Littérature de jeunesse en anglais : Walter Crane, Le prince grenouille/Le grand chagrin

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Chapitre 1 : Le grand chagrin
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Au temps d'antan, quand il suffisait de faire un vœu pour qu’il se réalise, vivait un Roi qui avait des filles de toute beauté ; mais sa benjamine était tellement belle que même le Soleil, bien qu’il la vît tous les jours, était ébloui en la voyant sortir à la lumière du jour. Près du château de ce Roi s’étendait une vaste forêt très sombre, et au milieu de cette forêt se dressait un vieux tilleul dont les branches effleuraient une petite fontaine ; aussi quand il faisait très chaud, la fille du Roi se précipitait au bois et venait s’asseoir sur la margelle de la fontaine ; et, quand elle s'ennuyait, elle jouait à lancer et rattraper une balle en or. C'était son jeu favori.

Or il arriva qu'un jour sa balle en or retombe non dans ses mains mais sur l'herbe ; et puis se mit à rouler jusqu'à la fontaine. La fille du Roi la suivit des yeux, mais elle disparut dans la fontaine dont l'eau était si profonde que personne n'en voyait pas le fond. Alors elle se mit à gémir et à pleurer, de plus en plus fort. Elle entendit soudain une voix l'appeler :
– Pourquoi pleurez-vous, ô fille de Roi ? Vos larmes vont faire fondre les pierres de pitié !
Elle se tourna en direction de cette voix et aperçut une Grenouille sortait de l'eau sa grosse tête laide.
– Ah ! c’est toi la vieille pataugeuse, lui dit-elle, est-ce toi qui vient de m'adresser la parole ? Je pleure à chaudes larmes ma balle en or qui vient de m'échapper et de disparaître dans l'eau.
– Calmez-vous, arrêtez de pleurer, lui répondit la Grenouille, je peux vous donner un bon conseil. Mais que me donnerez-vous si je vous rapporte votre jouet ?
– Que veux-tu en échange, ma chère Grenouille ? Mes robes, mes perles et mes bijoux ou la couronne en or que je porte ?
La Grenouille lui répondit :
– Robes, bijoux et couronnes en or ne me conviennent pas ; par contre si vous voulez bien m’aimer, devenir ma compagne et jouer avec moi, si je peux m’asseoir à table avec vous, manger dans votre petite assiette en or, boire dans votre tasse et dormir dans votre petit lit ; si vous me promettez tout cela, j’irai tout de suite plonger pour chercher votre balle en or.
– Oh oui, répondit-elle, je te promets de tout accepter, si tu veux bien me rapporter ma balle.
Toutefois, elle se disait dans son for intérieur :
– De quoi se mêle cette idiote de Grenouille ? Qu'elle reste dans l'eau avec ses pareilles ; sa place n’est pas en société.
Mais la Grenouille en entendant la promesse avait remis la tête à l'eau, plongé et remonté en surface, avec dans sa bouche la balle qu’elle lança dans l’herbe. Transportée de bonheur en retrouvant son précieux jouet, la fille du Roi la ramassa et s’enfuit en courant.
– Arrêtez ! Arrêtez ! s'écria la Grenouille. Emmenez-moi, je ne sais pas courir aussi vite que vous.
Mais ses coassements, malgré leur force, n'eurent aucun effet : la fille du Roi ne les entendit pas et rentra au palais à toute vitesse. Elle eut vite fait d'oublier la pauvre Grenouille qui dut replonger dans la fontaine.