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Avant Propos
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Bien que je me sois présenté, dès mon arrivée sur l'espace Wikipédia, comme un étudiant en anthropologie ayant pour projet de faire une observation participante au sein de la communauté Wikipédia, je fus plus d'une fois identifié en tant que sociologue. Il est vrai que mon étude aurait très bien pu être envisagée par un étudiant de sociologie et peut-être même que cela aurait semblé plus logique pour la plupart des gens. L'anthropologie reste une science mal connue et certainement mal perçue lorsqu'elle se pratique sur des terrains occidentaux. C'est pourquoi je tiens avant toute chose à répondre à cette légitime question :

Comment un étudiant en anthropologie en arrive-t-il à faire son mémoire de master dans l'espace Internet ?

Dans notre mémoire collective, l'anthropologie reste souvent associée aux terres reculées des anciennes colonies, à des mots quelque peu désuets tels que « tribu » ou « ethnie » et à des personnalités telles que Bronisław Malinowski ou Claude Levi-Strauss. Cependant, Robert Deliège dans son ouvrage Une histoire de l'anthropologie relativise cette vision quelque peu obsolète de l'anthropologie et écrivant ceci :

« En corrigeant certaines de ses erreurs les plus patentes, le courant dynamiste a sauvé l'anthropologie d'une dérive exotisante où elle risquait de sombrer. Sous peine de se transformer en une espèce de discours sur les paradis perdus, elle se devait de s'intéresser aux transformations du monde contemporain et, plus généralement, de considérer que la société n'est jamais totalement figée. » (Deliège 2006, p. 290)

Cette réflexion, je la prolonge avec des propos tenus par Georges Balandier lors d'une conférence et qui m'ont été transmis par Pierre-Joseph Laurent, professeur d'anthropologie à l'Université catholique de Louvain-la-Neuve : « L'anthropologie se doit d'étudier l'humanité partout où elle se trouve et dans son intégralité sans quoi elle risquerait de disparaître ».

D'un autre côté, si les anthropologues occidentaux se désintéressaient de leur propre culture ou de leur propre condition humaine, sous prétexte par exemple que ce travail est réservé aux sociologues, ne seraient-ils pas accusés à juste titre d'un manque flagrant de réflexivité dans le regard qu'ils portent sur l'humanité ? Qui serions-nous, anthropologues occidentaux, pour rendre compte des cultures qui nous sont étrangères sans rendre compte de notre propre culture ? Et ne serait-ce pas un comble d'ethnocentrisme et d'égocentrisme que d'adopter un point de vue extérieur et supérieur pour observer une humanité dont nous faisons partie ?

Dans l’introduction de mon premier cours d'anthropologie à l'Université libre de Bruxelles, j’ai appris qu'« un des buts principaux que l’on doit assigner actuellement à l'anthropologie est donc de dresser l’inventaire de la diversité culturelle de l'humanité avant que tout n'ait été uniformisé par la civilisation occidentale moderne » (de Maret 2006, p. 2). C'est là une mission importante pour l'anthropologue qui se voit malheureusement bien souvent forcé de se positionner dans une démarche rétrospective, tant le monde actuel est déjà influencé par la culture occidentale de façon avancée et dans les moindres recoins. Mais l'anthropologie, à l'image des gens qui la font et des gens qu'elle étudie, est une science en perpétuelle évolution.
Dans l'avant-propos de son manifeste Pour une anthropologie des mondes contemporains (Augé 2010, p. 7) Marc Augé affirme que: « Nous avons fait le tour de tout, du monde et des idées. ». Mais le monde et les idées ne sont-elles pas en perpétuelle mutation ? Le tour du monde et des idées ne ressemblerait-il pas plus à une spirale qu’à une une boucle fermé ? Chaque cycle n'est-il pas susceptible d'apporter un nouveau point de vue ?

En changeant d'Université pour continuer mes études de master à l'Université catholique de Louvain, j’ai découvert le « Laboratoire d'anthropologie prospective » qui possède depuis peu son propre site Internet. Dans ce laboratoire, des chercheurs et des enseignants ont fait le choix d'étudier l'humanité non plus de façon rétrospective mais plutôt prospective. Ce laboratoire a donc choisi pour mission de poser un regard sur l'avenir de l'humanité, des cultures et sociétés tout en assumant une plus grande part de subjectivité au sein de leurs discours. Dans un tel contexte, il devient donc normal et pertinent qu'un étudiant entreprenne un travail ethnographique au sein même d'un espace aussi prometteur que l’Internet. Rien de nouveau par ailleurs puisque divers travaux d'anthropologues bien connu(e)s par ce laboratoire ont déjà été réalisés ou sont en cours de réalisation dans l'espace Internet. C'est le cas par exemple des travaux en cours de Grégory Dhen et sa thèse en cours au sein du MMOG World of Warcraft. Ce fut aussi le cas de Tom Boelstorff et son ouvrage Coming of age in second live, An Anthropologist Explores the Virtually Human (Boelstorff 2008) ou encore Christophe Lazaro et son ouvrage La liberté logicielle (Lazaro 2008).

L'anthropologie, science dans laquelle l'humain étudie l'humain, n'échappe donc pas aux mutations de société. Dans un monde ou l’on parle déjà d'une révolution numérique, cette science a pris sa place sans trahir sa mission. D'ores et déjà l'anthropologie numérique, ou digital anthropology a vu le jour. L'histoire numérique de notre humanité ne fait pourtant que commencer.