L'Illusion comique/Acte V scène 6, commentaire no 1

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Acte V scène 6, commentaire no 1
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Chapitre no 4
Leçon : L'Illusion comique
Chap. préc. :Acte II scène 2, commentaire no 1
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L'Illusion comique/Acte V scène 6, commentaire no 1
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Introduction[modifier | modifier le wikicode]

L'acte V introduit un troisième niveau dramatique en enchâssant dans l’histoire de Clindor l'interprétation d'une tragédie par le jeune homme et ses compagnons d'évasion. Cette pièce propose les moments essentiels du drame : le conflit (scènes 2 et 3), sa résolution momentanée et illusoire (scène 4) et son dénouement tragique (scène 5). Le faux effet de continuité avec la première « pièce intérieure » tient à des analogies morales et biographiques entre les personnages interprètes. C'est cette similitude qui entretient l'illusion et par sa réussite autorise ensuite l’éloge du théâtre, après une ultime péripétie (fausse mort, fausse nouvelle puis explications).

Questions possibles[modifier | modifier le wikicode]

  • Quel est l'intérêt de cette scène finale de L'Illusion comique ?

Un dénouement spectaculaire[modifier | modifier le wikicode]

La résolution de la quête[modifier | modifier le wikicode]

En premier temps, on a la résolution de la quête atteignant la fin de l’action où on observe le retour sur scène des deux personnages la scène d'exposition Alcandre et Pridament. La situation du commentaire emploie le présent d’énonciation par Pridament, par exemple « je vois », « je trouve » et « je n'ose plus », couplé avec des adverbes de temps par Alcandre, comme « aujourd'hui » et « à présent », ce qui souligne que l'on n'est pas dans l'action. Il n'y a plus de verbes conjugués au futur, focalisant la scène sur le réel et le présent, même les impératifs sont en application immediatement. Par exemple, « cessez de vous en plaindre, à présent » et « ne vous plaignez plus », ce dernier ordonne de changer d'attitude par rapport au passé.

De plus, il y a une absence de suite qui renforce la finalisation de la scène. En effet, la conclusion de la pièce est synthétisée par le connecteur « ainsi » et l'achèvement de faits passé stabilisés, toujours valables, dans le présent grâce au passé. Par exemple, « ils ont pris », « ont fait » et « Clindor a trop bien fait ». L'impossibilité d'un retour en arrière consolide aussi cette notion par le champ lexical de l’irrévocable, comme « à la fin », « je n'ose plus » et « a banni ».

La rupture de l'illusion[modifier | modifier le wikicode]

En deuxième temps, la rupture de l'illusion se trouve dans les effets semblables dans cette pièce à un coup de théâtre. En effet, il y a des éléments de révélation qui peuvent passer pour magiques, comme « charme en un moment » par Pridament ainsi que ses exclamations comme « Dieu, quelle surprise ! » et « mon fils Comédien ! ». D'autre part, dans les explications de d'Alcandre, le passé composé, comme « vous avez vu » et le présent d'énonciation, comme « tous les acteurs […] partagent », sont emploiés pour mettre en évidence cette révélation. En outre, le champ lexical du théâtre présent dans le texte désigne renforce cet effet, par exemple « Comique », « scène », « Théâtre » et « pièce tragique », notamment la négation exceptive « n'est que » qui annule toute autre interprétation possible.

De plus, cette rupture est aidée par les explications rationnelles, pour remplacer les apparences par la réalité. Le champ lexical de la vision dans le texte souligne en effet la clarté de la stiaution, sa réalité perceptible. Par exemple, « avez vu », « œil », « oreille », « voyons » et « spectacle ». Par ailleurs, les restrictions ou figure de corrections précisent la situation en question, comme « mais », « sans », « n’est que » et « mais non ».

La fin du spectacle ?[modifier | modifier le wikicode]

En troisième temps, on constate que la fin du spectacle n’est pas certaine. Malgré le fait qu'il y a des intrigues diversement achevées par l'archaïsme latin « poème récité », avec un participe passé à valeur de passé révolu pour désigner la fin de la pièce de niveau 3. Cependant, l'inachèvement de l’histoire de niveau 2 évoque la mise en abyme de L'Illusion comique par le décalage entre les différents niveaux d'intrigue. En effet, Clindor et Isabelle devaient se marier, on sait qu'ils jouent ensemble mais rien sur leur situation amoureuse ni même sociale : il y a des tournures présentant la réalité seulement par comparaison avec des situations fictives décrites par des expressions qui emploient le subjonctif à valeur d'irréel du passé, comme « qu'alors » et « qu'il n'eût trouvé ».

De plus, la persistance du jeu est évoquée par le fait que le spectacle semble avoir éclipsé la préoccupation première de Pridamant qui juge de manière hyperbolique, par l'adverbe « trop », le choix passé de son fils mais n'évoque pas leurs retrouvailles possibles. Il reste subjugué par les effets théâtraux.

Transition[modifier | modifier le wikicode]

Toutefois, c'est cette transition ininterrompue qui justifie et conduit à l’éloge du théâtre par Alcandre.

L'éloge du théâtre[modifier | modifier le wikicode]

Un art qui fait sensation[modifier | modifier le wikicode]

En premier temps, cet éloge focalise sur l'art de la sensation, ce qui est évoqué par le champ lexical de l'ostentation et les nombreux effets visuels, comme « expose », « publique », « grand équipage », « superbe étalage » et « parer » afin de mettre en valeur l'imagérie du théâtre. Presque tous les sens semblent comblés (sauf odorat), avec « délices », « doux », « prêter l'œil et l'oreille au Théâtre François », provoquant la notion que toute perception humaine peut être guidée par les images animées du théâtre. Cette idée d'un art complet est aussi caractérisée par le connecteur « et » et le verbe « assembler ». La sensation décrit aussi la participation active des spectateurs indiquée par les verbes du champ lexical de l’agrément, comme « ravissent », « il se fait admirer » et « chacun l'idolâtre », ainsi que par les sentiments positifs comme « l’amour de tous les bons esprits », « les délices », « le divertissement » et « le plaisir ».

Un plaidoyer réussi[modifier | modifier le wikicode]

En deuxième temps, cette scène permet Corneille de transmettre son plaidoyer sous le forme d'un discours convaincant par Alcandre. Il utilise des arguments variés pour soutenir son idée, plus précisement dans sa tirade didactique de sa troisième réplique. Par exemple, l'importance du théâtre est renforcée par son esthétique dans l’expression « un spectacle si beau », le théâtre unifie « tout le monde » de chaque rang de société de son époque des « délices du peuple » au « grand Roi » et enfin le théâtre est considéré comme un domaine de travail financièrement viable puisque « les rentes sont bonnes » ainsi que socialement respectable car « [le] métier si doux / Plus de bien et d'honneur ». Ses arguments se compose également de plusieurs types différents, ce qui rend son discours plus structuré. Il emploie l'argument d'autorité en citant la royauté dans « même notre grand Roi », la spiritualité dans « les plus rares esprits » et les déités dans « Apollon ». Il rend aussi cette idée plus compréhensible en utilisant des analogies comme « la richesse estimer les personnes » et « Le Théâtre est un fief dont les rentes sont bonnes ». Pour les hypothèses, il emploie du plus-que-parfait du subjonctif dans « qu'il n'eût trouvé » pour relier l'irréel et le réel. L'efficacité du discours est démontré par la confirmation de Pridament lorsqu'il utilise « depuis vos discours » ce qui montre que le discours d'Alcandre est une parole performative.

De plus, on voit que ce discours est valorisant aux yeus publics. En effet, le théâtre est un « métier » qui a donc une place sociale mais c’est surtout un « art » très honorable qu'il faut juger par des faits indiscutables, ce que souligne l'opposition du passé dans les expressions « j'ai cru », « j'ignorais », « je blâmais », ainsi que le présent dans « est meilleur », qui recoupe l'opposition de la vision péjorative et méliorative dans les antithèses entre « mépris » et « amour » et entre « erreur commune » et « bonne fortune ». Cette valorisation est transmise grâce aux plusieurs procédés mélioratifs dans ce texte. Par exemple, il y a une forte présence des marqueurs de l'intensité comme « si », « trop » et « excès ». Le vocabulaire de l'importance se trouve aussi dans cet extrait comme « grand », « superbe » et « haut » aussi que les marqueurs de la totalité comme « pas un » et « tous » et des superlatifs comme « le premier », « le plus » et « meilleur ». Ceci est renforcé par les accumulations comme « l'éclat, l'utilité, l'appas », ce qui sont encore renforcées par le parallèlisme « le […] de […] ».

Une scène aux leçons efficaces[modifier | modifier le wikicode]

En troisième temps et enfin, cette scène permet d'établir des leçons efficaces de plusieurs domaines. On trouve que la dramaturgie est dignée par l’efficacité de la parole théâtrale qui agit comme un « charme » et rapidement par l'expression « en un moment » : c'est la parole qui fait la pièce et qui déclenche l'action, indiqué par le terme « récité ». La complémentarité entre la parole et l'action est encore renforcée par le chiasme « leurs vers font leurs combats, leurs mort suit leurs paroles » tandis que le lien indissociable entre les mots et l'intrigue est indiqué par les verbes insistants « faire » et « suivre ».

De plus, il y a un aspect psychologique dans ces leçons. Effectivement, le spectacle fictif a des conséquences dans la vie réelle, l’expérience qu'en fait Pridament en est une preuve tangible : il trompe pour mieux dessiller la vue des gens et changer leurs comportments, une catharsis réelle pour les spectateurs, dont Pridament est le représentant. Ceci se trouve dans le vocabulaire de la connaissance dans la bouche de Pridament comme « vraie », « feinte », « ignorais », « connaissance pas » et « erreur ». En effet, la fonction didactique passe par les sensations, ce qui transmis par les changements émotionnels provoqués par les termes « plainte », « tristesse », « âme émue » et « allgrésse ».

Par ailleurs, l'aspect morale et philosophique est le message principal du discours. Le théâtre est le reflet de la vie et nous fait réfléchir sur notre monde, raconté dans l'aphorisme latin theatrum mundi, ce que prouve la confusion antérieure et levée ici des niveaux 2 et 3 de la pièce : les revirements, par les termes « discords » et« assembler », ou actions violentes de la pièce jouée par les antithèses comme « l'un tue et l’autre meurt » et « le traître et le trahi, le mort et le vivant », ne sont pas plus invraisemblables que ce qui est présenté comme réalité c'est-à-dire le niveau 2, la vie passée de Clindor présenté avec le vocabulaire de l'aventure ou du danger, la « fuite », la « poursuite », « l'extremité », la « prison » : le jeu pourrait être une modalité d'existence propre à chacun. Le théâtre a même cette supériorité que ceux qui jouent ont conscience de cette inconstance selon la double négation « sans prendre intérêt en pas un de leurs rôles ».

Conclusion[modifier | modifier le wikicode]

Pour conclure, cette scène est un dénouement spectaculaire de l'intrigue, résolvant la quête mais aussi créant plus de ruptures illusoires dans la pièce. Elle entoure le discours d'Alcandre qui fait l'éloge de l'art du théâtre et ses bénéfices moraux et sa prouesse dramaturgique à travers des arguments variés and riches.