Aller au contenu

Hautbois/Le hautbois baroque

Leçons de niveau débutant
Une page de Wikiversité, la communauté pédagogique libre.
Début de la boite de navigation du chapitre
Le hautbois baroque
Icône de la faculté
Chapitre no 5
Leçon : Hautbois
Chap. préc. :Les premiers morceaux
fin de la boite de navigation du chapitre
En raison de limitations techniques, la typographie souhaitable du titre, « Hautbois : Le hautbois baroque
Hautbois/Le hautbois baroque
 », n'a pu être restituée correctement ci-dessus.

La hautbois baroque est l’évolution de la chalémie, le hautbois de la Renaissance, notamment sous l'impulsion de Michel Philidor fils (1610-1679) et de Jacques-Martin Hotteterre (1673-1763), la période Baroque s'étendant d'environ 1600 à 1750. C'est l'ancêtre du hautbois moderne (dit « conservatoire »). Elle a été rendue nécessaire par la volonté de Lully de faire jouer ensemble les hautbois et les violons ; auparavant, les hautbois — qui sonnent fort (sens de « haut ») — étaient plutôt utilisés en extérieur et les violons, qui sonnent doux (« bas ») en intérieur. Cela a permis de réunir les deux orchestres de la Maison du Roi : l'orchestre de la Grande Écurie (et ses Douze Grands Hautbois) et l'orchestre de la Chambre du Roi (avec ses Vingt-Quatre Violons du Roi) ; ce sont les prémisses de l'orchestre symphonique.

D'une chalémie faite d'une seule pièce, on passe à un corps en trois parties démontable. Cela permet d'avoir une perce plus complexe, d'ajuster le tempérament du hautbois — la hauteur des différentes notes — et d'adoucir son son pour le rendre compatible avec les violons. On parle à l'époque du « hautbois français » pour les distinguer des chalémies encore en usage.

Par ailleurs, avec une chalémie, la partie vibrante de l’anche est totalement dans la cavité buccale, le hautbois ayant parfois une pièce appelée « pirouette » sur laquelle les lèvres viennent en butée. Avec le hautbois français, les lèvres entourent le roseau ce qui d'une part assourdit le son, et d'autre part permet une meilleur maîtrise du timbre et de la justesse (intonation).

Différences entre le hautbois baroque et le hautbois moderne

[modifier | modifier le wikicode]
Anches de hautbois moderne (gauche) et baroque, à tube court (milieu) et tube long (droite).

Le hautbois baroque ne possède que deux clef, pour l'auriculaire droit : la grande clef (pour le do grave) et la petite clef (pour le ♯/mi♭). Il ne possède pas de plateau : les doigts bouchent directement les trous, comme pour une flûte à bec.

Comme il a moins de trous (huit au total) et ne doit pas porter tout le clétage, le bois peut être moins épais et peut être d'une essence moins résistante ; on utilise souvent du buis. Le hautbois baroque est donc plus léger. Il n'a pas de cale-pouce. Il est aussi moins cher : en 2025, on peut avoir un hautbois d'étude pour 800 EUR et un hautbois professionnel pour 1 500 EUR[1]. Il est aussi plus sensible à l'humidité.

L'anche a un tube plus grand ; certains hautboïstes utilisent un bocal et une anche à tube court, ce qui n'est pas historique mais a été une facilité lors du développement des copies de hautbois anciens au milieu du xxe siècle.

Les tenons ne sont pas liégés ; l'étanchéité se fait avec du fil ciré.

Les hautbois historiques peuvent être accordés selon différents diapasons (les instruments anciens peuvent utiliser un diapason allant de 390 à 520 Hz). Les copies modernes de hautbois baroques sont en général accordées à 415 Hz, soit un demi-ton plus bas que le la à 440 Hz[2]. Il existe des hautbois accordés à 440 Hz, pour permettre de jouer en formation avec des instruments modernes.

Le hautbois baroque n'a pas un tempérament égal[3] : les demi-tons ne sont pas tous les mêmes. C'est dû d'une part au fait qu'il est impossible d'avoir 12 notes également distribuées avec seulement huit trous ; et d'autre part au fait que la notion de tempérament égal n’apparaît qu'à la fin de la période baroque — jean-Sébastien Bach publie le premier livre de son Clavier bien tempéré en 1722.

Les errements de la redécouverte du hautbois baroque

Jusqu'au xixe siècle, on jouait la musique de son époque et pas la musique d'avant. De fait, la musique baroque est redécouverte au début du xxe siècle, et c’est l'éditeur Erato qui en diffuse des enregistrements sur disques microsillon (vinyles) dans les années 1950 ; mais ces enregistrement sont fait sur des instruments modernes.

On s'intéresse aux instruments anciens, et à la recherche du son et de l’interprétation d'époque, dans les années 1970. C'est à cette époque que l'on va chercher les instruments anciens dans les musées pour les copier. Cependant, on trouve rarement des anches d'époque : considérées comme du consommable, elles n’étaient pas conservées, d'autant plus qu'elles s'abiment en les jouant. On a des anches anciennes dans les musettes et cornemuses : elles sont dans des boîtes, donc ne sont pas en contact avec la bouche, et voient passer de l'air sec. Bien que rien ne garantisse que les anches de hautbois fussent faites de la même manière, les anches de musette donnent quand même des renseignements sur les façons de faire de l'époque.

Au cours de leurs recherche, les musiciens ont séparé les anches en deux parties : la partie proche du corps du hautbois qui ne change pas, et est devenu un bocal, et une anche courte que l'on modifiait. Cette habitude a perduré et certaines personnes continuent à monter des anches à tube court sur un bocal au lieu de monter des anches sur un tube long.

Par ailleurs, certains luthiers ont tenté de faire profiter le hautbois baroque des progrès techniques, par exemple en proposant des tenons liégées en lieu et place du fil, et avec une piperelle pour accueillir une anche moderne.

la taille de hautbois

[modifier | modifier le wikicode]

Le terme « taille » désigne le ténor d'une famille d'instruments. La taille de hautbois est donc le hautbois ténor. Plus grand que le hautbois, il possède un bocal courbe : une pièce intermédiaire entre l'instrument et l'anche. Il est en fa, c'est-à-dire que si l'on bouche tous les trous, on obtient la note fa (au lieu d'un do au hautbois). C'est l'ancêtre directe du cor anglais. Contrairement au cor anglais moderne, les partitions ne sont pas transposées — c'est-à-dire écrite pour qu'un doigté ait le même nom au hautbois et à la taille (le fa réel s'écrit do car il a le doigt"é du do du hautbois) — mais écrites en notes réelle, comme c’est le cas pour les flûtes à bec.

Influence des différences sur le jeu

[modifier | modifier le wikicode]
Doigtés du hautbois baroque.
Un hautbois baroque.

Ces différences ont plusieurs influences sur le jeu :

  • le hautbois n'a pas un tempérament égal, c'est-à-dire que les demi-tons ne sont pas tous la même grandeur : certaines notes sonnent fausses par rapport au hautbois moderne, en particulier, les notes altérées sonnent trop bas, surtout le fa♯ ;
  • comme il n'y a pas de plateau, les doigts doivent bien couvrir les trous, il faut donc être plus précis qu'avec le hautbois conservatoire ;
  • il n'y a pas de clef d'octave ; l’octaviation pour les notes mi à si se fait en ayant plus de vitesse d'air, ce qui ne signifie pas souffler plus fort ;
  • le demi-trou d'octaviation pour le et le do♯/♭ se fait en bouchant à moitié le trou supérieur, avec le même mouvement de bascule de l’index que pour le hautbois conservatoire ;
  • la grande clef (pour le do grave) est située au-dessus du corps du hautbois et non sur le côté comme dans le hautbois moderne ; il faut donc en général boucher les trous du bas avec les phalanges, et non avec le bout des doigts, pour pouvoir l’atteindre avec l'auriculaire ;
  • certains doigtés sont différents et se rapprochent de ceux de la flûte à bec ;
  • l'anche est plus « faible », plus « facile », pour permettre notamment l'octaviation et de corriger de la « fausseté » des notes ; elle n'a pas de cœur (partie plus épaisse au milieu du grattage ou sur les bords), on a donc un son plus « aigre », moins « rond » ; elle est plus large que l’anche moderne ;
  • si l'on n’arrive pas à jouer juste, on peut remonter ou enfoncer l'anche (on remonte l’anche pour jouer plus grave, on l'enfonce pour jouer plus aigu) ; pour remonter l'anche, il faut enrouler une plus grande longueur de fil d'étanchéité, et à l'inverse, pour l’enfoncer, il faut dérouler une partie du fil (il est courant d'avoir le fil qui pend à l'extérieur) ;

Pour les notes aiguës (du la au si), il existe des doigtés alternatifs dits « doigtés harmoniques » : il permettent de sortir plus facilement la note, mais sont plus compliqués. Une bonne gestion de l’embouchure permet de s'en passer.

Certains hautbois ne sont pas des copies exactes des hautbois historiques mais ont été modifiés ; ils peuvent avoir des doigtés différents.

Ci-dessous : une interprétation au hautbois baroque du concerto en la mineur de Vivaldi (RV 461, 1720-1724) :

Le style baroque

[modifier | modifier le wikicode]

Les partitions baroques comportent très peu d'informations par rapport aux compositions plus tardives : il n'y a quasiment que les notes, très peu de liaisons, quelques ornements (trilles dits « tremblements », mordants dits « pincés »), quelque fois des détachés (staccato), rarement une nuance… Une grande liberté est laissée à l'interprétation. Certaines éditions modernes ont été éditées pour rajouter des indications à la manière de la notation classique, en particulier par Pierre Pierlot ; elles reflètent alors la manière d'interpréter de l’éditeur.

De fait, c’est au musicien et à la musiciennes d'agrémenter le jeu. Sur les notes longues, il est fréquent d'ajouter un tremblement, un tour de gosier (gruppetto), de faire des diminutions (rajouter des notes entre deux notes écrites), un port de voix (rejouer la note précédente avant de jouer la nouvelle note) ; on place souvent un tremblement sur l'avant-dernière note d'une cadence. Certaines diminutions peuvent être notées ; c’est le cas par exemple des mouvements lents des Sonates méthodiques de Telemann, où le compositeur a écrit la version avec et sans diminution ; pour le Concerto en ré mineur de Marcello, on trouve les diminutions écrites par Jean-Sébastien Bach (édition Musica Rara).

Le détaché et la norme, les notes liées sont rares : la constitution du hautbois baroque rend le détaché plus facile qu'avec le hautbois moderne. Les tremblements (trilles), notés par une croix « + », et les pincés (mordants), s'attaquent toujours par la note supérieure. Les croches sont souvent jouées de manière inégale (comme en jazz).

Lorsque qu'une phrase est répétée, on ne la joue pas deux fois de la même manière. Une manière classique de faire consiste à la jouer d'abord forte puis la deuxième fois piano ; ou bien une première fois telle qu'écrite et une deuxième fois agrémentée, diminuée, en particulier si le passage répété est long.

Il n'existe pas de méthode récente pour l'étude du hautbois baroque. On peut se référer à :

  • Joseph-François Garnier, Méthode raisonnée pour le haut-bois, Paris, Pleyel, 1802 [lire en ligne] , bien que plus tardif ; on peut en trouver des reproductions modernes (éditions Early Music Facsimiles, Hofmeister) ;
  • des méthodes de flûte à bec ; les doigtés sont proches, et à l'époque baroque, il était courant qu'un morceau soit interprété par divers instruments (violon, flûte, traverso, hautbois…) ;
  • Hautbois, vol.1 — Anthologie de la musique baroque française, Centre de musique baroque de Versailles (CMBV), 2025 , ISMN 979-0-56016-375-8 : ce n’est pas une méthode, mais un recueil de morceaux adapté aux débutants et débutantes.
Hautbois baroque démonté.

Comme pour le hautbois moderne, le hautbois baroque doit être démonté puis essuyé après l’avoir joué. Mais comme les extrémités n'ont pas de cerclage de métal, il faut respecter le sens du cône et toujours faire passer l’écouvillon du bas vers le haut. Il faut en outre le laisser sécher à l'air jusqu'à ce que le fil d'étanchéité des tenons soit sec ; lorsque c’est possible, on le laisse sécher pendant quelques heures, typiquement toute la nuit. Une fois bien sec, il est remonté et est entreposé verticalement, sur un pied, afin qu'il ne « banane » pas : si on le laisse longtemps à plat, il va prendre une courbure.

Avant de jouer, il faut s'assurer que les axes des clef n'ont pas glissé, et le cas échéant les remettre en place, par exemple en poussant avec un fil de fer (par exemple un trombone déplié).

Deux fois par an, il faut le huiler :

  • s'assurer que le hautbois est bien sec ;
  • protéger les tampons en coinçant un morceau de papier ;
  • avec une plume, passer de l’huile à l'intérieur ; on peut utiliser de l’huile de lin diluée à l'essence de térébenthine (elle ne doit pas être trop épaisse), de l'huile d'olive ou de l'huile d'amande douce ; on laisse l’huile agir toute la nuit, puis le lendemain matin, on enlève l'excès avec un écouvillon qui ne servira qu'à ça.

On peut aussi huiler l’extérieur.

Si l'on casse un ressort d'une clef, on peut utiliser un élastique que l'on place autour du hautbois pour remplacer le rappel du ressort.

Liens externes

[modifier | modifier le wikicode]

Notes et références

[modifier | modifier le wikicode]
  1. Voir les prix pratiqués par : « Hautbois », sur Henri Gohin (consulté le 26 août 2024) ; « Thibouville » (consulté le 26 août 2024) ; « Modèles proposés », sur Mathieu Loux (consulté le 4 septembre 2025).
  2. À l’époque Baroque, on pouvait jouer à divers diapason, selon le lieu et l'époque. De nos jours, on utilise les principaux diapasons suivants, que l'on détermine à partir des instruments d'époque : 392 Hz, 415 Hz, 440 Hz, 465 Hz et même 520 Hz. Mais on peut jouer à d'autres diapason, voir par exemple « La Question du Diapason », sur Muse baroque, (consulté le 26 août 2024).
  3. Marc Ecochard, « L'accord du hautbois baroque et classique » [PDF], sur Grand hautbois (consulté le 18 août 2026).