https://w.wiki/377d)

Afin de veiller au bon usage de l'espace web au travers l'application de règles et de protocoles standards, l'association Internet Society fut fondée par Berners-Lee en tant que consortium international sous le sigle W3C. Ayant la fondation Wikimédia comme nouveau membre depuis 2019[B 30], cette organisation a une devise : « un seul Web partout et pour tous »[W 8]. Si celle-ci semble bien naturelle à ce jour, il s'en est fallu de peu pour que le premier éditeur de site WorldWideWeb et par conséquent, l'idée même du World Wide Web, ne devienne un produit commercial voire un service payant. À partir du 30 avril 1993, ce risque était effectivement très élevé puisque le logiciel WorlWideWeb avait été déposé dans le domaine public par Robert Cailliau qui assistait Berners-Lee dans le développement du Web. Dans un ouvrage intitulé Alexandia[B 31], Quentin Jardon explique cet épisode critique de la naissance du Web de la sorte :

Pour François, la philanthropie de Robert, c'est très sympa, mais ça expose le Web à d'horribles dangers. Une entreprise pourrait s'emparer du code source, corriger un minuscule bug, s'approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L'ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d'un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d'un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d'abord gratuit peut-être, avant d'être soumis lui aussi à une licence. […] En plus de devenir un territoire privé, le Web se balkaniserait entre les géants du secteur. […] Mais le jeune Bill Gates ne croit pas encore à la portée commerciale de ce système. […] Ce dédain provisoire est une bénédiction pour Tim et Robert, car la stratégie de Microsoft, au début des années 1990, obéit à la loi du "embrace, extend and stay at the top" [B 31]

Heureusement, en octobre 1994 et après avoir repris les responsabilités de Tim Berners-Lee, suite à son départ du CERN[B 32], François Flückiger, dont Jardon faisait mention, eut la présence d'esprit de se rendre à l'Institut fédéral de la propriété intellectuelle suisse pour retirer du domaine public le code de l'éditeur HTML et le placer sous licence libre, en y apposant de la sorte la propriété intellectuelle du CERN. La licence libre eut ainsi pour effet d'interdire la modification et l'amélioration du code de l'éditeur dès lors que la version transformée n'est pas elle-même soumise à une licence identique. De manière récursive et anticipative, le dépôt sous licence libre du code source qui aura donné naissance à l'espace Web rendit donc peu probable l'apparition d'une bataille commerciale comparable à celle qui arriva peu de temps après dans le secteur des navigateurs Web.

Les navigateurs[modifier | modifier le wikicode]

L'espace Web une fois créé, l'offre sur le marché des navigateurs web s'est ensuite développée avec l'apparition de plusieurs logiciels aux performances diverses. Au départ du code et des fichiers disponibles sur les serveurs informatiques, les navigateurs doivent en effet restituer les pages web dans leur interface graphique, et ils ne le font pas tous de la même manière, ni avec les mêmes ressources. Ces différences auront donc pour conséquence de créer une compétition entre les producteurs de navigateurs, basée sur la rapidité, la légèreté et la fiabilité de leur produit. Quant aux consommateurs, ils seront toujours à la recherche d'un navigateur capable d'afficher sur l'écran de leurs ordinateurs une page Web respectant le plus possible les désirs de son créateur ou administrateur, et ce au moindre frais possibles.

Le site 3WSchools chargé de l'étude du marché des navigateurs fournit un classement en fonction du pourcentage du nombre d'utilisateurs :(1) le logiciel Chrome de Google en première position avec 80.4 %, (2) Firefox de Mozilla avec 7.1 %, (3) edge/Internet explorer de Microsoft avec 5.2 %, (4) Safari de Apple avec 3.7 % et finalement (5) Opera de Opera Software avec 2.1 %[W 9]. Dans le courant du même mois, le site StatCounter indiquait quant à lui :66.12 % pour Chrome, 17.24 % pour Safari, 3.98 % Firefox, 3.18 % pour Samsung Internet, 2.85 % pour Edge et 2.08 % pour Opera[W 10][N 5]. Dans ces deux classements et malgré les reproches qui peuvent lui être attribués[B 33], le navigateur Chrome apparait donc finalement comme le logiciel préféré des utilisateurs aux alentours de l'année 2012 (voir figure 2.7 ci-dessous).

Graphique illustrant l'évolution des parts de marché des navigateurs Web depuis 2009 à septembre 2020
Fig. 3.7. Graphique illustrant l'évolution des parts de marché des navigateurs Web depuis 2009 à septembre 2020 (source : https://w.wiki/377c)
Évolution de la part respective des navigateurs entre 1996 et 2009
Fig. 3.8. Évolution de la part respective des navigateurs entre 1996 et 2009 (source : https://w.wiki/377b)

Mais avant 2010 et selon un second graphique (figure 2.8 ci-dessous), on découvre que le marché des navigateurs fut le théâtre de ce que certains appelleront la « bataille commerciale des navigateurs Web »[W 11] opposant le logiciel Netscape Comunications de l'entreprise du même nom au programme internet produit par la firme Microsoft. Sans entrer dans des détails qui sont accessibles dans un article Wikipédia consacré à l'évolution de l'usage des navigateurs Web[W 12], je retiendrai ici au sujet de cette guerre commerciale, qu'il ne fut pas difficile pour la société Microsoft de conquérir la presque totalité du marché.

Ce nouveau monopole s'établit effectivement en 5 ans seulement, et fut amorcé dès le moment ou Microsoft prit conscience un peu tardivement de l'enjeu commercial que représentait l'espace Web. La position de monopole de la firme, au niveau des systèmes d'exploitation, lui donna évidemment une puissance inégalable tant en matière de distribution de son navigateur qu'au niveau du financement de son développement. D'ailleurs, alors qu'Internet Explorer dépassait la barre des 90 % de parts de marché, et même si un recours en appel blanchira par la suite cette accusation, la firme Microsoft fit l'objet d'un verdict de première instance validant le fait qu'elle avait abusé de sa position dominante dans les systèmes d'exploitation pour évincer illégalement ses concurrents dans les logiciels de navigation internet[B 34].

Entre-temps et au cours de l'année 1998 la société Netscape Communication, reconnaissant sa défaite, avait déposé le code source de son navigateur sous licence libre et permit ainsi la naissance d'un nouveau navigateur intitulé Firefox[B 35]. Soutenu par la communauté libre au niveau de son développement, ce nouveau logiciel reprit petit à petit des parts de marché sur Internet explorer. Cependant, et comme cela fut déjà expliqué, l'arrivée de Google Chrome, un autre logiciel libre développé cette fois par la société commerciale Google, signa la fin d'un nouveau duel entre Firefox et Internet Explorer.

Cet épisode de la révolution numérique m'a permis de comprendre à quel point le logiciel libre pouvait devenir une alternative capable de concurrencer les plus grands acteurs commerciaux. Il me permit aussi de découvrir que Wikipédia ne fut pas le premier projet libre né d'une première initiative commerciale. J'y ai découvert aussi cependant qu'un phénomène inverse pouvait apparaitre dès lors qu'une grande entreprise commerciale telle que Google, faisant fi d'un éventuel profit tiré au départ de la production d'un logiciel, récupère sa mise en récoltant des informations sur les utilisateurs. En fin de compte, je retiendrai aussi de l'histoire des navigateurs, que l'existence et l'utilisation des licences libres représentent un élément clef au niveau de la révolution numérique.

Les licences libres[modifier | modifier le wikicode]

e symbole Copyleft, un Copyright renversé.
Fig. 3.9. Le symbole Copyleft, un Copyright renversé. (Source : https://w.wiki/377a).

L'autobiographie autorisée de Sam Williams intitulée :« Richard Stallman et la révolution du logiciel libre. »[B 36], décrit très bien comment Richard Stallman donna naissance au concept de licence libre. En 1985 et suite à une discussion avec le juriste Mark Fischer, le fondateur du projet GNU trouva en effet le moyen de protéger son programme Emacs, un éditeur de texte, en publiant, dans le cadre de son projet GNU, la première version d'une licence intitulée Général Public Licence (GPL).

En 1989, malgré la pression émise par Microsoft à l'encontre de cette licence, et grâce à la participation de John Gilmore et d'une grande communauté d'activistes hackers comprenant aussi certains juristes tels que Jerry Cohen et Eben Moglen, la licence initialement prévue pour le logiciel Emacs devint applicable à tout type de logiciel. Selon les propos retenus lors de la lecture d'une biographie autorisée de Richard Stallman :

« La GPL apparaît comme l'un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l'intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel. »[B 37]

Avec la GPL apparut une composante essentielle des logiciels libres qu'est la clause de reproductibilité de la licence sur les produits dérivés. Celle-ci qualifiée de virale ou récursive sera baptisée « copyleft », traduite en français par « gauche d'auteur », suite à une idée qui lui avait été transmise par Don Hopkins dans un échange de courriers[W 13]. Comme cela a déjà été vu dans le cadre du « sauvetage » du Web, la clause copyleft apparait aujourd'hui comme un détail déterminant dans l'histoire de la révolution numérique.

Classification des licences d'exploitation des œuvres de l'esprit.
Fig. 3.10. Classification des licences d'exploitation des œuvres de l'esprit. (source : https://w.wiki/377Y).

Cette notion de copyleft est à mes yeux plus importante que de faire la distinction entre le concept du logiciel libre développé par Stallman, et celui de logiciels open source popularisé par Éric Raymond, qui finalement furent confondus dans l'expression unique Free and open-source software (FOSS) alors que le concept d'open source faisait toujours l'objet d'une controverse sur Wikipédia en français à la fin de l'année 2020[W 14]. En d'absence de clause interdisant l'usage commercial, la clause « Share alike » (partage à l'identique) surnommée copyleft reste en effet la seule garantie pour qu'un travail ne puisse jamais être récupéré complètement, partiellement ou de manière modifiée par une personne ou un organisme désireux d'y apposer un copyright ou autre licence restrictive dans le but d'en tirer profit au détriment d'un usage libre par le reste du monde[B 38] (voir figure).

Classement des différentes licences, de la plus ouverte à la moins ouverte.
Fig. 3.11. Classement des différentes licences, de la plus ouverte à la moins ouverte (source : https://w.wiki/377T).

Cela étant dit, chacun est libre de partager son travail sous les conditions qu'il veut et c'est sans doute pour simplifier ce choix qu'une nouvelle organisation internationale sans but lucratif appelée Creative Commons aura vu le jour pour permettre« le partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d'outils juridiques gratuits »[W 15]. Créée le 15 janvier 2001, précisément le même jour que Wikipédia, cette association offre donc une variété de licences (voir figure ci-dessous) applicables sur du code informatique, mais aussi sur des textes, photos, vidéos, musiques et autres productions de l'esprit. Celle utilisée au sein des projets Wikimedia est la licence CC. BY. SA à l’exception du contenu du projet Wikidata et des descriptions apportées aux fichiers présents sur Wikimédia commons qui reposent, eux, sous la licence CC.0.

L'un des fondateurs de Creative Commons fut Lawrence Lessig, une personnalité marquante de la culture libre qui en assure toujours la présidence jusqu'à ce jour. Lessig est l'auteur d'un célèbre article intitulé :« Code is law »[B 39] dont un extrait repris ci-dessous permet de synthétiser en quelques mots la puissance du code informatique en matière d'autorité et de régulation :

Ce code, ou cette architecture, définit la manière dont nous vivons le cyberespace. Il détermine s'il est facile ou non de protéger sa vie privée, ou de censurer la parole. Il détermine si l'accès à l'information est global ou sectorisé. Il a un impact sur qui peut voir quoi, ou sur ce qui est surveillé. Lorsqu'on commence à comprendre la nature de ce code, on se rend compte que, d'une myriade de manières, le code du cyberespace régule. [B 40]

La protection du code informatique par les licences libres, et la garantie d'une transparence qui en rend le contrôle possible, apparaissent donc comme un enjeu majeur tant pour le réseau Internet, que l'espace Web qui s'y développe. Cette protection permet, entre autres, de vérifier que les logiciels qui prennent le contrôle de nos ordinateurs et qui influencent de plus en plus le déroulement de nos vies, servent bien nos intérêts et pas ceux des personnes qui les produisent[B 41].

Cependant, si une licence libre peut permettre l'utilisation de ce qui est produit dans l'espace numérique Wikimédia, elle n'en permet pas pour autant le contrôle des millions de modifications apportées aux centaines de projets collaboratifs. Cette tâche de contrôle beaucoup plus ardue doit en effet être assumée par d'autres moyens que la simple apposition d'une licence. Pour qu'elle soit possible, il fallut attendre l'arrivée d'un nouveau type de logiciels qui permet la construction d'un site Web par des millions de contributeurs situés aux quatre coins du monde, tout en leur donnant la possibilité de contrôler tout ce qui s'y passe. Le premier logiciel capable d'une telle prouesse fut baptisé WikiWikiWeb, et son préfixe restera présent tout au long de la croissance du mouvement Wikimédia.

Les Wikis[modifier | modifier le wikicode]

Logo du logiciel MediaWiki, le logiciel Wiki utilisé par les projets Wikimédia et dont le développement est soutenu par la fondation Wikimédia.
Fig. 3.12. Logos du logiciel MediaWiki, le logiciel Wiki utilisé par les projets Wikimédia (source : https://w.wiki/377j).

WikiWikiWeb, fut le premier logiciel libre de type « wiki », créé en mars 1995 par Ward Cunningham. Grâce à l'accessibilité de son code source et la permission de son réemploi, il permit la création de nombreux autres logiciels de même type, produits eux aussi sous licence libre en raison de l'action virale spécifique à celle-ci. L'histoire des wikis apporte donc, en ce sens, une nouvelle illustration de l'importance de cette clause de redistribution à l'identique surnommée copyleft.

D'ailleurs, ce sera quelque part grâce à ce copyleft que les fondateurs du projet Wikipédia purent installer librement et gratuitement le logiciel Wiki qui leur convenait, alors que la société Bomis, qui soutenait le projet, était confrontée à de grosses difficultés financières. Le choix fut porté sur le logiciel UseModWiki qui répondait à leurs attentes en raison de sa simplicité et du peu de ressources informatiques nécessaires à son bon fonctionnement. Il fut remplacé le 25 janvier 2002 par le logiciel MediaWiki dont le développement fut soutenu par la fondation Wikimédia jusqu'à ce jour[B 42].

Après l'apparition du réseau Internet et de son l'espace Web, des systèmes d'exploitations de type GNU/Linux permettant de faire tourner gratuitement des serveurs informatiques, l'arrivée des logiciels Wikis apportait donc la dernière pièce manquante et indispensable au lancement d'une encyclopédie libre et universelle.

L'encyclopédie libre et universelle[modifier | modifier le wikicode]

En collectant et partageant l'ensemble des connaissances humaines, les projets Wikimédia semblent aujourd'hui concrétiser un vieux projet porté par de nombreux hommes depuis la nuit des temps. Sans entrer dans les détails de l'histoire, je me limiterai ici à citer pour exemple : Ptolémée Ier et la bibliothèque d'Alexandrie (305 – 283 av. J.-C.), Denis Diderot (1713 – 1784) et son Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, et dans un passé plus proche encore, Paul Otlet (1868 – 1944) et son Mundaneum.

Ce Belge peu connu et pourtant cocréateur, en 1905, de la classification décimale universelle toujours en usage à ce jour, rêvait en effet de cataloguer le monde dans un lieu qui rassemblerait toutes les connaissances humaines sous la forme d'un gigantesque Répertoire bibliographique Universel[B 43]. À la lecture de son Traité de documentation » paru en 1934, je découvre l'étrange songe visionnaire d'un « homme qui voulait classer le monde »[B 44] :

Ici, la Table de Travail n'est plus chargée d'aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l'espace que requiert leur enregistrement et leur manutention, […] De là, on fait apparaître sur l'écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s'il s'agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l'aimerait. Utopie aujourd'hui parce qu'elle n'existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation. [B 45]

Le répertoire Bibliographique Universel aux alentours de 1900.
Fig. 3.13. Photographie de l'intérieur du Répertoire Bibliographique Universel aux alentours de 1900 (source : https://w.wiki/377k)

Cette utopie décrite par Otlet ressemble effectivement à s'y méprendre à une description du « tandem Google Wikipédia »[B 46] plus de soixante ans avant son apparition : allumer un écran, poser une question dans un moteur de recherche et se voir rediriger dans près de 88.7 % des cas vers Wikipédia[W 16]. Quant à l'idée à proprement parler d'une encyclopédie libre et universelle, ce sera Richard Stallman qui en partagea publiquement l'idée en premier. Dans un message posté sur la liste de diffusion du projet GNU le 18 décembre 2000, il raconte en effet que :

Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance, et une bibliothèque complète de cours d'enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n'intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd'hui pour orienter l'avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l'accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l'argent aux personnes qui veulent apprendre. […] Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l'information qu'elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c'est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d'exploitation libre GNU/Linux. L'encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront. [W 17][N 6]

En parlant d'un « mouvement » qui se créerait autour d'une « encyclopédie libre et universelle » Stallman anticipait donc tout à fait ce qui allait se passer suite à la création de Wikipédia. Au travers d'une soixantaine de paragraphes, il dévoile ensuite un projet sous licence libre où « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » et où « en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés ». Sans le savoir et bien avant l'heure, ce qu'écrivait Stallman ressemblait donc fortement à plusieurs principes fondateurs[W 18] appliqués lors de la création de Wikipédia avec, pour exemple, celui de neutralité de point de vue[W 19] qui apparut sur le projet Wikipédia anglophone le 10 novembre 2001[W 20] seulement .

En fin de compte, Wikipédia n'aura donc pas été une trouvaille, mais plutôt un coup de génie qui permit au projet de prendre le devant sur d'autres projets naissants. Celui-ci apparut lorsque Larry Sanger proposa, malgré le manque d'enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, de démarrer une encyclopédie au départ d'un logiciel Wiki[W 21]. La manœuvre avait pour but à son origine d'enrichir Nupedia, l'encyclopédie commerciale de la firme Bomis, lancée quelque temps auparavant, et dans laquelle il était prévu de placer de la publicité pour générer une rentrée financière.

Grâce à la flexibilité du logiciel Wiki, et à l’auto-organisation qu'il permettait de mettre en place, le projet Wikipédia prit ainsi les devants sur le projet GNUPedia lancé parallèlement en janvier 2001 par Stallman et la Free Software Foundation ainsi que sur d'autres projets comme The Info Network , créé par Aaron Swartz à l'age de 12 ans et cinq ans avant la naissance de Wikipédia[V 1]. Pendant que le projet GNUPedia éprouvait beaucoup de difficultés au niveau de la modération de ses contributeurs, Jimmy Wales, qui croyait à la réussite d'une édition par des « gens ordinaires »[B 47], réussit pour sa part à faire confiance à une communauté d'éditeurs bénévoles qui mena le projet à sa réussite. Le projet GNUPedia, quant à lui, fut abandonné, et son contenu fusionné à celui du projet Nupedia dès son passage sous licence de documentation libre GNU[W 22].

Vint ensuite l'éclatement de la bulle spéculative Internet et des restriction budgétaires qui suivit le Krach boursier. Larry Sanger en perdit son salaire et quitta le projet Nupédia. L'encyclopédie libre quant à elle continua son développement nourrie par une communauté de contributeurs dont l'enregistrement sous pseudonyme ne demandera aucune adresse email ni déclaration d'expertise[N 7]. Faute de productivité, le projet Nupedia transféra à son tour ses articles dans Wikipédia pour être ensuite abandonné, en septembre 2003 à la suite du crash de ses serveurs qui ne sera jamais rétabli. Démissionnaire du poste de rédacteur en chef sur Wikipédia en mars 2003, soit un mois après la coupure de son salaire, Larry Sanger avait tenté en vain de sauver le projet Nupedia qui lui tenait à cœur en raison de sa relecture par des experts, mais en vain[B 48]. Mais en septembre 2006, l'ancien employé de Bomis lança à ses propre frais Citizendium, une nouvelle encyclopédie anglophone dans laquelle les contributeurs sont enregistrés sous leur noms réel pour rédiger les articles sous l'égide d'experts. Cependant, dans le courant de l'année 2010, le nombre d'article produit par Citizendium plafonna au alentours de 25.000 alors que la communauté d'éditeurs ne cessa de diminuer dès 2008 (voir fig. 2.) alors que la Wikipédia anglophone dépassait les 3 millions d'articles (voir fig. 2.x).

Évolution dans le temps du nombre d'articles sur en.wikipedia.org
Fig. 3.15 Évolution dans le temps du nombre d'articles sur fr.wikipedia.org (source : https://w.wiki/3VYC).
Graphique montrant le nombre d'articles Citizendium depuis le lancement du projet.
Fig. 3.14 Graphique montrant le nombre d'articles Citizendium depuis le lancement du projet (source : https://w.wiki/3VY8).

De son côté, Jimmy Wales continua à se consacrer entièrement au projet Wikipédia qui finit par atteindre une taille et une visibilité jamais égalée dans l'histoire des encyclopédies. La naissance de Wikipédia en anglais constitua donc la première pierre d'un édifice dans lequel apparaîtront par la suites tout un ensemble de projets en ligne et hors ligne dont les communautés réunies finiront par d'identifier tel un mouvement social portant le même non que la fondation Wikimédia qui fut créé pour le soutenir.

La naissance d'un écoumène informatique[modifier | modifier le wikicode]

Au-delà du fait que « Le SIG [Système d'information géographique] numérique constitue une nouvelle espèce de dossier, en prise avec le même espace habité par les hommes, l’écoumène. »[B 49], c'est l'espace informatique lui-même qui peut aujourd'hui se concevoir comme récente extension de l'écoumène. Au niveau des différentes couches imaginées par Vladimir Vernadski cette nouvelle occupation de l'espace par l'humanité, se situe ainsi dans une émergence entre la sphère de la pensée intitulée noosphère, et la sphère de production des activités humaine appelée technosphère. Son originalité est donc de se situé en dehors de trois autres espaces investis par l'homme que sont la lithosphère, l'atmosphère et bien sûr la biosphère étant donné que l'espace informatique n'est pas quelque chose de vivant au sens biologique du terme, mais bien comme un espace qui rassemblerait l'ensemble de ce que l'on appel déjà les artefacts numériques. La seconde originalité de l'écoumène informatique sera ensuite de ne pas être un territoire colonisé par l'homme, mais bien un espace qu'il aura créé de toute pièce. Pour Arjun Appadurai, cette l'espace de globalisation du savoir nous invite à revoir notre compréhension de la mondialisation[B 50][N 8], alors que pour Boris Beaude :

Internet est le seul espace que nous ayons toujours en commun ! Bien qu'il se limite à des relations informationnelles, cette qualité suffit à lui conférer une efficacité considérable. on a longtemps commis l'erreur de ne pas le considérer comme un espace, mais comme une simple technologie de communication. Or, l'espace est une composante fondamentale de notre existence. Il ne sert pas de cadre ou de support à notre relation au Monde, il est notre relation au Monde. Souvent, nous pensons l'espace comme ce qui est là, autour de nous. Mais ce qui est autour de nous (les objets, les individus, notre environnement biophysique ou social) est situé, tout comme nous. L'espace ne commence pas hors de nous, car nous serions dès lors toujours l'espace de quelqu'un d'autre. L’espace, ce n’est que l’ordre des choses, leurs relations et leur agencement. Internet est un espace en ce sens, le plus fort, le plus puissant, celui qui conditionne notre expérience du Monde, notre capacité à agir. C'est en relation avec ce qui nous entoure que nous existons, que nous nous projetons et que nous vivons. Internet est en cela l'un des plus puissants espaces qui organisent le monde contemporain.[B 51]

Page de garde d'une présentation de Lionel Maurel sur les conséquence de la guerre au partage sur l'architecture d'Internet
Fig. Page de garde d'une présentation de Lionel Maurel sur les conséquence de la guerre au partage sur l'architecture d'Internet (source : https://w.wiki/3Qx9).

Un espace des plus puissants en effet, mais aussi un espace des plus incompris qu'il me semble préférable d'appeler « espace informatique » dans le but de ne pas pervertir le terme Internet qui désigne pour sa part un réseau informatique public et mondial et non l'infrastructure informatique mondiale sur laquelle repose l'espace informatique. Cette confusion entre l'infrastructure informatique mondiale, l'espace numérique qu'il fit naître, Internet et son espace web est très courante et me pousse à mobiliser la « métaphore vive »[B 52] d'une ville informatique[B 53] dans le but d'offrir une « redescription heuristique de la réalité »[B 54] qui permet aux personnes peu familières avec le domaine de l'informatique de contourner la complexité langagière pour mieux distinguer les choses. En plus de rendre l'espace numérique plus compréhensible, cette démarche permet ensuite de mieux comprendre à quel point les changements d'un espace informatique peut affecter directement la vie de la communauté qui le fréquente. En utilisant remplaçant les termes informatiques placés entre parenthèses, par des mots familiers utilisé pour décrire une ville, on se rend effectivement rapidement compte à quel point la connaissance du monde informatique devient importante.

Dans l'espace informatique mondial que représente donc l'ensemble des infrastructures informatique contenant la totalité des informations numérisées, il peut ainsi exister des réseaux intranets caractérisés par un accès aussi bien local que privé et le plus souvent séparé du réseau Internet publique et mondial par ce que l'on nomme communément un pare-feu informatique. Dans ce contexte, la métaphore d'une infrastructure informatique connectée à un réseau intranet sera donc celle d'un village (le réseau informatique d'une entreprise par exemple), où chacun se connait et se fait confiance, bien qu'il soit toujours possible de fermer ses portes à clef (mots de passe) et de fermer ses rideaux (crypter), pour éviter qu'une connaissance qui emprunterait une route ou un sentier (ethernet ou Wi-fi) puisse venir regarder ce que l'on fait en regardant par la fenêtre et même pourquoi pas faire des photos (copie de fichier informatique ou enregistrement d'une communication).

Même si la métaphore du « village planétaire » fut utilisé pour dénoncer l'utopie de la communication qui ne put finalement éviter la violence et l'exclusion[B 55], la métaphore de la ville semble toute fois beaucoup mieux adaptée pour décrire ce qui se passe dès lors qu'une infrastructure informatique se connecte au réseau Internet. Car dans cette ville informatique dont l'accès est payant au niveau des portes d'entrées (fournisseur d'accès à Internet), il devient impossible de connaitre toutes les personnes actives au sein de son espace et encore moins tout ce qui s'y passe. D'ailleurs tout comme au village mais à une échelle plus importante, communique entre eux toute une série d'objets (Internet des objets) sans que l'on soit toujours au courant de ce qu'ils s'échangent entre eux. À côté de cela heureusement, il existe la partie de la ville humainement accessible et intelligible (espace Web) dans laquelle on retrouve des « bâtiments » (sites Web), composé de pièces (pages Web) que l'on peut répartir sur plusieurs étages (répertoires).

Tous ces bâtiments sont fabriqués grâce à des engins de construction (éditeur HTML), dans le respect de normes et d'une réglementation (hypertext Transfer Protocol) pour posséder ensuite leur propre adresse soit en chiffre (Uniform Resource Locator ou URL) soit en lettre (nom de domaine) qui comprend alors des indications sur le type de bâtiment (Domaine de premier niveau) et d'autre permettant de rejoindre les étages et les pièces (domaine de deuxième niveau et chemin absolu). Ces bâtiments sont parfois isolés (serveurs informatiques privé), mais le plus souvent regroupés dans des grands quartiers (hébergeur web) localisable dans les deux cas par un code postal (adresse IP). Pour circuler d'un quartier à l'autre, on utilise un « réseau routier » (Internet) et un « véhicule » (navigateur Web) équipé du assistant de navigation GPS de son choix (moteur de recherche). Lorsqu'un bâtiment est inconnu par les GPS il faut alors obligatoirement connaitre son adresse (IP ou URL) pour y accéder dans ce que l'on appelle alors les quartiers sombres ou profonds de la ville (dark Web ou deep Web).

Les GPS (moteurs de recherche), qui nous indique le chemin (nom de domaine) des lieux que l'on recherche en ville (pages Web) sont aussi comparables à des taxis appartenant à des grandes firmes commerciales qui, en fonction des plus offrants, n'hésitent pas à diriger les voyageurs prioritairement vers certains lieux (pages Web) lorsqu'ils auront été rétribués pour le faire. Tant qu'à faire, certaines sociétés de taxis (Google, Yahoo!, Microsoft Bing, etc.), n'hésitent pas à enregistrer le profil, la provenance et la destination de leurs clients, dans le but de vendre ces informations plus tard à des personnes ou organismes désireux de les utiliser à des fins de marketing commercial, politique ou autres.

Cette métaphore de la ville informatique, permet donc de mieux comprendre comment certains changements urbanistiques, tels que l'installation d'une barrière ou d'un Mosquito (contrôle parental), ou la suppression d'espace de rencontre ou de partage (site de rencontre et réseau peer-to-peer), peuvent directement affecter la vie des personnes qui la fréquente. Elle permet aussi de mieux prendre en compte les enjeux liés à l'utilisation de service gratuits offerts par les géants du web, puisque en s'exprimant ou en stockant des choses chez eux, c'est au sein même de leurs bâtiments que toutes les « traces numériques »[B 56] sont enregistrées pour être vendues ou directement traitée de manière « synchorisée »[B 57] par des robots (algorithme) selon des avertissements affichés sur la porte d'entrée (conditions générales d'utilisation) que personne ne prend la peine de lire.

Bien sûr la ville informatique n'est qu'une métaphore qui ne rend pas compte par exemple l'aspect transnational du réseau Internet ni des délimitations de l'infrastructure informatique qui ne coïncide en rien avec les frontières étatiques, à ce point qu'il n'est pas toujours facile de savoir dans quel pays se trouvent les quartiers de la ville informatique (serveurs) et donc sous quelle juridiction leurs opérateurs techniques (hébergeurs). Bien entendu, il faut ensuite garder à l'esprit que si la ville informatique est un espace immatériel, l'infrastructure informatique sur laquelle elle repose est pour sa part tout à fait tangible, et représente même de nos jours, et au même titre que les vraies grandes ville au sein des nations, une part considérable des ressources naturelles consommées par l'humanité.

Tant au niveau de sa composante matériel qu’immatériel et au même titre que les villes, ce que l'on appelle aussi cyberspace, est donc un espace anthropologique et un artefact par excellence, puisqu'il fut entièrement produit par l'être humain, son imagination et ses machines. Mais avec cette différence importante toute fois, c'est que si les villes géographiques trouvent leur origine dans le développement de l'état, le cyberespace quant à lui, est une production beaucoup purement sociétale puisque son espace transcende les espaces étatiques. Pour reprendre la terminologie utilisée par Pierre Levy[B 58] est enfin un « espace du savoir » qui peine à ne pas tomber dans l' « espace des marchandises » qui se développe chaque jour un peu plus au sein d'une société en ligne productrice d'exclusion sociale[B 59]. L'écoumène informatique initialement conçu comme espace d'émancipation est donc aujourd'hui plus que jamais le théâtre d'une lutte entre un désire d'autonomie et la recherche d'un contrôle.

L'héritage du mouvement Wikimédia[modifier | modifier le wikicode]

Au sein de l'écoumène informatique, le mouvement Wikimédia apparait donc comme l'héritier direct d'une culture libre au travers desquels auront été transmise des valeurs et pratiques contre-culturelles, opposée au monde marchand et à l'oppression étatique. L’existence d'un tel transfère idéologique ne fait plus aucun doute lorsque l'on découvre la photo de Richard Stallman, gourou de la contre-culture hacker, s’appétant d'un air triomphant à faire son son intervention lors de la première rencontre Wikimania. Ce témoignage visuel confirme donc, que le mouvement Wikimédia est directement ou indirectement impliqué dans une lutte décrite par André Gorz, le père de la décroissance et le théoricien de l'écologie politique, dans son texte intitulé Le travail dans la sortie du capitalisme :

Photo de Richard Stallman lors du premier rassemblement Wikimania de 2005
Fig. 3.4. Photo de Richard Stallman lors du premier rassemblement Wikimania de 2005 (source : https://w.wiki/377f).

La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" (…) a été le coup d'envoi du conflit central de l'époque. Il s'étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l'existence d'une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.[B 60]

En possédant le seul nom de domaine non commercial du top 50 des sites les plus fréquentés du Web[W 23], le mouvement Wikimédia apparait donc comme l'une des pierres angulaires dans le prolongement de cette « lutte » entre libre et propriétaire. Une lutte qui comme cela a été vu, n'est pas des plus facile à comprendre en raison de la complexité de l'infrastructure informatique, mais aussi celle d'une société mondiale et numérique en pleine (r)évolution dont Rémy Rieffel nous dit qu'elle « est par essence instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse et lourde de menaces » tout en nous rappelant qu'elle « s'inscrit dans un contexte où s'affrontent des valeurs d'émancipation et d'ouverture d'un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l'autre »[B 61]. Suite à ceci, d'autres ouvrages tel que Bienvenue dans le capitalisme 3.0[B 62] ou L'âge du capitalisme de surveillance »[B 63] pointeront pour leurs parts que la sortie du capitalisme n'est à l'ordre du jour.

Dix ans après les avertissements d'André Gorz donc, les enjeux soulevés par les logiciels libres dès le début des années quatre-vingt, restent donc toujours au centre du débats numérique. Au niveau de l'espace web par exemple, l'alarme fut déjà déclenchée à plusieurs reprises par son créateur qui en implore sa « décentralisation »[B 64] et sa « régulation »[B 65]. Ceci alors que le réseau Internet pour sa part, avec l'arrivée de l'Internet des objets et du développement de la technologie 3, 4 et 5G est en train de servir de tremplin à de nombreux produits et applications commerciales.

Il reste enfin à souligner que l'héritage philosophique contre-culturel ne se limita pas au question économique mais déborde aussi largement dans la sphère politique. On le voit d'ailleurs parfaitement au sein du mouvement Wikimédia où se prolonge un désir de s'émanciper du contrôle des états qui aura été à la source de plusieurs censures temporaire des projets Wikimédia dans divers pays tels que la Turquie, la Russie, l'Iran, le Royaume-Uni et même de manière permanente au niveau de la Chine[B 66]. Sans oublier certaines procédures juridique engendrée contre le mouvement comme comme cela se fit en France dans le cadre d'une affaire liée à un article Wikipédia portant sur une station militaire[B 67]. Autant d'éléments donc qui pousse à se questionner sur « la fin d'Internet ou la mondialisation de la politique »[B 68] et dont l'histoire du mouvement Wikimédia apporte réponses au travers de nombreuses illustrations et perspectives quand à la suite de cette résistance contre-culturelle aux logiques capitalistes et au contrôle étatique.

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

[N]otes

  1. Texte original avant traduction sur www. DeepL.com/Translator (version gratuite) : « I'm doing a (free) operating system (just a hobby, won't be big and professional like gnu) for 386(486) AT clones. This has been brewing since april, and is starting to get ready. I'd like any feedback on things people like/dislike in minix, as my OS resembles it somewhat (same physical layout of the file-system (due to practical reasons)among other things). »
  2. Titre original : « The Making of a Counter Culture: Reflections on the Technocratic Society and Its Youthful Opposition »
  3. Titre original : « From Counterculture to Cyberculture: Stewart Brand, the Whole Earth Network, and the Rise of Digital Utopianism ».
  4. Texte original : « We reject kings, presidents and voting. We believe in rough consensus and running code ».
  5. Cette comparaison m'aura permis de réaliser à quel point les statistiques au sujet de l'espace Web sont à prendre avec beaucoup de recul.
  6. Texte original avant traduction sur deepl.com (version gratuite) : « The World Wide Web has the potential to develop into a universal encyclopedia covering all areas of knowledge, and a complete library of instructional courses. This outcome could happen without any special effort, if no one interferes. But corporations are mobilizing now to direct the future down a different track--one in which they control and restrict access to learning materials, so as to extract money from people who want to learn. […] We cannot stop business from restricting the information it makes available ; what we can do is provide an alternative. We need to launch a movement to develop a universal free encyclopedia, much as the Free Software movement gave us the free software operating system GNU/Linux. The free encyclopedia will provide an alternative to the restricted ones that media corporations will write ».
  7. Un historique plus complet du mouvement Wikimédia sera abordé dans le prochain chapitre de cette ouvrage.
  8. En anglais : globalization of knowledge and knowledge of globalisation

[B]ibliographiques

  1. Lionel Scheepmans, « Nouvelles formes de management dans la création de produits numériques », Wikiversité, (consulté le 12 août 2020)
  2. Brandon Griggs, « The Commodore 64, that '80 s computer icon, lives again », CNN.com, (consulté le 14 novembre 2020)
  3. Roberto Di Cosmo et Dominique Nora, Le hold-up planétaire: la face cachée de Microsoft, France Loisirs, 1998 (ISBN 9782744121760) 
  4. Roberto Di Cosmo et Dominique Nora, Le hold-up planétaire: la face cachée de Microsoft, France Loisirs, 1998 (ISBN 9782744121760), p. 15 
  5. Shanhong Liu, « • Desktop OS market share 2020 », Statista, (consulté le 21 janvier 2021)
  6. 6,0 et 6,1 Roberto Di Cosmo et Dominique Nora, Le hold-up planétaire: la face cachée de Microsoft, France Loisirs, 1998 (ISBN 9782744121760), p. 27 
  7. Ridha Loukil, « Les géants d'internet déterminés à briser le monopole d'Intel dans les serveurs », Usine-digitale.fr, (consulté le 22 septembre 2020)
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