Leçons de niveau 12

Le roman et ses personnages : visions de l’homme et du monde/Le personnage du roman, un reflet de l’homme ?

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Le personnage du roman, un reflet de l’homme ?
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Chapitre no 1
Leçon : Le roman et ses personnages : visions de l’homme et du monde
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Chap. suiv. :Les discours du roman
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Introduction[modifier | modifier le wikicode]

Il s'agit d'entrer dans le roman par l'étude du personnage romanesque et de s'interroger sur les marges dont dispose le romancier pour construire le personnage et lui donner l'apparence d'une personne réelle. Il faut donc s'intéresser à la relation entre fictif et réel, entre le monde du personnage romanesque et le nôtre : un roman est une œuvre de fiction, que dit-il alors du monde réel, de l'homme réel ? tente-t-il de le décrire, l'expliquer, le critiquer, s'en éloigner ? Qu'en dit-il implicitement ?

La construction littéraire du personnage[modifier | modifier le wikicode]

Le roman, pour pouvoir parler de l'homme et du monde, se construit d'abord autour d'une fiction qui met en place les aventures d'un ou plusieurs personnages, éventuellement d'un héros. Ils accomplissent ou subissent les actions qui alimentent l'intrigue. Alors que ce sont des « êtres de papier », le romancier doit faire croire à leur existence réelle mais peut aussi remettre en question leur « existence » romanesque.

La caractérisation du personnage[modifier | modifier le wikicode]

Par le choix du nom, l'état civil[modifier | modifier le wikicode]

Imite-t-il l'arbitraire des noms réel ? Fait-il sens (ex : Grand dans La Peste) ou dénote-t-il déjà une origine (noble, populaire) ? Repérer les éventuels changements de nom : Bel-Ami : Duroy → Du Roy

Par le portrait physique et moral, le statut social[modifier | modifier le wikicode]

Nécessaire à la caractérisation, le portrait physique et moral (même indirect, par des manifestations extérieures comme des gestes de nervosité, des pleurs d'émotivité…) est à mettre en rapport (concordance, divergence ?) avec le nom et le statut social, qui peut se manifester par le langage ou le vêtement. Le personnage peut alors plus ou moins incarner un « type » moral ou social. Des informations indirectes peuvent en outre être fournies par l'évocation du décor ou des objets associés à un personnage.

Par le point de vue choisi pour le présenter[modifier | modifier le wikicode]

La présentation est-elle assurée par un narrateur omniscient qui livrer en plus du portrait le passé et les pensées du personnage ? par un autre personnage ? Quel est alors son rapport avec le héros ? par le personnage lui-même, qui se décrit ?

L'épaisseur conférée par l'action[modifier | modifier le wikicode]

Le personnage ne se met réellement à exister que lorsqu'il agit, que ses actes confirment ou infirment ce que l'on croit connaître de son caractère. Ce sont eux qui vont modifier l'intrigue de l'histoire. Sans constituer le centre de l'action, l'évolution des personnages au cours de leur « vie » (mariages, deuil, vieillesse, changement sociaux) modifie leur rapport au monde tout en leur donnant l'illusion de la réalité, qui ne les fige pas totalement dans une posture unique. Les actions, qui mettent les personnages en rapport les uns avec les autres, créent des équilibres et déséquilibres, des forces qui donnent le réel rythme de l'intrigue et l'épaisseur des personnages, caractérisés par leur volonté ou leur passivité (penser à Meursault dans L'Etranger).

L'effacement du personnage ?[modifier | modifier le wikicode]

Alain Robbe-Grillet écrit dans Pour un nouveau roman (1963) :

« Le roman de personnages appartient bel et bien au passé, i caractérise une époque : celle qui marqua l'apogée de l'individu. Peut-être n'est-ce pas un progrès, mais il est certain que l'époque actuelle est plutôt celle du numéro matricule. Le destin du monde a cessé, pour nous, de s'identifier à l'ascension ou à la chute de quelques hommes, de quelques familles. Le monde lui-même n'est plus cette propriété privée, héréditaire et monnayable, cette sorte de proie, qu'il s'agissait moins de connaître que de conquérir. Avoir un nom, c'était très important sans doute au temps de la bourgeoisie balzacienne. C'était important, un caractère, d'autant plus important qu'il était davantage Varme d'un corps à corps, l'espoir d'une réussite, l'exercice d'une domination. C'était quelque chose d'avoir un visage dans un univery ou la personnalité représentait à la fois le moyen et la fin de toute recherche.

Notre monde, aujourd'hui, est moins sûr de lui-même, plus modeste peut-être puisqu'il a renoncé à la toute-puissance de la personne, mais plus ambitieux aussi puisqu'il regarde au-delà. Le culte exclusif de « l'humain » a fait place à une prise de conscience plus vaste, moins anthropocentriste. Le roman paraît chanceler, ayant perdu son meilleur soutien d'autrefois, le héros. S'il ne parvient pas à s'en remettre, c'est que sa vie était liée à celle d'une société maintenant révolue »

La crise du sujet dans la pensée du XXe siècle conduit à une crise du personnage dans le Nouveau Roman, car il est devenu pour Alain Robbe-Grillet une « notion périmée »: sans nom voire sans identité, il n'agit quasiment plus. La structure chronologique se trouve bouleversée, le narrateur omniscient disparaît : les études de la psychoanalyse ayant fait douter de la cohérence du « moi », le personnage vacille en même temps que la notion de personne. Cependant, d'autres approches lui redonnent une vie animée par les « flux de conscience » et une épaisseur par le regard critique sur le monde dont on le fait porte-parole. Il ne faut donc pas exagérer outre mesure la « disparition » ou la « déconstruction » du personnage.

Les différents types de personnages[modifier | modifier le wikicode]

Le personnage principal, du héros à l’antihéros[modifier | modifier le wikicode]

Dans l'épopée grecque, le mot héros désigne un « demi-dieu » supérieur à l'humanité commune. Ce sens épique est toujours valable dans les chansons de geste du Moyen Äge où le chevalier fait preuve de qualités exceptionnelles. Cet idéalisme subsiste dans les romans pastoraux du XVIIe siècle comme L'Astrée ou dans les romans véhiculant l'idéal aristocratique tel La Princesse de Clèves (naissance du roman psychologique). Mais la tradition populaire voit déjà émerger des récits malicieux et satiriques, comme le Roman de Renart à l'époque médiévale, ou les « romans comiques » (Scarron) de l'époque classique et du XVIIIe siècle, mettant en scène des personnages caricaturaux plongés dans une réalité vulgaire.

Pourtant, traditionnellement, le roman met en scène un personnage positif, porteur de valeurs, qui se distingue par des qualités physiques ou morales exceptionnelles (mais qui restent humaines). C'est à lui que le lecteur s'identifie. Exemple : Ulysse dans l'Odyssée. Une collectivité peut également s'imposer comme le véritable héros du roman, par exemple les mineurs de Germinal. Cela peut être un groupe d'individus unis par le destin, une communauté ou une foule révoltée, un peuple en lutte. Le lecteur s'identifie alors aux valeurs incarnées par le groupe.

Depuis l'aube des temps modernes et la Renaissance (XVIe siècle), la représentation réaliste des faiblesses de l'homme prend de plus en plus d'importance, par exemple dans les romans picaresques où le personnage principal est un gueux qui traversera, au gré du destin, toutes les couches de la société. Les romans d'apprentissage/de formation du XIXe siècle racontent comment des héros tentent difficilement de s'accomplir dans un monde sans idéal où ils subissent d'importants déterminismes sociaux et génétiques (Zola).

Le romancier peut cependant choisir comme héros un personnage négatif, dépourvu de qualités morales, capable de violence ou de cruauté, par exemple Mme de Merteuil dans Les Liaisons dangereuses. Il a lui aussi des « qualités », caractéristiques exceptionnelles mais dans le mal et la noirceur.

Plus qu'un héros mauvais, l'antihéros est lui un personnage ordinaire et banal, sans qualité dans un monde sans relief ou qui le dépasse. Il propose ainsi au lecteur une réflexion sur sa propre condition, finalement plus proche de ce personnage que des héros héroïques auxquels il aime s'identifier.

Les personnages secondaires et figurants[modifier | modifier le wikicode]

Le héros est entouré de personnages qui interviennent de manière régulière : ses amis, ses ennemis, sa famille, ses relations de travail… ils contribuent à le caractériser et à le rapprocher d'un être réel. Cette volonté de réalisme se retrouve également dans les personnages « figurants », qui n'apparaissent que de manière très ponctuelle, même s'ils peuvent être décrits minutieusement. Comme dans la vie réelle, ils sont liés à un lieu ou une situation vécue par le héros, et contribuent à l'animation de l'univers romanesque au même titre que tous les personnages anonymes ou fugitifs que pourrait croiser le personnage sur sa route.

Conclusion[modifier | modifier le wikicode]

Le roman entretient un rapport ambigu avec la réalité : il s'en inspire mais l'idéalise, il veut la reproduire fidèlement mais en la faisant passer au nécessaire filtre de l'organisation et du style, ne peut que la recréer, dans une illusion que le lecteur se plaît à croire ou refuse d'accepter. Voici d'ailleurs comment en parle Camus :

« Voici donc un monde imaginaire, mais créé par la correction de celui cí, un monde où la douleur peut, si elle le veut, durer jusqu'à la mort, où les passions ne sont jamais distraites, où les êtres sont livrés à Vidée fixe et toujours présents les uns aux autres. L'homme s'y donne enfin à lui-même la forme et la limite apaisante qu'il poursuit en vain dans sa condition. Le roman fabrique du destin sur mesure. C'est ainsi qu'il concurrence la création et qu'il triomphe, provisoirement, de la mort. »