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Intercompréhension/Intercompréhension comme approche didactique

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Intercompréhension comme approche didactique
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Chapitre no 4
Leçon : Intercompréhension
Chap. préc. :Intercompréhension comme compétence
Chap. suiv. :A retenir
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Intercompréhension/Intercompréhension comme approche didactique
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Dans le Cadre de référence pour les approches plurielles des langues et des cultures (CARAP, Candelier et al., 2012), l’intercompréhension est considérée comme l’une des quatre approches plurielles de l’enseignement et de l’apprentissage des langues (Candelier et al. 2012, p. 6). Toutefois, d’un point de vue didactique, ce n’est qu’à partir des années 1990 que des recherches et des projets ont commencé à être menés, en particulier dans le domaine de l’intercompréhension romane et germanique. Dans ce contexte, une place toute spéciale est donnée aux grands projets pionniers, fortement soutenus par la Commission Européenne, qui ont, dès lors, établi des priorités et des approches spécifiques dans le cadre de l’enseignement-apprentissage de l’intercompréhension. Ainsi :

  • EuRom4 et IGLO représentent des tendances fortement philologiques ;
  • MINERVA poursuit des objectifs liés aux savoirs-faire communicatifs et sociaux ;
  • EuroComRom et EuroComDidact présentent séparément un versant philologique et une réflexion didactique ;
  • GALATEA est un projet à vocation entièrement didactique.

La même diversité apparaît en ce qui concerne les buts et les objectifs de l'apprentissage, qui vont de l'apprentissage d'une compétence partielle en compréhension écrite plurilingue (GALATEA) à sa considération comme une étape initiale dans le développement de compétences productives (EuroComRom et MINERVA) ; la focalisation sur le mot et la phrase (EuRom4, EuroComRom et IGLO), le texte (GALATEA) ou l'acte de parole (MINERVA) ; la focalisation sur la réception écrite (EuRom4, EuroComRom, IGLO, GALATEA) ou la réception d'interactions orales (MINERVA), intégrant simultanément, ou non, compréhension et traduction.

L'influence de chacune de ces perspectives est évidente dans plusieurs projets ultérieurs qui, d'une certaine manière, explorent et développent chacune des approches pionnières. Ainsi, nous retrouvons aujourd’hui trois grandes tendances en didactique de l’intercompréhension, qui sont déterminées par l’ancrage théorique de base des différents projets et les buts de l’apprentissage de l’intercompréhension :

  • une approche plutôt “philologique”, à la suite d’EuroComRom, où l’intercompréhension est conçue surtout comme un premier pas vers l’apprentissage des langues d’une même famille ;
  • une approche à la fois philologique et didactique, ancrée dans une perspective de didactique de la lecture ou de l’écoute, où les éléments lexicaux et morphosyntaxiques et les stratégies de réception s’intègrent au service de la compréhension (globale et spécifique) des textes écrits et/ou oraux ;
  • deux approches visant l’apprentissage de la compétence d'interaction plurilingue :
  • une approche fortement didactique, où l’apprentissage découle de la pratique de l’intercompréhension par les apprenants (souvent en interaction en ligne) ;
  • une approche qui se veut “holistique”, visant les différentes activités linguistiques, et mobilisant simultanément des connaissances linguistiques, pragmatiques, non-verbales, mais aussi textuelles, discursives et expérientielles, issue d’une deuxième génération de projets dont Echanger pour Changer a été la première expérience en 1998–2001.

Des exemples concrets des ces 3 grands types d’approches sont donnés ci-dessous:

L’intercompréhension basée sur l’apprentissage du vocabulaire, au service de l’apprentissage de l’ensemble des langues-cible

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L'équipe d'EuroComRom a étendu ses activités à d'autres familles de langues, en proposant EuroComGerm et EuroComSlav et, plus tard, en publiant English - the Bridge to the Romance Languages (Hemming et al., 2011), qui établit une relation forte entre l'anglais et les langues romanes. Les grands principes de base de l’approche Eurocom se trouvent expliqués dans un extrait de l’Introduction à la didactique de l’eurocompréhension (2004). D'autre part, une équipe de chercheurs de la Justus-Liebig-Universität Gießen, réunie autour de Franz-Joseph Meißner et collaborant au projet Miriadi, a travaillé sur les aspects lexicologiques liés au vocabulaire de base des langues romanes, et publié le volume Der Kernwortschatz der romanischen Mehrsprachigkeit (KrM) (Meißner, 2016 ; voir aussi Meißner, 2018), ainsi qu'une application informatique (Acquiring Plurilingual Basic Vocabulary of French, Italian, Portuguese, Spanish - APLURIBAV), offrant des exercices visant l'apprentissage du vocabulaire plurilingue. Malheureusement cette application n’est plus disponible actuellement mais sa présentation sur cette page permet toujours de comprendre les principes de base de l’approche qui lui est sous-jacente.

L’apprentissage parallèle/simultané de la compréhension (écrite et/ou orale) en 5 langues romanes

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Directement issu du projet EuRom4, EuRom5, publié en 2011 (et réédité plusieurs fois depuis, Bonvino et al.), est destiné à l’apprentissage réceptif simultané par l’intercompréhension de cinq langues romanes : catalan, espagnol, français, italien et portugais. Dans la présentation qui en est faite par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (2010), trois objectifs sont mentionnés :

  • familiariser l’apprenant aux langues romanes par une compréhension chaque fois plus fine ;
  • donner, via les aides techniques qui accompagnent le texte, les connaissances linguistiques indispensables sur les cinq langues concernées ; [...]
  • développer chez l’apprenant les stratégies d’approche du sens de messages rédigés dans une langue a priori pas (ou peu) connue, mais dont il s’aperçoit qu’elle entretient avec celle(s) qu’il pratique déjà beaucoup plus de similitudes qu’il ne le soupçonnait” (DGLFLF, 2010, p. 4).

Ci-dessous nous retrouvons l’exemple d’une des leçons en catalan (la même leçon existe parallèlement dans les 4 autres langues-cibles de la méthode):

Illustration extraite de Eurom5 (Bonvino et al., 2011, p. xx)

Remarquons dans cet exemple, les informations d’ordre morphologique, syntaxique et lexical qui permettent une approche comparative entre les langues-cible.

L’équipe de l’Università Roma Tre a aussi étendu ses activités à la recherche sur l’intercompréhension orale, et à ses applications didactiques, notamment dans les travaux de D. Cortés-Velázquez (2016).

L’apprentissage de la compétence d'interaction plurilingue

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L’interaction plurilingue écrite comme source d’apprentissage

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Toutes les approches décrites ci-dessus font partie de ce que l'on appelle actuellement l'intercompréhension réceptive. Il a fallu attendre le tournant du millénaire et les progrès rapides des moyens technologiques de communication pour que la dimension interactive soit effectivement explorée dans les applications didactiques de certains projets. C'est donc le développement d'Internet comme moyen de communication interpersonnelle qui a permis l'émergence d'une « deuxième génération » de projets visant l'apprentissage de l'intercompréhension comme interaction plurilingue. Pionnier dans le cadre de cette nouvelle perspective, le projet GALANET (2001–2004), dont les promoteurs étaient pour la plupart des chercheurs de GALATEA, a créé une plateforme de formation à l'intercompréhension en langues romanes, permettant la communication en temps réel (synchrone (chat) et asynchrone (forum)) entre locuteurs de langues différentes, afin que l’interaction plurilingue soit simultanément le moyen et l’objectif de l’apprentissage. L’approche GALANET s’inscrit clairement dans une perspective socio-cognitiviste : “Questa accezione implica che il concetto di IC nell’interazione plurilingue si definisce come il risultato della combinazione dei diversi ingredienti del contesto (lingue usate al momento dell’interazione, numero d’interlocutori, obiettivi e problemi dell’incontro, condizioni spazio-temporali della comunicazione, …) e, allo stesso tempo, come l’elemento trasformatore di questo stesso contesto” (Araújo e Sá et al., 2011, p. 288).

Voici un exemple de dialogue lors d’une session GALANET, pris de Araújo e Sá & Melo (2006):

Tavirapt diz QUEM VAI COMER AO BA?

Viseupt diz KEM PAGA O ALMOCO???

chave2 diz Qu'est-ce que c'est : "AO BA"?

froberta diz comer significa mangiare?

Lisboapt diz ja vais as sandes?

Tavirapt diz SIM

smelo1 diz O que há de melhor em França?

Guardapt diz Eu vou comer ao snack

Guardapt diz Je ne parle Français

santonella entra galanet smelo1 diz Mangiare significa comer :)

froberta diz cosa mangi solitamente?

chave2 diz En France, le meilleur, c'est le camenbert.

Lisboapt diz le Ba est le bar de la associacion de la université

smelo1 diz Vamos falar sobre os nossos países?

Guardapt diz Que fome !!!

santonella diz ciao visaup

Tavirapt diz NAO

cassino2 diz parli il francese

Guardapt diz Portugalo

froberta diz s**sate la mia ignoranza sulla vostra lingua, ma a me piace il francese

csilvia1 diz in italia il parmiggiano

Lisboapt diz concordo contigo QUERO SABER QUEM PAGA O ALMOÇO!!!!!!!!

smelo1 diz Em POrtugal, o melhor é o Cozido à Portuguesa...

Coimbrapt diz Le BA c´est le bar academique

Dans le prolongement de GALANET, le même partenariat a également proposé GALAPRO (2008–2010), pour la formation de formateurs plurilingues en langues romanes selon la même méthodologie : “Galapro vise former à la intercompréhension par l’intercompréhension” (Araújo e Sá, 2010, p. 27).

A la suite de ce projet, et dans un consortium plus large, les mêmes chercheurs ont développé MIRIADI, qui a présenté une première proposition de référentiels spécifiques pour l’intercompréhension et une grande diversité de ressources pour son apprentissage.

Pour plus d'informations, voir la leçon "télécollaboration".

Une approche holistique de l’intercompréhension visant le développement de la compétence de communication plurilingue

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A partir de l’expérience acquise par Échanger pour Changer, où des formateurs en mobilité européenne étaient invités à réfléchir sur les savoirs et les stratégies qu’ils utilisaient pour comprendre une langue qu’ils ne connaissaient pas, lors de leur vécu dans un pays étranger, une équipe diversifiée de chercheurs a poursuivi le travail visant la construction d’une approche à tendance holistique, mobilisant simultanément les différentes dimensions de l’IC. Cette perspective a été développée dans un large ensemble de projets qui ont produit des activités visant l’apprentissage progressif de la compréhension écrite et de la compréhension orale, de façon à permettre ensuite l’interaction écrite et orale et l’interproduction écrite et orale. Des ressources didactiques qui correspondent des activités permettant de développer progressivement une compétence de communication plurilingue sont actuellement disponibles sur le site du Projet Intermove+ - Module 5 (unités 5 à 24).

Tous ces projets plus récents représentent ainsi un parcours scientifique et didactique qui dure depuis plus de 25 ans. Leurs différences reposent sur les concepts de base qui les supportent, les conceptions pédagogiques, les buts communicatifs à atteindre et les objectifs d’apprentissage qui en découlent. Cependant, ils partagent une caractéristique commune : ils répondent tous à la nécessité urgente de répondre aux besoins de formation au plurilinguisme des citoyens européens du XXIe siècle.