Recherche:Atelier du Vivant

L'atelier du vivant est une activité de l'UMR LISIS animé par Lidia Chavinskaia, Julie Labatut, François Charrier.
Travaux en cours
[modifier | modifier le wikicode]Argumentaire
[modifier | modifier le wikicode]Il paraît dorénavant évident que le rapport au vivant au sein de notre société change et ce changement s’accélère et devient perceptible à plusieurs niveaux : social, politique, économique, scientifique, etc. De nombreux mouvements sociaux en faveur de la protection des espèces animales et végétales, revendiquent le changement de leur statut et de leurs droits dans la société. Les questions de protection de l’environnement et du droit des animaux intègrent activement les agendas politiques aussi bien localement qu’à l’international. Les entreprises, et en particulier des filières agro-alimentaires, se voient obligées d’adapter leurs stratégies aux nouvelles exigences sociétales vis-à-vis du traitement des animaux et des plantes. La gestion des risques sanitaires oblige à élargir leur cadrage en tenant compte de la transversalité et de la dynamique des vecteurs des maladies (concept « one health »). Les disciplines biologiques revoient leurs questions de recherche, leurs méthodes, leurs résultats.
La façon de voir, de penser et d’étudier les organismes vivants dans le périmètre propre de leurs corps laisse de plus en plus la place à l’approche interactionniste et relationnelle du vivant (cf., par exemple, Heams 2019). Le déterminisme génétique comme idéal du vivant prédictible s’assouplie avec les connaissances sur les mécanismes épigénétiques et laisse sa place à l’effet de l’environnement dans le sens très large du terme comme co-déterminant (rappelons-nous ici Lamarck) mais peu prédictible et peu saisissable avec les outils scientifiques développés jusqu’au là. Le vivant est décrit comme « anarchique » notamment dans les travaux du biologiste Jean-Jacques Kupiec (2017, 2019) qui questionne les outils et les méthodes de la biologie moderne.
Dans les SHS, le dépassement épistémologique des frontières de la société humaine est relativement récent.
Animal studies (Kalof 2017) et plus récentes Plant studies (Woodward & Lemmer 2019), champs d’études interdisciplinaires, explorent la relation respectivement homme-animal et homme-plante dans l’histoire et au travers des différentes pratiques sociétales. On y adopte une approche critique de l’anthropocentrisme et cherche à montrer « l’agency » des animaux et des plantes en tant qu’êtres sensibles et dotés d’intelligence.
Dans le champ des « management and organization studies », on observe également une augmentation significative des travaux s’intéressant au vivant. Ces contributions ont participé à développer une pensée critique au-delà des concepts classiques dans ce champ disciplinaire tels que le développement durable ou la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. Depuis les travaux sur les animaux de compagnie dans le Journal of Business Research en 2008, de nombreux numéros spéciaux et articles ont été produits, notamment dans les revues Organization et Organization Studies, autour du changement climatique, de l’Anthropocène, des animal studies, appelant cette communauté à adopter une « Earth-centered perspective » et à s’engager dans de nouvelles réflexions épistémologiques, ontologiques et méthodologiques autour du vivant.
Si les STS (Science and Technology Studies) étaient précurseurs dans la prise en compte rationnelle des éléments non-humains dans les sciences humaines et sociales, le vivant (bios) en tant qu’actant à part entière dans les systèmes sociotechniques a eu relativement peu d’attention jusqu’à présent. Lorsque Bruno Latour écrit en 1984 que Louis Pasteur en découvrant les microorganismes « recompose la société différemment », il appelle justement à penser notre société différemment, en tenant compte des éléments non-humains et en particulier d’autres organismes vivants. Il nous le rappelle et en 2020 à l’occasion de la pandémie : «… la définition classique de la société – les humains entre eux – n’a aucun sens. […] Une fois pris en compte tout le réseau dont il n’est qu’un maillon, le même virus n’agit pas de la même façon à Taïwan, Singapour, New York ou Paris.»
Des cadres théoriques et la méthodologie analytique des STS sont appliqués aussi bien dans Animal et Plant studies que dans les Management and Organization studies. Mais le vivant en tant qu’objet systémique et systématique d’étude nous semble mériter plus d’attention en lien avec les pratiques scientifiques et technologiques, en particulier à l’heure actuelle où certains paradigmes et régimes de production de connaissances sur la vie sont en train d’évoluer. L’INRAE, organisme de recherche finalisée et appliquée, nous offre un terrain favorable pour observer et analyser ces évolutions en mettant en œuvre les changements épistémologiques nécessaires à ce tournant vers le vivant, notamment l’interdisciplinarité. La transition du paradigme productiviste au paradigme agroécologique où le vivant-objet (outil) laisse plus de place au vivant-sujet (acteur), apporte à la recherche de nouveaux enjeux, questions, méthodes, résultats, ouvertures et organisations (exemples : la génétique, l’expérimentation, transgénèse et biologie de synthèse…).
Comment, par quel biais cognitif, le vivant se manifeste-t-il à nous? Que produit-il comme changement au sein de la société? Comment s’intègre-t-il dans les systèmes/réseaux/agencements socio(bio)techniques ? Comment cette intégration est vécue par d’autres acteurs ? Comment enfin penser le vivant non seulement dans son ontologie biologique mais aussi sociale ? ... Nos nombreux cas d'étude peuvent probablement éclairer ces questionnements si on les met à réflexion ensemble.
Tentative de définition conceptuelle
[modifier | modifier le wikicode]Le vivant par sa forme grammaticale (participe présent du verbe vivre transformé en substantif) traduit la volonté de concrétiser la notion trop abstraite de vie en lui procurant une forme d’agentivité. Ainsi, le vivant définit les manifestations de la vie contextualisées, situées, incarnées dans les pratiques et les imaginaires des acteurs. Mettre cette notion au centre d’un discours/projet signifie (i) d’admettre l’existence dans nos objets d’attention de ce que les biologistes eux-mêmes caractérisent comme complexe, incertain, imprédictible et même portant une certaine forme « d’anarchisme » (Teams 2019, Kupiec 2019, Hamant 2022), (ii) de questionner les approches mécanistiques, déterministes et de ce point de vue réductionnistes des êtres et des phénomènes étudiés et/ou mis en utilisation et (iii) de tenir compte de leurs dimensions de dynamisme constant, d’incertitude ontologique (Callon 2012), de cyclicité, d’interactivité relationnelle tant biologique que sociale.
Séances
[modifier | modifier le wikicode]A venir
[modifier | modifier le wikicode]Mardi 3 juin 2025, 10h30-12h30 : Isabelle Arpin (sociologue, INRAE) et François Sarrazin (écologue, MNHN).
Historique des séances
[modifier | modifier le wikicode]- Juin 2023
- Evelyne Lhoste (STS, INRAE), et Davi Savietto (sciences animales, INRAE): LAPOESIE - projet transdisciplinaire analyse la faisabilité et la plus-value de l'association arboriculture-élevage de lapins en agriculture biologique (AB)
- Tasnime Adamji (doctorante en sociologie, INRAE) et Simon Fellous (écologue INRAE): TIS : insectes stériles comme lutte biologique
- 14 octobre 2023
- Céline Lafontaine (sociologue, professeure à l'Université de Montréal): "Bio-objets. Les nouvelles frontières du vivant"
- 5 décembre 2023
- Christian Ducrot (épidémiologiste, INRAE): reflexions méthodologiques sur le travail interdisciplinaire entre l'épidémiologie et les SHS
- 5 mars 2024
- Lidia Chavinskaia (STS, INRAE) et Vincent Ducrocq (génétique animale, INRAE): "La Vache globale": retour sur l'expérience interdisciplinaire de la thèse entre SHS et génétique
- Alice Dupré la Tour (sciences de gestion, post-doctorante INRAE) et Alain Charcosset (génétique végétale, INRAE): entre l'agronomie et la génétique végétale
- 14 mai 2024 - Approche systémique du vivant
- Pierre Cornu (historien, ENS Lyon et INRAE): histoire de l'approche systémique en sciences animales à l'INRAE
- Olivier Hamant (biologie végétale, ENS Lyon et INRAE): besoin de l'approche systémique en sciences végétales, discussion de son livre "La troisième voie du vivant"
- 2 juillet 2024
- Marc Barbier (sociologue, INRAE) et Séverine Bord (ingénieure statisticienne, INRAE): SOTIQUE projet collaboratif sur les tiques dans l’espace urbain
- Bilan de l'année
- 11 février 2025
- Baptiste Bedessem (sociologue, INRAE): recherche participative et transdisciplinaire en écologie de la vigne
- 1er avril 2025
- "Le vivant versus le non-humain : regards croisés entre biologie et sociologie", Céline Lafontaine, Université Montréal, Thomas Heams, AgroParisTech, UMR GABI INRAE
Bibliographie générale
[modifier | modifier le wikicode]Interdisciplinarité SHS-Sciences biologiques:
Berlivet, L. (2018). « Chassez le naturel… » : Les sciences sociales aux prises avec le déterminisme biologique (note critique). Annales. Histoire, Sciences Sociales, 73(2), 443‑473. https://doi.org/10.1017/ahss.2019.7
Cornu, P. (2023). Un historien en interdisciplinarité. Essai d’épistémologie située. Natures Sciences Sociétés, 31(1), 103‑109. https://doi.org/10.1051/nss/2023016
Dedeurwaerdere, T. (2023). Transdisciplinary Research, Sustainability, and Social Transformation : Governance and Knowledge Co-Production (1re éd.). Routledge. https://doi.org/10.4324/9781032624297
Demeulenaere, É. (2022). Trois expériences et un enseignement. De quelques inconforts de la recherche interdisciplinaire et participative autour d’enjeux de biodiversité. Tracés, (#22), 97‑116. https://doi.org/10.4000/traces.14821
Ducrot, C., Barrio, M. B., Boissy, A., Casabianca, F., Pinard-van Der Laan, M.-H., & Maillet, I. (2021). Comment faciliter la construction et la conduite des projets interdisciplinaires : Retour d’expérience d’un programme de recherche sur la gestion intégrée de la santé des animaux en élevage. Natures Sciences Sociétés, 29(2), 213‑222. https://doi.org/10.1051/nss/2021035
Garin, P., Arpin, I., Barreteau, O., Caranta, C., Ducrot, C., Hannachi, M., & Maillet, I. (2021). Réfléchir l’interdisciplinarité à INRAE. Natures Sciences Sociétés, 29(2), 206‑212. https://doi.org/10.1051/nss/2021034
Guillo, D. (2012). Les usages de la biologie en sciences sociales : Comparaison entre le naturalisme socio-anthropologique du dix-neuvième siècle et celui d’aujourd’hui. Revue européenne des sciences sociales, 50‑1, 191‑226. https://doi.org/10.4000/ress.1194
Hubert, B., & Mathieu, N. (Éds.). (2016). Interdisciplinarités entre Natures et Sociétés. Peter Lang B. https://doi.org/10.3726/978-3-0352-6633-7
Newton, T. (2025). What Is Social Science? A Comparison with Biology. Sociological Theory, 43(3), 238‑263. https://doi.org/10.1177/07352751251353197
Nourrit-Lucas, D., Aleveque, G., Laurent, A., & Libourel Rouge, T. (2023). L’interdisciplinarité dans tous ses états : Une approche complexe, floue et interalogique. Journal of Interdisciplinary Methodologies and Issues in Sciences, Vol 11-Thinking...(Issues), 11317. https://doi.org/10.46298/jimis.11317
Sanchez, W., Mamy, L., Pesce, S., & Leenhardt, S. (2023). Pluridisciplinarité et interdisciplinarité au cœur de l’expertise scientifique collective INRAE et Ifremer sur les effets des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les services écosystémiques. Natures Sciences Sociétés, 31(2), 199‑206. https://doi.org/10.1051/nss/2023038
Star, S. L. (2010). Ceci n’est pas un objet-frontière ! : Réflexions sur l’origine d’un concept (M. B. Bah, Trad.). Revue d’anthropologie des connaissances, 4(1). https://doi.org/10.3917/rac.009.0018
Star, S. L., & Griesemer, J. R. (1989). Institutional Ecology, « Translations » and Boundary Objects : Amateurs and Professionals in Berkeley’s Museum of Vertebrate Zoology, 1907-39. Social Studies of Science, 19(3), 387‑420.
Trompette, P., & Vinck, D. (2009). Retour sur la notion d’objet-frontière. Revue d’anthropologie des connaissances, 3(1). https://doi.org/10.3917/rac.006.0005
Unité et diversité du vivant. Réflexions pour un séminaire interdisciplinaire de l’Association NSS-Dialogues. (2023). Natures Sciences Sociétés, 31(2), 263‑266. https://doi.org/10.1051/nss/2023043
Vinck, D. (2009). De l’objet intermédiaire à l’objet-frontière : Vers la prise en compte du travail d’équipement. Revue d’anthropologie des connaissances, 3(1). https://doi.org/10.3917/rac.006.0051