Leçons de niveau 11

La poésie du XIXe au XXe siècle : du romantisme au surréalisme/La tristesse en poésie dans une question sur corpus

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La tristesse en poésie dans une question sur corpus
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Chapitre no 1
Leçon : La poésie du XIXe au XXe siècle : du romantisme au surréalisme
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Documents[modifier | modifier le wikicode]

Document no 1
Wikisource possède un article à propos de « Poésies nouvelles (1836-1852)/Tristesse ».

« Tristesse

J’ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis, et ma gaieté ;
J’ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j’ai connu la Vérité,
J’ai cru que c’était une amie ;
Quand je l’ai comprise et sentie,
J’en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d’elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu’on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde

Est d’avoir quelquefois pleuré. »
— Alfred de Musset, Poésies nouvelles (1850)

Musset est l’incarnation du poète romantique. Doué dans les études, Musset s’est vite consacré à la carrière littéraire et il a connu très tôt le succès dans la poésie et le théâtre, les deux grands genres de l’époque romantique. Il est célèbre aussi pour sa liaison intense, houleuse et brève avec Georges Sand, une femme de lettres célèbre comme lui.

Mais, en 1850, le poète n’est plus au sommet de son art. Isolé, dépressif, il connaît une véritable déchéance : alcool, drogue, liaisons nombreuses et sans lendemain. A ce régime, sa santé se dégrade gravement.

« Tristesse » est une de ces dernières pièces connues et se présente comme une sorte de bilan de cette dernière période de sa vie. Le poème a été trouvé par hasard par un ami. Il semble avoir été écrit pendant une nuit d’insomnie et n’était pas destiné à la publication.

Alfred de Musset meurt à 47 ans, le 2 mai 1857, à peu près oublié : il est enterré dans la discrétion au cimetière du Père-Lachaise (Paris).

Document no 2
Wikisource possède un article à propos de « Chacun sa chimère ».

« Chacun sa chimère[1]

Sous un grand ciel gris, dans une grande plaine poudreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon[2], sans une ortie[3], je rencontrai plusieurs hommes qui marchaient courbés.

Chacun d’eux portait sur son dos une énorme Chimère, aussi lourde qu’un sac de farine ou de charbon, ou le fourniment[4] d’un fantassin romain.

Mais la monstrueuse bête n’était pas un poids inerte[5] ; au contraire, elle enveloppait et opprimait l’homme de ses muscles élastiques et puissants ; elle s’agrafait avec ses deux vastes griffes à la poitrine de sa monture ; et sa tête fabuleuse surmontait le front de l’homme, comme un de ces casques horribles par lesquels les anciens guerriers espéraient ajouter à la terreur de l’ennemi.

Je questionnai l’un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu’il n’en savait rien, ni lui, ni les autres ; mais qu’évidemment ils allaient quelque part, puisqu’ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher.

Chose curieuse à noter : aucun de ces voyageurs n’avait l’air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos ; on eût dit qu’il la considérait comme faisant partie de lui-même. Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d’aucun désespoir ; sous la coupole spleenétique[6] du ciel, les pieds plongés dans la poussière d’un sol aussi désolé[7] que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.

Et le cortége passa à côté de moi et s’enfonça dans l’atmosphère de l’horizon, à l’endroit où la surface arrondie de la planète se dérobe à la curiosité du regard humain.

Et pendant quelques instants je m’obstinai à vouloir comprendre ce mystère ; mais bientôt l’irrésistible Indifférence s’abattit sur moi, et j’en fus plus lourdement accablé qu’ils ne l’étaient eux-mêmes par leurs écrasantes Chimères. »
— Charles Baudelaire, Petits Poèmes en prose (1869)

Document no 3
Wikisource possède un article à propos de « Poèmes saturniens/Chanson d’automne ».

« Chanson d’automne

Les sanglots longs
Des violons

De l’automne

Blessent mon cœur
D’une langueur[8]

Monotone.

Tout suffocant
Et blême[9], quand

Sonne l’heure,

Je me souviens
Des jours anciens

Et je pleure ;

Et je m’en vais
Au vent mauvais

Qui m’emporte

Deçà, delà,
Pareil à la

Feuille morte. »
— Paul Verlaine, Poèmes saturniens[10] (1902)
Document no 4
Wikisource possède un article à propos de « Poésies (Rimbaud)/éd. Vanier, 1895/Ma bohème ».

« Ma bohème[11] (Fantaisie)[12]

Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot[13] aussi devenait idéal[14] ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal[15] ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
— Petit Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse ;
— Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques

De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur ! »
— Arthur Rimbaud, Cahier de Douai (1970)

Document no 5
Wikisource possède un article à propos de « Le Pont Mirabeau ».

« « Sous le pont Mirabeau…[16] »

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne

La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face

Tandis que sous
Le pont de nos bras passe

Des éternels regards l’onde si lasse

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

L’amour s’en va comme cette eau courante

L’amour s’en va
Comme la vie est lente

Et comme l’Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines

Ni temps passé
Ni les amours reviennent

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure »
— Guillaume Apollinaire, Alcools (1913)
  1. Monstre mythologique à tête et poitrail de lion, ventre de chèvre, queue de dragon, crachant des flammes. Par ext., tout assemblage monstrueux, puis toute imagination vaine (fantasme, illusion, mirage, rêve, songe, utopie, vision, …)
  2. Plante à feuilles épineuses.
  3. Plante dont les feuilles sont couvertes de poils fins qui renferment un liquide irritant.
  4. Ensemble des objets composant l’équipement du soldat (« fantassin »).
  5. Qui n’a ni activité, ni mouvement propre.
  6. Inhabité et triste. Moralement, affligé, éploré.
  7. Qui ressent, exprime le spleen, une mélancolie sans cause apparente, caractérisé par le dégoût de toute chose.
  8. État d'une personne dont les forces diminuent graduellement et lentement. Mélancolie douce et rêveuse, tristesse vague (abattement, affaiblissement, alanguissement).
  9. D’une blancheur maladive, en parlant du visage (blafard, cadavérique, livide, pâle).
  10. Vieux ou litt. Triste, mélancolique en référence à Saturne, la planète des mélancoliques.
  11. Personne, généralement un artiste, qui vit sans règles, en marge de la société, à la manière d’un bohémien, gitan.
  12. Le poème a été composé en octobre 1870.
  13. Mot ancien pour veste ou manteau.
  14. On peut comprendre que le paletot n’est plus qu’une « idée » de vêtement tant il est usé.
  15. Au Moyen Age, chevalier qui est fidèle, dévoué à son seigneur (ou à sa Dame dans l’amour courtois).
  16. Ce pont, moderne (1893-1896) à l’époque de l’écriture du poème, enjambe la Seine au niveau de la ville d’Auteuil. Le poète l’empruntait lorsqu’il rentrait de chez Marie Laurencin (1883-1956), maîtresse et muse du poète.

Analyse[modifier | modifier le wikicode]

Tableau bilan
Références complètes (auteur, titre du poème et du recueil, date, mouvement littéraire) Doc. no 1 : Musset, Tristesse, Poésies nouvelles (1850) — Romantisme Doc. no 3 : Verlaine, Chanson d’automne, Poèmes saturniens (1866) Doc. no 4 : Rimbaud, Ma Bohême, Cahier de Douai (1870) Doc. no 5 : Apollinaire, Sous le pont Mirabeau, Alcools (1913) — Surréalisme
Forme choisie Quels éléments de versification sont traditionnels ?
  • Sonnet, rimes embrassées dans les quatrains et même système de rimes.
  • Tercets liés par la rime (suivie puis embrassée)
  • Alternance du genre des rimes
  • Rimes suffisantes dominent
3 sizains en rimes plates puis embrassées, avec alternance des genres à la rime, rimes suffisantes surtout et riches Sonnet traditionnel Vers pair pour les Q (10, 6)
Quels éléments sont originaux, novateurs ?
  • en octosyllabes (petit vers et non le vers noble : l’alexandrin)
  • deux rimes pauvres
Vers de 4 et 3 syllabes (très courts) Rimes croisées et deux jeux de rimes (et non 1) dans les Q Forme libre : alternance de 4 quatrains, rimes en abaa distique, rimes plates, répété 4x vers de 4 syllabes 2ème vers genre masculin, autres rimes féminines
Quels autres éléments poétiques sont remarquables ?
  • Enumération pathétique des pertes
  • Fin pathétique : seul bien = larmes passées
  • Retrait à droite (alinéa) sur le 3ème et 6ème vers qui crée un balancement comme celui de la feuille morte évoquée
  • Nombreux jeux sur les sonorités.
  • Rythme cassé : Nombreux rejets, quelques rejets et enjambements.
  • Chute finale très brutale et subtilement préparée
  • Diérèse sur sou-ri-ant
Liens avec le thème du corpus : la tristesse Pour quelles raisons le poème est-il triste ?
  • Expression personnelle de tristesse
  • A tout perdu sur le plan social (amis) personnel (force, joie) comme sur le plan de la création poétique (génie, vérité comme inspiration)
  • Saison de la mélancolie : automne
  • Chute des feuilles, nature « triste »
  • Analogie avec l’état intérieur du poète triste et maladif « pareil à la feuille morte », je pleure
Spectacle désolant de la mort dans une nature lumineuse, accueillante, pacifique.
Comment s’exprime ce sentiment ?
  • Expression personnelle : « je »
  • Autoportrait pathétique
  • Aveu de la perte de son inspiration et de son talent.
  • Ecriture volontairement négligée, modeste (rimes pauvres, octosyllabes)
  • Mélange de description extérieur et intérieur : les deux se répondent.
  • Synesthésie : tous les sen
  • Nombreuses allitérations et assonances qui rapprochent musicalement les deux réalités
  • Contraste entre l’évocation lyrique (romantique ?) de la nature et le dernier vers tragique (du « trou de verdure » aux « deux rouges au côté droit »)
  • Des éléments préparent toutefois cette fin : immobilité, pâleur, sommeil, maladie…

Quels rapprochements peut-on faire entre les textes et notamment avec celui de Baudelaire ?

  • Poème à la 1ère pers 1, 2 et en partie 4 # 3 (impassibilité parnassienne)
  • Tristesse personnelle liée à sa déchéance, mélancolie de Verlaine, tristesse de la rupture amoureuse chez Apollinaire # choc final de la mort, légèrement préparé
  • Tristesse liée au spectacle extérieur (2 - automne, 3 – jeune soldat mort et 4 – pont qui rappelle des souvenirs heureux, un amour disparu)
  • Sonnet (1/3) – forme plus libre (2 et 4)
  • Versification assez traditionnelle (1/3) plus libre (2 – mélange de vers /4 vers irrégulier, vers pair et impair)
  • Evolution sensible du rythme du vers : coupes régulières (1) > enjambement, rejet, contre rejet (2/3/4 + absence de ponctuation d’où incertitude de la lecture) mais aussi plus de jeux sur les sonorités – allitérations, assonances, répétition, refrain, diérèse… (compensation à la rime régulière).

Question sur corpus[modifier | modifier le wikicode]

Question posée [modifier | modifier le wikicode]

Quelles sont les différentes raisons avancées par les poètes pour justifier l’expression du sentiment de tristesse ?

Méthode pour répondre de manière pertinente et justifiée[modifier | modifier le wikicode]

  1. On analyse la question posée en repérant les mots-clefs :
    • « les différentes raisons avancées par les poètes » (= causes, origines à chercher)
    • « pour justifier l’expression du sentiment de tristesse » (trait commun des extraits)
  2. Après lecture et analyse des extraits du corpus en fonction de cette question, on cherche des axes de réponses. On peut repérer trois axes pour répondre à la question 1.
    • La tristesse renvoie à une période passée douloureuse (docs 1, 4, 5)
    • La tristesse correspond à un état d’esprit présent du poète (docs 1, 3, 5)
    • La tristesse es liée à des circonstances extérieures (docs 2, 3)
  3. Pour la rédaction de la réponse, on commence toujours par une phrase générale, avec alinéa, qui reprend les éléments de la question.
    • Dans ce corpus, les poètes avancent des raisons variées pour exprimer leur tristesse. (§1)
  4. Puis, on répond de manière organisée, structurée à la question posée et on illustre la réponse ne s’appuyant sur au moins deux documents et idéalement sur tous les documents du corpus concernés. Les citations sont impératives pour justifier chacune de vos affirmations.
    • Tout d’abord, la tristesse peut être due à l’évocation d’un passé douloureux
      • Ex Musset : « Je », Passé composé, Bilan de sa vie, de ses pertes, désespoir final (§2)
      • Ex Rimbaud : « Je », Imparfait, récit pathétique de ses fugues
    • Ensuite, ce sentiment peut renvoyer à la situation présente du poète (docs 1, 3, 5) (§3)
      • Ex Verlaine > Je, présent ind, sentiment d’être à la fin de sa vie
      • Ex Apollinaire > Je, présent ind, souffrance de la rupture amoureuse, espoir vain et douloureux, au point de souhaiter mourir
    • Enfin, cette tristesse peut être liée aux circonstances extérieures (docs 2, 3, 4) (§4)
      • Ex. Baudelaire : spectacle pathétique du groupe d’homme > tristesse finale du poète
      • Ex. Verlaine : spectacle de l’automne éveille et amplifie son mal-être
      • Ex Apollinaire : spectacle du Pont-Mirabeau réveille les bons et les mauvais souvenirs, la tristesse et l’espoir vain
  5. Enfin, on clôt la question en synthétisant la question posée et les éléments de réponse (§5)