Médiation langagière/Tâches de médiation interlinguistique
Dans leur analyse des tâches de médiation interlinguistique des manuels scolaires, Melo-Pfeifer et Schröder-Sura (2018) concluent que les consignes sont fréquemment vagues, stéréotypées et susceptibles de créer des ambiguïtés, notamment en ce qui concerne le choix ou l’usage de la langue à employer. Comme le notent les auteures, dans ces cas de communication exolingue, l’élève est mis en position d’expert, (...), sans autres ressources que ses savoirs [linguistiques] ; par contre, son interlocuteur est mis en situation d’incompréhension totale ou partielle, à l’aide de formulations comme : « il ne comprend pas très bien » (Figure 1). En plus “il s’agit de faire la médiation entre un interlocuteur natif de la LE (ou d’un document authentique en LE) et un natif de la LM/LS ce qui, encore une fois, n’épuise pas les contextes dans lesquels on est appelé à faire la médiation dans la vie réelle : la médiation peut être faite dans une situation exolingue / endolingue où tous les interlocuteurs parlent le français comme LE, par exemple. (Melo-Pfeifer et Schröder-Sura, 2018, s/p).
Ces observations initiales nous mènent à postuler une liste de critères pour la construction de tâches de médiation interlinguistique, telles qu’elles sont proposées par les auteures du projet METLA (Stathopoulou et al, 2023) :
- Intégrer les langues familiales des apprenants comme des ressources précieuses pour la construction du sens, la communication et la valorisation de l’identité.
- Inclure la dimension interculturelle et pluriculturelle, notamment par la reconnaissance et l’intégration des langues et cultures familiales, afin de favoriser des approches inclusives et sensibles aux contextes locaux.
- Créer des situation de communication dynamiques, où l’expertise change de mains, est conçue comme dynamique, et co-construite;
- Intégrer la gestualité, la multimodalité et divers supports médiatiques, pour refléter les pratiques communicatives réelles dans lesquelles les apprenants sont engagés.
- Assurer l’authenticité des tâches en les ancrant dans des situations de communication signifiantes et holistiques.
- Développer des stratégies spécifiques de médiation chez les apprenants, afin de leur permettre de relayer des informations, de simplifier des idées complexes ou de négocier le sens entre les langues et les cultures.
- Favoriser la réflexivité des apprenants en les amenant à réfléchir sur l’efficacité et les résultats des stratégies de médiation qu’ils mobilisent.
- Diversifier les genres textuels pour exposer les apprenants à une variété de types de discours et d’intentions communicatives.
- Fournir des critères d’évaluation transparents et réalistes, moins liés à la seule correction linguistique et formelle, et plus alignés avec les tâches de médiation dans la vie réelle (buts pragmatiques, la réussite de la situation de communication, etc).

