Intercompréhension/Intercompréhension comme compétence
Toute pratique communicative implique des compétences qui lui sont sous-jacentes, et dont l’existence détermine nécessairement la réussite de l’acte communicatif.
En ce qui concerne l’intercompréhension, l’analyse réalisée dans le cadre du projet EVAL-IC, qui propose des référentiels détaillés pour chaque activité linguistique en intercompréhension, montre clairement que l’intercompréhension est aujourd'hui conçue comme un processus multidimensionnel qui se déroule dans des contextes multilingues et multiculturels et qui favorise les rencontres discursives entre locuteurs plurilingues (cf. Ollivier et al., 2019 ; Ollivier et al., 2020 ; Bonvino et al., 2023).
Cette conception de l’intercompréhension est proche de celle de Balboni (2007) qui proposait le terme d’« intercomunicazione ». Dans cette perspective, l'intercompréhension est un mode de communication global qui fait appel à des compétences potentiellement partielles et inégales dans diverses langues ainsi qu'à des compétences spécifiques additionnelles et à des dispositions envers la communication. Ces compétences sont associées pour assurer la communication entre individus locuteurs de langues différentes n'ayant pas forcément appris la langue des autres. Ce mode de communication fait appel à diverses activités langagières :
- réception à l'oral et à l'écrit de discours émis dans des langues dans lesquelles le sujet ne peut pas forcément s'exprimer et dans lesquelles il ne dispose possiblement que de compétences partielles de compréhension ;
- production à l'oral et à l'écrit dans une ou des langues dans lesquelles on dispose de compétences suffisantes pour s'exprimer en ayant recours à des compétences additionnelles spécifiques d'adaptation de son discours à des destinataires qui n'ont pas forcément appris cette ou ces langues – ce qui est dénommé interproduction (Balboni, 2009 ; Hédiard, 2009 ; Capucho, 2011) ;
- interaction à l'oral et à l'écrit avec des locuteurs parlant des langues différentes en mobilisant des compétences globales de réception et de production et des compétences spécifiques à l'interaction plurilingue.
Conçue comme une compétence de communication plurilingue holistique, l’intercompréhension implique l'exploitation de synergies entre plusieurs dimensions :
- stratégique, qui est transversale à l'ensemble du processus,
- linguistique, qui était au centre des premières approches en intercompréhension (voir ci-dessous),
- sociopragmatique,
- psychologique,
- interculturelle,
- non verbale,
- "méta"(linguistique, pragmatique, cognitive…)
- cognitives (Ollivier, et al., 2020).
La compétence en intercompréhension est ainsi basée sur une compétence communicative générale, utilisant (surtout) des connaissances interlinguistiques et des dimensions psychologiques, qui permettent d’activer le lien entre savoirs et savoirs-faire. Il ne s'agit pas seulement d'une compétence dans les langues étrangères, mais aussi, quand cela est nécessaire, dans la langue maternelle. En effet, dans sa dimension interproductive, l’intercompréhension repose aussi sur la capacité d'adapter son discours à des personnes qui n'ont peut-être jamais appris la langue utilisée.

