L'Illusion comique/Acte V scène 6, commentaire no 1/Plan du commentaire

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Acte V scène 6, commentaire no 1
de la leçon :
L'Illusion comique


  1. Un dénouement spectaculaire
    1. La résolution de la quête
      • La fin de l'action
        • Retour sur scène des 2 personnages de la scène d'exposition
        • Situation de commentaire au présent d'énonciation comme « je vois », « je trouve » et « je n'ose plus » pour Pridament couplé avec des adverbes de temps comme « aujourd'hui » et « à présent » pour Alcandre, ce qui souligne que l'on n'est plus dans l'action (plus de projets au futur : même les impératifs sont à mettre en application immédiatement comme « cessez de vous » et « ne vous plaignez plus » (indique un changement d'attitude par rapport au passé).
      • L'absence de suite
        • Connecteur de conclusion : « ainsi » + achèvement de faits passé stabilisés (toujours valables) dans le présent grâce au passé composé : « ils ont pris », « ont fait », « Clindor a trop bien fait »
        • Impossibilité d'un retour en arrière par champ lexical de l’irrévocable « à la fin », « je n'ose plus », « a banni »
    2. La rupture de l'illusion
      • Des effets semblables à un coup de théâtre
        • Éléments de révélation qui peuvent passer pour magiques (« charme en un moment ») : exclamations de Pridament, explications d'Alcandre (passé composé, présent d'énonciation), champ lexical du théâtre comme « Comique », « poème récité », « rôles », « Théâtre », « pièce tragique », « Comédie » (désignent ce qu'on voit avec le vocabulaire approprié) notamment négation exceptive qui annule toute autre interprétation possible « n’est que la triste fin »
      • Des explications rationnelles (pour remplacer les apparences par la réalité)
        • Champ lexical de la vision comme « avez vu », « voyons », « spectacle », « que je l'ai vue » pour souligner la clarté de la situation, sa réalité perceptible par les sens
        • Restrictions ou figure de correction « mais », « sans », « n’est que », « mais non »
    3. La fin du spectacle ?
      • Des intrigues diversement achevées
        • Fin de la pièce de niveau 3 : « poème récité » (ayant été récité, un archaïsme latin), participe passé à valeur de passé révolu
        • Mais inachèvement de l'histoire du niveau 2 (effet baroque) : Clindor et Isabelle devaient se marier, on sait qu'ils jouent ensemble mais rien sur leur situation amoureuse ni même sociale : tournures présentant la réalité seulement par comparaison avec des situations fictives comme « mais non pour s’en parer / Qu’alors que sur la scène il se fait admirer » et « qu'il n’eût trouvé » (subjonctif à valeur d'irréel du passé).
      • La persistance du jeu
        • Le spectacle semble avoir éclipsé la préoccupation première de Pridament qui juge de manière hyperbolique (« trop ») le choix passé de son fils (« Clindor a trop bien fait ») mais n'évoque pas leurs retrouvailles possibles (pas de « nous »). Il reste subjugué par les effets théâtraux.
        • Alcandre n'est pas sorti de son rôle car il a une fonction uniquement théâtrale de metteur en scène et ménage ses effets pour continuer à influencer Pridament : sa première réplique, à valeur généralisante, entretient le mystère sur la situation particulière de Clindor : sujets qui présentent les personnages comme interchangeables : « tous les acteurs », « l'un, l’autre », « une troupe » (indéfini). Puis il emploie un vocabulaire ambigu qui laisse craindre le pire (2e réplique : champ lexical pénibilité « nécessité », « besoin », « difficile », « tragique ») et enfin développe un discours proprement argumentatif visant à convaincre et persuader (continuer à charmer ?) Pridament.
      • Transition : une fois la vérité révélée (c’est-à-dire la première illusion annulée), il faut encore en signifier le caractère honorable, quitter l'illusion dans laquelle s'enferme Pridament (sa vision fausse due aux préjugés) : le spectateur doit adhérer totalement au spectacle, convaincre Pridament est donc nécessaire pour que l'on arrive à une fin véritablement heureuse par la rupture de toutes les illusions
  2. L'éloge du théâtre
    1. Un art qui fait sensation
      • Champ lexical de l'ostentation (nombreux effets visuels) : « expose », « publique », « grand équipage », « superbe étalage », « parer »
      • Presque tous les sens semblent comblés (sauf odorat) : « délices », « doux », « prêter l'œil et l'oreille au Théâtre François » + idée d'un art complet : connecteur « et », « assembler », alliance des contraires (antithèses)
      • Champ lexical de l'agrément (verbes = participation active des spectateurs) : « ravissent » v.24, « il se fait admirer » v.28, « chacun l'idolâtre » v.33 + sentiments positifs « l’amour de tous les bons esprits », « les délices », « le divertissement », « le plaisir »
    2. Un plaidoyer réussi
      • Un discours convaincant
        • Arguments variés : esthétique, social, matériel et financier… (tirade didactique, 3e réplique d'Alcandre)
        • Discours structuré : « même notre grand Roi » et « les plus rares esprits » et « Apollon » (arguments d'autorité), « la richesse estimer les personnes » et « Le Théâtre est un fief dont les rentes sont bonnes » (par analogie), « qu'il n'eût trouvé » (par hypothèse, irréel du passé)
        • Aveu de Pridament : « depuis vos discours » : paroles performatives d'Alcandre (confirme a posteriori son efficacité)
      • Un discours valorisant
        • Le théâtre est un « métier » qui a donc une place sociale mais c’est surtout un « art » très honorable qu'il faut juger par des faits indiscutables, ce que souligne l'opposition passé (« j'ai cru », « j'ignorais », « je blâmais »)/présent (« est meilleur ») qui recoupe l'opposition vision péjorative/vision méliorative (anithèse « mépris »/« amour » et « erreur commune »/« bonne fortune »)
        • Procédés mélioratifs : intensifs : « si »/« trop »/« excès », vocabulaire de l'importance : « grand », « superbe », « haut », marqueurs de la totalité : « pas un »/« tous »/superlatifs « le premier »/« le plus »/« meilleur »
        • Accumulations comme « l'éclat, l'utilité, l'appas » renforcée par le parallélisme (« le […] de […] » v.35-39)
    3. Une scène aux leçons efficaces
      • Leçon de dramaturgie : efficacité de la parole théâtrale qui agit comme un « charme » et rapidement (« en un moment ») : c'est la parole qui fait la pièce (et qui déclenche l'action) : « récité » v.6, v.9 chiasme + verbes insistants sur le lien indissociable entre mots et intrigue (« faire »/« suivre »)
      • Leçon psychologique : le spectacle fictif a des conséquences dans la vie réelle, l’expérience qu'en fait Pridament en est une preuve tangible : il trompe pour mieux dessiller la vue des gens et changer leurs comportments (catharsis réelle pour les spectateurs, dont Pridament est le représentant)
        • Vocabulaire de la conaissance dans la bouche de Pridament : « vraie » v.29/91, « feinte » v.29, « ignorais » v.63, « connaissance pas » v.64, « erreur » v.65 + changements émotionnels : « plainte » v.30 annulée v.59 comme la « tristesse » v.66, v.61-65 : « âme émue », « allégresse » : la fonction didactique passe aussi par les sensations
      • Leçon de morale/philosophie : le théâtre est le reflet de la vie, nous fait réfléchir sur notre monde (theatrum mundi), ce que prouve la confusion (antérieure et levée ici) des niveaux 2 et 3 de la pièce : les revirements (« discords »/« assembler » v.3-4) ou actions violentes de la pièce jouée (antithèses comme « l'un tue et l’autre meurt » et « le traître et le trahi, le mort et le vivant ») ne sont pas plus invraisemblable que ce qui est présenté comme réalité c'est-à-dire le niveau 2, la vie passée de Clindor présenté avec le vocabulaire de l'aventure ou du danger, la « fuite », la « poursuite », « l'extremité », la « prison » v.13-19 (ambiguïté sur « depuis ») : le jeu pourrait être une modalité d'existence propre à chacun. Le théâtre a même cette supériorité que ceux qui jouent ont conscience de cette inconstance : double négation v.10.