Littérature de jeunesse en anglais : Eleanor Fortescue-Brickdale, Le conte de Fleur et Blanchefleur/Départ pour Babylone

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Quand Fleur apprit toute la vérité de la bouche de sa mère, il quitta la tombe vide pour aller trouver son père : « Père, laissez-moi parcourir le vaste monde à la recherche de ma Blanchefleur, car tant que je ne l'aurai pas retrouvée, je ne connaîtrai ni paix ni joie. »
En entendant ces mots, le roi fut cruellement choqué, maudissant le jour où il avait vendu Blanchefleur qu'il aurait bien volontiers rachetée plus cher qu'il ne l'avait vendue, s'il avait su où la trouver.
Il eut beau plaider sa cause auprès de son fils : « Fleur, reste avec nous, je te trouverai une épouse de sang royal ! »
«  Il n'en est pas question, répliqua Fleur, il n'existe aucune femme sur terre que je puisse aimer à part Blanchefleur et elle seule ; aussi, je vous en supplie, laissez-moi partir ! »
«  S'il en est ainsi, pars » lui répondit le Roi Fenix, cédant au désir de son fils. Je vais prendre en charge tout ce dont tu auras besoin pour ton voyage. »
« Je préférerais faire ce voyage en tant que marchand et non fils de roi. J'aurais besoin de douze mules, trois transportant des peaux, trois des pièces d'argent de notre pays, deux avec de riches toiles de soie, de velours et d'écarlate, et les quatre dernières avec des fourrures. Donnez-moi également douze muletiers pour les guider et douze soldats comme garde, ainsi que l'un de vos intendants et un chambellan reconnu pour sa sagesse et sa discrétion ; enfin, donnez-moi également les deux marchands qui ont vendu Blanchefleur et sauront me dire où la chercher. »

À l'idée de se séparer de son fils, le Roi fut empli de chagrin mais lui accorda tout ce qu'il demandait et rajouta un palefroi richement caparaçonné. Au moment de la séparation, quand Fleur eut mis ses éperons d'or et enfourché son palefroi, sa mère vint lui dire au revoir et lui donna, en guise de cadeau de départ, un anneau d'or qu'elle le pria de porter en permanence car la pierre précieuse enchâssée avait le pouvoir magique d'éloigner les blessures des ennemis, du feu, de l'eau et des bêtes sauvages ; tant qu'il la porterait, aucun homme ne lui refuserait d'accéder à ses demandes. Plein de gratitude Fleur remercia sa mère pour ce présent exceptionnel et l'enfila à son doigt. Puis ce fut l'heure de se dire adieu avec grand chagrin, surtout de la part des parents qui savaient bien qu'ils ne reverraient jamais leur fils et l'embrassèrent à trois reprises.

Ainsi équipé, grâce aux bons soins de ses parents, Fleur se mit en route pour ce périple à travers le vaste monde, bien décidé à retrouver Blanchefleur ou à mourir pendant sa quête. Il fit route vers le port de Nicea où Blanchefleur avait été vendue et fut logé chez un riche bourgeois qui l'invita à sa table. Mais Fleur ne pensait qu'à sa belle et resta silencieux et triste à sa place, ne touchant qu'à peine aux mets qui lui étaient offerts. En voyant sa tristesse, son hôtesse fit remarquer à son mari : « Regardez comme ce jeune homme est malheureux et soupire. Il se dit négociant mais je me demande bien quelles sont les marchandises qu'il recherche ! » Elle se tourna vers le jeune homme et lui demanda : « Messire, en vous voyant ainsi, triste et silencieux, sans toucher les mets qui vous sont offerts, vous me rappelez une belle jeune fille de votre âge qui passa ici une soirée avec la même mine que vous, soupirant comme vous. Elle s'appelait Blanchefleur et portait le deuil de Fleur ; elle devait être vendue au port de Nicea à des marchands qui devaient la conduire à Babylone où ils espéraient la vendre le double du prix de départ.

En entendant le nom de Blanchefleur, Fleur ne dit rien mais de joie renversa sa coupe de vin avec son couteau. Il tira de ses sacs une tasse d'or et l'offrit à son hôtesse en lui disant : « Acceptez cette coupe en paiement du vin renversé et des soins offerts à ma Blanchefleur. » Puis il se leva et partit en direction du port où il loua un navire pour Babylone. Quand tout fut prêt pour la traversée, il embarqua avec ses serviteurs et toutes ses marchandises et ils firent route jusqu'à Bagdad où il débarqua et s'installa chez un riche marchand qui leur procura le meilleur des séjours. Mais, là encore, devant les meilleurs mets qui lui étaient servis à table, ses pensées étaient ailleurs, à la poursuite de son amour perdu.
« Messire, lui demanda son hôte, remarquant l'abattement de son invité, pourquoi ne mangez-vous pas ? Le repas n'est-il pas à votre goût ? » Et comme Fleur ne répondait pas à ses demandes, il ajouta : « Jeune homme, je vais vous raconter une histoire pour vous distraire. Il y a quelque temps, des marchands passèrent la nuit dans ma maison et ils transportaient une jeune fille aussi belle et triste que vous, qui passait son temps à pleurer et refusa de manger et de boire. Ses compagnons l'appelaient Blanchefleur. »
Bouleversé, Fleur s'écria : « Pouvez-vous m'en dire plus ? Savez-vous quelle route ces voyageurs ont prise en quittant votre maison ? »
« Jeune homme, ils ont pris la route de Babylone, » répondit son hôte.
Fleur se releva immédiatement, tira de ses sacs une tasse d'or et un manteau d'écarlate et les offrit à son hôte en lui disant : « Voici mon cadeau de reconnaissance mais gardez vos remerciements pour Blanchefleur qui règne dans mon cœur. »
Enchanté de ces cadeaux princiers, son hôte lui souhaita bonne chance et bon vent pour retrouver l'amour de sa vie.

À la fin du souper, toute la compagnie se retira dans ses appartements et, le lendemain, à l'aube, Fleur réveilla son chambellan et lui demanda de préparer tout le monde car il repartait. Quand tout fut prêt, ils se mirent en chemin, guidés à travers la cité par leur hôte et quand ils eurent trouvé la route de Babylone, ils continuèrent pendant des heures jusqu'à un fleuve ; de l'autre côté de l'eau se trouvait une ville nommée Montfelis, mais aucun pont pour l'atteindre. Il fallait souffler dans une corne suspendue à un cyprès pour appeler le passeur. Aussi Fleur souffla-t-il dans la corne ; le son se fit entendre jusqu'à Montfelis et un grand bateau apparut. Bagages et serviteurs furent embarqués mais le passeur prit Fleur à part dans un petit bateau.

« Jeune homme, lui dit le passeur en remarquant son comportement désespéré, où allez-vous ? Que venez-vous chercher dans notre pays ? »
Fleur lui répondit : « Nous sommes des marchands qui faisons route vers Babylone mais comme il est trop tard pour continuer notre route, pouvez-vous nous indiquer une hôtellerie où nos chevaux et nous-mêmes pourrons nous reposer pour la nuit ? » « Messire, je connais en effet une auberge qui vous accueillera, vous et votre suite, mais la raison pour laquelle je vous ai posé cette question sur le but de votre voyage est que j'ai transporté il y a peu une jeune fille aussi belle et aussi triste que vous et ses gens l'appelaient Blanchefleur. Je n'ai jamais vu de créature plus belle ; elle m'a dit qu'elle était aimée d'un prince païen et qu'elle avait été vendue pour cette raison. »
En entendant le nom de Blanchefleur, Fleur sursauta et s'écria : « Et dans quelle direction est-elle partie en vous quittant ? »
« Jeune homme, lui répondit le passeur, d'après ce que j'ai entendu, Blanchefleur a été vendue à l'Amiral de Babylone, qui en est tombé éperdument amoureux au point d'oublier toutes ses épouses. »

Fleur se réjouit en entendant ces nouvelles ; mais, craignant pour sa vie, il eut soin de ne pas révéler sa mission.
Après avoir passé la nuit chez le passeur, Fleur lui demanda s'il pouvait lui recommander un ami à Babylone susceptible de l'héberger et de le conseiller dans ses affaires.
« Bien sûr, lui répondit le passeur, à l'entrée de Babylone, vous trouverez un fleuve et un pont ; donnez cette bague de ma part au gardien du pont et il prendra soin de vous et de vos affaires. »