FRA6730-A-A18-Cours 3 : La grande bibliothèque - Alexandrie et l'époque hellénistique

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Bienvenu sur la page du Cours 3 du séminaire FRA6730-Littérature et culture numérique assuré par Marcello Vitali-Rosati. Le séminaire est offert aux étudiants du Département des littératures de langue française et aux étudiants du DESS en édition numérique à l'Université de Montréal. Le Cours 3 a eu lieu le 25 septembre 2018 et est intitulé : La grande bibliothèque - Alexandrie et l'époque hellénistique.

Prérequis[modifier | modifier le wikicode]

Pour préparer ce cours était à lire : CANFORA, Luciano, La véritable histoire de la bibliothèque d’Alexandrie, trad.Jean-Paul Manganaro, Paris, Éd. Desjonquères, 1988, 212 p., (« Les chemins de l’Italie »).

Rêve du savoir total[modifier | modifier le wikicode]

Κατασταθεὶς ἐπὶ τῆς τοῦ βασιλέως βιβλιοθήκης Δημήτριος ὁ Φαληρεὺς ἐχρηματίσθη πολλὰ διάφορα πρὸς τὸ συναγαγεῖν, εἰ δυνατόν, ἅπαντα τὰ κατὰ τὴν οἰκουμένην βιβλία

Étant responsable de la bibliothèque du roi, Démétrios de Phalère avait reçu beaucoup de moyens pour rassembler, dans la mesure du possible, tous les livres du monde.[1]

Début de la Lettre d’Aristée

Le rêve du savoir total coïncide avec la conscience que le savoir signifie un pouvoir : correspondance exacte entre savoir et pouvoir politique. Le savoir n’est donc pas contemplatif et le rêve de savoir total consiste principalement en deux points :

  • Rassembler les livres
  • Organiser les livres

La bibliothèque est à la fois un pôle de rassemblement, de concentration du savoir, d’organisation du savoir. L'exemple étudié ici, représentatif du rêve de savoir total, est celui de la Bibliothèque d'Alexandrie.

Histoire de la Bibliothèque d'Alexandrie[modifier | modifier le wikicode]

Protagonistes[modifier | modifier le wikicode]

  • Aristote en tant qu'il constitue une figure d'influence posthume.
  • Théophraste, scholarque, ancien élève d'Aristote, qui a pris la place d’Aristote au Lycée. Un des premiers protagonistes dans la structuration de l’œuvre d’Aristote.
  • Démétrios de Phalère (360 av. J.C. - 282 av. J.C.), formé au Lycée avec Aristote et Théophraste. Il est le gouverneur d’Athènes de 317 à 307. Il fait l’intermédiaire entre deux mondes en amenant la pensée d’Aristote à Alexandrie où il est exilé. Il devient le conseiller de Ptolémée Ier Sôter.
  • Ptolémée Ier Sôter (368 – 283 av. J.C.), premier roi de l’Empire macédonien. Il est influencé par Démétrios et par la culture du Lycée : il choisit Straton de Lampsaque comme précepteur de son fils, Ptolémée II. Geste de culture et de pouvoir qui s’inscrit dans une continuité avec Alexandre, donnant du pouvoir à la pensée du Lycée.
  • Straton (338 – 269 av. J.C.), disciple et successeur de Théophraste à la direction du Lycée, scholarque du Lycée de 288-270.
  • Nélée de Scepsis, opposant à Straton, fils de Corsicos (élite athénienne du milieu du IVe siècle). Il est également disciple d’Aristote et Théophraste. Il détient les livres d’Aristote, et à la mort de Théophraste, il retourne à Scepsis (ville située en Turquie actuelle) en possession des livres. Les livres sont conservés par les héritiers de Nélée, ces derniers choisissent de les enterrer.
  • Apellicon de Téos, marchand ayant parvenu à être en possession des livres, les édite au sens où il les fait circuler. La pensée d'Aristote se diffuse alors au Ier siècle av. J.C.
  • Sylla, romain, combattant avant la chute d’Alexandrie et de l’Empire. Ce militaire romain s’approprie les livres en 84 av. J.C. et les amène à Rome. Il en fait une bibliothèque privée dans son domaine.

Enjeux[modifier | modifier le wikicode]

  • Transmission du savoir : comment circule-t-il ?
  • Matérialité de ce savoir : les objets du savoir peuvent se perdre. Ainsi étudier la transmission du savoir signifie étudier sa matérialité.
  • Enjeux politiques.
  • Rapports entre savoir, supports, matérialité et réalité : l’histoire matérielle, réelle, concrète et sociale du savoir rejoint celle du monde.
  • Sources peu fiables : quelle est la partie inventée ?
    • Pseudo Aristée (IIe siècle av. J.C. mais prétend être du IIIe siècle av. J.C. dans la lettre laissée).
    • Strabon, géographe (60 av. J.C. - 24 ap. J.C.) présente presque l'entièreté de l'histoire.
    • Diogène Laërce, IIIe siècle ap. J.C. Il ne donne pas ses sources.
  • Tension entre inscription et/ou oralité et notamment deux écoles de pensée :
    • Le Lycée : le savoir comme inscription avec une idée de rassemblement.
    • L’Académie : le savoir comme dialogue avec une idée de circulation.

Autres considérations[modifier | modifier le wikicode]

  • Histoire politique et histoire du savoir ont un lien étroit qui est matériel : le savoir n’est pas un idéal immatériel. Comme le numérique, le savoir n’est pas immatériel. Le numérique est un support d’inscription. Le savoir, parce qu'inscrit sur un support, est donc assujetti à des questions géopolitiques notamment qui sont d’ordre matériel. Le numérique réactualise ces questions de conditions matérielles du savoir dans les supports numériques.
  • Émergence du concept de bibliothèque : comme rassemblement et structuration des livres qui correspond à un rassemblement et une structuration du savoir et donc du monde en tant que tel, car le savoir nous donne des prises concrètes sur le monde. Le savoir n’a pas une compétence contemplative, mais opérationnelle.
  • Tradition d’organisation du savoir, plus théophrastien plus qu’aristotélicien.
  • Le mythe de l’exhaustivité : émerge ou se manifeste. Le savoir total est l'idée du dépôt légal notamment.
  • Le savoir est pouvoir.
  • Fonction de la bibliothèque.
  • Incendie de la bibliothèque n’a pas eu lieu : la thèse de Luciano Canfora repose sur l’idée que la bibliothèque d’Alexandrie n’est pas un bâtiment. Il n’y a pas de structure architecturale de la bibliothèque car les livres étaient présents en d’autres lieux auparavant. Le terme « bibliothèque » fait davantage référence à une structuration du savoir : il s'agir de bâtir le monde. La dissolution matérielle coïncide donc avec la perte des livres, des supports matériels du savoir, mais ce qui brûle c’est la possibilité d’un rêve au sens de structure. La bibliothèque est une organisation du savoir et cette structure taxinomique est la structuration du monde.

Notes et références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Traduction de Marcello Vitali-Rosati.
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