L'appropriation exclusive comme injustice fondamentale/Apports de l'anthropologie à la pensée anarchiste

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En 1902, l'anthropologue, géographe et anarchiste russe Pierre Kropotkine (1842-1921) publia un livre intitulé : L'Entraide, un facteur de l'évolution[1], dans lequel il relativisait l'idée selon laquelle l'évolution du vivant reposait sur la compétition entre les individus, entre espèces et au sein des espèces.

Septante an plus tard, en 1972, l'anthropologue Marshall Sahlins publiait un ouvrage remarqué qui avait pour titre : Âge de pierre, âge d'abondance. Dans celui-ci, l'anthropologue américain remit ainsi en cause cette idée ethnocentrée selon laquelle, avant la révolution néolithique, la vie de l'homme était faite de souffrances expliquées par une situation de survie nécessitant une incessante recherche de nourriture. Hors, ce que l'on découvre dans l'ouvrage de Sahlins, c'est que les premiers humains vivaient dans une abondance qui leur offrait beaucoup plus de temps libre que celui dont dispose le travailleur de nos jours.

Trois ans plus tard et dans une démarche quelque peu similaire, l'anthropologue français Pierre Clastres, fort de sa connaissance des peuples amérindiens, publiait : La Société contre l’État, sous-titré Recherches d'anthropologie politique, un livre qui argumenta cette fois en faveur d'une organisation anarchiste originelle des sociétés humaines au travers un « effort permanent pour empêcher les chefs d’être des chefs »[2].

Comme autre exemple plus récent, il y a aussi l'ouvrage de Charles Macdonald portant le titre de : L’Ordre contre l’harmonie : anthropologie de l’anarchisme, dans lequel l'anthropologue franco-américain fait référence à des travaux d'historiens portant sur des organisations anarchistes.

Et c'est là une chose que l'anthropologue Alain Testart réussit à faire brillamment en publiant de nombreux ouvrages théorique sur l'évolution de l'espèce humaine. Dans une démarche plus récente, il y eut aussi la publication du livre The Dawn of Everything (Au commencement était... ⁣ en français), qui fut coécrit par l'archéologue David Wengrow et l'anthropologue David Graeber peu de temps avant son décès. Un travail remarquable qui aura notamment permis à l'archéologue d'affirmer que « Les sociétés premières avaient une imagination politique beaucoup plus grande que la nôtre »[3].

L'anthropologie apparait donc telle une discipline utile pour décrire les fondements de l'anarchisme grâce aux nombreuses réflexions qu'elles soulèvent quant à l'origine, mais aussi la pertinence, des principes auxquels s'opposent les anarchistes. Il s'agit ainsi du pouvoir de commandement rendu possible par la notion de propriété, jusqu'au développement de l'appareil étatique comme ultime principe de légitimation de la violence physique.

La propriété est-elle un concept légitime ? Est-on seulement propriétaire de notre corps sachant qui est constitué entièrement de matière empruntée dans la nature et que celui-ci ne préexiste pas à la naissance, ni ne perdurera après la mort ? N'est-il pas plus juste de parler de possession d'un corps plutôt que de propriété. La mort d'un militaire envoyé de force sur le champ de bataille n'est-elle pas une dépossession ? Qu'est-ce qui pourrait d'ailleurs rendre cette dépossession illégitime ? N'est-ce pas là un meurtre en soi ?

Possession d'usage. La propriété privée abolie, il ne resterait plus que la possession d'usage. On ne possède que ce que l'on a en main, que ce que l'on utilise et le temps de son utilisation seulement. Bernard Friot.

Expérience de pensée

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Pierre Kropotkine, « L’Entr’aide, un facteur de l’évolution », dans L'entr'aide, un facteur de l'évolution, Hachette, (ISBN 978-1-5301-3196-9, lire en ligne)
  2. Pierre Clastres, La Société contre l'Etat, Minuit, 2011-10-06 (ISBN 978-2-7073-2231-9) [lire en ligne] 
  3. « Les sociétés premières avaient une imagination politique beaucoup plus grande que la nôtre », sur Alternatives Economiques, (consulté le 29 septembre 2022)